Bonjour mes petites mésanges ! Encore une fois, j'ai fait les RaR à un moment incongru. Encore une fois, je me bats pour vous répondre et vous envoyer le chapitre, parce que je sais pas qui est le con qui a mis la fin de l'année en décembre mais franchement, c'était un mauvais plan ! Trop de trucs à faire professionnellement et IRL, c'est rude !

A partir de maintenant, vous allez reconnaître les évènements... c'est qu'on s'approche de la fin, ce chapitre est l'ante-pénultième ! ;)

RaR des anonymes :

Morganne-bzh : fallait bien que Sherlock revienne dans le paysage, et j'aime cultiver cette ambivalence chez Mycroft : son bonheur, c'est son frère, pourtant il avait réalisé qu'il n'a jamais été aussi heureux qu'en son absence... et il est quand même heureux de le revoir ;) Rien n'est jamais simple, en effet, dans la vie de Mycroft ;p J'espère que la suite te plaira :)

Bonne lecture ! :)

Juin 2011 - Mycroft, trente-sept ans, sur le point de tomber

Il n'y avait pas beaucoup de gens, dans la vie de Mycroft, qui étaient réellement dignes d'intérêt selon lui. Plus le temps passait, plus il prenait de l'âge et du pouvoir, et plus il lui semblait que les gens responsables de la sécurité et de l'avenir de son pays étaient incompétents. Cependant, il ne pouvait pas être partout, et ne pouvait pas tout faire, et même s'il déléguait souvent à Anthea (toujours présente malgré les années, toujours fidèle, toujours parfaite) ou à des collaborateurs plus ou moins compétents, il y avait des failles parfois.

Il avait appris à ne plus s'en formaliser. La perfection n'existait pas. Il avait commis des erreurs, en commettrait sans doute d'autres. Il pouvait vivre avec ça et sa conscience.

Et puis, il y avait tout de même des personnes affreusement banales sur lesquelles il pouvait, bizarrement, compter, et c'était plaisant.

Gregory Lestrade et John Watson étaient de ceux-là.

Le premier avait arraché Sherlock à la drogue. Et le deuxième lui avait évité toute rechute. Venant de deux hommes qui n'avaient pas grand-chose pour eux, c'était absolument aberrant, surprenant, un vrai miracle.

Gregory Lestrade, le premier, avait scié Mycroft. Après son appel, il avait récupéré son frère, qui avait accepté la désintox, et n'avait plus, dès lors, retouché une seringue de sa vie. Gregory avait été présent durant tout le processus et avait accompagné Sherlock sans aucun autre intérêt que le bien-être du jeune homme. Le policier était simplement fasciné par le génie de Sherlock, sa capacité à résoudre les devinettes, la passion qu'il mettait devant une bonne enquête.

Rapidement après le sevrage de Sherlock, Lestrade avait obtenu une promotion pour le grade supérieur, devenant DI pour Scotland Yard. Mycroft jurait qu'il n'y était pour rien (ce qui était entièrement vrai, au demeurant) mais personne ne semblait le croire. Lestrade, malgré un air soupçonneux, n'avait finalement pas fait de commentaire, et simplement accepté cette marque de confiance de sa hiérarchie, et s'était empressé de faire intervenir Sherlock sur une enquête complexe dont il avait la charge.

Cela ne s'était pas très bien passé. Les manières de Sherlock, trop emphatique, peu respectueux du deuil des parents concernés, relativement malpoli, souvent inconséquent, avaient fortement déplu. Y compris à Lestrade.

Ils avaient fini par trouver un certain équilibre, le DI faisant épisodiquement appel à Sherlock, qui avait lui-même ouvert un blog parfaitement délirant, et avait décidé d'exercer le métier de détective consultant.

Gregory Lestrade était assurément ce que Sherlock avait de plus proche d'un ami, et Mycroft se souvenait un peu trop bien de ce qui était arrivé au dernier ami de Sherlock. Eurus, bien sûr, était sous contrôle. Mais une partie de Mycroft ne pouvait pas s'empêcher de penser que vivre dans l'entourage de Sherlock était dangereux, pour quiconque. Et il avait une réelle affection pour l'homme loyal et droit qu'était Lestrade, et qui arrivait à canaliser son cadet.

C'était donc uniquement pour le protéger que Mycroft lui avait proposé de le payer pour surveiller Sherlock pour son compte. Et certainement pas pour être sûr de voir l'homme régulièrement lors de leurs points d'étape. C'était un homme parfaitement insipide, de quarante ans, en procédure de divorce bientôt achevée, il n'avait aucun autre attrait que d'être une porte d'entrée vers Sherlock, rien de plus.

Quand Mycroft avait avancé sa proposition, un contrat en bonne et due forme, avec un cadre blanc dans l'espace réservé au montant du paiement, Lestrade étant libre de choisir sa rémunération, il avait perçu l'hésitation dans son regard. La sensation d'être achetée. De devenir le jouet de Mycroft, son espion. La trahison envers Sherlock.

Lestrade avait aussi vu Sherlock sous cocaïne, en overdose, sous méthadone. Il était un génie, mais il était aussi dangereux pour lui et les autres, et le DI savait que la canalisation du jeune homme passait par son frère.

Il avait inscrit une somme exorbitante, par défi. Mycroft n'avait pas sourcillé. Il avait signé le contrat. Ils avaient échangé une poignée de mains. Puis ils étaient allés dîner. Pour parler de Sherlock, bien sûr, c'était là le cœur de leur relation.

Mycroft, depuis lors, faisant semblant d'ignorer que l'argent qu'il versait mensuellement au DI était intégralement reversé à des associations diverses et variées, ou servait à faire des cadeaux luxueux à Noël à sa mère, qui vivait chichement et s'était battue pour l'élever convenablement et pour laquelle il avait une forte tendresse. Lestrade ne jouissait jamais personnellement de l'argent qu'il extorquait à Mycroft.

Ou alors, s'en servait pour payer les restaurants coûteux qui, parfois, remplaçaient les entrepôts ou le bureau de Mycroft pour leurs points d'étape sur la santé mentale du cadet Holmes.


Quand était venu le brave et doux docteur John Watson, les choses avaient changé. Il avait refusé l'offre de Mycroft sans la moindre hésitation, avait tué pour Sherlock moins de vingt-quatre heures après l'avoir rencontré, n'en souffrait d'aucune culpabilité, et avait une lueur dans le regard qui avait effrayé Mycroft. Là où Lestrade était ce que Sherlock avait de plus proche d'un ami, John Watson avait tout bouleversé.

Mycroft n'était même pas sûr que son frère, devenu sans qu'il s'en rende compte un adulte confirmé et capable de gérer sa propre vie (même si Mycroft préférait continuer d'interférer. Par habitude. Et au cas où. Ne rien laisser au hasard), avait conscience de comment il regardait John Watson. Et de comment John Watson le regardait.

Sherlock avait des amis, un cercle de proches hétéroclite et extrêmement réduit, composé essentiellement de Gregory Lestrade, Molly Hooper et Martha Hudson, mais il n'avait jamais rencontré quelqu'un comme John Watson.

Mycroft cessa de s'inquiéter pour son frère, en colocation avec son ami. Sherlock n'avait, de toute évidence, aucunement conscience, de la nature du lien qui l'unissait au médecin. C'était bien au-delà de ce que Sherlock avait ressenti pour Victor, mais Victor s'était transformé en setter irlandais du nom de Barberousse dans l'esprit de Sherlock, et c'était mieux ainsi.

Mycroft pouvait se concentrer sur sa vie, sa position au sein de la société, l'implication qu'il avait dans les affaires du gouvernement, au point d'en mériter ce surnom que lui donnait ironiquement Sherlock.


Et puis un jour, Anthea était entrée dans son bureau sans frapper, comme toujours :

– Monsieur ? Vous devez voir ça.

James Moriarty n'était alors qu'un nom, mais un nom dangereux, et il était entré dans la vie de Mycroft bien avant celle de Sherlock.

Mycroft avait eu raison de se méfier de ce qui n'était alors qu'un nom. Le jour où Moriarty était devenu réel, cela avait été pour se matérialiser devant Sherlock, et le jeu avait pris une nouvelle dimension.


Mycroft n'était pas idiot. Si Moriarty n'avait jamais voulu qu'on l'attrape, ou qu'on connaisse son nom, personne n'en aurait jamais rien su avec précision. Si Moriarty avait un problème, c'était bien sa mégalomanie. Son besoin viscéral de reconnaissance, pour le jeu. Il était facile d'être un criminel anonyme que personne n'attrapait. Il était nettement plus difficile d'être un criminel que tout le monde connaissait et dont le nom inspirait la crainte et une certaine forme de respect, mais que personne n'attrapait. Or c'était à ce jeu-là que Moriarty voulait jouer.

Et il voulait jouer avec Sherlock.

Mycroft avait eu peur. Pas parce qu'il ne faisait pas confiance au génie de son petit frère, surtout avec le docteur Watson dans les parages, qui avait un effet apaisant sur son cadet, mais parce que Moriarty était différent. Et qu'il saurait attirer Sherlock comme une lumière attirait le papillon dans la nuit.

Pire encore, Eurus avait eu alors vent de l'existence de James Moriarty, et les choses étaient alors devenues réellement compliquées. Eurus avait bien grandi, elle aussi, et son génie, dans un genre très différent de celui de Sherlock, avait grandi avec elle. Elle n'avait accès à aucune ressource, mais il lui suffisait de moins d'une heure sur Twitter pour déterminer un futur attentat et leur permettre de l'éviter. C'était sans doute au cours de l'une de ses sessions, pourtant sous contrôle, où elle avait accès à beaucoup trop d'informations, qu'elle avait récupéré le nom.

Et que l'homme l'avait fascinée. Parce que James Moriarty était intéressé par Sherlock Holmes, et que c'était probablement la chose qui intéressait le plus au monde Eurus : son grand frère qu'elle ne connaissait pas. Le petit garçon qui ne voulait pas d'elle dans ses jeux, qui la repoussait. Eurus avait grandi, et son génie avait grandi avec elle, mais elle était restée au fond la petite fille avec laquelle Sherlock refusait de jouer, lui préférant Victor Trevor.

Quand Eurus avait demandé son cadeau de Noël, cette année-là, Mycroft avait hésité. L'année dernière, elle avait demandé un violon. Dès lors, elle jouait aussi bien ou presque que Sherlock, qui avait pris des cours durant des années et des années.

Sa requête cette année avait été plus singulière. Cinq minutes de conversation non enregistrée avec le criminel consultant. Mycroft savait qu'il aurait dû refuser. C'était trop dangereux. Eurus était trop souvent hors de contrôle. Moriarty passait entre les mailles de leurs filets systématiquement, laissant cependant des traces par pur défi, par jeu, par ennui.

Mycroft s'était convaincu qu'il n'avait pas le choix. Et après tout, Eurus était sous bonne garde. Il s'était convaincu que cela ne risquait rien.


Aujourd'hui que Sherlock était accusé d'être le plus grand imposteur de tous les temps, et James Moriarty une des pires inventions de son cerveau dérangé, Mycroft se demandait qu'avaient réellement été les implications de cette rencontre.

– Vous avez vu le carnet d'adresses de votre frère, récemment ? Deux noms. Le vôtre. Et le mien.

Pauvre John Watson et ses pathétiques tentatives. On ne pouvait cependant que lui reconnaître sa fidélité et sa loyauté pour Sherlock.

– Et Moriarty n'a rien obtenu de moi.

Évidemment que James Moriarty n'avait rien obtenu de John Watson. John Watson était un soldat, et il aurait préféré mourir pour Sherlock que de dire un seul mot.

Durant la détention officielle du criminel consultant, après son arrestation à la Tour de Londres, en attendant ce simulacre de procès qu'il avait manipulé de bout en bout, Mycroft avait enfin pu discuter avec le génie du mal. Bien sûr, le gouvernement voulait à tout prix récupérer ce code secret et magique qui permettait d'ouvrir toutes les portes et dont Moriarty vantait l'existence. Certains de leurs experts disaient que c'était impossible, et Mycroft était plutôt de leur avis, mais interroger l'homme, quelque que soit la méthode d'interrogatoire retenue, ne pouvait pas faire de mal.

Même si, au final, la seule méthode qui avait fonctionné, c'était la présence de Mycroft. Et cela ne les avait pas aidés. Ni à récupérer le code, ni infirmer ou confirmer son existence. Ni, et c'était tout ce qui importait à Mycroft, de savoir ce que Eurus lui avait dit, durant ces cinq minutes dont Mycroft ne savait rien.

Le procès les avait contraints à arrêter les interrogatoires. Et quand Moriarty était reparti, libre comme l'air, la machine infernale s'était mise en route.

Mycroft savait les informations qu'il avait fournies à James Moriarty à propos de Sherlock, en échange de quelques renseignements nécessaires à la sécurité du pays.

Sherlock savait les informations que son frère avait délivrées à James Moriarty.

Mais Sherlock ne savait pas qu'il avait une sœur, et que cette sœur avait rencontré James Moriarty durant cinq très longues minutes. Et Mycroft, qui savait qu'il avait une sœur et que cette sœur avait rencontré James Moriarty cinq très longues minutes, ignorait la teneur de cette conversation.

Ils fonctionnaient bien trop à l'aveugle dans cette histoire.

Était-ce pour cela qu'ils se tenaient là, désormais ? Ils s'apprêtaient à plonger. Sherlock physiquement. Et Mycroft métaphoriquement. Il ne se tenait pas en haut d'un toit, pas comme son frère en cet instant précis, mais c'était tout comme. Leur plan était compliqué, rempli d'incertitudes, de variables imprévisibles.

Et si Sherlock devait finalement sauter, et que cela ne fonctionnait pas et qu'il allait réellement rencontrer le bitume dur trois étages plus bas ? Et si le réseau de Moriarty qu'ils avaient identifié était plus étendu, plus vaste, plus compliqué à dénouer ? Et si Sherlock, sur le terrain, privé du soutien de John Watson, replongeait ? Et si ?

– Monsieur ? Vous paraissez en avoir besoin.

Anthea venait de déposer une aspirine sur son bureau. Mycroft lui offrit un pauvre sourire, épuisé. John Watson devait être en train d'accourir auprès de Sherlock, en cet instant. Moriarty et Sherlock étaient en haut d'un toit. Gregory Lestrade, dans son bureau de Scotland Yard, était surveillé à chaque seconde par un tueur. Martha Hudson était probablement surveillée par un sniper. Et si Moriarty avait bien fait son job, il aurait prévu l'arrivée du Dr Watson à Saint Bart's et placé un dernier tireur à proximité.

Leur sort à tous était déjà joué. Mycroft ne maîtrisait plus rien, plus rien du tout. Tout était dans les mains de Sherlock, désormais. Et Mycroft se sentait au bord du vide.


Prochain chapitre - Septembre 2013 - Publié le Me 26/12. Reviews, si le coeur vous en dit ? :)