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Chapitre XVI. Le visiteur inattendu

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Le chemin du hallage où ils transplanèrent était à peine éclairé par une paresseuse lune blafarde, ils n'eurent pourtant aucune hésitation en empruntant la sente qui menait au castel. Ils en connaissaient chaque pierre, chaque buisson. Au détour d'un de ses méandres, la lumière chaude se reflétant sur les murs rosés les accueillit. En prévision de leur arrivée, Dray avait allumé les appliques de la terrasse. Cela fit chaud au cœur de Harry. Des voix leur parvenaient par les fenêtres entrouvertes du grand salon. La discussion semblait animée. Dès qu'ils poussèrent la porte-fenêtre, les têtes se tournèrent vers eux.

— Bonsoir tout le monde. Désolé du retard, claironna Harry. Problème d'intendance.

Draco et Sylas échangèrent un regard complice. L'œil vif qu'ils posaient sur eux, le sourire satisfait qui errait sur leurs bouches, une évidente lascivité qui ralentissait les pas étaient autant de preuves de leur occupation précédente. Ils faisaient l'amour alors qu'eux les attendaient en distrayant un Gellert pas très coopératif. Ils hésitaient à en rire ou à s'en indigner. Draco avait toutes les indulgences envers son ami, il s'en amusa.

— Intendance ? demanda Gellert, certainement pas dupe, d'un ton dédaigneux.

— Quelques ordres à donner aux elfes de maison au sujet des décorations, du dîner et du feu d'artifice, de la soirée de Noël qui auront lieu respectivement vendredi et samedi, précisa Pierre-François. De sécurité aussi. Nos invités sont nombreux et pas nécessairement plaisants.

— Vos invités ?

— Tournoi des trois sorciers, le renseigna Harry succinctement.

— Tu as mis sur pied cette rencontre en ces circonstances ? s'étonna le mage noir en se tournant d'un geste vif vers Pierre-François.

— C'est ma première année en tant que directeur et j'ai établi beaucoup de réformes. Je devais prouver que j'aurais également à cœur de respecter les traditions. Lorsque Polliatov, le dirigeant de Durmstrang, a pris contact avec moi afin que je l'organise à Poudlard, me démontrant qu'Albus il y a cinq ans avait bouleversé le calendrier de la compétition, je me suis senti coincé et n'ai pas eu d'alternative, se justifie-t-il à contrecœur. Me le mettre à dos était impensable. Lui suggérer de le faire à Durmstrang, aller là-bas pendant des mois alors que je viens d'être nommé et que la situation est alarmante, abandonner mes élèves et l'école à la charge d'Hermione dans son état et avec son accouchement prévu en janvier était inconcevable. Sans parler de l'année universitaire ratée par Harry et Jim que je n'aurais jamais laissés. J'ai choisi le moindre mal.

— Décision logique, l'appuya Harry fermement qui lui avait pourtant fait les mêmes reproches en début d'année.

Jim, à son habitude, observait. C'était la première entrevue qu'ils avaient avec le mage noir depuis son entretien avec Albus Dumbledore et il trouvait que son expression avait changé. Qu'il avait changé. Même physiquement. Là où sur sa joue on voyait l'ombre de la cicatrice de François-Marie, il n'y avait nulle trace, ses cheveux longs paraissaient nettement plus clairs et bouclaient légèrement, sa stature semblait plus fine, plus déliée. Avec vingt ans de moins, il ressemblait au tableau de Gellert Grindelwald que leur avait montré Sylvain. Peu à peu, Gellert transformait à son image cette enveloppe qui lui allait plutôt bien. Qu'en était-il de son esprit ? Jim détestait ce qu'il savait d'Albus Dumbledore, le mentor de son fiancé. Le monde sorcier avait primé sur tout. Il avait joué, menti, manipulé. Peut-être l'avait-il regretté, c'est du moins ce que voulait croire Harry. Alors qu'il n'était qu'un enfant puis un adolescent seul et perdu, son protecteur n'avait pas hésité à l'exploiter et son chéri en avait souffert plus que tous. Plus que cet homme trahi à seize ans par son amoureux ? Il n'était pas question que le vieux sorcier essaye d'utiliser Harry par personne interposée. Il rejoignait sans le savoir la position de Pierre-François.

— Je suis reparti dans le Vermont. Sans ton escorte cette fois, fit Gellert en défiant Harry qui ne cilla pas. J'ai approché, non Sarah mais sa gouvernante, Aïssa Madiouf. C'est la fille que Philibert avait sauvée des griffes de Terrence Papadalou à la Nouvelle-Orléans. Elle avait été élue par le bokor pour deux raisons, elle était vierge et cracmol. En intervenant, Philibert avait déclenché la colère du prêtre vaudou contre eux deux. Conscient qu'elle n'était pas en sécurité, il l'a amenée à Millicent, qui l'a accueillie et prise à son service. Depuis, elle s'est consacrée à eux sans restriction. Elle a été bien traitée, a eu le nécessaire et l'impression d'avoir plus une famille qu'un emploi.

— Pourquoi y être retourné ?

— J'étais à la recherche de mon passé, avoua Gellert d'une manière abrupte. Après ma conversation avec Albus que j'ai à peine reconnu, je désirais connaître le sort de la compagne qui partageait ma vie au moment de ma défaite. Les seuls qui pouvaient m'éclairer ont disparu. J'espérais qu'Aïssa en eut été informée par Millicent. Sans citer de nom, sa patronne a évoqué devant elle une amie ayant accouché d'un garçon mort né peu avant son départ d'Europe. C'est malheureusement tout. Non, je ne l'aimais pas. Ne me prends surtout pas en pitié, gronda-t-il en fixant son fiancé.

Ce mage sanguinaire avait donc des sentiments. Comme Pierre-François l'avait deviné l'entrevue avec Albus avait été douloureuse. Qu'avaient encore en commun les amants terribles ? L'un dans un cadre dont il ne bougerait plus, l'autre à qui une seconde vie était offerte dans un corps jeune et plaisant. Et avec son expérience. Le rêve de tout homme.

— Vous n'avez pas désiré nous voir dans le but de nous parler de votre vie privée ? interrogea Harry un peu cruellement. Qu'avez-vous appris au sujet de Caine ?

— Caine a discuté avec sa mère peu avant son décès. Aïssa a entendu des éclats de voix, des sanglots. Le fils est parti en claquant la porte de la chambre et s'est enfermé dans la sienne, cependant il n'y était pas lorsqu'elle a voulu l'avertir que le repas était prêt. Il avait transplané. Sur son bureau étaient posées une petite clef ouvragée dorée, une montre de poche en ors de couleur avec, sur le couvercle, des diamants sertis et le portrait d'une élégante dame d'un autre siècle ainsi que l'indiquait sa perruque blanche à rouleaux, enfin une bague massive en or avec, en solitaire, une grosse pierre rouge sang. Des objets qu'elle n'avait jamais vus auparavant. Lorsqu'elle a apporté son bouillon à sa maîtresse, celle-ci pleurait et a refusé de s'alimenter. Elle l'a priée de veiller sur Sarah. Ce sont les derniers mots qu'elle a prononcés. Elle s'est murée ensuite en un silence têtu et s'est éteinte deux jours plus tard. Caine a quitté le pays peu après les funérailles et, depuis, il n'a pas revu sa fille. La Community National Bank verse chaque mois sur un compte une coquette somme pour les dépenses courantes des deux femmes. En cas de nécessité, Aïssa a la clef d'un coffre à la banque sorcière de Salem. Elle n'en a pas eu le besoin jusque maintenant.

— Elle est vraiment très bavarde et très confiante, railla Draco.

Le mage eut un mince sourire.

— Je sais être persuasif, ricana-t-il.

Veritaserum, legilimencie ou Imperium ? Bien qu'il n'en eut pas envie, Jim allait pourtant apprendre les moyens utilisés.

— Lors d'une sortie à Port-au-Prince, il y a cinq ans, Caine a été le témoin d'un meurtre, continua Gellert. Son officier supérieur avait pour amant un des lieutenants sous les ordres de Caine. Le garçon avait avoué son désir de s'éloigner de l'homme, maladivement possessif et violent, néanmoins il craignait des représailles. Ce soir là, le commandant, ivre, n'a pas apprécié l'attitude de son chéri qui d'après lui répondait aux avances d'un Haïtien accoudé au bar. Il a frappé l'autochtone, cela a déclenché une bagarre générale dans l'établissement. La police militaire est intervenue. Le lieutenant a été trouvé mort. Il avait reçu une balle à bout portant dans le cœur. Balle qui provenait de l'arme de l'officier qui s'est suicidé quelques semaines plus tard. Depuis cette histoire, Caine a été envoyé, à sa demande, en mission dans divers pays de la planète. C'est en tout cas la version qu'il a donnée à sa famille.

— Cela recoupe plus ou moins ce que nous savons, admit Harry. En réalité, l'officier a été assassiné. Une enquête a été faite. Le principal suspect était Caine qui avait fait un rapport contre son commandant l'accusant d'avoir tué son petit-ami dans un accès de jalousie. Aucune preuve n'a été découverte. Il avait un alibi inattaquable. L'affaire a été classée sans suite, étouffée. Le lieutenant a été tué par un projectile perdu lors de la rixe, son amant s'est tué obsédé par sa bévue qui a coûté la vie à un jeune homme de vingt-six ans, Caine a donné sa démission ulcéré des soupçons qui avaient pesé sur lui. Voilà une version qui arrangeait tout le monde. La relation homosexuelle qui unissait les deux premiers a été tenue secrète, on ne souille pas l'armée. Caine a certainement fait justice, avec l'approbation de sa hiérarchie. Peut-être même sur ordre parce que l'officier devenait gênant. Nous savons, nous, qu'il avait des façons plus discrètes de le faire disparaître. Toujours est-il qu'il est employé par l'état américain et qu'il a acquis l'immunité diplomatique, poursuivit-il malgré le geste de Jim qui lui faisait signe de ne pas échafauder des suppositions tordues. Tout cela pue la mise en scène.

— Peu importe, amour. Nous ne sommes pas là pour nous soucier de son passé. C'est ce qu'il mijote au présent qui nous intéresse, rectifia Jim.

— Cette clé vous l'avez aperçue en son esprit ? questionna Pierre-François.

— Tu ! s'exclama Gellert avec une colère froide. Tu !

— J'aurais beau vous tutoyer, cela ne changera rien. Vous avez son apparence, néanmoins vous n'êtes pas mon frère.

— Crois-moi, je n'en ai aucune envie. Je le vomis. Afin d'arriver à dormir, j'ai dû mettre ses souvenirs malsains dans une pensine. Moi ! Gellert Grindelwald, ironisa-t-il. J'ai commis des actes pas jolis lors de ma vie, plus encore que vous ne l'imaginez, je l'avoue et j'assume les meurtres, les exactions, les ordres de torture. Ça, je ne peux pas le concevoir. Alors, laisse-le où il est ! Ce psychopathe dépravé y est à sa place.

Harry fusilla des yeux le mage. Sur le fond, il était d'accord cependant il savait à quel point cela blessait son compagnon de l'entendre.

— Je le ferai en public. Rien ne m'y oblige en privé, répliqua ce dernier.

— Quand vas-tu admettre que je n'ai pas généré cette situation ?

Pierre-François détourna les yeux. Son frère était dément, monstrueux. Il n'avait aucun sens du bien et du mal. Sa perversion qu'il avait supportée dès l'adolescence l'avait brisé. Sa possessivité avait détruit sa vie. Sa folie lui avait pris son petit ange. Il s'était opposé à lui et n'aurait eu aucune hésitation à le tuer s'il avait dû protéger Lily, Harry, Jim ou l'un des enfants. Cependant, il était son jumeau. Il était responsable de sa propre disparition, oui. Avait-il moins mal pour la cause ? Au début, même après la découverte du processus de fusion dans les grimoires, il confondait les deux en une seule image. Le séjour à la Nouvelle-Orléans, l'attitude de Gellert envers Harry lui a fait réaliser que François-Marie n'était plus. Le vouvoyer, le rejeter était la seule solution qu'il avait trouvée pour les dissocier. Les doigts de Harry se posèrent sur son poignet, caressant lentement le bracelet d'appartenance. Il s'appuya contre lui, s'en remettant au plus jeune.

— Calme-toi, mon ange. Je sais que tu as mal, que tu n'as pas pu faire ton deuil. Prends sur toi, mon amour. Ne lui montre pas tes faiblesses. Il sait déjà trop de nous, lui souffla-t-il.

Outre sa voix qui chuchotait avec tendresse, il y avait la main de Jim sur son épaule qui le ramenait à eux. Il inspira profondément.

— Je n'ai nullement besoin qu'on me le rappelle, lança-t-il sèchement en le défiant fièrement.

— Je n'ai pas utilisé la légimencie. Elle me l'a simplement décrite. Je te l'ai dit, on obtient bien des renseignements au lit des femmes. Des hommes aussi d'ailleurs. Un beau corps d'odalisque sombre, déclara l'autre en se retournant vers Harry, un sourire railleur sur les lèvres.

— Et Gaby ?

— Te sentirais-tu concerné par ma vie sentimentale, Harry ?

Jim haït ce regard complice, pétillant de malice qu'il adressa à Harry qui resta imperturbable. Le mage noir centenaire, retors et sans pitié paraissait à cet instant plus jeune que son arrière petit-neveu et prêt à flirter avec l'Élu. On nageait dans l'absurde.

Harry, prudemment, battit en retraite. Dans le cadre de ses missions, Jareth considérait également ces écarts comme indispensables. Sa compagne en souffrait parce qu'elle l'aimait. Y avait-il le moindre attachement entre le coiffeur et Gellert ?

— La clef est très vieille et doit mesurer une dizaine de centimètres, reprit Gellert avec un fin sourire que Jim jugea machiavélique. L'anneau est finement ciselé et représente un serpent dans des arabesques, l'embase comporte des chiffres, la tige est carrée et gravée de fleurs, le panneton qui est le bout de la clef qui ouvre la serrure est à peine dentelé mais porte des creux et des lignes qui dessinent un genre de trèfle. Un vrai bijou qu'elle a admiré sous toutes les coutures, m'a-t-elle dit. D'après mes recherches, ce pourrait être une clef de coffre sorcier datant de la fin du XVIIème siècle, début du XVIIIème.

— Le nombre inscrit ?

— 713.

— Un trèfle ou une fleur de lys, suggéra Hermione qui échangea un coup d'œil entendu avec Harry.

— Quel est le visa que Caine a demandé en premier après le décès de sa mère ? interrogea ce dernier.

— Il a renouvelé celui pour la France et obtenu son passeport diplomatique ensuite, répondit Jim.

— D'accord, il a une longueur d'avance sur nous. Sylas, il faut que tu ailles à la banque sorcière Lazarre & Jacob à Paris au plus tôt. Si ce n'est trop tard, grommela Harry avec une grimace mécontente.

— Est-ce que vous pouvez m'expliquer de quoi vous parlez ? tonna Gellert qui décidément refusait qu'on l'oublie.

Harry hésita. Après tout il avait tellement d'éléments déjà. Il n'avait plus grand chose à lui apprendre. Ne rien lui dire allait éveiller sa méfiance et sa rancœur.

— Nous avons des données et nous tentons de reconstituer un puzzle, indiqua-t-il.

— Ça, j'avais compris, s'exclama-t-il d'un ton bref tout en levant les yeux au ciel d'un air agacé.

— Il y a les joyaux, deux clefs presque identiques de coffres sorciers avec des chiffres se suivant : 713 et 714, les deux meurtres du ministre portugais et d'une Louisianaise, tante par alliance de Jean-Baptiste, un prêtre vaudou qui cherche certainement à se venger d'une femme qui a été sauvée de la mort ou à offrir le sacrifice promis, un mercenaire qui bénéficie d'un visa diplomatique pour un emploi fictif, qui, avec la complicité d'anciens mangemorts organise un camp d'entraînement avec des inferi perdu dans le Cumberland et qui convoite les richesses de la couronne de France pour lui ou pour un tiers. Raison pour laquelle il a voulu kidnapper Pierre-François qui est le point commun entre Nicolas et moi qu'il veut retirer du circuit politique. Bien qu'il semble avoir modifié sa méthode. Enfin, un sorcier français s'est introduit à Poudlard avec la délégation de l'école de Beaux-Bâtons, espionne et joue les séducteurs auprès de Pierre-François dans le but de nous séparer.

— En ce qui concerne les pierres, il lui manque une importante information : Nicolas ne les a pas, fit valoir Hermione.

— Oui, confirma Harry. Cet avantage, nous le perdrons dans quelques semaines, lorsque les jumeaux naîtront puisque selon la prophétie les bijoux doivent alors leur revenir. De quelle manière nous l'ignorons néanmoins nous devons nous attendre à tout.

— Est-il au courant ?

— Nous devons considérer que ce dont Philibert de Saint-Maur était au courant, il l'est aussi.

— Pourquoi as-tu dit qu'il a changé de méthode ? s'enquit Jean-Baptiste.

— En enlevant Pierre-François, il pensait me faire chanter. Ombrage avait essayé et ça avait marché. Je suppose qu'il l'a appris. Comment ? Seul Salazar le sait, grogna Harry. Il a échoué et nous sommes maintenant sur nos gardes. Me discréditer, détruire ma réputation afin que je n'aie plus aucune influence en monde sorcier est une façon de m'écarter de la scène politique. La petite manœuvre à "L'axe" allait en ce sens. S'il y arrive, l'entièreté de nos actions sera sujette à caution, estima Harry.

— Et le camp d'entraînement ? Les armes, les explosifs ? Les inferi ? A quoi cela doit-il servir ? demanda le Cajun à nouveau.

— Je ne sais pas. Peut-être des exactions en monde moldu pour faire croire que les sorciers en sont responsables.

— Non, jugea Jim en secouant la tête, c'est plus gros que ça.

— Harry a raison. Tout au moins en ce qui concerne la tentative à Paris, intervint Lucius qui venait de sortir de la cheminée dans une gerbe d'étincelles bleues. C'était évident. Les photos de Toulouse, celles à Poudlard avaient amorcé la campagne de dénigrement, il suffisait de continuer sur la même voie. J'ai le résultat de l'enquête sur Dominique de Merac. Rien de probant. Sorcier Sang-Pur, il a fait ses études à Durmstrang. Eh oui ! fit-il en voyant l'étonnement sur le visage de son vis-à-vis. Il est âgé de trente-sept ans, s'est allié à l'âge de trente à une toute jeune femme du même milieu, Sang-Pur bien entendu. Elle a vingt cinq ans. Ils ont deux enfants qui ont respectivement quatre et six ans. Jusqu'à cet été, il était potionniste à l'hôpital Saint-Anne à Paris où il était promis à un bel avenir. Malgré cela, il a démissionné afin d'enseigner à l'académie de magie Beauxbâtons. Rien d'autre à signaler.

— Il s'est marié tardivement, certainement pour perpétuer la famille, commenta Pierre-François.

Lucius acquiesça d'un mouvement de tête.

— Il a eu des aventures ? questionna Jim.

— Très nombreuses avant son mariage, oui. Courtes souvent. Un vrai Don Juan.

— Depuis ? persista-t-il.

— Depuis, rien de sérieux. Quelques coups de canif dans un contrat de raison.

Jim sentait sur lui le regard de l'assistance.

— Des femmes ? Des hommes ?

— Uniquement des femmes. C'est ce à quoi tu t'attendais ?

— Oui. Soit il s'est bien caché jusqu'à présent ce qui en ce monde semble superflu, soit il n'a jamais aimé les hommes...

— Et il joue les séducteurs dans un but bien précis, acheva à sa place le ministre.

Jim s'était abstenu de souligner cette flagrance, il n'avait pas envie de blesser Pierre-François après son altercation avec Gellert. Lucius n'avait pas ses scrupules. Un silence succéda la conclusion, rompu enfin par un rire de Pierre-François qui fixait Harry d'un air moqueur.

— Tu peux oublier ta jalousie, lança-t-il à celui-ci en le serrant contre lui, une main sur sa nuque, l'autre sur sa taille.

— Je ne vois pas pourquoi, railla Harry, cela ne signifie pas que toi tu ne le trouves pas à ton goût.

Pierre-François leva les yeux au ciel d'un air désespéré et les autres éclatèrent de rire. Harry fit une fausse grimace offensée qui le fit sourire. Encore empreint de la tendresse qu'avait manifestée son compagnon pour le réconforter, Pierre-François avait été soulagé, ne voyant en cette annonce que la tranquillité de son Harry. Il réalisait là ce que cela impliquait. Son échange verbal avec Lucius le jour de l'arrivée des Français lui revint en mémoire.

— Il fouine beaucoup, déclara enfin Draco quand il reprit son sérieux. Je l'ai même croisé au sous-sol dans le couloir menant aux cuisines. Il fait ami-ami avec les bavards, les mécontents. Il interroge les portraits, les fantômes. Il n'est pas discret.

— Il connaît mal Poudlard, ricana Harry. Le château vit, chuchote, renseigne, se garde.

— Les mécontents ? releva Pierre-François.

— Il y en a toujours, répondit Draco en haussant les épaules. Trelawney qui voit d'un mauvais œil la concurrence de Firenze, Slughorn qui espérait devenir directeur de l'école et qui en tant que directeur de la maison Serpentard se retrouve à protéger un héritier qui a plus d'autorité que lui sur ses ouailles. Ce ne sont en général que des conversation inintéressantes qui ont forcément un but.

— Comment sais-tu ?

— Le baron sanglant. Il parle peu mais le prince des Serpentard est un privilégié, ironisa Draco avec un clin d'œil vers son ami. De Merac a posé des questions sur la rivalité entre les quatre maisons, le rôle de Harry en tant qu'héritier de Salazar, la façon dont il est perçu par les élèves des différentes maisons. Ainsi que toi, termina-t-il en adressant une grimace au récent directeur de Poudlard.

— Notre relation, je suppose, suggéra Jim.

— Aussi, avoua Draco brièvement. Il a été reçu plutôt froidement par la plupart des fantômes dont l'expérience n'est plus à faire et qui, immédiatement, ont senti que son intérêt était tout sauf naturel. Peut-on en demander autant à Mimi Geignarde si naïve ? Il a découvert le rôle des portraits. Tout au moins en partie. Je pense qu'il ignore que les personnages peuvent quitter les tableaux, discuter entre eux et prévenir le directeur de ce qui advient dans les couloirs, dans les classes. Cela ne tardera pas, il l'apprendra de n'importe quel élève venu.

— Je crois que la première chose à faire est déterminer ce qu'il veut, ce qu'il cherche. Rien de bon pour nous, j'en ai peur, soupira Harry. Il faut aller sonder la cousine Clarence et...

— Constance, chéri, corrigea machinalement Pierre-François.

— Constance, Clarence, Clémence..., railla son amour, c'est du pareil au même.

— Va savoir où trouver cette vieille bique, grommela Pierre-François. Je ne l'avais plus vue depuis bien des années et je ne m'en portais pas plus mal. Elle ne m'a jamais épargné.

— Dis-moi ce que tu sais, je dénicherai son adresse, décréta Lucius qui prit note de son nom, son âge et du fait qu'elle vivait du côté sorcier dans la ville d'Albi.

— Je me chargerai, sous une autre apparence, de lui poser quelques questions, assura Gellert. Cela me sera plus aisé qu'à toi.

Lucius marqua son accord d'un signe de tête alors que Harry hésitait encore.

— Severus pourra nous aider pour les tableaux, dit Pierre-François.

— Ceux qui lui donnent le plus de raisons de persister dans son petit manège, c'est vous-même, intervint Sy qui s'était tu jusque là.

— Nous ?

— Vous, votre jalousie. Il n'a besoin d'aucune autre faiblesse, celle-là est une bombe à retardement.

— Ne va pas plus loin, Sy, conseilla Pierre-François d'un ton bref. C'est notre vie privée.

— C'est vrai, mais pas si privée que ça, lança leur ami. Tu es le directeur, l'attention est focalisée sur toi. Tout Poudlard est au courant de votre relation à trois évidente, de la cour éhontée de ce Français depuis son arrivée, de ton apathie et de l'absence manifeste de confiance de Harry. Tu sais le raisonnement qui dit qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Nous devons faire le nécessaire pour passer inaperçus, dans le but de nous protéger, pas le contraire.

Pierre-François serra les dents, il lui semblait que les reproches s'adressaient majoritairement à lui. Harry décocha un regard noir à Sylas qui ne les avait pas habitués à ce genre de critiques. Jim posa ses mains sur la taille de ses hommes.

— Tu essayes de nous mettre en garde, Sylas, mais c'est superflu. Notre liaison, je n'ai pas l'intention de la cacher. Ce ne serait pas moi, rectifia Harry calmement. Je suis fier autant de mon fiancé que de Pierre-François. Je ne manque pas de confiance. Ma réaction, si Jim était à sa place, serait la même. Instinctivement, cela ne me plaît pas de voir un mec séduisant tourner autour de mon compagnon. Mon impulsion est une jalousie irraisonnée que je sais, au fond de moi, sans objet. Il n'est pas responsable de l'intérêt que lui témoigne Dominique de Mérac qui insistera quelle que soit notre attitude afin de nous pousser à bout. Cela fait partie du jeu. Un jeu dangereux. Qu'il perdra. Inutile d'en faire une montagne.

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Blotti entre les bras de Jim dont le visage était enfoui dans sa nuque, la tête sur la poitrine de Pierre-François qui se soulevait lentement au rythme de sa respiration régulière, Harry se remémorait ce qu'ils avaient brièvement décidé. Sylas se rendrait rapidement, avec son mari et son beau-père, à la banque sorcière parisienne inventorier le coffre 714. Il avait voulu les accompagner puis s'était laissé convaincre par Draco de rester à Poudlard. La présence du ministre britannique de la magie et de ses gardes du corps que Lucius traînait maintenant lors de ses déplacements devrait les préserver au cas où ils y seraient attendus. Lorsque l'adresse de la cousine Clémence serait connue, Gellert irait lui poser quelques questions au sujet du Français. Voilà qui ne lui plaisait pas. Il leur raconterait ensuite ce qu'il voudrait.

Sylas et Draco voulaient exercer sur de Mérac leur don de légilimencie. Les renseignements qu'ils obtiendraient seraient peut-être précieux. Par contre, si l'homme réalisait la manœuvre, ils seraient bien embarrassés. Non seulement, il comprendrait que son petit jeu était découvert mais, en cas de plainte, comment la justifier devant leurs invités ? Ils avaient débattu du pour et du contre et avait postposé cette possibilité. Une arme ultime en quelque sorte. Lui ferait abstraction des regards de Merac sur Pierre-François. Enfin, il ferait des efforts en ce sens.

Il se dégagea un peu des bras de Jim, effleura du bout des doigts la courbe de la mâchoire de l'aîné, la joue qu'une très légère barbe de vingt quatre heures rendait à peine moins lisse. Il l'aimait avec la fougue de ses dix-neuf ans, avec passion. Avec déraison ? Oui. Harry baisa son épaule, descendit, lécha le téton brun. Un frisson le parcourut. Hermione, Sylas et Draco avaient le pacte d'alliance pour s'assurer en permanence des sentiments des autres. Lui avait sa foi mise à mal par un séducteur mangeur de grenouilles. Il savait son amour pourtant. Pierre-François avait renoncé à tant pour les aimer. Ce soir, il avait perçu sa souffrance d'être une fois encore jugé. Sa propre réaction méfiante en était la cause. Il se sentait coupable.

Il y a plusieurs mois, Harry et Jim avaient craint de sombrer entre ses bras. Ils avaient discuté, hésité et tous les deux avaient pris la décision de choisir ce qu'ils pensaient être un moindre mal pour les trois : cette union non conventionnelle. Avec le recul, il ne s'expliquait plus leurs hésitations. C'était leur place. Il remua, se frotta un peu à eux avec envie. Membres emmêlés, étreintes inconscientes.

Il y en aurait d'autres. Des Kevin, des Dominique, des inconnus... Il y en avait toujours. Chacun plaisait un jour ou l'autre à quelqu'un. Que l'on soit beau ou moche. Et moche, son de Lauzun ne l'était pas. Loin de là. Il s'agirait aussi bien de Jim. Au demeurant, il y avait Dean. Il serait perpétuellement exposé au tourment de la jalousie à moins de leur faire confiance aveuglément. Il ignorait comment éviter ce piège.

— Mon doux amour, chuchota Pierre-François réveillé sans doute par ses caresses, ses trémoussements, que se passe-t-il ?

— Je ne sais pas gérer ma possessivité, soupira-t-il sans oser le fixer. Comment protéger notre bonheur ?

Pierre-François fit entendre un léger rire amusé et le serra un peu plus sur lui.

— Tu es un peu jaloux, c'est vrai néanmoins on est loin d'une attitude captatrice maladive et paranoïaque. As-tu en projet de me priver de ma liberté ? Exiges-tu que je n'existe que pour toi ? Que par toi ? Ou es-tu satisfait que je me réalise en dehors de notre amour ? Dans mon travail, par exemple ?

— Je l'ai dit, je suis fier, tu le sais. Tu es exceptionnel.

— Même si je collabore avec d'autres ?

— Bien sûr que oui. Je te veux heureux, mon loup, s'étonna-t-il.

— Tu vois, constata son homme. Ramène ça à de plus justes proportions. Nous avons des mouvements instinctifs trahissant la peur de perdre les autres en voyant un regard trop appuyé, un sourire provocant. Jim. Toi. Moi. Les étrangers s'en aperçoivent, c'est vrai. Et les interprètent à leur manière. Cela ne crée ni disputes sérieuses, ni tension entre nous, c'est l'essentiel. Tu n'as rien à redouter de de Mérac, mon chéri. De personne d'ailleurs. Je suis irrémédiablement fou de vous, se moqua-t-il les mains dans le creux de ses reins, roulant entre ses doigts habiles sa peau douce ce qui le fit frémir. Oublie-le, murmura-t-il la bouche sur sa tempe. Sur son visage. Sur son cou. Jim, ma tendresse ? appela-t-il.

Le corps de son fiancé couvrit le sien, ses lèvres voyagèrent dans sa nuque, sur ses épaules, sur son dos. Et Harry oublia.

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Les premiers jours de la semaine, ils les consacrèrent aux préparatifs de Noël. Le dimanche soir, ils dressèrent un immense sapin dans le hall. Et si la neige ne recouvrait pas encore le parc et la forêt interdite, c'est pourtant l'illusion que créèrent Harry et Pierre-François pour la satisfaction des yeux de Jim. Il avait suffi que celui-ci évoque les noëls blancs de son enfance et combien il regrettait qu'en monde moldu, le tapis immaculé soit immédiatement souillé par des traces de pas, de pneus qui le changeaient en gadoue grisâtre pour que ses sorciers veuillent effacer cette déception. Ils y mirent toute leur puissance, tous leurs dons. Et si ce n'était qu'un songe éphémère, il était bien beau. Le vert impérial du sapin soutaché de blanc et or se dressait dans un paysage de neige qui ne serait jamais salie. De légers flocons tombaient inlassablement et s'évanouissaient à quelques millimètres du sol. De nombreuses stalactites de glace dévalaient les corniches des plafonds, les encorbellements des fenêtres. Leur argent translucide aux reflets bleutés complétait le merveilleux du tapis virginal qui se reformait aussitôt après le passage de chaque groupe d'élèves. Impavides, les armures contemplaient ceux-ci qui s'extasiaient. Émerveillés, ils rappelaient avec force chuchotis que le directeur avait des ancêtres Sindar et que les elfes, c'est connu, aimaient la perfection et... Amusé, de Lauzun le décorateur souriait de leur naïveté.

Ce lundi, tous les élèves ayant regagné la salle commune ou les dortoirs, ils s'occupaient de la grande salle. Elle contait festin, rires, musique et danse. La féerie de Noël y était omniprésente. L'or et l'argent se mêlaient à un blanc crémeux mis en exergue par les pierres brunes des murs et les boiseries foncées. Le choix de la couleur n'était pas innocent. Pierre-François, ne voulant privilégier aucune des couleurs des maisons ou des écoles invitées, en avait préféré une neutre. Cascades de soie, des rideaux, sous prétexte d'occulter les hautes fenêtres en arcs gothiques, encadraient celles-ci d'un chatoiement d'or et d'argent et venaient mourir sur le sol en vagues moirées. Les larges plateaux cuivrés que soutenaient les gargouilles étaient couverts de chutes de feuillages, de roses de Noël ivoirines et de petites flammes qui palpitaient comme autant de cœurs vivants.

— Comment as-tu fait cela ? s'écria Harry admiratif.

— Laisse-moi mes secrets, chéri, souffla-t-il un doigt caressant posé sur sa bouche pour le dissuader d'en savoir plus.

Harry le mordilla avec tendresse. Pierre-François était extraordinaire en métamorphose. Il avait transformé des canettes de limonade moldues en fontaines de cristal. Elles trônaient sur les tables où couraient de sombres feuillages et des éclats lumineux, il suffisait d'en approcher un verre ou un gobelet et celui-ci se remplissait de jus de fruits ou de citrouille glacé. Les bougies volantes laissaient la place à d'élégants lustres de cristal. Les facettes des grosses pendeloques à bords chantournés et taillées en biseau étaient destinées à multiplier les feux des cent chandelles qui garnissaient chacun d'eux. Mêlés à des rosettes, guirlandes de perles, poignards élégants, au bout de fins joncs dorés recourbés, des phénix déployaient leurs ailes transparentes et capturaient la lumière pour la restituer plus vive, plus intense conférant aux suspensions une délicate splendeur.

— Ils sont magnifiques, P'ti loup, s'enthousiasma Jim.

— Inspirés des lustres Louis XVI, leur glissa-t-il. Les artisans de l'époque ne faisaient pas que des bijoux exceptionnels. Il me semble que c'est bien ainsi. Plus ferait trop chargé, termina-t-il en embrassant la salle du regard. Qu'en pensez-vous ?

Il y avait dans le coin gauche un monumental sapin que Hagrid avait coupé dans la forêt interdite. Ils l'avaient orné ensemble. Jim, dépourvu de pouvoirs, suggérait, exprimait ses attentes, donnait son avis autant qu'eux qui essayaient ensuite de combler ses vœux les amenant parfois à se dépasser. Harry contemplait leur réalisation et songeait qu'ils s'accordaient et s'entendaient sans difficulté dans le travail aussi.

— C'est superbe. On a fait du beau boulot, constata-t-il ravi.

— Et sans prise de tête, renchérit Jim.

Pierre-François éclata de rire. Ils n'avaient mis en effet que quelques heures à satisfaire leur amour de moldu. Il attira à lui ses compagnons.

— Allons nous reposer. Demain, les vacances débutent. Pour les autres, précisa-t-il.

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Les directeurs des maisons avaient en charge l'ornementation des dortoirs et de la salle commune, leurs amis celle de la bibliothèque, des couloirs, de la salle de détente commune à toute les maisons. La décoration de la grande salle avait recueilli maintes exclamations flatteuses. Peu à peu, l'atmosphère s'allégeait entre les élèves. Eux ne relâchaient pas leur vigilance.

Désireux de ne manquer ni le tirage de la coupe de feu, ni les festivités organisées, les élève restant là pour la période des fêtes étaient, cette année-là, très nombreux. Pierre-François avait anticipé le problème. Des activités avaient été prévues pour occuper les jeunes gens des différentes écoles. Chaque enseignant avait mis au service de ces divertissements ses différents talents. Un atelier théâtre, un autre de musique, un dernier de karaté et close-combat avaient été programmés. Jim et Harry, secondé par Joshua, s'occupaient du dernier. Plus que la pièce de théâtre, ou la démonstration du club de duel qui devaient être présentées à l'épiphanie, c'était, malgré le froid de décembre, la compétition de quidditch qui rencontrait le plus de succès. Les élèves avaient été laissés libres de constituer des équipes de huit joueurs selon leurs affinités, de choisir le nom de la formation. Ceci fait, ils s'inscrivaient. Un coach leur était attaché et les entraînements débutaient aussitôt. En quarante huit heures, neuf équipes s'étaient formées. Avec les retardataires, il y en eut douze dont une composée d'élèves de première année. Le terrain était pris d'assaut du matin au soir. Sirius et Olivier Dubois étaient débordés. Pierre-François décida de leur adjoindre un troisième compère. Après une petite discussion avec Lucius, Jareth fut détaché par son département en mission à Poudlard. Pierre-François lui attribua un appartement de fonction. Violaine était près de son terme et, malgré sa qualité de médicomage, elle avait besoin d'un suivi attentif. Poppy Pomfresh avait ainsi trois futures mamans à chouchouter. De l'inédit à Poudlard. Afin de soutenir leurs amis, Draco, Sylas, Erwin, Jimmy et Jean-Baptiste se partageaient entre le club de duel et le tournoi de quidditch. Il aurait été impensable que Frédéric demeure seul à Toulouse, il avait emménagé provisoirement avec Jean-Baptiste dans un logement de la tour des moldus. Discrètement, il assistait les uns et les autres. Et si le chat était entré dans la cage aux lutins, à présent, la fratrie veillait. Ils commettaient pourtant des erreurs qu'ils risquaient de payer cher.

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Ce mercredi après-midi, les élèves des quatre classes supérieures avaient la permission d'aller à Pré-au-lard faire des achats. Une surveillance efficace avait été mise sur pied. Bizarrement, plusieurs rapaces survolaient le village. Le directeur, l'Héritier et son fiancé, eux-mêmes, étaient là sortant de la boutique de quidditch avec un balai réparé. Leurs amis effectuaient des emplettes chez Honeydukes, la sous-directrice, enceinte, avait des envies de sucreries. Escorté d'un moldu, le professeur d'étude des trois magies, ce Créole si sexy, renouvelait sa provision d'encre et de plumes chez Scribenpenne. Les garçons faisaient la file chez Zonko, chez Weasley, Farces pour sorciers facétieux, dont la succursale s'était ouverte il y a précisément une semaine, ou s'attardaient au comptoir des Trois Balais. Les filles avaient envahi le magasin de prêt-à-porter Gaichiffon où une pétulante femme rousse aidait les vendeuses suroccupées. Luna Lovegood recueillait les impressions des étudiants étrangers sur Poudlard et les préparatifs du Tournoi des Trois Sorciers pour le journal Le Chicaneur. Quelques aurors, envoyés là par le ministère qui avait à cœur de prouver son implication, jouaient les chalands sans arriver à tromper qui que ce soit. Pré-au-Lard n'avait jamais été aussi animé. Et aussi sécurisé.

Un chat de gouttière, sale et teigneux, inconnu des habitants, errait et guettait tout ce monde. Il enregistrait minutieusement chaque détail. Il feula, cracha lorsqu'il croisa un garçon dégingandé, au visage anguleux, au regard perçant, qui adressait un chaud sourire à son compagnon dont on voyait à peine les yeux, emmitouflé qu'il était dans une cape fourrée et une écharpe de la maison Serdaigle. Qui était ce gamin ? Le plus grand prit l'autre par la main et le remorqua vers le salon de glace Polar Bear. Le très jeune couple y fut accueilli chaleureusement par le fils Vassier et Justin Merriott, le beau-fils de feu Sean O'Reilly. Belle équipe en vérité. Son unique fils tournait mal et il était impuissant face au Sauveur et sa clique. Soudain, le félin eut froid. L'expédition devenait un cauchemar. Il aurait voulu ne pas avoir quitté le coin de l'âtre de son manoir du Cumberland.

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Quand il y rentra harassé, Caine l'attendait de pied ferme. La pensine sur la table lui fit comprendre que l'Américain ne se satisferait pas, cette fois, d'un récit. Il détestait perdre une partie de ses pensées. Il s'en délectait. Il vivait par procuration. Revoir les tortures de John Felsen sur les prisonniers ou les exécutions de Liebling ne le dérangeait pas, au contraire il les savourait tant et plus. Il en était incapable, cependant il aimait ça. Des hommes décidés et charismatiques comme Harry Potter ou Pierre-François Vassier ou même Caine le terrorisaient. Comme s'il n'avait pas compris, celui-ci lui désigna la pensine d'un geste autoritaire. Il obéit maladroitement. Aux côtés du mercenaire, il y avait cet individu de la Nouvelle-Orléans en qui il n'avait pas plus confiance que l'Américain qui observait justement le hougan. Il vit passer dans les yeux de ce dernier une brève expression de haine. Envers qui ? Le cœur empli de rage, George Balbi revit la tendresse de son fils envers l'adolescent qui l'accompagnait.

— Andrew Horton, sorcier de Sang-Pur, grosse fortune, le renseigna son voisin heureux une fois de plus de pouvoir humilier le lâche. Le cousin du petit William Horton que cet imbécile de Liebling a descendu avec d'autres enfants de cinq ans pour complaire à une cinglée.

George se tut. Ernest était encore dans le coma et cela ne semblait préoccuper personne.

Caine était plutôt content. Il n'avait pas l'intention d'affronter Potter pour le moment. Il n'était pas question d'essuyer un nouvel échec. En bon stratège, il étudiait l'ennemi. Lorsque l'ordre lui parviendrait de mettre en route le plan, il serait prêt. George avait été troublé par la rencontre avec Maxence et, ensuite, ses souvenirs étaient brouillons toutefois il avait déjà fait un topo complet des protections mises sur pied par le Survivant. Au vu de ses réactions, la barbouze avait acquis la certitude que Terrence connaissait le Créole qui avait lancé les sorts de mort inconnus. Et, à l'évidence, il l'exécrait. Grindelwald, Nicolas de Noailles et deux Louisianais au fin fond de l'Écosse au même instant. Il ne croyait pas aux coïncidences. Il en aurait le fin mot. Il avait enquêté sur le bokor. Il avait voyagé en Afrique, en Asie. Les mondes de la sorcellerie traditionnelle européenne lui étaient restés fermés. Si lui ignorait tout du vaudou, le hougan ne devait pas en savoir beaucoup plus sur leurs pratiques. Se pourrait-il que... ? Il le ferait parler.

Caine méconnaissait pourtant d'autres éléments. Tout à ses soucis, George Balbi avait négligé les rapaces dans le ciel écossais. Le matou avait soigneusement fui loin de l'énorme chien noir hirsute qui déambulait aux alentours des Trois Balais et le chien loup qui rôdait non loin de la Cabane hurlante. Il avait occulté la chatte tigrée qui se chauffait dans la vitrine du bureau de poste.

oOo

Le lendemain, ce fut au tour des plus jeunes d'arpenter les quelques rues de Pré-au-Lard, village en pleine expansion. Si les Trois Balais étaient désertés, la pâtisserie Crumble & Ouistiti et la confiserie Honeydukes ne désemplissaient pas. Zonko et le magasin Weasley étaient eux aussi très fréquentés. La surveillance avait été renforcée. Les aurors étaient plus nombreux et la fratrie toujours aux aguets. Les préfets encadraient les benjamins. Une fois encore, le directeur chaperonnait ses ouailles et ne quittait pas des yeux Aymeric et Sylvain qui lui paraissaient les plus susceptibles de représenter une moyen de pression contre eux.

Il n'avait pu éviter la présence des Français. À ses côtés, Jim et Harry faisaient contre mauvaise fortune bon cœur supportant le soupirant de leur amant.

— La décoration que vous avez créée pour Noël est une vraie splendeur, Pierre-François, débitait précisément le bellâtre. Vous avez un goût sûr et le sens de la poésie. La métamorphose a en vous un extraordinaire artiste.

Harry leva les yeux au ciel, Jim eut une grimace moqueuse. Les fiancés échangèrent un regard excédé que surprit Pascal et ne purent s'empêcher de rire de la lourdeur du séducteur.

— Je n'étais pas seul. Nous avons tout organisé à trois et...

— Daddy ? les interrompit Aymeric. On peut aller manger une crème glacée ?

— Évite de me couper la parole, Ay. C'est impoli. Nous finirons par là. Ne devais-tu pas acheter une brosse pour les longs poils de Mistigri, Sylvain ?

— J'ai oublié ! s'exclama-t-il. Venez !

— Et toi des parchemins, Typhaine ?

— C'est fait, répondit la gamine.

Le groupe des quatre adolescents s'élança. Cloud et Justin leur emboîtèrent aussitôt le pas.

— Je disais donc, poursuivit Pierre-François que nous étions trois pour réaliser ce Noël blanc que désirait Jim. Cela a été un agréable moment passé ensemble.

— Tu es remarquable en métamorphose, mon ange.

D'un geste irrépressible, Pierre-François entoura de son bras la taille de Harry, l'attira à lui et effleura sa bouche de la sienne.

— Pour notre appartement, cela n'a pas été plus difficile. Nous avons tout choisi à trois, expliqua Jim.

— Cela n'est pas compliqué sans pouvoirs ? s'enquit Pascal avec intérêt.

— Ils sont mon pouvoir à moi, rétorqua le moldu avec sérénité.

— Ce que Jim mène à bien ici est incroyable, fit Harry. Il a renoncé à une carrière diplomatique prometteuse en monde moldu, il se bat à mes côtés pour notre autonomie, il a réussi des aspics, il a repris des études à l'université sorcière dans le but de devenir l'ambassadeur du monde sorcier. Il y enseigne également. Il joue même au quidditch.

— Et il doit être le premier moldu à attraper des vifs d'or en vol, dit Pierre-François avec tendresse. À Stonehenge, il nous a sauvé la vie. Il nous a protégés au delà de ses forces, termina-t-il en baisant doucement le bout des doigts de leur compagnon qui le fixait éperdu. Si nous allions vérifier où en sont les enfants ?

— Vous êtes un père merveilleux, Pierre-François, insista pourtant le Don-Juan en posant sur son épaule une main caressante. Vous voir vous occuper de votre fille est un véritable plaisir.

— Nous formons une famille très unie, commenta Pierre-François.

— Indestructible, confirma Harry avec un léger sourire.

— Depuis notre rencontre, je ne vois qu'eux. Aucun homme ne m'a plus jamais tenté. Que serait, à côté de cet amour exceptionnel, la satisfaction fugace d'une relation physique ?

Pierre-François les couva d'un regard aimant alors qu'une brève expression de dépit trahit le mécontentement de Dominique de Mérac. L'aîné avait eu à cœur de mettre les points sur les i. Il savait que cela représenterait toujours un problème car le Français n'en resterait pas là. Comme l'avait souligné Harry, il avait une mission à remplir. Pierre-François avait précisé les choses afin de rassurer ses amants.

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Pour le dîner de ce vingt-quatre décembre, ils n'avaient pas voulu modifier la disposition des tables. Celle des professeurs avait été agrandie une nouvelle fois afin d'accueillir les visiteurs et les membres des familles des professeurs présents : notamment Draco, Sylas mais aussi Lucius qui accompagnait Narcissa. C'est certainement la première fois qu'un ministre de la magie réveillonnait à Poudlard. Ainsi que des moldus. Frédéric habillé d'une élégante robe sorcière ne quittait pas des yeux Jean-Baptiste qui s'était lancé dans une opération de flirt intensif avec son compagnon à la grande satisfaction de ce dernier. Françoise, qui découvrait avec stupéfaction l'univers de son fils, était assise entre Sirius et son grand-père. Joshua discutait avec celui-ci. William et Peter bavardaient avec animation, le premier avec Madame Mac Gonagall, le second avec Hermione.

Lucius, la mine grave, dissertait avec Polliatov. Après Dominique de Mérac, il était le second souci de Pierre-François. Son étroitesse d'esprit s'accommodait mal de l'atmosphère détendue et familiale qu'il instaurait peu à peu au sein de l'école. Le Slave promenait sur tout cela un regard méprisant qui l'agaçait au plus haut point. Depuis leur arrivée, les élèves de Durmstrang s'étaient tenus à l'écart des autres. Ils suivaient tous les cours, même ceux de politique des moldus réprouvés par leur directeur qui ne s'y opposait pas ouvertement. La divination et l'astronomie qu'enseignait Firenze dans une vaste classe du rez-de-chaussée spécialement transformée par Harry en paisible clairière était un autre sujet de dédain. De moqueries même. Installés sur l'herbe tendre, les étudiants semblaient pourtant prendre beaucoup de plaisir à participer aux leçons peu conformistes et très philosophiques du centaure.

— Mon ange ? murmura Harry. Ce soir, oublie tout. C'est notre premier Noël ensemble.

— Excuse-moi, mon doux amour. Je suis là, chuchota Pierre-François en réponse à son rappel à l'ordre.

Oui. Poudlard changeait. Il ne s'était jamais posé la question de savoir ce qu'en pensait les fantômes, les précédents dirigeants, l'âme de l'école. Peut-être était-il temps de s'en préoccuper.

Les elfes de maison s'étaient surpassés et les mets étaient délicieux. Au fil du repas, les discussions devenaient plus légères, plus familières. Habituée à ce genre d'exercice, Narcissa avait organisé la répartition des convives autour de la table. Dominique de Mérac était relégué loin d'eux entre Lavande et Minerva McGonagall qui avait retrouvé son école avec bonheur. Il vit Harry lui adresser un discret coup d'œil et sourire de la voir débattre avec le Français. Son compagnon s'était entretenu avec son ancienne directrice pendant un long moment pendant lequel ils étaient très sérieux. Trop sérieux. William, l'autre voisin de Minerva, ne perdait pas un mot de ce qui se disait entre ces deux là.

Pierre-François lia sa main à celle de Harry et jeta un coup d'œil vers la table des Serpentard qui accueillait provisoirement Lily babillant avec Typhaine et Alicia. Teddy se débattait sur les genoux de Draco afin de la rejoindre. Cloud, un sourire amusé aux lèvres, observait Justin fanfaronner devant leurs condisciples. Ils avaient tous deux l'intention de déposer leur nom dans la coupe de feu. Si Justin avait peu de chances d'être désigné par l'artefact, il n'en était pas de même de Cloud qui réunissait les qualités voulues. Et déjà, il se tracassait pour son fils adoptif. Il avait joué à fond la carte de la sécurité cependant bien des éditions du tournoi s'était terminées dans le sang.

Harry soupira. Pierre-François s'était encore éloigné d'eux.

— Mon loup, souffla-t-il à nouveau sur un ton de reproche.

— Je suis là, fit ce dernier en caressant amoureusement sa main du pouce. Je songeais à Cloud. Intelligent, courageux, incisif et néanmoins réfléchi et rusé, sans oublier son habilité en duel ou au quidditch, il a de bonnes chances d'être sélectionné comme champion de Poudlard.

— Et le fait te perturbe, acheva Jim.

— J'en suis à la fois satisfait, fier et soucieux, reconnut-il. Nous avons pris un maximum de précautions toutefois le fait que notre ennemi soit si bien renseigné sur nous m'inquiète. Il semble toujours avoir une coudée d'avance. Ainsi le coffre 714 a été vidé à la banque sorcière Lazarre & Jacob à Paris, quelques jours avant la visite de Sylas. Qui a usurpé son identité ? Comment l'ont-ils ouvert ?

— Il est vrai que sur ce coup-là, Sylas et Draco n'ont pas été rapides. Ils ont tant traîné avant d'y aller, jugea le moldu.

— Excès de confiance, grogna Harry.

— Pour Sylas, l'imposteur a eu besoin de polynectar et là, nous avons un gros problème, grommela à son tour Pierre-François.

— Les cheveux doivent-ils être récemment prélevés ? s'enquit Jim.

— Non, répondit Harry en le fixant.

— Alors, un cheveu ramassé sur un vêtement laissé chez ses parents il y a longtemps pouvait convenir ?

— En effet. Ou sur son manteau à l'université. Cela ne doit pas être un cheveu. Un poil, un morceau d'ongle, de peau, un peu de sang font l'affaire.

— Draco et Sylas ont chacun fait un prélèvement de sang en début d'année auprès de Madame Pomfresh au cas où il y aurait un ennui avec les jumeaux, non ?

— En effet.

— Peut-on imaginer que de Mérac en bon fouineur a été mettre son nez là aussi ?

— C'est impossible. Le polynectar nécessite un mois de préparation. Ils ne sont là que depuis le 10 décembre.

— Nous avons appris l'existence d'un second coffre grâce à la description de la clef faite par Gellert. Eux comment y sont-ils arrivés ?

— Comme nous, avec les éléments obtenus. Probablement ont-ils trouvé des documents dans le coffre 713 qui les ont éclairés. La solution évidente me paraît une copie de la clef inversant le dessin du panneton qui est le bout de la clef. Ils sont sans doute parvenus à la même conclusion que nous, à savoir une fleur de lys identique sur les deux clefs, des dents et des creux dissemblables. Le plus logique étant que ceux-ci aient été inversés.

— C'était habituel à cette époque-là, affirma Jim. Je l'ai lu lors de mes recherches.

— Nous avons un sérieux retard sur eux. Nous avons envisagé la possibilité que des dirigeants sorciers présents à la conférence de Liège veuillent faire capoter les accords de Haultepenne, ou un gouvernement moldu européen. Si nous avions tort ? suggéra Harry. Les États-Unis reviennent trop souvent dans les données actuelles. De plus en plus, je suis certain que ce sont des moldus qui tirent les ficelles.

— Avec des sous-fifres sorciers anglais et français ? s'étonna Jim.

— Pourquoi pas si leurs intérêts sont concordants ? Ils ont forcément des accointances avec des Britanniques et des Français. Si en Amérique les communautés sorcières et moldues s'ignorent, ce n'est pas le cas en Europe.

— S'ignorent ? questionna Jim, sceptique.

— En effet. Le Congrès magique des États-Unis d'Amérique, appelé Macusa, fait toujours respecter la loi Rapaport promulguée en 1790. Elle interdit aux sorciers de fréquenter et d'épouser des Non-Maj', ainsi que les Américains nomment les moldus, accroissant la ségrégation entre les communautés, ainsi que les différences culturelles entre les mondes sorciers des États-Unis et du reste du monde qui voit d'un bon œil une coopération minimum avec les gouvernements moldus. Coopération qui est amenée à s'accentuer depuis notre intervention, résume Pierre-François. Ce qui peut déplaire, cependant de là à fomenter un complot contre le monde sorcier britannique.

— Pas seulement britannique. Européen... Ou les ministères de la magie susceptibles de se montrer résolument progressistes. Comme le ministre portugais.

— Et les bijoux, la prédiction de Camelia enfin dévoilée ?

— Peut-être sont-ce des choses liées entre elles à cause de Caine. Il n'est que la partie immergée de l'iceberg.

— Il faut que tu étudies ça, Jim, intervint Harry. Ce n'est qu'une théorie parmi d'autres néanmoins elle mérite d'être approfondie.

— À un autre moment que le réveillon de Noël ? Il va bientôt être l'heure de la cérémonie de l'ouverture du tournoi, râla son fiancé.

— Désolé, mon cœur. On en reparlera. Là, c'est un peu brouillon, acquiesça Harry. Une idée très vague.

À leur corps défendant, les soucis du monde sorcier étaient venus empiéter sur cette soirée qu'ils voulaient harmonieuse. Harry mêla ses doigts à ceux de Jim avec un sourire tendre et serra ceux de Pierre-François posés sur sa cuisse.

— Mangeons, conclut-il. Profitons de ce que nous ont cuisiné les elfes. Ils se sont surpassés.

— Harry. Je suis à tes côtés en ce combat, tu le sais. Oublions, juste cette nuit, lui glissa Jim.

— Bien que le sujet soit revenu sur le tapis de façon inopportune, j'avais la même envie, se moqua doucement son fiancé. Oublions.

D'un regard, Pierre-François embrassa la salle. Tout semblait paisible. Il revint à ses compagnons et s'employa à les distraire de leurs préoccupations en les courtisant. De Lauzun le magnifique renaissait de ses cendres pour leur unique plaisir. Un délicieux badinage débuta entre les trois hommes. Les répliques aux sous-entendus grivois se succédaient le désir peu à peu agrandit les pupilles les sourires se chargèrent de sensualité, de provocation. Pierre-François de meneur devint séduit. Il contemplait ses enjôleurs avec envie. Il les aurait volontiers poussés hors de la salle pour les emmener en un lieu plus intime. Le loup tombait en son propre piège.

— Mes amours, murmura-t-il plus pour lui-même que pour eux.

Lucius et Polliatov se levèrent. Il soupira. Ils avaient un timing à respecter. Il était l'heure de procéder à la cérémonie du tournoi des trois sorciers. Un feu d'artifice sorcier clôturerait la soirée après les douze coups de minuit.

Tout ce monde se dirigea vers le grand hall. La Coupe de Feu sur son socle avait été placée en son centre. En bois sombre, imposante, elle n'avait rien d'exceptionnel, hormis son ancienneté. Nul ne connaissait son origine. Elle figurait déjà dans les documents relatant la fondation de Poudlard où elle était décrite comme la Coupe de la Sagesse. Nul n'était arrivé à déchiffrer les runes gravées sur son pourtour. Pierre-François s'approcha elle. Avant de s'adresser à l'assistance, il laissa planer son regard impérieux sur ses ouailles, attendant le calme qui lui permettrait de prononcer le traditionnel discours. Il ne tarda pas à l'obtenir.

— Une fois encore nos écoles vont jouter en une lutte fraternelle afin de remporter le tournoi des trois sorciers. Depuis la fondation de cette rencontre il y a de ça sept cents ans, la Coupe de Feu désigne les champions. Tout élève qui désire prendre part aux épreuves doit écrire son nom et celui de son établissement sur un morceau de parchemin et l'y déposer avant vingt heures demain, jour de Noël. Ensuite, la Coupe donnera les noms de trois étudiants qu'elle aura jugés les plus aptes à représenter leur école. Dès maintenant, la Coupe est libre d'accès à celles et ceux qui souhaitent concourir. J'ai tracé un Interdit d'Âge autour d'elle. Il est impossible à quiconque n'étant pas majeur de franchir cette limite. Enfin, j'insiste sur le fait que si toutes les précautions de prudence ont été prises, les risques courus ne sont pas négligeables. Chaque candidat doit en être conscient et ne pas s'engager à la légère. Déposer votre nom constitue un contrat magique qui ne pourra en aucun cas être dénoncé. Une fois qu'un champion a été élu par l'artefact, il a l'obligation de se soumettre à chaque épreuve du tournoi. En conséquence, réfléchissez bien avant toute action inconsidérée, il faut que vous ayez, ancrée dans votre cœur, la volonté de participer. Une compétition signifie qu'il y a un gagnant et des perdants. Loyauté et honnêteté doivent vous guider tout au long de l'affrontement. Les tricheries, les intimidations ne seront pas tolérées. La moindre manœuvre dans ce sens sera sévèrement punie et le concurrent sera disqualifié. Je déclare solennellement le tournoi des trois sorciers ouvert.

Pierre-François eut un geste vers la coupe. Aussitôt, les runes s'illuminèrent. Lettres de feu sur le vase mat. Harry en fut sidéré. Son compagnon n'avait pas utilisé sa baguette. La soirée menée par Albus Dumbledore cinq ans auparavant avait marqué l'adolescent qu'il était. Il se souvenait de chaque détail et pouvait jurer que jamais ce phénomène n'avait eu lieu. L'artefact était resté sombre. Seules des flammes bleutées avaient répondu à une invocation du directeur lorsque celui-ci l'avait terminée. Sans articuler un mot, Pierre-François éleva la main et des flammes, hautes et claires, s'élevèrent du réceptacle. La coupe semblait obéir au grand sorcier. Instinctivement, Harry se rapprocha de son amant. Jim, interloqué, le suivit. Ils se retrouvèrent à ses côtés, il leur adressa un coup d'œil étonné.

Le précédent tournoi des trois sorciers avait été organisé après une interruption de presque deux cents ans. Il était devenu pour beaucoup une légende. Puis Albus avait décidé de le remettre au goût du jour malgré les conditions difficiles dues à la renaissance des mangemorts. Peut-être à cause d'elles. Pour fédérer les différentes maisons autour d'un unique challenger. Peu de personnes présentes étaient à même de déterminer ce qu'avait de singulier cette cérémonie. Il y en avait pourtant. Pétrifiées, elles fixaient alternativement la coupe et le directeur alors que les élèves applaudissaient avec enthousiasme. L'Interdit d'Âge brillait sur le sol pareillement que les runes, incandescences gravées dans le sol.

Pierre-François s'interrogeait sur l'attitude de ses chéris. Bien sûr, ils étaient la plupart du temps à ses côtés. Là, c'était simplement incongru. Voir Harry jeter un coup d'œil au bracelet-lien lui conta son inquiétude. Il le sentit faire monter son aura, se tenant prêt à intervenir. Il lui lança un regard perplexe auquel Harry répliqua par un mouvement de tête vers la coupe. Alors que les premiers étudiants s'avançaient vers elle, Harry en fit tout autant.

Déjà, Cloud et Justin franchissaient la limite et déposaient le bout de parchemin dans les flammes qui les avalèrent sous les acclamations des élèves de Poudlard. Les deux jeunes gens semblèrent incapables de quitter le cercle.

— Cloud ?

— Sa magie nous cerne, nous pénètre. On dirait qu'elle nous sonde, qu'elle nous évalue, murmura celui-ci. Je ne peux bouger.

— Laisse-la faire. Je ne perçois rien de négatif, souffla Harry rassurant.

— Cela ne l'est pas. C'est chaud et agréable. Une caresse. Voilà. Elle se retire.

— C'est impressionnant, commenta Justin. Tu as ressenti ça également il y a cinq ans ?

— Je n'y ai pas mis mon nom, dit Harry. Un sbire de Voldemort l'a fait à ma place.

— Comment n'a-t-elle pas identifié la supercherie ? s'exclama le garçon.

— On a prétendu que le mangemort, Barty Croupton Junior, lui avait jeté un sort de confusion très puissant qui l'avait induite en erreur sur le nombre d'écoles en compétition et elle a élu quatre participants. Tous ont accepté cette version improbable. Il n'était pourtant ni redoutable ni particulièrement intelligent. Bon comédien, oui. Moi, j'étais jeune et naïf, je n'avais aucune raison de mettre en doute ce qui était dit par des sorciers aguerris. Je viens enfin de comprendre ce qui s'est passé. La coupe n'était pas réellement éveillée.

— Mais...

— Chut. On en reparlera plus tard.

Après avoir eu une discussion avec Albus et Severus et je sens que je ne vais pas aimer leurs explications, pensa Harry. D'autres étudiants s'étaient avancés. Tous furent tour à tour jaugés par l'artefact.

— Demain à vingt-deux heures, les champions seront désignés. Les douze coups de minuit vont retentir. Je vous invite à rejoindre le parc et à assister au feu d'artifice. Joyeux Noël à tous, termina le directeur en prenant sa fille dans ses bras.

Ses hommes et lui se dirigèrent vers l'extérieur. Cloud, Justin et les plus jeunes s'étaient regroupés autour d'eux symbolisant leur famille agrandie. Gauthier appuyé sur Sirius et accompagné de sa petite-fille suivait. Leurs amis les entouraient. Minuit résonna.

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— Joyeux Noël, mes amours, chuchota Dray.

Il enlaça Sylas, posa la tête sur son épaule et lui envoya des ondes de tendresse auxquelles son mari répondit avec empressement.

— Tout va bien, ma mie ? interrogea ce dernier en relâchant son étreinte.

— Oui, mon ange. Ce fut une longue journée, avoua-t-elle blottie entre eux.

Leur femme était lasse. Pierre-François l'avait déchargée de tout travail et la mère de Dray la remplaçait en tant que sous-directrice. Mia cependant ne pouvait s'empêcher, malgré leurs remontrances, d'être présente souvent dans son bureau agaçant Narcissa de ses perpétuels conseils. Sylas effleura le ventre qui abritait leurs fils. Leur naissance allait bouleverser l'équilibre du trio, précipiter les événements. Il ne savait ni comment, ni quand exactement. La prophétie de Camelia de Saint-Maur enfin découverte dans les carnets déchiffrés peu à peu par Frédéric revint à son esprit. En était-elle seulement partie ? Trop vague, entre la chanson du Choixpeau et la prophétie sur Stonehenge, elle les avait déçus. Elle leur apprenait si peu de choses.

Jouy et Saint-Maur recommencera.

Sang-Pur, femme impure,

Union contre nature,

Mondes opposés, le pacte d'alliance unira.

En une autre époque tourmentée,

Deux enfants rois naîtront en Albion.

Des couronnes, des pierres dérobées,

Auront légitime possession.

Protecteurs des enfançons,

Compagnons de l'Héritier du Serpent,

Fuyant grands périls, défiant adversité,

Notre échec devront corriger.

La course des ans reniera,

En Garonne force vive puisera

Fleur de lys éclora

Et Royaume de France revivra.

Au vingtième siècle, rétablir la royauté en France était une gageure. On n'en était plus là. Remonter le temps ? Revoir l'histoire ? Il fallait être fou pour y songer. Les convictions de la royaliste avait influencé la prédiction. L'oracle en devenait peu crédible. Pourtant leur union, le danger qu'allaient affronter ses bébés se retrouvaient dans les deux augures. Sylas attendait avec impatience de connaître en entier celle que Jimmy taisait, la soupçonnant d'être plus précise et surtout plus actuelle. Tenant compte de l'erreur qui avait modifié leur destin. Aussi, la redoutait-il tout autant. Il perçut la bouffée de joie que ressentait son mari. Il le chercha. Il accolait son meilleur ami qui le serrait entre ses bras. Lorsque Frédéric avait traduit la prophétie, Harry n'avait rien dit. Il avait adressé un regard à Dray où celui-ci avait lu ce qu'il espérait : un soutien sans faille. En quittant l'appartement, Harry les avait réconfortés Mia et lui. Si Dray venait en premier, il ne les oubliait pas. Ses hommes non plus. Les trois seraient à là pour guider les jumeaux, les défendre. Harry pensait leur mari plus sensible, plus à fleur de peau et s'en préoccupait. Il avait raison. Ennemis ou amis, il y avait entre eux une relation unique.

— Mon aimé ? souffla doucement Draco.

— Nous avons beaucoup de chance, répondit Sylas en observant Harry.

Les yeux mouillants d'amour, le Survivant bisouillait les joues de Lily portée par son père. Le visage serein, heureux, Jim était appuyé contre eux. Comme Harry l'avait décidé, ils montraient leur union.

— Le balafré, murmura Draco. Ce petit binoclard insupportable qui, du côté de la lumière, était si sûr de son choix. Il a douté de tant de choses, mon ami, jamais de ça. Il sera là quoi qu'il lui en coûte.

— Je sais. J'aimerais qu'il lui en coûte le moins possible, objecta Sylas.

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Enlaçant Jean-Baptiste, Frédéric vivait avec avidité ce Noël. Depuis qu'il était gosse, il avait toujours apprécié le côté merveilleux de cette fête. Là, à Poudlard, la féerie du moment lui était offerte au centuple. Il se sentait bien. Si, parfois, il avait la crainte de ne pas être à la hauteur, son jeune compagnon le rassurait avec force protestations et cajoleries. Il lui jeta un regard amoureux, il semblait tracassé.

— Chéri ? l'interrogea-t-il.

— Il est arrivé un événement inquiétant lors de la cérémonie. Lequel ? Je l'ignore car je n'y ai pas assisté auparavant. La présence de Harry et Jim près de Pierre-François était imprévue. Ce dernier en a été choqué et Harry a fait monter son aura de manière à pouvoir le protéger de puissances maléfiques importantes. Cela n'a malheureusement pas échappé à de Mérac qui a suivi très intéressé ce qui s'est passé ensuite, conta-t-il.

Frédéric soupira. Rien ne devait gâcher son premier Noël sorcier. Jean-Baptiste le comprit et se tut. Néanmoins, il ne put s'empêcher de réfléchir. La magie émanant de la coupe, intense, lui avait paru bienfaisante. Cependant elle était inconnue. Harry donnait trop peu d'éléments pour que leurs actions, leurs décisions soient pertinentes en cas d'incident. Il résolut d'aborder ce sujet rapidement.

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Sur les épaules de son père, les yeux brillants d'excitation tournés vers le ciel, Lily dominait le monde. Elle tendit une main vers la fleur de lumière, qui la narguait là haut. Elle tombait, tombait vers la forêt, puis elle disparut derrière les arbres alors qu'une autre plus colorée, plus belle encore explosait dans le ciel, Lily cria sa joie, son admiration. Le cœur gonflé de tendresse, Harry sourit et adressa un coup d'œil complice à Jim qui riait. Serait-elle aussi ravie le matin lorsqu'elle ouvrirait les colis disposés sous le sapin par Père-Noël ?

Ils finirent la veillée à leur appartement devant la cheminée et l'arbre garni de blanc et de délicats oiseaux d'or. Un tapis de neige l'entourait, il accueillerait les présents apportés par chacun. Résonnèrent rires et musiques jusque très tard. Lorsque les plus jeunes allèrent dormir, ils purent enfin déposer les paquets enrubannés. Cloud et Justin apportèrent les leurs avec des airs mystérieux qui les firent rire. Ce fut leur tour. Harry n'avait pas oublié son filleul. Ils en avaient même prévu pour Alicia, Typhaine, Andrew et Maxence qui viendraient déjeuner. Jim s'était moqué de ses hommes en suggérant que certains élèves n'auraient peut-être pas de cadeau et qu'ils devraient envisager l'année suivante d'en prévoir pour tous les élèves sans exception. Enfin, le devoir accompli, ils s'étaient blottis dans le canapé.

— Explique-moi, chéri, pria Pierre-François qui avait maîtrisé jusque là sa curiosité.

Harry raconta la soirée d'ouverture du tournoi précédent. Celle où le grand Dumbledore avait jeté de la poudre aux yeux du monde sorcier.

— Quelles conclusions en as-tu tirées ? insista Jim.

— Albus et Severus ont offert une grandiose comédie. J'aimerais savoir qui a réellement choisi les participants il y a cinq ans. Qui a envoyé Cédric à la mort ?

— Tu vas trop loin, mon amour, reprocha Pierre-François.

— Barty Croupton sous les traits d'Alastor Maugrey devait être au courant de la supercherie. Comprends-tu ce que cela implique ? Il lui était alors aisé de changer les choix de l'artefact. Comment toi as-tu obtenu ce résultat ?

— Lorsque Dilys Derwent fut directrice au dix-huitième siècle, le tournoi des trois sorciers fut organisé deux fois à Poudlard. C'est le professeur de défense contre les forces du mal, Hector Chaucer qui s'est occupé de tout. Il a retracé sa préparation dans un long parchemin que j'ai étudié.

— Pourquoi ne pas avoir demandé à Albus ?

— Il était réticent et peu clair dans ses explications.

— Étonnant, raille Jim.

— J'avais trouvé, lors de mes recherches sur la fusion entre un sorcier et une entité, un vieux document datant de la fondation de Poudlard. La Coupe de la Sagesse y était déjà mentionnée comme étant de provenance mystérieuse, très ancienne et dotée d'une magie bénéfique, cela se déroulait à la fin du dixième siècle.

— Ton Hector Chaucer décrivait ce qui se passait lors des cérémonies ?

— Non. Toutefois, la coupe avait forcément des pouvoirs bien avant ce rôle qu'on lui a fait endosser.

— Tu sembles lui attribuer des facultés propres, indépendantes des ordres sorciers, remarqua Harry.

— Poudlard en a, Ilvermorny également, pourquoi pas la coupe ? Les écoles ont une âme, les baguettes refusent de se combattre, le choixpeau répartit les élèves dans les maisons en lisant le caractère de ceux-ci mais aussi voit l'avenir, conseille et aide en cas de conflit. Comment la coupe aurait-elle acquis sa sagacité, sa prescience ? D'où les tient-elle ? Je l'ignore.

— Les runes sur son pourtour ?

— Inconnues.

— Elles se rapprochent du peu qu'on connaît de la langue elfique ? s'enquit Harry.

— Je vois où tu veux en venir. C'est trop lointain, mon agneau.

— Comme tes dons de guérison ? Comme le bracelet-lien ?

— Il y a des similitudes cependant je ne suis pas expert en la matière, admit son ange.

— Bathsheda Babbling en saurait peut-être plus ? suggéra Jim.

— C'est une excellente enseignante avec un gros défaut, un goût prononcé pour les cancans, rétorqua Pierre-François avec une moue éloquente.

— Basile Fronsac a son portrait dans ton bureau. D'abord professeur de runes, puis directeur, il avait une passion pour tout ce qui était écriture ancienne. Tu devrais lui en parler.

— C'est une bonne idée, dit-il surpris une fois de plus des connaissances de Harry sur Poudlard.

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Ils furent réveillés par les cris de Lily apercevant l'amoncellement de cadeaux au pied de l'arbre.

— Attends que Papa soit levé, entendirent-il Aymeric gronder.

Qu'à cela ne tienne. Une course dans le couloir, la porte s'ouvrit sans tambour ni trompette, Lily réglait le dilemme à sa façon en les obligeant à se réveiller.

— Papa ! Pa ! Daddy ! Père-Noël est passé !

Jim poussa un grognement excédé, il avait trop peu dormi. Grimpée sur le lit, excitée comme une puce, elle jouait les cavaliers sur la hanche de son père en babillant sans cesse. Le matelas tanguait, Jim marmonnait, Harry riait avec indulgence.

— Nous arrivons, chérie, la rassura-t-il. Va voir si le petit-déjeuner est prêt, proposa-t-il à la gourmande qui ne se le fit pas dire deux fois et fila en chantonnant.

Pierre-François sourit. Il avait donné des instructions aux elfes de maison, la table devait être dressée avec tout ce qu'aimait ses hommes et ses enfants. Il sortit du lit, suivi de Harry, puis de Jim toujours bougon. C'était le premier Noël que Pierre-François fêtait avec Lily en dehors de l'orphelinat, il comptait bien en profiter.

Des regards impatients se tournèrent vers eux dès qu'ils pénétrèrent dans la pièce de vie, quelques uns n'étaient pas prévus. Aymeric avait été chercher les filles, Maxence et Andrew.

— On commence par Lily ?

Il y avait là douze enfants, adolescents et adultes pressés de voir ce qu'avait apporté le vieux magicien du Grand Nord. Si chacun les déballait tour à tour, ils en avaient pour la journée. Harry s'assit devant le sapin.

— Lily, appela-t-il en lui présentant un paquet. Aymeric. Maxence. Sylvain. Typhaine...

Le tapis fut très vite jonché de bouts de papiers brillants, de rubans multicolores. Devant les jouets sorciers, les consoles de jeux moldues et les jeux Pokemon différents, les exclamations, les plaisanteries fusaient entre les quatre inséparables. Lily examinait sous toutes les coutures son bébé et ses accessoires : petit pot, sucette, biberon, couches, grenouillères, bonnets. Elle lança un coup d'œil interrogatif à son père qui rit.

— C'est un petit garçon, confirma-t-il.

Elle le lâcha alors et tendit la main vers un deuxième joujou. Les grands commentaient en les essayant les pulls, les foulards, les parfums reçus, Justin la montre bracelet espérée et Cloud le nouveau balai dont il avait envie. Andrew et Maxence semblaient émus devant les coffrets de bois précieux contenant tout le nécessaire pour entretenir leur balai. Pierre-François les vit échanger un regard, puis les boîtes sur lesquelles était incrusté leur nom, nouant avec tendresse leurs doigts au passage, il en fut touché. Ils étaient si jeunes.

La colline formée par les présents était redevenue plaine enneigée. N'en restaient que quelques uns. Harry avait soigneusement évité les leurs. Il donna à Pierre-François, avec lui sembla-t-il appréhension, un cadeau petit et dur. L'emballage noir estampillé de lettres d'or d'une orfèvrerie sorcière parisienne lui remémora la conversation surprise sur la plage du Cap d'Agde. Sur le velours ébène de l'écrin, il découvrit, avec exaltation, trois larges anneaux identiques. A l'intérieur de chaque étaient gravés leurs prénoms et la date de ce jour. A son invitation, Jim posa sa main dépouillée de tout bijou dans la sienne, il y passa un anneau, l'ajusta magiquement à son doigt, avant de glisser à l'annulaire de son compagnon elfique le second. Unissant leurs mains, Jim et Harry lui glissèrent le troisième avant de l'embrasser amoureusement. Ils avaient ôté leur bague de fiançailles auxquels ils tenaient certainement.

— Vos bagues ne me gênaient pas, souffla-t-il, remettez-les, mes amours.

C'est à travers les bijoux de la famille Vassier que Pierre-François avait tenu à exprimer son amour. Pour chacun, il avait choisi un ensemble comprenant un bracelet, une chaîne et un pendentif. L'émotion de ses amants le bouleversa. Ils restèrent enlacés un long moment oubliant tout ce qui n'était pas eux. Ils s'offrirent ensuite quelques vêtements sélectionnés avec soin dans leurs boutiques préférées. Enfin le dernier petit sachet ne payait pas de mine, néanmoins il était inestimable. Il s'agissait du troisième porte-clef demandé à Lucius.

— Tu sauras toujours où est Jim et s'il va bien. Il en a déjà un qui me situait, maintenant il affichera aussi si tu es à la maison, à Poudlard ou ailleurs, expliqua Harry en l'offrant à Pierre-François.

Ils prirent le petit déjeuner puis consacrèrent la matinée à jouer avec les enfants.

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Le soir les trouva autour de la Coupe de Feu. Ils avaient assisté aux premiers matchs du tournoi de quidditch, puis au dîner. Pierre-François, superbe de prestance dans une robe de soie bleu nuit rebrodée, présidait la soirée. Ses hommes ne le quittait pas des yeux. Lucius Malfoy, le ministre de la magie, Georgina Spavin, la directrice du département de la coopération magique et Barry Adams dirigeant du département des jeux et sports magiques étaient là. À vingt deux heures, d'un simple geste de la main, Pierre-François activa la coupe. Aussitôt, les runes rutilèrent et des flammes hautes et claires s'élevèrent. Sans approcher, Harry guettait le moindre incident.

— Nous sommes rassemblés afin de connaître la décision de la coupe de feu. Les champions désignés seront liés par un contrat magique et devront participer aux trois épreuves. Celles-ci seront jugées par les directeurs des écoles concernées, par des invités prestigieux, directeurs d'écoles sorcières lointaines et ministres de la magie de pays étrangers.

Le directeur de Poudlard eut un mouvement de la main, la flamme de la coupe devint bleue et un parchemin fut projeté. Pierre-François l'attrapa au vol.

— Sergeï Vecko ! appela-t-il.

Un garçon de taille moyenne fendit les rangs pour se présenter devant lui sous les applaudissements des élèves et des invités. Harry reconnut en lui le combattant qui avait éliminé Justin lors du club de duel. Il avait remarqué ses yeux noirs trahissant une rage de vaincre incommensurable. Ce soir, il y voyait une acuité redoutable.

— Félicitations, déclara Pierre-François qui incita la coupe à élire un second concurrent. Cloud Vassier !

Le brouhaha fut indescriptible et Cloud s'avança sous les ovations. Harry admira son calme et son sérieux. Il salua son père adoptif sans soupçonner les craintes de celui-ci. Les taisant, Pierre-François lui adressa un sourire où se lisait la fierté. Jim vit le regard moqueur et jubilatoire de Dominique de Mérac suivre le champion de Poudlard, Polliatov arbora un air réprobateur et mécontent, Madame Maxime eut un léger rictus.

— Et enfin, proclama Pierre-François en saisissant le dernier parchemin, Antoine Devillars.

Un adonis blond comme les blés, grand et mince, se faufila souplement entre les élèves. Très acclamé, il s'inclina avec nonchalance, promenant sur l'auditoire un regard olympien. Son aura magique était étonnante pour un garçon de son âge. Plus dangereux que celui de Durmstrang, pensa Harry.

— Félicitations à nos champions. La première tâche du Tournoi des Trois Sorciers se déroulera le 25 février. Dans deux mois exactement. Le 11 février, soit deux semaines avant cette date, un indice différent sera remis à chacun de vous, ainsi que des instructions, poursuivit-il en s'adressant aux concurrents. Vous préparerez alors votre épreuve. Seuls, précisa-t-il. Vous ne pourrez dévoiler votre indice, nul ne pourra vous aider. Toutes les personnes ayant participé de près ou de loin à l'élaboration des tâches ont prêté le serment sorcier de ne rien en divulguer. Moi, y compris. Pour terminer ce Noël en toute convivialité, les adultes et les plus âgés peuvent se réunir autour d'un buffet et d'un bar bien garnis. Quant aux plus jeunes, une surprise les attend dans leur salle commune. Bonne fin de soirée à tous.

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