Bonjour mes petits chevreaux à poils courts ! Le dernier chapitre a l'air de vous avoir bouleversé... Je pense pas que vous trouverez celui-ci plus réjouissant !
RaR des anonymes :
Guest : Un grand merci pour ta review, je suis ravie de savoir que cela te plaît ! :) Pour te répondre, la fic va de la naissance de Sherlock au dernier épisode de la série. Donc oui, on verra Mycroft adulte dans les derniers chapitres. Il a déjà 15 ans, le temps passe vite xD Encore merci, et j'espère que la suite te plaira !
Bonne lecture !
Janvier 1989 – Mycroft, quinze ans, adulte confirmé
Les mois avaient passé depuis l'annihilation totale et complète de la vie et de l'enfance de Mycroft. Le monde avait changé. Ou plus exactement, Mycroft avait changé, et le monde avait changé avec lui.
Cela avait commencé par lui-même, puis s'était étendu à Eton.
Mycroft, de retour au pensionnat après avoir laissé un petit frère traumatisé et des parents dépassés par les évènements chez Oncle Rudy, et une jeune sœur enfermée dans une cellule psychologique où elle recevrait les meilleurs soins, avait pris de grandes décisions pour lui-même et son avenir.
Il avait dit adieu, physiquement et métaphoriquement, à tout ce qu'il avait toujours été. Il avait entamé un régime drastique, et un programme d'entraînement physique complet.
Son organisation n'aurait pu souffrir de la moindre faiblesse, alors jamais il n'avait faibli.
Course, renforcement musculaire, natation, abdominaux, pompes et sport de combat avaient constitué la base de son entraînement physique.
Un régime adapté et sans sucre superflu l'avait accompagné. Même quand il rentrait, tous les week-ends, dans la nouvelle maison Holmes, pour voir son petit frère, il s'astreignait à sa discipline de fer.
Eton, pourvu d'une salle de sport, d'un entraînement au sport de combat et de coachs physiques et mentaux, l'avait accompagné dans sa démarche.
En quelques mois, sa silhouette s'était transformée, affinée.
Son visage, brusquement devenu mature lors de l'incendie, avait perdu les quelques traces de l'enfant et les traits ronds qui subsistaient encore.
Une poussée de croissance bienvenue avait complété le tout.
De plutôt petit et gros, il était devenu grand, mince et sec. Il ne conservait pas son physique sans effort et sans sacrifice, mais il le faisait avec joie.
Sa transformation physique lui avait gagné le respect de ses pairs.
Ça, et les excellentes notes qu'il recevait. Pour s'occuper, et conscient de ses ambitions, il avait également entamé l'apprentissage du chinois, du japonais et du russe, et de l'art délicat de la diplomatie. Son rythme de vie ne souffrait d'aucun accroc : il dormait de minuit à cinq heures du matin tous les jours, vacances et jours fériés inclus. Courait une heure de cinq à six, révisait de six heures et demie à sept heures quarante-cinq, heure à laquelle il allait prendre son petit déjeuner. Les cours d'Eton commençaient à huit heures tapantes.
Le reste de ses révisions et entraînements s'égrenaient selon une parfaite organisation sur la semaine.
De l'enfant presque timide et harcelé par ses camarades plus âgés et plus intelligents, Mycroft était devenu un adolescent mature à qui on en référait.
– Bonjour, Mycroft.
Que l'on saluait dans les couloirs avec respect.
– Puis-je solliciter ton aide après le repas pour un devoir de chimie ?
Qui dispensait son savoir à ses camarades.
– Serait-il possible que tu demandes au Professeur Kelton de réapprofondir le point de démonstration de mathématiques avancés ?
Qui servait de relais entre enseignants et élèves.
– Mon père te passe le bonjour, Mycroft. Il réitère son invitation pour t'avoir à déjeuner, un prochain week-end, dans notre propriété de Northampton.
Et bien sûr, le plus important : qui avait désormais ses contacts et ses entrées dans le grand monde.
Pour tout un tas de raison, Mycroft avait sa place à Eton. La famille Holmes était riche, très riche. Perdre Musgrave, l'immense propriété et ses hectares de terrain, avait été un coup dur, mais rien d'insurmontable financièrement parlant. Sa mère, Violet Holmes, révolutionnait régulièrement les mathématiques modernes et ses travaux l'avaient nominée, avant la naissance de Mycroft, pour la médaille Fields, la plus haute distinction mathématique au monde. De plus, Mycroft était intelligent, brillant, fin et lettré.
Eton était son monde... et pourtant, il n'aurait jamais ce que certains de ses condisciples possédaient inconsciemment : l'héritage d'une longue lignée de postes majeurs dans l'économie, les finances, la banque, les gouvernements. C'étaient ses enfants de lords et de ladys possédant des postes majeurs au gouvernement qui étaient devenus les amis de Mycroft. Bien qu'aussi stupides que des poissons rouges hors d'un bocal, ces adolescents avaient rapidement compris, une fois la transformation de Mycroft enclenchée, le potentiel du petit génie d'Eton. Ils en avaient parlé à leurs parents, car c'était ainsi que fonctionnait le monde. Et Mycroft avait désormais ses entrées dans le grand monde, la monarchie, le gouvernement.
Et il aimait ça. Et il en avait besoin.
Il n'était plus un enfant. Il avait appris à se servir d'un nombre incalculable de fourchettes à poissons, à viandes et à dessert, il savait tenir une conversation agréable dans plusieurs langues, flatter une maîtresse de maison, commenter l'économie mondiale, reconnaître plusieurs sortes de thés à l'odeur et au goût, et la seule chose qui l'empêchait de prendre des cours d'œnologie avancée était bien son jeune âge.
Il était prêt. Il avançait sur le chemin qu'il avait tracé pour le reste de son existence.
– Joyeux anniversaire, Sherlock !
L'enfant, neuf ans ce jour de janvier, sourit de toutes ses dents à son grand frère qui lui offrait son cadeau.
Musgrave avait brûlé depuis un an et deux mois. Papa, Maman et Sherlock étaient installés dans la confortable petite maison de campagne depuis un an. Trois chambres. Aucune trace de la présence de Eurus.
Leur petite sœur avait disparu de leur existence. Et même plus que cela. Elle avait surtout disparu de la mémoire de Sherlock.
– N'empêche que moi, je voulais aussi un chien ! Je voulais Barberousse !
Un instant de silence. De malaise entre les trois adultes. L'enfant, fasciné par l'énorme volume de chimie avancée offert par son frère, ainsi que le nouvel archet pour le violon pour lequel il se passionnait depuis peu, et les kits de béchers, tubes à essai et autres substances bien trop dangereuses pour un enfant de cet âge, offerts par ses parents, ne remarqua rien.
Sherlock avait été en état de choc pendant toute la durée du séjour chez Oncle Rudy. Il faisait des crises à répétition, hurlait à s'en briser les cordes vocales, les yeux révulsés et le corps agité de troubles spasmodiques.
Des médicaments avaient fini par réguler son comportement. Puis ils avaient déménagé, et Sherlock avait repris l'école, péniblement. Son rapport aux autres ne s'améliorait pas, et il s'était mis à absolument tout dire à voix haute, tout ce qu'il lisait chez les gens, les secrets enfouis et les détails honteux. Mais au moins, il ne faisait plus de tétanie ou de crises.
Et puis, il s'était mis à réclamer Barberousse, son chien. Et à n'avoir aucune idée de qui était Eurus.
Le pédopsychiatre consulté pour l'occasion avait rendu un diagnostic digne d'un enfant de cinq ans :
– Il a créé une nouvelle réalité pour refouler ses souvenirs traumatiques de l'accident. C'est fréquent chez les enfants. Il ne faut pas le bousculer, tant qu'il ne sera pas prêt.
Mycroft avait levé les yeux au ciel en l'apprenant. Il ne fallait pas avoir fait douze ans de médecine pour proférer de telles évidences !
Alors Papa et Maman avaient décidé de ne pas « bousculer » Sherlock. Qui avait, avec le temps, oublié tout souvenir de sa sœur, de Musgrave, de sa vie avant l'incendie. Mycroft était toujours le héros de ses contes, il voulait toujours être pirate (mais un pirate-chimiste-violoniste, désormais), mais il avait toujours vécu dans la petite maison avec le petit jardin, sans drôles de tombes, sans forêt et sans rivière. Sans ami. A part ceux de sa tête.
Il semblait heureux, c'était bien tout ce que Mycroft pouvait dire de son cadet, quand il le voyait.
Lui n'oubliait pas. Il ne pouvait pas. Et l'image de Eurus, bien trop souvent encore aujourd'hui, dansait dans son esprit malmené par ses souvenirs.
– Oncle Rudy ? Je peux te parler ?
L'anniversaire de Sherlock n'avait été qu'un prétexte. En temps normal, jamais Mycroft n'aurait accepté de passer deux semaines complètes loin d'Eton, même pour les vacances de Noël, le nouvel an et l'anniversaire de son petit frère. Mais il l'avait fait, et avec le sourire, se privant presque sans souffrir de la bûche, du Christmas Pudding, des scones, des biscuits dont les délicieuses odeurs embaumaient la maison. Il l'avait fait, parce qu'il savait qu'Oncle Rudy viendrait pour l'anniversaire de Sherlock, comme toujours, alors qu'il passait Noël dans la famille de Tante Amelia. Et il avait besoin de parler à Oncle Rudy.
Ce dernier dut lire l'importance de la conversation à venir dans les yeux de Mycroft. Lentement, il reposa sa flûte de champagne et suivit l'adolescent dans le jardin.
Oncle Rudy n'avait pas été d'accord. Pas du tout. Au contraire, il s'était violemment opposé à Mycroft, dans un premier temps.
– Je le ferai, avec ou sans toi, avait menacé l'adolescent, le visage fermé et le regard dur.
C'était du bluff. Mycroft avait peut-être trouvé les appuis dont il avait besoin dans les parents de ses condisciples, mais il restait un gosse, un mineur. Eurus n'était que sa sœur. Sans le soutien d'un adulte de sa famille, son plan n'avait aucune chance de fonctionner.
En outre, il avait besoin d'argent. De beaucoup d'argent dans l'entreprise. Les Holmes n'en manquaient pas. Son héritage était immense, et même avec l'incendie et la perte de Musgrave, leur famille restait riche. Mais là encore, son statut le bloquait. Il était trop jeune pour toucher à l'argent bloqué sur son compte depuis sa naissance et alimenté par ses parents. Sa fortune personnelle était intouchable. À cause de sa minorité, une fois de plus. C'était rageant.
Oncle Rudy avait les moyens de l'aider financièrement dans son but, et d'en plus lui donner accès à sa propre fortune.
– Mycroft, je ne suis pas convaincu que...
– C'est un acte de bonté, tacla Mycroft. Ça évitera bien des tourments, à tous. Sherlock n'aura jamais besoin de se rappeler et d'en souffrir. Papa et Maman n'auront pas besoin d'identifier le corps. Ils n'auront pas besoin de s'en mêler. Ils pourront cesser de souffrir de ne pas savoir quoi faire, et de mal faire le peu qu'ils font. Et ce sera mieux pour Eurus, surtout pour elle. Elle ne peut pas rester là où elle est. C'est dangereux pour les autres, c'est dangereux pour elle.
Mycroft était à moitié sincère. Le danger que sa sœur représentait pour les autres lui paraissait nettement plus grave que le danger qu'elle était pour elle-même.
– C'est une enfant... tenta encore d'arguer Oncle Rudy.
– Justement. C'est une enfant. Elle ne sait pas ce qu'elle fait. C'est aux adultes de s'en charger. De faire ce qui est le mieux pour elle.
Oncle Rudy avait toujours aimé Eurus, comme tout le monde. Après tout, elle était la seule fillette de leur famille. Papa n'avait eu que des frères, décédés dans le même accident qui avaient tué ses grands-parents Holmes et fait de Sieger l'unique héritier de l'immense fortune familiale. Oncle Rudy était la seule famille de Maman sur l'île d'Angleterre. Le reste de leur famille éloignée, les Vernet, vivait en France, loin d'ici, et leur était rattaché par des liens ténus. Tante Amelia avait des frères et sœurs, qui avaient eux-mêmes des enfants, tous de sexe masculin. Oncle Rudy et Tante Amelia n'avaient pas d'enfant eux-mêmes.
Était-ce pour cela, cette absence de fillette, de petite princesse à chérir, qu'ils s'étaient tous illusionnés pendant si longtemps sur les psychoses profondes de Eurus ? Mycroft l'ignorait. Il utilisait juste l'amour normal d'un oncle pour sa nièce pour le ramener à sa cause.
Et tant pis si pour cela, il usait de moyens déloyaux, s'il devait dire des phrases qui le dégoûtaient. Que les adultes se permettent de régir la vie des enfants simplement parce qu'ils étaient adultes était ce genre de phrase. Ce genre de choses que Mycroft avait haï et repoussé toute sa vie durant.
Mais aujourd'hui, en disant cela, il prouvait à son oncle qu'il était un adulte, plus un enfant. Qu'il devait être considéré en tant que tel à compter de maintenant.
– D'accord, Mycroft. D'accord. Je t'aiderai.
Il avait gagné.
Maman faisait de son mieux pour ne pas pleurer au téléphone, quand elle appela Mycroft, très exactement vingt-quatre jours plus tard. Mycroft fit de son mieux pour avoir l'air surpris. Et peiné.
– Je... Je ne sais pas si tu veux revenir à la maison, Canard ? Il... Il n'y aurait pas d'enterrement. Il n'y a pas de corps.
Un nouveau sanglot étouffé. Il était tard. On était venu le chercher spécialement pour ce coup de téléphone, brisant sa belle routine, du fait du caractère exceptionnel et important de la nouvelle à annoncer. Sherlock devait probablement dormir.
– Ce n'est pas si mal, Maman, dit Mycroft de sa voix la plus douce et la plus empathique possible. Cela ne nous empêche en rien d'honorer sa mémoire, de faire une cérémonie si tu le souhaites. Mais au moins, il n'y aura rien à expliquer à Sherlock. Ce sera plus simple ainsi, pour lui.
– Alors tu reviens à la maison quelques jours ? Pour organiser une cérémonie d'adieu ?
Mycroft laissa passer une pause parfaitement maîtrisée.
– Mes examens approchent, Maman. Ce ne serait pas une bonne idée. J'ai besoin de me concentrer... Et puis Sherlock ne comprendrait pas. C'est plus simple de ne rien lui expliquer.
Sherlock, toujours Sherlock. L'excuse parfaite. Son cadet si précieux, si fragile. L'enfant à préserver. Leur joyau, leur trésor.
– Oui. Bien sûr, je comprends, tu as sûrement raison...
Il était si facile de manipuler sa mère endeuillée et blessée. Mycroft n'osait imaginer les ravages qu'adulte, Eurus aurait pu faire dans leur famille. Sa mère était un esprit brillant, pourtant. Mais elle était faible. Pétrie de sentiments qui la rendaient faible. Les sentiments tuaient. Mycroft devrait apprendre cette leçon à Sherlock, et vite. Lui aussi était si fragile, si garni de sentiments trop forts. Il faudrait le lui apprendre à se contrôler.
Ils discutèrent encore un peu, avant de raccrocher.
Mycroft se sentait aussi épuisé qu'après un marathon. Mais il serra les dents, et reprit le téléphone en main. Appel sortant.
Et demanda à ce qu'on lui passe la direction de Sherrinford.
Il devait s'assurer que tout s'était bien passé.
Quand, deux mois mois plus tard, sa mère appela de nouveau, pour lui dire qu'Amelia et Rudy avaient eu un grave accident de voiture, qu'il était dans le coma, qu'elle ne s'en était pas sortie, de nouveau, il fit appel à tout son self-control pour jouer la surprise. La douleur et le chagrin, en revanche, étaient cette fois beaucoup plus sincères.
Prochain chapitre - Juin 1989 - Publié le Me 07/11. Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
