Ô sombres héros de la mer…
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« Aux heures où se couchait le soleil, il y avait en l'air des espèces de voûtes formées par des successions de tous petits nuages d'or (.…) on les suivait jusqu'au vertige c'étaient comme des nefs de temples apocalyptiques n'ayant pas de fin. »
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— Harry ! Mais réveille-toi enfin. C'est pas vrai ça, tu viens de dormir pendant deux jours et tu te rendors maintenant ! Il faut vraiment y aller, je vois d'ici la tête de Rogue quand il s'apercevra que nous sommes en retard et j'ai vraiment pas envie de recevoir à l'improviste une beuglante de ma mère en plein déjeuner juste parce qu'il se sera plaint!
Le Survivant releva avec lourdeur la tête de son bras et constata avec frayeur qu'il n'était tombé qu'à huit centimètres de ses œufs au bacon. Ils étaient dans le réfectoire déjà presque vide, où semblait-il, le petit déjeuner venait d'être pris par les différentes écoles.
Une énorme barre de douleur lui traversa le front, et il grogna. Ah oui c'était vrai, il était rentré après avoir fumé l'équivalent d'un kilo d'opium, soutenu par…
— HARRY, MERDEUH !
Il se leva précipitamment.
— Ça va, ça va ! J'arrive Ron, mais par pitié arrête de crier. Il empocha rapidement deux croissants et une bouffette, le tout bien gras et huileux qu'il pressa sans gène aucune dans sa poche. Les yeux à moitié fermés, il suivit son ami qui, agacé, le tirait par la manche pour l'emmener au point de rendez-vous convenu. Ils sortirent du château et contournèrent les deux caryatides en bas relief polies par la bise mordante de l'aile ouest avant de déboucher près du Drac, sous les petites arches. Le temps était affreux, et même s'il appréciait en temps normal le froid, cette bruine glacée qui leur fouettait les joues et rendait tout le paysage grisâtre lui donnait envie d'aller se recoucher illico.
Tous les élèves étaient regroupés sur la berge où, apparemment, MacGonagall faisait un discours. Dean les aida à se joindre discrètement au groupe sans se faire repérer par le regard suspicieux de Severus qui faisait une fixation sur eux. Harry commença à manger un croissant tranquillement dans son coin sans même rouspéter d'avoir oublié sa cape d'hiver. Il frissonna dans son polo gris mais resta bien concentré sur la viennoiserie, son encéphale littéralement incapable de produire une pensée construite tant qu'il ne serait pas rassasié.
Célimène ne parut pas saisir ce pan de sa personnalité puisqu'elle apparut soudain à côté de lui, le visage froncé et le sourcil sévère pour lui vider avec autorité poche et main.
— Eh oh, tu ne vas pas m'ôter le pain de la bouche non plus !
— Tais-toi donc Harry, asséna fermement Hermione qui, tout aussi exaspérée par son comportement, venait de se placer à côté de l'élève Œillet.
Dean, non loin, dont Harry avait capté le regard dans sa détresse, fit signe qu'il le plaignait sans toutefois esquisser le moindre geste pour lui venir en aide. Les deux filles entamèrent un concours de rapidité sur le lançage de sorts de nettoyage sans qu'il n'y comprenne rien, toujours terriblement abasourdi par le contrecoup de la nuit dernière.
Il observait les mouvements dans un brouillard inintelligible jusqu'à ce qu'Hermione lui vienne en aide en lui tendant une petite flasque.
— Bois ! Ordonna-t-elle seulement.
Il s'exécuta et instantanément tout devint plus clair, limpide pour son esprit et ses sens. Il commença à prendre conscience des choses qui l'entouraient et aussi du fait qu'il se faisait manipuler comme une poupée par deux amies transformées en tornades furibardes.
— Eh oh oh ! Du calme vous deux, s'exclama-t-il en les écartant d'un mouvement des bras, je peux le faire moi-même.
— Mais tu es tout tâché Harry, c'est dégoûtant.
— Oui Harry, regarde. Et en plus tu as la trace de l'oreiller sur la joue et ton polo est le même que celui d'hier !
— Mais ! Enfin Harry ! c'n'est pas vrai tu es en espadrilles dans la boue !
— Et ton manteau Harry ! As-tu pris ton manteau ?
— STOP ! cria le Survivant exaspéré, honteux, lassé, dérangé et tout un tas d'autres trucs à la fois. Laissez-moi tranquille à la fin et arrêtez de prononcer mon prénom.
Elles se turent, conscientes de leur comportement et il releva les yeux pour croiser cet habituel miroir qui lui renvoyait de plein fouet la misère de sa condition : les prunelles acier de Draco Malefoy. L'insupportable Serpentard le regardait avec moquerie et mépris très froid, et l'atmosphère sembla encore plus détestable à Harry dans ce matin. Il se mit vraiment à grelotter et sentit ses pieds qui se gelaient dans ses espadrilles détrempées. Au dessus de lui, les pierres noircies de la voûte suintaient d'un crachin glacé, et une goutte boueuse lui tomba dans la nuque. Il se raidit et décida qu'il était temps de se reprendre en main, sans quoi cette journée promettait d'être la pire de l'année. Il fit un sourire à Célimène en lui posant une main amicale mais ferme sur le bras.
— C'est très gentil à toi de vouloir m'aider, Cel, mais ça va maintenant. Je vais me débrouiller.
Puis il se tourna vers Hermione et l'entraîna un peu à l'écart,
— Combien de temps me reste-t-il à ton avis, avant qu'on parte ?
La jeune sorcière, sentant une énième imprudence arriver parut réticente à délivrer l'information puis bon gré mal gré lâcha :
— Environ un quart d'heure je dirais. Vu le nombre qu'on est ça va prendre du temps pour embarquer.
Harry hocha la tête l'air décidé et baissa d'un ton,
— C'est plus qu'il ne m'en faut. J'aurais besoin que tu me couvres : je vais me doucher, me changer et je reviens.
— Mais Harry tu es… ! Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que déjà le brun avait transplané. Sur un blasphème et un regard compatissant de Célimène, elle se mit à monter la garde.
Plus loin, parmi le groupe des Serpentards, Draco Malefoy blanchissait en s'agrippant au bras de Blaise qui lui passa une main amicale dans le dos.
Harry arrivé directement sous la douche se déshabilla du plus vite qu'il put, se savonna, se sécha et ressortit en trombe pour envoyer valser toutes les affaires de la chambre à la recherche d'une tenue adéquate. Il aperçu dans un coin les chaussures italiennes du bal qui étaient étonnamment en bon état, les enfila, attrapa un jean sombre une chemise noire, sa veste d'agneau fourrée et à ce moment-ci un elfe entra.
— Bonjour maître. La petite bête verdâtre restait plantée sur le pas de la porte, hésitant sur la conduite à adopter. Harry faillit tomber, balbutia un :
— Euhouibonjour euh… Rangez un peu le bordel s'il-vous-plaît… Et transplana à nouveau.
Sa meilleure amie le vit arriver, cheveux négligemment rejetés en arrière encore gouttant d'eau, et comble du comble, torse nu. Il lui jeta presque le manteau dessus et commença à enfiler sa chemise tandis que Draco levait les yeux au ciel, un sourire sur les lèvres. Devant sa tenue plusieurs élèves se mirent à siffler.
— Monsieur Potter, après avoir subi, votre folie furieuse lors de la course en balais, votre conduite dépravée lors du bal, vos excentricités magiques lors du concours et vos pitreries continuelles voilà maintenant que vous vous amusez à gambader à moitié nu un 26 décembre, je suis à deux doigts d'appeler Sainte Mangouste. À défaut ce sera votre parrain qui en sera informé. Rhabillez-vous.
— Quel empaffé celui là, avec une telle pudibonderie ce serait étonnant qu'il ait déjà vu ce qui se cache sous une robe de sorcière.
Les Gryffondors rirent discrètement mais Harry se sentit tout de même rudement embêté à l'idée que Sirius soit averti de tout et en particulier du bal. Qui sait comment il réagirait ? Il attrapa enfin sa veste des bras de son amie et l'enfila rapidement, resserrant le col fourré en peau de mouton autour de son cou.
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« Au milieu de son bonheur, une inquiétude le trouble ce soir, presque un regret d'être venu étourdiment fixer sa destinée dans cette chaumière perdue. »
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Le discour était fini, il n'en avait rien entendu et Seamus qui revenait de l'avant du troupeau leur raconta vite fait qu'il ne s'agissait que de recommandations plus ou moins habituelles, qu'ils auraient liberté d'aller et venir lorsqu'ils seraient à Sceaux-Cif-Lard.
Soudain, une exclamation retentit vers les rives et tous les élèves se pressèrent pour assister à l'événement. Une à une, des embarcations passaient entre les piliers qui traversaient le cours tumultueux pour venir accoster sur le quai aménagé un peu plus en amont. Aussi enthousiaste que des Moldus pour la fête foraine, les Anglais se mirent à piailler et à se bousculer. Harry, Hermione et les jumeaux Weasley parvinrent à se frayer un chemin jusqu'au bord de l'eau. Les embarcations avaient des formes de soucoupes doucement concaves avec une très petite barrière extérieure dans laquelle des poignées pour se tenir semblaient avoir été sculptées.
Parvati et Lavande se plaignirent qu'il n'y avait ni sièges ni toiture , et qu'à la place de se geler les miches pour aller dans un village de ploucs elles seraient aussi bien à suivre les cours de divination dispensés à Beauxbâtons, même si ceux-ci n'étaient évidemment pas aussi instructifs que ceux donnés par Trelawney à Poudlard. Puis Rafaël arriva et les prit par la taille pour les faire monter ce qui tua dans l'œuf toute éventuelle remarque et les laissa en état de pâmoison avancée. Les embarcations variaient un peu de taille et de couleur, Harry en dégota une qui lui semblait sympathique parmi la demi douzaine attroupée là et s'assit dedans avec les jumeaux, Ron Hermione, Seamus, Dean, Neville, Célimène, et les correspondantes des garçons les rejoignirent. Au bout de dix minutes, tout le monde était réparti et sur un signal d'Olympe qui dirigeait l'expédition, ils commencèrent à s'éloigner dans le sens du courant.
Harry avait froid à la tête avec ses cheveux mouillés et restait un peu fatigué. Il leva un regard mauvais vers le ciel bas et lourd de nuages gris qui masquaient l'horizon par delà les montagnes. Plus bas, la Matheysine dont on n'apercevait qu'un petit pan entre les gorges qui se creusaient, était voilée par un rideau opaque de pluie et de neige. Les conditions météorologiques causaient des remous dans la rivière et agitaient un peu les embarcations. Parfois une vague plus grande que les autres éclaboussait les passagers. Hermione qui commençait à avoir le mal de mer jeta un regard torve aux eaux profondes et troubles qui s'agitaient et accéléraient imperceptiblement.
Le Gryffondor lui saisit le bras pour la réconforter et profitant du voyage, essaya de se souvenir la soirée précédente.
Il s'était embrouillé avec Draco, puis l'avait en quelque sorte forcé à se rendre à cette réunion organisée par Synnedie. Là, il avait croisé son âme sœur Astrid et ils étaient restés longtemps à discuter sans se rendre compte du monde extérieur. Ce souvenir lui était délicieux mais un peu troublant. Ils avaient pas mal fumé d'opium aussi, et écouté les différents textes lus. Toujours en parfaite communion d'esprit.
Puis Synnedie s'était agacée quand il avait commencé à mordiller le cou de sa copine tout en la serrant contre lui comme si sa vie en dépendait. Elle s'était approchée, lui avait filé une beigne dont il avait écopé d'un bleu sur les côtes et regardé Astrid avec beaucoup d'intensité et un tantinet d'énervement. Astrid avait retiré ses mains de ses cheveux, avait eu un regard d'excuse sincère pour la Rose couplé d'un adorable sourire que lui Harry ne comprit pas sur le moment. Ne se sentait-elle pas comme lui, arrivée dans les jardins d'Eden lorsqu'elle sentait sa présence sous ses doigts ? Pourquoi devait-elle renoncer à ça ? Il avait senti cependant, comme pour tout le reste, qu'elle agissait exactement dans le bon ordre des choses et était resté seul à se fumer l'opium tandis que les deux filles se retiraient dans un coin plus obscur. Celle qui lisait Sade devait être en troisième année maximum, avec le recul il trouvait ça presque choquant. Puis il avait instinctivement tourné la tête à la recherche de ce visage hautain et qui devait certainement bouder.
Il se sentit idiot et vraiment con. Bien sûr il avait sottement cru que Draco Malefoy l'attendrait patiemment, qu'il se plierait à ses demandes du soir dernier et se mettrait à agir en vrai gentleman. Quelle tourte il faisait !
La scène lui retournait encore l'estomac, le préfet un sourire tendre sur les lèvres redessinait de l'index celles du magnifique Français, en se penchant par moment pour les lui ravir. Le pire dans tout ça était qu'il n'arrivait pas à en vouloir au blond mais qu'il haïssait la beauté exotique et innocente de Delacour.
— Ça va Harry ? fit Hermione en voyant le pli soucieux qui lui barrait le front. Il força un pauvre sourire à déformer ses lèvres devant la mine inquiète de le jeune femme aux joues rougies par le froid. Elle était adorable dans son épais col en hermine grise qui rabattait ses cheveux autour d'elle comme une écharpe et il lui claqua un baiser sur la joue.
— C'est moi, je suis parfois une parfaite cruche.
— Oui, ça on le savait déjà, mais sinon tu ne serais pas toi Harry,
— J'ai trouvé Draco en train de compter fleurette à ton charmant binôme. Elle lui lança un regard dubitatif et aspira à travers ses dents, comme si c'était maintenant très embêtant pour Harry.
— C'est vrai qu'il est terriblement canon, et pas bête en plus ; mais tu le sais puisque toi aussi tu lui faisais la cour, non ?
— Merci Mione, c'est très encourageant ce que tu me dis.
— Je ne me fais pas de souci pour toi, tu trouveras bien un plan pour avoir celui que tu veux.
— Mmh…
— Allez ! Laisse tomber cette tête renfrognée et profite un peu !
— Mais j'ai faim et j'ai sommeil…
— Oh misère, ce n'est pas pour rien que vous êtes amis avec Ron !
Harry tapa du revers du doigt contre la coque de l'embarcation, un peu intrigué… On aurait dit de la corne ou quelque chose comme ça. C'était lisse au toucher et présentait de petites nervures. Le petit rebord était dentelé de manière assez irrégulière et de l'autre côté c'était plus rugueux, comme des empilements de petites lauzes noires. Il tapa sur le dos de Dean devant lui.
— Dis moi Dean, tu es déjà monté sur un bateau moldu ?
— Oui bien sur, je partais tous les étés avec mes grands-parents en Grèce pour aller voir de la famille qui…
— Ne trouves-tu pas que notre ligne de flottaison est curieusement basse ? Regarde donc, nous ne sommes qu'à une dizaine de centimètres du niveau de l'eau.
Dean évalua la courbure du fond avant de hocher la tête.
— Tu as raison, à moins qu'un sort n'aide ces coupoles à se maintenir, il y a quelque chose qui cloche. Nous sommes beaucoup trop lourds pour que le principe d'Archimède s'applique ici.
— Le principe de quoi ? s'intéressa Hermione.
Pucey qui s'était retrouvé sur leur bateau par la force des choses entreprit de lui expliquer les arcanes du principe physique sous un regard peu amène du Sauveur. « Et il sait même la science moldue… »
— Peut être y a-t-il une partie immergé que nous ne voyons pas et qui abrite un grand volume d'air ? supposa Dean. Harry transformé pour l'heure en inspecteur gadget se décala un peu en poussant Fred et Alicia, et toqua sur le fond courbé pour vérifier une éventuelle résonance. Il n'en trouva point et posa sa main à plat. Il y avait là une tiédeur inexplicable.
— Dean ! C'est tiède vers le centre… Le noir apostropha Fred qui avait été déplacé par l'élan investigateur du brun,
— Fred ! Tu n'avais pas ton cul là où Harry vient de poser sa main n'est-ce pas ?
— Heu non… fit le pauvre roux qui pour une fois se trouvait être le gros Jean. Harry leva les yeux au ciel.
— Ne me prends pas pour plus bête que je ne le suis… Si Fred venait de lâcher une caisse à cet endroit pour le réchauffer je l'aurais senti.
Dean haussa les épaules pour signifier qu'une précision valait mieux qu'une erreur.
— Je pourrais essayer de plonger la main à l'extérieur pour sentir s'il y a quelque chose sous le fond de la coque…
Le Survivant allait proposer sa participation à l'entreprise et commençait à remonter ses manches quand leur caravelle fit une soudaine embardée et se mit à accélérer. Depuis l'avant du peloton, les élèves des différentes coupoles relayèrent une information. Digory qui se tenait telle une figure de proue, cheveux aux vents, et naviguait à bâbord de leur embarcation tourna héroïquement la tête pour leur hurler.
— ACCROCHEZ-VOUS !
— Qu'est-ce qu'ils ont dit devant ? s'égosilla Ron pour couvrir le bruit des flots turbulents et du vent terrible. Cédric eut l'air agacé.
— Eh bien de vous accrocher ! Weasley fit un signe pompeux de la main pour remercier le Poufsouffle et se retourna vers ses camarades, les yeux pétillants,
— Regardez-le, un vrai Captain Flint ce gaillard !
Les vaisseaux circulaires allaient maintenant de plus en plus vite, sans toutefois jamais se bousculer les uns les autres. Harry releva la tête, autour de lui, les six autres embarcations allaient à la même allure. Ils étaient placés plutôt à l'arrière du peloton qui maintenant filait si vite que l'on ne distinguait plus clairement les rives. Dean lui jeta un œil dubitatif.
— Je me demande bien qui dirige ces engins…
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« À nous peut-être, la verdure semble plus verte, les bois plus silencieux, les senteurs plus pénétrantes, à nous qui habitons les maisons de planches au milieu du bruit de la mer »
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Harry était plutôt grisé par la sensation de vitesse, les conversations individuelles s'étaient tues pour céder la place aux exclamations ahuries et inquiètes. Ron, autoproclamé capitaine de leur vaisseau, se plaça vers l'avant, Harry à sa droite et George à sa gauche. Il regarda d'un œil mauvais Digory dont la caravelle les dépassait d'une courte toise. On voyait, une dizaine de coudées plus loin, Olympe, royale sur son embarcation et figure de proue de leur étrange cortège qui se tenait droite dans une position que Harry ne jugea pas franchement aérodynamique.
Il compatit avec McGonagall qui devait faire semblant de bien s'entendre avec cette originale qui chantait sans discontinuer depuis le début du voyage.
Il jaugea avec circonspection les maintenant hautes parois de la gorge entre lesquelles ils se frayaient un chemin. Ces parois semblaient se rapprocher imperceptiblement, et l'aspect déchiqueté des rochers qui bordaient le courant ne lui donnait pas envie de s'y écraser. De la mousse blanche délimitait les endroits où des rocs éboulés cassaient la route endiablée des flots et le temps, toujours maussade, ajouté à l'épaisse brume levée avec l'aurore empêchait une bonne visibilité. À la poupe, Seamus et Neville se cramponnaient de toute la force de leurs dix doigts aux poignées de corne et se faisaient ballotter par les virages effectués pour suivre le cours sinueux de la rivière.
Soudain un cri de frayeur retentit. Il était poussé par Parvati qui partageait le navire de dame Maxime et fut relayé bien vite par nombre d'élèves de Poudlard tandis que les Français restaient tranquilles sans essayer de les calmer, un petit sourire supérieur sur leurs lèvres distinguées. Dressé à l'avant, le cou tendu et en équilibre précaire pour la vitesse malgré les tentatives d'Hermione pour faire redescendre son bien aimé, Ron s'écria, apercevant la source des cris.
— OOH OOH MOOON DIEU, MAIS REGARDEZ COMME C'EST ÉTROIT !
Harry retint une exclamation et resta un instant pétrifié, à une dizaine d'encablures du vaisseau d'Olympe se dessinait, à travers les diapres laiteux, une passe effrayante d'étroitesse dont les deux pans sombres gagnaient en intensité au fur et à mesure qu'ils approchaient.
— Dammit, mais on ne passera jamais tous de front, il va falloir s'organiser en ligne, fit Georges en tenant une Katie un peu pâle dans ses bras.
La flotte sorcière redoubla de vitesse avec le courant et Harry nota qu'il ne semblait pas se trouver de véritable moyen pour contrôler la course des vaisseaux.
« Qu'importe » songea-t-il avec nonchalance, sa fatigue avait tout à fait disparu, remplacée par un enthousiasme sauvage. Il tourna la tête et vit à tribord, à peu près au même niveau qu'eux, le blond, assis contre la petite barrière qui le regardait.
— Ne fais pas l'idiot Potter et tiens-toi donc ! Parvint-il à lire sur les lèvres plus qu'il ne l'entendit à cause du vacarme lié à la vitesse.
Harry sentit son cœur fondre dans du miel devant le regard un peu ironique mais si loin du mépris froid de tout à l'heure. Il vit néanmoins une curieuse lueur dans le regard qu'il ne sut interpréter. Les yeux vert et gris restèrent accrochés quelques secondes avant d'être séparés par une brusque embardée.
Ron était déchaîné sur la proue, il ne cessait de s'extasier devant la rapidité de leur allure et Harry osa se redresser en tendant son buste au vent pour que les bourrasques y mesurent leurs forces.
— Allez Weasley, mène nous ce rafiot comme un homme ! se mit soudain à glapir Pucey avec une insoupçonnée folie.
Il éjecta Georges du poste de quartier maître pour prendre sa place.
Galvanisé, Ron se mit à vociférer dans le vent donnant toutes ses tripes dans cette course qui n'en était pas une.
— Allez nom d'une pipe ! Plus vite ! Plus vite, on est pas des pucelles nom de Dieu ! Hissez la grand voile !
Harry jubilait de voir son meilleur ami ainsi et rigolait tout à la fois sentant son palpitant s'exciter sous la peur et l'adrénaline. Lui et le Serpentard se mirent à renchérir et ils furent suivis par Fred et Hermione, qui se prit curieusement au jeu.
— Allez ! Allez !
Leurs cris, lancés à bout portant enflaient sur l'eau colérique tandis que plus loin, ils virent une coupole de Français leur faire de grands gestes avec des figures toutes paniquées. Mais ils n'entendirent pas ce qu'ils disaient et, emportés, continuèrent de brailler. À bâbord, Digory se mit à faire de même alors que la passe monstrueuse se dressait droite et noire à moins de cinq encablures.
Au début de leurs exhortations, rien ne se passait et ils continuaient pour le goût du jeu et parce qu'ils se sentaient une âme de Jack Rackham parmi cette tourmente et ces flots nauséeux sur lesquels se formaient parfois des petits îlots de neige flottante. Puis, presque simultanément, un brusque soubresaut agita les vaisseaux concurrents et ils se mirent à défrayer le reste de la flotte magique en allant beaucoup plus vite que le vaisseau de tête ne l'imposait.
Les hurlements redoublèrent, même Neville prenait sur sa bonne figure cette expression de dément indompté, et l'embarcation se précipita à vive allure, surpassant la vitesse des flots.
— BAISSEZ VOUS ! vociféra Ron dans un souci de diminuer la prise au vent.
Ils poussèrent des imprécations animales en voyant leur vaisseau dépasser d'une coudée celui du Poufsouffle, tout aussi démentiel. Ils remontèrent inexorablement le peloton en poussant leurs joies féroces contre les autres coupoles et se mirent à taper en rythme sur le fond, voyant combien ça les faisait accélérer. Ils croisèrent le vaisseau de Rogue à la vitesse de l'éclair.
— … Mais bougre d'âne, que vous êtes…
Ils n'en entendirent pas plus, déjà au niveau de celui d'Olympe.
— Et voilà cette grande haridelle qui nous pousse la chansonnette maintenant, non mais on aura tout vu ! s'exaspéra Dean, tirant un sourire au Sauveur.
Le goulet était à une encablure de leur barque quand ils dépassèrent le vaisseau amiral.
— PLUS VIITE ! PLUS VIIITEUH !
L'hystérie s'empara d'eux quand ils virent que la coupole du Poufsouffle mené par un équipage au moins aussi enthousiaste qu'eux les rattrapait et Harry analysa en une seconde que jamais les deux vaisseaux ne passeraient de front. Alors Ronald Billius, se prenant pour l'ange de la dernière chance, se dressa, farouche et imprudent et conspua les matelots.
— C'EST EUX OU NOUS, MÉCRÉANTS. ALORS BATTEZ-VOUS POUR VOTRE VIE !
Et ils s'exclamèrent d'une même voix :
— WEASLEY ! WEASLEY ! et la clameur féroce donna une impulsion splendide à leur vaisseau qu'ils encouragèrent de tous leurs cœurs réunis. Au moment où le boyau de granite s'étranglait pour ne mesurer plus que quelques quatre mètres de large, et alors qu'ils voyaient dans un sursaut de folie leur dernière heure arrivée, ils passèrent devant Digory et s'engagèrent à une vitesse défiant toute loi de la raison dans les vingts mètres tortueux et mortels.
Le vaisseau se débrouillait avec aisance parmi les multiples écueils qui crevaient la surface, ils n'avaient néanmoins aucun contrôle sur la direction.
Après un virage négocié à un cheveu de la paroi, leur bel enthousiasme retomba quelque peu, et la peur se fraya un chemin jusque dans leurs esprits. Suivis de près par le vaisseau Poufsouffle, ils commencèrent à songer à la précarité de leur situation.
Et c'est à ce moment qu'ils débouchèrent sur une immense étendue d'eau assez calme, leur vitesse pourtant n'en diminua quasiment pas.
— Dis Ron, interpella Harry dont un souvenir venait de traverser l'esprit, je crois que je reconnais cet endroit.
Le roux qui avait quitté sa position téméraire se rassit, dos au mouvement, et invita Harry à argumenter. Il lui expliqua rapidement qu'il lui semblait être au niveau d'un lac de barrage ce qui expliquerait absolument la typographie étrange du terrain et l'étroitesse du goulet qu'ils venaient de traverser.
— PUTAIN LES MEEEECS ! S'époumona Neville en bondissant comme un ressort sur ses pieds. Il faillit tomber, frappé de plein fouet par une bourrasque et fut rattrapé par un réflexe de Seamus qui le força à rester assis et à se tenir. D'une main Londubat désignait l'extrémité du lac vers laquelle ils faisaient cap.
Un mur de construction moldue se dressait en arc de cercle parfait et inébranlable.
Dans tout les sens du terme : un barrage.
— Euh… ânonna Pucey, vous êtes sûrs que c'est par ici qu'il faut aller ?
Ron, toujours admirablement maître de lui alors que certains commençaient à perdre leur sang froid s'éclaircit la voix. Il y avait toujours un peu de bruit, alors qu'ils avançaient et même la surface du lac s'agitait.
— Écoutez tous, nous allons essayer de faire ralentir ce bateau, d'accord ? Tous ensemble demandons lui de ralentir.
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"Les nuits mêmes étaient lumineuses, Quand tout s'était endormi dans des immobilités lourdes, dans des silences morts, les étoiles apparaissaient en haut plus éclatantes que dans aucune autre région du monde. Et la mer aussi éclairait par en dessous. Il y avait une sorte d'immense lueur diffuse dans les eaux. Les mouvements les plus légers, le navire dans sa marche lente, le requin en se retournant derrière, dégageaient dans les remous tièdes des clartés couleur de ver luisant. Et puis, sur le grand miroir phosphorescent de la mer, il y avait des milliers de flammes folles ; c'étaient comme de petites lampes qui s'allumaient d'elles-mêmes partout, mystérieuses, brûlaient quelques secondes et puis mouraient. Ces nuits étaient pâmées de chaleur, pleines de phosphore, et toute cette immensité éteinte couvait de la lumière, et toutes ces eaux enfermaient de la vie latente à l'état rudimentaire, comme jadis les eaux mornes du monde primitif."
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Deux minutes plus tard, le voyage s'était transformé en chemin des lamentations pour les deux barques rondes, ils n'essayaient même plus la magie car chaque sort semblait n'avoir aucun effet si ce n'est celui de les faire accélérer tant et plus. Comble de la malchance, ils ne pouvaient ni transplaner ni sauter, une sorte de barrière magique semblant les en empêcher.
Et le mur du barrage n'était plus qu'à deux encablures de là, toujours aussi impressionnant et dense dans les éléments agités. Ron se déplaça vers la poupe tout en tenant fermement la main d'Hermione. Il fit un signe à Digory pour s'excuser d'avoir lancé la course et le Poufsouffle le lui renvoya avec un petit sourire désolé.
Ils voyaient le reste de la flotte loin derrière, et qui semblait se diriger plus vers la gauche.
Harry regarda avec une stupeur se transformant en horreur révoltante ses camarades de galère se mettre à pleurer en s'accroupissant les uns dans les bras des autres, déjà en train d'écrire leurs testaments et de faire leurs prières. Il chercha Ron des yeux mais celui-ci semblait déjà mort dans les bras d'Hermione qui le berçait.
Était-il donc le seul à ne pas accepter le naufrage imminent ? Il secoua avec une violence peu contenue ses amis puis voyant leur anéantissement profond faillit en étrangler un au hasard. Finalement, il attrapa Neville, qui semblait le moins dévasté – peut être en comparaison à d'habitude – et le gifla. Puis, après réflexion fit de même avec Fred George, leurs amies respectives et Pucey. Tous trop amorphes pour se rebeller contre les claques qu'il distribuait à volo.
— Bon, posez vos main sur le haut de la voûte magique, et à trois vous vous concentrez et vous prononcez Cogens correct compris.
Il envoya un aller retour sonore à Katie qui chouinait et elle se tut. Ils opinèrent du chef en reniflant et à son signal, invoquèrent leur magie.
— CONCENTREZ-VOUS ! Hurla-t-il.
La même sphère blanche qu'ils avaient faite avec Draco apparut, sauf que sous le nombre, elle enfla démesurément vite et avec intensité. L'atmosphère devint vite irrespirable, les élèves paniquèrent, leur embarcation se mit à zigzaguer comme une folle furieuse parmi les courants aquatiques du lac. Et Ron se mit à glapir,
— On s'enfonce, qu'est-ce que tu fous Harry ? On s'enfonce sous l'eau !
Effectivement, le froid les prit comme un étau aux chevilles alors qu'ils étaient bringuebalés à droite à gauche. Hermione recouvrant son sang froid joignit son Cogens au leur.
— Quelqu'un ne connaîtrait pas un sort de destruction à coupler au Cogens par hasard ? Mais tous firent non de la tête, par chance, ils étaient des sorciers assez puissants, surtout lui, les Weasley et Pucey et ils le halo fut assez fort pour briser le champ de force. Cela ne se fit évidemment pas dans la délicatesse, un réseau de fils bleu électrique parcourait tout le petit dôme et allait se perdre sur les rebords de l'embarcation en grésillant effroyablement avant de produire une sorte d'assourdissant cataclysme qui eut pour effet de totalement désorienter la barque et de la faire encore plus presser l'allure. Ils avaient désormais de l'eau jusqu'aux genoux et Ron, comme fouetté de voir l'exemple de son ami s'était réinvesti de sa position de capitaine et haranguait tout le monde.
— Sautez, abandonnez le navire ! Allez, SAUTEZ !
Et il poussait les indécis dans l'eau gelée à coup de claques dans le dos. Le roux sauta lui aussi dans le lac en braillant à tu-tête « Un homme à la mer, un homme à la mer ! » Avant de jeter un œil au bateau du Poufsouffle, heureusement ils arrivèrent eux aussi en prenant exemple à briser la protection et à sauter. Les bateaux vides s'éloignèrent dans une errance affolée et brusque.
Ron et Digory prirent la tête des nageurs et s'élancèrent dans un crawl de waterpolo en direction du reste de la flotte.
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"Dehors, il faisait jour, éternellement jour. Mais c'était une lumière pâle, pâle, qui ne ressemblait à rien ; elle traînait sur les choses, comme des reflets de soleil mort. Autour d'eux, tout de suite, commençait un vide immense qui n'était d'aucune couleur, et en dehors des planches de leur navire, tout semblait diaphane, impalpable, chimérique.
L'œil saisissait à peine ce qui devait être la mer : d'abord, cela prenait l'aspect d'une sorte de miroir tremblant qui n'aurait aucune image à refléter ; en se prolongeant, cela paraissait devenir une plaine de vapeurs, et puis plus rien ; cela n'avait ni horizon ni contours.
La fraîcheur humide de l'air était plus intense, plus pénétrante que du vrai froid, et, en respirant, on sentait très fort le goût du sel. Tout était calme, et il ne pleuvait plus ; en haut, des nuages informes et incolores semblaient contenir cette lumière latente qui ne s'expliquait pas ; on voyait clair, en ayant cependant conscience de la nuit, et toutes ces pâleurs des choses n'étaient d'aucune nuance pouvant être nommée."
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Draco ne prit pas garde à ses paumes qui commençaient à saigner à force d'y enfoncer ses ongles, il avait juste les yeux fixés sur cette nuée de bras qui sortaient de l'eau pour y replonger aussitôt, suffisamment petite pour que de loin, on les eut pris pour des poissons volants. Une tragique ironie résidait dans le chant presque enfantin que formulait la directrice semi-géante toujours aussi impassible.
Il l'aurait étranglée de ne pas plus se dépêcher, l'eau était gelée et un corps ne résistait pas longtemps à l'hypothermie dans ces cas là. Avec terreur il avait cru leur dernière heure arriver quand ils avaient foncé sur le barrage, puis de loin il avait vu cette énorme lumière irradier tout l'air, l'embarcation zigzaguer comme une démente et une nuée de petits points mobiles sauter à l'eau.
Devant, Olympe informa et l'on fit passer :
— Elle dit que maintenant c'est trop tard pour ralentir parce que nous sommes bien trop près du barrage et qu'il nous faut une vitesse conséquente pour pouvoir passer, elle va faire un détour et on devra donc les attraper au vol. Il faut aussi faire attention parce qu'elle a ôté les protections magiques qui nous empêchaient de tomber.
— Quoi ? Mais c'est n'importe quoi ! Et si on en rate un ?
— Eh bien monsieur Malefoy, cria Rogue, tâchez de ne pas rater ceux que vous voulez revoir.
Draco serra les mâchoires et ses yeux devinrent aussi durs que du mica. Au pire il sauterait dans l'eau mais il ne laisserait pas Harry. Plutôt crever. Il en aurait vomi d'angoisse.
— Bon, concentrez vous !
À une demi encablure de là, le groupe de nageurs commençait à se déssiner, il reconnut Weasley et Diggory en tête mais pas de Potter. Il dégagea sans ménagements Michel et Cho pour se précipiter sur les bords de la barque, cherchant d'un regard affolé la tête brune et les yeux verts. Les repêchages avaient commencé, et de tous côtés on tirait avec des grognements d'effort les rescapés des eaux pour les jeter comme de gros poissons peu frétillants sur les ponts.
— Potter ! Potter ! se mit-il à appeler comme un dingue.
Soudain parmi les remous effroyables de la pêche il l'aperçut, presque déjà dépassé par les bateaux. Il se pencha alors vivement, saisit le cuir détrempé au niveau des épaules et tira le Gryffondor aux lèvres bleuies sur l'embarcation. L'autre agrippa la petite barrière et se hissa en ahanant, les jambes encore emportées par la vitesse et traînant dans le courant saumâtre. Enfin, aidé par Cho et Octance, Potter réussi à venir tout à fait au sec, les vêtements imbibés.
— Moby Dick acte trois scène trois, fit Ron en retroussant son nez plein d'éphélides et en partant d'un grand rire lui aussi repêché sur ce navire.
Draco attrapa les épaules de Harry mais cet imbécile redevenu le Sauveur au courage grand comme l'Atlas se débattit pour se retourner vers la poupe et vérifier que personne n'était passé au travers.
Enfin, il se retourna vers le préfet, l'air rassuré mais essoufflé, ses yeux grand ouverts effaçant dans l'esprit de Draco tout le jade et l'anthracite environnant pour qu'il n'y subsiste plus que deux flèches si vertes qu'il en oublia tout.
— Putain Potter…
Il attrapa le Gryffondor par le manteau et l'attira à lui, brusquement, avec une rudesse pataude et plongea une main dans les cheveux trempés. Harry, un peu sonné, ne réfléchit pas trop et l'enlaça, grimpant sur ses genoux dans la barquette désormais surpeuplée. Ses habits gorgés d'eau se pressèrent entre eux, trempant le blond qui ne sembla pas le remarquer, et déposa un baiser dans le creux du cou, y enfouissant son visage pour étouffer le sanglot de peur qui menaçait d'éclore dans sa gorge. C'était la honte, tout le monde devait les regarder et lui restait là tétanisé, à serrer Potter dans ses bras et à s'émerveiller de ce souffle chaud dans son cou qu'il avait cru un instant, perdu pour toujours. Il sentait le grelottement du corps contre le sien s'atténuer un peu et des lèvres vinrent se poser derrière son oreille.
— Merci, murmure le Survivant très bas en écartant les jambes pour pouvoir serrer le blond encore plus fort contre lui.
Draco sentit le nœud qui lui étranglait la gorge se desserrer un peu.
— Je t'avais pourtant dit de bien te tenir, mais tu ne m'écoutes jamais.
Le Sauveur se mit à rire contre lui et lui embrassa à nouveau le cou tandis que lui se perdait comme un pauvre fou dans l'odeur du Survivant. Un cri retentit, les arrachant à leur étreinte et Harry se retourna vers l'avant, ils fonçaient droit vers le mur du barrage qui n'était plus qu'à quelques coudées.
— Eh là, pas de blague ! Eut-il seulement le temps de dire, déjà Malefoy refermait ses bras sur lui et il ferma les yeux dans l'attente de l'impact inévitable.
Ils se figèrent tous à cet instant rentrant la tête dans les épaules. Puis alors que personne n'osait ouvrir les yeux, Draco exerça une brève pression sur le bras du brun.
— Regarde, souffla-t-il dans un murmure.
Harry ouvrit les yeux et hoqueta de surprise, les eaux turbides et verdâtres avaient laissé la place à un gouffre immense dans lequel ils planaient.
— Nom d'un petit bonhomme, c'est comme à King Cross en fait, s'époustoufla-t-il.
Les autres élèves avaient écarquillé les yeux et ce n'était plus désormais que regards ahuris et émerveillés, mains crispées et cou tendus pour apercevoir dans toute son étendue la splendide vallée qui s'étirait sous eux, crevasse parmi les dos ronds des grands Dragons de marne et de calcaire hérissés de pics de pins noirs. Tout au fond coulait un filet d'eau et on voyait derrière, l'inébranlable mur droit s'enfoncer à pic entre les deux parois déchiquetées.
— Putain ils sont balaises ces moldus, laissa échapper Fred à la grande joie d'Hermione.
Harry échangea avec Dean un coup d'œil entendu. Mais bien sûr quel idiot, il aurait du deviner que ce n'étaient pas de simples barques.
Un vol de cinq tortues immenses au dos creux se mit à planer sur un courant descendant, guidé par le chant mélodieux d'une semi-géante française. En bas, une simagrée d'ombres tremblotait sous l'obstruction de leurs larges pattes-ailes.
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"son honneur, à lui, c'était d'être plus beau que les autres, plus leste et plus fort, plus débrouillard aussi [...] Faisant argent de tout, par exemple, même de sa beauté à l'occasion. Et cela, naïvement, avec sa bonhomie de sauvage; tellement, que les autres, qui le savaient, lui pardonnaient comme à un plus enfant qu'eux. [...] il s'abandonnait à beaucoup d'autres par intérêt souvent, quelquefois aussi par vraie bonté d'âme, à la manière d'Yves, pour ne pas faire de la peine."
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citations : Pierre Loti - Mon Frère Yves et Pêcheur d'Islande
