Bonjour à vous mes jolis petits colibris ! Belle et heureuse année à vous, je vous souhaite plein de bonheur et de joie !
On achève aujourd'hui ce petit voyage dans la vie de Mycroft, j'espère que cette conclusion vous plaira :) Je vous laisse lire et on se retrouve en bas pour un peu de blabla d'auteure !
Bonne lecture :)
Janvier 2016 - Mycroft, quarante-deux ans, en bilan de sa vie
Mycroft n'était pas vraiment le genre de personnes qui faisaient des bilans de l'année écoulée le premier de l'an et des promesses pour l'année à venir. Il n'avait pas besoin d'attendre le mois de janvier pour prendre des décisions et agir, ou supprimer les éléments fâcheux de son existence.
Ce mois de janvier, cependant, était un peu différent, et semblait prendre un tour nouveau dans son existence.
Depuis le retour de Sherlock à Londres, deux ans et demi plus tôt, la spirale infernale des ennuis avait semblé ne jamais vouloir s'arrêter. Mycroft en avait acquis la certitude que tout ça, c'était la faute de son frère, qui attirait la guigne comme un aimant. Jamais Mycroft n'avait été aussi tranquille que lorsque Sherlock avait disparu de ses radars pendant quatre ans, ou pendant qu'il démantelait le réseau de Jim Moriarty.
Il avait bon espoir que ça change désormais. Sherlock avait retrouvé de la stabilité.
Eurus, malgré les tragiques évènements qu'elle avait provoqués, avait gagné : elle avait l'attention, l'amour et le soutien de son petit frère, qui venait jouer avec elle du violon tous les mois. Mycroft la surveillait de très près, elle et le nouveau directeur et tout le personnel de Sherrinford. Eurus avait fait assez de dégâts comme ça.
Mais désormais, elle était mutique, ne réagissant plus que dans les moments où Sherlock armait son violon et faisait danser l'archet sur les cordes. C'était quelque chose que ses deux cadets partageraient pour toujours sans lui : Mycroft ne savait pas jouer, et n'avait aucune oreille musicale. On ne pouvait pas être parfait tout le temps.
Il en avait fait le deuil, d'une certaine manière. Le jeu morbide dans lequel Eurus les avait tous précipités datait d'un peu plus de trois mois et demi, désormais, et Mycroft commençait à peine à s'en remettre.
Sherlock, au final, avait été peu éprouvé par ce jeu. Il n'avait aucun souvenir conscient de Eurus dans leur enfance. Ce qu'elle avait fait n'avait été qu'un jeu, terrible et oppressant et meurtrier, mais un jeu, comme celui de James Moriarty. Sherlock aimait les jeux, le Jeu, comme il l'appelait, et Eurus avait enfin, après tout ce temps, pu jouer avec son grand frère, elle qui était restée mentalement bloquée à ce jour funeste.
Pour Mycroft, ces épreuves, qui ne lui étaient pourtant pas directement destinées, avaient revêtu une toute autre saveur. Lui avait des souvenirs d'enfance, de Eurus, de Sherlock, de ces cadets qu'il avait juré de protéger pour toujours, et un énorme sentiment d'échec l'avait étreint.
Il avait été prêt à mourir dans ce jeu. Pour Sherlock, pour lui permettre de vivre sa vie, de le laisser avec ce John Watson dont il avait tant besoin. Pour Eurus, parce que Sherlock devait vivre pour la sauver. Et aussi un peu pour lui-même. Pour oublier ses échecs, pour choisir sa mort sans avoir à la subir, pour, dans un dernier acte d'amour, essayer de sauver ses petits frère et sœur.
Quand Sherlock avait retourné l'arme contre lui, il avait cru avoir échoué encore une fois. Eurus, cependant, n'avait pas été prête à laisser le seul frère qu'elle considérait vraiment comme tel s'éloigner de son jeu, et c'était ce qui les avait tous sauvés.
C'était à ce moment-là que Mycroft avait compris, et depuis, faisait son deuil : Eurus avait un frère, Sherlock. Mycroft lui était biologiquement relié, mais au fond, et surtout au vu de la manière dont il s'était toujours occupé d'elle, elle ne le considérait pas comme son grand frère. Il en avait fait son deuil, un peu lentement, un peu douloureusement, mais il s'en sortait.
C'était plus dur pour ses parents. Il ne s'était pas attendu à ce que Sherlock le défende, quand ils avaient appris la vérité et s'étaient énervés contre lui. Il comprenait cependant leur agacement : Eurus était pour toujours perdue. Elle « communiquait » avec Sherlock, mais ne reconnaissait jamais ses parents, ni ne leur adressait un mot. Leur fille avait trente-cinq ans, ils ne la connaissaient pas, ne la connaîtraient jamais. Ils disaient se contenter de ces séances de violon familiales, mais Mycroft savait qu'il y aurait pour toujours un vide en eux, un manque qu'il avait créé. Il le savait, et c'était une notion avec laquelle il apprenait à vivre, ne pouvait plus rien faire pour réparer sa faute.
Il avait, cependant, tenu à aller annoncer lui-même aux époux Trevor que le corps de leurs fils (ou du moins ses ossements), après tant d'années, avait été retrouvé. Cela ne changerait sans doute rien à la douleur de leur perte, et au deuil qu'ils avaient traversé durant toutes ces années, mais Mycroft estimait qu'il le leur devait.
Revenir, seul, sur la propriété en ruines et brûlée avait cependant été plus éprouvant qu'il ne l'avait cru. Les parents de Victor Trevor n'avaient jamais déménagé. Mycroft n'avait pas pu aller les voir sans passer par la maison de son enfance, et il était plus ébranlé qu'il ne l'avait cru.
Pourtant, son masque d'impassibilité en place, il avait rejoint la maison Trevor sans la moindre hésitation. Et avait été surpris de découvrir un véhicule banalisé de la police à proximité, Gregory Lestrade fumant une cigarette, négligemment appuyé contre la carrosserie.
– Qu'est-ce que tu fais là ?
Gregory avait eu un léger sourire, avant de lever trois doigts.
– Trois options : Un, je suis flic et c'est mon boulot d'annoncer des décès aux familles des victimes. Deux, je veux m'assurer que ces pauvres parents ne se prendront pas de plein fouet le manque de tact qui caractérise la famille Holmes. Trois, je voulais te soutenir dans cette épreuve. Choisis la raison que tu préfères.
Mycroft n'avait rien répondu. Ils avaient frappé à la porte et étaient entré dans la petite maison, et Mycroft avait entamé son discours de condoléances préparé pour l'occasion.
– Il neige dehors.
Anthea venait d'entrer dans son bureau et de répondre à son haussement de sourcil perplexe quant à son retard.
– C'est une belle journée d'hiver, précisa-t-elle.
Mycroft ne commenta pas. Si elle avait voulu profiter de cette belle journée d'hiver, elle n'avait qu'un mot à dire et elle obtiendrait son congé sur l'heure. Les affaires étaient paisibles, en ce moment. Elle avait le droit au repos si elle en exprimait le désir.
Leur duo, qui fonctionnait désormais depuis plus de dix ans (une douzaine ? Une quinzaine ? Mycroft avait perdu le compte. Anthea était Anthea, elle était là, c'était ainsi), avait connu des évolutions, mais Mycroft se félicitait toujours d'avoir suivi son instinct le jour où il l'avait embauchée. Anthea ne lui avait jamais failli, depuis.
Elle l'avait suivi dans tous ses postes, jusqu'à aujourd'hui, sans jamais se plaindre. Depuis qu'il avait cédé sa place à la tête du MI6 à un plus jeune que lui (et tout à fait compétent, il l'avait choisi lui-même, comme son prédécesseur l'avait fait pour lui), il avait changé de bureau, et n'avait plus de poste officiel au sein du gouvernement. Ce qui lui allait très bien. Il était à la fois conseiller de qui en avait besoin, et référence en à peu près tout, et son nom seul équivalait à ouvrir toutes les portes du gouvernement et de la famille royale. Il avait hâte que le Prince Harry se fiance, d'ailleurs. Il n'avait pas pu assister au mariage de William, trop occupé par les problèmes causés par Moriarty (l'Angleterre ne savait vraiment pas ce que des hommes sacrifiaient pour elle), et il avait hâte d'asseoir son autorité en s'asseyant au premier rang sans que personne ne sache qui il était. (Le mariage en lui-même n'avait aucun intérêt. Le pouvoir était tout ce dont il était question.)
– Vous voulez un congé aujourd'hui ? demanda-t-il soudain.
Elle en lâcha presque sa tasse de thé qu'elle était en train de se préparer, trop surprise. Mycroft lui-même ne savait pas pourquoi il avait dit ça.
– Je... balbutia-t-elle, interdite. Je ne disais pas ça pour ça.
– Je sais. Je vous le propose.
– Pourquoi ?
Mycroft médita sur la question un bref instant.
– Aucune idée. Les travaux de Baker Street sont finis depuis hier, définitivement. Ils y ont fêté Noël et le nouvel an. Mon frère n'est plus un problème. Ma sœur non plus. J'ai tout ce dont je peux rêver. Cela ne mériterait-il pas une journée de congé ?
Cette fois, sa secrétaire (qui était bien plus qu'une secrétaire) avait l'air carrément méfiant, comme s'il était devenu fou. Et peut-être bien qu'il l'était, finalement.
– Une journée de congé... pour vous aussi ? Vraiment ?
– Pourquoi pas ? Je voulais juste élever la situation de Rosamund Watson à « membre de la famille », aujourd'hui.
– Je peux m'en charger rapidement.
Sherlock allait probablement être furieux quand il le découvrirait, mais Mycroft avait récemment estimé que c'était nécessaire. John Watson, pour l'heure, n'avait pas souhaité utile de vendre sa coquette maison de banlieue, si saine et pratique pour élever un enfant, mais qui lui coûtait si cher. Désormais que Baker Street était redevenu à l'identique, du papier peint au smiley jaune en passant par les trous dans le mur, ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne l'envisage.
Rosie Watson grandissait déjà dans le pire environnement possible pour un bébé, malgré tous les efforts désespérés de son père. Du point de vue de Mycroft, cela avait déjà été perdu d'avance quand il avait choisi Sherlock pour être son parrain. Quand le médecin aurait accepté sans culpabiliser vis-à-vis de sa femme décédée la nature des sentiments qu'il nourrissait pour son meilleur ami et ex-colocataire, Rosamund trouverait naturellement sa place dans la chambre du haut, et John Watson dans celle de Sherlock Holmes.
Ce jour-là, la petite fille deviendrait réellement un membre de la famille élargie de Mycroft, et celui-ci préférait anticiper. Il était sûr que ce jour arriverait. Il avait toujours aussi peu d'attraits pour les bébés (les derniers en date l'ayant intéressé étant ses cadets, mais il était alors lui-même enfant), mais Rosie avait de l'importance pour Sherlock, et c'était tout ce qui comptait.
Les rares autres personnes qui avaient le droit à ce statut de protection rapprochée, outre les membres de sa famille (Sherlock, Eurus, et ses parents bien sûr), étaient John (pour Sherlock), Mrs Hudson (pour Sherlock), Anthea (pour Mycroft) et Gregory Lestrade (pour Sherlock).
D'autres membres plus ou moins importants du cercle d'influence de Mycroft bénéficiaient d'une haute situation de protection, ce qui n'était pas négligeable.
– Si je puis me permettre, monsieur...
Anthea avait cessé de pianoter sur son téléphone pour le regarder en face. Il était rare qu'elle s'embarrasse de tels détours pour lui exprimer son point de vue. Rare également qu'elle s'interrompe dans une tâche pour lui parler de quelque chose d'inutile.
Mycroft, qui regardait ses mails en se demandant toutes les trois lignes pourquoi les gens qui l'entouraient étaient si stupides et concurrençaient aussi efficacement l'intelligence d'un poisson rouge, interrompit sa passionnante activité pour soutenir le regard de son employée.
– Si vraiment vous vouliez utiliser un jour de congé, ce ne serait pas pour considérer Rosie Watson comme un membre de votre famille pour faire plaisir à votre frère. Ce n'est pas pour faire plaisir à votre frère que certaines personnes bénéficient du plus haut degré de protection que vous pouvez offrir. Si vraiment l'un de nous devait profiter d'un congé, ce ne serait pas moi qui ait besoin de temps libre. Ce serait plutôt vous, qui en auriez besoin. Il y a… une autre personne qui pourrait requérir cela de vous, un peu de temps libre... avec vous.
Mycroft ne comprit pas un traître mot de son discours. Ce qu'elle racontait n'avait aucun sens.
– Je vais finaliser la protection de mademoiselle Watson. Sortez déjeuner, monsieur. Ou invitez-le à dîner. Prenez une journée de congé, et je m'occupe du reste. Bonne journée, monsieur.
Et sur ces derniers mots, elle quitta la pièce d'un pas décidé. Mycroft n'avait toujours rien compris. Il n'avait aucune raison d'inviter quiconque à dîner pour le boulot en ce moment. Et il n'avait jamais songé à inviter quelqu'un pour une autre raison depuis très, très longtemps. Et il n'avait personne à inviter. Vraiment personne.
Il réalisa cependant qu'Anthea avait dit « invitez-le ». Il n'avait jamais caché son homosexualité à sa secrétaire, mais il ignorait qu'elle le savait.
Il repensa à ce qu'elle avait dit. Sur le plus haut degré de protection qu'il pouvait offrir et de pourquoi il le faisait. Il soupira, grimaça. Il détestait quand d'autres avaient raison et qu'il s'aveuglait.
Après tout, depuis Sherrinford, une seule personne avait été là pour lui.
Alors Mycroft, décidant de s'offrir une journée de congé, attrapa son téléphone et composa le numéro qu'il connaissait par cœur. Jamais de SMS. Les SMS étaient vulgaires.
– Bonjour, salua-t-il maladroitement. Voudrais-tu aller dîner ce soir, avec moi ?
Un silence surpris. Puis son correspondant demanda pourquoi.
– Il neige. C'est une belle journée d'hiver, paraphrasa-t-il sa secrétaire un instant plus tôt. J'ai décidé de prendre ma journée. Je sais que tu ne travailles pas. J'en envie d'en profiter. Et de le faire avec toi.
Nouveau silence.
– Viens me chercher pour déjeuner, puisque tu as le temps, Mycroft Holmes, lui ordonna Gregory Lestrade.
Et Mycroft se surprit à sourire en acceptant avec joie.
FIN
Et voila :) J'espère que vous avez apprécié cette petite incursion dans la tête et la vie de Mycroft, sur toutes ces années. C'est un personnage que j'aime particulièrement, beaucoup plus fragile qu'on ne le pense de prime abord, et j'ai beaucoup apprécié pouvoir écrire sur sa personnalité, sa construction depuis son enfance (même si la timeline m'a donné du fil à retordre).
Merveille, merci de m'avoir permis d'écrire ce texte, merci de l'avoir lu au bord de la mer sur ton téléphone en douce et en jouant les innocentes, merci de l'avoir aimé, merci de m'avoir permis de le publier. Je t'aime et je serais toujours là pour toi.
Et maintenant ?
Pour les lecteurs et revieweurs du Calendrier 2018 : les RaR et le chapitre de remerciements final ne devraient plus tarder à commencer, j'ai un peu de temps devant moi :)
Pour tout le monde : eh bien... bonne ou mauvaise nouvelle, je fais une pause de publication sur Sherlock pour quelques temps. J'en reviens à mes premières amours, en publiant un (très) long textes Merlin ! Que vous ayez vu ou non la série, c'est globalement compréhensible avec quelques clés de lecture qui seront donné en en tête de la fic ! L'une de mes bêtas n'a pas vu la série mais a pu tout comprendre et tout corriger ;) la publication de ce texte commence le mercredi 23 janvier 2019... et s'achèvera en janvier/février 2020, environ. (c'est la forme du texte qui veut ça...) Durant cette longue période plus d'un an... eh bien je ne vous garantis pas de publier sur Sherlock. La double publication, c'est pénible. Et puis tout ce temps va me permettre de prendre le temps d'écrire tranquillement. On verra bien quand est-ce que je reviens sur Sherlock ;) Vous êtes les bienvenus pour me suivre dans cette nouvelle aventure si vous le désirez ;)
En attendant, je vous remercie tous du fond du coeur d'être là, toujours fidèles au poste, pour un chapitre ou pour tous. Comme je le dis toujours, je n'écris pas pour vous. J'écris pour moi, de manière parfaitement égoïste, et toujours des choses qui ME plaisent. Mais la publication, c'est toujours pour vous. Moi je n'en ai pas besoin pour être heureuse. Alors toutes vos reviews, tous vos mots d'amour, c'est du bonus mais c'est un merveilleux bonus. Savoir que d'autres aiment ce que vous aimez, ce que vous créez, ça n'a pas de prix. Merci.
Je vous souhaite à tous une merveilleuse année 2019, qu'elle vous apporte joie et bonheur, et tout ce que vous désirez pour être heureux !
