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CHAPITRE XIII : Pré-au-Lard

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Rappel chapitre XII :

Jimmy était aussi tracassé que Harry de ses fuites perpétuelles. Leurs adversaires semblaient très, trop, bien renseignés sur leurs découvertes, sur leurs déplacements. Fuites intentionnelles ? ou mise sur écoute ? Pour le moment ils n'avaient rien trouvé.

Tout à leurs amours, les habitants du castel Saint-Maur au bord de la Garonne, s'éveillaient et comptaient bien profiter d'une journée de calme.

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Le bruit d'une fuite éperdue de pieds nus sur le carrelage accompagnée de gloussements légers et moqueurs, de cris vengeurs, puis d'une entrée fracassante dans leur chambre, les réveillèrent. Jim eut un grognement indigné et enfouit sa tête dans le cou de Harry qui referma ses bras sur lui et se mit à rire doucement. Une petite espiègle sauta sur leur lit, narguant son frère abritée derrière le dos de son père.

— Ay ? s'exclama Pierre-François surpris.

— Oui ! répondit le garçon avec précipitation. Je suis arrivé, il y a plus d'une heure, en compagnie de Sylvain. Il y a eu un problème avec Maxence.

— Maxence ?

— Oui ! Lui et Andrew se sont battus contre deux gryffi et ne veulent pas dire pourquoi. C'est, parait-il, Maxence qui a commencé et son ami est intervenu pour le défendre. Ils sont tous les deux à l'infirmerie. Andrew a reçu un sortilège et ne se réveille pas. Pomfresh a plongé Maxence dans un coma magique grâce à une potion.

— Bon, je vais voir ça de suite, soupira le directeur en adressant un regard navré à ses hommes. Je reviens dès que je peux. Et quel est le souci avec ta sœur ? demanda-t-il en se tournant vers le garçon.

— Elle m'a mordu ! fit-il avec un regard rancunier à la petite qui s'était glissée entre Jim et Harry et se faisait câliner.

— Tu as commencé ! lança la fillette.

— J'ai fait semblant, moi ! protesta son frère.

— Tu as dit que j'étais à croquer ! accusa Lily déclenchant l'hilarité des trois hommes.

Pierre-François, tout en prenant ses vêtements dans le but de s'habiller, regardait du coin de l'œil Harry discuter avec leur fille. Leur fille. Il aimait, en tout cas, pouvoir la considérer comme telle. Son agneau l'avait posée à califourchon sur sa taille et lui expliquait l'expression employée par Ay. Celui-ci assis sur le bord du lit attendait patiemment ce qui, pourtant, était loin d'être dans ses habitudes. La discussion du jour précédent était encore présente à son esprit. Il n'attendait rien de Harry, hors son amour. Il ne voulait que lui, tel qu'il était. Papa poule avec Lily-Harriet dont les prénoms lui semblaient maintenant tout à fait symboliques mais aussi amant insatiable, sauveur du monde sorcier oscillant entre magie blanche et noire mais encore amoureux attentif et possessif. Absorbé par ses pensées, il ne vit pas Jim l'observer et après un baiser rapide, il les laissa à contrecœur.

Harry envoya les enfants déjeuner afin de leur permettre de se lever. Pourtant, Jim ne semblait pas de cet avis. Trop de gestes, de regards l'avaient interpellé ces derniers jours, il voulait en connaître le fin mot.

— Il y a des choses que je devrais savoir et que vous ne me dites pas p'ti loup et toi ?

— Non ! fit ce dernier avec un regard surpris.

— Vous aviez l'air, hier soir, bien préoccupés, surtout l'un de l'autre.

— Arrête, mon cœur, murmura-t-il tendrement, j'étais plutôt découragé. Nous avons discuté de la famille que nous avons, des circonstances qui ont fait que nous avons maintenant cinq personnes à assumer alors que les événements font que nous sommes très loin d'une vie sereine. Nous avons aussi parlé des aspirations de chacun en l'avenir.

— Qui sont ? fit Jim d'un ton un peu plus bref qu'il ne l'aurait voulu.

— Pour lui notre bien-être. Moi, ton bonheur et le sien. C'est juste que je suis Harry Potter et que je me demande parfois si j'aurai droit, un jour, à la tranquillité à laquelle j'aspire, si j'aurai la possibilité d'avoir des enfants sans craindre pour leur vie parce que justement ils seront les miens, soupira-t-il en nichant sa tête dans le cou de son homme, afin de respirer cette senteur familière et rassurante qu'il aimait tant. Tu sais, continua-t-il rêveusement, en relevant la tête, ton odeur est une des premières choses qui me sont devenues indispensables au début de notre relation. Ton parfum, je l'apprécie bien sûr, pourtant si tu en mettais un autre, je m'y habituerais, c'est ce qu'en font ton corps, ta peau qui me séduit et m'attache.

— Juste mon odeur ? souffla Jim en le provoquant.

Harry eut un léger rire avant de poser ses lèvres sur les siennes.

— Juste ça ! fit-il taquin. Le reste ... ta personnalité, ta beauté, ta tendresse, tes bras ...

— Le reste ne t'intéresse pas ? Vraiment ? Alors là, que font tes mains ? railla doucement Jim.

— Elles cherchent si il y a autre chose à aimer et chaque jour, elles trouvent de nouvelles raisons à mon addiction, dit-il légèrement, effleurant du bout des doigts sa nuque, ses épaules, avant de poser son front contre le sien.

Jim ferma les yeux sous la douceur des mots. Derrière le ton badin se cachaient des promesses adressées à son âme. Il poussa un soupir de bien-être avant de se dégager pour lui répondre.

— Harry Potter, même si il ne l'a pas voulu, n'est pas n'importe qui. Je sais ! fit-il en mettant son index devant ses lèvres alors qu'il voulait parler, je sais que tu assumes ce qui n'est pas ton choix, tu vas au devant de ton destin, tu l'as toujours fait ! Tu ne saurais pas être autre, chéri. Et ça me convient très bien. Quant à nos enfants, nous serons là tous les trois afin de les protéger.

— Parfois ça me semble lourd, presque injuste, répondit Harry avec une grimace désabusée, et je vous entraîne dans mon sillage.

— Tu ne m'as rien caché. Lors de notre première rencontre à Cambridge, je savais qui tu étais, j'ai choisi en connaissance de cause et je suis sûr que notre elfe gris en a dit tout autant, fit-il avec un sourire moqueur.

— ...

— Je ne me vois pas étouffer sous la routine d'une vie monotone vécue entre le bureau et la maison. Oui, parfois c'est beaucoup ! j'aimerais un peu plus de tranquillité pour t'aimer. Pour vous aimer tous les deux, rectifia Jim avec une moue tendre et une caresse du bout des doigts sur le visage de son fiancé.

— ...

— Dans ton monde, il m'arrive de me sentir perdu voire inutile parce que sans pouvoirs... J'ai difficile de trouver ma place mais, entre tes bras, je n'ai aucune hésitation, murmura-t-il.

— ...

— Ne fais pas cette tête. Je ne regrette rien, mon amour. Tu es ma vie, Elu du monde sorcier, termina-t-il avec un sourire paisible avant de l'attirer contre lui.

oOo

Il était plus de midi quand Pierre-François revint de Poudlard. Les enfants l'avait immédiatement pris d'assaut et c'est Lily sur un bras, Teddy sur l'autre qu'il fit son entrée dans le grand salon. Ses yeux cherchèrent directement ses hommes. Il s'émut de les voir ainsi, assis sagement l'un contre l'autre, main dans la main, leur regard inquiet le guettant. Cette vision le ramena irrésistiblement au début de leur relation, quand il les retrouvait toujours ainsi, ne faisant qu'un corps, qu'un regard. Cela l'avait séduit, attendri ou agacé, blessé même. Maintes fois, il s'était senti mis à l'écart, ce n'était plus le cas depuis longtemps.

Il se dirigea vers eux sans hâte, notant au passage la présence de William et Pierre assis en face d'eux, de Jimmy et Erwin discutant gravement avec Frédéric installés sur un des canapés, l'absence des plus jeunes et du trio Mione, Dray, Sylas. Après un salut à tout le monde et avoir posé les bébés qui s'empressèrent de disparaître dans la cuisine où se trouvait Sylvain qui discutait avec sa mère en compagnie d'Aymeric, il s'assit tout contre Harry, avant de répondre à leur question muette.

— Il semblerait que nous soyons la cause de cette altercation ou, plus exactement, l'article paru dans The Independant Wizzard. Les deux Gryffondor nous ont raillés ainsi que la maison Serpentard dont provenaient la plupart des impliqués, Maxence est intervenu afin de nous défendre, puis Andrew pour le soutenir et ça a dégénéré. Jusque là pas de gros problème si ce n'est que le rapprochement des maisons ne semble pas évident pour tout le monde. Là où ça devient plus ennuyeux c'est que les lions ont utilisé des sorts que l'on peut qualifier de dangereux, même si ils ne sont pas des impardonnables.

— Que dit Madame Pomfresh ?

— Maxence a reçu plusieurs sorts qui ont perturbé sa magie, elle l'a plongé vingt quatre heures dans un sommeil pour la rééquilibrer et Andrew devrait se réveiller d'un moment à l'autre.

— Ils ne se sont pas défendus ? questionna Harry.

— Il semblerait qu'ils se soient contentés de se protéger au mieux .

— Mais pourquoi ? Maxence paraît être quelqu'un de décidé, je ne le vois pas fuir devant l'affrontement, s'étonna Jim.

— Tout simplement, il ne veut pas que son père soit appelé à Poudlard, fit Pierre-François avec une grimace et nous savons pourquoi.

— Tous les deux ont des réserves que vous ne soupçonnez pas, intervint Cloud qui s'installa près d'eux. Ils auraient pu sans problèmes arriver à bout de leurs adversaires. Andrew en a vu de toutes les couleurs à Durmstrang. Tu n'as pas encore eu l'occasion de le voir au club de duel mais Bill et Abdelforth sont pleinement satisfaits de lui. Maxence est très en avance sur le programme, même en défense contre les forces du mal, pourtant en bon Serdaigle, il a l'intelligence de garder ça pour lui, tout au moins en partie.

— En métamorphose, il est en effet mon meilleur élève. Par contre, il ne semble pas aimé par ses condisciples.

— Il en est le premier responsable, admit Cloud. Il ne traîne qu'avec Andrew. Aucun des deux ne semble vouloir se lier avec les autres élèves de leur maison. Ils sont souvent en notre compagnie ou avec le quatuor quasi inséparable que forment les plus jeunes : Aymeric, Sylvain, Alicia et Typhaine.

— Je crois qu'ils se sentent très seuls, intervint Justin pour la première fois. Ils savent qu'ils n'ont pas grand chose à attendre de leur famille, Andrew car il est gay, Maxence parce qu'il désapprouve les choix de son père. Ils se raccrochent l'un à l'autre, même si ça fait jaser pas mal. Quand on traîne à trois ou à quatre, pas de problème. Dès que c'est à deux, si l'un est gay ou a un physique un peu androgyne, c'est forcément un couple ! termina-t-il avec un coup d'œil éloquent à son meilleur ami.

— Si je comprends bien c'est votre cas aussi, demanda doucement Jim.

— Moins, parce que je sors souvent avec des filles et que Cloud parle de Sarah, pourtant certains ne veulent pas en démordre, nous sommes ensemble.

— Et notre situation n'arrange rien ! railla Harry.

Justin se contenta de sourire.

— Nous, on s'en fout, dit Cloud en haussant les épaules.

— Andrew a peur de voir arriver les élèves de Durmstrang. Le grand avec qui il s'est fait surprendre était en septième avec ceux qui vont participer au tournoi des trois sorciers, fit Justin qui passa une main nerveuse dans ses cheveux avant de mordre ses lèvres comme si il regrettait d'avoir abordé le sujet.

— Et alors ? Je ne vois pas pourquoi ils lui en voudraient ! répliqua Jim, surpris de voir le garçon si mal à l'aise.

Ils virent les deux Serpentard échanger un regard interrogatif avant de se décider à répondre.

— Il n'est jamais sorti avec ce type. Si ils ont été surpris et renvoyés c'est parce qu'Andrew n'a pas été très discret dans ses protestations lorsque l'autre l'a acculé en un coin avec pour but, l'embrasser, le peloter et plus éventuellement.

— Une tentative de viol ! s'exclama Harry avec une moue de dégoût.

— Peut-être n'aurait-il pas été jusque là ... Lorsqu'il a été interrogé, avant son renvoi, il a dit qu'il voulait seulement lui donner une leçon, personne ne peut prouver le contraire. Même ça est insupportable puisque c'est une agression sexuelle, néanmoins, le directeur de Durmstrang n'a rien dit au père d'Andrew et lui n'en a parlé à personne.

— Comme toujours, le silence ! respecté même par les victimes ! soupira Pierre-François. Il faudra tenir ça à l'œil. Il n'est pas question que ce genre de chose arrive chez nous.

— Et en ce qui concerne les Gryffondor, que vas-tu faire ? interrogea Jim.

— C'est une affaire terminée. Je vais les punir et envoyer une lettre aux parents les avertissant qu'au moindre nouveau problème de ce genre c'est le renvoi assuré. Je vais aussi avoir une petite conversation avec nos Serdaigle préférés, fit en souriant le directeur.

— Pourquoi pas, railla Jim en le fixant d'un air amusé. J'en connais déjà le résultat. Et bien entendu, pas question de rejeter les deux adolescentes qui pourraient à leur tour se sentir délaissées ! dorénavant aux délassements familiaux, ils seront neuf au lieu de cinq ! N'est-ce-pas la joie la plus totale ? lança-t-il, avec un petit ricanement moqueur devant le visage penaud de Pierre-François, alors que Cloud et Justin éclataient de rire. Lors des sorties, nous aurons l'air de moniteurs de colonies de vacances...

L'aîné se tourna vers Harry, espérant trouver auprès de lui une aide, un appui quelconque. Le sourire tendre qui errait sur ses lèvres n'était rien à côté des sentiments amoureux que reflétaient ses émeraudes.

— Qu'avez-vous fait de mon de Lauzun, libertin et sans attache, bel inconnu ? murmura-t-il taquin, en se tournant pour lui faire face.

Enlacés, les fiancés se perdaient dans les yeux clairs de l'aîné. Ils avaient occulté tout ce qui les entourait, l'Elu avait oublié ses incertitudes, le jeune moldu ses envies de tranquillité, seule comptait cette intense communion visuelle qui ne dura pourtant qu'un instant. Pierre-François couvrit leurs mains unies des siennes, les serra doucement avant de s'en arracher difficilement et de reprendre pied dans le salon du castel rose.

William se sentait enfin soulagé. Depuis l'affaire de L'Axe, il avait peur de voir éclater leur union et savait son fils trop profondément attaché à Harry pour sortir indemne de l'aventure. Il était bouleversé aussi, infiniment. Il réalisait, enfin que Jim était amoureux de Pierre-François. Il avait toujours pensé que son fils acceptait leur union à trois afin de ne pas perdre Harry. Il l'avait trouvé un peu lâche, manquant de cette fierté qui, pour lui, est essentielle pour faire un homme, il en avait voulu aux deux autres, plus particulièrement à son futur gendre qui avait perdu une grande partie de son estime. Pourtant, il avait fait ce qu'il pensait nécessaire pour préserver cette union, blâmant son fils non de son choix, contre lequel il ne pouvait rien, mais de son attitude le mettant en péril et, ça n'avait pas été facile.

Le regard de Jim s'était fait velours en contemplant Pierre-François et, si sa main possessive enlaçait Harry, si son menton était posé sur son épaule, c'était bien le sorcier blond que ses yeux aimants couvaient. Soudain il s'émut. Jim était donc un des piliers de leur trio et ne le subissait pas comme il le supposait depuis des mois. Il pouvait à nouveau le considérer avec fierté. Et aussi retrouver son estime envers Harry. Quant à Pierre-François, il réservait son jugement. Il y avait ce qu'il constatait et ce qui lui avait été raconté. Il n'appréciait pas les excès. Il ne pouvait faire abstraction des rapports transmis par les services de Pierre à son sujet, puis ceux de Lucius. C'était un homme avec un lourd passé qui ne serait certainement jamais éclairci, un passé d'assassin. Un assassin qu'aimait son fils. Et c'était un autre bouleversement. Il le voyait aujourd'hui, bon père, bon compagnon et, cependant, le croyait capable de choses terribles si demain un élément venait perturber sa vie. Il savait son calvaire, son courage pour se reconstruire par deux fois déjà mais ça ne lui suffisait pas. Il attendait plus.

Pierre avait écouté avec un sourire les taquineries de Jim. Sans nécessairement le comprendre, il avait admis depuis longtemps, l'amour qui unissait ces trois là. Les récits de Sarah qui avait vécu à leurs côtés pendant les vacances lui avait fait entrevoir la profonde entente qui les liait. Il n'avait pas l'aveuglement des pères pour qui leurs enfants sont toujours trop biens pour les amants, pour les amoureux, pour les époux. Il avait apprécié le jeune Cloud dès le départ, tout en constatant que le petit ami de sa fille était loin de la perfection comme tout un chacun.

La conversation qui s'était tournée vers le football semblait très peu passionner Pierre-François dont le regard s'égarait fréquemment vers l'extérieur. Si le temps avait été venteux ces derniers jours, voire pluvieux, un beau soleil baignait en ce tout début d'après-midi le jardin à l'anglaise. Il finit par se lever et aller s'accouder à la balustre sur la terrasse où le rejoignit Frédéric.

Harry regardait son loup discuter gravement avec son ami. Il se rappelait les critiques du moldu qui les trouvait trop jeunes, Jim et lui, pour être les compagnons de Pierre-François. Comment gérait-il le fait d'être épris d'un jeune sorcier de dix-huit ans ? Pour une fois, il avait envie de s'en mêler. Il serra doucement la main de Jim avant de rejoindre les deux autres sur la terrasse. Il s'appuya sur la hanche de son compagnon qui sourit tout en passant son bras autour de lui.

— Tu t'ennuies, Amour ?

— Non. Je voulais vous donner mon point de vue.

— Ton point de vue ? s'étonna-t-il.

— Oui. Je crois avoir deviné depuis un moment le sujet de votre conversation. Au début, fit-il en s'adressant à Frédéric, tu nous a mal jugés parce que, vu notre jeunesse, nous ne pouvions qu'être immatures ou volages. Tu avais peur pour ton ami. Tu nous voyais le quitter dès qu'un garçon de notre âge nous plairait un tant soit peu. Nous n'avons jamais eu la possibilité de t'expliquer ce que nous en pensions.

— ...

— Je ne crois pas que l'amour soit une affaire d'âge, ni non plus de sorcier ou de moldu. Je doute que le bonheur dépende de ce genre de choses. Je sais par contre que mon but est de rendre mes compagnons heureux. C'est aussi celui de Pierre-François qui a trente quatre ans et celui de Jim qui est moldu. Je pense que ce sont de faux problèmes. Et nous pourrions nous aussi craindre que Pierre-François nous trouve trop juvéniles et cherche un corps d'homme plus mature à caresser, quelqu'un de plus posé pour l'aimer. Le risque est pris dans les deux sens.

— Et je fais quoi du lien elfique ? fit son homme d'un air tendrement moqueur.

— C'était juste une supposition, mon ange, fit-il avec un petit geste impatient de la tête ce qui le fit rire.

— Ce que tu veux me dire, c'est que je dois, aveuglément, faire confiance à Jean-Baptiste ? railla Frédéric.

— Je dis seulement que l'âge n'a rien à voir dans l'amour, dans la fidélité, dans le respect envers l'autre. Je veux prendre mes responsabilités d'homme et être aimé en tant que tel même si j'ai dix neuf ans. Je ne veux pas être un jeune amant entraîné par un grand-frère ou un papa-gâteau en une relation qu'on pourrait considérer incestueuse, se moqua-t-il. Jean-Baptiste est comme moi. Il voudra être considéré en compagnon. Il est l'opposé de Gaby.

— Je l'avais compris seul. Mon problème n'est pas là, soupira le moldu avec une grimace.

— Ah ? fit-il interrogatif.

— Je ne vois pas quel avenir je pourrai avoir dans le monde sorcier. Et encore moins lui donner.

— Pourquoi chercher midi à quatorze heures ? Pour le moment, tu es ici et lui aussi. Cela vous laissera le temps de faire mieux connaissance. Rien ne dit que vous vous entendrez. Dès que les choses se seront arrangées, tu peux très bien retourner travailler du côté moldu et retrouver ton homme le soir dans l'autre univers. Il y a toujours une solution.

— J'avais l'habitude de tout faire avec Gaby, soupira-t-il.

— Avant de le blesser, tu as intérêt à savoir ce que tu veux, Frédéric, intervint Pierre-François un peu sèchement.

Quant à lui, il resserra son étreinte autour de son amour de sorcier appuyé contre lui, en pensant qu'il n'avait jamais douté. Ce dernier eut le regard attiré par un mouvement dans la salon. Le trio venait d'y entrer, ainsi que Jean-Baptiste qui, manifestement, cherchait quelqu'un. Il les aperçut et se dirigea vers eux immédiatement. Après les avoir salués, il fixa Frédéric, incertain de la conduite à tenir. Celui-ci esquissa un sourire tendre avant de l'attirer contre lui, sa bouche doucement caressa la sienne puis il lui chuchota quelques mots à l'oreille, ils semblèrent ravir le jeune homme qui mêla ses doigts aux siens.

— Le repas est prêt, annonça Cloud en passant la tête par la porte fenêtre entrouverte.

Pour ne pas faire attendre, ils se dirigèrent immédiatement vers la salle à manger. Machinalement, Harry se retourna pour voir si les autres les suivaient. Jean-Baptiste, les bras passés autour du cou de son petit-ami, l'embrassait avec passion, tandis que Frédéric, les mains posées dans le creux de son dos, semblait mettre autant de cœur à le serrer contre lui. Il attira l'attention de son homme vers eux, tous les deux se sourirent, complices. La raison était une chose, l'attirance, une autre.

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Lové contre le dos de Jim, il récapitulait tout ce qui se passait dans le monde sorcier à cet instant. Cela devenait un rituel quasi journalier quoique très déplaisant. On ne peut pas dire que le bilan était positif. Entre les mercenaires de Liebling dont il était certain maintenant qu'ils existaient et les fuites perpétuelles qui informaient leurs ennemis, le retour de Grindewald paraissait presque anodin. Et il y avait tout le reste, les bijoux, les meurtres divers qui concernaient Nicolas de Noailles et Philibert de Saint-Maur, les gardiens de ce trésor, la disparition d'O' Reilly, les prédictions de Camelia de Saint-Maur, celle que taisait Jimmy, l'accord international entre moldus et sorcier qui ne tenait qu'à un fil. Il cherchait les points positifs et n'en trouvait aucun. La disparition du vrai François-Marie peut-être... Si son loup en souffrait, il semblait plus en sûreté en présence de Gellert qu'en celle de son propre frère. Et s'annonçait, dans un tout autre genre, les difficultés du Tournoi des Trois Sorciers et les élèves de Durmstrang à gérer. On ne peut pas dire non plus qu'il avait passé une soirée vraiment agréable, la nuit n'avait pas mieux commencé. Il l'avait choisi ainsi, mais cela s'était révélé bien plus difficile à assumer que prévu, il ne put s'empêcher de soupirer.

De l'autre côté du lit, Pierre-François ne dormait pas plus. Et ce n'était pas les mêmes questions qui le tenaient éveillé. Le corps chaud de Jim serré entre les bras, son visage dans son cou, il s'interrogeait sur l'éloignement volontaire, ce soir-là, cette nuit là, de son jeune amant. Ils avaient passé une soirée tranquille loin de la politique sorcière que Harry avait fermement refusé d'évoquer, au grand dam des autres invités de ce week-end, désireux de débattre des derniers événements. Tout au long de la soirée, il avait surpris ses regards tendres vers lui ou Jim. Tous ensemble, ils avaient discuté de tout et de rien, de Poudlard, de l'université avec les uns, joué aux échecs avec les autres, dégusté les vins extraordinaires de Sylas. Une fois sur leur couche, ils avaient fait l'amour mais Harry s'était volontairement mis en retrait se mettant au service de leur jouissance. Il avait fait de Jim le pilier central de cette nuit d'amour. Son petit homme ne l'avait pas possédé et n'avait pas été à lui. Ce n'était pas dans leurs habitudes et ça lui avait terriblement manqué. Il avait eu beaucoup de plaisir, sans l'ombre d'un doute, plus ils avançaient dans leur relation, plus il s'attachait aux deux. Quoi qu'il en soit, le profond besoin qu'il avait de Harry n'était jamais comblé.

Passant sa main au dessus du corps de Jim, il caressa doucement la peau tendre et soyeuse de la hanche. Il le sentit frémir sous le léger effleurement. Il veillait lui aussi. Un soupçon le prit. Il le tira doucement vers lui afin de lui faire comprendre qu'il le voulait à ses côtés et non au-delà du corps de son second chéri. Il ne fallut qu'un instant pour qu'il se déplace et se colle à lui. Tirant Jim avec lui qui continua à dormir, blotti contre son épaule, il se mit sur le dos, pour prendre Harry entre ses bras. Il s'y pelotonna avec un soupir qui ressemblait à un gémissement et qui lui donna à réfléchir. Après le malaise du bain et peut-être d'autres reproches qu'il ignorait, il avait manifestement voulu rassurer son fiancé à son propre détriment. Jim, avec sa sensualité, son expérience et son empathie, était un amant extraordinaire qui le comblait, il savait le mener à l'orgasme comme personne. Il avait gémi, crié entre ses bras, et lui dans les siens. Harry avait-il lui aussi été heureux ? Maintenant, il en doutait. Comment avait-il pu, emporté par sa soif de volupté, passer à côté de ça ? Et bien entendu, son amour, si vulnérable ces derniers temps, en avait été le premier atteint.

Doucement, il lécha ses lèvres pleines et veloutées, avant de l'embrasser avec toute la tendresse du monde. La fièvre que Harry mit à lui répondre confirma sa supposition.

— Pourquoi as-tu fait ça, mon amour ? Il ne voudrait pas que tu sois mal comme tu l'es maintenant, lui chuchota-t-il.

— ...

— Jim est un amant merveilleux, tu le sais comme moi, néanmoins...

— Toi aussi, murmura-t-il en l'interrompant.

— Laisse moi finir, mon âme. Mais mon plaisir n'est jamais total sans toi. Ne t'y trompe pas, tu es un amant très instinctif, ce qui compense ton manque d'expérience. Tu me combles à chaque fois. Quand nous faisons l'amour, nous arrivons à équilibrer les choses naturellement. Nous jouissons avec chacun, tour à tour. Instinctivement, nous nous entendons de façon incroyable. En voulant modifier les choses, tu as bouleversé cette symbiose. Tu t'es rendu malheureux inutilement.

— Mais...

— Chut ! fit-il. N'as-tu pas remarqué que notre harmonie naturelle n'était plus là ?

— Jim en avait besoin.

— Il t'aime trop pour ça. Il n'a pas demandé que tu te sentes à l'écart, que tu souffres en nous entendant jouir, l'un par l'autre alors que tu restais loin de notre passion. Je ne veux plus de ça, mon doux amour.

— J'ai eu du plaisir aussi.

— Le plaisir du corps, peut-être, fit-il en caressant doucement son visage.

— Il se pose trop de questions. Il a l'impression que nous le délaissons un peu. Toi, en ce qui me concerne, tu as les pierres. Et je ne t'ai jamais vu douter de Jim. Moi, je sais que vous m'aimez, vous avez sacrifié tant de choses pour me suivre.

— Alors si rien ne t'a blessé, pourquoi pleures-tu ?

— C'est un ensemble de choses. Je n'en peux plus. Un moment de découragement simplement, lui souffla Harry.

— J'ai parfois l'impression que tu me prends pour un imbécile, soupira-t-il en buvant sur ses joues les perles salées.

Il le sentit se crisper contre lui.

— Tu sais, tu peux tout me dire, continua-t-il en caressant en caressant sa tempe. C'est ça un couple. Tranquillise-toi, je vais me contenter de ta réponse, même si j'en aurais aimé une autre, lui murmura-t-il avec tendresse. J'espère que ça viendra, que tu t'ouvriras, mon agneau trop secret.

— Pourquoi tout est-il si compliqué ?

— Cela ne l'est pas. Si tu y crois, tout devient facile.

Il le câlina, lui murmura les mots les plus fous jusqu'à ce qu'il s'endorme contre lui.

Harry ouvrit les yeux péniblement. Il s'étendit doucement tout contre Pierre-François, par plaisir de frôler sa peau mais sans pour autant le réveiller de suite. Ses doigts, amoureux, caressèrent le corps nu, il fit courir sa bouche sur la peau chaude de sommeil, s'attardant un instant sur l'aréole sombre, à sa portée. Sa main s'aventura plus loin, allant se perdre dans les boucles blondes de Jim posées sur l'épaule de l'aîné. Il jeta un coup d'œil au réveil. Six heures du matin. Une nouvelle semaine commençait, entre université, cours à Poudlard et leurs précieuses soirées.

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Il lança un coup d'œil discret à son meilleur ami qui acquiesça d'un signe de tête. Dray et lui se comprenaient toujours. De commun accord, ils suivirent Berthram qui se dirigeait seul vers le côté moldu de l'université. Jim en compagnie de Sylas et Jean-Baptiste leur emboîta le pas. C'est lorsqu'il pénétra dans la chapelle qu'il lança son stupefix. Aussitôt, ils le descendirent dans la crypte. Ils en remontaient quelques minutes plus tard, poussant le garçon devant eux. Après un "oubliette" et un sort de confusion, ils le laissèrent sur le chemin du restaurant universitaire moldu où il se rendait.

Harry, les dents serrées, échangea un regard inquiet avec Jim qui semblait tétanisé par les révélations de l'étudiant. Pourquoi avait-il choisi ce mercredi midi pour lire dans l'esprit du cousin de son page ? Il ne le saurait jamais. C'est le petit coup de pouce du destin, celui qui change une vie. Celui qui en sauve peut-être, celle de leur homme notamment. Il prit un des gallions de Mione et y inscrivit trois petits mots. Tous les membres de la Fratrie étaient maintenant prévenus qu'ils devaient les rejoindre.

— Nous transplanons à Pré-au-lard immédiatement, fit-il aux autres tout en tenant Jim par la taille.

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Le petit village écossais vivait une fois de plus à l'heure de Poudlard. C'était une grande première pour les élèves des deux années inférieures qui avaient enfin le droit à une sortie à Pré-au-lard. Il est vrai qu'ils étaient dûment encadrés par deux professeurs, Bill et Sirius, par quatre préfets et par le directeur en personne, mais la surveillance était bon enfant et ils chahutaient gaiement. Pierre-François veillait à avoir tout son petit monde à l'œil. Il avait hésité à prendre Lily et Teddy avec lui et y avait renoncé en dernière minute par peur d'être distrait par leur présence. Les enfants s'engouffraient, en ce moment, chez Zonko avec des rires et des exclamations ravies. Il laissa entrer les préfets avec eux mais préféra rester dehors à discuter en compagnie de ses enseignants. Ce fut le tour ensuite de Honeydukes. A travers la vitrine, il regardait les grimaces gourmandes et les sourires satisfaits des élèves qui emplissaient leurs sachets de suçacides, de dragées surprises de Bertie Crochu, de plumes en sucres, de bulles baveuse, des carrés de nougat tendre, de chocolat aux parfums variés. Il se décida à en acheter un gros sachet pour son gourmand et sa fille. Les bras chargés, il contemplait, intrigué, Aymeric, Sylvain, Typhaine et Alicia qui chuchotaient d'un air complice devant le tout récent salon de dégustation de glace, Polar Bear. Il se rapprocha pour leur recommander de rester bien groupés et c'est dans le regard paniqué de leur fils qu'il lut le danger.

Déjà, ils étaient entourés de combattants équipés d'armes de poing et de baguettes. En plein village. Aux yeux et au su de tous. En voyant le visage carré du sorcier massif et âgé d'une cinquantaine d'années qui les accompagnait, il comprit sans peine qui ils étaient. Et, si cela n'avait pas été le cas, son compagnon, au visage en lame de couteau, aux yeux vairons, au rictus déplaisant étirant ses lèvres minces, lui aurait enlevé tout doute. Ernest Liebling, cette immonde raclure.

— Et bien Vassier, surpris dirait-on, ricana le plus âgé qui semblait le chef de l'expédition.

Ils étaient seize en tout, et au vu de leur âge, entre trente à quarante ans peut-être plus, certainement des combattants expérimentés. Ils avaient une assurance qui dénotait l'habitude des opérations de ce genre. Eux n'étaient que sept si il comptait les quatre jeunes préfets dont Justin et son fils adoptif. Pas vraiment équilibré, cependant ils n'avaient pas le choix. Quant à lui, il protégerait ses élèves jusqu'au bout. Il eut une pensée envers ses amours. Il voulait vivre et ferait tout pour.

— Je ne vois pas pourquoi vous vous attaquez, une fois de plus, à des enfants, leur fit-il avec tout le mépris qu'il ressentait devant cette attitude.

— Et toi, une fois de plus, tu ne sais pas rester à ta place ! Il faut croire que, tout compte fait, tu aimes ce genre de spectacle, lui asséna méchamment Liebling.

— Toujours aussi lâche, lui rétorqua-t-il avec mépris.

Il sentait resurgir en lui une immense détestation à l'encontre de ce monstre qu'était l'ancien mangemort. Il devait suer cette haine par tous les pores de la peau.

— Nous ne sommes pas là pour les enfants, fit le plus âgé avec un accent qu'il jugea américain, mais pour toi. Il nous faut une façon de tenir l'Elu loin de ce qui se prépare et tu es le moyen de pression rêvé. Tu choisis de nous suivre sans faire de difficultés et nous laisserons tous ces chérubins regagner leur école.

— Jamais, fit la voix coléreuse de Cloud derrière lui.

— Il n'ira nulle part, confirma celle de Justin.

— Vous ne toucherez pas un cheveu de mon père, renchérit clairement Aymeric avec une fougueuse témérité qui ne l'étonna pas.

Il ressemblait bien à son jeune père adoptif, celui-là.

— Voyez-vous ça ! railla Liebling en ricanant. Tu formes tes guerriers au berceau. On va voir ce qu'ils savent faire.

Il entendit dans son dos un cri de douleur étouffé. Il se retourna et vit Cloud plié en deux sous le sort impardonnable. Il serra les dents en pensant qu'il le paierait tôt ou tard.

— La demoiselle est fragile, semble-t-il, ricana le mangemort.

— Toi aussi ! intervint une voix qui lui était chère entre toutes.

Devant lui, les yeux révulsés, Liebling était à genoux, cassé sous le puissant doloris de Harry, qui le regardait froidement, il n'eut pas le temps de se relever, un deuxième le faisait hurler de souffrance. Aux côtés de l'Elu, droit comme un I, se tenait Jim, la gueule de son glock orienté vers le dirigeant. Son regard acéré ne quittait pas son ennemi. A leur droite, il y avait Draco et Sylas. Du coin de l'œil, il vit Jean-Baptiste, Justin et deux autres préfets rassembler les enfants et les pousser dans la direction de La Tête de Sanglier et son souterrain amenant à Poudlard. Malheureusement, cela ne passa pas inaperçu des mercenaires et le jeune cajun ploya l'échine sous un endoloris, pourtant, malgré le mal qui lui vrillait les tripes, il riposta d'un sort qui lui était inconnu. Immédiatement, le sorcier visé s'affaissa sur le sol, il fut agité de soubresauts avant de se recroqueviller en position fœtale. Une brume rougeâtre sembla entourer le corps immobilisé. Il vit la stupéfaction envahir le visage du dirigeant voyant l'un de ses hommes mourir d'un sortilège qui semblait le vider de son sang sans en voir couler une seule goutte. La magie acadienne métissée de vaudou, méconnue, terrible.

Cela lui avait offert la diversion dont il avait besoin. Il lâcha le sachet de friandises et sa baguette se retrouva dans sa main en un instant ainsi que son glock automatique qu'il avait toujours sur lui quand il sortait. Il s'attendait à une riposte sur le jeune créole et elle ne tarda pas. Dès qu'il vit l'arme cracher ses balles de 9mm, il plongea sur Jean-Baptiste le plaquant au sol tout en envoyant un sectumsempra au tireur. Se relevant d'un bond, il se précipita avec le jeune métis aux côtés de ses hommes. Jim était en position d'infériorité, il suffisait d'un sort d'attraction pour le priver de son arme. Seule, la présence de Harry les en dissuadait, celui qui aurait tenté la moindre chose contre son fiancé savait qu'il en subirait immédiatement les conséquences. La baguette d'ébène dans la main gauche, la sienne dans la droite, le Sauveur semblait évaluer la situation avec un calme olympien.

Il commença par conjurer au-dessus des enfants et de deux des préfets un dôme opalescent et protecteur qui vint les entourer, les mettant à l'abri. Ils en étaient arrivés à être huit contre quatorze. Et soudain, l'enfer se déchaîna, les sorts fusèrent en même temps que les armes aboyèrent. Pour la première fois, ils affrontaient des hommes aussi entraînés qu'eux, rompus aux techniques de combat moldu comme aux sortilèges sorciers. Ils furent bientôt mis en difficulté. Il remarqua que Harry, si il était extrêmement efficace, n'utilisait ni sa puissance totale ni aucun sort de magie noire. Il y viendrait certainement si cela s'avérait indispensable mais l'Elu veillait à son image autant que possible. Jim, dès le début, avait désarmé le plus âgé d'un coup de pied latéral mais aussitôt un Lüger avait remplacé dans sa main la baguette perdue et récupérée par Harry.

Le tir rapide, précis et méthodique de Jim, les sorts terriblement efficaces de Jean-Baptiste, la tranquille assurance de Bill, la puissance de Harry et sa propre vivacité incisive ne tardèrent pas à influer sur le combat et son issue sembla plus incertaine pour les mercenaires. D'un sort en informulé, Harry essaya de désarmer une fois encore le dirigeant du groupe et attira le Lüger. D'un geste vif, l'homme se baissa et le remplaça par un petit Beretta qu'il portait dans un étui de cheville. L'arrivée soudaine, au même moment, d'une quinzaine de sorciers masqués de noir, sonna la fin du combat. Dans les deux qui vinrent se poster directement à leurs côtés, il devina sans peine Erwin et Jimmy. Les rescapés de la troupe de Liebling transplanèrent sans demander leur reste, non sans que Harry lance furtivement à ce dernier un sectumsempra au moment de son départ et que le chef des mercenaire récupère sa baguette d'un attractio puissant.

Ne pouvant se permettre une autre attitude, il appela Kingsley qui promit d'envoyer aussitôt une équipe d'aurors. Sur un signe discret de leur chef, les membres de la Fratrie disparurent comme ils étaient arrivés. Les policiers emmenèrent les morts. Il ne resta dans la rue principale de Pré-au-lard que des enfants inconscients des risques courus et excités d'avoir assisté à ce qu'il croyait être une vraie bataille. Le directeur et l'Elu étaient parmi eux, qu'aurait-il bien pu arriver ? Par contre, il allait falloir s'en expliquer avec les parents, ce serait moins facile. Il n'y avait eu heureusement aucun blessé de leur côté. Il se demandait par quel miracle ses agneaux étaient intervenus. Avec une grimace mécontente, il lança un sort de recurvit sur sa robe, puis un de défroissage qui fit lever les yeux au ciel à Jim.

— Je vais m'arranger afin que les journaux taisent certaines choses, lui glissa Harry. Je reviens.

Il posa une main caressante sur son épaule avant d'adresser un regard à Jim. Il lança un bref coup d'œil impératif aux autres et s'éloigna seul, laissant ses amis les protéger. Il vit pourtant Erwin et Jimmy revenus sans leur masque de la fratrie emboîter le pas à Harry. Escortés par Draco, Sylas et Jean-Baptiste, Jim à ses côtés, ils continuèrent donc la visite de Pré-au-lard. Ces derniers répondaient avec gentillesse à toutes les questions que posaient les enfants. Ils terminèrent la sortie en prenant d'assaut le Polar Bear afin de déguster une crème glacée qu'il fut trop heureux de leur offrir dans le but de dissiper les éventuelles appréhensions. Il ne se sentit bien que quand il vit la silhouette familière de son homme se profiler dans l'embrasure de la porte d'entrée.

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Loin de là dans un manoir éloigné de tout, au fond de la campagne écossaise, un fort sorcier, bâti en armoire à glace, ne décolérait pas. A grandes enjambées, il faisait des aller et retour dans ce qui semblait être son bureau.

— Comment Potter a-t-il été au courant ? jeta-t-il enfin à George Balbi qui contemplait toute cette agitation d'un air ennuyé.

Manifestement il n'espérait pas de réponse car il continua sans plus attendre.

— Qu'est-ce que Liebling et Vassier ont en passif ? Jamais je n'ai vu autant de haine dans le regard de quelqu'un. Et le sort de découpage qu'il a reçu de Potter ressemblait plus à une vengeance personnelle qu'à autre chose. Et avec la puissance qu'il y a mis, cet imbécile aura de la chance si il s'en sort.

— Pratiquement tout le monde sorcier sait qu'Ernest a fait partie d'une expédition punitive menée par Bellatrix, intervint un jeune homme roux qui était jusque là resté tapi dans un coin de la pièce. Pierre-François Vassier était le sorcier visé.

— Et ?

— Ils ont déboulé dans une fête d'anniversaire, ils ont tué tout le monde sauf Vassier, enfants et adultes. Ils l'ont fait assister à la mort de son fils unique qui avait cinq ans. Tout le monde savait qu'il adorait son môme. Il parait qu'il pleurait à chaudes larmes, railla le mangemort de même pas vingt ans.

— Méprisable ! fit l'américain avec un air de dégoût.

— Et tous ceux qui faisaient partie de cette exécution sont morts sauf Ernest, renchérit-il.

— Assassinés ?

Seul le silence lui fit écho, ce qui était une réponse en soi. Bien entendu, le père s'était vengé. Les Vassier n'avaient pas la réputation d'être des tendres. Il pensa qu'il était bien entouré : un lâche, un sadique prenant plaisir à tuer des gosses et un ancien mangemort dont les seules batailles gagnées l'avaient été dans le lit d'une cinglée. A cause de ce tueur d'enfants, il allait devoir faire avec la haine des plus puissants sorciers anglais. « Bienvenue au pays, Caine ! » pensa-t-il. Il préférait de loin ses mercenaires dont les principes étaient clairs. Ils obéissaient à celui qui les payait bien, ils avaient un contrat et le respectaient. Des professionnels. C'était clair et net. Presque propre.

Il ne volerait pas la somme rondelette qu'il allait empocher des moldus et il espérait bien s'approprier un véritable trésor au passage. Tout compte fait, cela valait quelques désagréments. Bien entendu, il fallait réussir à remplir sa mission et le premier volet venait d'échouer de façon lamentable. Ils seraient sur leur garde maintenant. Vassier ne serait plus facile à atteindre. Il représentait pourtant le seul dénominateur commun entre Potter et Grindelwald. Il lui fallait trouver une autre solution.

— Tu as examiné le corps de Bert ? demanda-t-il d'un ton sec au lâche.

— Oui. Je ne connais pas ce sort. Ni d'ailleurs celui qui a atteint Franck, je ne sais pas si on va arriver à l'endiguer, répondit George Balbi.

Terrence rentrerait demain avec ses inferi de malheur. Il avait beaucoup étudié et voyagé énormément de par le monde. Il en saurait peut-être plus. Ce ne sont que des gamins, pensa-t-il avec dépit en revoyant les yeux noirs perçants et le visage décidé du jeune homme à peine émergé de l'enfance qui avait infligé, sans une hésitation, sans aucune crainte dans le regard, les sortilèges de mort inconnus. Et qui étaient ces sorciers masqués qui se battaient aux côtés de Potter ? Évoquer celui-ci lui rappela son souci premier.

— Comment l'a-t-il su ? grogna-t-il pour lui-même plus que pour les autres dont il avait renoncé à obtenir ne fut-ce qu'une seule idée un tant soit peu sensée.

— J'ai peut-être une réponse, osa Fedor, le mangemort. On murmure que si Potter est le fiancé du moldu, il est le compagnon elfique de Vassier et porte un bracelet d'appartenance. On ignore tout des pouvoirs qui lient les elfes, peut-être savent-ils quand l'autre est en danger ?

— Stupidité ! Toujours des commérages ! de stupides suppositions ! grogna-t-il. Les elfes n'existent plus depuis des siècles. Va me chercher Berthram.

Le jeune homme quitta la pièce non sans avoir jeté à son chef un regard assassin, George Balbi le suivit précipitamment laissant l'autre seul avec ses pensées.

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Il posa sa main sur la taille ferme de son ange. Penché par dessus son épaule, il huma le parfum délicieusement épicé qui s'échappait du ragoût qui mijotait dans la cocotte et que mélangeait son homme.

— Mon gourmand, murmura celui-ci tendrement.

— Je t'aime, souffla-t-il en posant ses lèvres sur sa tempe.

— Moi aussi, chéri.

— J'ai eu tellement peur tantôt, quand j'ai compris que tu étais tombé dans une embuscade, chuchota-t-il en fermant les yeux comme si il redoutait de revoir la scène.

— Si tu n'avais pas décidé de cuisiner Berthram aujourd'hui...

— Je l'aurais su de toute façon, dit-il à mi-voix. Un peu plus tard mais tu aurais tenu le coup encore un moment sans problème. Le bracelet, souffla-t-il en réponse au regard interrogatif de Pierre-François. Une lumière et une chaleur en irridiaient, c'est vraiment difficile à déterminer et plus encore à décrire. Les pierres étaient pratiquement noires. J'aurais compris de suite qu'il y avait un problème.

— Cela n'avait pas été le cas lors de mon enlèvement.

— Non. Peut-être parce que nous n'étions pas amants ? ou pas assez unis ? suggéra-t-il. Les pouvoirs du bracelet s'amplifient peut-être au fur et à mesure que grandit l'amour.

— Possible, murmura-t-il un peu brièvement, alors qu'il aurait voulu tant en dire. C'est prêt. Où est Jim ?

— Il prend sa douche. Mon loup ?

— Mmmmmh ? répondit ce dernier pendant qu'il égouttait les tagliatelles qui accompagnaient l'osso-buco.

— Rien, manifestement tu es occupé, fit-il avant d'aller chercher Lily.

Il ne vit pas le regard navré de Pierre-François le suivre jusqu'à la porte. Lorsqu'il revint, leur poupée gazouillante dans les bras, Jim était appuyé contre le plan de travail à côté de leur loup, discutait et riait avec lui. Lui, ne pouvait pas. Il se remettait difficilement du grand froid qui avait pris possession de lui en voyant le bracelet noircir, puis de la vision de Pierre-François menacé par Liebling et l'américain. On aurait pu croire qu'il était blasé et c'était loin d'être le cas. La peur de perdre ceux qui lui étaient chers était là, tapie dans un coin, prête à resurgir au moindre problème.

Il avait mesuré le chemin parcouru depuis qu'ils étaient intervenus à l'Aigle Noir afin de tirer le beau de Lauzun, leur prédateur, d'un mauvais pas. Par Merlin, qu'il aimait cet homme. Ce qu'il ressentait maintenant pour lui n'avait rien de comparable et il était sûr qu'il en était de même pour Jim. Comme lorsque celui-ci avait été blessé, il n'avait pu maîtriser ses sentiments. Le sectumsempra sur Liebling n'avait d'autre but que de lui faire payer le mal qu'il avait fait à son compagnon et la mort d'un enfant qu'il n'avait pas connu. Il prenait la mesure de l'autre façade de l'amour, celle des tourments, de l'angoisse pour l'aimé.

Serré tout contre Jim sur leur couche, le visage dans son cou, le respirant une fois de plus tel son oxygène, il commençait à se détendre. L'ayant deviné, ce dernier apprivoisait patiemment son humeur rebelle. Sa bouche effleurait lentement la sienne, ses paupières, ses tempes ses mains caressaient doucement son dos, sa poitrine, ses épaules, le haut de ses bras. Il eut un soupir impatient envers lui-même, envers ce corps qui ne voulait pas lui obéir, envers son esprit rétif qui restait marqué par ce combat alors qu'il avait vu bien pire. Et c'est encore son fiancé qui tempéra son impatience.

— Calme-toi, mon amour. Nous avons toute la nuit, chuchota-t-il.

Après avoir couché Lily et pris sa douche, Pierre-François les rejoignit et se glissa contre lui. Ses mains s'unirent à celles de Jim, leurs doigts se mêlèrent et, ainsi liées, elles se mirent, ensemble, à le caresser. C'était tellement symbolique qu'il en resta d'abord muet avant de gémir de plaisir. Bientôt elles se dénouèrent afin de le mener à la jouissance.

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Dans d'autres lieux, la nuit était aussi propice aux discussions, aux confidences, à l'élaboration de conjonctures et de plans.

En un second appartement de Poudlard, trois voix chuchotaient dans l'obscurité. Lovée contre Draco, la tête sur son épaule, Hermione écoutait, pour la seconde fois, le récit de l'attaque à Pré-au-Lard que lui contait cette fois Sylas. Elle avait eu droit à une première version résumée lorsqu'ils étaient rentrés, elle en voulait maintenant tous les détails. Elle les analysait essayant de déterminer le but des mercenaires derrière cette tentative d'enlèvement. Et elle ne comprenait pas. Son habituelle rationalité lui soufflait qu'il y avait un problème de taille. Si la finalité avait été d'éloigner Harry de la scène politique, il était plus facile de kidnapper discrètement Aymeric, son fils, plutôt qu'un puissant sorcier en plein Pré-au-Lard. Pour elle, cela ne tenait pas la route. Il devait y avoir autre chose derrière. Un autre but qu'elle n'arrivait pas à cerner. Même Voldemort n'avait fait ce genre d'opération aux alentours de Poudlard qu'au sommet de sa puissance. La panique que cela pourrait susciter serait incontrôlable d'un côté comme de l'autre.

Vraiment, ceci n'avait aucun sens. Sauf si Pierre-François était visé au même titre que son compagnon. Mettre hors circuit, l'Elu ainsi que le directeur de Poudlard dans le but de faire vaciller le pouvoir. Dans ce cas là, ils n'étaient certainement que les premiers d'une liste comprenant aussi Kingsley et Lucius. Elle fit part de ses craintes à ses hommes dont le visage grave lui fit comprendre qu'ils étaient déjà arrivés à une conclusion très semblable. Ils étaient alors tous en danger.

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Dans l'appartement du directeur de la maison rouge et or, Sirius, Justin et Cloud, les Serpentard, tenaient conseil, installés devant des bièraubeurres. Cela faisait un moment que Justin avait sympathisé avec le maraudeur et il n'était pas rare de voir les deux inséparables passer leur soirée chez lui. Ils s'étaient trouvés pas mal de points communs dont l'amour des femmes, l'impétuosité et l'inconscience, ainsi qu'un sens de l'humour féroce. Cloud les freinait comme il pouvait et ça, sur tous les plans. Ils en étaient arrivés à peu près à la même conclusion que le trio sauf en ce qui concernait les personnes exposées. Afin d'atteindre Harry et Pierre-François, il suffisait de nuire à Jim. Pour des sorciers qui ne le connaissaient pas, il représentait le maillon faible du trio. En vouloir à Harry, ce n'était pas nouveau, à Pierre-François par contre ... Bien sûr, il y avait Liebling. Le dernier des mangemorts à avoir pris part au meurtre de Henri-James Vassier ne tenait pas à être puni de la même façon radicale que les autres. Il avait néanmoins eu plusieurs occasions jusque maintenant de supprimer le père justicier. Cela n'avait jamais semblé être sa priorité. De plus, ce n'était pas lui qui commandait l'expédition à Pré-au-Lard. Alors qui cherchaient-ils réellement à atteindre ?

Tous oubliaient que Nicolas de Noailles protégeait les bijoux de la couronne et négligeaient son lien de parenté avec Gellert Grindewald, revenu sous l'identité de François-Marie Vassier. Un bel imbroglio que tout cela. Tous ? Peut-être pas.

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Au rez-de-chaussée de la tour des moldus comme l'appelaient les élèves, un vieil homme écoutait le récit de quatre jeunes adolescents qui avaient brisé le couvre-feu. Surpris de les voir arriver sous la cape d'invisibilité d'Aymeric, à pareille heure, il leur avait pourtant préparé ce chocolat chaud dont raffolait son petit-fils. Tous avaient assisté à l'escarmouche et en faisaient un compte-rendu au vieillard, chacun à sa manière. L'ancien intendant de la famille Saint-Maur, dont l'intérêt principal restait celle-ci et son histoire, ne se posait quant à lui qu'une seule question et il comptait bien en faire part, dès le lendemain, à celui qui restait, pour lui, Pierre-François de Lauzun.

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Enfin, dans un château rose, au bord de la Garonne, blotti pour la première fois entre les bras de Frédéric, au creux du même lit, Jean-Baptiste faisait, lui aussi, le récit des événements. Ils avaient depuis deux jours un nouveau compagnon en la personne de Joshua qui s'occupait de leur formation au combat moldu et aux armes de poing. Depuis l'arrivée du baroudeur, Frédéric, qui n'avait jamais été très sportif, ne sentait plus ses muscles. Son corps n'était qu'une courbature. Cependant, il persévérait. Affalé dans une bergère, il avait attendu avec inquiétude son petit-ami qui ne rentrait pas de l'université. Il avait fini par faire les cent pas en imaginant le plus mauvais. Les pires idées lui étaient passées par la tête sauf celle d'un sauvetage en monde sorcier. Quand il l'avait aperçu, gravissant tranquillement la sente herbeuse qui menait au castel, l'angoisse s'était transformée en colère, à moins qu'elle n'ait été déjà là, sous-jacente.

Jean-Baptiste avait eu un léger rire en le voyant. Avec le recul, il pense que la rage devait être peinte sur son visage. Cela n'avait nullement intimidé son chéri qui s'était pendu à son cou, avant de l'embrasser à en perdre haleine.

— Jaloux ? lui avait-il murmuré sans même justifier son retard.

— Inquiet, avait-il rectifié un peu trop vite certainement car le léger rire était une nouvelle fois apparu sur la bouche tentante.

Ce diable de petit bout d'homme avec ses gestes langoureux, ses yeux de braise et son regard envoûtant, provocant à souhait, mais aussi sûr de lui, fier et droit le menait par le bout du nez. Il en était fou, il fallait bien l'admettre. Ils passaient tous leurs moments libres ensemble. A défaut de pouvoir lui faire connaître son monde, il le lui racontait. Lui, lui évoquait la Nouvelle-Orléans, son enfance passée dans la plantation familiale, le monde sorcier louisianais, l'école de Salem. Il lui avait promis de faire l'emplette d'une pensine afin de lui montrer ses souvenirs. Ils profitaient des dernières soirées avant les grands froids afin d'explorer le parc, ils aimaient particulièrement la gloriette d'où, enlacés, ils regardaient couler le fleuve paresseux. Ils n'avaient pas dépassé le stade des baisers et des caresses il refusait de lui sauter dessus comme l'avait fait François-Marie-Gellert. Rien que d'y penser, son sang bouillait. Une liaison charnelle ne l'intéressait pas, il voulait une passion amoureuse et plus encore, si possible.

Cepndant à ce moment là, alors qu'il avait le cœur rempli de colère, l'esprit encore marqué d'une sourde inquiétude, le bas-ventre de Jean-Baptiste, qui se pressait contre lui, avait chamboulé toute ses certitudes. Sa main fine posée sur sa nuque, le sorcier avait attiré sa bouche vers la sienne, avec un geignement d'impatience. Là, il avait renoncé à lutter et s'était laissé emporter plus loin, bien plus loin qu'il ne l'aurait voulu. Et c'est le corps encore moite du plaisir d'amour que Jean-Baptiste, serré contre le sien, lui faisait le récit de son après-midi à Pré-au-lard et de son début de soirée à Poudlard. Rétrospectivement, il tremblait du danger qu'il avait couru.

Le jeune créole, tout à fait conscient du trouble qu'il provoquait, en jouait. Il détaillait avec complaisance les épreuves endurées, le doloris subi, Pierre-François le sauvant du pistolet aboyant ses 9mm après le sortilège de mort rouge envoyé. Et Frédéric serrait son jeune corps contre le sien, affolé d'avoir failli le perdre avant même de l'avoir possédé, affolé de constater que son amant pouvait tuer sans en être perturbé. Il fut bien vite sensible aux mains impatientes qui lui prodiguaient en même temps de nouvelles caresses.

Fier d'émouvoir son amant plus avisé que lui, Jean-Baptiste redoublait d'audace. Le récit en pâtit fortement. En fait, il resta là où il en était, il ne savait pas faire deux choses à la fois. Pour le moment sa bouche goûtait le corps mince et nerveux de son homme, il découvrait sa saveur, son odeur d'après le plaisir. Et il aimait ça. Le souffle erratique, il se frottait contre Frédéric, réclamant une attention que ce dernier n'avait jamais eu l'intention de lui refuser.

Si leur première fois avait été juste satisfaisante, trop pressés qu'ils étaient, il ne voulait pas renouveler la même erreur. Il calma le jeu, prenant son temps pour l'entraîner sur le chemin de la jouissance, se perdant dans les yeux bouleversants et bouleversés par la montée du plaisir. Attentif à ses soupirs, à ses gémissements, à ses cris, il découvrait ses points faibles, les tétons, la nuque, les oreilles, les aines chaudes, le sexe bien entendu, puis dans le fourreau étroit et brûlant, cherchait la prostate. En mouvements amples et lents, il venait mourir à chaque fois au plus profond du corps vibrant de son jeune amant. Quand il le sentit ivre de volupté, prêt au plaisir ultime sous les caresses de sa main sur sa hampe dure, il lui souffla tendrement :

— Viens, bébé, viens...

Il s'exécuta dans un grand ahan et son corps, qui se resserra autour de sa virilité, le fit à son tour crier et voir les étoiles. Il chercha sa bouche et y goûta l'abandon qui succède au plaisir suprême. De la paume des mains, il apaisa doucement la peau encore palpitante, ému et fier du regard ébahi et béat qu'il lui lançait. Il finit par pousser un soupir comblé qui le fit sourire. Il pensa brièvement que François-Marie semblait l'avoir initié surtout à son propre plaisir et ne lui avait pas fait découvrir grand chose du sien, ce qui l'arrangeait parfaitement. Il referma ses bras sur le corps juvénile et ils s'endormirent loin de l'agitation du monde.

Quand il se réveilla le lendemain matin, son étreinte s'était relâchée mais Jean-Baptiste dormait toujours lové contre lui, une main posée sur sa poitrine, la tête sur son épaule. Il baisa doucement la tempe brune le faisant soupirer dans son sommeil.

— Frédéric...

C'est fou comme un simple prénom murmuré en toute inconscience peut créer un lien.

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Les trois quotidiens de l'univers sorcier britannique publièrent un article très peu détaillé, les armes moldues ainsi que l'identité des agresseurs étaient tues. Le sorcier décrit comme visé n'était autre que l'Elu lui-même qui, une fois de plus, s'en sortait sans une égratignure. Ainsi, selon le désir du Sauveur, la tentative d'enlèvement du directeur de Poudlard fut ramenée à un simple essai d'intimidation de quelques nostalgiques de Voldemort. Quant au groupe de Liebling, si il cherchait une publicité pour cette attaque en plein village sorcier, il ne l'eut pas. Il n'installerait pas facilement un climat de peur et d'insécurité. Son échec devant eux ne fut pas non plus souligné. Toute médaille a son revers.

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La vie reprit son petit train-train quotidien. Depuis deux jours, ses hommes chuchotaient, complotaient et, en souriant, l'écartaient de leur petite manigance. Jeudi ce serait l'anniversaire d'Aymeric et ils avaient décidé de le fêter le week-end à Weymouth. Ils n'y emmèneraient que les personnes en qui ils avaient toute confiance.

Et le week-end fut là sans même qu'ils s'en aperçoivent. Avec l'aide du trio et de trois professeurs, Narcissa, Sirius et Gauthier, ils transplanèrent, en fin de journée du vendredi, avec quelques élèves : Cloud et Justin, Maxence, Andrew, Typhaine, Alicia, Sylvain, Aymeric bien entendu. Ils retrouvèrent avec plaisir leur maison qu'ils n'avaient occupée ces derniers temps que de trop rares soirées. Tija et Lodi, les elfes attachés à Weymouth et Kreattur, s'empressaient auprès des invités. Le majordome supervisait le tout. Pierre-François, gardien du secret, alla accueillir Joshua que faisaient transplaner Jimmy, Erwin, Jean-Baptiste et Frédéric, puis enfin Lucius.

Le dîner préparé par Didier était, comme d'habitude, délicieux. Les vins bien choisis. La table allongée magiquement accueillait facilement tous les convives placés selon leurs affinités. Les couples ensemble bien entendu, Harry entouré de ses hommes avait en face de lui Draco, encadré de Mione et Sylas, Pierre-François côtoyait à sa gauche Lucius et Narcissa, tandis que Jim avait pour voisin Frédéric et Jean-Baptiste. Les enfants s'étaient regroupés en bout de table, même Lily qui n'avait pas voulu quitter son frère et Teddy qui suivait la petite comme son ombre. A leur demande, ils eurent tous l'autorisation de quitter la table et il s'égaillèrent en riant, montant dans la salle de jeux qu'ils firent découvrir à leurs amis, tandis que les adultes prenaient tranquillement un pousse-café ou un café. Harry, une main posée sur la cuisse de Pierre-François, une seconde jouant avec les doigts et la bague de Jim, écoutait les conversations autour de lui. Discrètement, il observait Maxence et Andrew et ce qu'il découvrait était surprenant. Le premier était très protecteur envers le second auquel il semblait réserver les superbes sourires qui illuminaient son visage trop sérieux et Andrew était prévenant, très attentif aux désirs de l'autre. Il comprenait parfaitement leurs condisciples qui les considéraient comme un couple malgré leurs quinze ans.

La main de Pierre-François serra doucement la sienne afin de le ramener à la discussion, il lui sourit avant de lui rendre sa tendre pression. La soirée était déjà bien avancée et les enfants devaient, se coucher relativement tôt pour être en forme le lendemain. Pourquoi ? Mystère ! Il ne semblait pas le seul à ignorer le programme du week-end. Le regard interrogatif des jeunes suivait ses hommes qui jubilaient de leur secret bien gardé. Ce qui l'intriguait le plus était qu'ils le tenaient, lui dont ce n'était pas l'anniversaire, à l'écart de tout. Si il avait su que le mot d'ordre avait été de ne pas oublier des maillots de bain, il se serait posé plus de questions encore.

Bientôt, il fut impossible de faire décoller les enfants du grand écran de télévision devant lesquels ils s'étaient installés pour visionner la cassette d'Hercule, le dernier dessin animé des studios Disney sorti en vidéo. Le gâteau orné de douze bougies arriva à point pour les en détacher. Lily, sur les genoux de son frère, gonfla ses petites joues et aida celui-ci à les souffler sous les applaudissements des adultes. Bientôt, il alla la coucher avec Mione qui avait Teddy dans les bras. L'enfant avait cette faculté, ainsi que beaucoup d'autres, de s'assoupir telle une masse. Ils échangèrent un regard complice. C'est un pantin endormi que dévêtait son amie pendant que Lily babillait encore. Le pyjama enfin passé, ils furent couchés dans leur lit respectif et, après un tendre câlin, il referma doucement la porte.

Quand il revint au salon, les deux regards bleus s'attachèrent à lui. Il les sentait sur lui alors qu'il discutait avec Joshua des progrès de Jean-Baptiste et Frédéric.

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Les doigts serrés autour de la taille de Jim, Harry guettait le moment où tous poseraient la main sur l'un des trois portoloins demandés par Lucius. Si le nombre des voyageurs avait été précisé, leur identité, elle, avait été gardée secrète. Il ne put s'empêcher d'évoquer la première fois où, en compagnie de la famille Weasley et de Mione, il avait emprunté ce mode de locomotion pour aller assister à la coupe du monde de quidditch. Il rencontra le regard de celle-ci, comme lui les souvenirs revenaient la hanter. L'amitié perdue de Ron, la trahison de Ginny resteraient à tout jamais dans un coin de leur mémoire. Sans s'en rendre compte, il poussa un soupir qui alerta son fiancé.

— Harry ?

— Ce n'est rien, mon cœur. Juste un souvenir désagréable.

Au même moment, Lucius donna l'ordre de saisir le vieux sac en plastique qui les conduirait vers une destination de lui inconnue le dispensant de fournir de plus amples explications.

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Il s'étendit comme un chat dans la tiédeur de leur couche, pensant avec amusement que les nuits ne se ressemblaient pas. Ces dernières nuits, blotti entre ses deux hommes, il n'arrivait pas à dormir et récapitulait tous les problèmes auxquels ils devraient faire face pour le monde sorcier mais aussi dans leur vie personnelle. Aujourd'hui, il se contentait de se remémorer la journée et, si il n'avait pas l'intention de dormir de suite, ce n'était pas pour les mêmes raisons. Jim prenait sa douche et Pierre-François couchait la petite. Il les attendait avec une douce impatience.

Un parc d'attractions. Il avait échaffaudé des hypothèses mais n'avait jamais pensé à ça. Il y avait tout oublié. Il s'était amusé comme un fou, autant que les plus jeunes et il avait entraîné ses hommes avec lui. Si ils croyaient qu'ils allaient juste assister aux amusements des autres, ils en avaient été pour leurs frais. Il les avait tirés sur toutes les attractions à fortes sensations. La plus terrible étant "Le vampire", des montagnes russes où l'on se retrouve la tête en bas, même si le "Turbine" était lui aussi très impressionnant avec sa descente vertigineuse et son looping vertical dans l'obscurité, ainsi que la "Dalton Terror" une tour de chute de soixante-dix-sept mètres, la plus haute du monde. Les petits n'avaient pas été oubliés et ils avaient fait le tour de toutes les divertissements et manèges familiaaux. Tous ? Peut-être pas, le parc était immense. C'était le dernier week-end d'ouverture de la saison et, malheureusement, les files d'attente aux grosses attractions étaient importantes. Après avoir déjeuné au Dalton Burger qui fait partie de la Lucky Luke City, ils avaient continué leur exploration. Ils s'étaient collé de barbe à papa, puis du sucre rouge des pommes d'amour. Ils avaient terminé la journée par Aqualibi, la piscine à remous et aux multiples toboggans, située dans la zone tropicale du parc. Les adultes réceptionnaient en bas des descentes, les enfants aux yeux brillants d'excitation dont certains comme Typhaine ou Alicia savaient à peine nager.

A la sortie de l'eau, ils étaient tous morts de fatigue. Ils avaient été heureux de reprendre les portoloins qui ne les avaient pourtant pas ramenés à Weymouth. Ils avaient atterri dans la seconde cour du château de Haultepenne. Le châtelain les attendait pour dîner et les avait accueillis à bras ouverts. Il avait retrouvé avec plaisir l'atmosphère chaude et feutrée du château dominant la Meuse et la cuisine riche du terroir belge et avait été ravi de la faire découvrir à Pierre-François.

Il passa en revue les images marquantes de la journée.

Draco, Sylas aux petits soins pour Mione qui avait fini par s'énerver quand ils avaient refusé qu'elle aille sur la rivière sauvage, le "Flash Back", un parcours d'embarcations en forme de bûches sur ce qui se voulait une réplique des rapides du Grand Canyon. Veillant les deux tout petits qui allaient sur les manèges de leur âge, elle avait, jusque là, renoncé aux attractions à sensation pour protéger les jumeaux et était restée avec ses beaux-parents et Gauthier alors que Joshua, lui, les accompagnait les yeux pétillants de malice. Cette fois, elle n'avait pas cédé. C'est au milieu de ses hommes et avec de grands éclats de rire, qu'elle avait descendu, à deux reprises, la rivière artificielle.

Frédéric, qui avait retrouvé son adolescence pour accompagner Jean-Baptiste, son bras passé autour des épaules de son amant, guettait dans ses yeux et sur son visage le plaisir de cette découverte du monde moldu.

Justin et Cloud jouaient les fanfarons devant son parrain qui ne se privait pas de les provoquer tout en étant méfiant à l'égard des plus impressionnants divertissements qu'il examinait d'un œil critique.

Puis, il y avait eu Maxence qui serrait dans ses bras Andrew se cramponnant à lui et nichant son visage dans le col de la veste de son ami afin de ne pas voir la descente vertigineuse du "Vampire".

Les quatre plus jeunes ravis, enthousiasmés, débordaient de rires et de cris sur les diverses attractions. A la fin de la journée, Aymeric s'était pendu au cou de ses hommes pour les remercier de cette inoubliable ballade.

Ils avaient pris de nombreuses photos. Il se réjouissait de les voir, surtout celles de leur petite princesse et de Teddy, rouges d'excitation et riant aux éclats perchés sur les chevaux du manège de Jolly Jumper.

Ses deux hommes mettaient bien du temps à le rejoindre. La porte s'ouvrit sous la main du premier. Il rit de voir ses hanches ceintes d'une serviette de bain ornée de Minnie déguisée en princesse. Manifestement, il a pris sa douche dans la salle de bain des enfants. Il lui adressa un coup d'œil mi-figue, mi raisin avant de la laisser tomber sur le tapis et d'offrir à son regard sa nudité. Il fit voyager ses yeux sur le corps superbe de Pierre-François. Sans se presser et avec un sourire narquois, ce dernier le rejoignit. Il se retrouva dans ses bras et il lui sembla qu'il attendait ça depuis des heures. La main élégante caressa son visage avant de le soulever vers lui.

— Montre-moi tes yeux encore tout brillants du plaisir de cette journée, lui murmura-t-il.

— Tu as raison, c'est un moment inoubliable. Vous avez eu une idée extraordinaire.

— Je t'avais promis lors de ton anniversaire au Cap d'Agde que nous irions. Je n'avais pas oublié, tu vois. J'ai trouvé ainsi le moyen de faire plaisir à tous. Aymeric a, je crois, été ravi de sa journée. Par contre, c'est Jim qui a eu l'idée du dîner au château de Haultepenne. Et son propriétaire n'attendait que ça. J'ai été content de le découvrir autrement que par les recettes que tu en as rapportées, se moqua-t-il gentiment.

— Avoue que le repas était aussi parfait que je les décrivais.

— Tout à fait, mon agneau gourmand, railla-t-il doucement.

Il sourit en se collant plus étroitement à lui.

— J'ai envie de toi, souffla-t-il contre sa tempe.

— Je ne sais pas ce que fait Jim, chuchota son ange en promenant légèrement ses mains sur son corps qui frémit, mais il a intérêt à se presser. Que j'aime ton regard quand il me conte ton désir comme en ce moment, continua-t-il en l'embrassant doucement.

Baiser qui devint vite brûlant. Harry, qui avait les doigts crispés dans les longues mèches blondes, ne le laissait pas s'éloigner et, avec des gémissements inconscients, son bas-ventre durement collé contre le sien, réclamait un contact bien plus étroit. Le corps sollicité de Pierre-François était lui aussi au bord de la rupture et ses mains palpaient le creux des reins, les rondeurs, tout en soudant leurs pubis moites et chauds d'excitation.

— Eh ! on ne m'attend pas ? s'indigna le retardataire.

Harry tendit la main vers lui et le corps encore humide de son fiancé, se colla contre son dos. Il se retourna vers lui, tout en serrant le bas de ses reins contre le désir de bois de Pierre-François ce qui fit soupirer celui-ci, avant de prendre la bouche de Jim pour un baiser plein de fougue.

— Tu mettais tellement de temps, on s'occupait, plaisanta Pierre-François en flattant doucement la peau de pêche de sa joue, puis les boucles blondes d'une main alors que la seconde caressait sa hanche, le creux de son dos.

— Impatients, railla Jim avant d'immobiliser la main de l'aîné dont il se mit à lécher sensuellement chaque doigt sans quitter du regard ses amants.

La bouche de Harry rejoignit celle de son fiancé sur ses phalanges, qu'ils léchaient, caressaient, suçaient. Ils accentuaient chaque geste, afin qu'il ne perde pas une miette du spectacle érotique de leur langue simulant la fellation. Il en tremblait d'excitation. Quand leurs bouches se rencontraient, ils s'embrassaient et sa main participait à leurs baisers enflammés pendant que Jim, qui avait soulevé un genou de Harry sur sa taille, le préparait à sa venue et que celui-ci en faisait de même avec Jim.

— P'ti loup, murmura celui-ci, vas-y.

Avec un gémissement rauque de félicité, sa bouche dans la nuque de Harry, il pénétra, d'un puissant coup de hanche cet antre chaud et serré qui n'attendait que lui. Le cri de plaisir de Jim lui appris que son amour en avait fait de même avec lui. Une main sur la taille de Harry guidant ses mouvements, l'autre étreignant celle de Jim, il rythma de ses longs va-et-vient au plus profond du fourreau de son agneau leur union à trois. Leurs cris de plaisir le faisaient frémir, le rapprochant inexorablement de l'orgasme, il prolongeait néanmoins leur plaisir au maximum. Harry, la tête en arrière sur son épaule, arqua son corps en jouissant, tout en continuant à caresser, entre eux, le désir à la fois doux et dur de Jim qui les dévorait du regard, les yeux agrandis par la montée de l'ivresse. Le souffle court, des gémissements rauques dans la gorge, il le suivit bientôt dans la volupté. Il se laissa alors prendre par le plaisir ultime qui le fit crier.

Maintenant, chacun connaissait le corps et les faiblesses des deux autres. Chaque nuit, ils réinventaient de nouvelles caresses pour emmener leurs partenaires sur les chemins de la volupté. Les soupirs, les gémissements, les cris allaient crescendo jusqu'à la jouissance suprême qui les laissaient sans force, faibles, doux que des chatons. C'était le moment des soupirs comblés, des gestes tendres plein de lascivité, des baisers doux et sucrés, des mots et des serments d'amour. Ensuite, ils s'endormaient dans la moiteur tiède de leur couche, de leurs corps, dans le parfum de sexe et de leur peau échauffée. Et chaque nuit était plus chaude, plus voluptueuse que la précédente.

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Le lendemain, ils passèrent une tranquille journée familiale et amicale comme ils n'en avaient plus vécu depuis longtemps. Depuis les vacances en fait. Entre discussions animées avec les amis, parties d'échecs sorciers, jeux avec les plus jeunes, ils choisirent d'oublier leur monde. Il se rappellerait toujours bien assez tôt à leur souvenir. Ils avaient besoin de décompresser.

Après un dîner très raffiné pour lequel Didier s'était surpassé, ils renouèrent avec une de leurs habitudes. La musique retentit dans le grand salon les invitant à la danse. Ils évoluèrent ensemble, à tour de rôle ou à trois comme dans cette bossa-nova. Mione, la tête sur l'épaule de Sy qui la guidait, suivait des yeux son mari qui évoluait avec sa mère, tandis que Lucius s'était improvisé professeur de salsa pour Alicia et Typhaine. Frédéric, heureux comme un roi, guidait un Jean-Baptiste plein de bonne volonté et, il fallait le reconnaître, plutôt doué. Chaque facette qu'ils découvraient du jeune cajun bâtissait peu à peu une personnalité complexe qu'ils avaient pressentie à la Nouvelle-Orléans. Sûr de lui, impulsif mais aussi roué dans ses amours, il faisait preuve de sang froid lors des moments critiques. Habitué qu'il était aux mœurs des sorciers créoles et vaudou, employer des sorts aux effets terribles ne semblait pas le gêner et, manifestement, il n'en éprouvait nul remord. Enfin, lui, blotti entre ses hommes, profitait de la douce quiétude de leur maison.

Ils durent malheureusement, mettre fin à cette soirée trop tôt. Poudlard attendait ses élèves, ses professeurs, son directeur.

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La semaine démarra sur les chapeaux de roue avec un courrier de Durmstrang annonçant leur venue le dix décembre. Pierre-François se sentit mis au pied du mur. Il avait procrastiné tant et plus. Là, il n'avait plus le choix. Il était temps de se consacrer à l'organisation du tournoi. Il commença à dessiner le projet d'une nouvelle serre, bien plus vaste que celle existante. Neville fut convoqué dans le bureau directorial et en ressorti au bout d'une heure. Avec le sourire, il se dirigea vers la bibliothèque, il avait du travail pour un bon moment, cependant il ne s'en plaignait pas. Le projet était passionnant. Ensuite, ce fut le tour de Hagrid. Leur discussion dura jusqu'à l'heure du déjeuner. La première tâche à accomplir, conçue pour mettre à l'épreuve l'audace et le courage face à l'inconnu, était en cours de réalisation. Pour la seconde, le vainqueur devrait allier sens de l'observation, maîtrise de soi et connaissance des magies. Il aurait à ce propos un entretien avec Narcissa, Bill et Firenze. La troisième enfin exigerait du cœur et un mental d'acier.

Le lendemain, il le consacra à régler une partie de l'intendance que demandait un pareil séjour. Il convoqua les elfes dirigeants. Il était nécessaire afin d'accueillir tout ce monde de remettre en état l'aile ouest. Palliotov n'avait pas les mêmes principes que Karkaroff et ne semblait pas vouloir vivre le temps de son séjour en dehors de Poudlard. Cela leur promettait bien des soucis si les élèves étaient tels que les redoutait Andrew.

Il fallait aussi prévoir un banquet de bienvenue, une fête de Noël, un bal de Nouvel-an, tout ça serait pour plus tard. Il y avait plus important. Il hésitait à demander une collaboration à Hermione. Il commençait à la connaître. Perfectionniste, elle voudrait mener à bien ces projets jusqu'au bout et les superviser jusqu'à la réalisation. L'accouchement étant prévu aux environs du trente janvier, elle serait en fin de grossesse et aurait besoin de repos. Il lui fallait pourtant de l'aide. Il imaginait déjà l'air bougon de ses deux hommes si il passait plus d'heures, loin d'eux.

La soirée du mercredi, vécue à Weymouth, leur apporta à tous les trois une bouffée de calme et de tendresse. Ce n'était pourtant qu'une brève accalmie.

Jeudi matin, dès leur arrivée à l'université, Sylas et Draco prirent Harry et Jim en aparté. Nicolas de Noailles leur avait fait parvenir un message par hibou. Il était à Paris et, si cela convenait, fixait rendez-vous au comte de Saint-Maur, en son hôtel, le samedi à onze heures. Harry se félicita d'avoir mis des protections quasi inviolables sur celui-ci. Il lui semblait grand temps aussi d'explorer à fond le secrétaire du comte.

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