Bonne année à tous (avec du retard, je sais, désolé).
Suite à un malheureux problème avec mon ordinateur, j'ai été dans l'incapacité de publier ce chapitre plus tôt, faute de pouvoir le terminer. De plus, parce que je suis en stage la moitié de janvier et que je déménage fin-janvier, il n'y aura pas de nouveaux chapitres avant février.
Désolé encore pour le désagrément.
Sur ce, assez parlé de malheurs, bonne lecture !
Chapitre 5 : Arrivée au Chemin de Traverse.
Ceci… Ceci n'était pas quelque chose que j'avais prévu. Honnêtement, j'avais pensé que ce serait McGonnagall qui se présenterait. Après tout, de par sa position de vice-directrice de Poudlard, elle était la principale responsable de l'introduction des sorciers de nouvelle génération au monde magique. J'avais également anticipé le fait que ma demande soit ignorée et que Hagrid se présente comme cela avait été le cas dans le livre 1. Même dans le pire scénario, je m'étais attendu à ce que Dumbledore lui-même apparaisse devant ma porte pour jouer au grand-père bienveillant alors qu'il tentait de me manipuler dans l'ombre. De ce que je savais, ces trois-là étaient véritablement les trois seules possibilités logiques. Tout autre professeur, ou personnel de Poudlard, aurait dû être une variable négligeable.
Par exemple, Filius Flitwick était un très bon professeur, et l'un de mes préférés d'après ce que j'avais lu sur lui, mais en raison de sa petite taille, il ne pouvait pas à proprement parlé être considéré comme « normal ». De même, Pomona Chourave, en tant que professeur, était très passionnée de son sujet. Elle semblait cependant n'avoir aucune forme de connaissances du monde non-magique. Binns n'était pas une possibilité puisqu'il était… Eh bien… Un fantôme. Quirrel n'aurait probablement même pas pu s'approcher de chez les Dursley en raison des protections en place. Dans le cas d'Irma Pince, de Poppy Pomfresh et d'Argus Rusard, respectivement bibliothécaire, infirmière et concierge, ce n'était tout simplement pas leur rôle d'introduire de futurs élèves à leur nouveau monde… Pas plus que celui d'Hagrid, si l'on y pensait… Même si l'idée de Rusard devant introduire des élèves au monde magique était amusante. Quant à Rogue, devais-je même expliquer en quoi c'était une mauvaise idée de lui demander d'introduire Harry Potter au monde magique ?
Mais les autres professeurs ? Je ne les avais même pas pris en compte dans mes calculs. Ils n'enseignaient aucun des cours principaux, se limitant à enseigner des cours optionnels à partir de la troisième année. La majorité de la population étudiante n'avait donc pratiquement pas d'interactions avec la plupart de ces professeurs durant leur scolarité. Ils n'étaient pas directeurs d'une maison ou même simplement professeur référent ou l'équivalent magique si cela existait même. L'impact d'eux introduisant des élèves au monde magique en serait donc considérablement amoindri, pour ne pas dire totalement annulé, par l'absence de contact. C'était donc complètement contre-productif. Au final, ils n'étaient rien de plus que des figurants dans l'histoire d'Harry Potter. Eh bien, en théorie…
Mais comme le disait le proverbe : « aucun plan ne survit au contact de l'ennemi ».
Il suffisait de mettre en perspective un minuscule détail que je n'avais tout simplement pas pris en compte dans toutes mes planifications, quelque chose de si évident que je ne l'avais même pas remarqué : les gens n'étaient pas des automates. Ce n'était pas parce qu'ils ne faisaient pas partie de l'histoire qu'ils n'existaient pas. Autrement dit, ce n'était pas parce que leur rôle dans l'histoire était minime, voire négligeable, que leur réalité se limitait à cet état de fait. Une personne, une personne réelle, évoluait bien au-delà de cet aspect unidimensionnel. Or, c'était exactement ainsi que je les avais imaginés.
C'était ma plus grande erreur, quelque chose que je ne réalisais que maintenant que la réalité m'avait littéralement giflé les faits à la figure.
Le professeur Vector, qui marchait à côté de moi vers notre actuelle destination, n'était pas qu'un rôle, qu'une fonction, qu'un détail narratif dans le récit. Elle était tellement plus que ça, un individu avec sa propre personnalité, son propre caractère, ses propres désirs et envies. En bref, elle était une entité complexe, tout comme je l'étais, mais à sa manière. Elle était unique, comme l'était chaque personne que je rencontrais dans la rue, qu'il s'agisse de ma vie actuelle ou passée. Mais surtout, elle n'était pas un personnage de fiction ! Dans ma vie passée, elle l'avait été, comme tout l'univers d'Harry Potter, mais ce n'était plus le cas désormais puisque je faisais désormais également partie de cette fiction… Fiction qui était devenue ma réalité.
Jusqu'à présent, je n'avais jamais véritablement assimilé ce fait. Intellectuellement, je le savais, j'étais devenu Harry Potter après tout. Mais dans la pratique j'étais toujours resté profondément détaché de la réalité, principalement à cause de mes séances de méditation pour protéger mon esprit de toute influence extérieure. Certes, l'acte lui-même était plus ou moins magique par nature, ou au moins l'occlumancie l'était, mais cela ne changeait pas le fait que je n'avais jusqu'à présent eu aucun véritable contact avec le monde magique. Ou plus exactement, les Dursley, par le biais de Pétunia, étaient la seule connexion existante entre moi et le monde magique. Or, je refusais de les considérer comme ma famille, à l'inverse du véritable Harry Potter, et ne les avais en fait jamais réellement considérés comme de véritables personnes. Pour moi, ils n'avaient jamais été plus que des êtres de fiction, de simples personnages secondaires sans importance dans le récit puisque, contrairement à Harry, je refusais de m'identifier à eux. Leur refus de même reconnaître l'existence de la magie n'avait fait que rendre une telle encore plus évidente à mes yeux.
Je suppose que, inconsciemment, j'avais étendu cette vision du monde à tous les personnages qui n'étaient pas des acteurs principaux des livres, dont le rôle était principalement figuratif afin de donner plus de substance aux livres, créant ainsi un véritable univers tout autour de l'intrigue principale centrée sur Harry Potter. Dans une œuvre fictive, un personnage non-nommé n'avait généralement aucune sorte d'importance et un personnage nommé qui n'était pas présenté n'avait au mieux qu'une importance mineure dans le récit. Je n'étais donc pas vraiment en tort dans ma façon de penser… A un détail près. Ce n'était pas un univers fictif. Ça ne l'était plus depuis que j'avais commencé à en faire partie. Cela signifiait entre autre que des personnages avec peu ou pas d'importance dans une histoire fictive devenaient importants puisque c'était leur réalité. J'en avais actuellement la preuve à mes côtés, juste à portée de mon regard.
Le professeur Vector était une jeune femme, entre 25 et 30 ans. Elle avait une longue chevelure brune, légèrement ondulée, qui tombait en cascade jusqu'au milieu de son dos. Elle avait un nez fin et des pommettes hautes. Une subtile touche de maquillage était présente autour de ses yeux de couleur noisette qui me fixaient avec attention, cherchant probablement à réconcilier l'image mentale que le monde sorcier avait de moi avec mon apparence actuelle, et sur ses lèvres, pleines, dont elle semblait inconsciemment vouloir mordiller la partie inférieure. Elle portait également une robe noire, à manche longue. Ce n'était cependant pas une robe de sorcier, ou de sorcière dans ce cas, mais une véritable robe moderne provenant du monde non-magique. Ladite robe était plutôt simple et dépourvue de fioritures dans sa conception, dissimulant la majorité du corps du professeur, ainsi que ses courbes que l'on pouvait malgré tout deviner avec un peu d'imagination, ce qui lui donnait une apparence plutôt pudique. Ce n'était même pas si surprenant étant donné que le monde sorcier semblait plutôt du genre conservateur.
Dans l'ensemble, le professeur Vector était une belle femme, même si sa beauté manquait un peu du surnaturel auquel je me serais attendu d'une sorcière. Là encore, à part pour Fleur Delacour, qui était en partie Vélane et avait donc une beauté quelque peu éthérée, les livres avaient toujours implicitement suggéré que les humains magiques, à part pour le côté magique, étaient fondamentalement des humains comme les autres. Je n'étais pas vraiment d'accord avec cet état de fait, pour diverses raisons que j'expliquerai en temps voulu mais, sur les critères de beauté au moins, cela semblait être le cas alors peut-être que j'en demandais trop…
Enfin bref, tout ça pour dire que le professeur Vector était une véritable personne. Elle n'était pas qu'un nom mentionné dans un livre, ou qu'une façon de rendre l'univers de ce livre plus réaliste. Elle n'avait peut-être pas d'importance dans l'histoire principale mais elle avait sa propre histoire, sa propre importance. Elle avait des goûts et des dégoûts, des rêves et des doutes. En un mot, elle était réelle, comme l'étaient tous les personnages des livres. Ce n'était que maintenant que je m'en rendais compte, et cela me laissait profondément choqué et perturbé.
Le pire était que, si je m'étais contenté de suivre rigoureusement la même histoire qu'Harry dans les livres, je n'aurai probablement jamais pris conscience de cela. Ce n'était que parce que j'avais fait quelque chose d'aussi simple que d'envoyer une lettre avant l'heure, une infime modification dans la chronologie, que cela s'était produit. Il avait suffi de changer un minuscule détail pour que la conséquence soit qu'un personnage originalement sans importance obtienne soudainement un rôle-clé dans cette histoire, mon histoire. Or, même si une telle possibilité m'avait effectivement traversé l'esprit, je n'avais jamais assimilé le fait que cela puisse effectivement se produire, ou plutôt que cela puisse se produire pour autre chose qu'un personnage secondaire ayant déjà un rôle d'une certaine importance dans l'histoire d'origine, ce que n'avait pas le professeur Vector. Je ne savais pas comment réagir à une telle révélation, d'autant plus que cela aurait dû être une évidence.
Ce n'était pas parce qu'ils n'étaient pas au centre de mon histoire, de ma vie, qu'ils n'étaient pas les personnages principaux de la leur…
C'était une preuve de maitrise de soi de ma part que mon visage parvienne à afficher un extérieur calme et serein, quoique curieux voire perplexe, alors qu'intérieurement j'avais frôlé la mini-crise existentielle tout au long de notre discussion. Prenant discrètement une profonde inspiration pour m'éloigner de ces pensées déprimantes pour le moment et remerciant silencieusement mon occlumancie pour rendre cela beaucoup plus facile que cela n'aurait dû l'être, mon regard se posa distraitement sur le professeur Vector alors que j'essayais une fois de plus de comprendre les raisons sous-jacentes à sa présence. Je ne doutais pas de son honnêteté et de sa sincérité lorsqu'elle me disait qu'elle était là pour répondre à mes questions. Non, c'était plutôt les raisons de celui qui l'avait envoyé qui m'inquiétaient. En effet, pourquoi Dumbledore enverrait-il le professeur Vector ?
Selon toute probabilité, et en accord avec les informations contenues dans les livres, Dumbledore n'avait pas une influence particulièrement grande sur le professeur Vector. Elle ne faisait pas partie de l'Ordre du Phénix et n'avait même pas particulièrement d'interactions avec l'homme autre que celle d'un professeur avec son directeur. En toute logique, elle n'était donc pas l'une de ses adeptes. Alors pourquoi l'avoir choisi ? A quel jeu jouait Dumbledore en l'envoyant de toutes les personnes ? Quel était son objectif en faisant cela ? Je n'arrivais tout simplement pas à comprendre, cela n'avait aucun sens.
… Se pourrait-il que cela ne soit en fait pas l'une des manipulations de Dumbledore ? Après tout, il n'avait rien à gagner en envoyant le professeur Sinistra me chercher, bien au contraire. Puisqu'elle n'était pas l'une de ses adeptes, elle n'avait aucune raison de faire l'éloge du directeur comme l'avait fait Hagrid dans le tome 1. Ainsi, alors que cela ne le mettait pas dans une mauvaise lumière, cela ne le présentait pas non plus sous un jour favorable au garçon impressionnable que j'étais censé être. A mes yeux, il ne serait rien de plus que le directeur de Poudlard.
Sauf que si c'était effectivement Dumbledore qui avait envoyé le professeur Sinistra, alors cela relativisait tout ce que je pensais savoir au sujet du vieil homme. Encore une fois, la seule différence entre ce qui se passait dans les livres et ma situation actuelle était due à mon interférence, ce qui signifiait que les personnes étaient censées être les mêmes que dans les livres. Or, cela sous-entendait donc que l'envoi d'Hagrid dans le tome 1 n'était en réalité pas une manipulation de Dumbledore mais une pensée sincère du directeur qu'Hagrid était le mieux placé pour introduire Harry à son nouveau monde. Eh bien, ça et faire plaisir à Hagrid. Cela voulait également dire que tout ce que je pensais être une manipulation dans les livres n'en était en fait pas une. Mais surtout, cela signifiait que Dumbledore n'était ni un seigneur des ténèbres qui se faisait passer pour un homme bienveillant, ni un manipulateur agissant pour « le plus grand bien ». Il ne serait ainsi qu'un vieil homme pensant sincèrement bien faire et dont les erreurs n'en étaient que plus dommageables.
Etait-ce cela ? Avais-je vraiment sur-interprété le personnage de Dumbledore pour voir le mal là où il n'y en avait pas ? Etait-il réellement aussi gentil et bienveillant qu'il l'était présenté dans les livres ? Honnêtement, je ne savais plus que croire, ou quoi en penser. Il y avait tout simplement trop de choses à considérer, mais je n'avais pas le temps d'y réfléchir pour le moment. Mieux valait laisser cela de côté pour l'instant et m'y repencher plus tard, lorsque j'aurais terminé ma visite du Chemin de Traverse avec le professeur Vector. C'était d'ailleurs là où nous nous rendions actuellement.
J'étais un peu excité, je devais bien l'avouer.
« Nous y sommes presque. » Annonça soudainement le professeur Vector, me distrayant ainsi de mes pensées, alors qu'elle continuait à avancer. Elle diminua cependant son rythme, me faisant ralentir à mon tour. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre qu'elle devenait hésitante.
« Je ne vois rien. » Déclarai-je, jouant mon rôle d'enfant ignorant.
« Parce que vous ne savez pas encore où regarder, monsieur Potter. » Expliqua-t-elle avec amusement, un léger sourire sur ses lèvres, sourire qui se figea un instant plus tard avant de se transformer en grimace puis de disparaître. Une fois de plus, elle hésita, semblant vouloir dire quelque chose, avant de finalement secouer la tête et de laisser un silence inconfortable s'installer.
Même si j'avais remarqué son malaise, je n'ai pas cherché à savoir de quoi il s'agissait. Je savais déjà très précisément quel était le problème. Lors de notre discussion initiale, où elle m'informa de l'essentiel de ce que je devais savoir du monde magique, elle avait omis un détail primordial. Pour n'importe qui d'autre, cela n'aurait pas eu réellement d'importance mais, dans mon cas, c'était en fait tout le contraire. C'était même si important qu'il était impensable pour le monde sorcier que je ne le sache pas déjà. Dans un sens, cela se comprenait. Cela me concernait directement, après tout.
Il s'agissait du fait qu'Harry Potter était célèbre dans le monde sorcier.
Le professeur Vector avait clairement tenté de m'en parler à plusieurs reprises, y compris sur le trajet vers le Chemin de Traverse, mais à chaque fois elle avait hésité et fini par renoncer. Je ne savais pas pourquoi cela la travaillait autant, même si je soupçonnais que cela devait avoir à voir avec le fait de devoir prononcer le nom de Voldemort à un moment donné dans l'explication, mais je ne la pressais pas d'en parler. En fait, cela ne m'intéressait même pas. La célébrité dont j'avais hérité avait si peu d'intérêt à mes yeux que cela ne méritait pas que je m'attarde dessus. Je savais déjà à peu près tout ce qu'il y avait à savoir à ce sujet, y compris que le monde sorcier était dans l'erreur la plus totale. Leur crédulité était telle qu'elle frisait l'absurde et j'allais me faire un plaisir de briser leurs illusions en temps voulu.
Cela dit, une fois passé outre cette hésitation constante à me parler du sujet tabou, j'avais découvert que le professeur Vector était une personne avec qui il était agréable de discuter. Elle avait une voix douce, très agréable à écouter. Ce n'était pas le genre berçant qui faisait somnoler, mais plutôt le genre captivant qui donnait envie d'en entendre plus, quelque chose de particulièrement utile pour un professeur. Honnêtement, je me suis même surpris à prolonger la conversation juste pour pouvoir l'entendre parler un peu plus longtemps, pas que cela l'aie dérangé, au contraire. Elle semblait heureuse de partager ses connaissances. Au cours des quelques heures que nous avions passé ensemble elle avait commencé à se montrer à l'aise en ma présence, là où avant il y avait une certaine rigidité. Même si elle était toujours professionnelle, elle se montrait désormais plus décontractée.
Même si elle hésitait toujours à me parler de ma célébrité et que cette hésitation se faisait de plus en plus ressentir à mesure que l'on approchait du Chaudron Baveur.
Concernant ce dont le professeur m'avait informé lors de notre discussion d'introduction, elle avait principalement couverts les bases, surtout après un moment de maladresse où elle avait découvert que je ne savais rien du monde magique. Elle m'avait ainsi expliqué que j'étais un sorcier, ainsi que ce qu'était un sorcier. Elle m'avait ensuite parlé de Poudlard, des différents cours et des professeurs qui enseignaient chacun d'eux. A ma demande, elle avait également expliqué dans les grandes lignes en quoi consistait son propre cours, manifestement heureuse de mon intérêt. J'étais même parvenu à obtenir d'elle une promesse d'en discuter plus en détail à Poudlard, pratiquement des leçons privées même si je ne pouvais officiellement l'avoir comme professeur que dans trois ans. L'arithmancie m'intéressait plus que les autres matières pour la simple raison que j'avais peu d'informations à son sujet et que le peu que j'en savais avait révélé un immense potentiel pourtant ignoré des sorciers. La même chose s'appliquait d'ailleurs au cours de runes pour des raisons similaires.
Le professeur Vector m'avait également parlé du Chemin de Traverse, où nous allions acheter mes fournitures scolaires, ainsi que de nombreuses autres choses qu'elle estimait dignes d'intérêt. Elle ne parla cependant pratiquement pas de Dumbledore, à part brièvement pour mentionner son existence, quelque chose que j'avais noté et qui renforçait l'idée qu'elle n'était pas là pour me vanter la grandeur du vieil homme. C'était clairement un point en faveur de la théorie avec Dumbledore étant une bonne personne faisant simplement des erreurs monumentales.
Peut-être que je me prenais trop la tête à ce sujet. Le professeur Vector avait peut-être simplement été choisi parce qu'elle était le seul professeur à répondre aux critères de normalité et de connaissances du monde non-magique, le seul autre me venant à l'esprit étant Rogue, qui n'était heureusement pas une option. J'avais d'ailleurs commencé à penser que le professeur Vector était peut-être une sorcière de première génération, ce qui expliquerait en fait beaucoup de choses, de sa façon convenable de s'habiller à son aisance dans le monde non-magique.
Je fus sortie de mes pensées lorsque le professeur Vector s'arrêta finalement, se tenant sans bouger devant ce qui devait être le Chaudron Baveur. Vu de l'extérieur, le bâtiment semblait quelque peu décrépi, preuve d'un évident manque d'entretien. Ce n'était pas si surprenant, lorsque l'on y pensait, puisqu'il s'agissait de la façade d'accès au monde non-magique et que tout était fait pour que les individus non-magiques n'y pénètrent pas par hasard. Je savais par exemple qu'il existait de nombreux sorts et charmes destinés à les repousser et à les inciter à s'éloigner. Restait à savoir si le côté décrépi de la façade était volontaire ou non.
Une fois de plus, le professeur Vector me jeta un coup d'œil hésitant avant de finalement se détourner et d'entrer dans le pub. La suivant, j'observai discrètement l'intérieur. C'était petit et sale, je pouvais voir de la poussière voler dans l'air. Pourtant, cela ne semblait pas déranger les clients car le Chaudron Baveur était bondé. Pratiquement toutes les places assises étaient occupées et c'était tout juste s'il y avait la place pour circuler entre les tables. Le professeur Vector se fraya un passage à travers la pièce, à peine perturbée par son entourage, s'assurant de temps en temps que je la suivais, ce que je faisais tout en continuant d'observer autour de moi.
La présence d'une immense silhouette particulièrement distinctive assise juste à côté de la porte vers laquelle nous nous dirigions me fit presque m'arrêter avant que je ne me reprenne et agisse comme si de rien n'était.
Hagrid ! Qu'est-ce qu'il faisait là ? Etait-il… Non. Hagrid était un habitué du Chaudron Baveur, cela avait été sous-entendu dans les livres à plusieurs reprises. Il n'était donc pas étrange de le voir ici, en cette période de vacances scolaires, alors qu'il n'y avait pratiquement rien à faire pour lui à Poudlard. Sa présence n'était donc qu'une simple coïncidence, d'autant plus qu'il ne regardait même pas dans notre direction, son attention étant entièrement focalisée sur la chope de la taille d'un sceau qu'il buvait. Néanmoins, je pressai légèrement mon pas pour rattraper le professeur Vector, juste assez pour que cela ne se remarque pas.
J'avais honnêtement espéré pouvoir passer sans me faire remarquer. Malheureusement, c'était sans compter sur la nature sociable des humains.
« Bonjour, Hagrid. » Salua le professeur Vector en s'arrêtant à sa hauteur.
« Professeur Vector ! » S'exclama le demi-géant, clairement heureux, en se levant précipitamment pour la saluer à son tour. « Je vous cherchais justement ! Comment allez-vous ? »
« Très bien, et toi ? » Répondit gentiment la femme, légèrement confuse.
« Bien, très bien ! » Affirma Hagrid d'une voix forte tout en gonflant sa poitrine. « Je suis en mission importante pour Dumbledore ! »
… Evidemment. Pourquoi avais-je même douté que sa présence puisse être due à autre chose ? Et dire que j'avais cru pendant un instant que Dumbledore pourrait n'être qu'un vieil homme sympathique faisant des erreurs. Il n'avait pas fallu plus d'une heure pour qu'une preuve géante du contraire, c'était le cas de le dire, ne vienne me gifler en pleine face pour me punir de ma naïveté. Une fois de plus, les manipulations de Dumbledore interféraient avec ma vie. Ce n'était même pas subtil, même si je ne m'en rendais compte que parce que je savais à l'avance que cela risquait de se produire.
Mais si Dumbledore avait décidé d'envoyer Hagrid malgré tout, alors pourquoi avoir s'être embêté à envoyer le professeur Vector en premier lieu ? Hagrid aurait très bien pu le faire, il l'avait bien fait dans le tome 1. Etait-ce pour donner l'impression qu'il respectait mes demandes ? C'était en fait une possibilité très réelle et un autre élément à ajouter à la liste des manipulations du vieux directeur. Sauf que dans ce cas, le professeur Vector aurait dû savoir qu'Harid les attendrait au Chaudron Baveur, ce qui n'avait pas été le cas. Il me manquait une pièce au puzzle…
Se pourrait-il… Se pourrait-il que Dumbledore n'avait en fait pas envoyé le professeur Vector ? Maintenant que j'y pensais, c'était à McGonagall que j'avais envoyé la réponse à ma lettre d'acceptation. En tant que directrice adjointe, c'était dans ses fonctions de pouvoir désigner quel professeur irait rencontrer quel futur élève pour les introduire à leur monde. Evidemment, Dumbledore étant le fouineur qu'il était, il avait dû le découvrir d'une façon ou d'une autre et essayer d'intervenir. Il avait probablement voulu envoyé Hagrid à la place du professeur Vector mais n'avait pas pu trouver cette dernière avant qu'elle ne soit déjà en chemin pour venir me voir. Il avait alors rectifié son plan en envoyant Hagrid au Chaudron Baveur pour nous intercepter en cours de route, ce qui expliquait pourquoi Hagrid s'était installé juste à côté de la porte menant au Chemin de Traverse. Naturellement, il devait justifier la présence d'Hagrid sans donner l'impression que le professeur Vector était incompétente, d'où la fameuse mission.
Oui, c'était probablement ainsi que ça s'était passé.
La meilleure preuve de cela était la mission elle-même. Si c'était ce que je pensais que c'était, alors c'était une preuve irréfutable. A ma connaissance, Hagrid n'avait effectué qu'une seule mission pour Dumbledore avant la première année d'Harry. Après tout, s'il y en avait eu plusieurs, il les aurait toutes faites en même temps. Et cette fameuse mission n'était autre que de récupérer la pierre philosophale à Gringotts. Or, chronologiquement, j'étais en avance de presque une semaine par rapport aux événements du tome 1. Hagrid ne devrait donc pas encore avoir reçu l'ordre de récupérer la pierre, à moins bien sûr que cela ne soit une excuse pour interférer avec ma vie !
Hey, une minute… Cela voulait dire que c'était Hagrid qui devait avoir la clé de mon coffre à Gringotts !
Cela m'agaça et je pouvais presque entendre la fureur de Calla dans ma tête même si elle ne disait rien. Maintenant que j'y pensais, Calla avait été inhabituellement silencieuse depuis l'arrivée du professeur Vector. Elle ne voulait probablement pas me distraire. Cela ne voulait pas dire qu'elle n'était pas attentive, bien au contraire. Elle surveillait et observait tout, guettant la moindre menace à mon encontre. J'étais d'autant plus heureux d'être en avance sur la chronologie du livre car cela signifiait que Quirrell n'était pas présent. Normalement, il ne devrait pas encore être possédé, mais il n'en était pas moins une menace. Or, je ne voulais pas que Calla se focalise sur lui pour le moment.
« Oh ? Je suis heureuse pour toi. » Déclara le professeur Vector en souriant légèrement. « Alors, tu as dit que tu me cherchais ? »
« Oui ! » Confirma Hagrid en se redressant un peu plus. « Le professeur Dumbledore m'a demandé de… De… Euh… » Il se gratta le crâne, semblant confus, puis penaud. « Mes excuses… J'ai oublié… »
Un simple coup d'œil à la barbe plein de mousse de bière et à la chope géante encore partiellement remplie me suffit pour comprendre pourquoi il avait oublié. Hagrid devait nous attendre depuis au moins deux heures et, pour passer le temps, avait bu. Les livres l'ayant dépeint comme un gros buveur, cela ne me surprenais pas vraiment, pas plus que si l'on me disait qu'il était en réalité alcoolique, même si je doutais que les sorciers sachent ce qu'était l'alcoolisme.
Cela n'était normalement pas un gros problème pour Hagrid car les effets de l'alcool étaient limités par son organisme de demi-géant et par la grande quantité d'exercice physique qu'il faisait naturellement en tant que garde-chasse de Poudlard. Il ne fallait pas non plus oublier le fait qu'Hagrid était habitué à toujours faire quelque chose. Or, cette fois-ci, il avait été obligé d'attendre sans rien faire d'autre que de rester assis de peur de nous louper. Ainsi, pour compenser et rester occupé, il avait probablement bu encore plus que d'habitude. Et puisque ce qu'il voulait du professeur Vector était finalement de peu d'importance comparé à la mission importante pour Dumbledore, il n'était pas surprenant qu'il ait fini par oublier. Triste, mais compréhensible.
Pour le dire franchement, je n'étais pas impressionné. Et à en juger par le sourcil relevé du professeur Vector, elle non plus.
« Peu importe… » Soupira-t-elle après un instant. « J'imagine que cela finira par te revenir. Si tu veux, tu peux nous accompagner en attendant. Nous étions sur le point de nous rendre à Gringotts. »
« Quelle coïncidence ! » S'exclama bruyamment Hagrid. « C'est justement là où je devais aller après vous avoir parlé, professeur. J'ai quelque chose d'important à y faire ! »
Oui, définitivement la pierre philosophale.
« Heureuse coïncidence, en effet. » Convint le professeur Vector, clairement moins enjouée que son interlocuteur. « Hagrid, tu devrais aller payer ton addition, nous t'attendrons devant la barrière. »
« Bien sûr, bien sûr. » Accepta-t-il.
Néanmoins, la première chose qu'il fit fut de finir sa chope d'une traite. Alors seulement il se dirigea vers le bar du pub d'un pas légèrement chancelant tout en fouillant dans ses nombreuses poches son porte-monnaie pendant que les autres clients faisaient de leur mieux pour le laisser passer. Pendant ce temps, le professeur Vector posa doucement une main sur mon épaule et me dirigea silencieusement dans l'arrière-cour. Ladite arrière-cour était essentiellement vide, ne contenant que quelques poubelles sur les côtés, probablement pour ne pas perturber le passage des gens.
« Désolé pour ce spectacle, et pour ne pas vous avoir présenté. » S'excusa le professeur Vector, clairement embarrassé par ce qui venait de se passer. « Hagrid est… Hagrid est une bonne personne, il a juste du mal à s'empêcher de faire des excès. »
C'était une façon de le dire…
« Ne vous inquiétez pas, professeur, je comprends tout à fait. » L'assurai-je avec un sourire rassurant.
« Encore désolé de t'imposer Hagrid. » Continua-t-elle, passant inconsciemment au tutoiement. « Je sais que la première visite du Chemin de Traverse devrait être une expérience marquante et… Eh bien… Magique, et que devoir supporter Hagrid alors qu'il n'était pas prévu dans notre petite expédition pourrait te gâcher un peu l'expérience. C'est juste que ce dont Hagrid voulait me parler doit être important si le directeur Dumbledore a pris la peine de l'envoyer me chercher plutôt que de m'envoyer une lettre ou d'attendre que je revienne à Poudlard.
« Ce n'est vraiment pas grave. » Affirmai-je en secouant la tête. « Nous avons toute la journée pour me faire visiter le Chemin de Traverse. Perdre un peu de temps pour quelque chose d'important n'est pas vraiment pas un problème. »
« Merci de comprendre. »
Elle sourit à son tour, appréciant clairement ma maturité et mon côté raisonnable. Me regardant, elle sembla pensive pendant un instant.
« Tu sais, je ne suis pas encore ton professeur, je ne le serai probablement pas avant au moins trois ans et seulement si tu choisis mon cours comme option… » Commenta-t-elle, toujours pensive. « J'imagine que, dans ces circonstances, tu peux m'appeler par mon prénom. Cela rendra les choses moins formelles. »
« … D'accord, mais seulement si vous m'appelez Harry. » Acceptai-je après un instant de réflexion.
« Alors appelle-moi Septima. » Déclara-t-elle, son sourire s'agrandissant. « Oh, et inutile de continuer à me vouvoyer, cela rendrait les choses maladroites. »
« Compris. » Acceptai-je sans hésitation.
Cinq minutes plus tard, environ, Hagrid arriva finalement, se cognant légèrement la tête alors qu'il passait la porte, ce qui le fit grogner. Se frottant le crâne pour soulager la douleur inexistante, il s'approcha d'une démarche à peine chancelante. Cela me faisait honnêtement un peu de peine de le voir comme ça. J'aimais bien Hagrid en tant que personnage, même s'il était un pion de Dumbledore. C'était triste de voir ce côté de lui dès notre première rencontre. C'était la preuve que tout le monde avait ses propres problèmes et cela renforçait ma prise de conscience que ce qui était autrefois des êtres fictifs étaient désormais des personnes réelles.
« Désolé pour l'attente. » Déclara Hagrid d'un ton bourru. « Je suis prêt à présent. » Son regard se posa sur moi, ses yeux légèrement vitreux en raison de l'alcool semblèrent soudainement s'illuminer de joie. « Et tu dois être Harry ! Je suis tellement heureux de te revoir ! Désolé de ne pas t'avoir salué plus tôt, je ne t'avais pas remarqué. »
Cela, je le savais déjà. Pendant toute leur discussion dans le Chaudron Baveur, je m'étais stratégiquement placé juste derrière le professeur Vector… Septima… Pour éviter qu'Hagrid ne me remarque. J'avais voulu éviter ce qui était arrivé à Harry dans le tome 1, à savoir la ruée de fans lorsqu'il avait été reconnu, surtout qu'il y avait beaucoup plus de monde aujourd'hui que le jour où Harry était venu. Et malheureusement, ma nouvelle apparence n'aurait pas servi à grand-chose si Hagrid, avec son légendaire manque de subtilité, avait prononcé mon nom avec sa voix tonitruante. A cet égard, Septima m'avait bien aidé en gardant l'attention du garde-chasse concentré sur elle, même si elle avait été forcée de faire un pas en arrière à un moment donné pour être hors de portée des postillons du demi-géant, me dissimulant ainsi un peu plus derrière elle.
« Je suis désolé, monsieur, mais… On se connait ? » Demandai-je lentement, jouant une fois de plus le rôle de l'enfant ignorant.
« Oui et non. » Expliqua-t-il en se grattant la barbe. « Je m'appelle Rubeus Hagrid, mais tu peux m'appeler Hagrid. Et oui, je te connais, même si je ne suis pas surpris que tu ne t'en souviennes pas. La dernière fois que je t'ai vu, tu n'étais après tout qu'un bébé. Je suis heureux de voir que tu as bien grandi. »
« … Merci, je suppose. » Fut ma seule réaction, pas vraiment sûr de savoir quoi dire d'autre.
« En tout cas, il semblerait que les Dursley aient bien pris soin de toi. » Remarqua Hagrid avec bonne humeur. « J'en suis vraiment heureux. Tu sais que c'est moi qui t'ai emmené chez eux, cette nuit-là ? »
« Vraiment ? » Murmurai-je, prêtant à peine attention à la conversation et me concentrant plutôt sur le fait de calmer Calla dont je pouvais sentir la colère flamber à la révélation du garde-chasse.
« Vraiment ! » Confirma Hagrid en hochant la tête. « Dumbledore lui-même m'a confié la tâche d'aller te chercher des décombres de… »
« J'ouvre la barrière. » Annonça soudainement le prof… Septima, en interrompant Hagrid. « Harry, tu devrais regarder. Ça devrait te plaire. » Déclara-t-elle en me faisant signe de m'approcher d'elle, cherchant clairement à détourner mon attention de la conversation.
Sortant sa baguette, elle tapota une brique spécifique du mur à plusieurs reprises. Un trou se forma alors, grandissant rapidement jusqu'à former une immense arche, assez grande pour que même Hagrid puisse passer au travers sans difficulté, à travers laquelle il m'était enfin possible d'avoir mon premier aperçu du monde magique. Le premier mot qui me venait à l'esprit pour résumer ce que je voyais était : bordélique ! Ce que je voyais n'avait absolument aucun sens et, pourtant, restait très cohérent. Ce côté paradoxal renforçait le mysticisme de l'endroit. Je devais bien l'avouer, l'anarchiste en moi avait été impressionné… Ce qui n'était pas forcément une bonne chose.
Et puis une fois passé outre la magie, littéralement, je me suis rapidement rendu compte que n'était rien de plus qu'une rue marchande, sale et bruyante, comme il était possible d'en trouver dans toutes les grandes villes. Seules les marchandises elles-mêmes, ainsi que l'accoutrement définitivement ridicule de la clientèle magique, rendaient l'endroit… Particulier. Je ne pouvais même pas dire magique parce que cela me faisait penser à une sorte de carnaval du cosplay à thème héroic-fantasy… Sans héroïsme… Ni fantaisie. En fait, c'était plus comme une fête d'halloween où, par le plus grand des hasards, tout le monde avait eu la même idée de se déguiser en clichés de sorciers et de sorcières… Sauf qu'en réalité personne n'était déguisé.
… Il était absolument hors de question que je porte l'une de ces robes ! Je ne pouvais même pas parler de tenues, il n'y avait que des robes ! Et elles n'étaient ni belles ni pratiques !
Notre petit groupe commença son chemin en direction de Gringotts dans un silence relatif comparé à la cacophonie du Chemin de Traverse, Septima se tenant juste à côté de moi, bien plus près qu'elle ne l'avait fait avant notre passage par le Chaudron Baveur, probablement pour éviter que je ne sois séparé et que je ne me perde. Elle continuait de me jeter de petits regards hésitants, cherchant probablement à aborder le sujet de ma célébrité mais sans savoir comment s'y prendre. Pendant ce temps, je continuais d'observer mes alentours, avec un désintérêt grandissant.
Certes la magie rendait tout ce que je voyais plus impressionnant, et c'était cool, mais c'était aussi le principal problème. Pour toute leur magie, les sorciers ne faisaient absolument pas preuve d'originalité, semblant se complaire dans leurs clichés. C'était quelque chose que j'avais déjà su à l'avance, mais je n'avais pas pu m'empêcher de ressentir de la déception en le voyant de mes propres yeux. Il n'y avait pratiquement rien de novateur dans leur façon d'utiliser la magie. Je n'avais même pas envie de m'en moquer, c'était juste triste de constater un peuple en pleine déchéance. Car oui, c'était exactement ce que c'était. Les sorciers stagnaient depuis bien trop longtemps. Or, la stagnation précédait toujours la déchéance. La seule qualité rédemptrice du monde magique était justement ça, sa magie. C'était la seule chose qui avait empêché une trop grande déchéance jusqu'à présent. Néanmoins, le processus avait déjà commencé. L'arrivée au pouvoir de Voldemort n'était qu'un signe de cela parmi tant d'autres.
Désireux de penser à autre chose, je choisis plutôt de me concentrer sur quelque chose que j'avais remarqué pendant ma conversation avec Hagrid.
Dans les livres, le demi-géant parlait avec un accent, comme s'il mangeait certains de ses mots. Pourtant, lorsqu'il m'avait parlé plus tôt, je n'avais rien entendu de particulier. Certes, il avait une voix forte et parlait de façon très franche, mais c'était tout. Pas de mots déformés ou de syllabes massacrées. Juste un phrasé normal, voire même un discours légèrement moins soutenu qu'il ne le serait normalement dans une conversation classique. Ce n'était qu'un détail mais, venant de la bouche d'Hagrid, c'était un détail difficile à ignorer. Pourtant, je savais que j'étais le seul à entendre Hagrid parler ainsi. Ce n'était pas sans raison, il y avait une très bonne explication à cela.
Quelques années plus tôt, j'avais mentionné la corrélation entre la magie et le chi et entre le chi et la Force, ce qui signifiait essentiellement qu'un sorcier maîtrisant les arts martiaux n'était pas très différent d'un jedi, du moins en théorie. J'avais d'ailleurs été capable de reproduire la Persuasion de Force, ou en tout cas un équivalant, pour rendre ma vie chez les Dursley plus agréable. Le même principe s'appliquait également avec Hagrid. Une autre technique de Force utilisé par les jedis était la Traduction de Force. Comme son nom le suggérait, cela permettait au jedi l'utilisant de comprendre ce qu'il entendait, même s'il ne parlait pas la langue en question. C'était définitivement une capacité utile et j'avais été capable de la reproduire avec ma magie.
Grâce à cette technique, tout souci de compréhension, tel que l'accent d'une personne ou d'éventuels soucis d'élocution, étaient filtrés par mon ouïe, ne me laissant entendre que des paroles claires et parfaitement compréhensibles. Cela s'appliquait également à la vue. Il m'était ainsi possible de lire des livres dans des langues que je ne comprenais pas, la magie traduisant automatiquement les mots à leur lecture pour que mon esprit les comprenne. D'une certaine façon, la Traduction de Force, ou Traduction Magique dans mon cas, partageait quelques similitudes avec Fourchelang dans le sens où le Fourchelang permettait instinctivement de comprendre et de parler la langue des serpents alors que je n'avais jamais appris la langue en question.
En fait, la Traduction Magique était supérieure au Fourchelang car cela me permettait de comprendre et de parler à tous les animaux, sans exception. Inutile de dire que Calla en était jalouse.
Naturellement, la Traduction Magique avait quelques limites et restrictions. Par exemple, cela ne pouvait traduire que de véritables langages. Dans le cas contraire, ce serait comme vouloir essayer de traduire le son d'une chute de pierres. Ainsi, un humain sifflant n'était pas traduisible alors que, à l'inverse, un serpent sifflant l'était. Autre exemple, il n'était pas possible de traduire quelqu'un parlant avec un faux accent ou de faux bégaiements, et je ne pensais absolument pas à Quirrell en disant ça. Ou plutôt, il était possible de traduire les paroles, mais cela ne ferait pas disparaître l'accent ou les bégaiements car ils étaient volontaires.
Il était également important de comprendre que ce n'était pas parce qu'il m'était possible de comprendre et de me faire comprendre d'une personne que je parlais sa langue. Ce n'était pas le cas. Si je parlais en anglais à un japonais, la Traduction Magique traduirait mes mots en japonais et ceux du japonais en anglais. Cela ne me permettait absolument pas d'apprendre la langue en question. Pour être clair, je ne parlais actuellement que deux langues : le français, grâce à ma vie précédente, et l'anglais, en raison de ma vie actuelle. On ne pouvait cependant pas nier que la Traduction Magique était extrêmement utile, rendant presque l'apprentissage de nouvelles langues obsolète.
… Bref, tout ça pour dire que la Traduction Magique était la raison pour laquelle je comprenais Hagrid comme s'il parlait normalement.
Après encore plusieurs minutes de marche à essayer tant bien que mal de se frayer un chemin à travers le Chemin de Traverse bondé de monde, nous arrivâmes finalement devant Gringotts, l'immense bâtiment semblant vouloir nous écraser de sa majesté tout en projetant son ombre sur nous pour nous montrer à quel point nous étions minuscules, même Hagrid. Malgré sa couleur d'un blanc immaculé, la structure me faisait autant penser à une banque qu'à une forteresse… Ce qui était en fait un peu le cas. Voyant Gringottes de mes propres yeux, outre le sentiment de richesse que le lieu dégageait, je devais admettre sa beauté. En fait, c'était la chose la plus belle qu'il m'avait été donné de voir jusqu'à présent.
Passant le portail en bronze, nous grimpâmes l'escalier en marbre puis entrèrent dans la banque à travers les immenses portes en argent massif. Du coin de l'œil, je vis les deux gobelins de garde se redresser légèrement et tenir leur arme un peu plus fermement alors qu'ils m'observaient passer entre eux. Ils avaient de bons instincts, ayant probablement senti que j'étais différent des autres sorciers. D'une façon ou d'une autre, ils avaient compris que j'étais probablement un combattant ou un guerrier. En tout cas, d'après leurs critères, j'étais dangereux. Je n'avais pas prévu une telle réaction de la part des gobelins mais décidai de faire avec. Ils ne m'attaqueraient pas sans provocation, probablement, et je n'avais pas l'intention de créer des problèmes.
Continuant à avancer, je pris juste un court instant pour lire le poème gravé en lettres d'or sur les portes :
Entre étranger si tel est ton désir
Mais à l'appât du gain, renonce à obéir,
Car celui qui veut prendre et ne veut pas gagner,
De sa cupidité, le prix devra payer.
Si tu veux t'emparer, en ce lieu souterrain,
D'un trésor convoité qui jamais ne fut tien,
Voleur tu trouveras, en guise de richesse,
Le juste châtiment de ta folle hardiesse.
Simple, direct et menaçant ! Néanmoins, c'était efficace. Personne n'avait jamais essayé de voler Gringotts, ou du moins, personne n'avait réussi. Et ceux qui avaient essayé avaient vraisemblablement disparu de la circulation, les gobelins ayant probablement rendu justice eux-même. Je ne dirais pas qu'ils étaient des barbares, même si je pensais qu'ils l'étaient un peu, mais leur culture était plutôt sanguinaire. Même maintenant, à peine entré dans le hall de leur banque, je pouvais sentir une légère soif de sang flotter dans l'air. C'était subtil, si subtil que les sorcier, qui n'avaient pratiquement aucun instinct de survie, ne le remarquaient même pas, mais c'était là.
Je me permis un sourire, cela allait être intéressant…
Et voilà, ce sera tout pour cette fois-ci.
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