Chapitre 27 : Où Harry en apprend davantage sur Leon Dwight

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Harry resserra son col, décidément le Portoloin était un peu moins charmeur mais plus sûr que les tortues-volantes.

Ils étaient arrivés sans encombre à Mens, charmante petite bourgade moldue et déambulèrent dans les rues en discutant avant d'aller s'asseoir dans un café chargé de décorations de noël.

Harry apprenait peu à peu à connaître les trois filles, Synnedie connaissait Célimène depuis toujours ou du moins depuis qu'elles étaient en âge de se le rappeler, et ne s'étaient jamais quittées depuis. Pourtant qui aurait cru qu'elles finiraient amies, lui même après cette semaine continuait à en être étonné. Elles s'accordaient sur le premier degré en général, sur les choses de tous les jours, Syn donnait l'idée générale et Célimène gérait l'affaire avec son efficacité d'intendante toujours prête.

Astrid avait dit qu'elle ne les avait jamais vues se disputer à propos de quoi que ce soit. Elles s'écartaient juste puis revenaient comme instinctivement placées l'une à côté de l'autre. La brune en avait un peu peur parfois mais exigeait une tranquillité d'esprit qu'elle n'aurait pu avoir si sa copine la collait h 24. Synnedie éprouvait un besoin incompressible de parler aux autres, de les convaincre de réfléchir à comment rendre le monde meilleur et les gens plus heureux. Harry avait noté à de nombreuses reprises combien elle pouvait être exigeante envers les gens, les poussant chacun d'eux à se donner à fond à se surpasser, ne négligeant aucun, ne désespérant de personne et s'arc boutant toujours plus, justement quand elle rencontrait des esprits réfractaires, pour les convaincre de suivre son exemple. Elle dégageait une telle flamme d'énergie brute, un tel élan vers l'action qu'il était certain que le monde entier connaitrait son mouvement.

Astrid ne brillait pas, elle restait silencieuse et attendait avec patience de dire ce qu'elle pensait, elle avait une douceur et une attention qui ressortaient parfois lorsqu'elle était sereine. Elle ne nourrissait aucune haine, aucune rancœur elle était très pacifique. Et Harry en était envouté.

Face à ces deux extraordinaires spécimens, qui pouvaient se conduire de manière tout à fait classique comme pour l'heure où elles se moquaient gentiment d'une péquenaude mal habillée, Célimène restait déjà beaucoup plus abordable au commun des gens. Elle s'amusait à discuter avec tout le monde, à se mettre qui elle voulait dans la poche à charmer, à s'amuser et à piquer des crises pour un oui ou pour un nom que Syn dédramatisait d'un rire et Astrid d'une parole apaisante.

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Lorsqu'ils eurent fini de manger, tout à fait convenablement dans un petit bouge sans réputation, ils ressortirent se promener dans l'air calme et patauger dans la boue. Les diodes jaunes et rouges clignotaient et les magasins affichaient tous des gros panneaux fluos de publicité pour des dindes et de la viande, tentant de vendre la fin de leurs stocks malgré le réveillon passé.

Ils musardaient, Synnedie et Célimène derrière établissant un tableau récapitulatif de quelques élèves et échangeant des points de vue sévères sur chacun de leurs collègues.

Harry croisait sans cesse le regard avec Astrid, ils baguenaudaient gentiment, apprenant à se connaître toujours plus.

L'après midi se passa plutôt agréablement.

— Ça va je suis bien ? , demanda le Gryffondor un peu nerveux en passant sa main dans ses pics noirs.

— Tu es parfait Harry, mais n'oublie pas que tu y vas pour discuter politique a priori, tu as déjà Draco hein ? , fit Célimène en plaisantant.

— Tais toi donc va, Leon n'est même pas gay.

— oui, oui on est au courant pour Bénédict hein ? sa fiancée n'est pas contente d'ailleurs.

— Quoi ? !

Célimène eut un éclat de rire et lui fourra le Portoloin dans les mains. Aussitôt il fut transbahuté à Sureau-de-Source et cette histoire lui sortit de la tête, le Portoloin le lâcha dans un fourré sombre où une petite cavité avait été aménagée pour accueillir les voyageurs sans qu'ils ne déchirent leurs vêtements.

Il parvint à s'extirper et suivit la rue principale pour trouver cette fameuse impasse Tourdesac. Le village avait l'air sorcier puisque les gens se baladaient sans vergogne leurs hiboux à l'air et en longue robe sombre et il se fit presque regarder de travers, tout habillé moldu qu'il se trouvait. Au détour d'une fontaine encastrée dans un mur pas droit, il vit le petit panneau et tourna. C'était paisible, à flanc de coteau, les maisons se serraient de l'autre côté d'un ruisseau et de petits ponts de pierre reliaient la route en gravillons à chacune des portes de bois. Seul indice magique, les géraniums resplendissaient sous leur chapeau de neige, indice d'une potion miracle que vendait un magasin de jardinerie du chemin de traverse, nouvellement établi, juste à côté de Gringotts. La plupart des maisons étaient éteintes, les sorciers préférant retourner à la ville pendant la rude saison, mais le huit laissait échapper des ronds de fumée par la cheminée longue et en tire bouchon. Les murs étaient blancs, sobres mais les volets de verre poli se déclinaient dans toute une série de roses et d'oranges à travers lesquels de la lumière filtrait en dansant, égayant sensiblement le paysage un peu morne avec l'arrivée des nuages.

Harry vérifia le nom de Dwight sur la porte, poussa le petit portail, et après avoir franchi le pont s'arrêta devant la porte bariolée. Il inspira un grand coup, ne sachant pas du tout ce qui l'attendait et frappa.

À l'intérieur, des bruits de couverts résonnèrent ainsi qu'un juron à moitié étouffé puis l'on vint ouvrir.

Dwight apparut dans l'encadrure de la porte avec ses lunettes de travers, de la poudre blanche un peu partout que le tablier à carreau n'avait pas retenue et la petite chouette beige perchée sur le sommet de son crâne.

— Ah Harry, vous êtes là.

— Bon… Bonjour je vous dérange peut être ? Était-il tombé sur un dealer de cocaïne ? ce serait bien sa veine.

Il retira ses gants de cuir, un peu gêné maintenant de s'être habillé de façon si protocolaire devant la nonchalance de son hôte et lui serra la main avec un grand sourire.

— Oh non pensez-vous entrez, entrez et pardonnez ma tenue j'étais en train de m'exercer au Polynectar mais la poudre d'os de Troll s'est mise à gicler dans tous les sens j'ai rien compris.

À l'aise, Harry rentra dans le hall aux murs crépis abricot et ôta sa veste qu'il accrocha sur un porte-manteau à tête de trèfle. Leon lui indiqua le salon où crépitait un feu avant de s'excuser :

— Servez vous un verre dans l'étagère là, je monte me changer et j'arrive dans deux minutes. Il s'enfuit par l'escalier et monta les marches quatre à quatre la chouette toujours fixée sur son crâne en parfait équilibre.

Harry eut un sourire et s'approcha de l'étagère Dwight était un type curieux, il avait l'air parfaitement ordonné et carré lorsqu'on le croisait en réceptions alors que sa maison – bien que rangée – était un assemblage d'objets disparates qu'il semblait avoir chinés aux quatre coins du monde.

Il parcourut la liste fournie d'alcools sortit deux verres et versa dedans du Whisky Pur-Feu, un récent péché mignon avant de se souvenir qu'il n'avait jamais vu Dwight en boire et de faire disparaître le liquide. L'homme blond redescendit assez vite, habillé en pantalon noir, chemise noir et Harry reconnut là l'homme qu'il avait un peu côtoyé.

— Je ne savais pas ce que vous prendriez… Dwight se dirigea vers un autre placard avec un sourire,

— Je me sers ici moi, je ne supporte pas les boissons sorcières. Le Survivant un peu surpris ne sourcilla pas et attendit que l'autre se serve du Porto avant de lever son verre pour trinquer poliment. Ils s'assirent et il attendit que Leon entame la conversation, ce que ce dernier fit assez rapidement.

— Alors Harry, vous avez discuté de cette affaire avec votre parrain à ce que j'ai compris, j'ai été étonné de le recevoir par Cheminette, il n'avait jamais montré d'intérêt pour mes travaux au paravent.

— Eh bien, vous semblez parfaitement connaître le sujet, donc je lui ai indiqué la personne la plus apte à l'aider, j'espère que ça ne vous a pas ennuyé ? La situation à l'air glauque donc je me suis dit qu'il fallait peut être un peu pousser.

— j'en ai été ravi, glauque elle l'est en effet ça je vous l'assure je les étudie depuis suffisamment longtemps pour en être certain, je ne veux pas vous ennuyer mais comme vous m'aviez l'air intéressé je me suis dit que peut-être vous voudriez en apprendre plus sur la situation là bas.

Harry écarquilla les yeux, ravi que l'autre l'intègre dans ses recherches comme ça sans se méfier, ça avait du bon d'être le Survivant quand même. Personne ne doutait jamais de son honnêteté. Non que ce soit à tort.

— Avec un immense plaisir, justement ce serait un honneur.

À ce moment la chouette se mit à piailler depuis une autre pièce et Léon se leva brusquement

— ciel mon Polynectar, venez Harry vous me serez très utile. Le brun suivit l'homme dans sa cuisine pour le coup vraiment un bric à brac époustouflant d'ustensiles. Un vieux chaudron de cuivre bouillait sur une plaque à induction moldue dernier cri. Le blond remit son tablier et empoigna un livre de cours qui expliquait en détail la préparation de cette potion. Dans le chaudron, la mixture violette était parsemée de grumeaux qui explosaient dans la pièce. Plusieurs petites bouilloires d'étain fumaient ailleurs, dans un concert de bruits, clapotants et tintinabulants.

— Regarde j'ai pourtant suivi exactement la recette, mais la poudre d'os ne veut pas se mélanger.

La petite chouette regardait la préparation d'un air méfiant, comme si elle s'attendait à ce que ça lui explose à la figure d'une minute à l'autre. Harry s'approcha du chaudron, et testa la texture du bout de la grande cuiller de bois.

— Je suis une vraie chèvre en potion Leon, alors ne vous attendez pas à des miracles.

Il jouait un peu les modestes car le Polynectar avait été abordé en quatrième année et malgré sa maladresse il avait été capable de la réaliser correctement en fin de cinquième année. C'était d'ailleurs curieux que Dwight s'y exerce encore, alors qu'il semblait très clairement avoir dans les trente sept ans. Harry demanda à voir le pot de poudre de troll et s'exclama, en lisant sur un petit coin d'étiquette presque effacée par le temps.

— J'ai trouvé, votre potion est très bien, c'est simplement que vous avez mis du Troll des montagnes alors qu'il vous faut du Troll des prairies !

Dwight se gratta la tête et réfléchit avant d'aller farfouiller dans un placard encombré pour en tirer un bocal encore plus vieux que la fiole dont l'étiquette avait cette fois ci totalement disparue.

— C'est notre dernière chance, le problème c'est que je ne suis pas certain que ça en soit, mais peut être pourriez vous jeter un Révélio pour en être certain ?

Harry grimaça

— c'est que, je ne sais pas en interpréter signes.

— oh ne vous inquiétez pas ça je peux le faire, allez y. Harry sortit sa baguette pour plus de précision, il n'aurait pas voulu mettre le feu à la cuisine par mégarde et envoya un Révélio sur le bocal. Une légère fumée verte accompagnée d'un crissement apparut.

— Génial, c'est bien ça, merci beaucoup Potter vous m'êtes d'un grand secours.

— Ce n'est rien.

Et c'est vrai ce n'était rien, on apprenait le Révélio en première année. Ils continuèrent la potion en bavardant.

— Alors Harry, dis-moi, comment as tu trouvé cet Andre Carrasco ? je peux te tutoyer ?

— Bien sûr, il m'a semblé autrement plus dangereux que sa femme, et j'ai eu l'impression qu'il avait beaucoup plus de responsabilités qu'elle non ? il la coupait tout le temps.

— Tu as vu juste, tiens, regarde cette signature sur les papiers épinglés au mur, eh bien c'est celle d'Andre Carrasco, tu veux arrêter la petite bouilloire en argent s'il te plait ? Et regarde maintenant celles sur les petites lettres roses, en bas à droite oui voilà soulève ces papiers tu l'as ? Compare-les et dis moi.

Harry, amusé, et désormais une bouilloire dans chaque main se pencha sur le plan de travail encombré et promena ses yeux d'un papier à l'autre. Les premiers semblaient officiels, comme des ratifications de traités en espagnol, et sur les secondes, il y avait quelques mots en Français adressés à différentes personnes.

— Eh bien ce sont les mêmes sauf que celles des papiers officiels sont rigoureusement identiques alors que celles sur les papiers roses varient un peu.

— Exact j'ai recueilli celles sur les papiers roses en réclamant des autographes à Lady Arden, je me suis ensuite procuré les copies de ces traités…

— alors ce n'est pas elle qui signe les documents officiels, déduit Harry de plus en plus intrigué tout en allant verser un peu du contenu de la bouilloire gauche dans la marmite. Une odeur de foin coupé s'éleva rapidement et Dwight hocha la tête en rajoutant des pattes d'araignées. « Oh et leurs noms sont des anagrammes ! , remarqua t'il enthousiaste. C'est lui qui signe tout ça, mais alors pourquoi ne le font-ils pas plutôt élire dans ce cas, ça leur éviterait bien des dérangements.

— Prends de cette poudre et de cette fiole qui chauffe et mets les dans ce broc s'il te plait. Cet Andre a un passé assez sombre, tout a été étouffé mais quand Voldemort a essayé de ressurgir, il était tout à fait prêt à se battre dans ses rangs en Espagne. Remue un peu plus. Bon la tentative a été tuée dans l'œuf tu le sais mieux que moi vu que tu y étais et lui s'est fait attraper par les Aurors espagnols, et je crois qu'à l'époque Shacklebolt y était aussi enfin bref personne n'avait de preuves suffisantes contre lui, il a dénoncé quelques uns de ses collègues et le mari d'Arden a casqué presque mille galions pour le faire sortir et le rapatrier d'urgence en Argentine. Là-bas il a repris très sérieusement sa place et depuis plus rien, enfin rien n'a filtré en tout cas.

— Ah c'est pour ça qu'il est inéligible… par contre il me semble que pour le Polynectar, il faut rajouter maintenant le ventricule de Dragon.

— Ah mais je ne t'ai pas dit, je fais une version adaptée aux non-magiques, par ce que vois tu sinon une consommation excessive engendre des brulures gastriques et comme je dois en utiliser assez souvent… je crois que c'est le ventricule qui pose le problème donc je vais essayer de le remplacer par d'autres substances moins agressives. L'important c'est que le signalement magique soit le même, rajoute un peu de jus de betterave et une fine racine de Botruc s'il te plait.

Harry s'exécuta tout en ne pouvant retenir la question de franchir ses lèvres, il y avait trop d'indices.

— Mais tu es… un moldu ?

L'homme se secoua les cheveux et eut un petit sourire en biais assez peu gêné face au brun qui se flagellait déjà d'avoir posé une question aussi impolie. L'autre se remit au travail ;

— Un Cracmol comme vous les appelez plutôt, sans pouvoirs sauf peut-être celui d'être insensible aux Repousse-Moldus.

Harry hocha la tête, admiratif et continua de remuer sa mixture. Il avait été grossier très certainement Sirius n'aurait pas été fier de lui sur le coup et il sentait que l'homme n'était pas bien à l'aise dans la situation présente. Comme s'il avait peur qu'Harry repose le torchon et déclare que du coup il n'en avait plus rien à carrer de ce qu'il pourrait lui raconter. C'était faux bien sur, Harry s'en fichait qu'il n'ait pas de pouvoirs, mais l'important n'était pas ce que lui pensait mais ce que l'autre croyait qu'il pensait. Il ne pouvait certainement pas blâmer Dwight d'avoir une réaction que des dizaines de sorciers prétentieux et conservateurs justifiaient amplement.

— Draco m'a dit qu'Ezéquiel avait plutôt l'air passif, vous en pensez quoi ? Ils se font tous manipuler par Andre ?

Leon eut l'air surprit et rassuré aussi, et Harry maudit tous ceux qui lui avaient inculqué cette méfiance.

— Manipuler peut être pas, il existe plusieurs hommes respectables qui prennent des décisions d'importance mais avec la sœur et le mari, il est vrai que ce bougre possède beaucoup d'atouts dans sa manche. Ce qu'il me manque tu vois c'est la partie qui contrôle toute la défense c'est un tel foutoir là-bas que pour réussir à les coincer sur un point concret ça prend des mois et rien que le temps de constituer les preuves tout est déjà modifié, il n'y a aucune structures je te dis c'est vraiment le boxon. C'est bon tu peux le verser je crois que ça va être prêt, on retourne s'asseoir ?

Harry hocha la tête et caressa le crâne de la hulotte beige avec un sourire. Il reprit son verre de whisky pur feu et s'installa dans un fauteuil Louis 14 tandis que le blond s'asseyait en face de lui tout en fouillant dans un énorme dossier. Le Gryffondor prit le temps de le détailler avec précision, il avait une mâchoire bien droite et solide, un visage rassurant marqué par des dizaines de petites rides de sourire et des yeux bruns sombres cerclés d'épaisse montures écailles qui alternaient entre sérieux et foldingue à une vitesse ahurissante. Ses cheveux blonds cendrés raides tombaient en une coupe respectable si ce n'est les quelques vestiges de poudre de Troll qui les tavelaient encore par endroits. Sous ses airs un peu éparpillés l'on décelait tout de même une force peu commune et qui venait encore en contradiction avec la première idée qu'Harry s'était faite de lui. Décidément cet homme ne manquait pas de mystère, ne serait-ce que sa condition, était-il employé au ministère ? mais pour quel statut, celui d'es…

— Tien regarde ça c'est assez extraordinaire, un Auror de chez nous qu'on a envoyé là bas pour aider, c'est son rapport, et je te jure que c'est un gars hyper sérieux. Harry le parcouru rapidement des yeux, on y lisait grosso modo que Terry Goldstein, restait assit dans un bureau miteux toute la sainte journée à siroter des Mojitos gracieusement offerts par la maison poulaga-sorcier-argentine en compagnie d'une dizaine d'autres Aurors étrangers et de deux ou trois Aurors locaux. L'endroit qui était censé être le quartier général de la défense était quasiment vide si l'on exceptait les passages en coup de vent de quelques personnes. Et lorsqu'il posait des questions on lui répondait que tous les problèmes étaient centralisés ici et qu'ils avaient eu la chance de tomber sur une période calme.

— C'est incroyable, et Goldstein ne s'est même pas levé le cul pour voir si rien ne clochait ? Il y est resté combien de temps là bas ?

— Trois mois, fit Leon un peu étonné de la réaction du jeune Gryffondor.

— trois mois à boire des mojitos au bord de la plage, elle est belle la conscience professionnelle des Aurors, cracha le Survivant dégouté en jetant le papier sur la table basse.

Et dire qu'il allait s'engager dans quelques mois pour partager le quotidien de cette bande de pignoufs qui prenaient de leur job l'unique dimension de gagne pain. Ça lui lançait dans l'arrière gorge un goût assez âcre alors que l'évidence se faisait chaque jour plus claire que cette voie ne l'attirait vraiment pas et que pourtant tout le monde l'y attendait de pied ferme. Même Sirius et Hagrid qui pourtant ne lui mettaient pas trop la pression pour ça.

Loin de se douter de tout ce à quoi pensait le jeune homme, Dwight tenta de le tempérer un peu.

— Mais tu sais, a priori on ne lui avait pas indiqué la probabilité d'un possible doublage chez les Argentins. On lui avait dit, il y a des problèmes tu te mets à leur service et point barre. Il a obéi voilà tout.

— C'est bien là le problème ne pensez-vous pas ? Il n'a pris aucune initiative. Ce n'est qu'un vulgaire pion.

À ce moment précis une sonnette agréable retentit et Leon s'excusa avant de se lever pour aller ouvrir, épargnant par la même occasion à Harry le risque de devenir lourd en laissant aller son ressentit personnel sur les Aurors. Il l'aurait à coup sûr regretté un peu plus tard. Une jeune femme entra dans le hall, emmitouflée dans une énorme écharpe de laine et tous sourires, portant dans ses bras ce qui devait être l'équivalent de son poids en sacs de course.

— Ah bonjour monsieur ! , lança t'elle d'une voix essoufflée avant de se diriger vers la cuisine. Harry entendit une imprécation. Merde mais chéri enfin ! Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ! Et comment je prépare ma dinde moi au milieu de tes araignées et de tes crapauds tu m'expliques ?

Elle revint dans le salon tout aussi chargée et déambula à la recherche d'une place libre pour déposer le fruit de ses innombrables achats. Harry la voyant manquer de trébucher lui proposa son aide et ils chargèrent la table basse, enfin elle se redressa et lui tendit une main amicale.

— Julia enchantée ! puis elle ôta son écharpe et secoua ses longs cheveux un peu fins et moucha son nez rougi tout en jetant un clin d'œil à Leon qui observait la scène, la hulotte de nouveau perchée sur le crâne.

— Harry, Julia ma femme. Julia, Harry Potter un ami et collègue. Elle jeta au Survivant une œillade inquisitrice.

— Ah c'est vous qui les avez tous sauvés du désastre de Voldemachin là ? Harry hocha la tête. Vous avez l'air d'être un chouette garçon, vous restez pour diner ? Il jeta un coup d'œil à Dwight qui lui fit un signe du menton de l'air de dire – à toi de décider mon grand — Harry jeta un coup d'œil à sa montre gousset et secoua la tête.

— Je suis vraiment désolé madame mais je dois rentrer, mes professeurs vont me tuer sinon et je suis loin d'être dans leurs petits papiers.

Il dit au revoir à tout le monde et convint d'une liaison régulière de parchemins avec Leon pour approfondir le problème. Leon avait apparemment réussi à faire connecter sa cheminée au réseau de poudre de Cheminette et pouvait donc recevoir des visiteurs à défaut de voyager lui même.

Tout en se dirigeant vers la zone de transplanage pour rentrer au château, un détail qu'il avait omis dans la missive de Sirius lui revint en mémoire « je crains cependant que ce pauvre homme ne nous soit guère utile davantage » Son parrain avait-il dit ça par ce que Dwight était un moldu ? Si tel était le cas, il aurait avec lui une petite explication.