Chapitre 23 : Où l'on croit subir des conséquences en se fourvoyant de causes
- What type of dog is it ?
- It is a tortoise
- Is this a cat in a hat ?
- No… it's a tortoise in a shell.
— Holà manants ! Y a-t-il un dénommé Harry Potter parmi vous ?
Le Survivant se leva avec paresse et s'approcha de Benedict avec un sourire aguicheur tout en passant sa main dans ses cheveux. On avait annoncé Sirius en Cheminette et il était, bien évidemment, appelé. Le délégué en chef eut une petite mimique entre deux eaux et Draco héla à travers la salle sans prendre garde aux dizaines de personnes qui pouvaient le voir. Il fit un signe très sérieux comme quoi il le surveillait mais le Sauveur fit semblant de l'ignorer et suivit Benedict en se collant à lui par défi. Une fois sorti de la salle commune, le Français s'écarta afin de restaurer une distance réglementaire et demanda :
— Tu essaies de faire rager ton petit ami avec moi ? C'est très flatteur.
— Ouh là mon brave n'allez pas si vite en besogne ! Dites simplement Draco, pour lui ça suffira amplement.
— Vous êtes amusants vous, vos échanges de regards sont pareils à des mains(doigts) d'orfèvres sur un joyau fragile. Voilà, c'est ici.
— Merci pour votre analyse pointilleuse Ben !
Et le Survivant passa la porte, on entendait déjà dans l'espèce d'anti chambre le grésillement caractéristique du feu de Cheminette. Il poussa le panneau de bois avec appréhension se demandant de quoi son parrain était au courant et qu'est ce qu'il ignorait encore. Il devait à tout prix éviter la bévue. Le grand battant se referma et ses pas cessèrent de résonner lorsqu'il avança prudemment sur le tapis écarlate aux motifs médiévaux, loin de la modernité globale de Beauxbâtons. Un fauteuil ouvragé se tenait seul, bien en face de la cheminée de sorte qu'en cas de confrontations il n'avait aucun endroit où se réfugier pour éviter la colère de son interlocuteur.
Sirius était déjà là et malheur ! Il le toisait d'ores avec cet air furieux qui se teintait d'une supériorité hautaine et inaccoutumée chez l'héritier des Black.
Le Survivant, faisant un appel aux cieux pour essuyer la foudre qu'il sentait poindre sans trop de dégâts, attendit poliment debout, droit comme un piquet. Quand il était en colère Sirius se transformait en véritable baronne de Rothschild, à cheval sur la moindre des convenances. Son parrain le toisa avant de lui demander-ordonner de s'asseoir d'un ton cinglant. Une nouvelle invention dans le Secteur de la Recherche en Communication avait permis de rendre l'image en couleur au lieu de l'habituel verdâtre, et le grand homme en paraissait d'autant plus effrayant, épargné de la couleur ridicule.
Harry sentait son palpitant s'affoler en même temps que ses oreilles bourdonner, il aimait beaucoup Sirius malgré sa sévérité occasionnelle et souhaitait plus que tout que son parrain continue de le garder auprès de lui.
Il était sa seule famille et pour la première fois depuis longtemps il se sentait chez lui dans le nouveau manoir. Il n'abandonnerait cette sensation pour rien au monde mais l'autre avait l'air drôlement énervé, allait-il se faire jeter dehors comme un malpropre ? Tout ça rien que pour un petit flirt, vraiment il le savait que ça n'avait pas été une bonne idée.
— As-tu la moindre idée de combien j'ai paru ridicule à la réunion ministérielle Harry ? attaqua l'employé ministériel.
Le brun sentit les larmes lui chauffer les yeux mais les retint par une invocation muette, il ne s'abaisserait jamais à ça devant un homme qu'il admirait autant. Il avait essayé drôlement dur de se faire admirer aussi et croyait y être parvenu, mais certainement que maintenant toute chance d'apercevoir à nouveau de la fierté dans les yeux noirs était perdue.
— Heureusement que Lucius était là, la honte a été partagée ! Nous avons été la risée du conseil !
Harry se prit la tête dans les mains sans oser regarder le grand homme en noir, terrassé par l'outrage qu'il lui avait involontairement fait subir.
— Non mais tu peux me dire ce qui vous est passé par la tête ? Vous auriez au moins pu nous avertir avant que tout le monde soit au courant ! Même la Gazette en a fait ses gros titres ! ET NOM DE DIEU REGARDE MOI QUAND JE TE PARLE HARRY !
Vaincu, le Sauveur releva des prunelles larmoyantes et balbutia de pitoyables excuses. Si la Gazette en parlait alors c'était fichu, comment laver l'affront ?
— Je rêve ! poursuivit son parrain dans sa diatribe, en bougeant les bras et en concurrençant Rogue dans la dramaturgie pathétique.
Ses cheveux longs et son visage d'habitude altier, qui lui attiraient des soupirantes par dizaines le rendaient cependant dans la colère mille fois plus effrayant que le professeur. « Et puis ce n'est pas comme si vous étiez n'importe qui hein ? Non ! Le Survivant héritier des Potter et des Black, et l'héritier Malefoy de la plus grande fortune du pays ! Ça aura fait les choux gras de la presse, bravo ! Mais il faut que tu grandisses un peu maintenant, cesse de t'amuser comme un gamin ! Pense plus loin que le bout de ton nez ! Pense à notre réputation !
Harry lui affirma mille fois que oui, il ne le referait plus jamais, qu'il l'avertirait de ses moindres faits et gestes à l'avenir.
— Bien ! claqua Black de sa voix caverneuse. Heureusement que tu ne t'en es pas trop mal sorti tout seul, j'attends demain un compte rendu précis de tout ce qu'il s'est passé entre vous, et de la moindre de vos discussions !
Harry hocha piteusement la tête tout en se demandant si son parrain voulait vraiment tous les détails de la nuit du bal au risque de faire une attaque. Un grand silence s'établit dans la pièce tandis qu'il gardait les yeux humblement baissés sur les pierres de l'âtre en attendant avec effroi une possible sentence. Il sentait peser sur sa nuque courbée le froid glacial du regard sévère. Puis Sirius toussota et soudain, un géant invisible souffla l'orage qui sévissait dans l'esprit du descendant Black. Ce dernier reprit une voix affable et nonchalante, toute chaleureuse, celle qui faisait chavirer le cœur des femmes, et convainquait avec brio les esprits les plus réfractaires.
— Dis moi Harry…
Et Harry, interloqué, crut déceler en lui une lueur d'amusement. « J'espère que tu t'es souvenu de tes cours de danse, je gage que Lucius soit du genre tatillon sur ce genre de distinctions. »
— Mais Parrain… chevrota le plus jeune en ouvrant des yeux de poisson et une bouche toute ronde.
Il était perdu et son cerveau tournait à cent à l'heure dans l'espoir de comprendre quelque chose à ce revirement incompréhensible de situation. Sirius, se méprenant sur la raison du visage hagard, esquissa un sourire narquois mais gentil :
— Eh oui, ce brave Severus m'a tout raconté.
Harry se pinça l'arrête du nez lorsqu'au bout de deux minutes – obligeamment octroyées par son oncle pour se remettre de ses émotions – il finit par comprendre.
— Parrain, tout à l'heure vous parliez d'Arden Carrasco, c'est bien ça ?
— Harry, souhaites-tu revenir sur le sujet et ainsi te faire punir malgré mon immense mansuétude à cet égard ?
Le Sauveur secoua avec précipitation la tête tout en se retenant pour ne pas rire de soulagement. Sirius était simplement vexé de ne pas avoir été mis au courant de la rencontre avec l'Argentine. Il réserva son éclat de joie pour plus tard avant de se rappeler que, de fait, le véritable sujet délicat était abordé maintenant. De bonne grâce, il laissa ses joues se colorer de rouge et tritura un peu ses lunettes, accrochées à la poche de sa chemise.
— Tu… ne le prends pas mal ? Demanda-t-il prudemment en re-adoptant le traditionnel tutoiement de bonne entente.
Sirius rit et sembla se renverser sur sa chaise en rejetant ses cheveux en arrière. La fin de la trentaine avait à peine entamé la jeunesse gracieuse de ses traits.
— Pourquoi le devrais-je ? Tu t'amuses et de ce que j'en ai pu voir, le fils Malefoy n'est pas des plus désagréables…
Harry retint un vigoureux hochement de tête en se souvenant rapidement du corps parfait allongé près de lui la nuit du bal. « Mais tu ne m'en avais jamais parlé… »
— Euh… C'est que c'est très récent… ânonna le brun en se faisant la réflexion que rarement scène n'avait été plus embarrassante. Pour autant son parrain semblait vouloir l'embêter un peu et continua sans ambages la discussion.
— Ah oui, et pourtant vous allez quand même au bal ensemble ? Ça me semble assez officiel.
— Oh la nononon ! Tu te fourvoies, c'est parce que j'ai perdu un pari et du coup j'ai du y aller avec lui, nous ne sommes pas du tout ensemble ! Essaya-t-il sans grand succès.
— Ah… fit Sirius en faisant la moue comme un enfant déçu. Donc il n'y a rien entre vous ?
Le Gryffondor prit son courage à deux mains et tenta d'expliquer une situation que lui même ne comprenait déjà pas à moitié.
— C'est pas vraiment ça, bon… fit-il en décidant de passer sous silence quelques détails (détails s'appelant clairement Lyam et Seamus). On s'est juste euhm… embrassé.
Et il faillit tuer son parrain qui haussa les sourcils avec un air surpris et amusé. « Et donc comme c'est la première fois avec euh un… garçon bah j'ai… j'ai… »
— Tu as peur Harry , compléta facilement l'homme.
Après tout, avec le nombre de conquêtes qu'alignait l'ancien Gryffondor, il pouvait bien lui raconter, et il récolterait peut-être quelques conseils même si le domaine de compétence de Sirius s'étageait exclusivement du côté féminin. Il inclina un peu la tête pour assentir sans avouer et l'homme sourit.
— Et lui, tu sais s'il l'a déjà fait avec des garçons ?
— Oui oui, et plein de fois même. Tu vas trouver ça bizarre mais ça m'intimide un peu, j'ai pas envie de foirer tu vois.
Le descendant Black eut une grimace qui n'augurait rien de bon et Harry commençait à s'affoler quand des pas retentirent dans le couloir, la grande porte s'ouvrit à la volée et le Sauveur eut peine à reconnaître celui qui entrait.
— P…Professeur Rogue, mais comment êtes-vous…
Avec ses habituelles robes ébène, ses cheveux encadrant de trop près un visage blasé et graisseux on oubliait très facilement que le directeur de Serpentard n'avait que trente-six ans. Mais pour la première fois à sa connaissance, Rogue avait aujourd'hui une chemise blanche retroussée et rentrée dans un pantalon de costard noir, le teint net et les cheveux attachés en un catogan soigné.
— Ah Sev' j'ai presque fini, tu peux attendre deux petites secondes s'il-te-plaît ? demanda Sirius sous le regard d'un Harry ébaubi qui avait subi beaucoup d'émotions aujourd'hui.
Le professeur d'ordinaire si guindé leva une main tranquille et ressortit sur un… UN CLIN D'ŒIL ? Lorsque la porte se fut refermée le Gryffondor s'exclama :
— Mais… mais Sirius enfin tu as vu ? Comment il était habillé ?
Et dans la Cheminette, l'homme se contenta de rire un peu en haussant les épaules.
— Oui évidemment je ne suis pas encore aveugle, Harry. Tu me disais donc que Malefoy était en quelque sorte plus expérimenté que toi dans le domaine et que ça t'effraie un peu…
Mais le brun faisait des allers retours de tête entre la porte et la cheminée pour chercher confirmation que ça n'avait été qu'un mirage, une hallucination passagère.
— Mais enfin parrain vous l'avez VU ! C'étaient des habits moldus et il vous a fait un clin d'œil !
Sirius, un peu lassé, souffla puis tendit le bras pour claquer des doigts devant le nez de Harry afin de l'aider à se reconcentrer.
— S'il-te-plaît, ne t'affole pas comme une pucelle Harry et arrête de bouger, finissons-en avec ton problème.
— Oui.
Harry se pencha en avant tout ouïe.
— Tu devrais lui poser quelques questions pour éclaircir votre cas à mon avis – et là il prit un air grave et inquiétant – sinon ce pourrait être douloureux pour toi une telle situation. Surtout vu que tu n'as pas beaucoup d'expérience dans ce genre de relation, il pourrait involontairement te faire souffrir. Souviens toi d'une chose Harry, lubrice trepidum.
— Mais je… fit Harry complètement paumé.
— Laisse moi maintenant, je dois parler à Severus d'une affaire importante. Ne sois pas trop imprudent mais amuse toi bien. Et n'oublie pas la lettre de compte rendu surtout !
Le Survivant n'insista pas, trop perturbé pour continuer plus longtemps alors que son parrain avait visiblement hâte de s'entretenir avec l'ancien Serpentard. Il s'inclina poliment, avant de repasser par la porte et de croiser son maître des potions sans pouvoir se retenir de le détailler longuement. L'homme d'ordinaire tout de noir vêtu lui adressa un grognement et puis, sans plus de formalités d'usage disparut pour une conversation si inattendue, que Potter hésita de longues minutes pour savoir s'il devait oui ou non les espionner afin d'en connaître la teneur. Finalement, il décida de faire la position de l'autruche et de ne pas risquer plus grand traumatisme pour la journée déjà forte en émotions.
Une fois sorti de l'antichambre, il tâtonna instinctivement dans ses poches, à cause de cette mauvaise habitude qu'il avait prise depuis quelques mois de fumer sous le coup du stress ou de l'émotion. La forme rectangulaire du paquet le rasséréna et il sortit une cigarette avant de se couler dans l'ombre d'une Diane de marbre pour échapper au regard inquisiteur des fantômes gaulois. Seul dans les couloirs déserts, il poussa au hasard quelques portes et traversa quelques murs avant de tomber sur un balcon extérieur, protégé des intempéries par un joli bas relief ouvragé dans la pierre beige. À cette époque de l'année, la nuit tombait bien tôt et le mauvais temps n'arrangeait rien à l'affaire. Il faisait noir comme suie lorsqu'il alluma d'une pensée le bout du mince tube de tabac. La braise orangée crépita très légèrement dans le silence qui avait succédé aux mugissements terribles de la journée et il appuya les coudes sur la rambarde métallique. Petit à petit, ses idées retombèrent au calme et s'aplanirent pour lui laisser le loisir du discernement. Il redonna à chaque acte passé l'importance juste et méritée, et sentit son pouls ralentir un peu. C'est vrai qu'il n'avait pas été très correct, sachant les efforts que Sirius avait déployés pour la cohésion internationale, d'aller rendre cette petite visite de courtoisie à madame Carrasco sans même essayer de le consulter pour tirer le meilleur parti possible de cette opportunité. Enfin, il ne pouvait nier avoir tout de même fait une très forte impression sur la femme qui était tombée sous le charme, l'écoutant très attentivement en échangeant de discrets coups d'œil approbateurs avec son fidèle conseiller – qui était aussi son frère jumeau – Andre Carrasco. Avisant une table et deux chaises d'extérieur, il s'assit et invoqua plume, encrier et parchemin. Il valait mieux ne pas trop tarder sous peine d'oublier des détails.
— What's in California?
— Pearl Harbor is there. So is Texas.
Cher Parrain, voici comme tu me l'as demandé le compte rendu exact de mon rendez vous avec Lady Arden Carrasco. J'espère avoir fait honneur à tes méthodes et te prie à nouveau de bien vouloir m'excuser pour cet oubli involontaire mais très regrettable.
Tout d'abord, il me tenait à cœur de connaître par sa bouche la teneur des problèmes économiques et sécuritaires de son pays, dont trop de gens parlent à tort et à travers. L'aperçu même rapide de l'opulence dans laquelle vivent ces gens dément tout à fait les rumeurs selon lesquelles les sorciers d'Amérique du Sud auraient à souffrir de la pauvreté, et les propos de Lady Arden elle-même l'ont corroboré. Il convient cependant de replacer la situation des vingt-et-un mille huit cent trente-quatre sorciers recensés dans le pays, dans la situation générale des Moldus qui, eux, souffrent de disparités énormes. La communauté sorcière argentine tire beaucoup d'avantages de ses capacités magiques au détriment quasi systématique de ces Moldus.
J'ose avancer, sans trop de risques, que Lady Arden, sans glorifier bruyamment ce système, ne s'y oppose toutefois pas, et qu'elle masque ses ambitions pour la caste magique sous un vernis de bonnes convenances que ses compatriotes moins éduqués ne prennent même pas la peine de simuler. Peut-être trouveras-tu mon jugement un peu à l'emporte-pièce mais tu seras content de savoir que Leon Dwight le partageait en partie, étant aimablement resté avec moi pour mener plus adroitement la conversation que je n'eusse su le faire seul. Étaient admises en quelque sorte à discuter avec Madame la Ministre quelques personnalités d'intérêt politique, tandis que le gros du gratin, de l'illustre famille inconnue à la starlette de gloire éphémère, se vautraient à l'écart dans un abominable vomissement de luxe que je garde en anecdote pour l'heure où nous nous parlerons de vive voix.
John Asherby de Suisse était là aussi lors de notre discussion mais, hélas, toujours aussi réservé. Il n'a pas émis le moindre avis constructif durant toute la longueur de l'entrevue ce qui je crois, a un peu agacé Leon, mais excuse-moi, je m'égare. Venons-en au plus important.
Tu n'es pas sans savoir que la Ministre a un frère jumeau, Andre Carrasco. Il lui est fort dissemblable, sombre et discret, mais est intervenu quasi systématiquement lorsque la conversation prenait des tournures précises, supplantant même sa sœur lorsque nous avons abordé la question sécuritaire. Selon moi c'est une sorte de tête pensante qui laisse le devant de la scène à Lady Arden, cette dernière passant mieux d'un point de vue communication.
C'est donc Andre qui m'a appris qu'on dénombrait plus d'une centaine d'anciens lieutenants de Voldemort dans leur pays, dont la moitié au moins a reçu une condamnation pour agression sur Moldus dans l'année en cours. Leurs écoles d'Aurors sont boudées à cause des risques et des dangers, il nous a avoué que sur soixante dix envoyés en mission depuis deux ans, vingt avaient péri ou disparu ,ce qui est une vraie hécatombe sachant qu'ils sont au total un peu moins de cent cinquante. Les effectifs pour l'année suivante sont asthmatiques puisqu'un tiers des places à peine sont remplies. Ceci engendre une absence de sélectivité dont on peut déduire sans mal les répercussions sur le niveau professionnel de ces futurs Aurors.
Sans tirer de conclusions hâtives, je dirais qu'aller jeter un coup d'œil dans leurs comptes et peut-être envoyer un espion ou deux ne serait pas superflu, et avant que tu ne m'accuses de fougue juvénile, je m'explique. Connaissant de par l'Ordre, les rouages de la sécurité magique, j'interrogeais donc Lady Arden, sur la répartition des différents effectifs en fonction des secteurs, et je t'assure parrain que malgré toute la subtilité que j'ai essayé d'y mettre, et en plus de l'aide de Leon Dwight, je n'ai réussi qu'à lui faire dire « Nos autorités sont là pour protéger la communauté sorcière, les Moldus ont leur propre sécurité dont nous ne nous mêlons pas ». Phrase éloquente quant à son état d'esprit mais, je te l'accorde, peu fournie en renseignements pratiques. Chose étrange, son frère, qui s'était détourné pour parler avec un inconnu, est revenu aussi sec dans la conversation en lui lançant un regard courroucé qui la fit taire aussitôt. S'ensuivit une discussion laborieuse dont les grandes lignes dessinaient une pauvreté du service public liée au peu de sorciers résidant sur le territoire.
Ici, ce devient trop compliqué et je préfère ne pas risquer d'approximations en tentant d'expliquer des choses auxquelles je n'ai rien compris, sinon que leur logique paraissait douteuse même pour Dwight, bien plus au fait de l'économie que moi. La discussion fut de toute manière close assez rapidement car Draco et moi ne devions trop tarder à rentrer et beaucoup attendaient leur tour pour une entrevue ministérielle.
J'ai tout de même essayé d'avoir un autre son de cloche sur cette histoire et en discutant avec Draco sur le chemin du retour, il m'apprit que récemment encore, son père avait prêté d'énormes sommes d'argent à l'Argentine sorcière et que Ezéquiel Carrasco avait prétexté justement en avoir besoin pour le département défense. Je n'en sais pas plus et espère que ces quelques indications t'aideront à savoir sur quel pied danser avec ces personnes troubles.
N'hésite pas à me demander s'il y a quoi que ce soit que je puisse faire sur cette affaire, j'y porte beaucoup d'intérêt et m'y appliquerai.
À bientôt,
Harry.
PS : J'avais déjà parlé à Leon Dwight que je trouve très vif et agréable mais il me vient à l'esprit que peut être toi tu ne le connais pas bien. Pour la première fois, je me permets de te recommander quelqu'un. Cet homme connaît énormément de choses sur les Argentins et je suis persuadé que tu le trouveras bien sous tous rapports. Je te joins donc ses coordonnées en espérant ne pas me tromper sur sa personne.
citations : Borat (film)
