Chapitre 22

Où l'on gambade gaiement dans de charmants petits bourgs et l'on rencontre le gratin.

Ravalons les avanies pour des avalanches d'aveux.


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— Voilà Roncevaux, dis-je.

— Où ?

— Là-bas, où les montagnes commencent.

— Il doit faire froid là-haut, dit Bill.

— C'est haut, dis-je. Ça doit bien être à douze cents mètres.

— Il doit y faire terriblement froid, dit Bill.

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Elle King : Ex's and Oh's


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— Arrête tu vas le rendre jaloux, fit Harry un peu aigre en désignant du menton Rafaël non loin de là, qui ne leur accordait pas une miette de son attention.

Draco continua à le sécher par de petits sorts et à le nettoyer de la boue, qu'il s'était mis partout.

— Je crois que c'est plutôt toi qui es jaloux en ce moment même.

— Laisse moi tranquille ! fit le Survivant un peu brusque en lui repoussant le bras.

Le préfet s'énerva, l'attrapa et le lui tordit dans le dos. Autour, à terre, personne ne semblait avoir remarqué leur manège, tous occupés à se sécher eux aussi.

— Tout doux Saint Potty, ta réaction est un tantinet surjouée après la scène d'amour éternel à laquelle on a assisté hier.

Un point pour lui, songea Harry en se sentant un peu rougir. Il haussa les épaules.

— Je n'ai rien fait avec elle moi.

Le Serpentard lui attrapa la mâchoire entre ses doigts et le força à relever la tête pour croiser ses prunelles grises.

— Moi non plus je n'ai rien fait avec lui Potter, rentre toi ça dans le crâne.

— J'en rigolerais presque, un descendant Velane et tu le boudes ? C'est de la stupidité.

Les joues du blond prirent une jolie teinte nacarat mais il garda les yeux bien droits, cette fois-ci décidé à agir correctement.

— Je n'en avais pas envie.

Il se sentit aussitôt tout chose d'avoir dit ça, à la fois fier mais aussi gêné des conclusions que pourrait en tirer le Gryffondor. Il resta solide sans frémir et observa avec un contentement certain le petit sourire irrépressible étirer les lèvres du brun tandis qu'il baissait la tête.

— Ah euh… bah… dans ce cas…

D'un bref mouvement du poignet, le Serpentard finit de le sécher et rengaina sa baguette dans son fourreau en cuir avant de s'éclipser furtivement. Le Survivant avait un goût un peu âcre dans la bouche : depuis ce matin, à chaque fois qu'il croisait le regard du Serpentard il y décelait une lueur indescriptible dont il n'arrivait rien à déduire sinon que c'était très mauvais.

Il vit, avec une grimace de lassitude, Rogue arriver vers lui amenant avec lui les membres de l'équipée sauvage. Le professeur commença aussitôt à leur passer un savon et à les menacer des pires châtiments, grimpant avec théâtralité dans une intensité dramatique qui les effraya un peu. Puis il se mit à attaquer personnellement les Gryffondors du bateau leur promettant moult tortures et châtiments, et ils avaient presque les larmes aux yeux déjà collés trois heures par jour jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Le Sauveur qui n'osait pas ouvrir la bouche, tout en se rendant bien compte que cette punition entachait sérieusement ses chances de réussite aux ASPICS, croisa le regard de Pucey juste à côté. Le Serpentard lui fit un petit signe rassurant en lui intimant de rester coi ce qu'il ne comprit pas. Soudain, Pucey s'éclaircit la gorge et s'avança devant le professeur, une expression admirablement déconfite peinte sur la figure.

— Je… professeur Rogue je suis tellement désolé, mais voilà en fait c'est de ma faute. J'ai… en sentant l'embardée j'ai paniqué vous comprenez depuis mon… mon… emprisonnement… je fais des crises d'angoisses et là voilà… ensuite la tortue s'est emballée et enfin, Harry Potter nous a sauvé la vie en nous permettant de sauter vous comprenez… je… Je suis totalement responsable.

— Bon Dieu de bon soir Pucey mais…

L'homme sembla chercher ses mots, il regarda tout autour de lui semblant chercher de l'inspiration et aperçu Mme Dumoulin plus loin qui lui faisait de grand signes en lui indiquant un petit bistrot nommé le Chapeau-t-au-feu. Il rejeta ses cheveux en arrière et lâcha l'affaire d'un air désabusé.

— Bien alors si c'est ça alors… Mais garde à vous Potter, de toute manière j'ai déjà averti Mr Black.

Lorsqu'il fut parti, toute l'équipée congratula chaleureusement le Serpentard qui venait de leur sauver les cent prochaines soirées à Poudlard, et Harry lui offrit une accolade sincère.

— Comme ça on est quitte, je m'en voulais un peu pour la course…

Le Survivant lui assura que tout était absolument pardonné, surtout qu'il l'avait quand même à moitié étranglé par la suite et ils se quittèrent en très bons termes.

— Potter, je peux te parler deux secondes ?

Il se retourna et vit le blond, les yeux glacés et l'expression figée dans un mélange de haine, de mépris et de douleur. Ils s'écartèrent un peu tandis que leurs amis les attendaient à l'écart faisant semblant de n'y pas prêter attention mais toujours jetant de très fréquents coups d'œil.

— Il y a quelques jours tu manquais de le tuer et aujourd'hui il te sauve les miches, c'est une blague ? Tu l'as sucé lui aussi ? !

Le brun écarquilla de grands yeux surpris.

— Malefoy, c'est une crise de jalousie ?

Le blond verdit et cracha par terre,

— T'es vraiment qu'une salope.

— Très distingué pour un aristo comme tu aimes t'en vanter, mais sache que c'est moi qui leur ai sauvé la vie. Il a fait ça par gentillesse et honnêteté. Malheureusement toi, tu sembles incapable de comprendre ça.

Ils restèrent un peu l'un en face de l'autre sans trop oser se regarder puis enfin, Malefoy dit péniblement :

— Je suis désolé.

Il tourna les talons et Harry, planté sur la berge sablonneuse se demanda très stressé si oui ou non il devait l'interroger sur ce regard qu'il ne comprenait pas. Il aurait à coup sûr l'air très idiot… ou très courageux.

— Malefoy !

Le blond se retourna un peu puis revint sur ses pas, serrant son grand col de mafieux russe autour de son cou pâle.

— Pourquoi tu me regardes comme ça depuis ce matin ?, poursuivit le Survivant, J'ai dû faire quelque chose de très moche mais je n'arrive pas à voir ce que c'est, c'est Astrid ?

Le blond grinça des dents et eut un rire mauvais dans la bise froide, Harry s'en voulut d'attacher autant d'importance à l'attitude d'un connard fini dont il n'arrivait pas à percer la moindre réaction.

— Cette pisseuse me laisse froid, mais qu'est-ce que t'en as à foutre de toute façon !

— Draco, s'il-te-plaît ! Demanda-t-il avec une douce autorité. C'est vraiment la croix et la bannière de te faire cracher le morceau, et c'est tout le temps pareil. Tu peux pas pour une fois arrêter de réfléchir à chaque mot que tu prononces et me dire clairement quel est ton putain de problème ? Sois honnête, ça ne va pas te tuer, la foudre ne va pas te tomber sur le coin de la gueule, non rien de tout ça !

— Ça va ! Ça va, calme toi un peu. Et essaye de comprendre que ça me fait chier de t'avouer que j'ai encore mal quand tu t'éloignes de moi alors que pour toi ça semble être tout à fait passé.

Et sur ces mots le blond s'éloigna très vite, rejoignant Blaise et Théo pour s'enfuir loin de ce regard verdoyant dans lequel il risquait fort de se perdre s'il y restait trop longtemps planté.

Le Survivant resta penaud, les épaules voûtées à réfléchir aux implications sinueuses de cet aveu.


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— Eh bien, dis-je, un avion est un peu comme un tricycle. Le manche à balais fonctionne de la même façon.

— Mais on ne pédale pas.

— Non dis-je. Je crois qu'on ne pédale pas.

— Changeons de conversation, dit Bill.

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— Vous avez triché.

— Non.

— Si.

— Non.

— Si.

—Non.

—Si.

Au bout de dix minute où Hermione, Draco, Harry et les Françaises se tenaient l'arête du nez devant l'interminable dispute de Ron et Blaise, les cinq se retournèrent vivement en leur hurlant un « Maintenant stop » qui virait au commandement suprême. Tout confus, les deux se regardèrent en chien de faïence avant de finir par se taire, déambulant dans les allées pavées mais un peu boueuses à cause du mauvais temps hivernal. Ils flânaient en devisant très gentiment puis rencontrèrent un groupe d'élèves fixés devant une vitrine et s'approchèrent.

— Laisse moi deviner… Poufsouffles, Gryffondors… Ah ce doit être une vitrine de pâtisserie.

— Blaise, sois en sûr je partage ton point de vue, mais par pitié renonce à ces ennuyeuses querelles où nous n'en ressortirons pas vivants.

— Oh, parce que pour être digne d'attirer des Serpentards, il aurait fallu une exhibition vulgaire de pendus et de cadavres carbonisés ?

— Ron s'il-te-plaît, se désola Hermione .

— Je gage qu'une bonne librairie aurait amplement suffit.

— Blaise !

— Remplie de livres de magie Noire et de sortilèges de décharnement je suppose ?

Amuit ! cingla Célimène et les deux se retrouvèrent bien maris, gorge bloquée, sans pouvoir plus proférer un mot.

La petite troupe s'approcha de la vitrine, en silence donc, pour voir ce que fabriquaient là les autres élèves. Ils se marraient bien et pour cause, Fred et Georges avaient réussi à pénétrer dans la boutique de vêtements et essayaient de forcer le passage d'un gros malabar arguant à grands renforts de cris qu'il leur fallait absolument le dernier caleçon Brin d'Ylle. Harry sentit une présence derrière son dos et un souffle lui effleura dans un sourire les cheveux de la nuque. Il tourna un peu les yeux puis faillit afficher une expression très niaise sur son visage avant de se ressaisir. Le blond était nonchalamment appuyé derrière lui, le menton juste au dessus de son épaule.

— Je peux savoir ce que tu fous Malefoy ?

Il se mordit aussitôt les lèvres. Il n'avait pas du tout voulu dire ça sur un ton aussi brutal.

— Tu devrais apprendre à être plus poli surtout quand je fais des efforts pour être…courtois.

— Excuse-moi, j'ai du mal à intégrer les leçons de Sirius concernant le savoir vivre.

C'était une courbette.

— Oh, mais à ce que j'ai pu entendre, lui et ses amis n'étaient pas des modèles du genre… du moins à leur époque.

— Et cette anecdote croustillante t'a bien sûr été racontée par ton géniteur qui sait faire preuve d'une d'amabilité en toute situation, fit le Survivant mielleux avant de redevenir brusquement sérieux et d'enchaîner. Je ne l'ai jamais vu sourire.

— Bien sûr mon père est sélectif dans ses relations, il n'apprécie pas n'importe qui.

Harry regarda l'air crâne et très légèrement supérieur du préfet qui se mouillait tout le temps les lèvres comme si elles étaient desséchées. Il avait très envie d'approfondir la discussion.

— Prends exemple sur lui alors… Il va t'arriver des misères à traîner avec des personnes peu recommandables.

Sa voix avait pris un ton velouté très bas que seul Draco pouvait entendre et il vit dans les yeux gris passer une lueur de renard.

— Mince alors… Comment vais-je me tirer de ce mauvais pas… Mon instinct naturel est fiable d'habitude…

Ils étaient toujours de dos et Harry sentait la chaleur émaner du Serpentard, devinait la main qui lui encerclait la taille avec discrétion.

— Le mien aussi et pourtant… vois-tu, je suis encore là…

Le blond commença à lui lécher le bout du lobe avec la langue. Et la respiration du valeureux Survivant se mit à trembler.

— Draco…

Il sentit la pression sur sa taille s'accentuer et une main glisser sous son manteau, l'autre devenait fébrile et chaud bouillant

— Je ne fais que suivre mon instinct…

Harry sentit le rouge lui empourprer le visage, il crevait de chaud sous son manteau et dut se mordre l'intérieure des joues pour contenir sa respiration erratique.

— Arrête ou je ne réponds plus de rien, pense à ce que…

Il ne put finir que l'autre lui passa une main sous le jean. Il était fou, ils étaient fous, là sur une place publique dans un groupe de vingt élèves heureusement accaparés par les pitreries des jumeaux.

— Mon Dieu, mais ne serait-ce pas Harry Potter !

La voix un peu amusée et snob les fit sursauter et le susnommé se passa une main à l'arrière du crane en regardant de biais, certain que la personne avait compris ce qu'ils manigançaient, puis il se retourna. La femme qui l'avait accosté était habillée d'un épais manteau de fourrure brune et une capuche encore plus épaisse garnie d'hermine blanche lui protégeait la tête des quelques flocons qui tombaient. Elle était à son goût un peu trop maquillée avec de lourdes paupières vertes et sombres aux épais cils noirs et une bouche mauve, mais son visage conservait quelque chose de racé et d'élégant assez peu atteint par les outrages du temps. Ses yeux brillaient de manière assez juvénile et il lui donna une quarantaine d'années.

Aussitôt qu'il se fut retourné, elle lui brandit sous le nez sa main gantée de cuir et il s'en saisit, la frôlant des lèvres un peu pris au dépourvu.

— Enchantée, je suis Lady Arden Carrasco.

Harry faillit s'étrangler, la Ministre de la magie Argentine ! À côté, quelques élèves s'étaient détournés de la vitrine pour regarder la scène et Draco, bras croisés observait le brun se dépatouiller avec les civilités d'usage.

— Euh, Harry Potter. Mais c'est un grand honneur Madame, que faites-vous ici… Euh, je veux dire, une affaire urgente vous amène en France ?

Elle rigola toujours de ce curieux air enfantin qui jurait avec ses habits bourgeois et ampoulés, et piétina de ses petits souliers vernis noir dans la bouillaque saumâtre de l'hiver bien engagé.

— Oh non, nous y sommes en villégiature, je suis ici avec mon mari Ezéquiel.

Elle se retourna avec vivacité et agita bien haut sa main au dessus de sa tête en criant :

— Ezéquiel chéri ! Viens voir qui j'ai trouvé, alors ça si c'est pas marrant !

Harry remarqua deux hommes à l'allure sombre qui surveillaient un peu en retrait. À leur mine austère et leur chapeau large et plat qui masquait leurs yeux, il devina des Aurors. Certainement attribués pour la protection des Carrasco. Un homme assez grand et de bonne stature quoique légèrement bedonnant sous son manteau de tweed brun s'approcha, au contraire de sa laiteuse femme il avait le visage brun et buriné sur lequel les années avaient rajouté un léger double menton. Ses cheveux presque rasés laissaient deviner une calvitie naissante sur le haut du crâne. Très certainement un bureaucrate, Harry nota les ongles soignés, les quelques bijoux en or dont une chevalière frappée du sceau des Carrasco, un gobelin et une ancre. L'illustre famille était banquière et marchande depuis des lustres, l'alliance entre roi de l'économie et tête de la politique avait du être fructueuse, s'il en croyait les récents rapports qui les disaient propriétaires d'environ 70 pourcents de la richesse nationale sorcière.

Il serra sobrement la main de l'homme qui le dévisagea avec curiosité s'attardant sur sa cicatrice en forme d'éclair.

— C'est donc vous le Sauveur ?

— On peut dire ça comme ça…

— Oh mais ne serait-ce pas… Draco Malefoy ! Le fils prometteur !

Et Monsieur Carrasco alla avec enthousiasme serrer la main du blond qui se fendit d'un sourire poli mais réservé. Ils commencèrent aussitôt à s'entretenir au sujet des transferts financiers récemment opérés entre les deux pays, les Malefoy étant principaux créanciers de la grande Bretagne et Draco était tout désigné pour prendre la succession des affaires de son tout aussi blond de père.

La petite réunion du gratin sorcier qui s'organisait entre la boutique des fringues de luxe et une charcuterie magique ne passait pas franchement inaperçue et un attroupement s'était formé, parcouru de chuchotements exclamatifs et jaloux. Lorsque la gazette locale débarqua, plume à papote au bout des doigts, Lady Arden alla récupérer son mari et proposa d'une voix qui ne souffrait pas tellement le refus.

— Mes deux messieurs, nous seront tout à fait heureux de vous recevoir dans notre maison à 16 heures, nous organisons une petite sauterie avec nos amis et ainsi nous aurons tout loisir de discuter plus tranquilles et plus confortablement.

Elle leur tendit à chacun un petit parchemin de visite où l'adresse était écrite à l'encre verte, et attrapant le bras de son mari elle s'éloigna à travers les badauds curieux non sans assommer au passage un journaliste d'un geste plus où moins involontaire de son sac à main matelassé.

Entre temps, Brin d'Ylle avait réussi à foutre dehors Fred et Georges en leur offrant des prospectus et des bons de réduction qu'ils ne pourraient jamais utiliser mais qu'ils échangeraient plus tard contre du matériel chez Farces et Attrapes. Les élèves se dispersèrent donc dans la rue.

— C'est quelle heure ? demanda le Survivant à son ennemi sans le regarder trop en face, abasourdi de cette folie qui les avait pris avant l'intervention Argentine en plein milieu de rue.

Le blond qui avait repris une attitude en tout point parfaite ne semblait, lui, absolument pas perturbé :

— Treize heures trente.

Ils avaient donc le temps. Harry se remodela tant bien que mal une contenance acceptable et eut un petit mouvement de tête.

— C'était quoi ça Malefoy ?

Le blond fronça un peu les sourcils comme s'il ne comprenait pas où il voulait en venir. Le Gryffondor s'agaça :

— Avant qu'ils arrivent !

L'autre eut l'air de tomber des nues et exprima un naïf étonnement.

— Ah ? mais…

— Il n'y a pas de « mais » Malefoy. Je ne veux plus que ça se reproduise ! On a essayé ça n'a pas marché, fin de l'histoire c'est pas nous ça, on s'insulte avec cordialité. On ne se tripote pas, c'était une erreur de vouloir mélanger.

— Ça va Harry ? demanda Hermione en s'approchant l'air inquiet. C'était qui tout à l'heure ?

—Pardon ? On a essayé ?

Harry tourna les talons et voulut rejoindre Hermione mais le préfet ne l'entendit pas de cette oreille et lui attrapa le bras, le forçant à faire volte face.

— Hep là Potter ! On n'a pas fini notre discussion, reste ici !

Le Survivant se dégagea brusquement.

— Oh que si elle est finie, il n'y a rien à ajouter.

Et il se dirigea vers une pâtisserie avec Ron, Hermione et Seamus.

Blaise attrapa Draco qui se contrôla pour ne pas laisser transparaître sa douleur. Ce con de Potter devait le faire exprès, heureusement ça commençait à passer.

— Alors ?

— Je crois que ce crétin commence à réaliser et à paniquer…

Son ami lui attrapa les épaules et l'attira vers une façade hype et moderne.

— Viens, on va en discuter. Pans, Théo et Louise sont déjà là bas.


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Je dois dire que le diner fut agréable. Brett avait mis une robe du soir, noire, sans manches. Elle était très belle. Mike fit comme si rien ne s'était passé. je dus monter chercher Cohn. Il fut réservé et cérémonieux. Il avait encore les traits tirés et blêmes, mais il finit par se dérider. Il ne se lassait pas de regarder Brett. Il semblait en éprouver du bonheur. Il lui était probablement agréable, la voyant si charmante, de penser qu'il avait passé quelque temps avec elle et que tout le monde le savait. On ne pouvait pas lui enlever cela. Bill fut très amusant. Mike aussi. Ils étaient toujours très brillants quand ils étaient ensembles.

Cela me rappelait certains diners pendant la guerre. Beaucoup de vin, une tension ignorée, et la sensation que des choses inévitables allaient se produire. Sous l'influence du vin, je perdis ma sensation de dégout et me sentis heureux. Ils avaient tous l'air si gentils.

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15h45. Jean huilé noir, chaussures de cuir, manteau semblable au large col qui lui descendait mi-cuisses, Harry s'engagea dans le chemin qui menait à la propriété des Carrasco à quelques lieues. Il passa le panneau de bois qui indiquait la fin du village et se prit à soupirer à fendre l'âme.

Draco bordel, comme si tu m'avais déjà pas assez fait chier.
Le sentier avançait à flancs de coteaux et l'on voyait dans la vallée le voile gris de la pluie qui masquait les forets tristes et sombres. Un tonnerre grondait non loin, écho du carillon d'un clocher moldu. Il se concentra sur ses pas et avança doucement, il avait le temps. Son cœur battait plus vite que ne le nécessitait le léger effort. Il était paumé, pour la première fois depuis longtemps, il ne savait vraiment pas comment agir, et pire que tout, ça le faisait chier de ne pas savoir. Autant d'habitude il s'en battait les couilles et haussait les épaules s'il faisait le mauvais choix mais là… Ça l'emmerderait vraiment beaucoup de foirer son coup avec le Serpentard.

Ginny tant pis, il n'avait pas été très correct mais elle lui avait pardonné,

avec ses amis il fallait toujours être gentil et honnête, pas de problème.

Avec les connards il fallait être violent et se défouler.

Avec les filles faciles, et récemment les garçons, il essayait de s'amuser.

Avec Sirius il fallait obéir, montrer qu'on était intelligent et limiter les ennuis.

Voilà la liste préconçue d'Harry pour s'éviter un maximum de problèmes, une liste qui marchait assez bien, et puis sinon il improvisait.

Oh bien sûr qu'il trouverait comment s'en sortir, mais il fallait ralentir la machine qui commençait sérieusement à s'emballer. Le problème c'est que dès qu'il était pris par surprise comme tout à l'heure, sa raison se faisait la malle et il se retrouvait à devoir rattraper le coup après, par des phrases refroidissantes.

Bien sûr il voulait que ça ralentisse un peu, parce que sinon il paniquait mais à se montrer aussi dur, la fierté du blond lui dicterait peut être de l'abandonner. Et ça, oh non qu'il ne le voulait pas. Il fallait donc être ferme mais gentil, et progresser pas à pas.

En somme le contraire de ce qu'il faisait d'habitude.

Cette expérience nouvelle l'enivrait, c'était curieux comme il se voyait en une sorte d'introspection extérieure s'éveiller et sortir de ce mode de conduite automatique, pour s'effrayer comme un enfant devant l'importance des choses qu'il ne voulait pas gâcher.

Et pour une fois cet état d'esprit durait comme si c'était vraiment le printemps, l'éveil devenait conscience et non pulsion soudaine et rapidement soufflée.

Il se redressa et apprécia ce froid mordant. Souriant, il se remit en chemin, peut-être que pour la première fois en 18 ans, il commençait à sortir la tête de cette apathie du cœur et de l'élan. Il devait absolument protéger et veiller à nourrir cette petite flamme naissante.

Les cailloux roulaient sous ses pieds et assez loin il vit la haute silhouette sombre de la maison des Carrasco se dresser, fantomatique dans ce brouillard. Le seul obstacle qui s'élevait sur le flanc griffé de vent de la montagne était un arbre, quelques dizaines de mètres plus loin. Au bord du chemin rien, sinon les longues herbes mortes battues par les bourrasques et les pierres aiguisées qui trouaient des tâches de neige.

Il engloutit des goulées d'air chargées de nuées humides et essuya d'un revers de la main l'eau qui lui coulait le long des joues. Il plissa les yeux, une silhouette était sous l'arbre. Que pouvait bien faire quelqu'un en plein milieu de la montagne ? Le léger sifflement d'une berceuse sorcière vaguement entendue lui parvint aux oreilles aux détours d'une bourrasque et entre deux éclats de tonnerre. S'approchant tranquillement il devina une silhouette aux cheveux blonds assise dos à lui sur une chaise de camping. Un immense sourire conquérant vint se peindre sur les lèvres du Survivant, il passa ses doigts dans ses cheveux et annonça lorsqu'il fut à portée de voix ;

— Mal'foy Draco sous un arbre caché, sifflait en regardant l'orage…

Le blond se redressa lentement pas du tout surpris, comme s'il l'avait attendu précisément à ce moment là, plia sa petite chaise de camping et la retransforma en une pierre.

— Potter le métromane, ça je connais, fit-il. C'est La Fontaine.

Harry inclina la tête et lui offrit un regard reconnaissant de ne pas trop lui en vouloir pour l'algarade précédente.

— J'ai prévenu McGonagall, nous n'avions pas le droit de sortir du village tu sais ? Mais elle a fait une exception, Rogue pourtant viendra peut-être.

Il avait pris place près de lui et rejoignit la cadence de son pas comme si de rien n'était, avec toutefois cette petite retenue qu'Harry devina être symptôme de l'incertitude chez le blond.

— Merci, fit il en essayant de paraître le plus sincère possible. Ça évitera à Rogue de dire autre chose sur moi à Sirius déjà que je ne sais pas trop comment il va réagir…

— De toute façon ça n'était qu'un dérapage, il ne t'en voudra pas pour ça, si ? demanda Malefoy en posant ses questions comme l'on marche sur des œufs.

Il s'étonna alors de trouver un Harry tout à fait maître de lui qui le regarda bien en face avec un léger air gêné sur la figure. Le Gryffondor choisit ses mots avec soin,

— Je ne vais pas me mentir, tout ceci n'est pas… qu'un dérapage Draco. En tout cas je ne veux pas que ça le soit.

Il se forçait à garder ses yeux droits, ce qui l'embarrassait légèrement, mais les rougeurs sur ses joues pouvaient être attribuées au froid.

Le blond fronça poliment des sourcils, tout en masquant son angoisse de la terrible désillusion qu'il sentait poindre, sa voix se fit plus acide et son visage durcit.

— Ah je comprends Potter, tu as trouvé quelqu'un d'autre.

— Quoi ? Non, mais pas du tout !

Le blond se détendit et sortit les mains de ses poches.

— Je suis perdu.

— J'aimerais juste tu vois… y aller doucement, sinon je vais paniquer comme tout à l'heure et ça sera un carnage horrible et j'ai pas envie qu'on ne puisse plus se regarder.

— En somme tu as peur

— Malefoy, je suis un Gryffondor je ne peux pas avoir peur.

— Ça ne veut strictement rien dire. Regarde moi, je suis bien à Serpentard.

— La bonne blague ! Heureusement que tu y es ! Le Choixpeau disait « de vrais roublards »

— Et… ?

— Avec le nombre de manigances que tu as mises en place pour m'attirer à toi !

Et comme le blond affichait une mine outrée, Harry entreprit de le lui démontrer :

— Tu as fait cette histoire de pari pour que je vienne au bal avec toi, ensuite tu as fais en sorte qu'on se retrouve liés par cette histoire d'Hurlobombes et je suis presque sûr que tu as ensorcelé ma tortue pour pouvoir me repêcher.

— La maison de la mauvaise foi t'aurait accueilli avec joie Potty !

Ils rirent un peu puis firent les pas suivants en silence, Harry était soulagé d'avoir réussi à ne pas le vexer sans toutefois être vraiment sûr que le préfet accéderait à sa requête de ralentir un peu les choses entre eux. Le manoir était maintenant bien visible, noir et solide, construit en à-pic au bord de la falaise incurvée. Le vent s'était un peu calmé.

« Et alors ?

— Et alors quoi ?

— Mes manigances ont-elles portées leurs fruits ?

Harry haussa les épaules et détourna les yeux, fixant droit devant lui avec un sourire retors.

— Il faut se rendre à l'évidence…

Draco leva les yeux au ciel devant cette réponse inutilisable et lui fit négligemment un croc-en-jambe puis le rattrapa par le blouson avant qu'il ne s'écrase le nez dans la boue gelée.

— Oups excuse moi, je suis si distrait…

Harry lui mit une gifle puis dégaina sa baguette prestement.

— Moi aussi, je pourrais par exemple te lancer un Crache-Limace par inadvertance qu'en dis-tu ?

— J'en dis que ce serait dommage de donner un tel spectacle à nos hôtes, et que ton parrain n'en serait pas forcément très content, ricana le préfet en montrant quelques personnes agglutinées derrière une fenêtre du premier étage.

Harry fit un admirable sourire tout en écrasant du plus violemment qu'il put le pieds de son adversaire.

Quelques minutes plus tard, ils étaient dans l'un des immenses salons de la « maison de campagne » qui possédait quatre étages et pas moins d'une cinquantaine de chambres. Débarrassés par un elfe local, ils déambulaient parmi les convives de cette charmante frairie tout en observant autour d'eux, un verre de champagne maté dans la main.

La pierre du château était très noire mais les centaines de candélabres et la décoration chaleureuse illuminaient un peu l'atmosphère qui, sans cela, aurait fort bien pu ressembler à un décor de films glauques SM. Le tout était sans aucun doute fait pour en jeter plein la vue en étalant l'opulence des propriétaires du lieu.

— J'ai toujours trouvé que les nouveaux riches avaient un goût effroyable… lâcha Draco avec mépris en regardant des membres du gratin sud-américain arborer comme des paons des fleuves de diamants.

— Mais comment font-ils pour vivre dans ce taudis… renchérit Harry en s'arrêtant près d'un fauteuil d'or massif.

Le Serpentard le regarda avec une lueur qu'il jugea carnivore avant de dire en se mordillant la lèvre :

— C'est curieux Potter comme tu agis parfaitement à ton aise, moi qui croyais que la société était ta phobie…

Ils glissèrent sur le parquet en bois de braise, une attitude hautaine et altière peinte sur le visage parmi tous ces nobliauds qui gloussaient autour des montagnes de bouffe.

— Ça l'était, mais j'ai fais des efforts. Quant à considérer cette bande de débiles comme de la société j'en doute. Essayons de faire vite je t'en prie, je n'ai absolument pas envie de me les farcir plus que nécessaire. Je vais essayer de tâter le terrain pour cette histoire d'alliance internationale sorcière et puis c'est mare.

Ils se dirigèrent dans un petit salon,

— Monsieur Malefoy ! Enchanté !

C'était Jimmy Fairwell avec sa femme, tous deux maigres à faire peur et détestablement gris dans cette overdose colorée de robes et de costumes bigarrés.

Le Serpentard se pencha et serra la main de l'homme puis fit un baisemain à la dame tout en essayant d'effleurer le moins possible la peau tachée de vérole de ses lèvres sous le regard ravi d'Harry qui se contenta de leur faire un petit signe de tête, n'ayant pas eu loisir de les rencontrer en personne auparavant. Il connaissait simplement certaines anecdotes de leur histoire qui ne leur valaient pas sa sympathie. Il se retint par courtoisie de plisser le nez car les deux dégageaient une odeur pestilentielle, et se demanda comment la ministre avait fait ses invitations. Mais elle n'avait pas du mettre son carnet d'adresses à jour depuis la déchéance de cette anciennement très noble famille. Draco, dont le Survivant fut forcé de remarquer la classe, se mit à converser avec eux comme s'il s'agissait du couple le plus prestigieux du monde sorcier et qu'il les portait dans son cœur – ce qui était certainement plutôt l'inverse.

Harry qui les écoutait patiemment, profita de la distraction occasionnée par l'arrivée d'un elfe de maison chargé de viande juteuse pour glisser à l'oreille du blond.

— Dis moi, ce serait pas ces deux là que ton père a mis sur la paille tout en s'en collant plein les fouilles lors de cette affaire à Glasgow l'an dernier ?

Draco eut un sourire angélique en regardant les deux affamés se goinfrer et répondit par l'affirmative d'un battement de paupières.

« Et ils ne t'ont toujours pas assassiné ? »

— Ils ne savent rien, murmura le blond quasi inaudible, et quand je t'expliquerai ce qu'ils faisaient de leur fric tu songeras moins à te prendre pour leur chevalier servant.

Il se tut prudemment préférant ne pas s'engager sur ce chemin glissant. Les Fairwell étaient aujourd'hui à la rue, mais les opinions se déchaînaient toujours pour trancher le bon du mauvais au sujet de leurs anciennes transactions interlopes. Malefoy, disert comme de coutume, clôtura la discussion avec grâce et ils retournèrent se promener. Le Gryffondor les amena près du buffet et il attrapa des petits choux à la crème couverts de caramel brillant.

— Consternant Potter, ça fait moins d'une heure que tu t'es empiffré dans la pâtisserie avec tes amis gloutons et tu manges encore. L'embonpoint te guette.

— Tu es pourtant bien placé pour savoir que non mon ami, fit le brun avec un clin d'œil avenant avant de mordre dans le chou.

Draco écarquilla ses yeux de stupéfaction

— Potter à moins d'être d'une redoutable surdité il m'avait semblé clair que tu souhaitais ralentir, cette attitude est contradictoire avec tes dires précédentes.

— Mmm… Tu parles toujours d'une manière si désuète lorsque tu es excité ? remarqua Harry en se léchant les doigts.

— Non, puisqu'en général quand je suis excité je n'ai pas en face de moi une pucelle effarouchée !

Ils interrompirent leur diatribe pour observer une grosse dame en parures de soie vomir dans un pot de fleur cristallin.

« Pire que les soudards du bourg, ils ont plus d'alcool que de sang dans le corps. »

— Quand je parlais de frein c'était plus pour toi que pour moi béotien, j'espère que tu auras saisi la nuance.

— Donc tu vas m'aguicher comme une ribaude tandis que moi, tintin, je suis l'anachorète pénitent !

D'un œil un peu inquiet, le Survivant observait depuis le début l'atmosphère de la pièce se dégrader notablement tandis que les convives se vautraient inéluctablement toujours plus dans l'alcool et la débauche. Les murs rouge et noir dépourvus de fenêtres et qui réverbéraient les sons, contribuaient à la touffeur abrutissante du lieu. Il faisait chaud, moite, des senteurs empyreumatiques s'échappaient des nourritures grasses lâchées dans le feu central et faisaient tourner la tête. Par ailleurs le champagne maté redonnait de la vigueur en assourdissant la raison. Le Gryffondor tira son ennemi hors de la pièce devinant que celle ci se transformerait bientôt en cloaque du stupre, et peu désireux de prendre part à l'orgie future.

Ils débaroulèrent dans le couloir en essayant d'échapper à une matrone callipyge et saoule et respirèrent l'air moins vicié en s'appuyant contre une colonne.

— Bordel de merde ! Souffla Harry en se passant une main sur le front. Mais où est-ce qu'on est tombés ?

Il sentit tout contre son oreille un souffle rauque et Malefoy demanda :

— C'est sûr sûr cette histoire qu'il faut pas aller trop vite ? Parce qu'ici c'est sombre et ce champagne m'a transformé en flamme sexuelle.

Harry fit un bond en entendant ça et regarda son ennemi qui avait un peu rosi et tirait sur sa cravate.

— J'avoue que c'est tentant mais j'ai des informations politiques à aller tirer à une bourgeoise donc tu vas plutôt boire ça, fit Harry en tentant de ne pas prêter attention au Serpentard qui se trémoussait le long de la colonne de marbre.

Il déboucha la fiole que lui avait tendue Hermione le matin même et força le blond à en avaler le restant. La vision du préfet sembla s'éclaircir et il se tint coi tandis qu'Harry lui resserrait sa cravate.

Il appela un petit elfe qui semblait désœuvré et traumatisé dans le foutoir ambiant et lui demanda où il pouvait trouver Monsieur, et surtout Madame Carrasco. Bobby l'enfant elfe leur indiqua de le suivre et il trottina le long d'escaliers lugubres et un peu suintants où, loin des bruits de la fête, les sifflements du vent d'hiver se faisaient entendre.

Arrivés devant une immense porte de chêne noir, le petit elfe s'apprêtait à les faire entrer, quand un plus grand elfe, peut être sa mère – mais deviner les liens de parentés chez les elfes de maison n'était pas chose aisée car en effet rien ne ressemblait plus à un elfe de maison qu'un autre elfe de maison – arriva en catastrophe et manqua de se prendre les pieds dans le tapis en retenant fermement la porte de ses petit doigts verts.

— Tu es fou Bobby, la maîtresse nous a interdit de faire rentrer des autres maîtres ici, tu te souviens ? Il faut aller lui demander la permission.

Et Bobby se mit à pleurer tirant une grimace à Draco qui haïssait du plus profond de son cœur tout ce qui était du genre enfantin.

— Bon écoute elfe, je veux aller voir ton maître et mon copain veut aller voir ta maîtresse. Donc tu te démerdes pour m'obtenir fissa une entrevue où je veillerai à ce que ce soit toi que tes amis cuisinent pour nourrir les porcs qui tiennent lieu d'invités, compris ?

Bobby repartit de plus belle et l'elfe partit en courant avant de se volatiliser.

« Et toi disparais, tu m'agaces ! » Un pop, et Bobby n'était plus.

— Si Hermione t'entendait, je suis sûr qu'elle réussirait à te traîner en cour martiale.

Ils continuèrent à se chamailler jusqu'à ce que la grande elfe reparaisse et leur fasse avec un sourire demi lune,

— Ma maîtresse vous attend, laissez-moi vous y conduire.

— Tu vois, c'était pas la peine de nous faire poireauter comme des cons !

Et ils passèrent derrière le lourd battant. C'était beaucoup plus calme ensuite. Au premier étage les gens qui baguenaudaient le faisaient avec retenue et classe, et un très léger brouhaha s'éparpillait, mais il était plus formé de diverses conversations subtiles que de rires gras et égrillards comme en bas.

« Pop »

— Mais c'est pas vrai, où est-ce qu'elle est partie celle-là encore ?

— Je suppute que nous dussions trouver nous même les hôtes de ces lieux.

— Potter si tu n'arrêtes pas immédiatement, je te retourne et je te prends sur ce buffet avec ou sans ton consentement.

— Fais ça et je t'enfonce cette chandelle dans le cul.

Draco eut un rire clair qui désarçonna le brun.

— Tu serais surpris…

Et Harry se dit que vraiment il fallait qu'il se contrôle, car laisser ses émotions l'empourprer finirait à coup sûr par le laisser cramoisi pour l'éternité. Il avait l'impression, lorsqu'il était avec ce satané blond, de se balader avec des tisons enflammés dans les joues. Mais sérieusement ça, ça pouvait rentrer dans… non ! certainement pas, enfin pas chez lui du moins. Le Serpentard souriait en le regardant s'interroger la tête penchée devant l'objet oblong.

— Ne t'inquiète pas va, chaque chose en son temps. Allons trouver les Carrasco.

Ils n'eurent pas à chercher bien longtemps puisqu'au détour d'une pièce, la petite femme replète, toujours aussi maquillée mais moins habillée, discutait avec quelques autres personnes distinguées. Les deux élèves se firent un petit signe de tête avant de se séparer et Harry rejoignit le groupe où la ministre parlait.

— Bonjour madame, assise sur l'accoudoir en cuir craquelé d'un énorme canapé elle lui fit un gentil sourire et l'introduisit auprès des personnes du groupe. Il y en avait là deux dont le visage lui était familier pour les avoir croisés à de nombreuses reprises lors de dîners mondains à Londres.

— Vous sortez maintenant sans votre aimable parrain monsieur Potter ?

— Oh, il se trouve que ma rencontre avec madame Carrasco est tout à fait fortuite, je suis en France dans un cadre… scolaire, finit-il en hésitant à lâcher cette information qui faisait un peu enfantine.

Mais Dwight ne parut s'en formaliser et il se mit à l'entretenir de choses et d'autres en rapport avec les affaires de Sirius au Département International de la Magie.


Extraits : Le soleil se lève aussi : Ernest Hemingway.