Hello! Je sais que je suis "légèrement" en retard mais disons que je n'avais plus trop le temps d'écrire. Enfin désolé de l'attente et merci pour vos commentaires! Je vais essayer d'être plus assidue pour la suite ahah
Le dimanche avait été particulièrement exténuant pour les deux jeunes gens qui, après avoir fini leur corvée ménage, s'étaient avachis sur le canapé en poussant un râle d'exaspération. Eren était parti après avoir fini de s'occuper du sol, il était étincelant, pour le plus grand bonheur de Livaï qui se disait que finalement, le gamin n'était pas si empoté que ça. Le noiraud commençait déjà à somnoler tandis que Mika observait un point dans le vide, accompagnée de sa fidèle bouteille d'après soirée, la fameuse bouteille d'eau pour hydrater sa gorge desséchée par l'alcool de la veille. Son ami l'appelait « La Sainte-Bouteille » et il avait raison dans un sens, sans elle, Mika passerait sa vie à faire des allers et retours jusqu'à son évier pour remplir un verre.
Il commençait à faire à froid dans l'appartement, ils étaient en novembre, il était donc logique que la température baisse, et de ce fait, chacun était vêtu d'un gros sweat-shirt. Aucun des deux ne ressentaient réellement le froid, c'était plus Eren qui, une heure auparavant, se plaignait qu'il y aurait bientôt des stalactites pendus au plafond s'ils ne montaient pas le chauffage rapidement. Livaï s'était moqué discrètement de lui pendant que Mika était allée se laver. Il avait dit au brun qu'il connaissait un moyen de le réchauffer assez efficace et le concerné s'était contenté de rouler les yeux pour cacher ses joues rougies.
Le noiraud avait beau faire, il ne comprenait toujours pas réellement pourquoi sa meilleure amie lui disait que l'interpellé était assez dévergondé, il rougissait à un simple sous-entendu comme une fillette de neuf ans. Eren était une personne des plus complexes.
—Pourquoi tu fais cette tête, envie de vomir Lili ? Se moqua la jeune femme tout en restant un minimum sérieuse.
—Non, je repense quand tu as roulé une pelle à Hanji... rétorqua avec humour son ami tandis qu'il sentit qu'on lui poussait l'épaule pour le faire taire.
—On jouait au picolo ! Et puis après je me suis occupé de Nuska... ses lèvres ont le goût de pêche... dit-elle l'air rêveur ce qui lui attira un coup d'œil de Livaï qui se moquait assez souvent de son côté amoureuse à souhait. Il ne l'aurait jamais pensé ainsi lorsqu'il l'avait rencontré. Cette jeune femme qui était colérique et remplie d'arrogance, il ne l'aurait jamais pensé aussi douce. Peut-être que lorsque nous avions des sentiments, certains de nos traits de personnalités prenaient bien moins de place qu'à la normale. Mika avait tout simplement fait d'innombrables efforts pour être plus vivable pour Nuska.
La concernée le repoussa une nouvelle fois le trouvant trop taquin en ce moment, pourtant elle n'était pas du genre à se laisser faire si facilement. Elle contre-attaqua connaissant ses points faibles.
—Et tu peux dire ! Tu as passé la fin de soirée collé à Eren !
Livaï faillit s'étouffer en buvant dans sa bouteille d'eau, il pensait qu'elle ne les avait pas vu étant trop occupé à faire des câlins à sa petite-amie, ou alors qu'elle ne s'en rappelait plus étant trop bourrée.
—En même temps, tout le monde était caisse et disait n'importe quoi. Je préférais la compagnie du morveux qui au moins, savait à peu près ce qu'il disait.
Mika gloussa en guise de réponse avant de boire à son tour une gorgée dans sa bouteille, l'eau lui paraissait si agréable à sa gorge. Plus qu'en temps normal. Le silence qui régnait était apaisant également. Lorsqu'ils étaient tous réunis, ils faisaient un boucan infernal.
—Et puis, ton Eren chéri rougit sans arrêt pour rien, je te signale, crut-il bon de rajouter.
Cette fois-ci, la grise fronça les sourcils comme si elle réfléchissait aux propos de son meilleur ami. Le Eren qu'elle connaissait n'était absolument pas gêné lorsqu'il parlait à un homme, en général, il était même plutôt séducteur. La preuve étant, la dernière soirée qu'ils avaient faites ensemble, son Eren avait chopé le plus beau type de la fête. Le brun était revenu vers la grise avec un sourire béa et un joli suçon sur le cou. Elle ricana intérieurement à cette pensée. En y repensant, il était vrai que l'attitude du brun envers son meilleur ami était assez spécial, comme s'il n'avait pas envie de faire de faux pas. Il lui fallut peu de temps pour comprendre les raisons, Livaï lui plaisait, tout simplement. Après tout, elle aussi avait réagi de la sorte avec la noiraude.
—Tu sais, t'es une des rares personnes que j'ai connu qui le fais rougir, peut-être que tu lui plais... tenta-t-elle déterminée à rapprocher les deux jeunes hommes.
Livaï resta silencieux, Mika sentit qu'il se crispa. Elle savait que le noiraud était tout sauf à l'aise lorsqu'il s'agissait des sentiments et des relations. Autant il aimait s'amuser, autant les histoires de sentiments le faisaient fuir. Sans trop d'étonnement, elle continua à le cuisiner persuadée qu'il y avait anguille sous roche.
—Et puis, depuis quand tu t'intéresses autant à une personne ? Je t'ai pas vu comme ça depuis l'épisode Farlan...
Farlan était l'ex de Livaï, ils étaient encore ensemble lorsque Mika était arrivée en ville, le jeune couple avait rompu peu de temps après lorsque le blond avait dû déménager assez loin. La grise, qui à l'époque, le connaissait peu, avait bien vu que Livaï le vivait mal. Déjà qu'il vivait avec son oncle qui n'était pas d'une grande aide dans la vie de tous les jours. C'était d'ailleurs parce qu'elle avait été là pour le soutenir qu'ils avaient commencé à entretenir une amitié forte.
—Peut-être qu'il m'intéresse, mais j'ai pas de sentiments comme avec lui. Je l'aime bien, c'est tout. Il a une manière différente de voir les choses... et peut-être que ses lèvres ont aussi un bon goût, rajouta-t-il.
Mika fut prise d'un fou rire à ne pas s'en remettre, le noiraud se boucha les oreilles, ses éclats de rire lui brisaient les tympans. Elle jubilait malgré la fatigue, Livaï avait plus ou moins expliqué qu'il avait des vues sur lui.
—Je le savais ! Je le savais ! Alooooooooors Livaï ? C'était un baiser endiablé, ou doux ?
La jeune femme l'attaqua de questions, il finit par plaquer sa main sur sa bouche pour lui intimer de se taire. Elle poussa un grognement d'insatisfaction avant de la retirer avec violence et de se recroqueviller sur elle-même avec un air boudeur.
Livaï haussa un sourcil et ricana face aux réactions enfantines de sa meilleure amie. Et dire que ça allait avoir 19 ans se disait-il intérieurement.
—C'était plus comme un jeu pour te répondre, mais sois gentille fermes-là. Je t'en ai assez dit.
La jeune femme lui lança un regard indescriptible comme si elle cherchait à lire en lui, puis, d'un air plus sérieux, elle lui répondit.
—Tu sais Li', ça commence toujours comme ça. Une simple attirance peut vite prendre une tournure plus intime. Les sentiments, ça se construit, ça ne vient pas du jour au lendemain... Que tu le veuilles ou non, les choses se feront d'elle-même...
Il la regarda quelques secondes avant de fermer les yeux, la tête enfoncée dans son vêtement. Il réfléchissait aux dires de son amie, il savait qu'elle avait raison. Dans un sens, ses mots l'avaient rassuré. Décidément, il ne lui dirait jamais, mais elle lui manquerait l'année prochaine. Cette hystérique enfantine qui avaient constamment des idées farfelues.
—Une école de police hein ? Putain... Essayes au moins de m'attendre Pauvre Tâche. Tu ferais brûler l'école en moins d'une minute, lui dit-il de son air naturellement neutre.
La jeune femme ricana face au changement de sujet. Ils avaient de nombreuses fois discuté de ça, Mika voulait rentrer en école de police, mais elle n'était pas la seule, Livaï également. Erwin partageait leur point de vu, seulement, il souhaitait rentrer dans l'armée. La grise lui avait alors juré que de toutes manières, elle comptait faire une licence de droit avant de démarrer une carrière policière, dans tous les cas, les deux meilleurs amis rentreraient ensemble en école. Si tant est que les deux soient pris. En attendant, Livaï ne savait pas encore quoi faire comme étude l'année prochaine. Peut-être une licence de droit également, cela serait utile.
—Promis Pauvre Naze ! On est une équipe je te rappelle ! Mais avant tout, on a un truc à régler, et ce truc s'appelle Eren, se moqua celle-ci avant de se prendre un coup de poing dans le ventre et de se tordre de douleur.
BAM
Il tapait sur le sac. Il tapait pour oublier sa frustration. Il faisait ressortir sa colère à travers ses poings. Il avait horreur lorsqu'elle lui faisait un tel coup.
Alors il s'acharnait avec brutalité, de la sueur coulait le long de son front, le long de son cou, le long de son dos, le long de son torse. Son t-shirt trempé gisait sur sa droite, ses cheveux en bataille étaient mouillés de transpiration.
Il n'en revenait pas. Cela faisait une semaine. Une semaine qu'il n'avait aucune nouvelle, une semaine qu'il ne l'avait pas vu au lycée, ni même à la salle. Elle n'avait répondu à aucun de ses messages.
Il ne comprenait pas sa réaction. Tout allait pour le mieux, et puis, quelques jours après la soirée. Mika avait tout simplement disparu de la circulation.
Rien.
Les premiers jours, il ne s'en était pas plus inquiété, il lui arrivait régulièrement de disparaître un ou deux jours. Mika avait peut-être grandi, elle n'en restait pas moins la Mika qui avait besoin de sa solitude.
Mais Livaï connaissait ses moments de solitude, c'était ses périodes où la grise broyait du noir. Il s'inquiétait autant qu'il lui en voulait, ressassant encore et encore la même réflexion, il retapa une dernière fois jusqu'à qu'il sente une main se poser sur son épaule.
Le noiraud se retourna encore plus agacé qu'on le coupe dans son élan, il allait rétorquer quand il se rendit compte qu'il s'agissait de son coach.
—Je sais pas ce qui t'arrive, mais tu vas avoir les mains en sang Livaï, dit-il simplement d'un ton qui se voulait rassurant.
Livaï le fixa quelques instants avec des yeux vides. Il était essoufflé, son cœur battait tellement vite et tellement fort qu'il était persuadé qu'on pouvait l'entendre à moins d'un mètre de lui.
Il ôta doucement ses gants avant de voir qu'en effet, des tâches rouges s'étendaient sur ses bandages. Dans un geste lassé, il haussa simplement ses épaules avant d'essuyer son front et de partir vers son sac.
—Livaï... rappela à l'ordre son coach l'arrêtant en chemin, Je te rappelle qu'aucune mauvaise humeur n'est tolérée ici...
—T'en fais pas, de toutes façons, je me tire, répondit-il d'un ton naturellement froid.
Le noiraud n'eut pas le temps de se retourner qu'il s'aperçut que son coach était juste derrière lui, les bras croisés, l'air sévère, la montagne de muscle n'était pas prête de bouger tant qu'elle n'aurait pas de réponse concrète.
—Dis-moi ce qui ne va pas sinon tu me fais un murph' pour te remettre les idées en place.
Ils se jaugèrent un instant, se défiant du regard, Livaï se fichait éperdument de faire un murph. Finalement, connaissant l'adulte, il savait que celui-ci ne lâcherait pas l'affaire. Il soupira prêt à lui expliquer que l'absence de sa meilleure amie l'agaçait, mais à peine eut-il ouvert la bouche que la jeune femme entra dans la salle.
La porte s'ouvrit sans bruit ce qui n'attira pas l'attention du coach. C'est seulement quand il vit que Livaï observait l'entrée qu'il se retourna.
—Tiens, ça faisait longtemps qu'on l'avait pas vu celle-là, s'écria-t-il d'un ton amical ravi de la revoir.
Mika lui envoya un sourire discret avant de filer mettre ses affaires dans le casier. Le noiraud n'attendit pas une minute de plus pour se diriger en direction des vestiaires abandonnant complètement sa précédente conversation.
Il entra avec fracas dans les vestiaires des femmes, ne se préoccupant guère de savoir si quelqu'un y était. Et puis, de toutes manières, ce n'était pas comme s'il y avait énormément de femmes dans cette salle.
Mika était à son casier habituel, complètement changée, elle semblait regarder dans le vide comme si quelque chose la préoccupait.
—C'est quoi ce bordel ?! S'écria Livaï hors de lui.
La grise prit bien son temps pour répondre comme pour montrer qu'elle n'était pas d'humeur à jouer à ce jeu là. Elle ferma son shaker lentement, le clic du bouchon se fit entendre et elle daigna enfin lever les yeux.
—Je vois pas de quoi tu veux parler, Livaï.
Sa voix était sèche, d'ailleurs, s'il l'observait bien, il pouvait voir des cernes profondes sous ses yeux, son teint était pâle. Ses yeux étaient vides et épuisés. Livaï ne l'avait jamais vu comme ça.
Même s'il lui en voulait, la voir ainsi l'inquiétait plus qu'autre chose si bien qu'il perdit son ton énervé.
—Mika, il y a un truc qui ne...
—Tout va bien, vraiment. J'ai juste eu des horaires difficiles cette semaine.
Ils restèrent un moment silencieux, puis finalement, elle ferma la porte de son casier bruyamment pour montrer que la discussion était finie. En quelques secondes, elle disparut de sa vue.
Ne sachant que faire, il se décida à rentrer chez Kenny préférant être là-bas avant son arrivée. Prenant la direction de l'arrêt de bus, il n'arrêtait pas de se ressasser constamment le visage de Mika. Il devait en savoir plus, et pour ça, il ne devait pas agir seul. Il demanderait l'aide de quelqu'un qui la connaissait autant que lui.
Livaï pourrait en parler à Nuska, cependant, quelque chose lui disait que non. L'attitude de son amie était des plus ternes depuis une semaine et lorsque Livaï lui avait demandé si elle avait des nouvelles de la grise, Nuska lui avait juste rétorqué que c'était lui son meilleur ami, pas elle.
Il aurait fallu être stupide pour voir qu'elles étaient en froids. Le noiraud avait alors insisté pour savoir ce qu'il se tramait mais il ne s'attendait pas à ce que Nuska lui apprenne que les deux jeunes femmes étaient en break.
Il chercha alors dans son répertoire le numéro d'une personne qu'il n'aurait jamais pensé appeler, mettant de côté pendant quelques jours leur petit jeu, il ne pouvait laisser Mika sombrer ainsi.
Livaï avait eu son numéro lors de la soirée, pour l'instant, il ne l'avait encore jamais contacté par sms. Il fallait un début à tout disait-on, pourtant, ce début lui laissait un goût amer dans la bouche.
Le noiraud attendit que quelqu'un décroche patiemment, mais personne ne répondit.
Il était dans une impasse. Il se sentait inutile. Mais surtout, il avait peur, peur que Mika ne fasse une connerie.
Soupirant de rage, il observa ceux qui étaient dans le bus avec lui. Il était 19h30, il n'y avait quasiment personne. Seuls une femme et son enfant étaient assis sur les sièges en face de lui. Derrière se tenaient des étudiants qui semblaient partir en soirée, chacun tenait un sac de course provenant du market du coin.
La radio tournait en fond créant une ambiance sonore en ce début de nuit hivernale. Livaï se demandait en vain ce qu'il s'était passé pour voir la grise aussi amorphe.
Épuisé par tout ça, il préféra se concentrer sur le bruit des roues sur la route. Il arriva finalement chez Kenny toujours en proie à une réflexion intense. Le noiraud observa une nouvelle fois son téléphone dans l'attente de la réponse d'Eren. Livaï était persuadé que lui seul avec la réponse à l'attitude de sa meilleure amie.
Il attendit, une minute, deux minutes, toujours les yeux rivés sur l'écran. Alors qu'il allait abandonner agacé du brun, le mobile se vit à vibrer . Sans réfléchir, Livaï s'en empara immédiatement.
—Allô Livaï ? Interrogea une voix qui émergeait du sommeil.
Malgré la situation, le noiraud ne put s'empêcher de se faire la réflexion que le brun avait une voix plutôt envoûtante lorsqu'il ne gueulait pas. Il se reprit rapidement ne voulant pas faire durer l'échange plus longtemps.
—Morveux, t'es libre demain matin ? Faut qu'on parle.
De son côté, Eren n'en revenait pas. Il détestait par dessus tout cette phrase. Il y eut quelques secondes de silence quand finalement, il répondit.
—Euh... Ouais, mais pourquoi ?
—ça concerne Mika, expliqua simplement Livaï avant de noter l'adresse d'Eren sur un bout de papier.
Le lendemain comme promis, Livaï se retrouvait devant la porte d'appartement de son camarade de classe. Eren le fit entrer avec un sourire qui se voulait accueillant même s'il devait avouer ne pas encore être à l'aise en la présence du noiraud.
Il invita Livaï à s'installer sur le canapé priant intérieurement pour que son père reste couché. Son paternel était encore rentré à une heure tardive, complètement HS, alors Eren avait décidé de s'occuper de lui.
—Tu veux à boire ou à manger ? Demanda poliment le brun.
Livaï refusa silencieusement, la seule chose que le noiraud désirait, c'était comprendre ce qu'il se tramait et il savait qu'Eren avait la réponse.
—Donc, tu veux me voir à propos de Mika ? Dit-il encore plus gêné par le silence, Pour tout te dire, je pensais plutôt que tu demanderais à Nuska...
—Elles sont plus ensemble.
Eren fit les gros yeux ne s'attendant pas à une telle information. Il y avait deux semaines de cela, les deux jeunes femmes s'aimaient encore passionnément. C'était exactement la même situation qu'il y a trois ans en arrière. Il ne lui en avait pas fallu plus pour comprendre le problème.
—Je vois... répondit-il visiblement inquiet.
—Quelque chose me dit que tu sais ce qu'il se passe, déclara de son ton neutre Livaï qui le fixait intensément.
Le brun ne savait pas réellement quoi dire, s'ils étaient si proches, ne devait-il pas être au courant ?
—Je pensais que vous vous disiez tout, rétorqua Eren en haussant les épaules s'attirant le regard de foudre du noiraud, Enfin... Est-ce-que tu l'as vu récemment ?
Livaï raconta alors la fois où elle était rentrée dans la salle de boxe, son attitude, son teint malade mais aussi le fait qu'elle ignorait ses appels. Il rajouta que personne n'avait de nouvelles d'elle, pas même les gens de sa classe.
Eren parut réfléchir à son tour, un frisson le parcourut l'échine quand il songea à cette hypothèse.
—Elle ne t'a jamais parlé de ses parents ? Demanda-t-il alors avec sérieux.
Le noiraud secoua la tête en guise de réponse négative. Il savait juste qu'à son arrivée en première, la grise était émancipée. Elle n'avait jamais souhaité aborder le sujet même lorsque Livaï lui avait demandé. Cependant, Eren semblait en savoir un rayon sur ce sujet ombrageux.
—Tu sais pourquoi c'est une mordue de boxe thaï ? Parce que son père était boxeur. D'ailleurs, Mika n'était pas désirée, sa mère l'a eu à seize ans. Tout allait pour le mieux jusqu'au jour où son père est mort dans un accident de voiture. Elle avait onze ans. Sa mère est rentrée en dépression et leur relation a commencé à se dégrader. Sa mère prenait beaucoup de cachets alors Mika a été placé en famille d'accueil, c'est pas ses meilleurs souvenirs mais je sais qu'elle a perdu contact avec sa mère depuis ce jour-là. La suite tu la connais, elle s'est émancipée et s'est cassée de Shiganshina pour venir ici, expliqua Eren d'un ton lourd.
Livaï resta silencieux s'imaginant le parcours que sa meilleure amie avait pu vivre. Eren ne lui laissant pas plus de temps avant d'enchaîner.
—Mais ce que tu sais pas, c'est qu'avant son départ, Mika a commencé s'éloigner, elle restait seule, elle avait une sale mine. C'est comme si elle se sentait vide. Et puis, on a fini par s'engueuler, c'est d'ailleurs pour ça qu'on avait un peu perdu contact.
Pour la première fois depuis son arrivée, le visage d'Eren se forma en masque de culpabilité. Livaï voyait bien que cela le rongeait encore même si des années s'étaient écoulées.
—La Mika que tu connais, c'est pas la même Mika que j'ai connu. Mais si actuellement elle est dans cet état, je vois qu'une chose possible. C'est qu'elle est rentrée en contact avec sa mère par je ne sais quelle moyen.
Eren finissait de s'expliquer, il fixait ses chaussures se détestant soudainement. Encore une fois, il n'était pas là pour la grise qui avait toujours été là pour lui. Que devait-il faire ? Rester auprès de son père ou bien aller voir Mika ? Eren était le seul à connaître l'histoire entière, il l'avait vu sous tous ses jours. Bien que le noiraud soit proche de la grise, le brun savait qu'il n'y avait que lui qui pouvait la sortir de cette impasse.
—Je vois... finit alors par dire Livaï qui se levait du canapé. Il comprenait bien mieux maintenant pourquoi un tel état. Il s'apprêtait à quitter l'appartement quand il s'aperçut qu'Eren prenait sa veste, Eh morveux, tu m'accompagnes chez Mika ?
Eren lui lança un sourire timide en acquiesçant avant de déclarer devoir faire une course avant et qu'il le rejoindrait à l'appartement.
Livaï prit alors la direction de l'arrêt de bus afin d'aller chez sa meilleure amie. Il ressassait encore les paroles d'Eren, il n'y faisait qu'une conclusion. Mika vivait dans la solitude complète, il comprenait mieux pourquoi alors elle le laissait dormir si souvent chez elle. Tout prenait sens.
Il entra dans le transport, bipant sa carte et s'installant dans un coin perdu dans ses réflexions. Ses yeux dérivaient sur les passagers, il y en avait peu en ce dimanche pour son plus grand bonheur.
C'est le cœur lourd qu'il arriva à destination, très vite, il monta les mêmes escaliers qu'il avait l'habitude de prendre. Et puis, finalement, il était devant l'appartement. Cette fois-ci, au lieu de se servir du double des clés, il toqua.
Il attendit bien une minute sur le palier, il jura se demandant si la grise était chez elle. Et puis finalement, alors qu'il allait l'appeler, il entendit le clic du verrou s'ouvrir et la porte qui grinçait dans le silence.
Devant lui se tenait Mika, ses cheveux étaient attachés en chignon raté, elle portait un sweat-shirt vert ainsi qu'un short de sport noir. Ses yeux étaient cernés de noirs, ils étaient bouffis et rougis signe qu'elle avait pleuré. Son teint était tellement blanc qu'on aurait cru voir un fantôme. Mika avait tout simplement une allure minable et Livaï s'en voulait. Cela faisait une semaine qu'il la laissait s'enfoncer et le résultat était devant lui. Mais le pire, ce n'était pas encore son teint maladif ou ses cernes, c'était ce regard vide. Il n'y avait aucune lueur, rien, juste des prunelles violettes qui le fixaient. Mais même en le regardant, il n'était même pas sûr qu'elle le voyait.
Son amie le laissa entrer avant de repartir silencieusement vers le canapé. Livaï observait la pièce, en dépit de la déprime de sa camarade, il était plutôt propre. Enfin, il fallait faire la vaisselle, aérer la pièce et balayer, mais sinon, ce n'était pas trop sale.
Le noiraud jeta un bref coup d'œil sur la table, il y avait des factures mais aussi un paquet de cigarette bien entamé ainsi qu'un peu d'herbe. Il poussa un soupir avant de déclarer :
—Tu reprends cette merde ?
—Ouais.
C'était la première fois qu'elle lui adressait la parole depuis le cours de boxe. Il n'avait jamais entendu une telle intonation dans sa voix. C'était comme si ce n'était plus elle qui parlait mais un robot.
Livaï poussa un énième soupir avant d'ouvrir la fenêtre et les volets, il commença à faire la vaisselle puis balaya. Cela ne lui prit qu'une vingtaine de minutes. Lorsqu'il eut fini, il referma la fenêtre. Il faisait horriblement froid dans son appartement mais Mika ne semblait pas s'en rendre compte. Le noiraud alla alors s'emparer d'un plaid qu'il mit avec soin sur les épaules et les jambes de son amie.
Elle n'avait même pas bougé d'un centimètre, elle se contentait juste de fixer le mur en face. Le cœur de Livaï se serra, il n'avait aucune idée de comment l'aider, il priait pour qu'Eren arrive au plus vite. Incapable de dire quoi que ce soit pour la rassurer ou même la réconforter, il se contenta juste de passer un bras autour de ses épaules et de l'attirer à lui. Même là, elle ne répondit pas à son étreinte. D'un geste protecteur, il lui caressait le bras. C'était la seule chose qu'il pouvait faire et il s'en voulait.
—Tu devrais dormir Mika, ça te fera du bien, dit-il d'un ton doux qu'il n'utilisait que rarement.
—J'arrive pas à dormir.
A l'entente de sa voix, il resserra son emprise sur la jeune femme en fermant les yeux. Pour la première fois, il avait peur pour elle. Il repensa aux mots d'Eren.
—La Mika que tu connais, c'est pas la même Mika que j'ai connu.
Le brun l'avait-il déjà vu dans cet état léthargique, amorphe ?
—Tu sais que je suis là pour toi, je te laisserais pas seule, tenta-t-il en vain.
—Je sais... murmura la grise qui ne quittait pas le mur des yeux.
Eren, que faisait-il ? Pourquoi vouloir faire une course avant de le rejoindre ici ? Livaï détestait lorsqu'une situation lui échappait et qu'il ne comprenait pas. De plus, il revoyait la grise qui lui avait tant de fois remonté le moral et lorsqu'elle en avait besoin, il en était incapable.
Ils restèrent ainsi les deux pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que la porte s'ouvre sur le brun.
Malgré son arrivée, personne ne parlait. Eren ne se rappelait que trop bien de ce type de déprime, seulement cette fois, il avait la sensation que quelque chose avait littéralement chamboulé Mika. D'habitude, la grise ne restait pas aussi longtemps dans cet état.
Il s'approcha à pas de loup vers le duo avant de faire face à Mika. Livaï l'observait faire, il s'aperçut qu'il tenait en main un paquet de bonbons, à l'intérieur, il y avait plusieurs granules en forme de spiral rouge. Le noiraud ne put s'empêcher de froncer les sourcils surpris. Il délaissa sa meilleure amie pour aller dans la cuisine afin de les laisser parler mais n'en n'écoutait pas moins la conversation.
—Tu sais, ça a pas été évident d'en trouver dans cette ville, rigola Eren en tendant plusieurs granules à Mika.
Livaï n'avait aucune idée ce que ces granules avaient de magique cependant, elles semblaient attirer l'attention de Mika.
—Eren ? Demanda celle-ci comme si elle sortait de sa transe.
—ça y est ! Tu me reconnais ! Continua-t-il avec son sourire rassurant.
Livaï était stupéfait, il ne savait pas la relation qu'elle et son camarade de classe avait eu en revanche, ils semblaient très proches. Il n'avait jamais vu Mika réagir ainsi avec une autre personne que lui ou Nuska.
—Alors, tu comptes me dire ce qu'Elle a encore fait ? Poursuivit Eren en posant sa main sur son épaule.
La grise baissa le regard, Eren pouvait voir une larme couler le long de sa joue. Il ne portait pas Sylvia dans son cœur, plusieurs fois, elle avait détruit Mika. Mais cette fois-ci, la femme avait du faire fort pour laisser Mika dans un tel état.
—Elle a une gamine de trois ans, murmura Mika en frissonnant.
Le brun fronça les sourcils abasourdi par une telle information.
—Pardon ? Dit-il sous le choc.
Mika releva le regard, une colère avait laissé place au vide précédent. La grise se leva brusquement complètement enragée. Ses mains tremblaient de haine.
—Elle a une putain de gamine de trois piges ! Elle vit avec un mec plein au as ! Ma mère a refondé une putain de famille pendant que je vis dans la merde ! Et tu sais quoi ?! Elle m'a complètement snobé quand elle m'a vu ! Elle m'a vu et la seule chose que j'ai vu dans son regard, c'était du putain de mépris ! Mais quelle famille de merde j'hallucine ! Cria Mika en larmes.
Eren se leva pour la réconforter comprenant le mal-être dans lequel la grise devait être. Livaï s'approcha à son tour attiré par les éclats de voix.
—Après tout ce que j'ai fait pour elle, la seule chose que je mérite c'est ça ?! Elle était passée là toutes ses années, à s'occuper du cul de ce sale type, à pondre un mioche alors qu'elle en avait déjà une ?! Putain j'en reviens pas ! Cracha-t-elle la voix brisée. Dans sa colère, elle balança les granules à l'autre bout de la pièce avant d'aller dans sa chambre ne supportant plus les regards compatissants de ses deux amis.
Les deux jeunes hommes restèrent silencieux quelques minutes ne sachant que faire. Finalement, Livaï décida de rester chez Mika cette semaine, ils s'arrangèrent entre eux pour que la grise ne se retrouve jamais seule. Il n'y avait plus de question de jeu ou autre, la réalité les avait rattrapé et aucun des deux refusaient de laisser Mika dans cette situation.
