Bonjour mes petits varans ! En période de vacances, surtout de Noël, je n'ai pas une seconde à moi, le peu de temps que j'ai, je le passe à faire les choses urgentes (comme uplaoder les chapitres et appuyer sur publier ;p), mais je me suis pressée pour vos RaR, je me bats pour vous ! Passez de joyeuses fêtes de fin d'année ! Merci d'être là, formidables et merveilleux comme toujours ! :) On approche du dénouement final !

RaR des anonymes - Morganne-bzh : Je suis si nulle que ça en suspense ? xD Sans surprise, on revient donc après la mort de Sherlock... ;) Merci pour la review, j'espère que la suite te plaira :)

Bonne lecture ! :)

Septembre 2013 - Mycroft, quarante ans, de retour sur le terrain

Même mort, Sherlock arrivait à être l'une des sept plaies d'Egypte. Ou la huitième, Mycroft n'était pas très versé en Egypte ancienne, et il s'en moquait. Tout ce qui comptait, c'était que son frère était agaçant.

Déjà, il fallait payer la concession dans ce fichu cimetière londonien, et pourquoi personne, pas même Anthea, n'avait songé à regarder le prix d'une concession dans un cimetière londonien, avant toute cette affaire ? Tout ça pour un cercueil vide, c'était vraiment cher payé. Si au moins tout le monde avait oublié Sherlock, Mycroft aurait pu arrêter cette dépense inutile, et la pierre tombale aurait été enlevée, le cercueil ouvert, le cadavre (qui n'existait donc pas, ça aurait posé problème) mis en fosse commune ou en ossuaire. Mais non, des tas de gens, les amis de Sherlock, continuaient de se presser régulièrement sur sa tombe, John Watson en tête.

Alors Mycroft payait.

Ce n'était pas la seule chose qu'il payait. Quand il avait mis son frère dans un avion pour l'Ukraine (après s'être assuré que son russe était toujours suffisamment au niveau), il lui avait fourni le plus précieux des sésames : Carte Bancaire platine, montant illimité, toujours approvisionnée, fonds secrets du MI 6 et de quelques généreux donateurs publics et privés à travers le monde qui savaient l'importance de détruire le réseau de Moriarty. Sherlock, en temps normal, était désintéressé de l'argent. Mais les deux hommes savaient que la mission du cadet aurait des frais, et il fallait bien les couvrir, alors Sherlock avait accepté.

Mais depuis, il semblait parfois qu'il l'utilisait uniquement pour narguer son frère. Un spa de luxe, vraiment ? Lui qui détestait être touché ? Qui détestait se baigner ? Sherlock avait voulu être pirate, jamais nageur olympique. Il mettait ses pieds dans l'eau de la rivière derrière Musgrave pour faire flotter les fiers navires de sa flotte, jamais pour plonger. Même sous couverture, Sherlock n'était pas crédible dans un spa. C'était de toute évidence pour agacer Mycroft avec des factures aux montants exorbitants.

Et ce n'était qu'un exemple parmi tant d'autres des dépenses inconsidérées que Sherlock s'amusait à faire.


Ce qui agaçait également Mycroft, c'était l'absence de nouvelles régulières. Il savait que ce n'était pas vraiment la faute de son cadet, ça l'exaspérait quand même. Parce qu'il devait toujours se rendre disponible, en toutes circonstances, juste au cas où. Et le ton ironique de son frère « toujours vivant, grand frère, comme tu peux l'entendre » avait le don de l'énerver plus que de raison.

Devoir continuer à surveiller le gentil Docteur Watson, complètement brisé après le suicide de Sherlock, avait également agacé Mycroft, fut un temps. Ce n'était plus le cas. Désormais, cet état de fait l'amusait plus qu'autre chose. Son frère n'avait, de toute évidence, jamais compris ou voulu comprendre la profondeur de la relation qui l'unissait à John Watson. Mycroft et ses leçons martelées sur l'importance de se détacher des relations humaines y étaient sans doute pour quelque chose, mais il n'en culpabilisait pas vraiment.

Watson, en revanche, n'avait pas eu l'enseignement de Mycroft et aimait s'attacher. Et il était vraiment bien attaché, depuis quelques temps, à une femme tout à fait charmante. Mycroft doutait que ça, Sherlock l'ait vu venir.

D'ailleurs, quand il appelait, il avait l'arrogance de ne jamais demander des nouvelles de John. Comme s'il pouvait le déduire, comme s'il le savait déjà. Mycroft avait déjà hâte du moment où son frère retomberait sur Terre.

Une autre des choses qui énervait Mycroft, c'était de ne plus avoir besoin de rémunérer Gregory Lestrade pour l'espionnage de Sherlock, ce dernier étant officiellement mort. Le gain causé par cette dépense en moins ne comblait absolument pas celles faramineuses de Sherlock. Et privait Mycroft de la compagnie du DI. Cela le chagrinait, et l'énervait d'être bêtement chagriné par cet état de fait.


La dernière chose qui énervait Mycroft, c'était le dernier rapport de son frère. Le réseau de Moriarty était mort et enterré partout dans le monde. Ne restait qu'un minuscule point sur la carte, en Serbie. Le rapport de Sherlock indiquait sans fioritures qu'il était plus que probable qu'il serait attrapé et emprisonné sous peu. Il avait un peu trop énervé un parrain local. Vu que Mycroft n'avait plus de nouvelles de lui depuis, il en avait déduit que son frère avait eu raison comme toujours, qu'il était en train de pourrir dans une geôle serbe, et qu'il fallait que quelqu'un aille le sortir de là.

Et il entendait encore la voix d'Anthea :

– Aucun agent disponible, monsieur, à qui cette mission pourrait être confié sans risque. Notamment aucun ayant des notions de serbe suffisante pour s'infiltrer sur le terrain, ou d'apprendre les bases de la langue suffisamment rapidement.

Le regard de sa secrétaire en avait dit long sur ce qu'elle pensait. Manifestement, un homme incapable d'apprendre une nouvelle langue en une journée était un raté. Elle, elle aurait parfaitement pu se transformer en native serbe en deux jours s'il l'avait fallu. Mais elle était femme, et le milieu machiste dans lequel Sherlock s'était perdu ne l'accepterait jamais.

Ne restaient que les yeux perçants d'Anthea posés sur lui.

– Vous n'y pensez pas, répliqua Mycroft à la phrase qu'elle n'avait pas dite mais pensait trop fort.

– Vous êtes la personne la plus indiquée, répondit Anthea d'une voix neutre. Ni le serbe, ni l'activité physique, ni reconnaître SH ne vous posera de problèmes.

Les mots « Sherlock Holmes » n'étaient plus jamais prononcés à voix haute, par mesure de sécurité.

– Sur le terrain ? siffla Mycroft, sarcastique.

Ce n'était pas vraiment ainsi qu'il avait imaginé passer l'année de ses quarante ans. Anthea haussa les épaules, son visage restant neutre.

– Ce ne serait pas la première fois, monsieur.

Elle avait raison, bien sûr, mais pour Mycroft, chacune des missions qu'il avait dû mener (notamment pour obtenir la tête du MI6) sur le terrain équivalait à l'enfer, et datait de plusieurs années. À choisir, il aurait mille fois préféré un entretien diplomatique dans un pays dont il maîtrisait encore moins bien la langue que le serbe et avec des politiques susceptibles et à cheval sur la politesse. Ils n'avaient pas des dossiers à finaliser avec la Corée du Nord, en ce moment ? Mycroft aurait préféré.

– Trouvez-moi une méthode rapide pour le serbe, soupira-t-il finalement. Affrétez un avion prêt à décoller dans quatre heures. Préparez ma valise, mes papiers d'identité, et tout ce qu'il faut. Vérifiez la dernière localisation connue du Baron Maupertuis.

Il se donnait deux heures et demi pour apprendre la langue. Il finaliserait tout ça dans l'avion.


Quatre heures plus tard, sur un tarmac, Mycroft donnait ses dernières instructions à Anthea pour tout gérer en son absence. Et maudissait Sherlock, une fois de plus, de l'obliger à se rendre sur le terrain.

Mais Londres avait besoin de Sherlock Holmes, et le réseau de Moriarty était détruit. Il était tant que son frère revienne à la vie.


Enfin, Mycroft était arrivé au bout, suite à plus d'un mois sous couverture. Infiltré sous la fausse identité d'un « ami » recommandé par un réseau extérieur, il lui avait été nécessaire de faire ses preuves, montrer sa bonne foi, et répondre à de nombreux interrogatoires pour valider son identité avant que les geôliers de son frère ne lui fassent enfin confiance. Heureusement, l'identité fournie par Anthea précisait qu'il n'était pas serbe d'origine. Le léger accent dont il n'avait pas réussi à se départir ne dénotait donc pas trop.

Et Mycroft y était enfin parvenu. À se faire respecter et prendre le pouvoir sur ce ramassis de criminels et d'assassins. À se déplacer avec eux, rencontrer les plus hautes sphères de leur petit gang, à être mis dans la confidence des secrets. À infiltrer leur repaire maître, le centre de contrôle de leur pouvoir, là où était gardé les plus importantes prises. Et à avoir le droit d'assister à l'interrogatoire de leur prisonnier VIP. Il avait frémi en reconnaissant son frère, son petit frère, qu'il avait juré de protéger depuis sa naissance, ainsi enchaîné. On lui avait précisé, avec des rires gras de joie, que le prisonnier n'avait pas eu le droit de dormir depuis trois jours. S'il ne parlait pas d'ici peu, son corps attendrait ses limites.

Mycroft trouvait cela très exagéré. Au bout de quatre ou cinq jours, la plupart des gens commençaient en effet à souffrir du manque de sommeil. Le record du monde était cependant de onze jours. Et dans le cas de Sherlock capable de manipuler son corps à sa guise et de prendre du repos similaire à une nuit de six heures en une heure et demi, Mycroft était sûr qu'il pouvait tenir plus longtemps... dans des circonstances normales.

Ces hommes étaient rodés aux techniques de torture les plus abouties. Désorienter un prisonnier en l'obligeant à oublier les cycles normaux d'une journée, en lui faisant confondre le jour et la nuit, en ne lui laissant jamais de repos, et en revenant toujours à la charge au moment où il s'y attendait le moins était pour le moins classique.


Sherlock n'avait pas été épargné. Mais Mycroft ne pouvait rien faire, pas encore. Alors il s'assit sur une chaise, prenant la posture décontractée qu'on attendait de lui, et il endura en silence le passage à tabac de son frère.

Quand soudain, le bourreau s'arrêta. Le prisonnier avait parlé.

– шта је он рекао? [1] demanda Mycroft, maudissant son accent.

La réponse du bourreau le surprit. Une affaire de tromperie ? Sérieusement, Sherlock ? C'était le bon moment pour ça ? Qu'espérait-il, à part gagner de nouvelles cicatrices en plus de celles qui marbraient déjà son corps ?

Sherlock avait décimé le réseau de son pire ennemi en connaissance de cause. Mycroft découvrait seulement aujourd'hui à quel point les rapports de son frère avaient été parcellaires, morceaux choisis de ce que le cadet voulait que l'aîné sache. Il avait déjà été torturé avant ce malheureux épisode, Mycroft pouvait le dire. Une part de lui savait que Sherlock l'avait enduré et accepté en connaissance de cause. L'autre, celle du petit garçon de six ans à qui on expliquait qu'il était grand frère, en avait le cœur au bord des lèvres.

Mais il ne le dirait pas. Il ne dirait rien. Il y avait bien longtemps qu'il n'était plus le Grand Frère de Sherlock, le héros de sa jeune vie. Mycroft n'aurait pas su dire de quand cela datait ? L'arrivée de Victor ? La mort de Victor ? L'incendie de Musgrave ? La perte de mémoire de son cadet à propos de leur benjamine ? La découverte de la cocaïne ? Avant ? Après ?

Mais l'heure n'était pas à l'introspection. Sherlock, dans un serbe murmuré sans la moindre note d'accent (Mycroft était presque jaloux), était en train d'attiser la jalousie de son bourreau.

– ... са нашим ближњим комшијом ?[2]

Mycroft avait presque envie de hausser un sourcil surpris. Il n'aurait su dire si son frère inventait toute l'histoire de tromperie au fur et à mesure, ou s'il s'agissait de la vérité. Car si c'était le cas, vu l'état de délabrement de son cadet, il faisait fort. Son visage n'était pas aussi tuméfié que le reste de son corps, mais il était dans un sale état, et le sang sur son visage et ses yeux ne simplifiaient pas sa vision.

Et pourtant, le plan absurde de Sherlock fonctionna. Sans demander son reste, le bourreau fuit la pièce, laissant, enfin, les deux hommes, les deux frères, ensemble. Pour la première fois depuis un petit peu plus de deux ans.

Par mesure de précaution, Mycroft préféra s'adresser en serbe à son frère. La langue étrangère empêcherait sa voix de trop trembler.

– Немаш појма које сам имао проблем да нађем.[3]

Son frère comprit-il à ce moment-là, reconnaissant le ton de son frère malgré le serbe et malgré l'accent ? Ou bien l'avait-il compris avant ? Ou bien quand il s'approcha et qu'il recommença, rapidement, à lui parler dans leur langue maternelle ?

– Maintenant, écoute-moi. Il y a un réseau terroriste souterrain à Londres et une attaque massive est imminente. Désolé, mais les vacances sont finies... mon très cher frère. Retour à Baker Street, Sherlock Holmes.

Il ne leur restait qu'à sortir d'ici, ce qui, à deux et avec le soutien de l'hélicoptère qu'Anthea avait logiquement fait préparer à proximité, ne devrait pas se révéler trop compliqué. Mycroft avait besoin de se débarrasser de ses vêtements, de son rôle, de redevenir lui-même.

Et il avait aussi besoin de son frère, vivant et en bonne santé, près de lui, à Londres.


[1] Qu'a-t-il dit ?

[2] …avec notre voisin ?

[3] Tu n'as aucune idée du mal que ça m'a pris pour te trouver.


Prochain (et dernier !) chapitre - Janvier 2016 - Publié le Me 02/01/2019. Reviews, si le coeur vous en dit ? :)