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Chapitre XIV. Le Vermont

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Le soir, ils transplanèrent à Astor's Lodge puis prirent le réseau de cheminette afin d'atterrir directement à l'hôtel Saint-Maur. Celui-ci paraissait désert mais rien n'était moins sûr. Nicolas de Noailles y avait des entrées très discrètes qui n'étaient pas les mêmes que les leurs. Depuis la Terreur, peut-être avant, des passages secrets reliaient le logis à l'extérieur, l'un, dont l'orifice était dissimulé derrière un panneau orné d'une scène champêtre du petit salon, donnait dans la cave de l'immeuble situé au 15 de la rue de Jouy, emplacement de l'ancien pied-à-terre de l'abbaye de Jouy-le-Châtel, qui transformé en logements et géré par un syndic appartenait majoritairement au fils de Grindelwald. Avec le mage noir, Jean-Baptiste avait passé, sans le savoir, quelques jours dans un de ces appartements qu'il avait qualifié de lugubre. Juste en face de l'hôtel Saint-Maur. Le second était un souterrain qui n'était plus utilisé, il aboutissait dans le sous-sol du bâtiment voisin, l'hôtel d'Aumont, siège du tribunal administratif. Au local des archives plus précisément. A l'époque de la révolution, de ce qui était le cellier de l'hôtel d'Aumont, un deuxième tunnel menait aux quais de la Seine. Deux siècles plus tard, subsistait-il encore ? C'était peu probable.

Pierre-François avait eu un long entretien avec Gauthier qui avait demandé à le voir. Pourquoi l'avait-il préféré ? Parce qu'il était le dernier des de Lauzun ou son directeur ? Il avait exposé ses craintes quant aux bijoux de la couronne qui étaient d'après lui convoités. Malgré ses arguments logiques, le vieil intendant n'avait pas la réponse à cette question : comment un mercenaire américain pourrait-il être informé de leur existence ? A défaut, il en apportait d'autres. Pierre-François savait maintenant où dénicher les actes de propriété de l'hôtel, des actes de naissance divers notamment la preuve de la filiation de Sylvain. Il connaissait certains éléments sur le fils de Grindelwald loin d'être aussi innocent qu'il le prétendait. Gauthier était au courant d'énormément d'éléments, il en avait été étonné. Et, lui avait-il tout dit ?

Il n'avait pu en faire part à ses compagnons qui, après avoir terminé d'enseigner, étaient allés chercher Lily à la garderie avant de se lancer dans la confection du dîner. Lorsqu'il était rentré, tard car il avait discuté avec Neville et Hagrid de la première épreuve, puis avait inspecté l'aile ouest dont les elfes de maison avaient débuté la remise à neuf, le trio était déjà là, ainsi que Jimmy et Erwin. Il avait à peine eu le temps d'avaler en vitesse le repas préparé sous l'œil aimant mais réprobateur de Harry.

Il se sentait mal à l'aise devant Sylas, gêné que Gauthier l'ait élu plutôt que l'actuel comte de Saint-Maur. Il comprenait que le vieux moldu lui en veuille, pourtant cela le plaçait dans une position peu agréable qui lui pesait.

Déserté depuis un moment, l'hôtel leur parut froid. Récupérer le contenu du secrétaire du comte fut fait en un tour de main, ils n'avaient pas l'intention de s'attarder. Il y eut ensuite un instant de flottement. Pierre-François lança un regard vers Harry dont il avait surpris les yeux sur lui à plusieurs reprises.

— Pierre-François ?

Il devait y aller. Il n'avait pas le choix.

— Nous ne découvrirons pas grand chose d'utile dans le contenu du scriban. Philibert de Saint-Maur était prudent. Ainsi que ses prédécesseurs. Ils avaient une cachette sûre. Il fallait que quelqu'un en soit le confident afin qu'elle soit révélée au nouveau comte de Saint-Maur en cas de décès. A travers les siècles, c'est l'intendant qui détenait ce secret. Ton grand-père se savait mourant, Sylas, tu n'étais encore qu'un enfant et il n'avait aucune confiance en ton père, ni même en sa fille trop soumise à son époux. C'est donc, selon la tradition, Gauthier qui a rempli le rôle de dépositaire. Il est venu me trouver en fin d'après-midi. Tu lui as dit qu'il n'était plus à ton service depuis longtemps et qu'il pouvait se reposer. Cela l'a blessé plus que le meurtre de son beau-fils, fit-il avec une grimace. Depuis des générations, ils sont intendants des Saint-Maur et ce jusqu'à la mort. C'est sa noblesse à lui. Son fils étant décédé, il sera le dernier. Il n'a pas compris ton rejet. Il croyait finir sa vie en cette demeure comme son père, son grand-père, son arrière-grand-père avant lui.

Sylas semblait presque choqué de ses révélations.

— Mais, balbutia leur ami, ce n'était que la retraite bien méritée d'un serviteur âgé et fatigué.

— Le problème, c'est qu'il n'est pas que ça. Il est l'arrière-arrière-petit-fils de Théodore de Saint-Maur et de Catherine Habran. Non reconnu en monde moldu, c'est vrai, pourtant le lien familial est là. Il figure sur les arbres généalogiques sorciers dressés par les anciens et mis à jour au fil des décennies. Cet hôtel, c'est celui de ses ancêtres. Le choixpeau ne s'y est pas trompé lui qui a dit à Sylvain qu'il était un de Saint-Maur.

Un silence pénible suivit.

— Par Salazar, grogna Sy.

Draco avait entouré la taille de son mari dans le but de lui montrer son soutien et attendait la suite. Hermione, d'habitude si prompte à répliquer, n'avait rien dit.

— Tous les documents importants sont dissimulés à la bibliothèque. Nicolas de Noailles devrait en ignorer l'existence.

— On ne peut en être sûrs, compléta Jim. C'est ça ?

— C'est exact. Dans l'hypothèse peu probable où il sait, il n'a pas pu les consulter ou en subtiliser puisqu'il n'en a pas les clefs.

— Autre chose, p'ti loup ?

— La théorie de Gauthier sur l'opération de Pré-au-lard est que je suis le seul élément commun à Harry et à Nicolas de Noailles, gardien des joyaux de la couronne. Comment serait-il au courant de la réalité de ceux-ci, il n'en a pas idée. Cela coïncide avec la chanson du choixpeau.

— Encore ? demanda Harry.

Il adressa une moue à son petit homme qui sourit tendrement.

— Il y a un passage secret qui mène à l'hôtel, Nicolas de Noailles l'utilise afin d'y accéder.

— Que tu connais, je suppose ? interrogea Hermione.

— Depuis cet après-midi, oui.

— Pas d'autre trésor ? cadavre ? railla Harry.

— Non.

— C'est merveilleux, soupira-il. On va réfléchir à tout ça tranquillement à Poudlard. Pour le moment, on prend tous les papiers précieux et on les met en sûreté.

En suivant les instructions très précises de Gauthier, ouvrir le coffre-fort, dissimulé derrière un rayonnage supportant une collection de tabatières ne prit que peu de temps. Cachette des plus banales. Son verrouillage l'était moins. Non seulement, il fallait en détenir les clefs et la combinaison mais également les mots de passe qui déverrouillaient les protections sorcières, provoquaient le glissement du panneau et l'apparition du coffre.

— J'espère que nous faisons bien. Ici, ils étaient en sûreté, objecta Jim impressionné.

— Nous n'avons pas le choix. Nous pourrons toujours les remettre ensuite, rétorqua Draco. Poudlard est sûr.

Harry ne dit rien. Il se garda de leur rappeler que Voldemort avait pris possession de Poudlard grâce à un seul élève. Les parchemins et longs tubes furent réduits. Ils se devaient de les examiner vite. Avant samedi matin.

De retour dans leur appartement, c'est devant un café qu'ils firent d'abord le bilan de ce qu'avait révélé Gauthier. Ils devraient découvrir dans les tubes des arbres généalogiques de nombreuses familles soigneusement mis à jour par Philibert de Saint-Maur cette fois. Les premiers documents consultés se révélèrent être des actes de propriétés. Celui de l'hôtel Saint-Maur, du castel de Toulouse, mais aussi d'une demeure à Montpelier dans le Vermont aux Etats-Unis. L'acte authentique datait du 8 juillet 1946.

— Je n'ai jamais eu connaissance d'un bien en Amérique, fit Sylas perplexe.

En levant la tête, Harry intercepta un coup d'œil complice entre Jimmy et Erwin. Il en avait assez d'ignorer le contenu de cette fichue prophétie et de voir ces deux-là en savoir plus que lui.

Découverte en un étui, une étrange petite clef ouvragée portant le numéro 714 ouvrait sans doute un coffre à la banque Gringotts. Un coffre bénéficiant d'une protection particulièrement importante s'il en jugeait par le numéro. Enfin, Sylas lut à voix haute les dernières volontés de son grand-père. Ils échangeaient des regards surpris ou consternés. Qui était donc Millicent Cavertley, usufruitière de la propriété vermontaise ainsi que sa descendance ?

— Nous avons face à nous des mercenaires menés par un américain qui serait, si nous suivons le raisonnement de Gauthier, au courant de l'existence des joyaux. Là, une femme âgée ou une sorcière qui occupe une maison achetée il y a cinquante trois ans pour elle par ton grand-père dans le Vermont, analysa Jim. Dont la descendance paraît assurée autrement on n'en parlerait pas en ces termes. Nicolas de Noailles vit en Louisiane où nos indices nous ont amenés en même temps que Liebling qui est en cheville avec notre américain. Je trouve que, lorsqu'on discute des événements récents, l'Amérique revient fréquemment. Trop de coïncidences, résuma-t-il.

— Le meurtre en Louisiane était un avertissement à Harry, supposa Pierre-François. L'assassin, un sorcier local introduit dans les familles Sang-Pur parce qu'il travaille pour eux, en a profité au passage et a réglé le contentieux qu'il avait avec Etienne.

— On n'engage pas des affreux afin de récupérer des gemmes prestigieuses, commenta Hermione avec un haussement d'épaules. Au contraire, on le fait discrètement. Pourquoi établir un camp d'entraînement pareil si ce n'est pour des opérations d'envergure ? Sans oublier ce bâtiment prêt à accueillir des prisonniers ou des inferis. Cela ne tient pas debout.

— Ce genre de démarche va souvent de paire avec la politique, renchérit Jim.

— C'est fort probable, en effet, abonda Harry en grimaçant. Pourquoi ne pas agir sur tous les plans ? Comme chez Nicolas.

— Une visite à Montpelier semble s'imposer, suggéra Sirius que l'on avait peu entendu. Nous en savons trop peu.

— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. Que va-t-elle nous apporter ? demanda Mione, subitement inquiète.

— Le chef du groupe qui nous a attaqué à Pré-au-lard avait un accent très prononcé, intervint Pierre-François. Il n'est en Grande-Bretagne que depuis peu. Que vient-il s'immiscer dans les affaires d'état anglaises ? Il agit sans aucun doute pour un tiers. Supposons que ce qui intéresse l'ennemi, ce sont aussi les pierres. Afin de financer ses opérations par exemple. Les jumeaux à qui doivent revenir les joyaux d'après ton aïeule Camélia naîtront une année plus tôt que prévu. Dans deux mois. C'est ce qui a provoqué une nouvelle prophétie. Vous êtes à la merci d'une indiscrétion. Donc, dans un avenir proche, le fait que vous les possédez ne tardera pas à être connu. En ce moment, peu de monde sont au courant de leur existence et personne ne sait que Nicolas de Noailles ne les détient plus.

— Pour cet ultime point, nous sommes d'accord, acquiesce Draco. Le reste n'est que suppositions.

— Nous n'avons rien de tangible, oui. De toute façon, s'ils découvrent que Nicolas n'est plus en possession des bijoux, ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils fassent le rapprochement avec ta présence dans l'hôtel Saint-Maur, Sylas, insista Harry calmement. Qu'ils réalisent le motif de notre voyage en Louisiane. Alors vous serez réellement en danger.

Un long silence fit suite à la tirade de Harry. Chacun cherchait la faille et n'en trouvait pas.

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En un manoir du Cumberland, Caine, installé devant un verre de whisky pur feu, récapitulait les événements. Terrence était revenu de la Nouvelle Orléans avec ses créatures décharnées. Hommes et femmes squelettiques aux yeux blancs, au regard flou, à la peau en lambeaux, qui se traînaient plus qu'ils ne marchaient. Belle armée, en vérité. Effrayante, c'est vrai. Puante aussi. Et qui lui posait un problème supplémentaire. A moins de rompre le sortilège, de quelle manière il l'ignorait, les inferi n'obéissaient aveuglément qu'au maître qui les avait créés auquel il n'était pas sûr de faire confiance. Dès son arrivée, le grand sorcier noir avait examiné Franck et Karl avant de déclarer qu'il ne connaissait pas les sorts qui les avaient atteints. Il avait menti. Il en était certain. Il avait vu une ombre fugitive se peindre sur sa figure. Pas de la pitié, non. Ce devait lui être un sentiment inconnu. De la stupéfaction qu'il avait très vite dissimulée. Sans aucun doute, il avait reconnu la main du masque qui les avait terrassés. Et ses soldats étaient morts. Le bokor aurait-il pu les sauver ? Peut-être. Ou pas. Toujours est-il qu'il se retrouvait avec cinquante inferi enchaînés qu'il était incapable de gérer au cas où. Seule manière connue de s'en débarrasser : le feu. Bilan actuel : trois morts, Liebling guère en meilleur forme et un espion grillé.

Il avait interrogé Berthram qui ne savait rien. Il s'y attendait. Le garçon était trop stupide pour soupçonner quoi que ce soit. Dans sa mémoire, il y avait une légère tache sombre qui correspondait à l'après-midi de l'attaque à Pré-au-Lard. Oui, on avait visité son esprit et effacé les souvenirs s'y rapportant de façon discrète. Il découvrait que, sûrement, il avait sous-estimé ses adversaires. Ces tout jeunes sorciers. Presque des enfants. Plus jeunes que sa propre fille.

Il avait reconstitué les actions du groupe appelé la fratrie qui intervenait régulièrement et en avait tiré une conclusion : il avait aidé à asseoir le pouvoir en place, avait protégé les proches du Survivant. Il se murmurait que ce dernier en était le meneur et qu'il mettait habilement sous sa domination les familles de Sang-Pur, qu'il prônait l'ouverture vers le monde extérieur et que c'est à lui et son entourage que revenait le mérite de la réussite de la conférence de Liège et l'accord décidé. Le monde britannique, avec à sa tête un sang-mêlé de dix-neuf ans, jouait le rôle de locomotive du train sorcier international, exigeant sa reconnaissance par les moldus. Quand on évoquait Potter, on parlait d'amour. Lui n'avait pas vu cette face-là. Du tout. Ses deux sous-fifres occasionnels déposés devant le perron du manoir non plus. Il était dur et résolu. S'il avait des états d'âme, il les cachait soigneusement. Il comprenait mieux l'ordre reçu de le détruire publiquement. De ruiner sa réputation. De briser son âme. En faire un martyr était la grosse erreur à ne pas commettre. Ce ne serait pas facile. À l'évidence, les journaux locaux étaient déjà sous sa coupe, même The Independant Wizard. Ce qui amenait un autre mystère.

Quel était le jeu là-dedans du second frère Vassier et de sa Loge sorcière. Ce fou qui avait pensé ressusciter le maître de son géniteur. Que faisait-il à la Nouvelle-Orléans en même temps que Liebling ? Que son frère ? Que le Survivant et son fiancé ? Ils se combattaient, non ? Et voilà qu'ils volaient au secours de ce jumeau détesté, méprisé en risquant leur vie, leur popularité. Cela avait bien failli marcher, c'est vrai. Le piège était tendu avec soin. Des éléments que, sans aucun doute, son employeur gardait par devers lui, étaient indispensables pour continuer l'aventure. Peut-être, de son côté, n'avait-il pas posé les bonnes questions aux bonnes personnes ?

— Fédor ! beugla-t-il.

— Oui ? grommela le jeune mangemort qui s'avança en traînant les pieds.

— Va me chercher le prisonnier dans le cachot du fond.

L'homme qu'il ramena portait des fers aux chevilles et aux poignets. Lorsqu'il l'avaient capturés, ils lui avaient ôté sa baguette, son portoloin de secours. On distinguait mal ses traits sous la barbe désordonnée qui envahissait son visage émacié, sous les cheveux graisseux et hirsutes qui masquaient son front. Il était sale et semblait fatigué. Ses yeux pourtant fulminaient.

— J'ai quelques interrogations pour toi, O'Reilly. Fédor. Le veritaserum.

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Les madeleines au citron de Françoise manquaient à Harry, alors qu'installés dans le petit salon de l'hôtel Saint-Maur, ils sirotaient un café en attendant Nicolas de Noailles. Il avait ôté les protections qu'il avait établies précédemment dans le but de permettre à celui-ci de leur rendre visite. Il n'était pas le seul à avoir profité de l'occasion. Gellert s'était imposé à leur rencontre. En plus de ses compagnons et du trio, Harry avait emmené Jean-Baptiste. Il s'appuyerait sur lui afin de discerner tout ce qui ne cadrait pas avec la sorcellerie de la Louisiane.

Juste à l'heure, ils entendirent des pas approcher. Dès qu'il vit le regard fuyant de Nicolas de Noailles, Harry sut que l'entretien ne leur apporterait pas d'éclaircissements. Il fit un signe discret à Draco qui lui répondit d'un clignement des paupières. Ils avaient prévu que Draco et Sylas utiliseraient la légilimencie conjointe s'il se montrait peu coopératif. Une fois les présentations effectuées, après avoir fait remarquer que Sylas ressemblait à Philibert, de Noailles aborda de suite le sujet.

— Selon la prophétie de Camelia de Saint-Maur, votre aïeule, lorsqu'un autre pacte d'alliance sera conclu et des jumeaux dizygotes conçus, les bijoux que vous avez en votre possession leur reviendront. Je ne vois donc aucune raison de m'en occuper à nouveau, énonça-t-il en fixant Sylas. Car c'est une charge, sachez-le.

Ils étaient sidérés de son revirement. Comptait-il que cela fasse oublier certaines énigmes ? Sylas le détrompa immédiatement.

— Je voudrais savoir de quelle manière mon grand-père a été assassiné, pourquoi et par qui, énonça-t-il calmement.

— Il y a des mystères qu'il vaut mieux garder entiers, Comte de Saint-Maur, fit-il en insistant sur le titre. Je sais Monsieur Malefoy que vous êtes un très bon legilimens, continua-t-il d'un ton ennuyé, je ne suis pas mauvais à ce petit jeu là non plus.

Cela les stupéfia que le procédé soit deviné. C'était la première fois.

— Nicolas. Ils ne sont pas en sécurité, assena Gellert au grand étonnement de tous. Le meurtre chez toi en est la preuve. Harry aurait aussi bien pu être la personne visée et atteinte.

Pierre-François eut un rictus blasé. Le fils un léger ricanement déplaisant. A lui, à l'évidence, la vie de Harry, importait peu.

— Je vous donne ma parole que le décès de Philibert ne vous concerne pas, Monsieur Potter. Cela ne servira à rien de remuer le passé. Laissez-le dormir en paix.

Sylas soupira.

— Vous nous obligerez à approfondir les choses, à retourner à la Nouvelle-Orléans, à fouiller vos antécédents...

— Aucun rapport avec les mangemorts ? Vraiment ? l'interrompit Harry avec brusquerie.

Sa question déconcerta tout le monde. Surtout Nicolas de Noailles qui resta immobile à le fixer.

— Vous avez tous les deux, Philibert de Saint-Maur et vous, aidé la première ascension de Voldemort au pouvoir en la finançant, persévéra Harry, alors qu'un « Oh ! » étonné fusait derrière son dos.

— Nous n'avions pas d'autre solution, murmura le Français. Voldemort connaissait nos antécédents. Nous ne sommes jamais devenus mangemorts, nous n'avons participé à aucune de ses exactions.

— Vos mains n'en sont pas plus nettes, s'exclama Harry avec dégoût.

— Vous saviez pour Philippe Balbi, constata Pierre-François.

— C'est moi qui l'ai introduit à l'hôtel Saint-Maur. Par contre, je ne soupçonnais pas qu'il s'y incrusterait, déclara-t-il avec une grimace désabusée. Je l'ai présenté comme un jeune ami perdu à Paris et cherchant du travail. Gauthier l'a recommandé dans une boulangerie du quartier. Vous devinez la suite.

— Vous voulez dire qu'il a joué avec les sentiments de Françoise dans le but de se construire une vie tranquille à Paris, loin de ses méfaits de mangemort ? interrogea Hermione.

— J'ai peur en effet que ce soit le cas.

— Vous en êtes certain, affirma Jean-Baptiste sans hésitation, vous l'avez cautionné.

— Il a suivi ton exemple, lui reprocha son père d'un ton coléreux. Tu n'as pas choisi la Nouvelle-Orléans, comme tu le prétends, tu y as fui. Mon propre fils a fui devant un psychopathe de la pire espèce. Tu t'y es terré et tu y as entraîné Philibert qui se sentait seul depuis que Reinhardt avait été assassiné. Tu te sens coupable de sa disparition, accusa-t-il. Voilà, ce que tu ne veux avouer.

— Dès son arrivée, Philibert s'est conduit en terrain conquis comme s'il était dans un salon parisien, s'indigna Nicolas. Il ne savait rien de la Louisiane. Il ne voyait que les ronds de jambe que lui faisaient les sorciers cajuns et les sourires des dames qui minaudaient devant ses yeux d'ébène. Il a occulté l'envers de ce décor luxueux et futile. Il ignorait mes mises en garde, méprisait la sorcellerie des autochtones. Il s'est attiré les foudres d'un puissant sorcier vaudou surnommé Terrence Papadalou en jouant les preux chevaliers. Il est intervenu dans l'une de ses cérémonies. Il a tiré de ses griffes la vierge qui devait s'immoler. Action louable, je vous l'accorde. Sans l'ombre d'un doute n'avait-elle accepté que parce qu'elle était droguée et à moitié inconsciente, mais, à ce moment précis, il a signé son arrêt de mort. Cet homme est le grand-oncle d'Elena, ta demi-sœur, termina-t-il en se tournant vers Jean-Baptiste.

— C'est lui qui a assassiné sa mère peu après sa naissance et sa tante ensuite, supposa Harry. Ses nièces. Donc, il est en rapport avec Liebling qui était à la Nouvelle-Orléans.

— Je ne vois pas la collusion, protesta Nicolas.

— Ce week-end là, le ministre de la magie portugais a été occis lors d'un dîner officiel dans le Porto sorcier. Quelques jours avant, il avait fait publier un compte-rendu de la convention internationale des sorciers qui a eu lieu à Londres et les réformes qu'il voulait apporter à l'instruction afin d'ouvrir son monde et le faire reconnaître des gouvernements moldus qui ont ratifié la convention de Liège. Il s'est écroulé sur la table en fin de soirée. Au dessert, un parfait au chocolat. Les analyses ont révélé que le même poison inconnu et foudroyant a été utilisé dans les deux meurtres. Tous ici, excepté Jean-Baptiste Dalcourt et votre père, nous avons contribué à ces accords.

Un silence pénible succéda à la tirade de Harry. Chacun cherchant à cerner les implications de cette découverte.

— Les inferi, c'est lui, marmonna Jean-Baptiste. Cela ne peut être que lui.

— Tu le connais.

— Comme tout le monde à la Nouvelle-Orléans. Il est redouté. C'est un Hougan, un prêtre vaudou, il hait les sorciers blancs et, s'il s'est associé à certains, c'est que son but ou sa vengeance l'exige.

— Qu'est devenue la jeune fille qui allait être sacrifiée ? fit Hermione.

— Je l'ignore. Philibert détestait la Nouvelle-Orléans. Il en est parti le lendemain.

— Pas assez vite, lança Jean-Baptise.

— Je l'ai revu à plusieurs reprises ici, à Paris. Lorsqu'il a compris qu'il dépérissait et qu'il n'y avait aucune issue, trois ans avaient passé. Je sais qu'il était souvent en Amérique du Nord où il avait des affaires, paraît-il. Des années plus tard, j'ai été appelé à son chevet à Sainte-Mangouste. J'ai veillé au respect de ses ultimes volontés pour son inhumation ainsi que je m'y étais engagé, conclut Nicolas de Noailles. Je ne lui devais rien d'autre.

— Il s'est vu mourir pendant cinq ans, murmura Sylas.

— Qui est Millicent Cavertley ? demanda à son tour Pierre-François.

La surprise qui se peignit sur ses traits n'était pas feinte ou alors il méritait un oscar d'interprétation.

— Je n'ai jamais entendu ce nom. Je suis en Louisiane depuis plus de vingt ans.

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Attablés devant un copieux déjeuner, ils ruminaient les renseignements acquis. Dès l'entrevue finie, Gellert s'était esquivé avec son fils. La lueur meurtrière dans les iris du vieux mage noir promettait à ce dernier une discussion de sorcier à sorcier dont il se rappellerait longtemps. Eux avaient regagné le castel au bord de la Garonne. Le climat y était encore doux et le soleil présent. Harry rêvait.

— Où es-tu ? lui glissa Jim.

— Au Cap d'Agde, soupira-t-il.

Pierre-François qui les avait écoutés se fit la réflexion que son petit homme était fatigué des difficultés qui s'accumulaient. Ce qu'ils apprenaient obscurcissait les perspectives.

— Nous pouvons y aller le week-end prochain, si tu veux, proposa-t-il.

Harry acquiesça d'un signe de la tête.

— Dray, ton père doit être mis au courant, dit-il ensuite.

— Les bijoux ?

Harry hésita.

— Non. Jimmy. Je voudrais que tu inspectes avec Joshua le manoir Malfoy et les bureaux au ministère. Celui d'Arthur également et le terrier. Fais-le officiellement. La condamnation de Ron t'en offre la possibilité. Je vais donner des instructions à Kingsley, termina-t-il.

Jim leva les yeux au ciel. On ne le changerait pas son chéri. Des ordres au directeur du Magenmagot.

— Mais..., voulut protester Mione.

Harry rejeta son intervention d'un geste de la main.

— Où vivent Ginny et Liam ?

— Ginny chez ses parents. Liam, à son appartement sur le Chemin de traverse.

— Bien. Là, tu y vas discrètement.

— Nos alliés moldus ? souffla Jimmy.

— Tu peux y arriver ?

— Sans problèmes, ricana le langue de plomb.

— Il nous faut découvrir la provenance des fuites. Après nous parlerons des joyaux à Lucius et seulement à lui. Jusque là, nous gardons le silence à ce sujet. Severus a suggéré que l'un des anciens répéterait des conversations entendues dans le bureau directorial, mon ange, continua-t-il en se tournant vers Pierre-François. Épier tes recherches, tes débats avec Albus, avec lui-même ou Hermione.

— Je n'avais aucune raison de discuter des bijoux en dehors de notre cercle.

— Et de la fusion de Grindelwald et de ton frère ? Celui qui nous a tendu le piège à l'Axe savait. Il était persuadé que nous répondrions à l'appel alors que tout le monde sait que nous nous opposions à la loge. Celui qui a ordonné le guet-apens de Pré-au-Lard connaissait la date de la sortie des enfants avec toi et les professeurs.

— Les portraits ont pour devoir de servir l'école sous peine de perdre l'honneur, rappela Pierre-François.

— L'école, pas le directeur. Pas la Fratrie. Pas tes amants. Que se passe-t-il si l'un d'eux estime que les idées du successeur ne sont pas bonnes pour Poudlard ?

Pierre-François fit la grimace.

— Je pense que tu te trompes. L'embuscade de Pré-au-Lard visait des élèves, Harry. L'école, c'est avant tout les élèves. Les anciens directeurs ne pourraient leur nuire. Mione, tu peux t'occuper de ça ? Chercher dans quel endroit est accroché chaque second tableau de tous ces dignes sorciers ? demanda-t-il cependant à sa sous-directrice qui opina du chef.

— Harry ! Ron n'a plus de magie. Il peut à peine attirer ses pantoufles d'un accio, objecta celle-ci, contente de pouvoir enfin prendre la parole.

— Personne n'en a besoin pour donner un coup de fil. Avec son goût immodéré des technologies moldues, Arthur, plus à l'aise financièrement depuis son poste de secrétaire d'état, a certainement fait installer l'électricité, le téléphone et internet, intervint Draco.

— Je vérifierai, affirma Jimmy.

— Si nous fouillons en quête de micros ou de caméras dissimulées, ce n'est pas par hasard. Le groupe ennemi est en partie ou majoritairement moldu, il nous faut en tenir compte.

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Pas plus agréable que la journée, la soirée fut longue entre les discussions, les suppositions. Lucius l'avait étonné. Mis au courant, il avait accepté les données calmement. Il avait défini immédiatement des dispositions afin de trouver des fuites dans son propre entourage. Plus que tout, Harry redoutait de s'apercevoir qu'un de ses amis en était le responsable.

Il poussa un soupir de satisfaction en rejoignant son lit. Il ouvrit les bras et deux corps chauds, un peu humides de la douche qu'ils avaient prises ensemble, s'y blottirent. La nuit s'annonçait paisible. Le castel, malgré l'intrusion de la politique sorcière en ses murs, avait encore son charme d'amour mais il était éreinté. Il ne voulait qu'une chose : dormir.

Des mains sur sa peau le réveillèrent à l'aube. En une demi inconscience, son pubis réagissait aux caresses de Jim et lorsque sa langue passa sur son érection matinale un geignement de plaisir lui échappa. Le regard clair, empli d'envie et de tendresse, de Pierre-François le guettait. Un sourire amusé jouait sur son visage.

— Bonjour, mon doux amour, murmura-t-il les lèvres sur les siennes.

Il ne répondit que par un gémissement sourd avançant son bas-ventre vers le fourreau mouillé qui enveloppait sa virilité et un léger rire moqueur lui fit écho. La bouche de Pierre-François, ses doigts se mirent à l'effleurer et il fut sensations sous leurs attentions conjuguées.

— Jim..., grogna-t-il.

— Oui, mon cœur ?

Jim progressa vers le haut. Un membre brûlant, au gland suintant de precum dénonçant une nécessité tout aussi impérieuse que la sienne, heurta sa hanche. Il goûta dans le baiser passionné le fluide qui trahissait sa propre excitation. La main de son ange avait pris la suite de la bouche de Jim. Bientôt celle de Pierre-François accompagna sa main, il gémit sous la langue experte qui le cajolait. Il arqua le corps, la tête rejetée en arrière, alors que l'ultime bien-être l'envahissait peu à peu. Montait encore. Encore. Les yeux de Jim le dévoraient. Ses pupilles agrandies par la faim montraient que le spectacle de sa volupté le remuait infiniment. D'une pression exigeante sur la nuque, il attira ses lèvres à lui. Jim le repoussa sans ménagement lorsqu'en sa bouche son cri fusa, préférant observer sa jouissance. Harry se raidit, clama son orgasme, ses sentiments, accroché aux longues mèches blondes soyeuses.

— Je t'aime, mon amour, déclara tranquillement son homme. Toi aussi, tu le sais, ajouta-t-il à l'intention de Jim qui était venu l'enlacer de façon possessive.

— Alors donne moi du plaisir, demanda-t-il s'offrant à lui en un mouvement provocant.

Pierre-François eut un rire de gorge bas, sensuel.

— Viens, ma tendresse, viens, fit-il en amenant son bas-ventre contre lui.

Il adressa à Harry un bref signe, lui enjoignant de le rejoindre. Harry choisit une autre option. Il se positionna derrière Pierre-François qui geignit lorsque sa peau moite épousa la sienne. Il couvrit ses épaules de baisers, lécha l'arrière de l'oreille, le pavillon, massa sa poitrine, son ventre, sa masculinité. Caressa du bout des doigts le gland lisse, la hampe dure et douce à la fois. Quand des gouttes de plaisir perlèrent, il enduisit ses paumes de lubrifiant, chassa celles de Pierre-François du membre de Jim et entoura leurs désirs. Longtemps en gestes lascifs, il les masturba ensemble pendant qu'ils s'embrassaient. Leurs sexes se frottaient, se massaient dans le fourreau de ses mains unies. Il accéléra, ils gémirent, puis crièrent leur jouissance. Jim d'abord, Pierre-François ensuite. Lui exultait. Il mordit l'omoplate de ce dernier, incapable de refréner ce trop plein d'émotions qu'il éprouvait et qu'il devait exprimer d'une manière ou d'une autre.

— Quel réveil, chuchota son grand sorcier en le prenant entre ses bras. Viens, mon tendre amour, viens ici.

Un long baiser brûlant en conclusion de ce câlin matinal. Tout ce qu'espérait Harry.

.

Et ce fut dimanche. Après le déjeuner, Jean-Baptiste disparut avec Frédéric et la pensine qu'il avait empruntée à Harry. Il voulait lui montrer sa vie à Salem, à la Nouvelle-Orléans.

Jimmy et Erwin étaient sortis avant leur lever. Ils les protégeaient tout en demeurant très secrets. Trop. Nul ne saurait où les chercher si un problème surgissait. Il était temps de modifier cela. Harry fit part de ses réflexions au trio et à ses amants.

— Mon frère a toujours été un électron libre, Harry. Tu n'obtiendras pas de lui qu'il te rende compte de ses actions.

— Ce n'est pas ce que je veux, s'énerva le jeune dirigeant de la fratrie. Vous criez au scandale lorsque nous allons dîner seuls en monde moldu, mais nul ne se préoccupe du fait que personne ne sache où ils vont.

— Nous irons à Montpelier ? demanda Draco pour écarter le sujet.

— Oui. Je vais faire effectuer une enquête préliminaire et voir ce qu'elle va donner. Par la suite, nous envisagerons une petite visite.

— Tu nous tiendras au courant ?

— Tu poses là une étrange question, Dray. N'es tu pas le second dirigeant de la fratrie et mon meilleur ami ? N'es-tu pas là les soirs où nous dépouillons le courrier, fouillons les journaux, échafaudons des hypothèses ? fit avec un sourire amusé le Survivant.

Si, Draco et Sylas y étaient. Sans bruit, ils avaient repris la place à ses côtés. Sans bruit, il avait été heureux de les y retrouver.

— Je ne te laisserai pas t'y rendre seul. Il faudra que ce soit avant l'arrivée de Polliatov, Madame Maxime et leurs élèves, précisa Pierre-François fermement.

— C'est dans presque un mois, mon ange. Et je n'ai pas l'intention d'aller où que ce soit sans vous, se moqua-t-il doucement.

— Après il y aura les festivités, bal de Noël, festin de fin d'année, puis nous approcherons du terme de la grossesse d'Hermione, fit Sylas. Nous ne voulons pas nous absenter à ce moment là.

— Quand ?

— Le 22 janvier, répondit Hermione avec une caresse machinale sur son ventre.

— Ils naîtront plus tôt, intervint Jimmy. Entre les 22 décembre et 20 janvier. Ils seront des éléments de la terre, expliqua-t-il.

— Il serait bon que tu nous parles de cette prophétie, Jimmy, s'agaça Harry en fixant le langue de plomb revenu silencieusement d'un endroit que seul Salazar connaissait.

— Je ne peux pas. Pas encore.

Harry eut un mouvement de tête nerveux et un grognement peu aimable.

— Je n'hésiterais pas si vous étiez en danger immédiat, spécifia le jeune homme. Ce n'est pas le cas.

— ...

— Donc, c'est trop tôt, conclut-il.

Harry leva les yeux au ciel. Que dire ? Pourtant...

— Je voudrais que vous soyez prudents, vous deux. Vous êtes dans la même nasse que nous. Ils ne sont pas idiots, fit-il valoir. Nous venons tous de Poudlard. On vous voit très souvent en notre compagnie. Ils savent que vous faites partie de notre entourage.

— Inquiet pour ton page, railla Sirius.

À l'évidence, on pénètre ici comme en un moulin, pensa-t-il.

— Bien sûr, reconnut-il gravement. Pour toi aussi, parrain. S'ils estiment que Jean-Baptiste ferait une bonne monnaie d'échange, pourquoi pas toi ?

— On pourrait tenter de cuisiner un peu plus Berthram, suggéra Erwin resté muet jusque là. Dès que nous avons vu le piège de Pré-au-Lard, nous avons abandonné.

— Pourquoi pas. Si l'américain est aussi efficace que je le crois, il a compris et ton cousin est devenu inutile, voire encombrant, fit-il avec une grimace éloquente.

— Ce qu'il a vu ou surpris peut nous aiguiller.

— D'accord, se résigna-t-il, on va débuter par ça dès lundi.

Il n'en attendait aucun résultat. Au moins, c'était quelque chose de tangible à faire.

— Il y a les carnets de Camelia, rappela Pierre-François.

— Les traduire est fastidieux, se lamenta Jim. C'est en français de l'époque, ce qui nous complique la besogne.

— Confiez-les moi, fit Frédéric. Indiquez-moi ce que je dois chercher.

Le coiffeur avait l'air fatigué mais ses yeux brillaient. Plus vivants que Harry ne les avait jamais vus. Son bras entourait les épaules de son amant alangui contre lui.

— Je trouve le temps long lorsque Jean-Baptiste est à l'université, insista-t-il.

— Peut-être que Joshua peut passer à la vitesse supérieure dans ton entraînement si tu t'ennuies, se moqua Harry qui récolta un regard noir.

Jean-Baptiste sourit doucement, échangeant avec lui un coup d'œil complice. Il savait par Françoise que le couple s'entendait bien. Par contre, leur avancée était différente. Si Frédéric était opiniâtre et ne renonçait pas, il éprouvait d'importantes difficultés au corps à corps. Il manquait de condition physique, de résistance, par contre il était performant en ce qui exigeait de la concentration : le tir, surtout à grande portée, le déminage. Voyant cela, Joshua avait décidé de lui enseigner les systèmes de sécurité, les alarmes, tout ce qui était électronique. Jean-Baptiste, lui, était rapide, souple, incisif. Malgré sa petite taille, il excellait en combat rapproché. Son gros défaut était, d'après Joshua, son impulsivité.

— Je ne sens plus mes muscles ! Tu veux me tuer ? Je ne serai alors d'aucune utilité, railla Frédéric.

— Venez dîner à Poudlard demain soir. Nous vous expliquerons ensuite. Tu feras ainsi connaissance du monde sorcier et de mon école, proposa Pierre-François.

Apprendre l'univers de son petit-ami. Le visage du parisien reflétait le contentement.

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La première tâche du tournoi des trois sorciers était prête. Guidé par Severus, Pierre-François avait choisi les potions qui seraient concoctées par les champions à la suite de péripéties mouvementées. Enfermés dans la nouvelle serre transformée en jungle amazonienne, au fur et à mesure de la progression, les participants séduiraient ou affronteraient des créatures fantastiques, gardiennes de plantes rares indispensables à la confection de breuvages permettant de changer de forme et de franchir l'ultime piège. Il leur faudrait à chacun acquérir, par la diplomatie, la ruse ou la force, trois éléments parmi quatre nécessaires. Une semaine avant l'aventure, ils tireraient au sort l'ingrédient qui serait l'indice et déterminerait l'un des parcours comme le leur. Réaliseraient-ils à ce moment que l'issue consisterait en une potion et réviseraient-ils le bon cours ? L'épreuve nécessiterait du courage et aussi du sang froid et de la persévérance. Parfois de l'humilité.

Harry lui avait longuement raconté ce qu'il avait vécu, ressenti lors de ses quêtes. Le côté chevaleresque de son homme délivrant la jeune sœur de Fleur ou générant une entraide avec Cédric Diggory ne l'avait pas étonné mais attendri. Il lui avait parlé de l'aide d'Hagrid toujours trop bavard envers Madame Maxime et lui, de celle de Neville, manœuvré par Barty Croupton sous l'apparence de Maugrey Fol Œil, du piège tendu par Voldemort et de Godric's Hollow. Il avait réalisé qu'ils ne seraient pas à l'abri d'une machination de ce genre et regretté d'avoir organisé la compétition dans une conjoncture peu favorable. Pour éviter toute mauvaise surprise, leurs amis sous forme d'animagi allaient devoir veiller au bon déroulement. Ils s'intégreraient sans difficulté dans le décor prévu et devraient être attentifs. Il lui fallait en tenir compte lors des tribulations suivantes.

L'aile ouest destinée à accueillir les élèves de Durmstrang et de Beaux-Bâtons lui causait du souci. Tout au moins la sécurité et encore plus la surveillance dans l'immense école. Pas question que ses propres étudiants ou ceux de Beaux-Bâtons soient intimidés verbalement ou physiquement par les garçons de Durmstrang. Les façons de concevoir l'enseignement, l'éducation et même le monde sorciers étaient certes radicalement opposées, toutefois, il voulait qu'elles soient respectées.

Pierre-François jeta un coup d'œil à sa montre. Dix-huit heures trente. Jim était rentré par le réseau de cheminette. Avec Jean-Baptiste, Harry était allé chercher à Toulouse Frédéric ainsi que Joshua qu'ils avaient invités. Ils devaient déjà être là. Il se hâta vers la garderie afin de reprendre Lily.

Dès qu'il ouvrit la porte, le silence l'assourdit. L'appartement aurait dû bruire de conversations, de rires. L'inquiétude le glaça. Il souleva vivement Lily, la plaqua contre sa poitrine, lui intima à voix basse de se taire, dégaina sa baguette et, pris d'une angoisse irréfléchie au sujet de ses hommes, il avança à pas feutrés. Il les découvrit dans la pièce de vie. Assis l'un contre l'autre sur le sofa, Harry et Jim regardaient Joshua passer au peigne fin le living, avec entre les mains un boîtier rectangulaire muni d'une antenne. Un léger bip-bip incessant et régulier s'échappait du petit appareil. Frédéric suivait l'instructeur tandis que Jean-Baptiste adossé à la cheminée patientait. Que pensaient-ils trouver ?

— Qu'est-ce...

— Chut ! le rabroua le vieux baroudeur.

Harry se leva et le poussa doucement dehors.

— Pas de panique, mon ange. Il recherche micros, caméras et autres gadgets chez les uns et les autres dans le but de déterminer d'où viennent les fuites.

— J'ai été terrifié par ce silence, avoua-t-il en se laissant aller contre le mur. Je n'ai pas réfléchi que Poudlard était sûr. Comment voudrais-tu qu'ils introduisent un de ces bidules chez nous ? s'indigna-t-il après avoir assimilé ce qu'il lui avait dit.

— Pendant les vacances. Lors de l'installation électrique.

Il resta interloqué par cette supposition.

— Tu vas bien ? murmura Harry en caressant d'un geste réconfortant le bras qui tenait encore Lily.

Il le jugeait tracassé malgré ses explications.

— Oui. Je ne vois aucune solution afin de surveiller efficacement les garçons de Durmstrang.

Chacun fait avec son vécu. Bien qu'ils tentent d'oublier, parfois, il ressurgissait au détour du chemin.

— Je sais que ça te tient à cœur, chéri, mais il n'y a rien à faire de plus. Donner l'ordre aux portraits, aux fantômes de prévenir du moindre incident. Réunir les élèves et les inciter, s'il y a un souci avec les visiteurs venant des établissements étrangers, au pluriel car tu ne peux incriminer publiquement plus l'un que l'autre, à venir te le raconter en promettant la discrétion.

— Je vais les perturber, soupira Pierre-François.

— Ou les tranquilliser, répliqua Harry. La mésaventure d'Andrew a circulé dans tous les dortoirs. Quant à la réputation de Durmstrang, elle est connue depuis longtemps. Crois-moi, ils seront sur leurs gardes.

Harry posa un bisou sur la joue ronde de Lily qui commençait à s'impatienter. Son homme la mit à terre et elle s'en fut vers sa chambre et ses jouets en sautillant joyeusement. Il se blottit contre Pierre-François un instant pour le rassurer. Pour se rassurer. Joshua ne décela rien d'anormal et cela les soulagea. Bien que le problème reste entier.

Après le dîner, ils visitèrent Poudlard. Les escaliers capricieux et la salle sur demande firent grosse impression ainsi que la grande salle, ses tables immenses et son ciel étoilé. La main nouée à celle de Jim, il souriait devant les visages stupéfaits des moldus. Leur étonnement émerveillé était rafraîchissant. Joshua mitraillait Pierre-François de questions techniques qui l'amusaient car en ce monde, peu de choses étaient rationnelles. Frédéric et Jean-Baptiste chuchotaient. Il laissait le cajun apporter les réponses qu'il avait à son compagnon. S'il lui manquait un élément, puisque pas plus que les autres il n'avait vu l'école auparavant, il interrogerait. Sans l'ombre d'un doute. Frôlé par Nick Quasi-Sans-Tête, Frédéric sursauta et lui adressa un regard paniqué qui le fit rire.

Ils montèrent en haut de la tour d'astronomie. Il réalisa qu'il n'y était jamais venu avec Pierre-François. Avait-il, lui, des souvenirs de flirts adolescents en cet endroit ? Il écouta le directeur discourir sur son école. Son école. Combien il la chérissait. Lorsqu'il eut terminé ses explications sur l'étang, le terrain de quidditch, sur les habitants de la forêt : centaures, acromantules, licornes, sombrals, il l'attira entre Jim et lui. Ils restèrent là, soudés tous les trois en une même étreinte tournés vers l'étendue noire et mouvante formée par les cimes des grands arbres.

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Frédéric fixa les carnets rouges, ensuite les noirs. Il savait ce qu'il fallait chercher. Ému de la confiance qu'ils lui accordaient, il effleura ces témoignages du temps d'un doigt presque craintif. Ils avaient plus de deux cents ans. Ils allaient le plonger dans cette époque troublée et terrible de la révolution française, vécue du côté sorcier. Des jeunes gens étaient-ils morts guillotinés dans un monde qui n'était pas le leur ? Au nom de quel idéal ? Quels événements avaient pu pousser une jeune fille telle que Camelia de Saint-Maur à renoncer à la vie ? Il se rappela du trio enlacé dans la tour d'astronomie. Le moldu étreignant les deux sorciers qui vivraient peut-être le double de son âge. Qui le verraient vieillir, dépérir, mourir. Ainsi que Jean-Baptiste s'ils restaient ensemble. Il lui lança un coup d'œil. Il l'observait. Câlin, son chéri vint se lover contre lui.

— Explique ! fit-t-il à voix basse alors que pourtant ils étaient seuls.

— Il n'y a rien à expliquer, honey, souffla-t-il en l'embrassant, en le serrant entre ses bras comme si on allait le lui arracher de suite. Rien.

Qu'aurait-il pu dire ? Ils n'en étaient qu'au début d'une relation difficile. Ils s'entendaient très bien. A tous les points de vue. Il était de plus en plus amoureux de son amant et ce dernier paraissait si sûr de ses sentiments. Il voulait de la passion. Avec Jean-Baptiste, il serait bien servi. Là, n'était pas le souci. Il avait peut-être trouvé un moyen de vivre en monde sorcier. C'est Joshua qui lui avait montré la voie. A trente quatre ans, était-il prêt à tout reprendre à zéro ? Il pensa à Gaby dont il n'avait pas de nouvelles. A Pierre-François. Il revit son air comblé entre Jim et Harry. Il croyait connaître le passé de son ami et avait réalisé qu'il se trompait. Lui ignorait son enfance choyée, sa galère ensuite lorsqu'il s'était retrouvé, du jour au lendemain, dans la même situation que Gaby. Renié par son père, repoussé par sa mère et son beau-père, abandonné par un petit-ami majeur ce que lui n'était pas. Dehors, sans un franc, parce qu'il aimait les hommes. Rien d'extraordinaire, en fait. Cela se produisait quotidiennement. Trois ans de galère noire. De squats en plans pourris, en hébergements incertains. Puis la pitié, un travail mal payé, un patron un peu trop gentil. L'amorce de la remontée des enfers. Dix ans. La rencontre avec Nicolas. Gaby.

Le monde sorcier semblait tolérant. Il n'aurait pas à jouer les folles, rôle qui lui pesait de plus en plus. Cela l'avait diverti un temps. Petit à petit, le cachant de son compagnon que ça amusait, il s'en était senti humilié. Son séjour au castel toulousain était une parenthèse en sa vie. De longues et belles vacances. Qui ne pouvaient se prolonger indéfiniment.

— Comment espères-tu que nous formions un couple, si tu ne dis rien, grommela son Jean-Baptiste.

— Je voudrais tenter des études en monde moldu, se décida-t-il.

Les yeux de son petit-ami s'agrandirent de surprise.

— Des études ?

— Une formation. En électronique.

— ...

— Nos vacances ici ne peuvent pas durer, honey. On ne va pas profiter de l'hospitalité de Sylas ad vitam æternam. Il me faut travailler.

Il parlait au pluriel sans mettre en doute les intentions de son amant. Et pourtant, s'il ne voulait pas, si...

— Tu as un métier, protesta-t-il.

— Métier que je ne peux exercer qu'en monde moldu. Je n'ai nulle envie de retravailler avec Gaby à Paris. Tu ne l'admettrais pas d'ailleurs. Nous serions toujours en train de nous disputer. Lui et moi étions appréciés et reconnus dans notre partie. Ensemble. Seul, je devrai recommencer à me faire une clientèle. Je préfère alors choisir une nouvelle orientation. Ici, il y a un créneau à prendre en électronique.

— Tu choisis en fonction de moi, observa le garçon. Je veux que tu sois heureux, Frédéric.

— Je le fais d'abord pour moi, avoua-t-il. Ma vie tournait en rond. Ensuite pour nous donner une chance de construire quelque chose tous les deux, soupira-t-il.

— Tu n'as pas l'air enthousiaste, lui reprocha son petit-ami vexé.

— Ce ne sera pas facile, mon chéri. Il y aura l'opposition de tes parents. Le partage de ce que nous avons Gaby et moi sera compliqué. Je le connais, il est blessé dans sa fierté et ne me fera pas de cadeau même en lui laissant l'entièreté de la clientèle.

— Donne-lui tout. On n'en a pas besoin, se révolta son petit-ami. Quant à mes parents, ils sont loin et je suis majeur. Arrête de te torturer l'esprit.

— J'ai œuvré comme un fou pour l'appartement, Jean-Baptiste. J'y tiens. Et puis, il faudra vivre. J'ai mis de l'argent de côté qui nous permettra de tenir plusieurs mois, pas l'éternité. Tu as encore deux années d'université après celle-ci.

— Dis-moi ce que tu as aimé de Poudlard, questionna le jeune sorcier changeant de sujet maladroitement.

Frédéric l'embrassa tendrement et, l'un contre l'autre, ils se mirent à discuter de ce qui l'avait stupéfait, enchanté, choqué.

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Dray doucement passa ses doigts dans la mèche rebelle de son mari. Ce geste rappela à Sy ses premiers témoignages d'amour lorsqu'ils ne voulaient aucun des deux voir les sentiments qui déjà les rapprochait.

— Que crois-tu qu'il est advenu de Berthram ? finit-il par demander alors qu'ils avaient tout fait pour occulter le sujet depuis qu'ils avaient constaté son absence le matin même.

— Rien de bon. Ils ont compris son rôle et l'ont retiré de la circulation. Je ne vois que ça. Ce n'est pas quelqu'un de très sympathique, pourtant personne ne mérite de devenir un inferi. Harry avait raison, insista Draco.

— Je sais. Il l'a sûrement aussi en ce qui concerne les bijoux et le danger que nous ne tarderons pas à courir, dit Sylas d'un ton las. Nous sommes dans les ennuis jusqu'au cou. Je suppose que de Noailles a senti le vent tourner et que c'est pour cette raison qu'il a renoncé à sa grande croisade, ricana-t-il. Sans parler de Mia et de la naissance des jumeaux. En ce moment, elle le vit plutôt bien. Par contre, je trouve étonnant qu'elle ne cherche pas à s'impliquer plus, notamment lors des discussions.

— Elle est déçue de s'être lancée sur une seconde hypothèse que Harry a réfutée en trois mots et deux arguments, railla Draco. Dans le trio d'or, elle était l'élément pensant. Il a acquis énormément d'assurance en peu de temps.

— Jim et Pierre-François, se moqua Sy.

— Oui, fit-il avec un clin d'œil. J'aime qu'il soit heureux malgré les problèmes que nous lui apportons.

Hermione s'installa entre eux avec un soupir de bien-être.

— Fatiguée, ma mie ? interrogea Sylas en la caressant avec une lente sensualité.

— Je suis lourde, je me traîne, grogna-t-elle.

— Tu es belle, murmura Draco une main posée sur sa taille épaissie, l'autre unie à celle de Sylas. Tu es prête ?

Elle acquiesça de la tête. Très vite le cercle lumineux turquoise vint les entourer. Pour affronter les événements qui se préparaient, ils avaient décidé de resserrer le pacte. D'en augmenter la puissance. Depuis quelques jours, ils se mettaient en symbiose chaque soir. A cinq.

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Une longue silhouette les attendait à la sortie de l'amphithéâtre. Malheureusement, ce n'était pas Pierre-François et son élégance raffinée. Harry émit un grognement peu aimable à la vue de Gellert. Le regard froid les scanna minutieusement. Sans un mot, Jean-Baptiste sur les talons, ils se dirigèrent vers les jardins. Ce dernier avait été le seul à manifester du plaisir à sa vue. Le mage noir en avait été agacé.

— Je pars à Montpelier. Je désire savoir ce qui est arrivé réellement. En outre, cela te sera utile. A Paris, j'étouffe, gronda-t-il. L'inactivité me mine. Je l'ai assez supportée à Nurmengard. Je suis enfin libre.

Harry ne répondit rien.

— Tu es conscient que la femme, s'il l'a épousée, pourrait, éventuellement, espérer une part de l'héritage de Philibert ? continua-t-il.

— Oui. Je crois qu'il avait pris ses précautions afin que tout revienne à Sylas. Son grand-père est décédé il y a onze ans. Elle aurait déjà fait valoir ses droits, si c'était le cas. Une maîtresse dont il aura veillé au bien-être, ce qui est tout à son honneur. Pourquoi en Amérique ? C'est une autre énigme.

— Tu le sauras à mon retour. Je vais seulement observer. Questionner.

— Vous laissez Gaby à leur merci ?

— Il a repris sa vie à son appartement entre ses clients et ses petites habitudes. Sans se préoccuper de quoi que ce soit. Je reconnais qu'il faut un certain courage. Il est plus têtu qu'une mule. Je déteste son apparence ridicule lorsqu'il travaille, alors nous nous voyons souvent la nuit. Je ne peux pas l'obliger à se cloîtrer ou à repartir à Toulouse.

Un hoquet indigné dans leur dos ponctua sa remarque.

— Et je vois que tu n'as pas envie de l'y revoir, lança le vieux sorcier au cajun.

— Je ne lui veux aucun mal, rétorqua celui-ci fièrement.

— Je n'y fais qu'un saut. Deux jours tout au plus.

Dès qu'il eut transplané, Harry donna des ordres par téléphone. Gaby serait protégé et Gellert épié.

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Leur chéri était aux fourneaux quand ils rentrèrent. Harry l'enlaça, sa poitrine sur son dos. Il aimait le contempler lorsqu'il cuisinait. Il aimait ses longues mains sur la nourriture. Il aimait ses gestes habiles jamais hésitants. Il lui rendit sa liberté et alla prendre à son tour une douche alors que Jim appuyé sur la table semblait perdu en ses pensées.

— Un problème ?

— Je l'ignore, avoua-t-il au grand étonnement de Pierre-François. Gellert est allé dans le Vermont, en solitaire, précisa-t-il. Cela n'a pas plu à Harry.

— Comment est-il au courant de ce que l'autre manigance ?

— Gellert est venu nous attendre à l'université. Harry a cru te voir de loin, il a été déçu. Ça l'a fait râler, soupira Jim.

— Mes journées n'ont que le même nombre d'heures que les vôtres, protesta Pierre-François mécontent.

— Je sais, P'ti loup. Gellert a dit que la femme était peut-être une seconde épouse qui aurait droit à une partie de l'héritage.

— Non. C'est impossible. Le grand-père de Sylas a fait des testaments inattaquables aussi bien en monde sorcier qu'en monde moldu. Pas de crainte de ce côté.

— ...

— Je viendrai déjeuner avec vous demain, décida Pierre-François.

— Et nous nous occuperons du dîner le soir et de reprendre Lily, ainsi tu pourras rentrer un peu plus tard.

— Merci, ma tendresse.

— Ce sera fini ?

— Oui. L'aile est presque prête. Vous pourrez aller la visiter ce week-end. La serre et la première épreuve sont en bonne voie. Toutefois, j'aurai besoin des membres du groupe sous leur forme d'animagi pour surveiller le bon déroulement des choses.

— Tu auras ça, répondit Harry de retour. Nous ne t'aidons pas beaucoup, je le sais. Si tu préfères que nous restions ici ce week-end...

— Non, mon doux amour. Surtout pas.

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Le professeur Jim et l'élève Harry avaient transplanés dès la fin des cours universitaires aux tamaris. Ils se regardèrent, enchantés. Il y avait du soleil et la température était agréable. Au moins dix degrés de plus qu'en Écosse. Harry enleva son épais blouson avec un soupir satisfait. La maison retentissait de cris, de galopades dans les escaliers, sur les planchers qui craquaient sous les jeunes pas impatients. Un brouhaha indescriptible. Robert était venu les accueillir arborant un léger sourire.

— C'est la première fois que je vois Monsieur légèrement dépassé, se permit-il.

Jim leva les yeux au ciel, Harry rit avec indulgence. En se lançant les effets à la tête, Justin et Cloud prétendaient s'installer. Sylvain et Aymeric, excités, entraînant derrière eux la benjamine, effectuaient la navette entre les chambres sous prétexte d'aider les uns et les autres. Pierre-François venait de rendre aux sacs contenant les habits leurs dimensions normales. Cramponnée à la jambe de son père qui lui servait de rempart, l'insolente narguait les deux adolescents avec la baguette qu'elle avait empruntée subrepticement à son frère. Harry le laissa régler le problème et d'un sort rangea les vêtements des garçons avant d'empoigner ceux de la fillette et de se diriger vers sa chambre. Jim eut un reniflement agacé arguant qu'ils ne séjournaient là que le week-end et que tant de minutie était superflue.

Après le repas, ils suivirent le chemin serpentant dans la pinède. L'eau était froide en cette saison et les enfants savaient qu'ils ne pourraient pas nager, mais la petite plage les attirait comme un aimant. La moitié du mois de novembre était déjà là, pourtant il y faisait bon. Une généreuse vingtaine de degrés. Assis en tailleur entre les jambes de Jim, la main nouée à celle de Pierre-François, Harry respirait la mer, s'en imprégnait, se ressourçait. Elle l'apaisait. Il en avait besoin. Peut-être qu'après, il verrait les choses clairement.

Son homme caressait sensuellement ses doigts. Il effleura le bracelet d'appartenance. Le bleu profond des saphirs étaient superbe. Depuis l'attaque de Pré-au-Lard, il avait fait des fouilles dans les livres, les manuscrits à son sujet et n'avait rien trouvé de plus que ce que tous en connaissaient. Que Harry sache lorsqu'il était en danger, voilà qui était bien. Pourtant c'est le partenaire qui avait offert le lien qui devait secours à celui qu'il avait choisi. Son bijou à lui n'avait nulle gemme. Comment saurait-il ? Il avait même envisagé de lui avoir passé le mauvais jonc au poignet et très vite abandonné l'idée puisque c'est à travers les pierres que le protégé exprimait son attachement. Il ne comprenait pas. Jim posa la tête sur son épaule le tirant de ses réflexions. Il baisa les boucles blondes.

Cela fit soupirer le jeune moldu de bien-être. Harry entre les bras, blotti contre un Pierre-François amoureux, il ne désirait rien de plus. Ce week-end lui apparaissait comme une bouffée d'oxygène indispensable à leur survie. Entre les cours à l'université, les leçons à préparer, à donner, les recherches à effectuer, les précautions à prendre, la vigilance de chaque instant à maintenir, il avait parfois l'impression de se noyer dans ce monde sorcier qui n'était pas le sien. Alors, seuls ses compagnons lui gardaient la tête hors de l'eau.

— Il fait frais, souffla-t-il.

— On rentre ?

Il hésitait.

— Attends, chéri.

Pierre-François le repoussa légèrement afin de farfouiller dans le sac et en retira un pull-over qu'il lui tendit. Harry opina de la tête à son interrogation muette et enfila le sien. Il en équipa ensuite les petits qui repartirent aussitôt jouer au ballon.

— Ils sont contents d'être ici, constata Harry. Nous aurions dû revenir plus tôt.

— C'est vrai mais on n'en a pas eu vraiment l'occasion ou le temps. Les événements s'enchaînent et nous entraînent semaine après semaine, grommela Jim.

— Cela te pèse, murmura Harry.

— Comme à toi. Comme à p'ti loup. Je ne suis pas parfait. Si c'est ce que tu croyais, te voilà détrompé, se moqua-t-il.

— Tu es parfait pour moi, répondit Harry en le serrant sur lui. Vous êtes tout ce que je veux.

Le reste du séjour fut à l'image de cette après-midi. Ils oublièrent tout. Si le castel poussait à l'amour, "Les tamaris" semblait les mener à l'oubli. La période des vacances se rappelait à eux. La presque insouciance de cet été. Après une soirée passée à jouer au monopoly tous ensemble, puis devant la télévision, les hommes passèrent une nuit reposante. Ils voulaient se lever tôt pour profiter de la mer. Oh. Bien sûr ! Ils firent l'amour. Plus par besoin de tendresse que de sexe.

Ils furent levés à huit heures et à dix, ils partirent en exploration sur le zodiac. Exploration qui consistait à caboter sagement le long des côtes mais ils n'avaient nulle nécessité de regarder derrière eux, ne s'inquiétaient pas d'être suivis ou épiés. Ils se sentaient libres. A midi, Robert leur apporta un pique-nique sur la plage. Préparé par Didier, entre la tourte et le gâteau au chocolat en passant par les crustacés et la terrine de Saint-Jacques, le panier avait tout d'un déjeuner gastronomique. Ensuite, qui l'eut cru, ils se sentirent un peu lourds. Harry surtout qui avait dégusté le biscuit avec beaucoup d'entrain. Le soleil se couchait très tôt en novembre, vers dix-sept heures trente. Pas question donc de perdre une miette de ce léger alizé iodé.

Durant la courte sieste de Lily, ils installèrent le filet de volley et jouèrent avec les garçons. Une fois la demoiselle éveillée, les hommes entamèrent pour son plaisir un vaste château de sable avec murailles, créneaux et des choses informes qui représentaient des dragons.

Puis, ils s'éloignèrent un peu, laissant les plus jeunes à la surveillance des grands. Main dans la main, en silence, ils marchaient sur la bande de sable humide que la mer avait désertée peu de temps auparavant. Elle était froide, stable et dure sous les pas. Le vent fraîchissait. Enlacés en une même étreinte, ils fixaient l'astre jaune qui lentement sombrait dans la mer. Pas de rouge incandescent en cette fin d'automne, du safran, du blanc aveuglant, un camaïeu d'oranges peints en touches délicates sur le gris du ciel. Et la mer mouvante, s'appropriait les couleurs, les engloutissait dans ses profondeurs et les restituait plus vives. Elles venaient s'échouer sur la plage à leurs pieds là où mourraient les ultimes rayons de phébus. Aucun n'avait envie de rentrer.

— Nous reviendrons avant le tournoi des trois sorciers, mes agneaux. Lors du long week-end de la Saint-André, dans quinze jours, oui, confirma Pierre-François en voyant l'interrogation dans les yeux de Jim.

Après, ils auraient bien moins de libertés.

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Au fin fond de l'Écosse, en une arche égarée dans un crachin glacial, battue par des bourrasques violentes, Caine fulminait. Ce qu'il avait appris chamboulait tous ses projets. François-Marie Vassier n'était plus. Bonjour Gellert Grindelwald. Le piège tendu à Paris en ce bouge gay tenait compte de cet élément invraisemblable que lui ignorait. Ensuite, Nicolas de Noailles était le fils naturel du triste mage noir. Pourquoi pas. Raison certaine de la présence de celui-ci en Louisiane.

Depuis la disparition d'Ombrage, Potter et sa clique avaient eu en face d'eux la loge sorcière, O'Reilly et ses sbires. Il écarta du pied la dépouille de cet imbécile. Il n'avait pas apprécié sa résistance au veritaserum. En ce moment, sa patience était à bout. John avait dû le pousser un peu et les méthodes du moldu n'étaient pas raffinées. Leurs ennemis n'étant plus dans la place, Potter et Vassier allaient se concentrer sur lui. Damn it ! Et, à coup sûr, Grindelwald ne verrait pas d'un bon œil qu'il spolie son fils. Le trésor tant convoité s'éloignait à pas de géant. A moins qu'ils n'en arrivent à se détruire en comité privé. On en était loin. Tous semblaient s'entendre parfaitement. Du fond de la tombe, François-Marie Vassier avait réussi. Potter et Grindelwald associés ! Voilà qui allait faire clabauder.

Jusque là, Caine s'appuyait sur les renseignements que lui apportait son employeur qui, de toute évidence, ne lui communiquait qu'une petite partie de ce qu'il savait. De plus, ils n'avaient pas le même but. Si ce dernier voulait saboter la reconnaissance du monde sorcier par les moldus et le pouvoir que prenait Potter discrètement, monter des opérations terroristes dans le but de pourrir le climat international moldu, faire accuser les sorciers et s'infiltrer dans les brèches ainsi créées, lui désirait s'approprier les diamants de la couronne de France. Il lui fallait des informations. L'Angleterre n'était pas l'Amérique. Il devait s'en remettre à des sous-fifres qui s'avéraient bien décevants. Son hôte pourrait peut-être enfin lui servir à quelque chose. Il avait été payé grassement : la mort de son frère, le remboursement des hypothèques qui grevaient le domaine, le paiement de ses dettes les plus pressantes et une somme rondelette lorsque le but serait atteint. George Balbi était un déplaisant personnage mais il ne connaissait que celui qui transmettait les instructions : lui. Il ne ferait pas de difficultés pour obéir. Lui restait maintenant à persuader le grand manitou qu'il avait intérêt à lever le pied parce qu'ils n'étaient pas prêts à affronter leurs adversaires immédiatement. Il avait besoin de temps.

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Ils n'eurent de nouvelles de Gellert que le mercredi. Il était pourtant revenu du Vermont dimanche. Il avait vécu les deux jours suivant avec et chez Gaby avant de les contacter. Voilà qui était étrange. L'entretien qu'ils avaient eu ensuite au castel avait été plein de surprises. Harry ne faisait pas assez confiance au mage noir pour lui en révéler plus sur eux. François-Marie savait uniquement leur refuge de Toulouse, l'hôtel Saint-Maur, le duplex du Marais, c'était un avantage qu'il tenait à conserver. En assemblant son passé, ce que lui avait confié son fils et ce qu'il avait appris sur place, Gellert avait réussi à reconstituer la plupart des événements. Il se mit à raconter et eux l'écoutèrent sans l'interrompre.

Gellert avait, dans sa sombre histoire, eu des partisans, des lieutenants, parfois – en fait rarement – des amis. Parmi ceux-ci, il y avait le grand-père de Sylas et le meilleur ami de ce dernier, Reinhardt de Gesdre qui était recherché par les aurors. Aussi depuis leur débâcle, lui et son épouse logeaient-ils à l'hôtel rue de Jouy chez leur ami Philibert. Malgré cette précaution, il fut assassiné peu après la défaite et l'emprisonnement à vie du grand Grindelwald au bagne de Nurmengard. Quand il s'était avéré que la femme de son ami était enceinte, Philibert de Saint-Maur avait décidé de la mettre en sûreté. Il avait acheté, loin de tout, une maison dans le Vermont. En février 1947, elle y avait accouché d'un garçon prénommé Caine, qui portait le patronyme de sa mère : Cavertley. Elle n'avait pas osé le déclarer sous son vrai nom. Il avait cinquante deux ans. Après l'école de Salem, il avait choisi de s'engager dans les marines en monde moldu. Il avait fait la guerre du Vietnam. Rentré au pays en 1974, sans une égratignure, il avait rencontré une jeune sorcière de dix-huit ans et l'avait mariée un an plus tard. Une fille était venue couronner l'union, elle avait une vingtaine d'années. Lors du divorce sept ans plus tard, Caine avait obtenu la garde de Sarah qui avait été élevée par sa grand-mère. Celle-ci était décédée six mois auparavant. Une semaine après l'enterrement, le père avait quitté son logis, sa famille et n'y était pas encore revenu. Il était, paraît-il, en mission. Sarah vivait avec une employée de couleur qui semblait avoir environ trente cinq ans et remplissait le rôle d'intendante, de cuisinière et de chauffeur à l'occasion. Apparemment, Philibert séjournait régulièrement à Montpelier et avait été considéré dans la ville comme le mari de Millicent. Un homme d'affaires très souvent sur l'ancien continent.

— Sarah Cavertley, murmura le cajun. Le nom seul ne me disait rien par contre, accolés...

— Tu la connais ? s'enquit Harry.

— Peu. Elle était à Salem. Elle ne doit pas avoir vingt ans mais vingt et un. C'était une jolie fille blonde effacée. Discrète. Bonne élève, surtout en potions. Elle avait un petit-ami de la même promotion qu'elle. Tu sais, les filles plus âgées se désintéressent des garçons des classes inférieures, termina-t-il en haussant les épaules d'un air blasé.

Harry sourit en voyant le geste possessif de Frédéric qui ramena son amant à lui.

— D'accord, soupira-t-il. Tout devient plus clair. Il reste d'importantes zones d'ombre pourtant on progresse.

— Sans aucun doute, c'est lui notre adversaire, admit Hermione. Sa mère était au fait de l'existence des bijoux.

— Pourquoi s'y intéresser là, en 1999 ? fit Jim. Et pas cinq ou dix ans plus tôt ?

— Peut-être ignorait-il ce fait. Peut-être même sa véritable identité, suggéra à nouveau leur amie. S'il l'avait seulement découvert après la mort de sa mère ?

— Ça se tient, reconnut Harry.

— Cela ne règle nullement le problème du camp d'entraînement, des éventuels inferi..., intervint Draco.

— Jan nous a dit qu'il a un contact aux States... Se renseigner sur sa carrière à l'armée serait utile, proposa Pierre-François.

— Les moldus. Il faut toujours un temps incroyable pour apprendre la moindre chose, grommela Gellert.

— Plus maintenant, se moqua Harry. Internet est là.

Le vieux mage ne répondit rien. Il était trop peu au courant des technologies moldues et se promit d'en savoir plus très vite. Demander à Gaby serait facile. Il imagina un instant le corps chaud et agréable de son amant. Corps impatient qui devait l'attendre. Il aimait le retrouver, tout autant qu'il aimait le quitter. A son arrivée, il se pendrait à son cou, le sourire aux lèvres, l'œil coquin. Ils feraient l'amour. Insatiables l'un et l'autre. Et il le laisserait au matin enchanté de sortir de sa vie, pour y revenir le soir, ou la nuit suivante. Attiré irrésistiblement par sa joie de vivre. Ce trublion lui manquait même parfois. Il était sa luciole qui le guiderait vers cette année 2000 qui s'annonçait pénible.

Il avait perdu le fil de la conversation devenue un bruit de fond lointain. Était-il heureux d'être vivant ? Non. Pas alors qu'Albus n'était plus.

— Pierre-François ? Je voudrais parler à Albus.

Le silence se fit. Immédiat. Pesant. Harry le fixait de ses orbes vertes inquisitrices.

— Je l'interrogerai dès demain, répliqua son soi-disant parent, calmement. Il sait que vous êtes là.

— Pour tous, je suis ton frère. Me vouvoyer est un peu étonnant, non ?

La souffrance avait terni ses yeux lorsqu'il avait évoqué le fou qu'était son jumeau. Après tout ce que ce salaud avait fait, comment pouvait-il ne pas exulter de sa disparition ? Par Merlin, qu'il détestait les souvenirs malsains qui encombraient sa mémoire. Pour faire enfin le vide, il achèterait une pensine au chemin de Traverse. Harry lui lança un regard d'avertissement. Il retint la phrase assassine destinée à son descendant.

— Je vais rentrer.

C'est tout ce qu'il trouva à dire. Déjà, il empruntait la sente menant au halage. Il transplana à Paris sur une terrasse du Marais.

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Pierre-François examinait la liste que venait de lui remettre sa sous-directrice. Les endroits où étaient accrochés les seconds portraits des anciens directeurs étaient banals à pleurer. La plupart se situaient dans leurs manoirs ancestraux. L'un était dans le hall du ministère, un deuxième en l'arrière salle d'une taverne sorcière sur le Chemin de Traverse, un troisième relégué dans la réserve de la boutique de Madame Guipure qui se révélait être sa petite-nièce, un quatrième ornait le bureau du médecin chef à Sainte-Mangouste, le suivant dans la galerie moldue de sa noble famille où il ne se rendait jamais car l'immobilité lui déplaisait. Et bien sûr, Albus au Magenmagot et Severus avec eux à l'appartement. Il ne voyait rien là-dedans d'utile. Il la reposa sur sa table, jeta un coup d'œil à l'horloge. Ce soir, il dînait avec ses amours à Weymouth. Avant, il introduirait Gellert dans son bureau et l'y laisserait. Il ne lui faisait pas confiance, loin de là, mais Albus avait accepté de lui parler. Il ignorait ce qui sortirait de ces retrouvailles, du tourment sans l'ombre d'un doute. Son ancien mentor n'avait pas intérêt à tenter de manipuler Harry une fois encore.

Demain, Sylas irait à Gringott avec Lucius voir ce que contenait le coffre 714 avant de rejoindre Draco et Hermione à Toulouse. Eux passeraient ce week-end à Poudlard. Ce système de garde à l'école permettait à tous d'avoir des week-ends libres. Les trois premiers mois d'essai se terminaient et chacun semblait satisfait du fonctionnement. Il le prolongerait.

L'aile ouest était prête. Il était impatient de montrer ce qu'il avait réalisé à ses hommes. Il aimerait aussi rénover la tour de Gryffondor, celle de Serdaigle et moderniser le sous-sol des Poufsouffle. Il ne pouvait avoir l'air de privilégier les Serpentard dont les cachots avaient été renouvelés en septembre. En trouverait-il le temps lors des vacances de fin d'année ?

Madame Maxime lui avait communiqué les derniers renseignements nécessaires. Ils arriveraient le 10 décembre, date prévue initialement soit trois jours plus tôt que ceux de Durmstrang. Vingt huit élèves majeurs, dix-neuf filles et seulement neuf garçons parmi lesquels quatre venaient précédemment de Durmstrang mettraient leur nom dans la coupe. Cela promettait d'autres frictions. Deux accompagnateurs les surveilleraient, le professeur de défense contre les forces du mal un certain Pascal Lemare et une médicomage. Et madame Maxime en personne. Lui manquaient toujours les indications de Polliatov. Hormis la date de leur arrivée, il ne savait rien. Il avait le sentiment que le directeur de Durmstrang, si insistant au départ, y mettait, depuis que Beauxbâtons avait donné son aval, beaucoup de mauvaise volonté.

La gargouille veillant sur l'accès à son antre signala que son invité attendait son bon vouloir. Il lui ordonna d'ouvrir. Une fois passé les portes, le visiteur se trouva sur des escaliers de pierre en colimaçon qui montaient lentement tandis que l'entrée à la gargouille se refermait derrière lui avec un chuintement.

Un vantail de chêne soigneusement poli orné d'un marteau d'airain en forme d'Ouroboros, dénonçant l'appartenance du directeur actuel à la maison Serpentard, pivota devant Gellert. La vaste pièce circulaire était magnifique. De hautes bibliothèques remplies de parchemins, de livres aux reliures précieuses parfois très vieux occupaient la majeure partie des murs latéraux. Au fond, de grandes fenêtres en ogive plongeaient sur l'obscurité déjà tombée. Cinq marches de pierre en demi cercle menaient au massif bureau patiné par les ans. Vêtu d'une robe sorcière faite d'une lourde étoffe légèrement brillante rebrodée de volutes du même vert sombre, Pierre-François se tenait fièrement debout à côté de sa table. Là, en son cadre de travail, il ne pouvait ignorer à quel point il était impressionnant de prestance. C'est la première fois qu'il le voyait ainsi. La somptuosité du lieu aurait du l'écraser, elle ne faisait qu'accentuer sa noblesse.

Puis, il y avait les portraits. Des dizaines de portraits dont certains très anciens. Il n'en cherchait qu'un seul. Ce fut son regard bleu à la fois scrutateur et pétillant de malice qui le retint. Il n'aurait pas reconnu en ce vieil homme à la longue chevelure et à la barbe blanches son amour d'antan, s'il n'y avait eu ce regard. Il en fut frappé.

— Je vous quitte, entendit-il.

— Pierre-François, l'arrêta-t-il. Merci.

Le beau sorcier se retourna, lui lança un coup d'œil indéfinissable et sortit sans un mot, le laissant avec Albus. Gellert eut la sensation qu'il lui avait adressé une mise en garde et n'en comprit pas la teneur.

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Dans le cou moite de Harry, la langue de Pierre-François goûtait la saveur un brin aigre de l'épiderme échauffé par l'excitation éprouvée. Il resserra son étreinte autour du corps nu. De l'autre main, il effleura le visage de Jim. La bouche de celui-ci happa ses doigts, en mordilla le bout, lécha sa paume, il ne semblait pas rassasié. Harry eut ce petit rire rauque et troublant qu'il avait lorsque le besoin le capturait peu à peu. Il caressa sa hanche, les rondeurs fermes pressées sur son pubis. Sans surprise, sa main en rencontra une autre qui, en gestes indolents et lascifs, masturbait leur amant. Il sourit et, calquant son rythme sur celui de Jim, il rendit la pareille à la virilité de celui-ci.

— Viens ! demanda-t-il en geignant doucettement.

Il changea de place, d'odeur, de formes. Et aussi d'envie. Pour sa seconde fois, Jim voulait de la délicatesse, de la tendresse. Il câlina la peau satinée, de la bouche, des mains. Cette nuit, il aimait cela autant que la fougue passionnée de Harry. Celui-ci, la bouche sur le sexe de Jim, présentait à celle de ce dernier son membre. Une position qu'ils appréciaient tous les trois. Il avait pourtant des projets différents, il prit le tube de lubrifiant et prépara Jim, titillant la douce barrière plissée déjà distendue par la précédente invasion de Harry.

— Là, mon cœur, tu aimes ? Viens, oui, viens, amour, lui susurrait-il alors qu'en gémissant, Jim s'empalait sur ses doigts, tandis que lui massait sa prostate.

— P'ti loup, gémit-il, viens...

— Oui, chéri, je suis là. Oublie tout, prends du plaisir... Je t'aime...

Il le pénétra et, en longs va-et-vient constants, le mena à la volupté. Il le sentit jouir peu après. Bien trop vite pour qu'ils soient à l'unisson. Il n'eut pas l'occasion d'être déçu. Une main le cajolait à son tour, agaçait son entrée, la caressait sensuellement. Harry butina sa nuque, la lécha, caressa ses épaules, descendit. Sa langue s'attarda dans la courbe des reins. Un de ses points faibles. Il se cambra contre lui, tout son corps l'appelait. Il gémit quand il le posséda. Son sexe enserré dans le fourreau de Jim, celui de Harry en lui, il était comblé. Les lents mouvements imposés par le plus jeune feraient, cette fois, durer le bien-être. La jouissance en vagues chaudes l'emportait. Sa houle le poussait loin, toujours plus loin. Ayant perdu dans l'aventure toute idée cohérente, il psalmodiait leurs prénoms. Enfin, la dernière vague, brûlante, puissante le traversa, rythmée par les mots d'amour que Harry chuchotait. L'orgasme le submergea et il le cria en même temps que Harry. En caresses lascives, quasi paresseuses sur les peaux échauffées, ils se calmaient mutuellement. Blotti sur lui, son doux amour revenait parmi eux et récupérait.

— Désolé, grogna Jim de l'autre côté.

— De quoi ? se moqua Pierre-François avec un petit rire. Du plaisir que je t'ai donné ? Ou de celui que tu m'as offert ? C'est si rare que tu te laisses aller complètement à moi, ne le regrette pas, ma tendresse, fit-il en le retournant vers lui et en le serrant sur sa hanche. Moi, j'ai beaucoup apprécié, souffla-t-il tout contre son oreille, rien que pour lui.

Presque immédiatement, le sommeil prit ses amants entre ses bras. La tête posée sur celle de Harry, son bras passé sous la taille de Jim, immergé dans leur chaleur, dans leur odeur, dans celle de sexe qui avait envahi la couche, il pensait à Gellert et Albus, à leurs destins et remerciait le ciel de vivre cet extraordinaire amour.

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Le vent agressait les yeux et brouillait la vue. Harry ne semblait pas éprouver de difficultés. Pas plus que les autres d'ailleurs. Jim resserra son étreinte autour de la taille de son homme qui piquait vers le vif d'or voletant en dessous d'eux. Déjà, Cloud le tenait au creux de sa main, un sourire narquois sur les lèvres. Il le relâcha et le jeu reprit. Les adolescents le coursaient tout en esquivant les cognards qu'avaient ensorcelés Pierre-François. Les lourdes balles les obligeaient à une concentration de tous les instants.

— Attention ! brailla son fiancé.

Jim se cramponna de toutes ses forces. Harry vira de façon brusque en les inclinant sur le côté droit évitant ainsi de se trouver sur la trajectoire d'Aymeric qui aurait été incapable de les contourner. Ils firent un large tour du terrain, observant les juniors. Sylvain et Aymeric, encore et toujours, prenaient des risques inconsidérés, inconscients du danger. Andrew vif et décidé avait tout d'un attrapeur, Maxence qui veillait sur lui à son habitude ferait un très bon poursuiveur. Cloud était bon, très bon. Ses acrobaties prouvaient sa parfaite maîtrise de son balai. Il s'amusait et pourtant il restait vigilent. Nul mouvement ne lui échappait. Quant à Justin, il faisait surtout le pitre et c'était dommage, s'il avait voulu il aurait pu devenir un puissant batteur. Typhaine et Alicia cette fois participaient. Comme Sylvain, elles étaient novices mais, contrairement au petit parisien, elles étaient hésitantes. Enfin, il y avait Sirius et sa précision, puis, très incisif, Jean-Baptiste et son étonnante rapidité, Pierre-François et son nouvel Eclair de feu 3 reçu depuis quelques jours à peine, qu'il apprenait à chevaucher et qui mettait, malgré cela, une élégance innée en sa manière de voler. Ce n'était pas la qualité qui avait permis au jeune Serpentard de ravir à James Potter sa victoire lors de son dernier match à Poudlard, mais une habilité au jeu incontestable. C'est vrai que Harry n'était peut-être pas tout à fait impartial quand il le jugeait.

Joshua avait eu envie de retrouver le monde moldu ce week-end là. Ils avaient alors choisi d'inviter Jean-Baptiste et Frédéric pour laisser un peu d'intimité au trio. Sur les gradins, Gauthier, Frédéric et Lily encourageaient chacun tour à tour. La fillette trépignait, hurlait après son père qui lui adressait de grands signes de la main. Une dizaine d'élèves sans doute désœuvrés les regardaient.

— On y retourne ! cria Harry vers Jim.

Il se contenta de rire, de s'appuyer sur son dos, les mains sur sa poitrine, bien serré, afin de ne plus faire qu'un avec son homme.

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Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Après un week-end agréable et familial, amoureux aussi, la chute fut d'autan plus rude. Harry restait là, immobile devant un rapport de Jimmy concernant les contrôles réalisés chez les collaborateurs de la fratrie ou de l'Ordre du Phénix. Il le tendit sans un mot à ses compagnons. Il échoua ensuite devant Hermione, Draco et Sylas. Sirius s'en empara avant de le rejeter une fois lu comme s'il lui brûlait les doigts. Nul n'osait commenter.

— La clef que nous avons trouvée dans le secrétaire du comte portant le numéro 714 n'ouvre pas un coffre chez Gringotts, se décida Sy lorsque le silence devint trop pénible. Le gobelin qui nous a vus nous a suggéré d'essayer dans les autres banques sorcières. Paris. Amsterdam. Washington. Bref, il ne sait pas.

Les affaires du jour furent expédiées. Sur un coin de la table, le mince dossier les narguait.

Il y avait bien longtemps que Harry n'avait vu la famille Weasley. L'accueil fut glacial, il s'y était préparé. Molly, une main sur l'épaule de Ron assis à la table de la cuisine, les fixait d'un œil peu amène. Arthur semblait nerveux. Il avait demandé à lui parler au terrier sans lui en préciser la raison. Seule, Ginny l'avait reçu avec un sourire, dédaignant Jim et Pierre-François ce qui l'avait blessé.

— Arthur, je suis désolé de tous vous déranger. Tu sais qu'il y a des fuites dans l'organisation, au ministère peut-être. Des fuites qui compromettent notre sécurité et celle du monde sorcier. Le but manifeste est de déstabiliser le pouvoir en place, ruiner notre réputation et faire capoter les accords de Liège. Je pense que ce n'est qu'une première étape. Les opérations tentées ne peuvent l'être que grâce aux renseignements qui sont fournis à l'ennemi. Un moldu, certainement secondé par des sorciers. Sur les ordres de Kingsley, des aurors sont venus inspecter cette maison.

Arthur acquiesça du chef. Le mouvement court, sa raideur indiquaient que c'était loin de lui avoir plu. Harry soupira.

— Des vérifications ont été effectuées chez tous les membres de la fratrie afin de repérer des micros espions posés à leur insu, souligna-t-il. Tu aimes le monde moldu, tu as donc eu envie de profiter de sa technologie. L'électricité, internet, le téléphone ont été installés. Je m'y attendais. Nous avons vérifié les disques durs, les mails, les coups de fil passés d'ici ces deux derniers mois. Chaque semaine, un numéro moldu, toujours le même, est composé. La conversation dure au moins quinze minutes, parfois jusqu'à trente. Nous l'avons identifié, il s'agit d'une cabine téléphonique dans Harley Street à Londres. J'aimerais en savoir plus. Ne bouge pas Ron ! commanda-t-il en voyant son geste pour se lever. Tu n'es pas de taille. J'ai voulu venir moi-même pour ne pas que ça dégénère, ne fais pas de bêtise.

— Ce n'est pas moi ! s'exclama le rouquin. J'ai été soigné pour mes délires provoqués par la drogue qu'on me faisait avaler à mon insu. Je me contente de survivre dans mon coin. D'essayer de trouver la force de me construire un présent. Sans Hermione. Sans ma magie.

Il demeura muet devant ce déni des faits. La drogue ne lui avait été administrée qu'après son arrestation afin de calmer ses pulsions violentes.

— Je crois être la seule à appeler en monde moldu, jeta Molly d'un ton agressif.

— Par Merlin, fit son mari dont le visage soudain blême trahit le désarroi.

— Juste à une amie que j'ai rencontrée à Sainte Mangouste lorsque Ron y était suivi, expliqua-t-elle en se tournant vers lui.

— Une sorcière alors ?

— Bien sûr.

— Cela ne vous a pas troublée qu'elle vous donne un numéro moldu ? s'enquit Jim.

— Elle a épousé un né-moldu et ils y vivent, alors non, répondit Molly d'un ton sec en le toisant fièrement.

— Quand sonnez-vous ?

— Le mercredi après-midi.

— Toujours à quinze heures, pendant tes heures de bureau, Arthur, confirma Harry.

— Qu'as-tu raconté, Molly ? Elle te pose des questions ? interrogea son mari.

— On discute de tout ce qui se passe. Bien entendu qu'elle me pose des questions, elle s'intéresse à nous. A Ron. A Ginny.

— Vous lui avez parlé de la sortie prévue à Pré-au-lard ?

— Non ! Je l'ignorais !

— De mon frère ? De la Loge sorcière ? demanda Pierre-François.

— Oui, mais...

— De la bataille de Stonehenge ? De la fusion avec Grindelwald ? De la disparition de mon jumeau ? insista-t-il.

— Oui ! s'écria-t-elle furieuse.

— Molly ! Tu es inconsciente ! Si la réputation de Harry est salie, c'est le gouvernement qui le sera, s'exclama Arthur.

— De la prophétie concernant Draco, Hermione et Sylas ?

Son silence était plus éloquent qu'un oui.

— Oui, mais je n'en ai pas détaillé le contenu, lâcha-t-elle enfin.

— D'où venaient ces renseignements ?

— Arthur et Ginny en parlent devant moi, parfois Liam. C'est normal, je fais partie de l'Ordre du Phénix depuis sa création, argua-t-elle.

Ils étaient atterrés.

— Je laisse Arthur vous raconter où vous nous avez conduits par dépit. Vous que j'ai vue aimante, vous que j'ai considéré comme une seconde mère, je ne vous reconnais pas.

— Je présenterai ma démission demain à Lucius, souffla Arthur.

— Il a besoin de toi, fit-il en posant une main sur son épaule. Ensemble, vous faites du bon travail. D'ores et déjà, vous serez éloignée de ce qui est politique, de l'Ordre du Phénix, déclara Harry à Molly. Je ne suis pas seul à décider. Mercredi, vous appellerez votre amie moldue à l'heure habituelle.

— Je ne vous aiderai pas à lui tendre un piège ! s'exclama-t-elle.

— L'aider, elle, à en tendre un à Harry ne vous a pas gênée, lança Jim.

Elle ne fit que le défier des yeux.

— Vous n'avez pas le choix, continua Harry patiemment. Montrer de la bonne volonté est la seule option. Ce serait votre parole contre les faits. Arthur devra donner sa démission. Vos enfants seront soupçonnés de complicité, surtout Ron. Dès maintenant, sous prétexte d'assurer votre protection, vous aurez des aurors devant le terrier. Le réseau de cheminette ignorera dorénavant votre maison, jusqu'à ce qu'une décision soit prise. Arthur...

L'homme hocha la tête. Oui, il expliquerait. Oui, il l'obligerait si nécessaire. Sa femme lui adressa un regard perdu.

L'humeur de Harry était sombre et ses compagnons ne savaient comment le réconforter.

— Nous devons aller chez Lucius, murmura-t-il.

— Si tu attendais d'y voir plus clair ? suggéra Jim.

— Molly n'a pas parlé de la sortie à Pré-au-lard donc elle n'est pas l'unique source d'informations. C'est fait de telle façon que la personne n'ait pas l'impression de trahir. C'est habile. Il faut chercher en ce sens.

— S'ils ont utilisé la jalousie et la rancœur de Molly à ton égard, rien ne dit qu'ils ont procédé de semblable manière sur une autre cible, contra pourtant Jim qui reçut un regard noir de son chéri. Que vas-tu faire ?

— Je ne sais pas. Elle ne l'a pas fait pour nous nuire. Poussée par son dépit, elle s'est simplement laissée aller à confier des secrets qu'elle n'aurait pas dû connaître à une soi-disant amie.

— Harry ! grogna Jim désapprobateur.

— Il est tard. Rentrons, décida sèchement Pierre-François qui le trouvait bien trop indulgent.

— Vous me donnez tort, constata Harry.

— Des vies sont en jeu, Harry. Celle de nos amis, de nos enfants mêmes. Les nôtres aussi, jugea Pierre-François. Tu n'es pas objectif.

Le lendemain, en fin de journée, Harry eut un long entretien avec Liam, Arthur, Kingsley et Lucius. Quand vint sur le tapis le sujet de la punition de Molly, Harry se rappela l'opinion de ses compagnons, se tut et laissa Lucius gérer la chose. Elle fut assignée à résidence pour une durée de six mois. Sanction toute symbolique. A vie, elle ne pourrait plus avoir aucun rapport avec la politique ou l'enseignement et devrait en prêter serment sorcier. Cela lui fermerait bien des portes. Sans surprise, les deux premiers furent réprimandés de leur manque de discrétion.

Liam reçut très officiellement un blâme qui ferait tache dans son dossier d'auror. La nouvelle allait se répandre dans le service et démontrer que nul n'était intouchable. Même les amis du Survivant. Surtout eux. Il n'était pas d'accord, le dit haut et fort. Il conservait toute sa confiance au jeune homme. Il réprouvait le procédé mais Lucius tenait à faire un exemple. Et Kingsley le suivait. Il leur en voulut. Une fois de plus.

Arthur sentit bien que seul son poste de secrétaire d'état lui évitait le même traitement et que Lucius ne tolérerait pas un troisième écart venant des Weasley. Il n'avait jamais été ambitieux mais il aimait son travail et les émoluments qui allaient de pair avec celui-ci leur facilitaient bien la vie.

Ils étaient à ses côtés lorsque Molly appela son amie le mercredi après-midi. Nul ne répondit. L'ennemi était déjà au courant qu'elle était découverte. Le problème restait encore et toujours présent. Des fuites se produisaient.

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