Chapitre 16 : Du Pastoralisme en milieu magique à risque.


Musique : Danse Macabre par Camille Saint-Saëns


Peu après cet intermède plaisamment gustatif, on les fit sortir du château par la porte septentrionale pour les emmener dans la forêt magique, à vue de nez aussi grande mais moins dense que la Forêt Interdite de Poudlard.

— Hêtre ou ne pas hêtre telle, est là question.

— Et dans ta face, tu préfères un pin ou un pain, Zabini ?

— quand Rimbaud et Verlaine auront fini de poétiser, peut-être daigneront-ils écouter mes propos.

La voix acide de McGonagall les tira de leur joute et ils se turent momentanément.

Le sol ombragé par les feuillages d'hiver se couvrait de mousse drue. Il faisait beaucoup plus doux sous les frondaisons magiques, comme si chaque tronc était un corps chaud dont émanait une chaleur propre.

Les élèves pronostiquaient la nature de la prochaine épreuve en marchant, ils se rassemblèrent ensuite sur un ordre d'Olympe dans une petite clairière où deux elfes posèrent le portrait d'Albus, vide pour l'instant. Les petites créatures verdâtres entreprirent ensuite de leur distribuer à chacun une petite bourse magiquement fermée. Il faisait maintenant assez chaud pour qu'ils ôtent tous leur veste et la directrice expliquait rapidement en quoi cela allait consister quand soudain, leurs yeux tombèrent sur une deuxième silhouette toute aussi imposante mais plus hirsute…

— Et c'est Hagrid qui vous a concocté cette épreuve, il est arrivé spécialement pour vous aujourd'hui, déclara sans ambages Olympe de son mauvais accent anglais ampoulé au possible.

La demi-géante prononçait « Haguewide » mais loin de s'en amuser, les élèves de Poudlard perdirent deux tons de teint chacun tandis que les Français sans renifler le cataclysme se tenaient passablement relaxés, dans une belle insouciance. Ron se demanda pourquoi diable elle avait utilisé le verbe « concocter », si connoté.

— On se fait porter pâle ? Proposa Draco, blafard d'inquiétude dans une voix mi ironique mi sincère.

Harry eut une grimace désolée envers ses amis Gryffondors et ils se préparèrent tous, l'atmosphère prenant teinte d'antichambre du purgatoire. Le géant hirsute et rendu tout jouasse par ses bucoliques trouvailles de la région offrit un coucou gigantesque à Ron et Harry.

— Eh ben, il t'a à la bonne Weasley, vous faites le clan des rebuts nationaux tous les deux ?

Ron écrasa le pied de Blaise si fort que ce dernier laissa échapper un couinement de souris tirant au roux un sourire hâbleur.

— Je vous ai dégoté une petite trouvaille, fit le gros bonhomme en frottant ses paluches l'une contre l'autre, un air réjoui peinturluré sur la face. J'ai découvert dans ces charmantes forêts avoisinantes, des Hurlobombes.

Un vent de panique souffla sur les élèves désormais aussi pâles que neige, les Serpentards se retinrent de faire les malins, Harry ne put s'empêcher de se demander si c'était bien raisonnable de laisser une telle amplitude de manœuvre pédagogique au Géant Vert.

— Il n'aurait pas pu trouver nom moins rassurant… Des Hurlobombes ? Grinça Adrian Pucey placé un peu en retrait.

On avait apporté le tableau de Dumbledore qui reposait contre l'amas de matériel au centre de la prairie. Le portrait en profitait pour faire des interruptions, taillant la bavette à Hagrid qui lui racontait donc combien la forêt du Trièves fourmillait de créatures toutes plus étranges les unes que les autres et combien cela avait été difficile de n'en sélectionner qu'une seule. Sur une question de l'ancien directeur qui souhaitait connaître quelques propriétés des fameux Hurlobombes, Rubeus lui répondit par un clin d'œil. Et c'en fut trop de suspense pour Abbott et Midgens qui sombrèrent parmi les pommes dans un refus très vif de voir la réalité. Par un curieux instinct de survie, les élèves s'étaient rapprochés les uns des autres tels des pingouins au plus fort de la tempête polaire.

Le professeur de Soins aux Créatures Magiques rassembla les esprits par un claquement et pointa deux doigts en l'air, rougeaud.

— Fort bien, j'ai organisé dans la forêt une petite course d'orientation, chaque binôme doit trouver et réussir -ici il pouffa- à ramener un Hurlobombe dans son panier que voici.

Neville avait les fesses si serrées qu'il se demanda s'il pourrait un jour retourner à la selle. Enchaînant avec une admirable constance les effets de frayeur les plus remarquablement inventifs depuis Saw 6, Hagrid révéla d'un petit sort les deux paniers.

— Des paniers ! Calembredaines et billevesées ! glapit Pucey. Ce sont des cages à Dragon oui !

En effet, livides, les élèves contemplaient les cubes garnis de barreaux métalliques épais comme des bras, hérissés de pointes acérées sur lesquelles brillaient des sorts de protections dans de peu réjouissants crépitements. On était bien loin des agrestes panières à champignon.

— Harry je t'en supplie, si tu as une quelconque emprise sur lui, fais-le renoncer, implora Draco abandonnant toute fierté. Mais Harry baissa une tête défaitiste et lui passa une main dans le dos.

— Hélas, je crains d'être impuissant… Sur ce coup là, ajouta-t-il précipitamment voyant la mine matoise du Serpentard.

Ils voulurent aller faire leurs adieux à leurs camarades mais le demi-géant n'avait pas fini et annonça la clé de voûte de l'épreuve, sans laquelle rien n'aurait pris son sens. Alors que Blaise trouvait Draco, Ron Harry et Dean Seamus et chacun son binôme le plus efficace, il les avertit :

— Ah non non non ! Ce sont les filles qui vont faire vos binômes et vous ferez les leurs, ça compliquera un peu la tâche.

— C'est vrai que la difficulté manquait jusqu'à présent, fit remarquer Blaise.

Les filles n'étaient pas stupides, les garçons non plus, mais les premières avaient pour elles l'avantage d'être de bien meilleures observatrices. Elles réussirent dieu savait comment aux yeux des garçon, à placer chacun avec la pire possibilité. En regroupement de compétences elles avaient fait fort pour annihiler chacune des leurs, en les plaçant avec l'exact bouffon qui les gênerait tout le long. Rancœurs exacerbées et mesquineries ouvertes. Si tant est que ce fut possible, la tension s'électrisa encore un peu plus. Les garçons quant à eux, placèrent grosso merdo les filles sans trop être au courant de leurs états de mœurs.

Le ciel était assez clair en cette journée et avec une telle douceur ils auraient presque pu se croire au printemps. Hagrid leva sa trompe et souffla un grand coup dans l'air limpide de cette après-midi de décembre faisant décoller quelques moineaux assourdis.

Les sémillants binômes s'égaillèrent dans la prairie après qu'Hermione ait conjuré Ron, apparié avec Blaise, de garder son calme au cours de l'épreuve.

— Malefoy, qu'est-ce que tu fous ? demanda la voix déjà exaspérée du Sauveur.

— À moins que tu ne connaisses déjà les Hurlobombes, ce dont je doute vu ta maigre culture, je ne vois pas comment tu comptes en dégotter un. Alors viens là et aide-moi à déchiffrer ces indices.

Harry grommela puis accepta bon gré mal gré de se plier aux exigences Serpentardes.

— Allons au moins nous cacher, trois groupes de filles nous observent pour savoir ce que nous allons faire.

— Elles m'admirent, ne confonds pas tout.

Après un énième soupir, ils se dirigèrent vers l'orée du bois pour se cacher à l'ombre d'un saule. Harry releva les manches de son sweat noir et d'un sort fit apparaître tout ce qui se trouvait dans la bourse.

Il attrapa un parchemin plastifié et lut les quelques points à voix haute :

« Les Hurlobombes vivent en meute distendues. Une meute peut se répartir sur un espace de quelques kilomètres carrés.

Lorsqu'un Hurlobombe se sent menacé il se met à hurler pour avertir ses congénères.

Le Hurlobombe possède quelques caractéristiques du phénix. Il peut à loisir exploser, ce qui lui sert de moyen de défense, et se recompose de ses débris.

Les déflagrations de Hurlobombes causent des cratères d'environ deux ou trois pieds de rayons, que les moldus appellent « cratères de météorite » les manipuler requiert donc une grande prudence."

S'en suivait une liste détaillée sur les préférences nutritionnelles des bêtes, et un rappel de quelques sorts rudimentaires pouvant servir à arrêter une hémorragie ou remettre un bras. »

Sur une feuille disjointe, on pouvait voir une mini réplique d'un Hurlobombe et ça avait l'air assez tranquille d'aspect, comme une sorte d'aubergine sur pattes mais d'un gris métallisé.

Ils trouvèrent aussi, une corde, des plantes diverses, des bandages mais rien de vraiment précis qui eut pu les renseigner davantage sur la nature de ces créatures.

Tapis dans la bruyère odorante et piquante ils échangèrent un regard.

— Bon, je ne vois pas vraiment ce qu'on peut tirer de ça. À mon avis nous devrions patrouiller et attendre d'en trouver un, quand il se mettra à beugler, on le ligote, on l'entoure de sorts, et hop. Il réveillera ses confrères et le tour est joué.

— Tu simplifies chaque problème avec une facilité désarmante Potter, mais le monde n'est pas conçu à l'aune de ton primitif encéphale. Passer au peigne fin l'étendue de cette gigantesque forêt relève de l'impossible. Il faut trouver une meilleure astuce.

Le Survivant, vexé de la remarque gratuite, avait croisé les bras, et au lieu de répliquer vertement comme il l'eut fait quelques jours plus tôt, se mit à bouder du peu de considération dont le blond faisait preuve à son égard. Ils avaient passé la nuit ensemble quand même.

— Eh bien vas-y, puisque tu es si malin.

— Ne fais pas l'enfant Potter, tu ne crois tout de même pas que pour une turlute, si bonne soit-elle, je te guiderai par la main ?

Draco se sentit tout de suite mieux après avoir prononcé cette phrase, il la retournait depuis quelques heures dans sa tête espérant que la brutalité ne laisserait pas filtrer son malaise. Il observa Potter rougir un peu puis se racler la gorge et lui planter des yeux effrontés.

— Oh, ne t'inquiètes donc pas l'ami, je ne surestimerais jamais tant ton souci d'autrui. Maintenant pourrais-tu finir de détourner la conversation, je sais que tu as envie de moi, mais chaque chose en son temps : tu semblais trouver mon idée merdique. Soit, libre à toi d'en proposer une meilleure. Je suis tout ouïe, j'attends.

Malefoy se concentra, ressortit la liste et la parcourut des yeux, enfin il dit :

— Nous allons créer un « attrape-Hurlobombe ». Il faut les attirer, ensuite on essayera de les attraper d'accord ? Trouvons tout ce qu'ils aiment et rassemblons-le, nous verrons bien si ça marche.

— D'accord, et si jamais ils arrivent à plein comment on fait ?

— Ces bêtes font trois kilos à tout casser Harry, nous ne sommes pas des sorciers bas de classe. Tu as vaincu un Basilic, j'ai résisté à de la magie noire. Je me fais fort de réussir à maîtriser une horde de claque-doigts.

Le Survivant haussa les épaules jugeant l'explication satisfaisante, puis ils partirent à la recherche des plantes.


Un petit monticule s'élevait entre un châtaigner et trois pins, ils avaient fait un promontoire de bois pour mettre en évidence les végétaux cueillis.

Harry revérifia de loin, Sauge-Grenue, Bruyère, Cytises, Aconit. Ils avaient de plus réussi à attacher une Mandragore dans le tas et quelques Bulbes Sauteurs. Tapis derrière les feuilles dans un léger ravin, ils regardaient leur plan échouer au fur et à mesure que s'égrenaient les minutes. Michel et Digorry passèrent à quelques bosquets de là s'invectivant avec hargne.

— Toujours rien ? demanda Draco, et Harry sortit la tête de sous un tas de mousse sans apercevoir le moindre signe d'une approche de Hurlobombe. Plus loin dans la forêt ils entendaient par moment d'autres binômes mais apparemment personne ne trouvait rien non plus.

— Enfin ! poursuivit ce dernier. Mais on va pas rester là à glandouiller toute l'après midi, comment est-ce qu'on peut les trouver ces sacrés animaux. Fais fonctionner ton neurone Potty !

Harry contint difficilement sa voix :

— Ferme-la un peu, c'était ton idée de rester planqué, tout ça par ce que tu te chies dessus. Tu n'es qu'un couard d'aristo gâté Malefoy. Moi je voulais patrouiller !

— Eh bien va patrouiller ! Tu ne me manqueras pas, va !

— Tu viens avec moi !

— Non je reste ici, il faut bien que quelqu'un surveille le piège sans quoi nous aurons définitivement perdu cette demi heure !

— Tu vois bien qu'il est inefficace ton satané piège, non ?

— Avec tout le raffut que tu fais, pardonne-moi de te dire que ce n'est pas franchement étonnant ! Un troupeau de Dragons s'en effraierait !

Harry désespéré retomba sur le sol, allongé et regarda à travers les frondaisons le ciel mitigé. Soudain une idée lumineuse germa dans son esprit. Il se redressa vivement.

— Bon sang mais c'est… Bien sûr !

— On va l'appeler Jeanne d'Arc avec ses lumières.

Il ignora la pique.

— Toutes les créatures magiques sont attirées par les halos de magie, et comme tu l'as dit nous avons tous deux des pouvoirs conséquents.

Le préfet comprit l'idée et sauta soudain sur ses jambes.

— Tu as raison !

Sans plus discutailler, ils s'accroupirent au dessus du tas de plantes cueillies et pointèrent leurs baguettes magiques l'une vers l'autre. Un même Revelio sortit de leurs lèvres. Un fil bleu électrique joignit les deux extrémités et l'air commença à se densifier en un brouillard crépitant autour d'eux. La Mandragore devenait hystérique et avant qu'elle ne clamse, Draco lia d'une incantation le halo puissant à une pierre et ils s'écartèrent un peu. Au début tout restait calme et ils crurent même que ça n'avait pas marché. Puis…

Tout arriva très vite. Une immense créature d'un mauve grisâtre déchira la toiture végétale de la forêt en lançant un sifflement aigu. Elle ressemblait à un dragon néanmoins plus petit, une tête biscornue et des ailes anguleuses qui brisaient les branches. Les deux sorciers se regardèrent l'air paniqué et se planquèrent derrière un énorme tronc tandis que la queue d'améthyste frottait l'air en sifflements, comme une masse d'arme.

— Qu'est-ce qu'il glande ici celui-là ?

— Hagrid n'était pas censé avoir sécurisé le périmètre ? C'est vraiment un bon à rien.

— Eh tais-toi donc, arrête un peu de l'insulter !

Draco plaqua violemment sa main sur la bouche de Potter. La créature venait de tourner la tête dans leur direction.

— Ne parle pas si fort Harry… Tu connais cet animal… ?

— Oui, c'est un Grapcorne, famille des dragons mais…

Le brun fut soudain percuté dans le dos et tomba à plat ventre attirant l'attention du gros bestiau. Il eut à peine le temps de voir la nuée de diablotins s'abattre contre le halo argenté, que le Grapcorne découvrait dans leur direction une rangée d'incisives longues comme des cimeterres. Le Serpentard pesta et sortit sa baguette se plaçant devant Potter qui avait le nez dans l'humus. Il lança un Stupéfix mais l'animal sembla ne même pas s'en apercevoir et continua d'avancer vers eux. Le Sauveur joignit ses efforts à lui mais peine perdue, la bête violette avançait sur eux d'un air vraiment très mauvais. Ils commencèrent à courir autour des arbres, poursuivis par les pas gigantesques et le bruit de déforestation massive que faisait la bête en tronçonnant les arbres avec sa mâchoire. Ils zigzaguaient rapidement entre les ormes et les pins sylvestres en se demandant comment se sortir de cette mauvaise passe. Soudain, alors qu'ils commençaient à s'essouffler, le bruit disparut. Ils coururent encore un peu puis s'arrêtèrent, main sur les genoux pour reprendre leur souffle. Le halo argenté irradiait toujours, voire même un peu plus fort que tout à l'heure. Ils s'en étaient un peu éloignés et décidèrent de revenir sur leurs pas tout en vérifiant que le Grapcorne ne se cachait pas en embuscade. Arrivés à une dizaine de mètres, ils restèrent là ébahis et ne durent qu'à un réflexe d'Harry de ne pas être piétinés par une dizaine d'Acromentules qui passèrent à côté d'eux sans les voir. La petite réunion d'amis qui se déroulait maintenant autour de la sphère magique avait de quoi en terrifier plus d'un. Ils comptèrent là trois Veaudelunes poursuivis par le Grapcorne, mais sans s'éloigner du brouillard. Les Acromentules, les diablotins, deux Vélanes transformées en Harpies, des serpents en tout genres, un Griffon et une multitude de gnomes et autres petites créatures magiques. Et ça n'arrêtait pas, il en affluait de tous les coins de la forêt. Et ce petit monde se mettait à tourner frénétiquement autour du halo qui grossissait toujours plus.

— Mais qu'est-ce qu'on a fait… se lamenta Harry d'une voix blanche.

— Nous sommes vraiment des abrutis. Le halo attire toutes les créatures magiques, pas seulement les Hurlobombes !

Le Serpentard s'assit et se prit la tête entre les mains, quel crétin mais quel crétin. Ils avaient créé le plus grand rassemblement de forces magiques de la région, et l'endroit devenait au fur et à mesure de plus en plus infesté. Un Botruc lui mordit le mollet et il glapit, s'attirant l'intérêt soudain d'une nouvelle Acromentule aux huit yeux, venue rejoindre la partie et qui se retourna, commençant à les prendre en chasse. Le brun se débattait avec les amis du Botruc et secouait ses bras sur lesquels trois d'entre eux s'étaient agrippés. Draco hurla des sorts qui les envoyèrent valser mais se fit attaquer par une horde de Boursoufs sauvages. Il recommença à courir, collé au cul par des piafs enragés.

— Ne sont-ils pas sensés être inoffensifs ceux là ?

Il trébucha, tomba et s'assomma à moitié contre une racine. Un Jobarbille commença à lui griffer le dos de ses serres, comportement inhabituel, mais tous semblaient endiablés. Et eux, pauvres démons de la forêt, couraient en une danse macabre, sauvage et dionysiaque parmi les pas savants de Veaudelunes et le tapotis terrible de toutes les pattes frénétiques envoûtées dans une tarentelle folle que personne ne contrôlait. Harry se débattait non loin avec le Grapcorne, entraîné dans le tourbillon d'animaux qui s'accélérait encore et encore, échappant de justesses aux gerbes d'étincelles que projetait ce dernier. Draco, dont une jambe avait été piquée par une araignée géante, et attaqué de tous coté cria :

— On s'en va Potter ! Sors du cercle, il faut se tirer maintenant !

Mais Harry avait repéré un groupe de grosses aubergines métallisées.

— Non ! Je les ai localisées, on va en avoir une !

Maudit Gryffondor et son courage légendaire, Draco lança une gerbe de flamme qui calcina un groupe de Botrucs et de Boursoufs enragés, sa jambe le lançait jusqu'à la hanche. Il lança ensuite une gerbe d'étincelles vertes et rouges vers le ciel pour attirer ses collègues. Toujours courant parmi le tourbillon de centaines de créatures pour éviter de se faire piétiner par le mouvement de masse, les deux garçons se jetèrent un coup d'œil. Ils étaient maintenant pris au piège par une barrière infranchissable d'autres animaux qui les pressaient vers le halo, désireux comme des papillons de nuit éblouis, de s'en rapprocher quitte à s'en brûler les ailes. L'objet de leur quête se trouvait hors de portée, beaucoup plus vers le centre, tout contre le halo qui maintenant faisait plusieurs mètres de diamètres. Tous tournaient vite, si vite, que Harry trébucha, se rattrapa de justesse. Un faux pas et c'était la mort, il se ferait mettre en bouillie par la cohorte satanique, le sang qui s'écoulait de ses blessures diverses l'affaiblissait et il voyait trouble. Le Sauveur passa une main sur son arcade sourcilière et la vit poisseuse de sang. Il fallait en finir, sans quoi ce tournis viendrait à bout de leur résistance. Les poumons brûlants et écorchés, ils lancèrent soudain tous les deux un sort de ligature sur le groupe d'une quarantaine de rotondes Hurlobombes grises qui se dandinaient avec une folie enfiévrée et effrayante pour de si petites bêtes. La horde tressautant se figea, provoquant un charivari de tous les diables dans lequel les garçons sombrèrent, puis des hurlements stridents éclatèrent, leur vrillant les tympans et effrayant les bêtes qui néanmoins restaient concentrées autour du halo. Draco roula sur des gnome, tomba sur une Acromentule et jeta en désespoir de cause un sort violent sur un Pitiponk qui arrivait avec la visible intention de lui dévorer le visage. Il releva Harry qui s'était fait piétiner dans la cohue et sans se concerter lancèrent ensemble un Accio Hurlobombes. La quarantaine de créatures prises au piège hurla de plus belle puis fut masquée par les Veaudelunes qui dansaient encore, bien qu'à moitié brûlées par le Grapcorne. Une première explosion sema la confusion et tous se mirent à beugler, piailler et hennir.

VLAM. Une immense déflagration coucha tout, souffla les branches et plia quelques pins. Le halo argenté implosa et la pierre explosa dans la foulée, terrassant une dizaine de créatures. Les autres s'éparpillèrent, on entendait les Jobarbilles se lamenter en longues plaintes, pleines des sons entendus dans leur vie. Ils rendaient tous leur âme sur ce chant funèbre. Un peu trop proche, le binôme eut le réflexe de se jeter au sol mais se fit assommer et projeter sur une dizaine de mètres par la puissance de l'explosion. Ils sentirent les ténèbres les enfermer, le Gryffondor avait attrapé le bras de son acolyte et le serra juste avant de perdre conscience.

C'était d'un silence absolu et sourd, un véritable carnage. À travers ses yeux mi-clos il voyait sans en prendre conscience les animaux meurtris s'enfuir à toutes jambes. Certains mouraient sur place, les branches et les feuilles pleuvaient sur eux. Des points noirs papillonnèrent, le soustrayant à sa douleur puis l'envahirent totalement.

Ils reprirent leurs esprits et se réveillèrent peu de temps après, émergeant doucement Draco fut le premier à ouvrir les yeux. Autour d'eux, plus trace d'aucune bête. Il sentit la main de Potter convulsivement agrippée à son bras, empêchant le sang de circuler tellement il serrait fort, et ne put empêcher un sourire de glisser sur ses lèvres, vite remplacée par une grimace d'inquiétude. Assis parmi les restes d'une Acromentule écharpée, il secoua l'épaule du brun et le retourna.

— Potter eh oh, réveille-toi gros fainéant !

Mais le Survivant restait les yeux fermés. Il avait plusieurs blessures sur le visage et sur le corps. Affolé, Draco pencha son oreille contre les lèvres entrouvertes et ne décela rien. Pas le moindre petit souffle. Son cœur manqua un battement. Pas ça… Il tenta de prendre le pouls au poignet de Harry qui avait soudainement relâché son étreinte, mais ne parvint pas à le trouver tant ses mains tremblaient. Son cœur manqua un nouveau battement. Non… Non… Tout mais pas ça. Il ne se le pardonnerait jamais de perdre Potter de la sorte, pas après tout ce qui avait pu se passer entre eux, et surtout ce qu'il ne s'était pas encore passé. Il était bien loin ce temps où la vie de son ancien ennemi avait cessé de ne pas compter pour lui. Et dans un élan de profond désespoir, il entreprit de secouer en tous sens le corps sans vie, tant pis s'il aggravait d'hypothétiques blessures internes. Ce qu'il voulait, c'est que les yeux verts se posent à nouveau sur lui. Rien n'y fit, le visage semblait décidé à ignorer ses suppliques lancinantes…