Bonjour mes petits mouflons ! Merci de votre soutien sur ce texte... Mine de rien, Mycroft a bien grandi, depuis le temps... et il continue de grandir, et d'aller mieux... Ou pas !
Réponse des anonymes :
Morganne-bzh : Ben si, j'ai osé xD Audrey n'est pas mécontente, au fond elle savait déjà un peu ce qu'il en était, elle a voulu confirmer, elle sait qu'elle sera la première et la dernière, et ça ne lui déplaît pas ! Mycroft est ce qu'il est... résultante de son enfance ! Merci de ta review, j'espère que la suite te plaira ;)
Bonne lecture ! :)
Janvier 2000 – Mycroft, vingt-six ans, maître du monde en devenir
C'était un nouveau millénaire et pourtant le nouveau jour qui s'était levé n'avait absolument rien eu de différent du précédent. Mêmes immeubles, même vent froid, mêmes personnes, même météo, même soleil d'hiver se levant à l'est et se couchant à l'ouest. S'il n'y avait pas eu toutes les angoisses du fameux bug de l'an 2000 et les célébrations en très grande pompe dans le monde entier, il aurait été facile d'oublier que désormais, les dates ne commençaient plus par dix-neuf-cents.
Mycroft n'y avait jamais vraiment songé, avant cette année. Quand il était petit, il ne s'était jamais fait la réflexion qu'il allait vivre un changement de siècle, mieux, un changement de millénaire. Il n'avait jamais pensé à ce qu'il en ressentirait, ce jour-là. De ce que ça changerait réellement.
La réponse était rien. La réponse était tout.
Le changement de millénaire n'y était pour rien, mais en ce premier jour du nouveau millénaire, de l'an 2000, tout avait changé pour Mycroft. Son rêve était devenu réalité.
S'il fallait être honnête, les choses avaient commencé à évoluer en novembre de l'année précédente. Il avait été approché à mots couverts. Il avait rencontré de manière discrète et fortuite les bonnes personnes. Il avait entendu parler d'un club très select et silencieux. Il avait eu les bons contacts, au bon moment, avait formulé les bonnes réponses à des questions qui ne lui avaient pas été posées.
Et au courant du mois de décembre, il avait reçu une réponse à une demande qu'il n'avait pas formulé : dès le mois de janvier, il pouvait intégrer le MI6.
Un rêve devenu réalité.
Le nouveau millénaire n'y était pour rien, mais quand il s'était réveillé ce matin-là, cela avait été la première pensée de Mycroft : je suis un membre officiel du MI6. C'était fait. Il avait réussi. Il était entré dans les plus hautes sphères du pouvoir, avait désormais le droit, voire le devoir, de manipuler les ficelles dans l'ombre pour gouverner le monde comme il l'était.
Bien sûr, il était encore très limité. Ce n'était pas le monde qu'il dirigeait, mais l'Angleterre. Et il était tout au bas de l'échelle des marionnettistes. Il n'avait encore ni l'oreille attentive du premier ministre, ni celle de la Reine, mais cela ne saurait tarder. Le plus dur était fait.
Il n'y avait pas d'échelle à monter à proprement parler, dans leur service. Il avait un supérieur, qui avait un supérieur, qui avait un supérieur. Mais s'il voulait progresser, il n'avait pas nécessairement à prendre la place de son supérieur.
Pour se faire remarquer, tout était question de relations. Il n'y avait pas d'annonces de recrutement postées dans le journal catégorie petites annonces. Le réseau était le meilleur moyen pour connaître quelqu'un qui connaîtrait quelqu'un qui.
Mycroft y avait consacré les six dernières années avec acharnement. Il avait été assistant des plus grands avocats, attachés parlementaires de ministres influents, rédacteurs pour la chambre des Lords, avait scruté au plus près chaque texte de politique économique, avait soutenu des conférences de politique internationale, était plus au point que quiconque en matière de sécurité. Preuve en était, sans doute, sa plus belle réalisation : Eurus avait entièrement disparue de la surface de la Terre. Quand il n'était qu'un ado idéaliste et stupide, il s'était contenté, avec son oncle, de la faire passer pour morte, pour la faire enfermer à Sherrinford (où elle se trouvait toujours d'ailleurs. Parfois, elle ne le reconnaissait pas quand il allait la voir. Il évitait d'y aller) et soulager ses parents.
Cette décision immature et irréfléchie, que pourtant il ne regrettait pas une seule seconde, avait laissé une multitude de traces. Il s'était acharné, avec application, à toutes les faire disparaître.
Désormais, à part une poignée d'initiés qui ne savaient chacun qu'une parcelle de l'histoire, Eurus n'avait jamais existé. Il était désormais le seul à tout connaître de l'histoire de sa sœur, et portait ce fardeau sans ployer.
C'était sans doute pour ce genre de talents qu'il avait été identifié.
Était ensuite venu, ces derniers mois, le temps des entretiens qui n'en étaient pas, des tests qui ne portaient pas ce nom-là, des mises en condition qui n'étaient pas une période d'essai.
Et finalement, le précieux sésame.
Mycroft savait où était sa place. Il savait comment se comporter. Le soir du 31 décembre, il était sorti avec des amis et ils avaient trinqué au nouvel an, au nouveau siècle, au nouveau millénaire, au nouveau job de Mycroft à un poste mineur de secrétaire pour le gouvernement, bien payé et bien placé, tranquille et sans vague, parfait pour le jeune homme.
Il avait trinqué et ri avec eux, avait eu le comportement qu'on attendait de lui. Ils étaient avocats, notaires, politiciens, ministres, économistes, professeurs titulaires d'une chaire à l'université. Ils n'avaient aucune idée de ce qu'il venait vraiment de devenir.
Il avait un bureau. Un ordinateur qui avait parfaitement su gérer le passage de la date à l'an 2000, contrairement à tout ce qui avait été craint.
Il avait pour première mission d'embaucher une secrétaire, une secrétaire à lui. Il avait d'ailleurs pour cela une pile de CV assez imposante sur son bureau, uniquement de personnes qui n'avaient rien demandé officiellement.
– Monsieur ?
– Oui, Boris ?
Il avait aussi des hommes de main, du moins des gens qui travaillaient comme lui pour le gouvernement et pouvaient faire bien des choses. Mais en l'occurrence, Boris, qui venait de franchir la porte de son nouveau bureau, n'était pas de ceux-là. Boris lui était dévoué parce qu'il le payait, et plutôt cher.
– Votre frère vient de faire une overdose, monsieur. Il a été admis à l'hôpital St Mary de toute urgence.
Mycroft avait tout pour être heureux, et il n'avait plus qu'à cueillir les fruits de son travail pour s'élever au plus haut dans la hiérarchie des services secrets spéciaux. Et malheureusement pour lui, il avait également un petit frère qui avait récemment découvert la cocaïne.
Boris ne cillait pas, ne commentait pas. Il attendait les ordres. Mycroft ne manquait pas d'argent. Il était bien payé, et depuis deux ans, il avait même investi dans une « petite » société qui lui semblait prometteuse, lors de sa création. Elle s'appelait Google, et il en récoltait déjà les quelques produits, sans douter que cela deviendrait vraiment fructueux plus tard, il avait un don pour ça.
Boris, cependant, était payé sur sa fortune personnelle, héritage de ses parents et d'Oncle Rudy, quand il était devenu majeur.
Il avait aussi la gérance de l'argent de Sherlock. Comme il venait de le prouver une nouvelle fois, son cadet était irresponsable.
– Merci, Boris. Vous pouvez disposer. Je prends la suite.
L'homme quitta la pièce sans un mot, et Mycroft s'autorisa, un bref instant, à laisser la colère qu'il ressentait le submerger.
Le cendrier en cristal, fin et délicat, posé sur son bureau, voltigea à travers la pièce et s'écrasa au mur, volant en éclats, dans un grand hurlement de fureur.
– Bon Dieu, Sherlock, quand grandiras-tu ? Overdose, sérieusement ? C'est vraiment AINSI que tu voulais fêter le millénaire ? Est-ce vraiment ainsi que je t'ai éduqué ?
Le silence lui répondit, seul témoin de sa frustration.
En chemin pour St Mary, Mycroft laissa son front se coller contre la vitre de la voiture gouvernementale qu'il avait eu le droit d'emprunter, vu le peu de personnes qui travaillaient, y compris dans son service, en ces premiers jours de l'année, et ses yeux se fermèrent.
Il avait beau y avoir réfléchi tant et plus au cours des dernières années, il ne savait pas ce qu'il avait raté ces dernières années. Il savait ce que ses parents avaient raté : le refus de reconnaître Sherlock pour ce qu'il était avait bien plus marqué l'enfant qu'on aurait pu le croire. Du coup, il avait préféré choisir un autre mot pour définir son cerveau qui allait trop vite et les mots qui sortaient de sa bouche de manière trop franche et totalement incontrôlée : sociopathe de haut niveau.
Et pour calmer son esprit beaucoup trop rapide, il avait choisi la drogue.
À quatorze ans, cela avait commencé par la cigarette. Mycroft ne s'était pas trop inquiété, pas encore. Sherlock testait les limites, se montrait insolent, fugueur, sécheur. Il faisait tout pour qu'on le remarque, pour qu'on l'aime, dans des tentatives de plus en plus désespérées qui ne lui attiraient que mépris, haine et colère de la part de ses congénères.
Même leurs parents, au bout d'un moment, cessèrent d'être surpris de trouver la police sur leur pas de porte tôt le matin, ramenant leurs fils mineur et fugueur. Il allait de soi que s'ils avaient attrapé Sherlock, c'était parce que ce dernier l'avait bien voulu.
Ils avaient perdu une enfant, ne voyaient plus assez Mycroft à leur goût, et constataient le déclin de Sherlock. Ils aimaient leurs enfants. Mais n'avaient plus la force de lutter contre l'intelligence dévastatrice de leur cadet : leur indifférence face à ses frasques avait fait bien plus de mal à Sherlock que toute la colère qu'ils auraient pu exprimer.
Mycroft, seul, n'avait pas abandonné. À distance, bien sûr, mais il avait été là, pilier inébranlable, soutien de ce petit frère qui lui était si cher. Il lui avait fait apprendre ses leçons, s'était assuré par des mots choisis que sa mémoire de Eurus était sous clé, lui avait enseigné de ne pas s'attacher, comment ne pas souffrir.
Il avait prouvé à son petit frère qu'il était là, qu'il l'aimait malgré tout. Il lui avait même assuré une place à l'Imperial College de Londres, dans une formation faite sur mesure pour lui, et son niveau en chimie qui égalait facilement un maître de thèse, dès l'âge de dix-huit ans.
Cela faisait deux ans que son cadet était à Londres, vivait de l'argent de Mycroft, n'allait pas vraiment en cours, se présentait à peine aux examens, ou complètement défoncé, et restait major de sa promo. Mycroft avait fermé les yeux, jusque-là.
Beaucoup de cigarettes. À partir de dix-huit, de l'herbe, du cannabis, des joints, des ecstasys, des hallucinogènes divers et variés. Son frère aurait pu ouvrir une encyclopédie de tout ce qu'il avait testé.
Mais jusqu'à présent, il s'était tenu éloigné de ce que Mycroft considérait comme vraiment dangereux. Il avait refusé de le considérer comme un junkie, avant aujourd'hui.
Mais aujourd'hui, il avait découvert la cocaïne au point d'en faire une overdose, et Mycroft devait cesser de se voiler la face : son frère était bien plus dépendant qu'il ne l'avait cru. Il allait devoir s'en occuper. Le sevrer. Lui couper les vivres et l'obliger à venir vivre chez lui, pour le surveiller. Ne rien dire à leurs parents, pour ne pas les inquiéter.
Il soupira profondément alors que la voiture s'arrêtait devant l'hôpital. Il aimait son petit frère. Il était tout ce qu'il lui restait. Il se souvenait encore très bien de la promesse qu'il s'était faite à lui-même, le jour où il avait décrété que le jour le plus important au monde, c'était celui de la naissance de son frère : toute sa vie, il le protégerait.
Et ce, y compris de lui-même.
Il pesta intérieurement en pénétrant dans l'hôpital, n'ayant aucune idée du service dans lequel Sherlock avait été admis, sous quel nom (il avait plus de fausses cartes d'identité que Mycroft ne pouvait en décompter sur une main), dans quelle chambre, et il détestait devoir se renseigner auprès de l'accueil comme tout le monde.
– Henry Sollow. Service de toxicologie. Chambre 1465, premier étage. Le patient est stable. Recherches en cours pour contacter sa famille et le faire prendre en charge. Café noir, bien serré.
Mycroft resta muet quelques secondes devant l'apparition, celle d'une jeune femme lui tendant un gobelet de café et lui énonçant exactement ce dont il avait besoin sans qu'il ait eu besoin de poser la moindre question.
– Anthea, se présenta-t-elle. Enchantée, Monsieur Holmes. Mon CV doit logiquement se trouver sur votre bureau. Et s'il n'y est pas, il faudrait qu'il le soit. Vous n'êtes pas d'accord ?
Ce jour-là, le premier du nouveau millénaire, en entrant dans la chambre de son frère endormi, junkie mais vivant, accompagné d'une femme dont il ne connaissait pas le vrai nom et ne voulait pas le savoir, buvant un café sans sucre absolument parfait, Mycroft prit une bonne et une mauvaise décision.
La bonne, ce fut d'embaucher Anthea l'après-midi même. Le sourire enchanté, mais très bref, de la jeune femme en disait long.
La mauvaise, ce fut d'ordonner à Sherlock de cesser ses enfantillages et qu'il devait reprendre sa vie en main. Le sourire mauvais et tordu d'hypocrisie de son cadet en disait long.
Prochain chapitre - Octobre 2003 - Publié le Me 05/12. Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
