L'Odeur de la Victoire
Je tombe à l'infini. Tout autour de moi monte à une vitesse fulgurante. Un trou noir. Sans fin. Tout se dérobe sous mes pieds, je brasse de l'air désespérément.
"Ça va, Pieter?"
J'ouvre les yeux. Lalys me fixe avec un regard perplexe, qui a l'air de se demander si je n'ai pas perdu la raison.
"Alors tu viens, Pieter? Les portes de l'ascenseur sont ouvertes."
J'émets un grognement avant de me résoudre à la suivre, clairement pas motivé à affronter ce qui va suivre. J'entre dans une pièce large. Des armes sont soigneusement rangées, placées dans des accroches prévues à cet effet situées dans tous les coins. Des tapis jonchent le sol, des mannequins sont suspendus, de très divers ateliers sont installés les uns à côté des autres. J'aperçois un attroupement de jeunes enfants, réunis devant un homme à la peau pâle et à la taille de nain. Nous rejoignons les carrières du Un et du Deux qui nous saluent ou nous lancent des regards brûlants d'impatience.
"Bien, nous vous attendions. Nous pouvons commencer."
Nous sommes les derniers arrivés. Ce n'est pas étonnant quand on sait que j'ai refusé de me lever ce matin. Ce que j'ai vécu hier m'a... anéanti. Rien que le fait d'y penser me donne la nausée et me plonge dans une haine abyssale. Je n'ai plus envie d'y croire...
"Je serai votre conseiller durant ces trois jours d'entraînements qui vont vous servir à développer vos talents. Vous passerez devant le jury à la fin de ces 3 jours lors d'une évaluation pour obtenir une note allant de 1, la note minimale, à 12, la note maximale. Vous avez à votre disposition toute sorte d'armes. Vous trouverez des arcs, des flèches, des épées, des poignards et même des armes insolites comme la faux. Pour vous entraîner au combat, vous devez pratiquer dans les zones de combats prévus à cet effet, comme le tapis de lutte sur lequel je me trouve actuellement. Je vous conseille fortement de ne pas négliger les ateliers de survie, la nature est aussi mortelle qu'une épée, ne la sous-estimez pas" termine le petit homme avec un ton ennuyé et un regard insistant jeté dans notre direction, le groupe des carrières. "Allez-vous entraîner, je reste disponible au cas où vous avez besoin de moi."
"Cause toujours, tu m'intéresses!" se moque Shine.
L'ensemble des carrières se mettent à ricaner, excepté Anto, visiblement plongé dans une réflexion intense, et moi qui n'ait pas le courage de stimuler quoi que ce soit. Un cri de joie déchire l'air. Esmeralda et Teora se jettent sur les poignards, les manipulant avec un plaisir non caché et avec attention, comme si elles vouaient du respect à ces outils de métal aiguisés.
Alors que je m'apprête à les rejoindre à contrecœur, je constate qu'Anto me dévisage. Je le lui fais remarquer avec politesse en balançant ma tête d'un air interrogatif en sa direction.
"Je sais pas. T'es bizarre, Pieter. T'as l'air d'être un adversaire redoutable et un bon carrière mais j'ai pas confiance en toi. J'ai l'impression que tu joues la comédie, que t'es pas avec nous. Je te garde à l'œil, je ne suis pas aussi débile que les quatre autres. Qu'ils fassent leurs Hunger Games comme ils croient pouvoir le faire mais moi, je ne me ferai pas avoir."
"Toi aussi, tu m'as l'air différent des autres. Je sais pas ce que t'as prévu, mais ce sera un honneur de te tuer."
Anto esquisse un sourire satisfait, les yeux brillants d'excitation.
"Hâte d'être dans l'arène alors!"
Je me contente d'un sourire vague avant de me détourner de lui.
J'en ai marre! La Haute Juge, Lalys, son père, le président Snow, ces stupides carrières, ces maudits Hunger Games et maintenant Anto. Fichez-moi la paix, putain! Laissez-moi vivre! Fais chier!
Je suis exténué. Mes jambes tremblent, je suis pris d'un haut-le-cœur, mes émotions m'assomment. Je veux juste retourner dans mon lit et pleurer sans que personne ne vienne me faire chier. Inconsciemment, je sens le poids du regard de la Haute Juge Vorena qui m'écrase les épaules. Il y a vingt-trois autres tributs ici mais nulle doute qu'elle va passer son temps à me juger du coin de l'œil.
Je rentre dans un atelier aquatique en traînant les pieds. Il n'y a pas de tributs ici, je serai au calme. Parfait. Un souffle frais me caresse le visage et la fraîcheur de l'eau douce se répand dans la pièce, ce qui a pour effet de calmer mes maux de tête, de m'apaiser, même si ça ne vaut pas l'air marin. La personne en charge de l'atelier m'accueille avec bienveillance.
"Bienvenue à l'atelier aquatique. Ici, tu peux apprendre à connaître les différentes espèces maritimes, à les utiliser convenablement pour se nourrir, à faire des nœuds et à filtrer l'eau pour qu'elle soit potable. Par quoi veux-tu commencer ?"
"Qu'importe" répondis-je dans un soupir saccadé, lui accordant à peine de l'attention. Je m'assois près d'un bassin à l'eau pure, alimenté par un petit ruisseau, et y trempe ma main. Trop artificiel. L'homme me rejoint et s'assoit à mes côtés.
"Très bien, nous allons commencer par apprendre à faire des nœuds. Tiens, voici une corde. Regarde bien comment je fais, sois attentif, nous allons commencer par le début. Un simple nœud. À terme, nous pourrons créer un filet."
Ses mains s'appliquent alors à faire l'objet en question, avec une précision remarquable il faut l'avouer. L'instructeur est plongé dans une grande concentration, me présentant un résultat de qualité. Ridicule, je sais déjà faire des nœuds. À cette pensée, je me visualise en train de ramener le poisson qui s'est piégé dans les mailles de mon filet sur mon chalutier à la force de mes bras. J'imagine le goût salé de l'océan m'emplir la bouche, se déposer en couches sur mon visage, fouetté par les redoutables vents qui balaient la surface de l'eau. Puis un éclair venu de nulle part, totalement imprévisible, vient déchirer mon bateau en deux. Les flammes me lèchent la peau, désintègrent ma chair. Puis mes yeux s'emplissent de terreur que je vois la vague déferlante de dix mètres de haut qui s'apprête à s'écraser sur mon bateau, à m'engloutir dans ses ténèbres abyssales. Puis tout devient noir. Papa... Et dire que je pensais que tu étais mort à cause d'une tempête. Ridicule. J'ai honte...
"Allô! Je vous parle, arrêtez de rêver!"
Je me sens aspiré vers la réalité, m'arrachant à mes pensées maussades. L'instructeur balance toujours son nœud devant mes yeux. Je m'aperçois que je me suis recroquevillé sur moi-même, les yeux plongeant dans la clarté de l'eau du bassin. Je finis par remarquer son regard ennuyé et interrogatif.
"Allô, tribut! Vous êtes dans l'arène dans quelques jours alors écoutez et apprenez!"
Je fulmine, lui jetant un regard noir. On pourrait presque voir ma rage s'évaporer au-dessus de ma tête. Je lui arrache le nœud des mains, le défait avec rage et en crée un avec une rapidité et une précision qui surprennent l'instructeur. Trente secondes. Largement suffisant pour obtenir un résultat parfait de ce que je voulais. Je le tends devant son visage, dans un geste brutal et arrogant.
"Il est parfait, non? Ses mensurations vous correspondent à merveille. Je vous l'offre, utilisez-le donc, vous deviendrez un monument resplendissant de par sa beauté et sa fidélité."
L'instructeur écarquille des yeux, bouche bée, l'air craintif, en examinant mon nœud de pendu. Son visage devient livide, presque paralysé. Je le lui lance à la figure et sort enragé, claquant le sol avec mes pas. Faut que je me défoule. Je me dirige vers les haches. Un jeune tribut de 12 ans - le garçon du 3, je crois, peu importe - me regarde débouler dans l'atelier comme une furie et s'écarte, apeuré. J'attrape les haches avec colère et les envoie déchirer l'air, coup sur coup, résolument décidé à faire mordre la poussière à ses fichus mannequins qui traînent au fond de la piste. Sur les 11 lancers, seuls deux atteignent leur cible, ce qui accroît ma colère. Je sors. J'en ai marre de tout! J'en ai marre de ce putain de monde!
Je finis par m'asseoir sur un banc en béton solidement ancré dans le sol et tâche de me calmer, de faire le vide dans ma tête. Arrête tes conneries, Pieter! Reprends-toi!
"Dur de perdre quelqu'un qu'on aime, hein?"
"Euh..."
J'ouvre les yeux pour examiner la personne qui vient de me parler. Une jeune fille de mon âge se tient à mes côtés, ses cheveux bruns bouclés tombent en cascade sur ses épaules. Son petit visage est bronzé, ses lèvres légèrement pulpeuses, ses yeux d'un noir étonnant, profond, qui me met mal à l'aise. Un sourire compatissant se dessine sur ses lèvres. La pitié brille au fond de ses pupilles. Je n'en veux pas de la pitié. Je détourne le regard, résolument décidé à l'ignorer. Ça va pas, Pieter? Soit un peu plus sympa, arrête de faire ton animal blessé.
Je plonge mon regard dans le sien.
"Oui, c'est dur... Comment tu sais?"
"Ce regard vague... Qui regarde le monde qui l'entoure sans vraiment le regarder. Tes moments d'absence aussi."
"Ça se voit autant que ça?" paniqué-je.
"Non, pas vraiment. C'est juste que moi, je remarque facilement ce genre de choses parce que... j'ai vécu la même chose." termine-t-elle avec une voix brisée, faible, aspirée.
Son regard devient lui aussi vague et je me fais facilement une idée de ma posture quand je pense à mon père ou à ma sœur.
"Ah... Qui ça?"
"Mes parents... Ils ont perdu la vie dans un incendie qui a ravagé les champs il y a deux ans. J'ai fini par devenir folle. Heureusement, mon frère m'a sorti de ma léthargie et on a décidé de se prendre en charge et de travailler. Les temps sont difficiles mais on arrive à s'en sortir. Mon frère m'encourage chaque jour et je fais de même pour lui. Nous voulons que nos parents soient fiers de nous, que nous continuions à vivre pour eux. Tu dois faire la même chose pour ceux qui te manquent."
Elle me sourit chaleureusement. Ses mots me font un bien fou, ils m'apaisent. Je tente de contenir des larmes.
"Oui... Je dois le faire pour mon père et ma sœur... Tu as raison. Merci beaucoup... euh... C'est quoi ton nom?"
"Leïka! Qu'est-ce que tu fous avec ce psychopathe?!"
Un garçon d'un grand âge se dirige dans notre direction, terriblement furieux. Il ressemble étrangement à la fille. Tout s'éclaire dans ma tête. C'est le frère du district Neuf, celui qui s'est porté volontaire pour protéger cette fille... Sa sœur.
"Mais... Kehan..."
"C'est un carrière! Un vrai taré! Ne t'approche pas de lui!"
Il agrippe son bras et l'embarque de force en direction de l'atelier des plantes. Leïka ne résiste pas, se contentant de continuer à me sourire chaleureusement et de me faire un petit salut. Je lui réponds avec un regard reconnaissant.
Tout faire pour ma famille... C'est alors que je me remémore les mots de ma mère. "Écoute Pieter, on a vécu tellement de choses difficiles, toi et moi. Ce n'est qu'un petit obstacle de plus. Quelle que soit la situation, reste fort, confiant, je sais que tu peux le faire. Tu as des capacités, agis dans l'ombre comme tu l'as toujours fait." m'avait-elle dit. OK maman, cette fois, j'ai enregistré le message. Grâce à Leïka...
Un souffle nouveau s'élève en moi. Je me lève, poussé par une force incroyable. J'ai l'impression d'être un nouvel homme, prêt à déplacer des montagnes. Je retourne dans l'atelier de combat d'un pas assuré. Je ne prends pas de hache. Au contraire, je prends et fait tourner entre mes doigts une arme familière, légère, discrète, facilement dissimulable, et que je privilégie toujours pour le combat au corps-à-corps - ma spécialité - : le poignard.
J'appuie sur un bouton installé sur une borne. Cinq mannequins apparaissent autour de moi et se mettent en mouvement, simulant une attaque. Une mise en bouche. Rien de mieux pour commencer, m'encouragé-je. Je lance mon poignard dans le cœur d'un des mannequins tandis que je tranche d'un coup sec la gorge d'un autre. Ensuite, je donne un coup de pied dans un des mannequins, le faisant ainsi valdinguer en l'air. J'achève les deux derniers en les tailladant au visage tout en lançant un dernier poignard en direction de celui que j'ai envoyé dans l'air. Alors qu'il retombe lourdement sur le sol, je constate que mon poignard s'est figé dans la gorge. Je regarde le temps enregistré à coté du bouton activant le système : 26 secondes. Parfait ! me félicité-je intérieurement.
Je ne me laisserai pas faire. Je ne mourrai pas sans me débattre. Je déjouerai tous les plans qu'a prévus la Haute Juge pour me tuer.
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Je suis épuisé mais heureux. Je me suis entraîné sans relâche depuis que je me suis ressaisi aujourd'hui et j'espère sincèrement que le jury m'a remarqué. Je pense m'être démarqué des autres puisque j'ai même refusé d'aller manger pour continuer à m'améliorer. Mais je regrette quelque peu cette décision. Mon ventre crie famine, je ne pense qu'à manger, littéralement prêt à tout dévorer.
Je joue avec mes doigts, les faisant glisser sur les longs murs tapissés du couloir qui joint le Centre d'entraînement à l'ascenseur, qui me mènera à mes appartements. Je marche sans bruit, involontairement, malgré le fait que le sol soit composé avec de planches de bois lustrées, semblant sur le point d'émettre des craquements à tout instant. Il y a des habitudes qu'on ne perd pas, même après plusieurs années. J'espère en tirer le plus grand bénéfice dans l'arène. Je me poste devant l'ascenseur et presse le bouton. Les chiffres défilent à une vitesse fulgurante avant de descendre à 0. Les portes s'ouvrent dans un chuintement agréable à l'oreille. J'entre dans la cage d'acier.
Puis j'entends des voix étouffées. J'arrête les portes avec ma main et sort de l'ascenseur. S'il y a bien un défaut qu'il faut condamner chez moi, c'est la très grosse curiosité que j'ai développée quand j'étais un rebelle. Je ne peux jamais y résister. C'est un appel envoûtant. Je me dirige à l'oreille. Les bruits sont très proches. Elles viennent de la salle juste à droite en sortant de l'ascenseur. Des grognements sourds se font entendre derrière la porte. Je l'ouvre avec une patience infinie, dans le plus grand silence. Je réussis à dégager une fente qui me permet d'observer ce qui se passe.
De très nombreux écrans entrent dans mon champ de vision. Ils filment l'ensemble des pièces du bâtiment. Je reconnais même nos appartements à l'étage 4. Mais personne ne semble surveiller ces écrans. Les sièges sont vides. Sûrement le bureau de surveillance des pacificateurs. La sécurité, ce n'est plus ce que c'était, ricané-je intérieurement. Erreur fatale de leur part car je me repère sur l'un des écrans, qui diffuse ce qui se passe dans le couloir entier, en train de regarder à travers une porte. Deux pacificateurs rentrent subitement dans mon champ de vision. Ils essayent tant bien de mal de contrôler une personne enragée, se débattant follement.
"Laissez-moi tranquille! Qu'est-ce que vous me voulez?!"
Je le reconnais immédiatement. Jock Chase. Le garçon du Onze. L'un des deux pacificateurs lui bloque les bras dans le dos, l'empêchant de bouger. L'autre pacificateur lance son genou dans ses parties avec violence. Jock s'écroule au sol, gémissant et se tenant l'entrejambes avec ses mains. Puis les deux pacificateurs continuent à le tabasser avec des coups de pied.
"Ça, c'est pour tes conneries de rebelle que tu nous as sorties dans le Onze!"
Ils s'arrêtent puis l'un des deux le tire par les cheveux.
"Maintenant, écoute bien. Dans l'arène, tu devras traquer Pieter et le tuer! Sinon, nous irons voir ta famille et nous les décapiterons tous! Je m'imagine déjà ton frère te suppliant de le sauver."
L'image de Jylia me revient en mémoire dans un choc violent. Je ne réfléchis pas, j'entre dans la pièce, éteins la lumière et saute sur celui qui a menacé Jock. Je me sers de la lumière des écrans pour me repérer et profite de l'effet de surprise pour le neutraliser. Je prends sa nuque entre mes mains et, d'un geste sec, la brise, lui coupant toute alimentation cérébrale. Il s'écroule sous les yeux de son partenaire médusé, déboussolé. Je lui donne un coup-de-poing dans la machoire. Il se tord de douleur et s'affaisse à genoux, la mâchoire paraissant sur le point d'exploser.
"Sors, Jock! Dépêche-toi! Va dans l'ascenseur, j'arrive dans une minute!"
J'allume la lumière de la pièce, me dirige vers l'ordinateur de bord et recherche les données de la caméra 42. Celle qui filme le couloir. Je tombe facilement sur son enregistrement et supprime toute trace dans les dernières 24 heures. Je vérifie que le bureau de surveillance n'ait pas non plus de caméra ayant pu filmer toute la scène. Je finis par tomber sur la 63. Je fais de même. Kargo, merci encore une fois de m'avoir tout appris. Je souris en repensant au visage de mon ancien chef d'organisation rebelle.
Je me dirige vers le pacificateur que j'ai tué, prends son pistolet et me retourne vers le second que j'avais assommé. Il saigne abondemment de la bouche. Il a dû se couper la langue. Je pointe le canon sur sa tempe.
"Désolé, pas de témoins! Sa famille a le droit de vivre."
Le soldat me fixe avec un regard implorant. Je le regarde dans le blanc des yeux. Fais-le, Pieter...Je finis par détourner la tête avant de tirer d'un coup sec. La chute du corps résonne sur le sol sombre et métallique de la salle de contrôle, alors noyé par une tache de sang.
"En plus, je n'aime pas les gars à la solde du Capitole" conclus-je avec un ton détaché, comme si de rien n'était.
Je sors avec hâte et rejoins Jock dans l'ascenseur. Il active les boutons 4 et 11. Alors que l'ascenseur entame sa montée, nous tentons tous deux de reprendre notre souffle.
"Merci... Mais t'es malade! On va se faire griller! Les caméras!"
Il jette des regards inquiets dans tous les sens dans l'ascenseur.
"Oh oh, on se calme, Jock. Il n'y a pas de caméra ici, j'ai vérifié et j'ai tout supprimé sur les deux autres. Comme ça, la seule chose qu'ils verront, c'est moi en train de tirer sur un pacificateur et en train de m'enfuir dans le couloir." terminé-je avec un sourire moqueur, grisé par les délicieux frissons qu'a procuré l'action.
"Mais pourquoi tu te sacrifies à ma place comme ça! Tu vas te faire décapiter dans l'arène quand ils vont découvrir que c'est toi qui les as tués!"
Je tape une fois mon majeur, puis mon pouce, et enfin mon index. Un message codé de rebelle. Meurtre accompli.
"Toi aussi, tu en es un!" écarquille-t-il des yeux.
"Oui, c'est pour ça que ça ne change rien. Ça fait bien trop longtemps qu'ils le sachent au Capitole. Ma mort dans ces Hunger Games est prévue depuis un bon moment, avant même que je sois soi-disant tiré au sort. Ils vont sûrement essayer de me faire mourir les premiers jours. Je pense d'ailleurs que c'était pour cette raison qu'ils voulaient t'obliger à me traquer. Donc un méfait de plus ou de moins... Je continue à remplir ma liste de meurtres comme ça. Une belle collection."
Ding! La sonnerie de l'étage 4 résonne dans la cage d'acier. Les portes s'ouvrent. Je m'approche de Jock et lui chuchote à l'oreille.
"N'utilise pas de messages codés. Ma partenaire de district est à la solde des pacificateurs et elle est capable de les lire. Je pense que c'est elle qui t'a balancé."
"Me... Merci... Tu as sauvé ma famille. Je me rattraperai!"
Les portes se referment. Mon ventre se met de nouveau à gronder. Oui, oui, on va manger. Je sens une délicieuse odeur de nourriture qui flotte dans l'air. Du jus, des épices, du poisson, du canard à l'orange, des crêpes, des fruits juteux... Quel magnifique mélange de parfums! J'ai faiiiiiiiiiiiim. Je me dirige vers la table pour déjeuner, d'où j'entends des rires qui s'élèvent. Sûrement Finnick avec ses blagues.
Mais je sens surtout une autre odeur. Plus forte. Plus belle. Plus envoûtante. Une odeur qui vient de l'intérieur.
L'odeur de la victoire.
