Bonjour mes petits loirs bien-aimés ! Merci de votre accueil pour cette fic, cela me ravit de voir que ma vision de Mycroft vous plaît ;) Comme vous l'aurez remarqué, je suis assez occupée en ce moment, je réponds à vos reviews à un moment étrange, et je m'occupe toujours pas des reviews du Calendrier, c'est normal ;p

RaR des anonymes :

Morganne-bzh : Anthea est Anthea, elle est géniale xD En effet, les relations entre les deux frères ne vont pas aller en s'arrangeant ! Merci pour ta review, j'espère que la suite te plaira :)

Bonne lecture !


Octobre 2003 - Mycroft, trente ans, maître du monde

Pour ses trente ans, Mycroft s'était offert un cadeau : la plus haute place qu'il était possible d'atteindre au MI6. Soit, au final, la position de l'ombre la plus importante ou presque du Royaume-Uni. Il n'était pas maître du monde, pas vraiment, ce n'était qu'une blague entre lui et Anthea, mais au fond, c'était tout comme. Il dirigeait, d'une certaine manière, tout ce qui était important pour un État majeur, acteur principal de la mondialisation. Il était devenu le maître de son monde.

On lui avait reproché, bien sûr, son ambition. D'être aussi impitoyable. De ne laisser aucune chance à ses pairs. Il n'en avait pas fait grand cas. Il savait ce qu'il valait, ce qu'il méritait, et assez rapidement, il l'avait eu.

Joyeux anniversaire, Mycroft, s'était-il dit à lui-même ce jour-là. Aujourd'hui, tu as atteint le poste de tes rêves.

Et ce fut vrai. Pendant quelques mois, il avait été pleinement heureux. Diriger le MI6, avoir l'oreille attentive de la Reine, de la Chambre des Lords et de la Chambre des Communes était un rêve devenu réalité.


Depuis les presque quatre années qu'il avait passées au MI6, il n'avait jamais changé d'assistante. Anthea était parfaite, en tous points. Elle l'avait toujours été. Professionnelle, attentive, réactive, et intelligente, elle l'avait immédiatement séduit. Il avait sciemment ignoré n'avoir reçu aucun CV la concernant, qu'elle lui taise son vrai nom, ou le fait qu'elle n'avait de toute évidence jamais fréquenté d'université. La vie privée de sa plus proche collaboratrice ne le regardait pas. Il avait ses démons et ses secrets. Elle avait les siens. Quelle importance, tant que la compétence était au rendez-vous ? Il s'était assuré, bien sûr, de vérifier qu'elle ne divulguait aucun secret d'État. Elle ne l'avait jamais fait, malgré les tests et autres pièges qu'il avait semés sur sa route dans le but de vérifier sa loyauté. Elle n'avait jamais failli.

Mieux, elle était loyale à Mycroft avant d'être loyale à la couronne d'Angleterre, tout en osant exprimer à son patron ce qu'elle pouvait penser de ses actions, quand elle l'estimait nécessaire, et c'était cela plus que tout qui faisait d'elle une alliée de poids.

Il ne l'avait interrogée qu'une seule fois. Quand il avait compris que le poste qu'il convoitait serait bientôt à lui, pour son anniversaire.

– Il va me falloir ton nom. Ton vrai nom.

– Monsieur ?

– J'ai besoin de prendre quelques... sécurités pour la suite. Il va me falloir ton vrai nom, tu comprends ?

– Je comprends.

– Les choses évoluent. Soit tu es avec moi, soit...

Il avait laissé sa phrase se construire seule dans le silence de son bureau lambrissé. Elle n'avait pas cillé. Ni même paru surprise.

Puis, lentement, s'était assise dans le bureau en face de lui, avait ouvert la bouche, et avait parlé. Son nom, son identité, son parcours, ses failles, ses mensonges et ses secrets. Il n'avait pas prononcé un mot tout le temps que dura sa confession.

Puis il avait hoché la tête, et ouvert un tiroir.

– Tiens. J'ai pris la liberté de changer la date de naissance également.

Quand elle avait pris les papiers officiels qui faisaient d'elle Anthea Sterling, ce fut la première fois qu'il la vit surprise. Et profondément reconnaissante. Les sentiments, cependant, disparurent de son visage presque aussi vite qu'ils y étaient apparus. Elle savait être professionnelle en toute circonstances.

– Pourquoi le neuf avril ? osa-t-elle cependant demander en regardant une nouvelle fois le très officiel extrait d'acte de naissance.

Mycroft esquissa un demi-sourire. Il était venu le temps de se confier en retour.

– Parce qu'il s'agissait de la date de naissance de ma sœur. Désormais, je veux que tu te charges avec moi du dossier Eurus. Aucune note écrite ne sera tolérée, sur aucun support, ni aucun mémo vocal. Aucune trace, d'une quelconque manière que cela soit. Es-tu prête ?

– Oui, Monsieur.

Alors seulement, il parla à son tour.

Se confier à Anthea sur l'existence de Eurus avait rendu les choses plus faciles. Elle était déjà, bien évidemment, très au fait de toutes les frasques de Sherlock, mais l'existence de Eurus avait permis une bien meilleure compréhension des choses pour elle. Elle était, ainsi, plus proche de son patron, et plus à même de l'assister le plus efficacement possible.


– Monsieur ? Toujours rien. Je suis désolée.

Il n'y avait pas vraiment lieu d'en dire plus, et Mycroft ne répondit rien. Trente ans, maître du monde (du moins, de celui qu'il voulait diriger), enfin des pouvoirs les plus étendus possibles pour veiller sur ce qui lui était cher, et cela faisait officiellement deux semaines qu'il n'avait aucune nouvelle de Sherlock.

– À partir de combien de temps faudra-t-il le considérer comme décédé ? demanda-t-il d'une voix monocorde à son assistante.

– En l'absence de corps, il faudrait qu'il soit déclaré disparu par une proche famille, qu'il soit considéré comme en danger pour lui-même et pour autrui afin de justifier la saisine officielle d'une enquête de police pour personnes disparues, et qu'il s'écoule un délai variable durant lequel tout sera mis en œuvre pour le retrouver. À l'issue de ce délai, il est possible, dans certains cas, très rares pour un adulte, de faire prononcer une ordonnance de décès par un juge.

Le ton était professionnel, et Mycroft connaissait la réponse, au fond. Sherlock avait vingt-trois ans, bientôt vingt-quatre. Légalement, il était un adulte. Aucun des pouvoirs dont Mycroft disposait désormais ne suffirait pour faire comprendre à un juge que son frère était juste perdu et qu'il avait besoin qu'on s'occupe de lui.

Aux yeux de la loi, il était majeur, junkie et sans domicile fixe. Aucune enquête ne serait ouverte pour le retrouver, même si Mycroft lui-même le demandait. Et de toute manière, dans quel but ? Ils ne le retrouveraient pas. Mycroft avait essayé. Cela faisait deux semaines que son cadet s'était enfui du dernier centre de désintoxication où Mycroft l'avait fait admettre de force pour essayer de le sevrer (pour la neuvième fois), et depuis, pas une mèche de cheveux de son petit frère n'était apparue sur ses radars. Il avait vidé ce qui lui restait sur son compte en banque, taxé à Mycroft de l'argent grâce à une carte bleue qu'il lui avait volée, avait récupéré des affaires dans le dernier appartement dans lequel il avait habité, et s'était ensuite évaporé.

Mycroft n'était même plus sûr qu'il soit en Angleterre. Rectification. Il était sûr qu'il n'était plus en Angleterre. Sinon, il l'aurait trouvé.

C'était là qu'il avait compris. À quel point, quand il s'agissait de Sherlock, il n'était qu'un idiot stupide, borné, aveuglé. Il avait cru tenir le monde entre ses mains, et son frère avec lui. Il avait tort. Il avait le monde. Il n'avait pas Sherlock.

Finalement, Sherlock avait bien appris sa leçon. Il ne s'était attaché à personne. Ne ressentait plus rien pour quiconque, y compris sa propre famille. Mycroft, dans sa folie et sa mégalomanie, s'était cru assez important pour son petit frère pour que, malgré ses frasques, ses fuites des centres de désintoxication et ses overdoses dans des squats, il reste à Londres et l'écoute.

Mais il n'en était rien. Sherlock était resté dans les parages parce que ça l'amusait, probablement. Ou parce que c'était plus simple pour lui de poursuivre ainsi sans avoir à se refaire un réseau complet pour trouver la meilleure cocaïne du marché au meilleur prix, pour savoir où se fournir en héroïne quand il avait besoin de changer, et à qui s'adresser pour obtenir des composants chimiques de première qualité pour faire des mélanges de haute précision dont la vente aurait pu assurer ses revenus pour le reste de sa vie. Après tout, les « chimistes » du milieu, ceux qui traitaient le pavot pour en faire de l'héroïne, étaient payés selon la qualité et la pureté de l'héroïne qu'ils produisaient. Avec son talent, Sherlock, Mycroft n'en était que trop conscient, aurait pu être l'un des meilleurs et s'arracher sur le marché noir. Au lieu de quoi, il faisait ses mélanges persos pour sa propre consommation par simple envie et pur ennui.

C'était totalement Sherlock. Tout avait commencé quand il avait décrété qu'il s'ennuyait à l'université. Tout avait été ensuite bon pour occuper son cerveau. Cigarettes, drogue, alcool, tripots, cercles de jeux. Il se faisait plus d'ennemis que d'amis sur sa route. Les rares qui le protégeaient le faisaient en ayant conscience du profit que son magnifique cerveau pouvait générer, bien employé. Ils croyaient le manipuler, jouer avec lui, le plumer en lui offrant une part risible des gains énormes qu'ils empochaient grâce à lui.

Mycroft les voyait pleurer, hébétés, quand Sherlock, parfaitement conscient de ce qu'on faisait de lui, retournait sa veste quand il se lassait et que ces petits malfrats se retrouvaient violemment condamnés à mort (par la loi de la rue) ou à la prison à perpétuité (par le tribunal officiel), arroseurs arrosés, piégés par le génie sans limite de son cadet.

Mycroft, folle arrogance, avait cru que parce qu'il connaissait son frère, ses méthodes, son intelligence, il ne pouvait pas être l'arroseur arrosé. Il s'avérait que si, finalement. Sherlock avait juste accepté de jouer avec lui plus longtemps qu'avec tous les autres. Puis il s'était lassé, avait quitté l'énième centre de désintox où Mycroft l'avait placé de force, et il avait disparu des radars avec brio.

Mycroft se renfonça dans le siège si confortable de son bureau, s'autorisant un soupir, à fermer les yeux, à se reconcentrer sur lui-même, un bref instant. Après la première overdose de son petit frère trop intelligent et complètement stupide, il l'avait retrouvé et lui avait asséné une phrase dont il se souvenait très bien « fais des listes, Sherlock. Si tu veux être stupide, ça te regarde, mais au moins fais une liste, que je puisse savoir ce que tu as dans le sang quand je te récupère ».

Sherlock avait obéi, et Mycroft n'avait plus jamais douté qu'il trouverait sur le corps convulsant de son cadet un morceau de papier listant, sinon exhaustivement, au moins globalement, tout ce que Sherlock avait ingéré d'une quelconque manière (bu, fumé, sniffé...) ce jour-là. Mycroft s'en enorgueillissait. Se disant que son frère n'était pas entièrement perdu, qu'il savait ce qu'il faisait, qu'il comptait sur Mycroft. Il s'était aveuglé, s'était persuadé qu'il s'agissait d'appels à l'aide, qu'un jour Sherlock allait accepter sa main tendue, la désintox, et que tout irait bien. Parce que s'il écrivait ces fichues listes, c'était bien la preuve qu'il ne voulait pas mourir, non ?

Mais au fond, c'était faux. Pour toutes les listes que Mycroft avait vues, combien Sherlock en avait rédigées qu'il avait ensuite brûlées parce qu'il n'avait pas eu besoin de l'aide de son frère aîné ? Dix fois plus ? Vingt fois plus ? Mycroft ne savait même pas. Il s'était hissé à la plus haute place de ce pays, et il ne savait même pas ce que faisait réellement son petit frère. Ni où il était désormais. Il comprenait de moins en moins Eurus, qui grandissait toujours enfermée. Ses relations avec ses parents étaient de plus en plus compliquées, étiolées.

Pour ses trente ans, Mycroft s'était offert la place de maître du monde et il avait cru que c'était le plus beau cadeau qu'il pouvait recevoir. Trois mois après, il était toujours le maître du monde et jamais il ne s'était senti aussi impuissant de toute sa vie.

– Arrêtez les recherches, décida-t-il finalement de guerre lasse.

Anthea ne manifesta aucune surprise, se contentant de hocher la tête, prête à obéir à son patron, comme toujours.

– Ça ne sert à rien. S'il veut réapparaître, il le fera. Laissez son nom dans les morgues et les centres de désintoxication, au cas où, mais arrêtons les recherches. Il reviendra bien un jour...

Ce jour-là, Mycroft l'ignorait encore, mais l'absence de son frère allait durer plus de quatre ans.


Prochain chapitre - Mai 2008 - Publié le Me 12/12. Reviews, si le coeur vous en dit ? :)