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Chapitre XVII. Les inferi
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Bien que la soirée se soit prolongée plus tard que prévu, ils avaient passé la nuit chez eux à Weymouth. Épuisés, ils s'étaient écroulés enlacés sur leur couche et éveillés en fin de matinée. Après un câlin paresseux sous la couette, ils savouraient, assis autour d'un brunch copieux, une bienvenue intimité. Depuis quelques temps, ils en manquaient cruellement. Ce lendemain de Noël, loin des enfants, de l'agitation de Poudlard et de leurs invités qu'ils rejoindraient pour le dîner, leur plaisait. Pourtant les préoccupations n'étaient jamais très éloignées et elles finirent par pointer le bout du nez et s'imposer. Ce furent d'abord des commentaires joyeux ou gentiment moqueurs sur le festin dans la grande salle, puis tout naturellement ils dérapèrent sur la cérémonie et le choix des champions des trois écoles par une coupe de la sagesse qui les intriguait, voire fascinait.
— Nous connaissons peu leurs capacités, remarqua Harry. Si j'en crois la moue dépitée de Polliatov quand le nom de Sergeï Vecko a été proclamé, il n'était pas son candidat favori. Au club de duel, le garçon a éliminé facilement Justin trop sûr de lui, à son habitude. Je n'ai pu juger de ses compétences en défense contre les forces du mal. Néanmoins, il avait une phénoménale envie de vaincre et de s'affirmer. Le Français, Antoine Devillers, je ne l'ai pas vu affronter son antagoniste, c'est Pascal Lemare qui s'occupait de la lice où il a combattu. Bel Adonis souriant, il devrait drainer un bon nombre de groupies derrière lui, se moqua-t-il.
— Voyez-vous ça, il te plaît, railla Jim.
— Chéri ! fit-il d'un ton grondeur. Inquiétante est son aura magique importante pour son âge, il peut être plus dangereux que Sergeï.
— Sergeï, en métamorphose, est bon sans plus, développa Pierre-François, par contre, d'après Sirius et Bill, il est exceptionnel en vol et en défense contre les forces du mal. Réactivité très rapide et puissance sont ses atouts. Antoine est calme et réfléchi, c'est un analyste. Il est excellent en métamorphose mais sa passion va aux potions.
— Deux candidats radicalement différents. Intéressant, estima Harry. Notre Cloud a ses chances. Il a beaucoup de qualités.
— Autre point positif, ses adversaires jouissent tous les deux d'une réputation de droiture, précisa Pierre-François. La coupe a bien fait les choses.
— Jim ? interrogea Harry qui voyait son fiancé songeur.
— Mérac a été infiniment satisfait de la désignation de Cloud comme concurrent. Il semblait avoir reçu le Saint-Graal, lâcha-t-il avec réticence.
Un silence pénible accueillit sa déclaration. Chacun plongé en ses pensées terminait son repas.
— Merveilleux, grogna enfin Pierre-François avec une grimace.
— Peut-être est-ce simplement dans le but de jeter une nouvelle fois le discrédit sur nous ? Cloud est ton pupille et a été sélectionné, suggéra Jim.
— Tu es très peu convaincant, mon amour, soupira Harry.
— Et toi que nous caches-tu ? souffla Pierre-François les yeux dans les siens.
— Le réparateur de balais à qui j'ai confié celui d'Aymeric s'était montré très perplexe à l'écoute de mon récit. Il l'a été plus encore après l'examen du Nimbus qui n'accuse aucun défaut, aucun dérèglement. Il en a déduit qu'Aymeric, maladroit, était responsable de l'incident et n'avait pas voulu l'avouer.
— Nous y assistions, ce n'est pas le cas. Il ne reste en guise d'explication qu'une intervention extérieure malintentionnée, constata Pierre-François.
— Et Mérac était là, lui aussi, conclut Jim. C'est à lui que nous devons cet "accident" qui aurait pu mal se terminer. Pour la coupe y-a-t-il un problème auquel il pourrait être mêlé ? demanda-t-il après un autre temps d'arrêt.
— Non, murmura Harry. Dans tout ce foutoir, c'est le seul élément bénéfique qui nous soit apporté. Il nous en faut bien un. Néanmoins, une petite conversation avec Severus et Albus s'impose. Ainsi qu'une recherche sur les runes elfiques et les pouvoirs des Sindar. J'ai l'impression, mon loup, que tu en as conservé bien plus de gènes que tu ne le supposais.
Comment en vinrent-ils des manigances du Français, de la lointaine hoirie elfique à une sieste crapuleuse ? Ils avaient quitté la table et Harry, devant la porte-fenêtre, fixait la mer agitée. Jim l'avait suivi, la poitrine appuyée sur son dos, le bras autour de sa taille, le profil contre le sien, il était là, présence muette et chaude, regardant le même horizon. Harry, la main posée sur la sienne, la serrait. Pierre-François n'avait pas tardé à les rejoindre et les avait enlacés. Aux anges, Harry savourait leur étreinte. Puis un baiser en avait entraîné un autre, une première caresse une seconde plus osée. Tout naturellement, ils avaient emprunté le chemin menant de l'amour à l'amour charnel.
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Les couloirs de Poudlard résonnaient de cris, de rires, de bruits de courses désordonnées. Insouciants, les élèves profitaient des vacances d'hiver. Avec excitation, les plus jeunes se remémoraient la séance de cinéma organisée pour eux. Sans parler des boissons offertes, du sachet de friandises distribué à chacun.
Les aînés évoquaient la soirée dansante qui avait eu lieu dans la grande salle. Pas un bal, non. Le bal officiel du tournoi, plus guindé, se déroulerait le 31 décembre. Une soirée dynamique et détendue avec un DJ et une sono d'enfer où les invités et les professeurs s'étaient joints à eux pour danser. Même le directeur, lorsque sa fille avait été mise au lit, les avait accompagnés. Albus Dumbledore, Minerva McGonagall étaient devenus dirigeants de Poudlard à la fin d'une longue carrière d'enseignant au sein de l'établissement. Ils avaient un âge considérable et la conduite qui allait de pair. Pierre-François Vassier avait transplané dans le bureau directorial un beau jour et avait révolutionné leur école. Sorcier puissant et charismatique, il inspirait le respect. Et l'admiration. Pourtant. Si les étudiants aimaient la plupart des changements instaurés, si le cours de métamorphose faisait partie des préférés, ils étaient désorientés par la personnalité étonnante de leur principal ainsi que par son rapport étroit avec le monde moldu. Sa relation passionnée avec le Sauveur et son fiancé en choquait plus d'un. Il suffisait de voir les regards brûlants d'amour qu'ils s'adressaient pour être parachutés dans leur intimité.
Mais, ce matin-là, sans distinction d'âge, un sujet les enthousiasmait tous, le tournoi des trois sorciers. Les adolescents discutaient des champions, des épreuves à venir, des dangers encourus. Les rumeurs les plus folles se répandaient sur la compétition gagnée par Harry Potter, le Sauveur pour certains, l'Héritier pour d'autres. Compétition qui avait annoncé le retour de Voldemort et coûté la vie à Cédric Diggory. Les anciens de la maison Poufsouffle qui l'avaient côtoyé alors qu'ils étaient en première ou seconde l'évoquaient avec estime, parfois avec vénération.
La construction d'une immense serre à la lisière de la forêt interdite avait forcément un lien avec la première tâche. Elle attisait la curiosité de tous. Il était défendu de s'en approcher. Ils rôdaient aux alentours tentant de surprendre les éventuelles allées et venues de professeurs ce qui aurait pu les aiguiller vers les cours mis en exergue. Cependant, il n'y avait aucun va-et-vient et les supputations allaient bon train. Les concurrents enfin connus, des paris discrets avaient débuté.
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Dans le bureau du directeur, déserté par celui-ci, les anciens dissertaient âprement d'un cadre à l'autre. Les personnages des tableaux du grand hall n'avaient pas manqué de raconter le choix des participants et surtout l'attitude de la coupe.
— Il semblerait que notre successeur ait des dons insoupçonnés, Dumbledore. L'artefact est bel et bien réveillé. Il a réussi là où vous aviez échoué, déclara Basile Fronsac d'un ton légèrement méprisant.
— Vous ne m'y aviez aucunement aidé, protesta Albus.
— Cher ami, dans deux cents ans, comme nous, vous ne garderez que des bribes de souvenirs de votre vie passée, répliqua Dilys Derwent. Les plus marquants, même ceux dont vous auriez désiré vous remémorer se terniront.
— Peu importe, intervint Newt Scamander. Vassier est puissant, charismatique, intelligent et non dépourvu de fantaisie qui séduit les adolescents. De poésie même. Directeur éclairé et néanmoins ferme, il voit l'intérêt des élèves.
— Mais où les conduit-il ! se récria Armando Dippet.
— Vers le progrès. Vers l'entente avec les moldus, c'est évident. Il ne se contente pas de prôner le rassemblement des maisons, il le réalise, décréta Albus. En quelques mois, le chemin accompli est incroyable.
— Il n'a pourtant pas été tendre avec vous, ricana Phineas Nigellus Black. Et avec raison. Il va encore vous demander des comptes. Potter aura compris votre rôle dans le précédent tournoi.
— Il doit ce résultat à ses gènes Sindar. Il n'y a nul mérite, lança une voix haut perchée comme sa propriétaire.
— Il est aussi le descendant de Grindelwald et il en a le pouvoir, grogna une autre.
— C'est une grossière erreur de lui reprocher ses origines, quelles qu'elles soient, s'interposa vigoureusement Newt à nouveau. Voyons ses capacités. Sans sa présence à la bataille de Stonehenge, le résultat aurait été désastreux. Le mal aurait envahi le monde.
— Vous n'êtes qu'invité à notre assemblée, Scamander. Ne l'oubliez pas.
— Vous vous égarez, Dippet, riposta-t-il sèchement à son ancien directeur qui l'avait apostrophé aigrement. Je n'ai pas dirigé Poudlard, en effet. J'ai pourtant contribué maintes fois à son avancée, à sa protection ce qui m'a valu cette place amplement méritée.
— Pierre-François fera de belles choses, trancha Severus, nous n'avons pas le droit de le retenir. Poudlard est en de bonnes mains. Vous occultez le soutien que lui apporte l'Élu. Avez-vous perdu de vue ce que l'école et notre université lui doivent ? Ce que notre univers lui doit ?
— Un directeur de votre maison et l'héritier Serpentard, vous êtes aux anges, railla Basile Fronsac.
— Cette considération est obsolète et ils y sont pour beaucoup tous les deux, raisonna Albus. Serpentard, Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle ne seront rivaux que dans la coupe des quatre maisons. Cette année, unis, ils seront tous derrière le champion, fils adoptif du principal de Poudlard.
— Je persiste à penser qu'il faut le surveiller, s'entêta Armando Dippet.
— Comme vous avez surveillé Tom Jédusor, se moqua Severus. On a vu le résultat. Faites à votre aise. Je suis leur mentor, je connais tout de leurs projets. Aucun n'est à craindre et...
La porte qui s'ouvrait sur Pierre-François et ses compagnons le stoppa en son élan. Subitement, les vieux dirigeants sombrèrent dans un sommeil fort opportun. Seuls les yeux pétillants de malice d'Albus Dumbledore et le regard noir de Severus Rogue accueillirent les visiteurs en quête d'explications.
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L'appartement de Jean-Baptiste et Frédéric ressemblait à un QG de campagne. Autour de bièraubeurres, ce n'était pas des plans de bataille qui les avaient réunis mais la stratégie d'une compétition sportive. Jean-Baptiste avait mis ses souvenirs dans sa pensine. Autour de lui, Frédéric, Justin, Cloud et Sirius revivaient les moments passés autour de la coupe de feu. Le Créole n'avait rien d'autre à faire qu'analyser, aussi n'avait-il rien négligé. Tout au moins, l'espérait-il .
Lors de la première des deux soirées, lorsque les runes de l'artefact s'étaient embrasées, on constatait des réactions surprenantes. De Mérac observait avec avidité le mouvement instinctif de protection qui avait mené Harry, suivi de Jim, aux côtés de Pierre-François. Alors qu'Hermione affichait une mine stupéfaite, Draco, inquiet, saisissait sa baguette pour soutenir son meilleur ami. Le raidissement du corps de Sylas, l'intensité sombre de ses iris indiquaient la même intention. Ils échangeaient ensuite un coup d'œil soulagé au vu de l'attitude moins défensive de Harry. Madame Maxime était perplexe et, étonnamment, le directeur de Durmstrang paraissait dépité comme s'il s'attendait à un incident qui n'avait pas lieu. Presque tous avaient assisté à la cérémonie du précédent tournoi et paraissaient trouver celle-ci différente.
— Cloud, tu as discuté avec Harry à cet instant. Qu'est-il arrivé ? interrogea Sirius.
— Lorsque nous avons mis nos noms dans la coupe, sa magie nous a envahis, sondés, évalués nous empêchant de bouger. Harry nous a rassurés disant que l'aura était bénéfique. En effet, nous avions l'impression d'être en un cocon bienveillant.
— C'était intimidant, je n'avais jamais rien ressenti de pareil, compléta Justin. Harry a dit qu'il y a cinq ans, la coupe n'était pas réellement éveillée, qu'il venait seulement de le comprendre et qu'on en reparlerait.
— Un objet doué de sa propre magie, murmura Sirius. Et ayant son propre arbitre. Tels l'épée de Gryffondor, le choixpeau, certaines baguettes, le voile.
— De magie inconnue, insista Jean-Baptiste. C'est ce qui a alerté Harry.
— Je suis curieux de voir ce que ce vieux filou de Dumbledore trouvera à raconter, ricana le maraudeur.
Le lendemain, l'intérêt de Jean-Baptiste s'était focalisé sur les étudiants et les comportements devant le choix des concurrents. Dans l'équipe française, tous étaient satisfaits du choix de la coupe. À l'évidence, Antoine Devillars était apprécié de ses camarades. Quoique. On voyait nettement l'agresseur d'Andew adresser un signe de connivence à un de ses amis de Durmstrang, dont les membres étaient répartis en deux clans, l'un de quelques étudiants unis autour de Sergeï Vecko, un second, réunissant la majorité des adolescents et qui gravitait autour d'un garçon blond et massif, Mikolaj Skalin, qui toisait le champion désigné avec haine et dédain.
— Le clan de Mikolaj est composé des fiers-à-bras de Durmstrang qui est une jungle policée. C'est la loi du plus fort qui y règne et à plusieurs ils se sentent invincibles. J'ai le sentiment qu'ils vont lui mener la vie dure, jugea Cloud.
— J'oublie souvent que tu viens de là-bas, fit remarquer Justin.
— J'aimerais l'oublier également. Ou tu suis leur loi, ou tu crèves seul dans ton coin. Ce n'est pas une école mais un milieu fermé où l'on te dresse à obéir, à être dur.
— Il va en baver, c'est sûr, acquiesça Sirius. Ne t'apitoie pas sur son sort, il est ton adversaire.
— C'est un mec correct, observa-t-il.
— Tant mieux. Méfie-toi, il est excellent en vol. En quidditch où il est attrapeur, il a une vision rapide de l'ensemble du jeu, rien ne lui échappe et surtout pas la position du vif d'or. Il maîtrise à la perfection son Comète 350 qui, moins prisé chez nous que le Nimbus, est très performant. Et un balai est toujours utile à un sorcier. Ce n'est pas mon filleul qui me contredira.
— Encore moins absent, gouailla Justin.
Sirius leva les yeux au ciel avant de poursuivre.
— Le Français est plus lent, il compense ce défaut par une analyse réfléchie et une puissance mise à son service. C'est un vrai tacticien. Il ne devrait pas agir autrement devant une épreuve, il la préparera soigneusement. Je l'ai vu au club de duel, concentré, il est redoutable, continua le directeur de la maison Gryffondor.
— Sur un balai ?
— C'est assurément le moins bon. Cela ne signifie pas qu'il soit nul, loin de là. Ni que vous en aurez besoin. Ces cours de prédilection : potions et arithmancie. Le professeur Septima Vector le juge brillant.
Cloud enregistra les données avant de regarder une fois de plus les souvenirs de Jean-Baptiste. Justin penché vers lui, une main sur son épaule, était, exceptionnellement, tout aussi attentif.
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Derrière une porte close gardée par un tableau représentant des enfançons endormis dans un berceau sur lequel une fée était inclinée, des sorciers dormaient. Ils avaient veillé tard. Une forme arrondie sommeillait d'un côté du grand lit. Un couple enlacé occupait l'autre. La silhouette solitaire remua, combla l'espace qui les séparait. Peut-être cherchait-elle de la chaleur. Une main l'attira contre les corps unis.
— Dors, ma mie, murmura Sylas avec tendresse.
Lui resta les yeux ouverts. Entre les tentures mal tirées, une lumière blafarde essayait vainement d'envahir leur couche. La clarté grisâtre annonçait un temps aussi morose que son état d'esprit. Ils avaient pourtant en perspective une journée tranquille. Tout au moins jusqu'au dîner qu'ils prendraient dans la salle commune. Et il était bien dans l'étreinte de Draco qui s'était resserrée sur lui. Son mari. Son amant. Sa vie.
L'alphabet de Tripoli (1) étant mentionné dans la prophétie, Mia, férue d'arithmancie, s'était lancée dans des calculs savants afin de découvrir la date de naissance de leurs fils. D'après elle, il n'y en avait que deux possibles : les 3 et 6 janvier. Jimmy n'apportait les informations qu'au compte gouttes. L'épiphanie ne semblant pas y figurer, leur femme avait opté pour la première. Dans neuf jours. Ils espéraient l'arrivée de leurs fils avec impatience. Et crainte. D'ores et déjà, ils les aimaient avec force et eux ne feraient que conforter leur entente, il en était certain. Cependant ils craignaient tant pour leur vie. Quel moyen de pression ils seraient pour leurs ennemis.
Draco et lui avaient été à Toulouse via le réseau de cheminette du ministère, puis au quartier général avec les bijoux les cachant dans le coffre dissimulé de façon sorcière. Avec ce fouineur de Mérac dont ils ne pouvaient surveiller tous les déplacements, ils étaient plus en sûreté là-bas. Seuls les accompagnaient dans cette expédition leurs trois amis. Il fallait à tout prix empêcher les fuites. Avant de repartir, Pierre-François et Harry, de leurs puissances conjuguées, avaient augmenté les protections de la maison.
Beaucoup d'éléments inconnus venaient renforcer son inquiétude. Il attendait avec impatience le résultat de l'entrevue que Harry s'était promis d'avoir avec Dumbledore qui apparaissait de moins en moins irréprochable. À la demande de Draco, Mia leur avait conté l'enfance du Survivant. Il avait été stupéfait des maltraitances subies, du mépris enduré auprès de sa famille moldue. Du manque de soutien du directeur dans des périodes critiques. Si Hermione la Gryffondor se confiait à lui au temps où ils n'étaient qu'amis, elle ne parlait que de la tâche que Harry devait accomplir pour sauver le monde sorcier, jamais de sa vie d'adolescent mal dans sa peau. À travers son sens du devoir, pour elle également, il était le Sauveur. Sylas comprenait mieux son attirance pour Jim et Pierre-François. Il n'était que Harry. Ils acceptaient simplement son destin et se tiendraient à ses côtés afin de l'épauler.
Lors de leur scolarité, des rumeurs avaient couru auxquelles, comme la plupart, il n'avait pas ajouté foi. Dans la bouche d'Hermione, elles étaient devenues vérités. Si Dumbledore avait protégé la vie de Harry, il l'avait fréquemment utilisé. Le peu de tendresse reçue, il la devait aux Weasley qui à présent lui tournaient le dos. Draco après avoir posé maintes questions était resté muet de longues heures. Il percevait sa souffrance et ses regrets. Ils ne changeraient pas le passé. Passé qui a forgé l'homme que Harry est aujourd'hui.
— Où es-tu, mon âme ? interrogea Dray par le lien.
— Je pensais à nos enfants et à la situation.
Draco resserra encore son étreinte bien que Sylas eut cru cela impossible. Il repoussa avec amour cette éternelle mèche rebelle qui descendait sur le regard sombre dans un geste dont il ne se lassait pas. Il le bouleversait comme aux premiers jours de leur relation. Tout comme ses baisers le laissaient pantelant d'amour ou de désir. Il plongea dans ses yeux, ensuite, légèrement, il effleura sa bouche de la sienne et caressa doucement sa nuque.
— Nous en sortirons. Tranquillise-toi. Et nous ne sommes pas seuls.
— Je ressens ta propre angoisse, Dray.
— Oui, pourtant je crois en nous. Je crois en eux. Ils seront toujours à nos côtés. Notre groupe aussi. Cela ne te ressemble pas.
Sy poussa un léger soupir.
— ...
— Jimmy dit que nous avons du temps devant nous. Affrontons les événements au fur et à mesure qu'ils se produisent, continua Draco. En attendant, profitons des heures que nous passons ensemble. Je t'aime.
Du temps, oui. Mais combien ?
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De petits pas s'imprimaient dans la neige toute fraîche. C'était étrange de voir ces traces se former alors qu'il n'y avait nulle présence aux environs. Les êtres invisibles s'acheminaient vers la lisière de la forêt interdite, soudain ils bifurquèrent, puis s'arrêtèrent échappant de peu au face à face avec Hagrid qui les aurait balayés comme fétus de paille.
— Ouf !
— Chut !
— Pourquoi t'ai-je écouté ?
— Parce que tu es curieux ? railla une voix claire.
— Moins que toi, s'indigna la première.
Un rire moqueur d'enfant retentit.
— Viens.
— Ay ! Attention !
Un instant, on vit apparaître un coin de robe noire, un bout de botte. Le garçon avait fait un faux pas. Les empreintes ne tardèrent pas à se reformer. Elles dépassèrent les serres, contournèrent les potagers. A la droite le lac, à gauche la forêt interdite. Devant eux, un immense bâtiment de verre semblait refléter la lumière.
— Il y a forcément une entrée. On fait le tour, souffla Aymeric.
— Tu vois, nous sommes venus nous geler pour rien, grogna Sylvain quand ils l'eurent fait. Ils ont pris toutes les précautions afin que nul ne puisse épier les préparatifs.
Son ami eut un soupir agacé.
— Il y a une entrée, répéta-t-il têtu. C'est l'évidence même.
— Peut-être un passage secret y mène-t-il directement ? supposa Sylvain. Et seul Merlin sait d'où il part puisqu'il ne se trouve pas sur la carte des maraudeurs que tu as piquée à ton père.
— Empruntée, rectifia machinalement Aymeric. On y voit la serre. Et si aucun souterrain n'y figure, c'est qu'il n'y en a pas. Chut ! enjoignit-t-il en ceinturant Sylvain.
Sans ménagement, il le repoussa vers la forêt tout en effaçant leurs traces de pas d'un Oblitero discret. Ils s'accroupirent derrière un buisson couronné d'une fine couche de poudreuse. Devant eux, Dominique de Mérac, suivi d'un ancien élève de Durmstrang, examinait comme eux précédemment la construction de verre.
— Ils sont prudents, éructa le Français d'une voix sèche.
Combien différente de celle qu'il utilise pour parler à mon père, pensa Aymeric.
— On n'y voit rien, poursuivit le sorcier en tentant de sonder l'obscurité intérieure.
— Sort d'invisibilité, suggéra l'étudiant qui le suivait.
— Bien sûr que non ! asséna Mérac condescendant. Ils auraient pu et la serre entière serait invisible, ils ne l'ont pas voulu. Elle est là pour intriguer, pour captiver les élèves. Peut-être abrite-t-elle tout autre chose que des plantes. Peut-être même n'est-elle qu'un leurre, continua-t-il après avoir fait un mouvement de baguette qui dégagea une légère brume bleu sombre et lui permit d'avancer tout contre la paroi. Aucune consistance, fit-il alors que ses doigts s'enfonçaient dans le mur de verre en produisant une légère distorsion. C'est un hologramme.
— Maintenir un pareil mirage est fantastique. Ils sont très puissants, constata l'autre.
— Trop. Sur leurs gardes, aussi. Potter, Spencer et Vassier sont très unis. Ce n'est pas une affaire de sexe. Les séparer va se révéler bien plus difficile que prévu. Je le vois au regard méfiant qu'il pose sur moi, le moldu a déjà compris que les hommes me répugnent. Il faudra passer à des arguments plus définitifs. Ici à Poudlard, rien ne sera simple. Le château a une vie bien à lui. Vassier a sur celle-ci un ascendant dont il était jusqu'à présent inconscient. La Coupe de Feu a tout changé.
— Tu as dit qu'il fallait ruiner leur réputation. Les rendre méprisables aux yeux de tous.
— Comment veux-tu ? Vassier a devancé nos efforts et le tournoi sera irréprochable. Cela me paraît compliqué. Des invités prestigieux et surtout sans lien avec Poudlard en seront les garants. Ils ne sortent plus. La cheminée de leur appartement est uniquement reliée au réseau confidentiel du ministre. Tout comme celle des Malfoy-Van Neeren. Une fois leur a suffi.
— Leur défiance se relâchera. Nous avons le temps.
— Ne crois pas ça. Léandre me transmet les ordres au fur et à mesure des événements à l'extérieur et...
Ils s'éloignèrent, Aymeric et Sylvain n'entendaient plus leur discussion. Le premier saisit la main du second et le tira vers l'école.
— Nous voilà dans de beaux draps, chuchota-t-il lorsqu'ils furent loin. Je dois absolument raconter ça à mon père. Et forcément que nous étions là où c'est interdit.
— On va se prendre tout un tas de mauvaises notes, grogna Sylvain. Le vieux Slugohrn va en faire une dragoncelle. Ça ne va pas être joli, joli...
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Gellert Grindelwald se tenait immobile devant le corps raidi. Des cadavres, il en avait vu beaucoup. Nul n'était son fils. La crispation du visage trahissait la douleur, l'horreur vécue sous la torture. Il avait souvent pensé à lui à Nurmengard, il croyait ne jamais revoir le garçonnet qu'il avait laissé. Il l'avait retrouvé cinquante cinq ans plus tard établi loin de tout en ce monde frelaté de Louisiane. Un fils bien décevant et qu'il connaissait peu. Toute sa famille. Quoique. Il se détourna et, le cœur serré, contempla, de l'autre côté de la rue, l'hôtel Saint-Maur. Merlin seul savait ce qu'avait pu dévoiler Nicolas, il avait peu d'illusions sur son courage. Il lui fallait prévenir Harry au plus tôt. Il n'avait que des déplorables nouvelles à apporter.
Il ramassa la baguette de bois de saule de Nicolas et faillit prononcer le Priori Incantatum puis s'interrompit. Il n'était pas prudent de faire de la magie ici. Son aura était trop importante et il avait là la façon de rassurer son arrière-petit-neveu et Harry sur sa volonté d'être à leurs côtés. Sans savoir pourquoi, il le voulait. Il se dirigea vers le bureau qui trônait au milieu de la chambre saccagée. Le salon était dans le même état. Ils avaient cherché les bijoux. Ou quoi que ce soit qui les mette sur leur piste. La naissance des jumeaux Saint-Maur était imminente et le bouleversement prévu à une date incertaine. Les loups sortaient du bois. Il empoigna une valise, y entassa tous les papiers qui lui semblaient dignes d'intérêt. Murmurant une incantation, il promena sa baguette sur les murs à la recherche du coffre que devait posséder Nicolas. Il était dans la salle de bain derrière un des miroirs au dessus du double lavabo. Il l'ouvrit en peu de temps, il était protégé de la même façon que celui de la Nouvelle-Orléans. Son fils manquait d'imagination. Il soupira.
Sans se préoccuper du contenu des écrins, des tubes, des dossiers, il jeta ce qu'il y trouva dans le sac de voyage, le réduisit. Il percevait le danger. Être surpris à côté d'un mort qui avait été torturé en ayant pour nom Grindelwald ou même Vassier, c'était les ennuis assurés. Il perçut des voix derrière la porte de cet appartement qu'il avait occupé quelques jours avec Jean-Baptiste. Reliquat de la Terreur, un passage secret situé derrière la bibliothèque menait au sous-sol. Il fit pivoter le rayonnage de livres, se glissa dans l'ouverture, la referma et progressa à la lueur de sa baguette. Un long escalier en colimaçon le conduisit au sous-sol, ensuite il emprunta un tunnel qui sentait la moisissure. De l'humidité imprégnait le sol, l'eau de la Seine suintait des parois. Dans le parking souterrain où il finit par aboutir après avoir traversé un mur et fait une brève incursion dans des toilettes qui puaient l'urine où il dut lancer un sort d'oubliette au moldu qui le fixait effaré, il se faufila rapidement entre les voitures, choisit de se dissimuler derrière une camionnette et s'esquiva. Personne n'entendit le léger plop de son transplanage vers son refuge.
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Caine ne décolérait pas. Il était entouré d'incapables. Après avoir séduit Noailles à une réception de la jet-set où elle avait été invitée par l'entremise de leur grand manitou, Tamara l'avait accompagné à son duplex situé rue de Jouy, dans le Marais et là, le jeu de séduction terminé, elle l'avait immobilisé d'un Petrificus totalus. Facile, très facile. Trop. Deux de ses hommes les plus compétents attendaient qu'elle les fasse pénétrer dans le logis. Ensuite... Le rapport l'avait édifié. Pétrifié par la peur, Nicolas de Noailles avait opposé peu de résistance aux doloris. Il n'avait plus les bijoux, répétait-il en boucle et ignorait où ils étaient. Lui était prêt à le croire. Ses sbires non et ils avaient poursuivi leur tâche : obtenir de lui qu'il les conduise à la cachette des bijoux et les leur remette. Ce qui ne devait être qu'un interrogatoire oublié par la victime grâce à un sort d'oubliettes, était devenu un crime qui lui mettait à dos le plus grand des mages noirs. Et comble de toute cette histoire, Noaïlles était décédé d'un arrêt cardiaque avant de leur révéler qui détenait ou pourrait détenir à présent les gemmes.
Les bijoux étaient cachés à l'hôtel de la rue de Jouy, lui avait dit sa mère. Si Philibert de Saint-Maur le savait, il méconnaissait la manière de briser les protections. Seuls les Noailles se transmettaient de génération en génération le précieux sésame. Il fallait donc que Nicolas de Noailles ait remis volontairement les bijoux à un tiers. A qui avait-il pu les confier ? Étaient-ils en possession de Grindelwald ou de Sylas de Saint-Maur ? C'était le plus logique. Un troisième larron viendrait-il bouleverser la donne ? Le ministre de la magie, par exemple. Ce Lucius Malfoy qui avait été le bras droit de Voldemort. Ou pourquoi pas, Harry Potter. Aucune de ces suppositions ne lui convenait. Encore moins la dernière. Il voulait éviter le face à face avec le Sauveur. Malgré son expérience et sa propre puissance, il ne croyait pas sortir vainqueur d'un tel affrontement. Quelle situation de merde.
Il avait pensé que les enfants Balbi rentreraient au manoir pour Noël. Il les aurait fait parler de la vie là-bas. Des habitudes du grand Potter. De son fiancé. Du directeur. De l'école. Du comte de Saint-Maur et de sa petite famille. De leur future progéniture. De tous ces planqués à l'abri derrière les murs ancestraux qu'il n'avait pas connus. Maudits soient ses parents pour l'en avoir privé. Mais les adolescents étaient restés. Un tournoi entre trois écoles était organisé et les élèves y assistaient, lui avait expliqué Georges trop en rage pour avoir menti. Les renseignements que lui communiquait au compte gouttes son contact sorcier anglais inconnu et qui certainement n'était même pas à Poudlard s'avéraient insuffisants.
— Oui ! aboya-t-il alors qu'on frappait.
— Caine. Ernest...
Son second n'eut pas besoin d'en dire plus. Entre la vie et la mort depuis l'attaque de Pré-au-lard, Liebling le psychopathe s'en était allé aux enfers. Il ne le pleurerait pas, loin de là. Une clameur inhumaine le fit frémir. Les inferi avaient senti la mort. Il ne supportait pas ces trépassés perpétuellement gémissants, aux yeux blancs, à la peau en lambeaux, aux instincts cannibales. Ils soulevaient en lui une répulsion contre laquelle il luttait en vain. Ils l'inquiétaient aussi. Ses mercenaires les avaient en horreur. Employer ces spectres en tant que combattants était abject, répétaient-ils. Le bokor était reparti en Louisiane régler une affaire. Il n'avait aucune confiance en cet homme. Que cherchait-il ? Il aurait pu mettre ces créatures en sommeil, il les avait laissées en état d'éveil soi-disant pour protéger leur camp.
Il soupira. Tout tournait mal. Grindelwald ne laisserait pas le meurtre de son fils impuni. Les bijoux s'étaient fait la malle. Le Survivant et sa clique étaient cloîtrés à Poudlard tout occupés qu'ils étaient par cette compétition de malheur. Eux ne tarderaient pas à recevoir les premiers apprentis mercenaires et l'instruction commencerait. Au moins, nul ne soupçonnait l'existence de ce camp d'entraînement dans un coin perdu du Cumberland. Il ne voyait que ce seul point positif.
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Dumbledore ne leur avait rien appris qu'ils n'aient déjà deviné. Poussé par le ministère de la magie à remettre au goût du jour le tournoi des trois sorciers afin de d'offrir l'apparence d'une époque paisible et agréable, il avait accepté. Pour d'autres raisons. Une principalement. Unir les quatre maisons autour d'un champion unique dans le but d'affronter ensemble, le seigneur des ténèbres dont il redoutait le retour. C'était compter sans les manigances de ce dernier. Et sans la présence de Harry Potter.
Comment ceux-ci avaient-ils été élus ? Lorsque le directeur avait réalisé que, malgré l'aide de Severus et Minerva, il n'arriverait pas à utiliser les pouvoirs de la coupe, il avait décidé de pallier lui-même à ce désastre. Après tout, nul n'avait jamais assisté au choix des champions par la coupe. Un peu de poudre aux yeux lors des cérémonies et beaucoup de jugeote, c'est ainsi qu'il avait présenté les choses à son successeur et ses compagnons. La connaissance des épreuves imaginées et validées par les directeurs des deux écoles invitées et par les différents services du ministère avaient guidé son choix. Il avait pensé à la passion que devait soulever la rivalité. À travers le quidditch, Krum était populaire. Il était volontaire et intrépide. Excellente en plusieurs matières, Fleur avait de bons atouts et, demi vélane, devrait provoquer l'intérêt général. Dumbledore estimait que Cédric réunissait toutes les qualités nécessaires, il était intelligent, courageux, droit. Enfin, élève de Poufsouffle, il ne déchaînerait pas les controverses qu'aurait suscitées un Gryffondor ou un Serpentard et n'irait pas à l'encontre de son but. Ils étaient tous trois charismatiques, cela ne gâchait rien. Alastor était au courant bien sûr et s'était contenté d'approuver ses choix. La désignation de Harry était pour eux une énigme. Ils s'étaient posé des questions, s'en étaient méfié, bien sûr, cependant Alastor était là et veillait nuit et jour sur le survivant. Harry n'avait pu retenir une onomatopée de dépit qui avait fait sourire le sombre professeur de potions.
Pierre-François avait reproché à Albus son silence devant ses interrogations. Qu'il réussisse ou échoue à réveiller l'artefact, il aurait découvert le pot aux roses. Le vieillard, une fois encore, n'avait pas apporté de réponse. Après tout, il n'était qu'un personnage dans un tableau. C'est bien connu, ils ne gardent qu'une partie de leurs facultés. Son regard empli de malice démentait cette excuse fallacieuse. Un rire féminin railleur avait salué son faux-fuyant. Pierre-François aurait juré que c'était celui de Dilys Derwent. À l'évidence, ils n'en sauraient pas plus. Il s'apprêtait à protester lorsque Harry lui toucha la main et montra la sortie de façon discrète. Son air soucieux l'alerta, il toisa sévèrement Dumbledore visiblement heureux de s'en tirer à si bon compte. Quant à Severus, il se promit d'en reparler avec lui en privé. Leur attitude envers Harry lui paraissait bien légère.
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— Chéri ? demanda-t-il dès que la porte se fut refermée sur eux.
— Gellert veut nous voir d'urgence. Je l'ai envoyé au castel de Toulouse. Il nous faut l'y rejoindre au plus vite si nous voulons être rentrés à l'heure du dîner. J'ai déjà prévenu Sylas et Draco. Ils nous attendent chez eux.
Tous les cinq découvrirent Gellert installé dans le grand salon, les yeux perdus dans le vide. Il avait les traits tirés. Devant lui, la tasse de café servie par Françoise avait refroidi sans que le mage noir s'en préoccupe.
— Gellert ? appela Harry.
— Je n'ai aucune bonne nouvelle pour toi, soupira-t-il en reprenant pied dans la réalité. Nicolas a été assassiné dans son appartement après avoir été torturé. Merlin seul sait ce qu'il a divulgué. Nous avions rendez-vous pour déjeuner ensemble, il n'est pas venu. Je me suis inquiété. Il était étendu au milieu du living. Aucune blessure mais des relents de magie importants. Il a certainement subi de nombreux doloris. J'ai retracé sa soirée du jour précédant, il était à une réception très officielle avec son demi-frère, il en est parti avec une jeune femme brune qu'il avait séduite. À moins que ce ne soit le contraire. Cette dernière version étant plus que probable.
— Je suis désolé, murmura Harry mal à l'aise.
Le visage du mage n'exprimait rien. Soudain, il plongea dans le regard de Pierre-François et le fixa un moment avant de se détourner. Il avait délivré son message. D'un geste quelque peu provocant – il aimait le titiller et constater la jalousie de ses amants – il tendit la baguette de son fils au Sauveur du monde sorcier avant de poursuivre.
— J'ai retrouvé la cousine Constance. Elle connaît à peine Mérac. Il lui a été adressé par un lointain parent parce que son ami cherchait une résidence d'été sur la Côte d'Azur côté sorcier pour sa petite famille. Si quelqu'un pouvait l'aider de ses conseils, c'était elle, lui déclarait ce Léandre Fleurville dans une missive reçue par hibou. Elle a accueilli Mérac chez elle afin d'aller visiter de concert une villa à Saint-Pierre dont elle connaissait les propriétaires. Elle avait une photo de ton mariage dans son salon, il l'a admirée, a dit t'avoir côtoyé souvent, fit-il en se tournant vers Pierre-François, puis t'avoir perdu de vue. Il était avide d'avoir de tes nouvelles. Elle lui a dit ce qu'elle savait et l'a envoyé vers Donat Fleurville.
— Heureusement, peu de choses, grogna Pierre-François. Je ne l'avais plus vue depuis des années.
— Le frère de Fleurville, l'amant de ton épouse, était en effet tout indiqué pour le renseigner, continua Gellert faisant fi de l'interruption. Manifestement, il ne sait où te trouver en France.
Ainsi la vieille était au courant. Son infortune était le secret de polichinelle. Seul Pierre-François en était ignorant. Il serra les dents.
— L'homme qui était à L'Aigle Noir ? questionna Draco.
— Léandre Fleurville est son aîné, rectifia Pierre-François. Donat que tu as vu a environ le même âge que moi et trois ans de moins.
— Il a donc l'âge de Mérac, fit Jim. Je serais curieux d'en savoir plus sur lui.
— Tu as raison. On va fouiller de ce côté. Gellert ? demanda Harry en désignant du doigt la baguette de saule.
— Vas-y, acquiesça celui-ci brièvement.
— Priori Incantatem ! commanda Harry.
Une dizaine de sorts défilèrent avant que le bois se brise.
— Tu en lis plusieurs, s'étonna Grindelwald.
Pierre-François sourit. Son compagnon avait une puissance hors du commun qui lui permettait bien des choses inconnues des autres sorciers. Pas de Grindelwald toutefois. Le principal était néanmoins que celui-ci réalise à qui il avait affaire.
— Le seul important est le dernier. On y voit la femme qui a séduit Nicolas, dit Draco.
— Il lui a jeté un sortilège de charme. Pauvre naïf, grommela le père.
— Elle a pareillement piégé mon parrain, dit Harry. Complice de Caine Cavertley, elle était au manoir des Balbi lors de notre incursion dans leur domaine.
— Et a agi sur ses ordres.
La déclaration était faite d'une voix calme mais les yeux du mage brillaient d'une colère incommensurable.
— Il n'est lui aussi qu'un exécutant, précisa Sylas. Il faut remonter la chaîne et éliminer les maillons un à un. Il est temps de rentrer si nous voulons que notre absence passe inaperçue.
— Pouvons-nous... ?
— Pas de pitié, Harry ! Surtout pas, asséna Grindelwald qui reçut néanmoins un chaud regard du Survivant qui lui mit un peu de baume au cœur. Fais attention à toi, lança-t-il avant de se détourner et de descendre vers les berges de la Garonne et de transplaner.
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Après le dîner dans la grande salle, ils refermèrent la porte de l'appartement avec soulagement, pensant être enfin tranquilles. Deux adolescents les avaient devancés et patientaient installés sur le tapis devant la cheminée.
— Ay ? Sylvain ?
— Oui, grimaça le premier. Nous avons à vous parler.
Par Merlin, que se passait-il encore ? Quelle journée.
Sans s'attarder après leurs confidences, les enfants regagnèrent le dortoir Serpentard trop heureux d'avoir échappé à la punition qu'ils redoutaient.
— Des éléments significatifs, résuma Harry après leur départ. Sans aucun doute, Mérac reçoit ses ordres de Léandre Fleurville. Ceci coïncide avec les renseignements apportés par Gellert. Le Français ne tardera pas à jouer sur un terrain différent de la séduction.
— Il cherche où sera organisée la première épreuve. Il fait une magie noire assez puissante que pour déjouer certains de nos sorts, constata Pierre-François.
— Il n'est pas prêt de trouver, ironisa Harry en lui adressant un clin d'œil. Tu as anticipé le problème. La saboter ne lui rapporterait pourtant rien.
— Un accident est si vite arrivé, railla le directeur.
— « Je croyais qu'il fallait ruiner leur réputation. Les rendre méprisables aux yeux de tous. », cita Jim. Nous sommes donc devant les mêmes ennemis. Ils étendent leurs ramifications partout. Ils sont tous azimuts : à la Nouvelle-Orléans, à la Côte d'Azur, à Paris, à Lisbonne, à Londres square Grimmaurd et enfin ici.
— Au ministère aussi. Lucius en est bien conscient, intervint Pierre-François.
— Sans oublier un camp de mercenaires établi au fin fond du Cumberland dirigé par un marines américain et d'autres initiatives encore méconnues. Il est logique de songer que les États-Unis ne sont pas étrangers à l'affaire, conclut Harry.
— Les bijoux ? questionna Jim.
— Pour moi, Caine en a conservé le secret. Il s'est probablement investi en cette histoire dans le but de les emporter au passage. L'occasion rêvée de s'offrir une vie de nabab au soleil, supposa Pierre-François.
— Peut-être lui avait-on proposé cette opération, peut-être lui en a-t-on donné l'ordre, en tout cas les confidences de sa mère sont tombées à pic pour la lui faire accepter, approuva Harry. Il se rapprochait ainsi de sa cible.
— Mérac a évoqué le pouvoir que tu as sur l'école, repris Jim. Il a compris beaucoup de choses. Par contre, nous ignorons tout des indiscrétions de Noailles. A-t-il révélé que Sylas détient les joyaux ?
— Nous le connaissions trop peu pour estimer sa résistance à la douleur. Ou même éprouver de la peine de son décès. Il était têtu jusqu'à l'absurdité. C'est notre seule chance.
Harry se leva et disparu dans la cuisine. Il revint quelques minutes plus tard avec un café pour Jim, un thé pour Pierre-François et une assiette de biscuits au gingembre.
— Chéri ? s'inquiéta Pierre-François en voyant son air soucieux.
Harry esquissa un sourire et, se baissant vers lui, il baisa les lèvres de son sorcier.
— Ça va, dit-il en posant une main sur l'épaule de Jim qui les observait. Première erreur. Nous aurions dû le protéger. Il n'était pas un personnage bien agréable ou courageux ou même honnête, néanmoins il avait sa noblesse, la fidélité à sa mission de gardien. Il ne méritait pas de mourir, encore moins de cette façon abjecte. Seconde erreur. J'estimais que Gellert n'avait pas de sentiments. Plusieurs fois, je l'ai jugé insensible au vu de ta peine, de ta colère devant la perte du petit ou de ton frère et j'avais tort. Nicolas était sa seule famille et il a mal. Pendant des décennies, il a pu ordonner la mort, la torture sans songer à la souffrance qu'il provoquait. Un univers de contradictions.
— Tu ne seras jamais comme lui, mon amour, murmura Jim.
Harry lança un regard indicible à son fiancé qui le devinait trop bien.
— Quelle journée, soupira-t-il. Demain, il va falloir mettre Draco et Sylas au courant des derniers éléments.
— Hermione ?
— Plus tard. Après la venue des jumeaux. Madame Pomfresh est là pour s'occuper de la naissance ici à l'infirmerie. Éventuellement, nous ferons appel à médicomage de Sainte-Mangouste mais y aller créerait des occasions pour nos ennemis. Ici à Poudlard, malgré Mérac et son complice, ils seront plus en sûreté.
Espérons-le, pensa-t-il.
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Ses amis avaient écouté ses révélations en silence. Même Draco qui était toujours le premier à l'interrompre. Ensuite ils avaient parlé banalités pour oublier. Sans succès.
Des jours passèrent en cette nouvelle routine qui englobait les vacances d'hiver, les visiteurs étrangers, les activités créées pour les élèves. Le choix de la coupe était entériné pourtant elle n'avait pas retrouvé ce précieux coffre de bois de santal incrusté de gemmes qui l'abritait d'habitude. Ils l'avaient longuement examiné. Il ne portait aucune inscription en quelque langue que ce soit. Seuls les délicates gravures d'entrelacs de feuilles, de fleurs pouvaient évoquer les elfes sylvains. L'essence odoriférante du bois était aussi forte des siècles plus tard qu'au moment de la création de l'objet ce qui les avait laissés perplexes. Nulle trace d'une quelconque puissance. Était-ce la coupe qui lui conférait cette propriété ? Pierre-François ne se résignait pas à voir celle-ci regagner sa retraite, il avait l'impression que sa présence était primordiale. Il soupçonnait Harry d'avoir un ressenti identique. Si Jim était intrigué, il ne réalisait pas l'importance des artefacts. Draco et Sylas n'avaient fait aucun commentaire.
Solitaire devant la coupe de la sagesse, Pierre-François photographiait avec l'appareil de Jim les runes gravées sur son pourtour. D'un geste inconscient, il posa la main sur sa base et sentit cette magie bienveillante décrite par Cloud et Justin. Vibrante. Riche. Belle. Elle débordait de vie. Il inspira profondément afin de s'en imprégner. Un mouvement sur sa gauche attira son attention. Mérac. Il lui adressa un sourire séducteur, mais Pierre-François n'avait pas envie de jouer les hôtes parfaits alors que leur vie était l'enjeu de sa fausse galanterie. Il plongea son regard dans le sien. Et son regard se voulait une mise en garde. N'y touche pas. N'y pense même pas. Quiconque l'aurait vu à cet instant l'aurait jugé effrayant et dangereux. Le sourire de Dominique de Mérac devint obséquieux. Refusant une guerre ouverte, il sembla courber l'échine. Lui donnant la victoire de ce défi symbolique, sans un mot, il fit demi tour et s'éloigna. Pierre-François revint à son observation.
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Le directeur de Poudlard s'inclina devant Madame Maxime, il était l'heure d'ouvrir le grand bal de la Saint-Sylvestre. Danser avec une femme n'était pas particulièrement sa tasse de thé encore moins avec une semi-géante qui faisait trois têtes de plus que lui. Jim avait raison, il était quelque peu orgueilleux et tenait à son image. Néanmoins, depuis des semaines, la Française se montrait d'agréable compagnie et son dévouement à la cause de la lumière était rassurant. Il y avait trop peu de personnes fiables autour d'eux pour en négliger une en vertu de considérations qu'il admettait stupides. Leur conversation était limitée. Il avait épuisé les sempiternels lieux communs et se trouvait à cours d'idées. Bien que le sujet lui tienne à cœur, ils n'avaient pas eu l'occasion de discuter en tête à tête de leurs écoles respectives. En public – et quel public – il était difficile de débattre de sujets sérieux de façon approfondie. Il projetait cependant de le faire dès qu'il en aurait la possibilité, bien que Harry se soit déjà chargé d'aiguiller à plusieurs reprises les échanges de vue sur l'actualité sorcière et l'entente avec les moldus. Il chercha des yeux celui-ci. Il valsait avec Madame Mc Gonagall, tandis que Jim guidait Narcissa. Il avait hâte de les retrouver. Il revint à sa cavalière qui lui parlait.
— Décrivez-moi la bataille de Stonehenge telle que vous l'avez vécue, demandait-elle.
Bien qu'il eût horreur de se dévoiler, il entreprit de s'exécuter. Tout au moins en partie.
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Offrant à la soirée un air de merveilleux, les bougies translucides des lustres mettaient en exergue la voûte céleste abondamment étoilée créée par le directeur. Une longue table servait de bar et, sur une nappe moirée, les fontaines de cristal offraient à volonté des limonades, des jus de citrouille ou de fruits. Des plateaux de canapés, de mignardises étaient sans cesse renouvelés. Après les douze coups de minuit et les embrassades, les plus jeunes rejoindraient le dortoir et le champagne, les bièreaubeurre feraient leur apparition. Les immenses tables traditionnelles avaient cédé la place à une multitude de circulaires plus petites. Des feuillages, des roses ivoirines en garnissaient le centre. Pour dégager une vaste aire de danse, elles avaient été alignées le long des murs ou occupaient les coins. Assis à l'une d'elle, Cloud et Justin papotaient avec les autres champions du tournoi. Antoine, était accompagné d'Elsa, sa petite-amie et de l'amie de celle-ci. Sergeï de son meilleur ami, Alnis. L'ambiance était détendue. Ils évoquaient tour à tour école, famille, amis. Demain, ou après demain, ils penseraient à leur rivalité.
— Que sais-tu de la compétition ? interrogea pourtant le Français.
— Harry nous a décrit les tâches du précédent tournoi.
Cloud les narra tour à tour, gardant pour lui les recommandations qui lui avaient été faites.
— La concentration est très importante. Il ne faut jamais relâcher son attention, conclut-il. Je ne sais rien sur les épreuves de cette année. Toutes les personnes, professeurs ou autres, qui ont contribué à leur élaboration, ont prêté un serment sorcier de non divulgation. Mon père y compris. Des directeurs d'autres écoles, des ministres étrangers y assisteront et les jugeront au même titre que les directeurs des trois écoles intéressées afin qu'il n'y ait aucune contestation. Tout a été fait dans la plus grande régularité. Tu n'as pas l'air d'accord ? fit-il remarquer à Alnis. Tu as mis ton nom dans la coupe ?
— Non. Notre directeur a dit qu'une fois de plus le tirage au sort des concurrents était truqué.
Cloud soupira.
— Parce que Mikolaj n'a pas été élu ? Ce n'est pas un tirage au sort fait au hazard. La coupe a choisi selon les capacités et la personnalité. Il ne suffit pas d'être puissant ou doué en potions ou en vol, il faut des qualités de cœur, de loyauté, de courage, intervint Justin avec verve.
— Mikolaj a un côté sombre, brutal, cruel, qui ne pouvait que rebuter la coupe, énonça Cloud plus calmement. Sergeï, Antoine, vous avez senti la magie de l'artefact vous sonder, croyez-vous qu'il puisse obéir à qui que ce soit ?
— Non, jugea Antoine après avoir réfléchi un instant. J'ai déjà ressenti cette impression d'être jaugé dans un autre lieu. Une école en Amérique du Sud où nous avons été quinze jours dans le cadre d'un échange étudiant. Un professeur nous guidait, il nous a dit qu'une magie très ancienne habitait les lieux bien avant que les sorciers s'y installent. Parfois, sans appel, elle refuse l'accès de l'école à des candidats élèves sans que l'on sache pourquoi. Certainement voit-elle en eux une noirceur invisible à nos yeux.
— Castelobruxo au Brésil, murmura Jean-Baptiste qui s'était joint discrètement avec Frédéric à leur tablée.
— Oui, confirma le Français. Vous êtes américain, je crois.
— De la Nouvelle-Orléans, acquiesça le Créole. J'ai fait mes études à Salem.
— Les profs peuvent s'asseoir avec des élèves ? questionna Elsa.
Jean-Baptiste éclata de rire.
— Peut-être n'est-ce pas conseillé, avoua-t-il avec un sourire railleur mais j'ai fui aussi vite que possible les mondanités. En faisant danser les enseignantes féminines, j'ai accompli mon devoir. J'ai l'intention de m'amuser autrement qu'en parlant prédictions avec Trelawney ou potions avec Slugorn.
— Vous avez participé à la préparation des tâches ? demanda encore Antoine.
— Une, oui. C'est tout ce que vous saurez. Je tiens à la vie, ajouta-t-il en lui lançant un clin d'œil. On va danser ?
Il tira Frédéric vers les étudiants qui se trémoussaient sur un succès des Bizarr' Sisters.
— Il est très jeune, constata Antoine, et il a une grande puissance.
— Mon père ne fait jamais rien au hasard. Jean-Baptiste n'a que dix-huit ans, pourtant, crois-moi, la place d'instructeur au club de duel lui convient bien, répondit Cloud. Il est excellent en défense contre les forces du mal. Il est incisif, rapide et infiniment précis. Sa technique est irréprochable et ses connaissances très étendues. Il est un jouteur redoutable.
— Il est gay et son compagnon est un moldu, lâcha Alnis avec une once de mépris.
— Ma petite amie aussi. Comme Jim, le fiancé de Harry, fit-il en cherchant ceux-ci des yeux.
Debout près de son père adoptif, ils survolaient la salle d'un regard attentif. Habillés de robes sorcières de soirée, ils étaient superbes tous les trois. Cloud leur adressa un sourire, inconscient de la tendresse qu'il y apportait.
— Ils n'en sont que plus estimables car Frédéric et Jim s'adaptent en monde sorcier et mieux, ils combattent pour lui. Jim était aux négociations de Liège, à la bataille de Stonehenge aux côtés de Harry. La suprématie du sang pur est obsolète. Je sais qu'à Durmstrang on apprend une doctrine depuis longtemps dépassée. Et dangereuse. Ici moldus ou sorciers, hétéros ou gays sont sur un pied d'égalité, seuls importent le mérite et les qualités de cœur. Est-il raisonnable de prendre pour argent comptant sans remettre en cause ce que l'on vous serine ? S'appuyer sur des considérations de naissance ou d'orientation sexuelle est ridicule. Mesurer par soi-même les actes est la meilleure des attitudes.
— Tu les aimes beaucoup, fit Antoine.
— Ils sont ma famille. Exceptionnelle, conclut-il.
Échevelés, le visage rouge d'avoir dansé, Maxence et Andrew se laissèrent tomber sur les chaises libérées. Moqueur, Justin leur servit de grands verres de jus de citrouille glacé qu'ils avalèrent avec gourmandise.
— C'est chouette, soupira Andrew. Je n'ai pas envie que ça finisse.
— Il faut être en forme pour le tournoi de quidditch demain, fit remarquer Cloud gentiment.
— On le sera. On y retourne ?
Suivi des yeux par les occupants de la table, Maxence remorqua Andrew vers la piste de danse en le tenant par la main. Ils y retrouvèrent Aymeric, Sylvain, Typhaine et Alicia qui se démenaient.
— Le petit blond, c'est Aymeric de Montsalve, non ? s'exclama Elsa en saisissant le bras de Cloud.
— En effet. Il est le pupille de Harry et accessoirement, mon cousin. Petit-frère serait peut-être plus logique, avoua-t-il, puisque nous vivons ensemble et que j'en suis arrivé à le voir de cette manière.
— Mes parents étaient amis des siens décédés dans des circonstances assez mystérieuses. Je me demandais ce qu'il était devenu après leur mort. Un nommé Mac Dowell a obtenu sa garde et l'a emmené du jour au lendemain. Il y a eu énormément de rumeurs à ce sujet. Notamment qu'il avait assassiné les Montsalve pour mettre la main basse sur leur fortune qui était considérable.
— Mon géniteur n'était pas quelqu'un de bien, fit Cloud d'un ton sec. J'ignore tout de cette histoire. À l'époque, j'étais à Durmstrang.
— Jonathan Mac Dowell ! s'écria Alnis. J'étais sûr de t'avoir déjà vu.
— C'était mon nom, admit-il, et je n'en suis pas fier.
— Tu étais toujours dans ton coin, tu ne fréquentais personne, pourtant nul ne t'ennuyait. Je n'ai jamais compris pourquoi.
— Parce qu'à son arrivée à Durmstrang en troisième année, il a corrigé de belle façon Vladimir Kassof, le meneur de septième que tout le monde craignait. Impressionnés, nous avons respecté son désir de solitude et nous sommes donc tenus loin. Toi, tu es venu peu avant son départ.
— Tu m'avais reconnu, constata Cloud.
— Oui, mais une fois encore j'ai respecté ta volonté de te tenir à l'écart. Tu n'as plus le même nom, plus la même apparence. Tu as maintenant les cheveux longs loin de la coupe exigée à Durmstrang, tu es souriant, tiré à quatre épingles, toujours très entouré alors que tu étais sombre et inabordable. Néanmoins tu as la même imposante aura magique, le même regard tranchant. Comment es-tu devenu Cloud Vassier ?
— Entre un père très violent, fervent partisan de la loge sorcière où il désirait m'embrigader pour obéir à un fou psychopathe et l'école de Durmstrang où je ne me sentais pas à ma place, ma vie était un enfer. Mon père m'a contraint à participer à une opération destinée à enlever Harry Potter. Rien que ça, ricana-t-il. Opération qui a échoué, bien entendu. Mon paternel m'a laissé sur le carreau alors que je me vidais de mon sang. Harry et Jim ne me connaissaient pas. Pire, j'étais le fils d'un de leurs ennemis. Ils m'ont ramassé, se sont occupé de moi. Je me suis caché chez eux le temps de me soigner, ensuite ici à Poudlard sous le nom de Cloud Evans. Evans est le nom de jeune-fille de Lily Potter, la mère de Harry. Quand il a dû affronter mon paternel dans une embuscade, il l'a tué en état de légitime défense. Pierre-François étant mon cousin, il est devenu mon tuteur et m'a donné son nom. J'ai voulu fuir tout souvenir de ma vie antérieure et ai gardé le prénom que j'avais adopté précédemment. C'est la meilleure chose qui me soit arrivée.
— Tu es gay ?
— Non. Il m'est arrivé de sortir avec des garçons, mais je préfère les filles. Sarah est française et ma petite-amie depuis presque un an.
— Toi ? demanda Alnis à Justin.
— Je sors avec des filles, répondit-il simplement.
Cloud éclata de rire.
— C'est un obsédé, railla-t-il. Une nouvelle chaque semaine.
La conversation s'aiguilla sur les flirts adolescents. Sous le regard insondable de la copine d'Elsa qui n'avait pas prononcé un mot de toute la soirée.
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Harry, la main liée à celle de Jim, observait autour de lui avec attention. Particulièrement les étudiants de Durmstrang. Lucius se chargeait de Polliatov, Draco et Sylas du bellâtre français qui semblait avoir très envie d'être ailleurs, Sirius discutait quidditch avec Evgeni Levski et Madame Chourave monopolisait l'attention d'Amund Nynorsk en comparant les propriétés des végétaux dans les potions. L'année nouvelle approchait et il avait hâte de retrouver Pierre-François.
— Vous êtes bien moroses, tous les deux ? s'enquit ce dernier quelques minutes plus tard en les rejoignant.
— Nous attendions que tu aies terminé de draguer Madame Maxime, le taquina Jim.
— Elle voulait un compte rendu détaillé de la bataille de Stonehenge. Je pense que l'éventuel retour de Grindelwald lui pose de sérieux problèmes. Sa famille a eu beaucoup à en souffrir.
— Comme maintes autres, fit Harry.
— Où est Lamarre ? questionna Pierre-François après un survol rapide de la salle.
— Avec Bill et Fleur. La Fraterie veille au grain, même ce soir.
Pierre-François acquiesça du chef. Le premier coup de minuit retentit. Il enlaça Jim et Harry dans une seule étreinte.
— Bonne année, mes amours, murmura-t-il en les embrassant tendrement.
Pas de grands transports devant les étudiants, les invités. Très vite ils furent noyés sous les souhaits, les accolades de leur famille, de leurs amis.
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Il faisait polaire. Pourtant les gradins bordant le terrain de quidditch étaient bondés. Un soleil pâle et froid avait toutefois décidé de leur apporter une vision excellente. Les demi finales du tournoi de fin d'année avaient lieu cet après-midi. Le directeur, sa fille sur les genoux y assistait avec ses compagnons à ses côtés. Les quatre équipes étaient bien différentes : une équipe de joueurs de Durmstrang, une autre de Beaux-Bâtons formées d'élèves majeurs et chevronnés, deux de Poudlard contenant plusieurs jeunes adolescents dans leurs rangs. Harry était sur le qui vive. Cloud, Justin, Maxence, Andrew, Aymeric, Sylvain, Typhaine et Alicia en remplaçante formaient une des équipes demi-finalistes. Avec autant de novices, ils avaient peu de chances de franchir ce cap. Était-ce l'important ? Harry aimait les voir unis vers un unique but, comme ils l'étaient autour d'une même table chez eux.
— Pa ?
— Oui, ma chérie ?
Jim se pencha dans le but de voir ce que désirait leur princesse. Il s'attachait de plus en plus à l'enfant que Harry considérait leur.
— Pourquoi Dominique vient tout le temps à la garderie ? Je le déteste, fit-elle avec une moue mécontente en désignant le Français qui plaisantait avec Freya Trelawney.
Un fluide glacial s'insinua dans ses veines. Il attira l'attention de Pierre-François en serrant légèrement son bras.
— Pourquoi ? Il est méchant avec vous ?
— Non. Il discute avec Lavande, joue avec nous. Il dit qu'il a des garçonnets, qu'il est triste sans eux. Et aussi que lorsque les jumeaux seront nés, Lavande ne s'occupera plus autant de nous et qu'il l'aidera.
— Dominique ne sait rien de ce que nous avons prévu. Hermione sera en congé et soignera les bébés elle-même. Après les vacances d'hiver, vous aurez un professeur qui, en jouant, enseignera le dessin, la musique, les bases du calcul, de l'écriture. Il s'appelle Connor et il est très gentil. Tu verras ce sera amusant, la rassura son père.
— On aura une baguette ?
— Pas encore, ma puce, il faudra patienter quelques années.
La fillette fit une grimace qui résumait ce qu'elle pensait de cette interminable attente.
— Pourquoi ne l'aimes-tu pas ? demanda Harry sans parvenir à cacher son antipathie qui devait se percevoir à des kilomètres.
— Parce que lui n'aime pas mon grand frère.
— Cloud ?
— Non. Ay.
Harry adressa un regard étonné à ses amours. Mérac s'était-il aperçu qu'Aymeric l'avait surpris dans son espionnage ?
— Étrange, grommela-t-il à leur intention.
— Il lui a parlé méchamment de ses parents. Ay a répondu que tu es son père, moi sa sœur, qu'il a une famille et Dominique a ri. Après son départ, Ay m'a embrassée fort en pleurant.
Harry sursauta. Inconsciemment ses doigt se refermèrent sur la cuisse de Pierre-François qui serra ses phalanges amoureusement. Il n'ignorait rien des souvenirs qui défilaient devant les yeux de son homme.
— Il faut qu'on interroge Aymeric, suggéra Jim qui s'était collé contre Harry pour l'assurer de son soutien.
— Je suppose que Mérac connaissait sa famille. Le petit s'est plaint qu'ils se consacraient peu à lui, c'est délicat, objecta Harry en caressant subrepticement son côté.
— Laisse nous enfin explorer le cerveau de ce salaud, lança Draco, une main amicale posée sur son épaule.
— Il risque de saisir la manœuvre. Il n'est pas n'importe qui, Dray. Il a réussi à approcher la serre et cru comprendre que c'est un hologramme.
Draco éclata de rire.
— Pas si malin que ça. L'essentiel lui a échappé, railla-t-il.
— S'il a brisé le sortilège de Harry, ce n'est pas rien, observa Sylas. Il maîtrise bien la magie noire et a une puissance incontestable.
— C'est le cas en effet, confirma Pierre-François.
Voyant l'air intrigué de leurs amis, il raconta la soi-disant maladresse d'Aymeric et leurs conclusions quant au rôle joué par Mérac.
— Utiliser un enfant ! jeta Sylas.
— Encore Aymeric, observa Hermione.
— Nous étions plusieurs autour de lui et nous n'avons rien vu d'anormal.
— S'il est un bon légilimence et réalise notre tentative, un oubliette réglera le problème, grogna Draco.
— On y arrivera certainement. Je trouve le moment mal choisi, rétorqua Harry.
— Avant qu'il ne soit trop tard, Harry, insista son meilleur ami.
— Tu es inquiet, constata celui-ci.
— Nous le sommes tous les trois, avoua Sylas soutenant son mari.
— D'accord. Nous n'aurons peut-être qu'une unique occasion aussi nous devons le faire après la naissance des jumeaux afin de comprendre leurs desseins envers eux. Cela vous convient ?
Harry songea que Draco s'imposait à nouveau. Il était heureux de retrouver son partenaire de lutte. Des acclamations attirèrent leur attention, les équipes s'avançaient sur la pelouse. Draco posa un instant le front sur le sommet du crâne de Harry avant de se rasseoir pour applaudir le premier match opposant les Français à Poudlard.
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Impassible, Caine contemplait les décombres fumants du bâtiment qui avait abrité les inferi. Sans un mot son second lui tendit le vestige d'une bombe artisanale et un briquet reconnaissable malgré la suie grasse qui le recouvrait. Celui-ci ne quittait jamais son havresac. Il appartenait à ce père qu'il n'avait pas connu et faisait partie des objets qui avaient une signification toute particulière à ses yeux. Comment avait-il servi à bouter le feu ? Et surtout, pourquoi ?
Nul ne pouvait franchir la barrière solaris qui entourait la propriété sans déclencher l'alarme qu'il soit humain ou sorcier. Pour un sabotage, le dépôt d'armes était bien plus intéressant et pas plus difficile à atteindre. Tel n'était pas le but apparemment. Quelqu'un avait volé ce briquet précisément pour accomplir son forfait. Le coupable devait être dans le logis. À quoi cela rimait-il ? Un message ? Un avertissement ? Une vengeance ? Il n'avait confiance en quiconque, il les soupçonnait tous.
La destruction des inferi était-elle symbolique ? S'il en réprouvait l'usage, il obéissait. Il était payé pour ça. Il réalisait la haine, le dégoût qu'ils inspiraient – ils ressentaient les mêmes – là, un quidam était passé aux actes. Et afin de déposer l'explosif au milieu de la geôle, il avait fallu les affronter. Allumer la mèche. En ressortir vivant. Et le briquet ? Pourquoi ?
Le Hougan n'aurait plus aucune raison de venir traîner ici et il ne le regretterait pas. Il s'était renseigné sur lui et avait compris qui il était. Sacrifice humain, fanatisme aveugle lui déplaisaient. Il ne lui donnerait pas la possibilité d'utiliser Caine Cavertley dans le but d'étancher sa soif de sang . Il n'était le pion de personne. Aïssa Madiouf veillait sur sa famille depuis des années et méritait son soutien. La jeune Elena et son demi-frère Jean-Baptiste Delcourt n'avaient rien à voir dans cette histoire. Il y avait des morts entre ce dernier et lui, c'est vrai, mais il voulait lui faire front en un combat, pas le voir dépérir, souffrir pendant plusieurs années tel le comte de Saint-Maur.
— Vérifie l'emploi du temps de tous. Dans la maison aussi.
— La maison ? s'étonna son lieutenant.
— Oui. Sans exception. Je me défie de tous.
— Bonne année, Caine, ricana Bert.
L'Américain se détourna. Une nouvelle année commençait. Une nouvelle ère peut-être. Caine frissonna et rentra. Il monta à sa chambre et l'examina. Aucunes traces de magie ou de fouille. Il explora son sac de voyage, rien ne manquait. Ni la bague, ni les clefs, ni les documents. Il mit des protections puissantes avant de redescendre habillé de propre. Dans la bibliothèque, il trouva son hôte et ses complices rassemblés en silence autour de verres de Whisky Pur Feu.
— Qui ? questionna le pleutre George Balbi.
Il lui lança un regard glacial et l'autre sembla se ratatiner dans son fauteuil.
— L'un de vous, asséna Caine en observant leurs réactions.
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Les flammes s'étaient éteintes. L'acte premier était joué. En haut de la colline, une grande silhouette se déplia, s'étira avec application.
— Viens ! ordonna-t-elle.
Une petite suivit et elles s'éloignèrent du lieu maintenant obscur.
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Harry écarta les cheveux qui chatouillaient sa joue, il se retourna doucement, essayant de ne pas éveiller son ange, il posa la tête dans le cou de Jim, humant son odeur avec délice. Que se passait-il ? Il était nerveux. Pas angoissé. Non. Il était certain que quelque chose ou quelqu'un modifiait la situation, l'avenir. Quoi, qui, où ? Il l'ignorait. Vers deux heures du matin, il s'endormit enfin.
La mer miroitait sous la lumière pâle d'un lever de soleil hivernal. L'image était magnifique. Pierre-François déplora être seul pour l'admirer, ses amours dormaient encore. Harry s'était agité dans son sommeil. Était-ce l'inquiétude de ses amis qui l'avait envahi à son tour ? Il regagna leur couche et l'attira à lui. Son homme se blottit immédiatement entre ses bras avec un grognement de satisfaction qui fit rire le sorcier. Merlin, qu'il l'aimait son jeune loup.
Hier soir, à son instigation, ils avaient retrouvé la maison de Weymouth. Hermione avait prédit la naissance des jumeaux pour le lendemain, ils devraient redoubler de vigilance. Et de présence à leurs côtés. Harry tenait à vivre cette nuit chez eux. Voulait-il dire que leur appartement de Poudlard ne l'était pas ? Non, l'avait-il rassuré, simplement Weymouth était leur choix, leur devenir et leur famille. Se rappelant ses hésitations quant à leur installation commune, il avait savouré sa réponse. Il effleura la cambrure de son dos, lui chuchota des mots fous, des mots d'amour. Des mots d'amour fou que Harry n'entendait pas.
Une sonnerie têtue les réveilla deux heures plus tard. Assis sur le lit, Harry contemplait son téléphone portable qui émettait ce son déplaisant. Il le vit hésiter avant de le saisir. Il écoutait son interlocuteur lorsque leurs yeux se rencontrèrent.
— Il est déjà l'heure ? s'enquit une voix ensommeillée.
— Non. Dors, ma tendresse, murmura-t-il en caressant les bras qui venaient l'enlacer.
Un instant, il avait détourné les yeux de Harry qui se lovait à présent contre son flanc.
— Mauvaise nouvelle ?
— Non. Des informations de France. Léandre Fleurville, ainsi que son frère Donat, y mènent une vie des plus sages. Le premier travaille au ministère de la magie français, l'autre gère l'affaire familiale qui produit et commercialise des potions d'usage courant dont la réputée pimentine Florabel. Ils sont mariés et pères de famille. Un rapport détaillé nous attend. Ils sont dorénavant sous surveillance constante.
— Bien.
— Deux positions qui leur permettent de côtoyer beaucoup de monde, l'un à travers le ministère, l'autre grâce à ses transactions avec sa clientèle, commenta Jim. Il sera difficile de contrôler tout cela.
Harry l'embrassa amoureusement.
— Désolé de t'avoir tiré de ton sommeil, mon cœur. Tu as raison. Difficile, oui. Pas impossible. Le moindre élément peut nous offrir une piste. J'ai faim, grommela-t-il.
— Et moi, je ne refuserais pas un bon café.
Pierre-François sourit. Un jour nouveau débutait. Une année nouvelle qui leur apporterait espérait-il autant d'amour que la précédente.
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Les jumeaux ne naquirent pas le 3 janvier, ni même les deux jours suivants et Hermione se lança encore dans d'interminables calculs que Harry estimait tout à fait inutiles. Il comprenait l'impatience du trio cependant la nature a ses mystères qu'il faut respecter. La tension générée par leur anxiété stressait tout le monde, nuisait à la future mère elle-même et à Teddy qui la ressentait et pour lequel ils étaient moins prévenants. Il était pourtant indispensable de l'entourer plus que jamais afin qu'il ne se sente pas frustré de l'arrivée de petits frères monopolisant l'attention de tous. Le parrain décida cette fois de s'en mêler et choisit de leur parler seul.
En fin de matinée, il s'éclipsa. Le programme de cet après-midi d'épiphanie, marquant la fin des festivités des vacances d'hiver, était chargé : quidditch et finale de la compétition du club de duel. Après le dîner aurait lieu la représentation de l'atelier théâtre. Pour Harry, de longues heures où chaque geste envers ses compagnons devrait être mesuré. Cela lui pesait. Tout à ses pensées, il se retrouva devant le tableau où les bébés sommeillaient dans le berceau d'osier et prononça le mot de passe.
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Le tournoi de quidditch fut mouvementé et captivant. Pierre-François remit le trophée à Durmstrang qui gagna devant Beaux-Bâtons. Malgré la lutte plutôt musclée - les adversaires ne s'épargnant pas - Madame Pomfresh avait été peu sollicitée et le bilan modéré : une foulure d'un poignet, une luxation d'épaule, une côte cassée. Peu de chose en somme. Après trois heures de match, sous des applaudissements fournis, Sergeï avait saisi le vif d'or, très capricieux, de magistrale et acrobatique façon. Nul doute que cet exploit allait influencer les paris faits sous le manteau sur l'issue du tournoi des trois sorciers.
Leur équipe que l'on pouvait qualifier de familiale terminait troisième après la victoire de la petite finale contre la deuxième équipe de Poudlard. Cloud avait lui aussi capturé le vif d'or après une feinte de Wronski parfaitement exécutée. Les plus jeunes étaient très fiers du résultat. Aymeric, malgré sa petite taille, avait fait un gardien de but assez habile. Il serait néanmoins mieux à sa place dans un autre rôle. Vif et rapide, concentré sur le jeu et quelque peu inconscient des cognards qui le frôlaient, il ferait un bon attrapeur. Harry soupira, il n'avait plus volé depuis un moment et ça lui manquait. Teddy désertant les genoux de Draco, grimpa sur les siens. Sa chevelure d'un bleu vif contait le plaisir qu'il avait d'assister au match.
— Si on organisait un match-démonstration opposant les vainqueurs et une équipe des professeurs de Poudlard, chuchota Pierre-François moqueur. Je ne serais pas mécontent de prouver à mon homme qui admire un peu trop les jeunes joueurs que je fais un excellent attrapeur ou poursuiveur.
Harry eut un rire plein de tendresse.
— Meilleur que moi ? le provoqua-t-il.
— Impossible, mon amour. Impossible. Le sauveur du monde sorcier ne peut être second en quoi que ce soit.
Mais les yeux bleu azur, pétillant de malice, démentaient ses paroles.
— Albus, sortez de ce corps ! gronda-t-il alors que Pierre-François éclatait de rire. Draco ? Sylas ?
— Bien sûr, railla-t-il. Je ne voudrais pas te priver de tes amis. Nous pourrions proposer ça afin de célébrer la naissance des jumeaux. Leur présence serait alors presque naturelle.
Discrètement, Harry caressa la main qui retenait Lily.
— Tu as entendu ? fit-il à Jim qui acquiesça. Vous deux, que diriez-vous d'un match de quidditch contre ces fanfarons ? demanda-t-il en jetant un coup d'œil vers les étudiants de Durmstrang qui accomplissaient un tour de terrain bruyant en portant en triomphe Sergeï brandissant le vif d'or.
Après un regard de connivence avec Sylas, Draco lui adressa un clin d'œil.
— On ne raterait ça pour rien au monde.
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La salle sur demande avait repris des airs de lice de tournoi. La part belle avait été faite aux gradins pour les nombreux spectateurs. Nul n'avait voulu manquer ça. Du directeur aux invités en passant par les élèves de toutes les années. Et, une fois de plus, les membres de la fratrie présents étaient sur le qui-vive. Cloud avait gagné haut la main en quart de finale, éliminant une fille de Beaux-Bâtons. Avec plus de difficultés en demi finale face à Mikolaj Skalin. Il se retrouvait là affrontant Sergeï Vecko pour un trophée symbolique. Jean-Baptiste, promu arbitre, surveillait attentivement les différents échanges. La réputation de droiture des deux finalistes était rassurante. Leur pugnacité, passionnante. Droiture ne veut pas dire complaisance, la détermination se lisait sur les visages, ils étaient décidés à l'emporter.
Ils étaient d'égale force et le combat durait depuis près d'une heure. Un court instant d'inattention de Sergeï donna soudain l'avantage à Cloud. Il invoqua en informulé un sort peu connu que lui avait enseigné Jean-Baptiste paralysant la main tenant la baguette et désarmant ainsi son adversaire. Sergeï étonna Cloud puisqu'il ne renonça pas, il plongea dans le but de ramasser sa baguette de la main gauche. Un simple Petrificus Totalus sonna sa défaite. Cloud le libéra et lui tendit la main que serra avec un léger sourire Sergeï.
— Félicitations, fit-il beau joueur.
— Je n'ai pas réellement mérité cette victoire, je le sais, rétorqua Cloud. Malheureusement, je ne pouvais faire autrement. Accuser la personne qui a lancé le sort qui t'a déconcentré est impensable. Des polémiques à n'en plus finir s'en suivraient avec pour seul résultat un climat détestable, ce qu'il recherche.
— Qui ?
— Je n'ai aucune preuve. D'autant qu'il n'a, en apparence, aucune raison de faire ça. Sois sur tes gardes. Il ne t'en veut pas particulièrement néanmoins la fin justifie les moyens. Nous ne serions que des dommages collatéraux sans importance.
Il planta là le garçon interloqué.
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La pièce de l'atelier théâtre fut une agréable découverte. Exploitant le thème du voyage des rois mages vers Bethléem, elle racontait leurs rencontres, leurs aventures. La structure faisait irrésistiblement songer au Petit Prince de Saint-Exupéry explorant les diverses planètes. Chacun y avait un rôle créé sur mesure et qui lui collait à la peau. Après avoir dégusté les galettes des rois, ils passèrent la soirée autour du roi élu par la fève, un élève de quatrième année de la maison Serdaigle et de la reine qu'il s'était choisi. Les festivités des fêtes de fin d'année s'achevaient. Les vacances aussi. Les cours reprendraient le lundi.
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Les jours suivants furent calmes. Jim, Harry et Pierre-François profitaient des tous derniers jours de vacances en famille, à Poudlard ou à Weymouth. Le samedi, laissant les enfants à la garde de Robert, Tija et Lodi, malgré les circonstances, ils allèrent dîner dans un restaurant à Stratford, puis danser dans le club où Jimmy avait entraîné le groupe lorsqu'ils y avaient fait connaissance de Jareth et sa femme. S'ils étaient heureux de cette escapade, Harry sentait l'humeur de Pierre-François devenir chagrine et en devinait la raison. Il y avait longtemps que Lauzun n'avait plus vu son établissement. Et Lauzun était une face de son compagnon. Lorsqu'ils sortirent de la discothèque, il souffla à Jim de le tenir. Les désillusionnant tous les trois, Harry transplana dans le Marais.
— Chéri !
— Chut, mon amour. Alors que cet endroit te manque, tu ne nous en as rien dit, lui reprocha-t-il. Soyons fous. Viens.
Ils pénétrèrent facilement – trop facilement, pensa Harry – à l'Aigle Noir et retrouvèrent leur apparence discrètement dans les toilettes avant de s'installer dans leur coin favori. Ils terminèrent là la nuit, buvant du champagne, flirtant avec insouciance, évoluant jusqu'à l'aube serrés à trois sur les rythmes latino ou gitans. Pierre-François était apaisé, manifestement heureux.
Harry se promit de renouveler cette folie souvent. Et de protéger le club si cher à son homme ce qu'ils avaient négligé. En tout cas, dès demain, il en discuterait avec Pierre-François. Deux sorciers pourraient se relayer à l'entrée en plus du portier actuel. Il résolut d'interroger Sirius sur la carte des maraudeurs. Peut-être pourrait-il en faire une pour contrôler la fréquentation du club par les sorciers. Bien que sur la carte de Poudlard seuls les élèves ou sorciers ayant été élèves ou professeurs apparussent. Il faudrait donc établir une liste des sorciers supposés être leurs ennemis et seuls ceux-ci figureraient dès le seuil franchi. Non. Impossible. Il y avait les autres. Les complices. Les espions. Il était certain que le réseau était vaste. Utiliser le répertoire des baguettes du ministère ? Jamais Lucius ne cautionnerait ça. Il fallait qu'il y réfléchisse.
— Mon doux amour ?
Avec un sourire aimant, Harry caressa la main venue se poser sur sa cuisse.
— Je rêvais. Je suis bien. Je n'ai ici que de bons souvenirs. Ce soir, je pardonne même à Kevin d'exister, railla-t-il.
Pierre-François et Jim éclatèrent de rire. Lorsque enfin ils décidèrent à l'aube de rentrer, Harry jeta sur le club les plus puissants sortilèges de protection, renforça celui d'anti-transplanage. Les sorciers les percevraient dès leur approche, c'est ce qu'il désirait.
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Draco observait sa femme avec curiosité. Madame Pomfresh avait préconisé du repos et, depuis des semaines, une main perpétuellement posée sur celui-ci en réflexe de protection, elle promenait avec indolence un ventre de plus en plus proéminent. Elle avait peu participé aux festivités de fin d'année. Des heures durant, elle s'asseyait sur une ottomane avec des grimoires, un jus de fruits, des gâteaux ou un de ces puddings aux fruits confits qu'elle affectionnait depuis le début de sa grossesse, elle qui les avait auparavant en horreur.
Depuis le matin, il retrouvait sa Mia dynamique. Celle qui ne tenait pas en place. Animée d'un regain d'énergie, elle avait rangé la layette pourtant parfaitement pliée, trié et mis par ordre alphabétique des noms d'auteurs les livres de la bibliothèque, avait revu la disposition de la vaisselle dans la cuisine. Là, elle s'apprêtait à faire des crêpes. La dernière fois que cela s'était produit, ils étaient encore à Astor's Lodge. Il chercha le contact visuel avec Sylas qui lui sourit avec une tendre complicité. Oui, ce serait aujourd'hui. C'était tout à fait ainsi que Narcissa leur avait décrit les prémices de son arrivée dans ce monde. On n'était ni le 3, ni le 6 mais le 9. Si la naissance prenait longtemps, leurs petits rois naîtraient le 10 janvier. Qu'y avait-il le 9 ou le 10 janvier ? Rien. Ce n'étaient jusqu'à présent que des dates banales. Elles ne le seraient plus. D'un geste possessif, Draco attira son mari contre lui. Sylas l'enlaça avec emportement et posa avec rage sa bouche sur la sienne. L'impatience les tenaillait. Une impatience heureuse. Magnifique.
Appuyés l'un contre l'autre, ils contemplaient Hermione qui avait terminé la pâte et en déposait la première louche dans la poêle. Ils lui avaient proposé une chaise, elle les avait envisagés avec commisération.
— Je suis enceinte, pas mourante, avait-elle jeté.
Draco avait eu envie de rire. Ces derniers temps, elle adorait se faire plaindre, se faire chouchouter. Il s'était tu. En neuf mois de sautes d'humeur, le prince de Serpentard avait appris la sagesse.
— Harry, souffla-t-il à Sylas.
Son amour acquiesça du chef.
— Qu'est-ce que vous complotez ?
— Harry est fou de tes crêpes. Dommage qu'il ne soit pas là.
— Toi et Harry ! grommela-t-elle. Va l'inviter.
— J'ignore où il est. Kreattur le trouvera plus facilement que moi.
Il appela le vieil elfe qui partit à la recherche de son maître non sans avoir jeté un regard curieux à Hermione. Depuis qu'il servait la famille Black, il y avait vu bien des naissances. Sans l'ombre d'un doute, celles-là étaient imminentes.
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Il est dit que l'Alphabet de Tripoli fut inventé en 1350 par Septimus Tripoli. Ce procédé reste simple et c'est le seul existant en arithmancie pour transformer les lettres en chiffres.
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