Chapitre 26 : Des joies de l'éducation
If I could live my life again, I wouldn't try to be so perfect. I'd be more relaxed. I'd take fewer things seriously, I'd be less hygienic, I'd take more risks, I'd take more trips, I'd watch more sunsets. I'd eat more ice creams and less lima beans, I'd have more real problems and less imaginary ones. Of course I had moments of happiness but, if I could go back, I'd try to only have good moments. For if you didn't know, this is what life is made of…only moments. Don't lose this one right now. - Jorge Luis Borges
— Dean I can explain what was going on…
— no no no !
*plays music*
— don't Night Moves me !
— shht just let it wash over you, just take it in
Musique : Night Moves - Bob Seger
Éducation : art primitif, masochiste et ingrat consistant pour l'artiste à s'oublier totalement pour tenter de créer : dans le meilleur des cas une reproduction améliorée de lui même et dans le pire : un substitut à sa vacuité chronique d'impotent introspectif.
Journal d'une femme d'opinion par Astrid Gorse
Plus loin à l'Ouest dans de luxueux bureaux londoniens.
Les langues épaisses et sinueuses de pollution engluaient la ville de cette bruine froide et traditionnelle en ce mois de décembre et malgré Big Ben qui venait de sonner ses onze coups, les membres du parlement sorcier trouvaient qu'ils étaient tout de même là un peu trop tôt.
Au deuxième étage, sous le portrait d'un bisaïeul des Fudge qu'il avait toujours trouvé très laid, Sirius froissa dans sa grande main la missive de son filleul et la lança par dessus son épaule tout en y jetant un Incendio du bout de la baguette. Il passa à grandes enjambées devant le bureau d'Ygena Greengrass sans prendre la peine de saluer la belle femme qui, il y a quelques jours à peine à la même heure, s'essuyait la bouche en se plaignant de la moquette rugueuse de son bureau.
L'heure était trop matinale pour devoir composer avec le caractère rigide du préposé au budget, et cela lui filait plus la migraine qu'autre chose mais il fit contre mauvaise fortune bon cœur et poussa la porte de la pièce. Il fit un petit signe du doigt à Blair, le vieil elfe du secteur des Affaires qui disparut aussitôt pour lui chercher son habituel café.
Sans crème, très noir, beaucoup de sucre.
— Eh bien Sirius c'est la première fois que je te vois travailler si tôt, on commence à rentrer dans les rangs ?
Lucius tapota le bout de son porte-cigarette élancé et quelques cendres tombèrent dans l'âtre près duquel il se tenait. Il ôta d'une main son borsalino gris qu'il accrocha au montant d'un fauteuil et l'ancien Gryffondor manqua de le traiter d'abruti pour bien commencer la journée. Les querelles n'avaient pas changé de niveau depuis Poudlard, elles s'étaient juste un peu superficialisées. On devenait toujours plus raisonnable avec l'âge et la haine qu'ils ressentaient sans raison à l'époque s'était muée en un respect réciproque. On n'avait pas pour autant abandonné les vieilles habitudes des piques incessantes, c'aurait été reconnaître qu'on vieillissait et, sur ce point du moins, ils étaient d'accord pour tout nier en bloc.
— Ce n'est pas parce que tu ne me vois pas le matin que je ne travaille pas. Contrairement à ton poste qui tient plus du réceptionniste que du politicien, j'ai des dossiers à étudier moi.
— Ne confonds pas tes réceptions privées avec les miennes veux-tu ? , contra le plus âgé avant d'enchainer aussi sec pour ne pas perdre trop de temps : J'ai étudié le dossier que tu m'as fait parvenir, les incohérences sont flagrantes, je veux bien y jeter un coup d'œil mais il va falloir songer aux éventuelles conséquences. On ne pourra pas violer la souveraineté nationale des Argentins, aussi crapuleux soient-ils.
— Nous trouverons d'autres outils si nécessaire, embargos, restrictions, tu as dit toi même qu'ils étaient dépendants de nous vu les énormes sommes qu'on leur prête. Si effectivement il y a danger, il sera toujours temps d'en discuter au Conseil avec le Premier Ministre, mais nous devrons avoir des preuves.
Lucius défit deux boutons de son gilet vert en soie et fit quelques pas en tirant sur sa cigarette, le regard songeur.
— Tu as sans doute raison, mais je me demandais, comment en es-tu venu à faire le rapprochement avec les prêts ? Tu as fini par t'intéresser au budget ? C'est inespéré.
Sirius s'assit et croisa avec nonchalance ses grandes jambes, le feu lui faisait du bien car en hiver, la douleur de sa hanche se faisait plus lancinante et il boitait quasi perpétuellement à cause de l'humidité ambiante. Cette blessure était, avec des cauchemars de plus en plus faibles, l'une des rares séquelles de son séjour dans la prison d'Azkaban. Nombreux en étaient ressortis fous à lier mais sa résistance aux tortures quotidiennes était l'un des points communs qui le liait avec son interlocuteur. Lucius aussi y avait passé du temps, et Lucius aussi y avait survécu et les hommes de trempe savaient se reconnaître lorsqu'ils se côtoyaient.
Les doigts du brun glissèrent sur le pommeau en ruby de sa canne et palpèrent chaque bosse de la tête de lion sculptée et toute patinée par ce geste, devenu machinal, avant de s'enrouler avec dextérité le long de la tige d'acajou, ciselée d'une belle dentelure dorée. Cet accessoire était le seul à clamer sa vieille appartenance aux Gryffondors qu'il s'autorisât. Il hésita puis sortit un cigare et l'alluma,
— Au risque de te décevoir, non. Mais ton fils et mon filleul oui. Harry m'a envoyé cette lettre, me mettant sur la piste, dit-il en lui tendant le papier qu'il avait dans une poche intérieure de son veston de tweed. En matière d'anglais on trouvait aisément plus caricatural que Sirius mais le tweed, surtout brun ou noir était l'une de ses matières de prédilection.
Lucius grimaça et ré-enfonça machinalement son borsalino sur sa tête, couvrant ses yeux qui dénotaient de la confusion.
— à ce propos, es-tu au courant que…
— Que quoi ? , demanda Sirius sans compassion, tout heureux que l'autre aborde le sujet à sa place.
— Apparemment ils sont, d'après Severus, ensemble, enfin…en quelque sorte, termina t'il abruptement mais avec une assurance que son éducation stricte lui avait incrustée dans la voix.
Sirius remercia le vieil elfe d'un sourire et touilla son café noir avant d'en prendre une gorgée. Parfait, décidément il tenterait de corrompre ce Blair pour qu'il vienne travailler chez lui, peut-être mettrait-il un peu de plomb dans la tête de cet attardé de Kreattur, adolescent rebelle sur le tard. Malgré les troubles qu'il sentait chez l'autre, il ne put s'empêcher de relever un visage sérieux et de dire avec une voix qui l'était tout autant,
— Tu as prévu combien pour la dot ?
Lucius fut un instant interloqué puis le fusilla de ses prunelles acier pour oser plaisanter sur un sujet aussi grave. Sirius quant à lui, faillit s'étrangler de rire pour sa blague.
— C'est comme ça que tu le prends ? , siffla le blond l'air mauvais.
— Mais bien sur Malefoy que c'est comme ça que je le prends enfin, clama t'il la verve de l'ancien Maraudeur retrouvée en se levant, je ne vais pas le punir que veux-tu ? Oui mon filleul et unique héritier sort avec ton fils et unique héritier ça me fait chier mais alors, je crois mon vieux que nous n'avons pour une fois pas notre mot à dire là-dedans.
— Toi peut-être, cracha le blond blanc de rage devant la désinvolture affichée, abandonne mais moi non, j'ai encore de l'autorité.
— Et qu'est-ce que tu vas faire, hein ? Le priver de sortie ? Le menacer de le déshériter ? Le marier de force ? Il t'obéira c'est certain, mais il ne te regardera plus jamais dans les yeux et serrera les dents en ta présence. Est-ce vraiment cela que tu désires ? Réfléchis allons ! Tu sais qu'il est comme ça et qu'il ne changera pas.
Lucius se rassit rageusement et leva la main pour intimer le silence et s'octroyer une pause de réflexion. Le brun voyait ses lèvres se contracter et les doigts froisser la peau du front. Il reprit un peu plus posément pour détendre l'atmosphère et montrer à l'homme que cette situation ne méritait pas de se faire tant de soucis.
— Et puis, honnêtement ? Je préfère cent fois Narcissa à cette mégère de Weasley. Je n'ose imaginer les diners familiaux s'il avait voulu poursuivre avec la cadette.
L'ex préfet en chef de la maison roublarde haussa ses sourcils en acquiesçant.
— J'avoue que depuis le temps j'avais peur qu'il ne choisisse la Parkinson, tu imagines la galère, une mère responsable de la rubrique cancans à la gazette ? non merci.
— cocasse, je la vois déjà en train de mettre son visage de fouine dans tous les coins pour inventer des affaires sordides, la garce.
Les deux hommes rirent un peu, en se dédramatisant mutuellement la situation puis se calmèrent et Sirius dit doucement, l'air pensif
— et dire que je croyais qu'ils se détestaient…
L'autre haussa les épaules puis le prit entre quatre yeux
— Black, ça fait longtemps qu'on travaille ensemble maintenant alors sois honnête, tu le savais, avant que je te l'annonce non ?
Sirius hocha la tête,
— Oui, c'est Severus qui me l'a dit.
— Sur le moment à Harry tu lui as dit quoi ? Sincèrement s'il te plait.
Lucius élevait un enfant depuis bien plus longtemps que l'homme en face de lui, il avait pourtant la désagréable impression que lui, parvenait moins bien à cerner son fils et avait des réactions moins justes que le brun avec son filleul. Surement la rigueur qui manquait de souplesse pour s'adapter au caractère rebelle. Peut être qu'en prenant un peu exemple sur lui…
Sirius avait ce petit don pour saisir ce que les gens attendaient de lui, il se lança donc dans une leçon d'éducation – masquée bien sûr, car le blond n'aurait pas apprécié d'être traité en élève.
— Pour tout te dire, je devais lui parler de deux choses, donc premièrement j'ai été obligé de lui filer une rouste pour ce sale coup qu'ils nous ont fait à propos des Argentins tu comprends ça je pouvais vraiment pas laisser passer, du coup après pour dédramatiser et qu'il se concentre bien sur le vrai reproche j'ai fait comme si ça m'était tout à fait égal, on en a discuté un peu et voilà.
À bon entendeur salut il avait fait le job, espérons que Lucius ait comprit.
— Ah oui, il y a cette histoire d'Argentins aussi, grommela le susnommé en se passant deux doigts sur le menton tout en rangeant soigneusement dans un coin de sa mémoire, ce que son associé venait de lui dire.
Sirius se remua les méninges, voyant que l'autre n'était pas à cent pourcents convaincu.
— Ils ont l'air sérieux tous les deux écoute tu lui demanderas mais je crois vraiment qu'ils y vont sagement… tiens d'ailleurs, tu dois savoir que malgré les dires de Severus, Harry m'a assuré qu'ils n'avaient pas encore couché ensemble !
— Par pitié Black, ma tolérance a des limites et Draco reste mon fils.
— Sainte ni-touche va ! Tu crois que je ne suis pas au courant des soirées du mardi chez les Serpentards qui avaient lieu dans votre promotion ?
— Et la proverbiale amitié entre Patmol et Cornedrue, on en parle ?
Leurs embarrassantes erreurs de jeunesses refaisant surface, ils toussotèrent et sortirent les dossiers sur la table clôturant une discussion qui n'avait que trop duré pour se lancer dans le travail.
See you soon ! ;)
PS : je publie une fiction crossover HP x Shadowhunters en ce moment et j'y utilise les perso de cette fiction quelques années plus tard pour ceux que ça intéresse ;)
