Chapitre 24 : Trois petits tours et puis s'en vont.

Dean Martin : Volare


Mais d'abord il vous faut apprendre ce qu'était la nature de l'être humain et ce qui lui est arrivé.(...)Premièrement, il y avait trois catégories d'humains et non pas deux comme maintenant, à savoir le mâle et la femelle(...) en ce temps là en effet il y avait l'androgyne, un genre distinct qui, pour le nom comme pour la forme, faisait la synthèse des deux autres, le mâle et la femelle. Aujourd'hui cette catégorie n'existe plus, et il n'en reste qu'un nom tenu pour infamant.


Harry relut la lettre attentivement et la scella de son sceau personnel. Il avait pour cela une épaisse bague en argent au capiton gravé d'un entrelacs des armoiries Black avec un cerf. Le bijou était un présent de Dumbledore pour son dix-huitième anniversaire. En plus d'un prestige suranné, le sceau rendait toute lettre sur laquelle il était apposé illisible pour quiconque à part le destinataire. On trouvait plus futile comme cadeau.

Après un détour rapide par la volière, où il choisit volontairement un hibou hirsute et discret, il rentra en essayant de s'y retrouver dans ces murs qu'il soupçonnait de bouger pour mieux le perdre. Enfin, il tomba quelqu'un qui lisait, assis sur un nuage flottant et se fit apprendre que tous étaient réunis dans la grande salle Salicacae, nommée plus couramment, Salix.

— Quoi, encore une réunion du cercle des poètes machin truc ? s'excita-t-il.

— Non, un jeu de la bouteille, répondit le jeune homme sans lever les yeux d'un exemplaire des Confessions datant de 1900.

Harry remercia et se dirigea vers la salle commune de l'aile Est, celle où tous allaient le plus souvent, lumineuse et spacieuse, au sol d'une moquette blanc cassé. Lorsqu'il passa la porte, le Survivant eut la surprise de découvrir une ambiance estivale, légèrement tamisée de bleus où des corps s'enchevêtraient si bien qu'on n'en distinguait plus l'appartenance.

Les élèves faisaient un jeu de la bouteille à quarante dans la pièce et ceux qui ne jouaient pas s'embrassaient aussi, mais de manière plus personnelle sur des coussins, en s'interrompant quelques fois pour suivre les aléas buccaux qui se dessinaient selon le bon vouloir du récipient de verre.

Se débarrassant de sa veste pour ne plus demeurer qu'en t-shirt noir, Harry posa une main sur l'épaule du blond qui, languide, observait la scène d'un air désabusé.

— Tu ne participes pas j'espère… murmura-t-il dans son oreille d'une voix grave qui fit frissonner le Serpentard.

Ce dernier s'allongea, en appui sur son coude et renversa la gorge, s'exposant aux yeux d'émeraude, brillants.

— Non, je t'attendais.

Il lui envoya ce sourire en coin qui réussissait presque toujours à tordre le blond et s'assit à côté de lui avec un regard perçant et stoïque à la Delon.

— J'ai du m'éclipser, tu n'as plus mal ?

Et Draco sourit en secouant la tête, visiblement sous le charme. Il pouvait être drôlement réceptif quand il n'était pas stressé, pensa Harry avant de lui vriller les prunelles en s'approchant dangereusement près.

— J'ai besoin de te parler deux minutes, tu viens ?

Ils s'écartèrent du cercle agité et Draco sentit ses instincts reprendre le dessus, cet idiot de Potter portait des t-shirts moulants et l'on devinait sans peine les pointes de chair frémissantes sous la si fine pellicule du tissu

— Arrête de me dévorer des yeux, c'est gênant. Je voulais t'avertir que je suis allé parler à Sirius à l'instant, il était furieux et apparemment ton père l'est aussi. »

Il vit une lueur de panique dans les yeux gris et posa aussitôt une main sur le bras de son ennemi.

— Il sait ?

— Sirius oui, Rogue a cafté. En revanche, ton père je l'ignore, répondit Harry en tentant de ne pas se laisser émouvoir par la voix angoissée. Mais je parlais surtout des Carrasco. Au conseil, quelqu'un le leur a appris avant nous et j'ai essuyé un sacré savon. Ils ont été la risée m'a-t-il rapporté.

— Mais alors qu'a-t-il dit pour…

— Pour nous ? Justement, je voulais t'en parler, fit Harry d'un air tout gêné, en se disant que c'était la seule chance d'éclaircir les propos sibyllins de son parrain.

— Je te préviens, s'il veut qu'on arrête je te viole immédiatement parce que je patiente pas comme un con pour me retrouver la queue entre les jambes, alors que j'aurais pu me faire une brochette de Français.

— Poli et délicat, comme son illustre nom le laissait présager, commenta le Gryffondor. Non, il m'a dit d'éclaircir notre situation et de bien me souvenir de quelque chose, mais j'ai rien pigé à ce qu'il ma dit.

Le blond haussa un sourcil et patienta.

— Il m'a dit lubrice trepidum, tu connais ?

À ces mots, le Serpentard ne se tint plus de rire et roula sur la moquette s'attirant des regards intrigués des autres élèves, et les foudres de son ennemi qui lui emplâtra un coussin sur le visage.

— Mais tais-toi donc et explique-moi imbécile, ou je te jette un Crache-Veracrasse, ça passe moins crème par la gorge que les limaces crois-moi, cracha-t-il sourdement.

La menace peu efficace laissa Draco à moitié plié en deux, riant toujours comme une baleine. Harry alors, dans un éclair de fureur, lui empoigna la gorge.

— Ferme-la !

Le Serpentard, pris par surprise se recula instinctivement, il le regarda d'un air qui ne laissait aucun doute quant à ce qui l'effrayait. Harry pesta, encore cette fichue transformation en serpent, et détourna aussitôt la tête, Draco pourtant peu impressionné essuya les larmes de rire qui lui roulaient sur les joues et annonça posément :

— Tu diras à ton parrain qu'effectivement je compte te pénétrer, et de ne pas s'inquiéter car je connais suffisamment mon affaire… Et accessoirement ce sort précis de lubrification.

Le Sauveur souhaita rentrer six pieds sous terre et s'échoua sur le sol, visage dans les mains.

Misère ! Son parrain lui apprenait les sorts qui serviraient à l'aider à se faire trouer par un préfet maléfique, pourquoi même Sirius le prenait-il pour un passif ?

Sans avoir le temps de se torturer davantage, il sentit une main brûlante lui appuyer sur le torse et un corps puissant se couler au dessus de lui, l'allongeant sur la moquette pour le bloquer contre le sol.

D'une poigne de fer, Malefoy lui emprisonna les poignets au dessus de la tête et descendit contre ses lèvres. Il devait admettre que cette position lui collait la fièvre au corps et sans réfléchir, leva la tête pour happer les lèvres du blond qui se recula d'un centimètre juste, l'effleurant d'un souffle torride. Un gémissement de frustration s'échappa du Sauveur qui laissa sa tête retomber lourdement sur la moquette. Draco vint se coller contre lui, haletant comme en plein acte

— T'avais les yeux rouges Potter… Et les pupilles fendues, tu t'expliques ?

Le Gryffondor se demanda comment faisait le préfet pour rester aussi maître de lui, alors que la seule pensée qui court-circuitait son cerveau était la peau moirée sous la faible lumière.

— C'est quand je suis… perturbé… gémit Harry en ondulant entre le sol et son adversaire. Ça t'excite ? alluma-t-il en essayant désespérément d'atteindre de sa bouche la peau nue.

— Grave… Et pour confirmer ses dires, Draco frotta son entrejambe dure contre celle d'Harry, le faisant presque pleurer d'attente et se cambrer de toute ses forces pour rechercher le contact.

Ils étaient trop dans la pièce pour que leur manège attire toute l'attention, mais trop peu pour échapper au regard de chacun et infortunément à celui de Ron qui apprécia moyennement ce qu'il vit, et tenta d'arrêter la scène pré-coïtale.

— Eh oh Harry, Draco, venez jouer avec nous !

— J'avoue on s'emmerde un peu là, c'est chiant.

— Depuis quand tu l'appelles Draco, toi ?

Harry serra les dents en sentant la toile trop raide du jean lui compresser l'entrejambe.

— On monte, j'en peux plus tu feras ce que tu veux de moi, promis.

Draco qui, jusque là, semblait très bien se contenir, lui posa trois doigts sur le torse avant de se reculer. Son souffle trembla lorsqu'il ferma les yeux pour ne pas céder. Tu sais parler aux hommes toi.

— Non. Tu as dit doucement, nous irons doucement. Calme-toi et allons jouer.

Harry le retint par le bras, ses yeux espiègles inquiétants.

Lubrice trepi…

Le blond lui bondit dessus et le bâillonna, en rougissant violemment.

Putain, mais fais pas ça espèce de con !

— Mais c'est juste pour voir !

— Non, une autre fois.

Et il lui vrilla les prunelles, pour s'assurer de ne pas se ramasser un sort traître par derrière. Ils se levèrent donc, et beaucoup d'élèves lorgnèrent avec gène sur leurs érections et d'autres rouspétèrent car ils étaient bien trop nombreux pour que le jeu garde un rythme. Les deux franchouillardes en tenue légères et à l'origine de l'initiative proposèrent de se partager en deux groupes. Au moment où la conversation s'envenimait devant le choix cornélien de scinder selon la nationalité ou le sexe Abbott sortit une noise, Sixtine gauchiste convaincue choisit Face, et Constance intransigeante droitiste, Pile. Face gagna, consacrant une séparation suivant le sexe qui embarrassa pas mal de monde mais leur fit afficher un air tout à fait confiant.


En second lieu, tous les hommes présentaient la forme ronde ; ils avaient le dos et les côtes rangés en cercle, quatre bras, quatre jambes, deux visages attachés à un cou rond, et parfaitement semblables ; une seule tête qui réunissait ces deux visages opposés l'un à l'autre. Quand ils voulaient aller plus vite, ils s'appuyaient successivement sur leurs huit membres. Le sexe masculin est produit par le soleil, le féminin par la terre ; et celui qui est composé des deux autres par la lune, qui participe de la terre et du soleil.

C'est alors que Zeus examina avec les dieux le parti qu'il fallait prendre. Enfin, après de longues réflexions, Zeus s'exprima en ces termes : «Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen (...) de diminuer leurs forces. Je les séparerai en deux : par là, ils deviendront faibles.


— Bon, les homo y vont mollo, pour les autres, chacun son rythme. Ceux qui ne veulent pas participer s'écartent mais si vous restez, jouez tous le jeu, c'est d'accord ?

Benedict s'assura d'un coup d'œil circulaire que tout le monde avait écouté puis se mit en tailleur et laissa de côté sa panoplie de concierge-surveillant-en-chef.

Sixtine et Constance se mirent à élaborer d'autres règles et au bout de dix minutes où chacun y allait de son petit grain de sel pour s'assurer un risque minimal, enfin les trois règles principales furent édictées.

1 – On n'embrasse pas ses frères et sœurs ni cousins, et Harry songea que ce principe aurait du être mieux appliqué que ça dans la globalité de la vie sorcière, et que ça aurait évité de vilaines conséquences physiques et mentales pour certains descendants prétendument nobles.

2 – Si on refuse, Crache-limace immédiat lancé par le pauvre binôme rejeté.

3 – Magie interdite surtout pour les rares spécimens qui pouvaient formuler sans baguette.

On lança la bouteille : Zabini, Blaise de son prénom tomba sur Gilles, grand sportif à la tête d'asperge. Tous les deux, pas gays pour un sou, le bisou sur la joue fut apprécié mais regardé de biais. Le bel Emilien qui prouvait encore une fois le goût de la binôme d'Harry octroya la même grâce à Ernie McMillan qui resta de marbre mais s'exécuta sans rechigner.

Millicent Bulstrode sortit de sous son pull deux énormes bouteilles de Rhum portoricain et les déboucha avec les dents, ce fluidificateur des comportements fut grandement apprécié et la bouteille vide qui tournait sur elle même gagna là deux consœurs qui tournèrent autour du cercle. Les filles s'en donnaient à cœur joie, et George ne regarda quasiment pas le pauvre Lyam, préférant se ravir de l'image de Katie et Angelina qui roulaient sur le sol en essayant de rendre pornographique ce chaste baiser de la joue.

Le premier smack entre Ron et Michel fut applaudit par la communauté et le roux sourcils arqués se rassit. Les deux groupes commencèrent à se lorgner attentivement, plus intéressés par les activités adverses que par les leurs propres et le jeu dévia comme souvent en affrontement, deux filles contre deux garçons. Bien sûr, ce fut réellement amusant à partir du moment où l'on passa à la langue. Ce furent un Hubert et un Rafael décidés qui affrontèrent un courageux tandem Luna, Rose-Blandine sous les encouragements des deux camps. Hubert revint s'asseoir, pensif dans le cercle sous les yeux suspicieux de Sixtine qui commençait à se demander si elle avait vraiment eu une idée lumineuse et Delacour, toujours aussi impassible, promena son regard sur l'assemblée jalouse d'Hubert avant de calmer son pouvoir Veela.

Harry voulait dormir, il n'avait eu droit qu'à un misérablement chaste baiser avec un dénommé Charles, binôme de Daphné et qui se trimbalait une belle tête de consanguin. La bouteille tourna et tomba sur Draco, immédiatement le sommeil disparut et il guetta qui serait le second, hésitant à ensorceler la bouteille mais refroidit par la promesse des Veracrasses lui distordant la gorge.

— Adrian ! clama Lee Jordan dont le rôle d'animateur collait décidément à la peau.

L'ancien Poursuiveur s'avança tandis qu'Harry suivait la scène d'un air pincé, il connaissait la lueur conquérante dans les yeux sombres du blond. Adrian observa le préfet blond pour savoir quelle attitude adopter vis-à-vis de lui. Ils n'avaient pas toujours été en très bons termes, surtout depuis qu'il l'avait largué brutalement au sortir de Poudlard. Mais sans rancune, Draco lui attrapa la tête entre les paumes et lui emprisonna la nuque avant de le forcer à s'ouvrir pour pénétrer dans sa bouche comme en pays conquis. Pucey referma ses bras puissants autour du corps et voulut l'allonger sur la moquette mais l'autre résista vaillamment, le forçant à s'incliner pour mieux prendre possession de son visage et de sa gorge. Le tout ne manquait ni de sauvagerie ni d'expertise et Pucey se dit que le jeune homme avait parcouru bien du chemin depuis cette fois où il l'avait déviergé dans la salle commune, un soir d'après match.

Enfin, Draco le lâcha, lèvres brillantes, le laissant essoufflé contre la moquette et revint s'asseoir en bombant un peu le torse. Il n'avait jamais vraiment digéré l'affront du Poursuiveur, c'était maintenant chose faite. Il se tourna et vit Harry qui le fusillait du regard et qu'il fit semblant d'ignorer. Ce jeu dura peu cependant, car deux tours plus tard le Survivant était appelé, cette fois-ci avec Benedict. Et ce fut au tour du préfet de lorgner avec hargne sur celui qui s'approchait de sa chasse gardée. Et puis ce n'est pas comme si Potter n'avait pas le derrière en feu précisément ce soir. Le Français ne parut pas mécontent du tout du choix du hasard et s'avança, Harry tacitement lui attrapa la nuque et il se laissa faire approchant son oreille tout près des lèvres du survivant.

— Tu te sens prêt ? susurra Harry en lui mordillant l'oreille.

Pour une fois qu'il était appelé, il voulait en profiter. Bon joueur, le Veela n'avait pas déclenché son aura.

— Eh bien, je suis hétéro mais curieux, alors fais moi découvrir…

Harry lui frôla avec délicatesse le nez, darda sa langue pour le faire frémir et glissa une main autour de ses hanches l'attirant sans vergogne contre son bassin. Ben parut un peu surpris mais ouvert, se laissa faire et tenta même d'attraper les lèvres qui se dérobèrent d'abord pour mieux s'offrir ensuite, cajoleuses et douces. Le brun faillit un peu oublier pourquoi il était là, quand le concierge chef ouvrit ses prunelles turquoises, si pâles qu'il crut ne plus retrouver la porte de la raison. Il se laissa glisser en arrière et écarta avec provocation les jambes, attirant entre elles l'hétero qui prit l'initiative de coller leurs bassins. Harry qui répondait avec férocité aux assauts tout en se laissant innocemment dominer, ne put éviter un peu d'énergie magique de se transférer sous le coup du plaisir.

Par chance, le duel en face tenait bien la route, leur offrant la possibilité d'expérimenter aisément de leurs côtés. Dans la tête du Gryffondor, subsistait, en plus des yeux pâles, cette interrogation sur le sort de son parrain. Il se décolla un peu et souffla.

Lubrice trepidum.

Dans ses lèvres, le délégué en chef étouffa un long gémissement qui surprit tout le monde, et se mit à se tortiller sur le sol en fermant les yeux.

Sa voix, entrecoupée de halètements obscènes quémanda :

— Merde ! Tu triches ! Mais qu'est-ce que tu m'as fait ?

— Qu'est-ce que tu ressens ? demanda Harry avec un air intéressé tout en passant une main sous le t-shirt pour palper de ce torse.

— J'ai… J'ai l'impression d'être rempli de miel tiède. C'est… C'est vraiment…

Il n'eut pas le temps de finir que l'Anglais fondait sur ses lèvres pour lui posséder une dernière fois la bouche avec toute l'ardeur dont il était capable étant donné qu'il avait été privé de participation avec Draco.

Lorsqu'il fut évident que la preuve de son talent était établie – et qu'une seconde de plus l'aurait fait gémir comme une chatte en chaleur – il repoussa doucement le Français qui haletait.

— Alors ?

— Rien à faire, toujours hétéro.

Harry lui passa une main vive sur l'entrejambe.

— Il semble pourtant que ta queue ait des tendances…

— Je dois admettre que tu embrasses… comme un dieu, admit le concierge en chef avec un sourire admiratif.

Draco avait ses yeux d'orage et restait insensible aux tentatives de détente amorcées par Blaise. Non seulement ce con de Potter tombait sur l'un des plus beaux de l'assemblée, et en plus de ça l'autre était un gars parfaitement open et ouvert d'esprit. Et visiblement le Survivant avait une trique de tous les diables dont il n'avait pas le droit de s'occuper. Le monde cesserait sous peu de tourner rond.


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Après cette déclaration, le dieu fit la séparation qu'il venait de résoudre. Apollon mit le visage du côté indiqué, et ramassant les peaux coupées sur ce qu'on appelle aujourd'hui le ventre, il les réunit à la manière d'une bourse que l'on ferme, n'y laissant au milieu qu'une ouverture qu'on appelle nombril.

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Les garçons qui regardaient avec un petit air curieux les agissements du Sauveur nouvellement gay, cessèrent de se torturer l'esprit quand une distraction bien plus appréciable à leurs yeux se présenta sur un plateau. Daphné, au centre du cercle, regardait sans ciller Synnedie qui s'approchait d'elle à quatre pattes avec un regard à faire bander un eunuque. La Française infléchit sa bouche moqueuse et ramena ses boucles brunes sur son épaule, la position ne laissait pas grand place à l'imagination sur ses courbes et elle retroussa savamment ses manches de velours grenat. Greengrass hypnotisée se triturait le bout des doigts. Syn attrapa violemment les longs cheveux couleur marron glacé, et comme une lionne prit possession du corps de gazelle de l'Anglaise, la transformant en petite chose sans volonté, exceptée celle de satisfaire le désir puissant qu'elle sentait naître entre ses cuisses. Sous les yeux ahuris et grivois d'un voyeurisme inaccoutumé, elle se dévergondait tout à fait et quittait ses vieilles convenances aristocrates pour rentrer une main dans le pantalon noir de la Lys. Cette dernière finit par s'écarter poliment en lui murmurant tout bas :

— C'est bon ma belle, je crois qu'on va s'arrêter là… Non que ce soit très agréable, hein ?

Et Daphné lui murmura à l'oreille :

— Viens, on monte on finit ça là haut.

Des exclamations étouffées retentirent autour du cercle devant l'audace et le comportement de l'héritière Greengrass. Syn eut un petit rire et aussitôt un jet d'eau froide traversa la salle pour venir éclabousser les ardeurs de l'Anglaise.

— Je-ne-crois-pas-non, articula posément Astrid en brandissant sa baguette d'un air très sérieux. Va retrouver ton abruti de copain Ernie.

Elle avait le visage fermé et ses yeux avaient repris leur teinte lassée et colérique surmontés des sourcils froncés en éclair brun. Ce début d'échauffourée fut rapidement maîtrisé par la sérénité à toute épreuve de Benedict mais sonna le glas du jeu. Certains montèrent se coucher et d'autres restèrent un peu pour papoter dans l'ambiance roulante de la soirée s'avançant.

Pucey profita de ce moment de flottement pour s'approcher subrepticement du blond Serpentard. Ce dernier lui adressa un regard peu amène, beaucoup plus froid que lorsqu'ils s'alanguissaient sur la tapisserie, mais il ne se démonta pas. Ça faisait longtemps qu'il repensait au blond et languissait de lui parler en face à face. L'occasion se présentait enfin, pour plusieurs jours en plus. Il n'allait certainement pas manquer sa chance.

— Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j'aimerais que toi et moi on réessaye.

— Ah, mais tu sembles oublier que tu m'as largué sans prévenir du jour au lendemain alors que ça faisait deux ans qu'on était ensemble, rappela-t-il la voix létale mais les yeux brillants.

— On était quasiment pas en couple, on vivait caché et on ne se retrouvait que pour baiser. J'ai eu l'impression de mettre fin à un plan cul. Certes très bon, mais plan cul.

— Ah oui, je n'en ai pas tant souvenir que ça… de nos nuits. J'ai connu bien mieux après.

— Avec qui ? Carridge, Potter même peut-être ?

— C'est en oublier une dizaine. Tu me forçais à être dessous, je préfères être dessus, c'est simple.

Pucey lui attrapa la nuque, il avait cette espèce de force puissante qui avait fait craquer Draco et l'empêchait de se concentrer lorsqu'il était avec lui, cette impression qu'il vous isolait du monde. Sa voix se fit envoûtante et osée, son beau visage parut sincère.

— Et si… et si tu étais le premier à me… prendre ? Cela te ferait-il reconsidérer l'offre ?

Le préfet arqua un sourcil intéressé puis prit un air dédaigneux.

— Comment le saurais-je ? Tu pourrais me mentir et t'être fait labourer comme une lapine.

La main de Pucey se déplaça sur sa gorge et il devint menaçant.

— Fais attention à ton vocabulaire Draco, et à ton attitude. Il t'était inné avant de croire comme parole d'évangile ce que moi, aîné et chef, te disais. Où est passée cette sincérité ?

— Diluée dans cette encre peut être, cingla Draco en désignant du menton son avant bras où était gravée la marque. Il y avait un passif lourd de conséquences entre eux, sombre et inavoué. Pucey avait fait de la cabane pour ses relations. Malefoy en avait fait les frais. Il était en quelque sorte un dégât collatéral de son ancien amant.

Pucey tiqua mais poursuivit en ignorant la remarque :

— Tu le sentiras, une fois dedans, comme je suis serré. Tu le verras à la douleur sur mon visage si tu y vas brusquement.

Le blond se souvint qu'effectivement, son ancien amant avait une petite tendance au SM qu'il lui avait un peu transmise lors de son éducation aux joies de l'amour.

Il s'imagina se pencher en avant sur ce grand corps solide, lui tirant la tête en arrière avec une violence à peine contenue et l'épuiser par ses mouvements saccadés et durs. Il le laisserait à quatre pattes tout endolori et encore bandant à devoir le supplier de le faire venir. Il se releva pour suivre l'ancien Serpentard déjà en train de sortir.

Harry sentait le sang pulser dans ses oreilles, il regardait pétrifié, l'objet de ses fantasmes se tirer avec son premier amant. Une peur sourde se distillait dans ses veines et il faillit briser sa baguette en la tordant.

— Putain Harry, qu'est-ce que tu fous encore là ?

Astrid lui donna une brusque bourrade et il la regarda plein incompréhension.

« Mais merde, bouge ton cul. Tu vois pas qu'il est en train de te le chopper là ? Vas-y interviens ! »


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Cette division étant faite, chaque moitié cherchait à s'unir de nouveau avec celle dont elle avait été séparée ; et, lorsqu'elles se trouvaient toutes les deux, s'enlaçaient mutuellement, ardemment, dans le désir de se confondre à nouveau en un seul être, qu'elles finissaient par mourir de faim et d'inaction, ne voulant rien faire l'une sans l'autre. Quand l'une des deux moitiés périssait, celle qui subsistait en cherchait une autre, à laquelle elle s'unissait de nouveau, soit que ce fût la moitié d'une femme entière, ce que nous appelons maintenant une femme, soit que ce fût une moitié d'homme : et ainsi l'espèce s'éteignait.

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Et c'est ainsi que par un malheureux concours de circonstance, Harry se retrouva tout pataud dans le couloir, à suivre de loin les deux hommes qui conversaient, la limite de proximité séante depuis belle lurette dépassée.

Mais qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir foutre, il allait passer pour un crétin devant Adrian, et pire, devant Draco. Tout en les suivant lentement – car devant ils se pelotaient tout les cinquante centimètres – il fit défiler les différentes attitudes qu'il pourrait adopter.

Harry aurait dû se rappeler ce que la précédente décision urgente en matière de sentiment avait provoqué. Autant en temps de crise il assurait, mais là…

« Crache Veracrasse » Les deux se retournèrent rapidement mais c'était trop tard, la gorge de l'ancien Poursuiveur commençait à se distordre et à enfler sous le passage d'un immonde animal qui pointa sa tête par l'orifice avant de glisser lentement sous les yeux exorbités et larmoyants de douleur de Pucey.

Quelle incroyable satisfaction ça provoquait !

Draco s'appuya nonchalamment contre un mur et regarda son ennemi se dépatouiller de la situation.

— Potter, tu m'expliques ?

Harry franchit en quelques grandes enjambées la distance le séparant de Pucey et lui attrapa le menton dans une main bouchant sa bouche de l'autre pour le forcer à garder l'animal gluant ingurgité.

— Écoute crétin, lui c'est une chasse gardée. Tu le sais, tu nous as vus. Alors pourquoi est-ce que tu persistes ?

Le pauvre garçon commençait à s'étouffer et devenait violacé.

— Je croyais que ça s'arrangeait entre nous pourtant, mais voilà, tu fous tout en l'air en carrant ton pif dans les miches des autres.

Il ôta sa main et la Veracrasse jaillit parmi du vomi. « Alors tu es gentil maintenant, tu t'intéresses à quelqu'un d'autre, tu as le choix. »

Et sur ces entrefaites, il fit cesser le sortilège d'une flexion de l'esprit avant de sauter sur Malefoy et de le plaquer contre un mur. Pucey déguerpit. Le blond ricana un peu, plus satisfait de sa vengeance qu'il n'aurait jamais songé l'être et se laissa faire par le brun. Fondant avec un plaisir coupable sous les quémandes douces de la langue. Potter avait une fougue et une élégance quand il embrassait, qui le différenciaient de tous les autres. Il le malmenait, en s'excusant à la fois des brusqueries par des cajoleries si plaisantes, qu'il devait se retenir de crier grâce. Il descendit ses mains autour de la taille fine, en flattant la forme sportive et svelte.

— Mmh Potter…

Il se laissa déguster du bout de la langue en se laissant aller contre le mur tiède du château et glissa ses mains dans les poches arrières, pour approfondir le contact. C'était doux, attentif et beaucoup plus conscient que leurs fois précédentes. Draco glissa ses doigts dans les cheveux en bataille et laissa un petit rire de ravissement lui détendre les traits. Il adorait sentir la présence du brun tout contre son ventre, entre ses jambes, et ses lèvres douces lui honorer le cou avant de revenir avec un soupir de plaisir contre les siennes. Les yeux verts ombragés l'admiraient avec un tranquille émerveillement dont il savait qu'il ne se lasserait jamais.

— Bien messieurs, trente points en moins pour non respect du couvre feu, plus trente pour attitude dépravée en lieux publics. Ah, et chacun bien entendu !

Ils se séparèrent, froidement douchés par l'arrivée subite du professeur de Potions, qui devait avoir fini de parler avec Sirius puisqu'il daignait venir les emmerder alors qu'ils étaient excités au possible et pour une fois en bonne entente.

— Mais Professeur… nous œuvrons à la réconciliation des maisons !

— C'est cela, si vous mettiez autant d'énergie dans la réconciliation que dans les arrangements économiques, je suis certain que votre père aurait moins de raisons de s'énerver.

— Vous lui avez parlé ? De… s'inquiéta le blond subitement moins fanfaron.

— De quoi Malefoy ? Il fut un temps où vous étiez plus prolixe.

— De mes fréquentations assidues avec Harry Potter de la maison Gryffondor, maître, articula le Serpentard avec une grimace aigre qui démentait ses propos affectés.

— Tout à fait, et inutile d'essayer de me soutirer des informations. Il vous indiquera son opinion en temps voulu.

Harry ne put résister, il voulait soustraire Draco aux yeux glacés et renverser la balance en leur faveur :

— Vous vous êtes changé Professeur ? L'homme faillit le tuer d'un regard ténébreux.

— Cinq points en moins pour impertinence Potter, et estimez vous heureux que ce ne soit pas plus, disparaissez ! Tous les deux dans votre chambre, et chacun dans son lit.

Les deux garçons partirent en traînant les pieds, peu désireux de perdre cette intimité, que l'homme venait déjà de leur voler, en rentrant avec leurs binômes.

— C'est vraiment un bel enfoiré quand même.

— Depuis le temps que je le dis !

— J'ai essayé de parler à mon père en début de soirée mais je n'ai eu que ma mère, elle m'a dit qu'il était furieux et qu'il refusait de me voir.

Harry le regarda en biais, le blond avait l'air torturé par la situation. Il hésita à tenter une opération remontage de moral mais ce rôle ne lui seyait guère habituellement, et Draco n'était pas de ceux que l'on secourait, du moins pas en face. Il grimaça de douleur et tenta de réarranger son futal en jean qui lui compressait douloureusement le membre érigé. L'autre lui jeta un regard curieux ayant l'air de se demander ce qu'il fabriquait.

— C'est de ta faute, il fallait pas me chauffer en baladant tes mains partout.

Le remarque eut au moins le mérite de lui tirer un sourire et le blond lui attrapa la nuque avant de le pousser dans une alcôve de marbre, ombragée de lierre-masqueur. Déséquilibré, Harry se rattrapa à la manche et atterrit brutalement contre le mur. Le préfet lui bloqua les poignets derrière la tête et se pressa avec sauvagerie contre lui, descendant une main pour commencer à lui masser l'entrejambe tandis qu'il mordillait les lèvres.

Sous lui, Harry perdait ses moyens et lâcha un long gémissement résonnant dans le couloir désert.

— Tu te branleras en imaginant la manière dont je m'introduirai en toi, d'accord ?

Draco s'était reculé d'un pas et Harry afficha un sourire goguenard, conscient qu'il ne l'avait pas volé avant de reprendre sa marche claudiquante dans le hall. Pressé d'arriver à la salle de bain.


Mais Zeus, pris de pitié, imagine un autre expédient : il met par-devant les organes sexuels, car auparavant ils étaient par derrière : on concevait et l'on répandait la semence, non l'un dans l'autre, mais à terre ; comme les cigales. Zeus mit donc les organes par-devant, et, de cette manière, il rendit possible un engendrement mutuel, l'organe mâle pouvant pénétrer dans l'organe femelle. Si, dans l'accouplement, un homme s'unissait à une femme, des enfants en étaient le fruit, et l'espèce se perpétuerait. En revanche, si le mâle venait à s'unir au mâle, la satiété les séparait bientôt, et, se calmant, se tourneraient vers l'action et ils se préoccuperaient d'autre chose dans l'existence.

De là vient l'amour que nous avons naturellement les uns pour les autres : il nous ramène à notre nature primitive, il fait tout pour réunir les deux moitiés et pour nous rétablir dans notre ancienne perfection, pour guérir notre nature humaine. Chacun de nous n'est donc qu'une moitié d'homme qui a été séparée de son tout de la même manière qu'on coupe une sole en deux. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitiés.


Citations : Discours d'Aristophane - Le Banquet de Platon = portez vous bien et à la prochaine !