Du Pastoralisme en millieu magique à risque II
— Bouh ! Harry avait presque murmuré, et ouvrit les paupières sur des yeux plus verts que toute la forêt environnante, plus verts que toutes les émeraudes que Draco avait vues. Surtout, ils brillaient de malice derrière la chape de fatigue. Draco ne s'énerva même pas de la blague, il sourit juste, immensément rassuré et aida le survivant à se redresser. Sentir le sentir le corps de son compagnon de chasse contre le sien le rendit d'autant plus vivant, et il ne put refréner un élan du cœur.
— Tu n'es qu'un imbécile Potter, et c'est la deuxième fois cette semaine que j'ai l'impression que tu vas me trépasser entre les doigts. Il faut arrêter ça maintenant.
Il avait pris un ton doux, très bas, un peu inquiet et Harry lui glissa sans réfléchir une main sur l'arrière de la tête s'approchant tout près. Il suivit du bout des doigts une blessure assez profonde qui filait sur la tempe du préfet.
— Ne t'en fais pas, murmura le Sauveur. Tu ne crois tout de même pas que je laisserais ma place d'Ennemi n°1 à qui que ce soit.
Il vit les yeux gris briller d'un éclat étrange qu'il ne reconnut pas, tout en sentant les fourmillements de plaisir qu'il lui procurait et se redressant, appuya la caresse dans les cheveux blonds. Il les tira un peu en arrière et approcha sa baguette de la blessure. Aguamenti. Le sort soufflé, laissa un filet d'eau glisser sur la plaie. Le préfet sursauta légèrement sous la fraîcheur, sans lâcher le regard vert. Un deuxième sort vint refermer la plaie lui tirant une légère grimace, les doigts du Gryffondor descendaient sur sa nuque, se faisaient plus caressants. Il rapprocha sa bouche des lèvres rosées. Et posa son front contre celui du brun sans oser aller plus loin.
— Je… Potter tourna un peu la tête. Peut être que…
Il sentit la deuxième main glisser derrière son dos. Non, pas comme ça, ils n'étaient pas censés faire ça comme des amoureux pris par la panique de perdre l'autre. Ils étaient censés faire ça pour évacuer la pression de leurs disputes continuelles, c'était une soupape. Rien d'autre. Et là, il serait dangereux de poursuivre. Quelle justification coller sur ce comportement ? Aucune si ce n'est l'envie, la peur et le soulagement de retrouver l'autre avec soi. Décidément aucune bonne raison. Harry flancha, se reprit.
— On… devait faire… ça… ce soir, non…
Dire qu'en une pression il aurait pleine possession des lèvres sans défense de son camarade,
— Tu… tu… as sans doute… raison.
Ils restèrent un peu puis s'écartèrent vivement, le regard gêné, mettant une distance de sécurité entre eux. Draco se recoiffa, une légère rougeur sur les joues et Harry lui jeta un regard en biais. Non, voilà qui était bien mieux comme ça, ils attendraient ce soir.
— C'est beaucoup plus prudent, il faut s'en tenir à ce que nous avions prévu.
Draco se leva et s'épousseta, il toussa un coup pour se donner contenance.
— Oui, qui sait ce que ça donnerait sinon.
Sa voix était un peu trop forte et assurée, mais elle eut l'avantage de clore le débat. Ils regardèrent autour d'eux, grimaçant sur la dépouille des animaux piétinés et celles des animaux terrassés par l'explosion. Harry se baissa après quelques pas et ramassa dans le tapis de feuilles mortes une longue lame étincelante.
—Grapcorne aura besoin d'une prothèse dentaire.
Ils tournèrent un peu, mirent dans leur bourse les quelques ingrédients issus d'animaux qui pourraient éventuellement se révéler utiles, puis se rapprochèrent du centre de l'explosion. Là d'où ils avaient été projetés. Une multitude de débris métallisés jonchait le sol, sur quelques centimètres d'épaisseur, dans le centre du cratère créé par l'explosion. Ils s'étendaient jusque assez loin et Draco allait se baisser pour en attraper un quand Harry l'en empêcha.
— Prends garde grand naïf, ce sont sûrement les débris et ça m'étonnerait qu'ils soient inoffensifs.
Le blond hocha la tête d'un air entendu et pointa sa baguette sur l'un des morceaux gris, prononçant distinctement. Wingardium Leviosa. Le morceau s'éleva en l'air en tremblant inhabituellement puis explosa dans un bruit sec. Harry se jeta à terre.
— Alors grande peureuse, on s'effraie pour de simples claque-doigts ? Le Poufsouffle a remplacé le Gryffondor en toi, on dirait. Bon, on met tout dans la bourse et on s'en va ?
Harry secoua la tête.
— Il faut trouver autre chose. Si elles se remettent à péter en même temps dans la bourse, je ne suis pas sûr qu'elle tienne le coup. C'est pas de la peau de dragon mais juste du vulgaire nubuck.
— Pas de danger, regarde comme elles sont en miettes.
Harry sortit la notice de sa bourse, et la parcourut des yeux avant de la ranger.
— Je ne prendrai pas le risque, on ne sait pas en combien de temps elles se reforment. On ne verra rien en plus, si elles sont toutes là dedans.
Ils regardèrent d'un air dubitatif l'amas inerte.
— Eh mais !
L'amas n'était tout d'un coup plus si inerte que ça. Dans un vrombissement de milles ruches turbo diesel, les petits morceaux s'agitaient et commençaient à bouger et léviter d'eux même.
— Ils se reforment ! cria le blond en paniquant. Il faut trouver une solution, vite !
Harry fit défiler dans sa tête tout les sorts qu'il connaissait, mais n'en trouva aucun adapté,
— Merde merde merde merde merde ! Elles vont se remettre à sauter. On est fichus, viens on se tire, Draco !
Devant eux, les aubergines grises prenaient forme rapidement. Alors qu'ils s'apprêtaient à décamper abandonnant toute chance de succès à l'épreuve, et par là même concrétisant le risque de subir une sévère punition pour leur tohu bohu mémorable, le Serpentard s'arrêta brusquement et attrapa son collègue par la manche.
— Un Imperium !
Harry regarda de tous côtés, rejeta les objections morales, ce n'étaient que des bêtes et avec une promptitude qui fit plaisir au blond hocha la tête. Ils se regardèrent cherchant l'assentiment mutuel et d'une même voix, alors que le troupeau finissait de se reformer, crièrent avec puissance :
— Impero!
Aussitôt dit, une vague de faiblesse s'abattit sur les deux sorcier et ils vacillèrent, se demandant d'où cela pouvait bien venir. La réponse s'imposa d'elle même. Ils venaient à deux - certes puissants mais deux - sorciers de se lier la volonté de quarante bestioles magiques. Blafard, Harry ouvrit la bouche :
— Il faut en laisser là Malefoy, on ne peut pas en prendre quarante avec nous, c'est trop dangereux.
Le Survivant grinça des dents en voyant la mine butée de son adversaire de toujours et se dit que ça allait être une autre paire de manches que de convaincre cette tête de mule.
— Pas question Potter, on en a trouvé quarante on en ramène quarante. Je ne laisserai personne s'attribuer un mérite pour lequel on a faillit casser notre pipe.
— On en prend la moitié au moins ! Ce sera déjà digne non ?
— Non. On les a tous trouvés, je les ramènerai tous.
Le brun se frappa le front blême d'une main, grinçant des dents et maudissant les filles de lui avoir trouvé ce stupide partenaire. Le blond n'avait pas l'air bien en forme en plus.
— S'il-te-plaît, tenta-t-il. On peut en mourir, tu es au courant de ça ?
— Fariboles Potter. Allons, ne te dégonfle pas !
— Bien, tu les ramènes tout seul. J'en prends cinq, bon courage.
Il vit le Serpentard grimacer et se tenir à une branche d'Orme décharné par l'explosion.
— Tu verras ce que feront les professeurs quand ils sauront que tu as voulu jouer avec ma vie !
Harry ricana amèrement.
— Oh, mais tu n'es pas soumis à l'Imperium, toi. Tu peux tout à fait décider maintenant de n'en prendre également que cinq et arrêter de chercher les lauriers.
— Tu sais bien que personne ne…
— Personne ne t'aime ? fit Harry en soulevant un sourcil. Tu te sens obligé de rattraper un prétendu désamour des sorciers pour quelques frasques crasseuses commises par ton ex-Mangemort de père ?
Il rigola, jetant l'argument comme un vieux mégot.
— Arrête, personne n'y crois plus à ça. Tu sais que j'ai horreur de la mauvaise foi ? Je l'exècre parce que quand elle est dissimulée elle joue avec la conscience. Heureusement pour moi je te connais bien, encore une chance.
Il s'apprêtait à enlever le sortilège des quarante pour le concentrer sur cinq quand Malefoy l'arrêta.
— Fort bien Potter, si tu me connais si bien, tu devineras sans peine que j'amènerai ces quarante Hurlobombes à bon port, dussé-je y laisser une partie de ma volonté. Tu dealeras donc avec ta conscience de m'avoir laissé là.
Ils s'affrontèrent du regard, d'une force stupéfiante pour leur état physique. Harry serra les poings se sentant pris au piège puis avança de quatre enjambées et agrippa violemment la chemise grise par le col. Ses yeux avaient viré au noir.
— Tu me redevras ça Malefoy. Ce n'est pas juste, moi je ne peux pas jouer avec ta conscience puisque tu n'en as pas.
— Bien, maintenant que c'est réglé ce petit problème d'ego, peut-être pourrions nous y aller ?
Les Hurlobombes qui se tenaient coites jusque là, rangées en rang d'oignon à attendre la fin de la dispute, commencèrent à avancer en se dandinant de droite à gauche comme une sage troupe de petits écoliers. Les deux sorciers qui avaient intriqué leur Imperiums pour leur donner plus de force prenaient bien garde à ne pas se contredire dans les ordres qu'ils donnaient. Draco songea avec un amusement enfantin certainement lié à son extrême faiblesse, que le pastoralisme d'explosifs potelés n'était en tout cas pas une activité qu'il ait une fois songé de faire dans sa vie.
— Bergers d'Hurlobombes, ça te dit mon Harrycoco ?
Le susnommé sourit, très las et ils s'agrippèrent mutuellement les épaules pour ne pas tomber. Devant leurs yeux, l'orée de la forêt et la clairière apparurent, encore masquées par des cytises incongrûment fleuris en cet saison. Les petits animaux commençaient à s'éparpiller un peu et ils bandèrent leur volonté pour les derniers mètres, l'épuisement leur brouillant la vue.
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Ils passèrent le rideau végétal en ayant vaguement conscience des élèves attroupés autour d'eux. Un brouhaha parcourut l'ensemble des deux écoles rassemblées ici par les professeurs. Ces derniers étaient absents car, comme l'expliqua Hermione, après l'explosion et le halo magique, ils avaient arrêté l'épreuve et ordonné à tous les élèves de se rassembler dans la clairière avant de partir à leur recherche. Beaucoup se mirent à applaudir devant l'exploit des deux jeunes sorciers mais ceux-ci n'entendaient plus et quelques visages inquiets s'approchèrent. Des questions et des remarques fusaient dont ils avaient à peine conscience, leurs forces étaient si diminuées qu'ils tombèrent avachis dans l'herbe. Ils ordonnèrent en cœur que le groupe se scinde en deux et rentre dans les cages. Tous regardaient, yeux écarquillés, la petite troupe dodue et argentée obéir docilement et monter de leurs pattes râblées les quelques marches pour passer par la trappe. Ron et Marie Laure eurent le réflexe de fermer les cages. Synnedie s'approcha de Draco, il avait les yeux vagues mais sembla reprendre un peu de force quand elle le prit dans ses bras. Il formula mentalement l'arrêt de l'Imperium. Astrid était venue soutenir Harry, celui-ci fit de même mais rien ne se passa. Le Sauveur regarda son collègue une lueur paniquée sur le visage.
— Pourquoi ça ne marche pas Draco ?
Ils réessayèrent une dizaine de fois, peine perdue.
— Hermione, pourquoi nous n'arrivons pas à faire cesser le sort ?
Sa voix était paniquée et tremblante et la jeune femme eut un regard désespéré. Pour une fois, sa science était impuissante et elle regardait les deux élèves se vider petit à petit de leurs forces.
— Je n'en sais rien, vous êtes trop faibles sans doute. En plus vous l'avez intriqué. Je risque d'aggraver la situation.
— Fais quelque chose, fit Harry en roulant des yeux blancs, à moitié inerte dans les bras de la brune et de Ron.
Le souffle de Draco se réduisait petit à petit, sa poitrine peinant à se surélever.
— Mais ! Et si je vous tronquais une part de votre volonté ! Vous êtes trop enroulés !
Des élèves s'étaient mis à jeter des gerbes d'étincelles de toutes les couleurs dans le ciel pour avertir les professeurs. L'instant devenait critique, tous s'attroupaient pour éviter aux deux sorcier de sombrer et on leur parlait, leur criait pour éviter qu'ils ne s'évanouissent, ce qui marquerait la fin. Leurs forces s'étiolaient comme un long ruban invisible qu'Atropos usait inexorablement le long du fil aiguisé de son ciseau, tandis que ses deux Parthes de sœurs lui recommandaient d'y réfléchir à deux fois. Draco se dit que s'il en réchappait, il ferait des tas et des tas de choses dont il serait fier pour mourir serein à n'importe quel moment. Il réfléchit sur sa vie, trouva quelques trucs qu'il était content d'avoir fait, quelques remords qui n'avaient pas finalement beaucoup d'importance face à la foule de regrets qui l'agitaient, parmi cela le fait de s'être incliné, trop souvent, de s'être tu aussi, et d'avoir étouffé les démons brûlants de ses entrailles au lieu de les laisser remonter lui murmurer quelques fines insanités exaltantes au creux de l'oreille. Alors que même les idées s'estompaient dans un voile obscur, il en retint une et s'agita dans un dernier soubresaut. Un vague « Harry » sortit de ses lèvres tirant un geste au brun que l'on essayait de réanimer depuis quelques minutes. Ginny poussa un soulagement parmi ses larmes. Harry avait entrouvert légèrement ses paupières et tournait deux prunelles éteintes vers le blond.
— Je… dois… te… di… re que… lque cho… se avant… que…
Harry oscilla faiblement de la tête en signe de dénégation contre la fatalité. Impuissants, les élèves ne savaient que faire et pleuraient devant leur incapacité. Blaise rapprocha avec sollicitude la tête du blond de son ennemi et ses grandes mains puissantes tremblaient.
— Je… crois… que…
— ÉCARTEZ-VOUS TOUS. RECULEZ !
Une grande voix grave et maîtrisée, implacable, chassa les élèves comme Moïse les eaux. Severus se tenait de toute sa noirceur, baguette brandie dans la direction des deux élèves affalés à moitié l'un sur l'autre et son visage fermé, concentré rassura instantanément tout le monde. Rogue était à coup sur un grand sorcier.
Il fit un geste ample et sa robe se déploya dans la bise comme les ailes dantesques d'un papillon d'ébène.
— Il me faut deux élèves capables.
Son regard parcourut l'assistance écrasée par sa présence. Il désigna immédiatement ''Granger ! '' et passant d'un regard méprisant sur Ron qui avait levé la main, il se permit une remarque.
— Vous me ferez le plaisir d'expliquer à Weasley le sens du mot capable.
Hésitant encore un peu il dédaigna Pansy, Crabbe et Goyle d'un regard dégoûté et s'arrêta sur Blaise.
— Zabini ! Placez vous à côté. Au moment où j'aurai lancé le sort, vous leur jetez un Vigorio et vous transplanez illico presto à l'infirmerie. Compris ?
Les deux jeunes au regard brouillé d'inquiétude se tinrent prêt. Severus ne perdit pas de temps et traça dans l'air trois neufs de sa baguette en clamant tout grand et puissant qu'il l'était de sa voix d'outre tombe.
— Nunc Impero Cessavit !
Un flash éclata, deux sortilèges de vigueur suivirent, puis Blaise et Hermione transplanèrent simultanément. Un grand silence se fit sur la prairie. Terrorisés, les élèves se resserrèrent, tentant d'avaler leurs émotions. Vite cependant, ils passèrent à autre chose. Libérés, les Hurlobombes commencèrent à se déchaîner et à exploser dans les cages. Hagrid revint précipitamment avec McGonagall qui avait son chapeau de travers à cause de l'affolement. Tous furent mis à contribution pour calmer la horde en furie et éviter qu'elle ne s'échappe.
Voili voilou j'espère que ça vous a plu, à la prochaine !
