Coucou me revoilà avec le second petit chapitre tout frais corrigé par Juls et qui me permet un peu de développer sur quelques personnages et sujets qui me seront bien utiles par la suite, et petite précision, l'action se déroule juste après celle du chapitre précédent donc toujours le lendemain du bal ;), voilà
Bonne Lecture
Musique : A Change is Gonna Come d'Otis Redding
Chapitre 14 : Où Harry pétrarquise avec une Française en s'adonnant aux travaux domestiques.
— Les balais sont là bas Harry-golo, fit Astrid en désignant du menton un cagibi rempli d'ustensiles moldus de ménages.
Bien entendu, il leur avait été aimablement précisé que la magie était interdite.
— Tu as un sens certain de l'humour pour une pécore de province, cingla Harry.
Il boudait un peu. À cause du Serpentard, il se retrouvait obligé de gâcher trois précieuses heures de sommeil. C'était l'une des rares choses qu'il ne pardonnait pas. Il aurait sa revanche.
— Tu as l'air de mauvaise humeur, Draco ne t'as pas suffisamment tringlé hier soir ?
Harry rougit, baissa les yeux et s'empara de quelques balais. Ils restèrent silencieux, abolissant d'un commun accord le début d'échauffourée. Ils sentaient trop d'intérêt réciproque pour s'y laisser mêler une querelle vaine. Astrid relança, le visage passivement inexpressif.
— Sérieusement, comment était la nuit ? Il a l'air d'un bon coup.
Le Survivant l'observa en coin et ne décela pas dans son regard la plus petite lueur de curiosité grivoise. Elle était simplement appliquée à récurer le sol. Il repensa à la remarque de la jeune femme et demanda une pointe d'interrogation dans la voix, intéressé par tout ce qu'elle pourrait lui dire :
— Pourquoi serait-il forcément l'actif ?
— Il a trop peu de confiance en lui pour laisser quelqu'un le dominer. Ne fut-ce toi.
Il réfléchit sans trop saisir le sens réel mais acquiesça instinctivement. Astrid le regardait et il voyait son visage plat de toute émotion. Curieusement, cela semblait être son vrai elle. Il trouvait parfois factice les expressions qu'elle y apposait, sur cette tête froide qui aurait pu être méprisante, si elle n'avait été absolument indifférente. Les yeux fixes, la bouche un peu courbée, les traits détendus, elle n'avait pas naturellement un visage amical. Mais cette face-là, à ce moment précis, le rassura étrangement. Elle ne semblait nullement ennuyée. Profondément axée sur ses pensées, et il songea que si leur conversation l'ennuyait elle arrêterait d'y répondre. C'était un retrait pacifique. Un geste qui se dérobait à la lutte épuisante et artificielle. Il prit conscience de tout ça et avec application se mit à la tâche, le sol était assez sale.
— Tu aimes bien les Potions ?
— Je… , elle réfléchit. Oui, c'est une activité somme toute assez plaisante, il suffit de bien suivre les consignes, de faire preuve d'application, on joue avec deux ou trois idées et on obtient un résultat plus que satisfaisant.
— Et ça suffit pour te plaire ? De devoir suivre des consignes ?
Elle hocha la tête :
— C'est reposant, ça fait travailler l'esprit, mais je ne m'y adonnerai pas sans cesse pour autant.
Elle avait une voix grave, assurée et pesée, comme si chacun de ses mots incarnaient d'eux même les vérités inébranlables qu'ils traduisaient. Il songea qu'il aurait pu s'asseoir et l'écouter pendant des heures dans ce cachot noir et froid.
— Dans quel village allons-nous demain ?
— Sceaux-Cif-Lard.
Harry tiqua et rit un coup.
— Sérieux ?
Elle ne prit pas peine de répondre, inintéressée.
— C'est un village moldu ?
— Malheureusement absolument pas.
De bonne grâce, Harry accéda à la requête muette mais certaine de la jeune fille, et lui demanda :
— Pourquoi malheureusement ?
Elle se détendit, comprenant à qui elle avait affaire, et expliqua le fond de sa pensée :
— Je ne vois pas l'intérêt de se couper du monde moldu comme tant de sorciers aiment le faire.
— Mais nous sommes différents. Enfin, il est nécessaire de préserver une certaine culture sorcière.
— Pas tant que ça Harry, regarde autour de toi, nous ne préservons pas notre culture sorcière, nous la clôturons. Les sorciers sont des hommes aussi, mais nous sommes bien moins nombreux que les moldus. Qu'avons-nous fait depuis la naissance de la magie ? Rien, à part développer la magie. Tu dois suivre des cours d'Histoire de la magie…
Harry retint un petit sourire, suivre était un bien grand mot, rattraper de précieuses minutes de sommeil était plus proche de la vérité.
— … Tout repose sur des inventions, des nouveaux sortilèges, de nouvelles potions…
— Eh bien, mais l'évolution moldue repose sur l'évolution de la technique et de la science, non ?
Elle rattacha ses cheveux et entreprit de récurer avec un torchon les étagères poisseuses de dizaines d'années d'éclaboussures de mixtures diverses. Elle était bien foutue quand même, et il la regarda s'étirer sur la pointe des pieds le regard vague car concentré sur une réflexion intérieure. Il revint un instant en surface et parut s'éclairer alors qu'elle grattait un rebut particulièrement coriace.
— Les sous-sols du château s'étendent assez loin et sur plusieurs niveaux, la plupart de ces salles n'ont pas été utilisées depuis un nombre incalculable d'années. Leur réhabilitation est une tâche toute personnelle.
Le Survivant songea qu'elle faisait sans doute référence aux dizaines d'heures qu'elle avait dû passer en punition ici. Il laissa échapper un sourire.
— Alors je suis sous vos ordres ma Dame. Dois-je commencer à débarrasser les meubles dans la pièce à côté ?
Elle jeta son chiffon sale dans un coin et admira l'ensemble du capharnaüm infernal qui régnait dans la pièce. D'un mouvement de la mâchoire, elle désigna une immense étagère. Ils se mirent à deux, s'arc-boutant, suant et soufflant contre les vieux meubles de bois qui leur plantaient des échardes dans les doigts. Construits à l'ancienne, ils devaient peser pas moins de 300 livres chacun et leurs épaules s'en souviendraient pendant longtemps. Harry pesta en se rappelant que si Rogue et Dumoulin ne leur avaient pas confisqué les baguettes, ils auraient déjà eu fini depuis longtemps. La pièce s'emplissait de nuages de poussière à cause des déplacements et ils toussaient en se frottant les yeux, agitant les mains pour tenter d'y voir plus clair. Enfin, ils s'assirent contre une grosse commode Louis XIII –véritablement d'époque- et reprirent leur souffle. Tous ces vieux trucs blottis les uns contre les autres comme de désuets coquillages de bois renfermant des perles inconnues, lui donnaient envie de se fondre dans la masse de tiroirs et de planches pour en découvrir les arcanes secrètes.
— Tu n'as pas envie de tout ouvrir et de tout fouiner ? Peut-être qu'on y découvrirait des trésors… , suggéra Harry, et il vit dans les yeux bruns une lueur espiègle d'aventure s'allumer0
— Je l'ai fait un jour, je m'y suis laissée prendre et je suis restée une demi journée avant que Dumoulin ne descende avec un rictus réjoui s'attendant à découvrir ma dépouille écrasée sous une armoire d'ébène. Pour notre malheur, il y a ici d'innombrables antiquités fêlées, papiers de valeurs élimés, testaments oubliés, correspondances houleuses et défendues qui mériteraient que l'on y consacre du temps. Par infortune nous devons avoir fini le nettoyage d'ici une heure.
Harry laissa avec regrets son regard couler le long des formes anciennes dont plus personne à par eux ne connaissait l'existence il sentit une sorte de mélancolie à l'idée de trahir leur dernière chance d'être inspectés avec curiosité, valorisés. Personne ne s'exclamerait plus sur un trésor désuet qu'ils contiennent. C'était affreusement stérile, et inapproprié de nostalgie ce genre de réflexions. Il se releva, tendit une main secourable à Astrid et ils fermèrent avec précaution la porte derrière eux.
— Ne sois pas triste, allons. Un jour prochain nous reviendrons et nous les fouillerons.
— D'accord, dit Harry en offrant à la jeune femme un sourire enfantin.
Ils scellèrent là une promesse rassurante. Il se munit d'une brosse et s'agenouilla sur les dalles noircies de crasse et Astrid récupéra son chiffon.
Une question lui vint subitement en tête :
— Mais alors, tu as un binôme vu que tu n'étais pas là à la répartition ?
Elle hocha la tête :
— Oui, on ma collé, euh... Justin Finchistruc là… Mais j'accroche pas trop avec lui.
Ils poursuivirent le dur labeur de rattraper un siècle de négligence totale en matière d'entretien ménager puis la jeune femme reprit :
— Tu avais oublié les progrès moraux, les recherches intellectuelles, les philosophes les écoles de pensée, l'art, tout ce genre de chose dont nous les sorciers pensons être pompeusement dispensés.
Le Sauveur réfléchit pendant plusieurs minutes car elle ne daigna pas lui indiquer de quoi elle parlait, puis il se souvint de leur conversation interrompue plus tôt et aspira un grand coup.
— Ah ! Oui. Mais si les moldus s'en occupent, pourquoi devrions-nous le faire aussi ? Autant être productif et se repartir les tâches.
— Ne soit pas idiot, ce n'est certainement pas un jeu de construction. Nous devons participer si nous souhaitons en bénéficier nous aussi. Enfin... La magie nous libère du temps de travail et pourtant nous nous échinons dans un domaine ou bien dans l'autre, non ! Je trouve que l'on devrait laisser le temps à chacun d'apporter sa contribution intellectuelle par du repos.
— Tu prônes l'utilisation de la magie à des fins paresseuses alors ?
Elle lui offrit des yeux malicieux et une fossette creusa sa joue droite pendant qu'elle essayait de réprimer un sourire ravi et vrai.
— Tu es quelqu'un de drôlement intelligent Harry Potter, je comprends pourquoi tout le monde parle autant de toi. C'est la première fois que « tout le monde » me paraît aussi censé.
— Oh, ne te berce pas d'illusions, ce n'est pas pour mes qualités intellectuelles qu'on entend les troubadours médiatiques s'agiter et bercer la ribaude de cris apatants. Non. Je suis un concours de circonstance.
Il l'avait dit sans fausse modestie et elle apprécia grandement.
— Tu sais les moldus se sont eux beaucoup interrogé sur eux-mêmes, ils possèdent une humilité qui leur permet de se poser beaucoup plus de questions que nous autres majoritaires orgueilleux sorciers. Un de leurs penseurs a dit un jour « Les sciences et les arts doivent leur naissance à nos vices, nous serions moins en doute sur leurs avantages s'ils les devaient à nos vertus. »
— Tu crois que la sorcellerie nous vient d'un vice ? Je la pense plutôt ni de l'un, ni de l'autre. Elle est simplement un outil, un don reçu au hasard.
— Alors pourquoi ne pas l'utiliser ainsi ? Nous devrions mieux vivre que les moldus, nous qui n'avons pas de temps à consacrer à la compensation de faiblesses naturelles.
— J'apprécie ton raisonnement, avec mon modeste esprit. Toutefois, peut-être dis-tu des inepties que je découvrirai lorsque la sagesse m'emplira plus profondément. Mais tu es de parents Sorciers, où as-tu appris une telle phrase ?
— Beauxbâtons, s'ouvre peu à peu aux enseignements moldus, j'y suis physique et philosophie.
— J'ai rarement eu autant d'intérêt pour quelqu'un, tu es fabuleusement dans le cœur des choses.
Le compliment éclaira ses yeux, dévoila des canines pointues, elle inclina la tête. Émerveillés par cette compréhension totale, ils se sentirent en paix. Puissamment en paix, et en bonne intelligence l'un avec l'autre.
C'était si rare.
Voilà j'espère que ça vous a plu, et je vous donne rendez-vous au prochain chapitre pour des jeux organisés entre élèves, et ça ne sera pas de tout repos...
N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ces petits développements, et surtout portez vous bien !
