Il avait mal dormi. Pourtant il avait pris de la mélatonine contre le jetlag. Il avait bu beaucoup la veille et avait eu un sommeil agité de cauchemars dans lesquels Rick mourait encore et encore. Pour autant il se sentait soulagé d'avoir partagé son secret avec Yashiro-san.

Il était tôt, trop tôt, mais il texta quand même Yashiro-san pour savoir si lui aussi souffrait du décalage horaire. Il avait faim, fait assez rare chez lui et fouilla le minibar à la recherche de cacahuètes ou de chips. Une mignonette de whisky et une bière... Un peu trop tôt pour boire.

Il s'habilla et descendit dans la rue. L'odeur de la mer. Elle lui rappelait son enfance passée dans les vagues de la crique privée des Hizuri. Il avait toujours adoré l'océan cela lui manquait à Tokyo. Quoi que les studio de télé donnait sur la mer... Mais ça n'était pas pareil.

Il était vêtu d'un pantalon militaire kaki et d'une chemise en lin écru et bien que l'on fut en novembre il avait chaud. Le santa Anna, venu du désert, réchauffait l'air. Ce vent chaud jouait dans ses cheveux, brisant cette image de gentleman toujours bien coiffé.

Il mit le cap sur le bord de mer et repéra une boulangerie ouverte. En entrant il fut assailli par l'odeur des donuts. Il en pris 6 et rentra à l'hôtel.

Son téléphone lui indiqua que Yashiro-san l'attendait. Il frappa à la porte de son manager.

Entre Ren. Euh... J'ai décidé de continuer à t'appeler Ren pour ne pas faire de lapsus, c'est ok pour toi ?

Ok. Merci. Je veux dire pour tout. J'ai acheté des donuts je meurs de faim.

Yashiro-san regarda Ren d'un air amusé, Ren qui avait faim, c'était une première ! Mais lui aussi était affamé et il mordit dans son donuts à pleine dents.

Nous sommes libres jusqu'à 15h. Que veux-tu faire? Tu comptes te préparer pour l'audition?

Non, je suis prêt. Ça te dit d'apprendre à surfer ?

Pardon ?

Oui je suis un bon surfeur, tu veux que je t'apprenne les bases? Allez dis oui !

Ren fit les yeux de chien suppliant, Yashiro-san ne l'avait jamais vu comme ça. Il pensa qu'il voyait maintenant le vrai visage de Ren et non plus cette image parfaite que le jeune homme aimait renvoyer de lui.

Ok dit Yashiro-san, let's go surf.

Yashiro-san ressorti la tête de l'eau, une algue coincé dans les cheveux. Sans ses lunettes il voyait flou et il commençait à trouver l'eau froide malgré la combinaison de néoprène. Ren lui avait enseigné à grimper sur sa planche mais il ne réussissait pas à rester debout dessus plus de trente secondes. Il était crevé! C'était plus physique qu'il ne l'aurait cru.

Ren était impressionnant, il surfait sur les vagues avec une facilité déconcertante, il devait bien l'avouer Ren avait la classe même vêtu de néoprène ! Il avait l'air heureux à jouer dans les vagues, Yashiro-san était rassuré, malgré la difficile confession de la vieille, Ren semblait en paix.

Yashiro-san se dirigea vers la plage, traina sa planche sur le sable et s'essuya le visage dans la serviette de bain achetée un peu plus tôt. Il chaussa ses lunettes sur son nez et observa Ren. Celui-ci venait de prendre une belle vague et se rapprochait de la plage à grande vitesse. Puis il sauta dans l'eau et rejoignît son manager.

Je ne suis pas très doué déclara Yashiro-san

Il faut de la pratique c'est tout. Allons rendre le matériel et prendre une bonne douche. Après on ira se manger un burger.

Il se rendirent à l'hôtel pour se doucher et se préparer pour l'audition. Quand Ren sortit de sa chambre il avait les yeux noirs, Yashiro-san s'en étonna :

Tu ne vas pas utiliser tes yeux?

Si, mais je compte sur l'effet de surprise pour marquer les esprits.

Il mangèrent leurs burgers en silence, ils étaient délicieux mais Ren ne put finir le sien.

Puis Ren les conduisit au studio pour l'audition, ils avaient 30 minutes d'avance. Yashiro-san furetait nerveusement dans ses papiers et Ren commençait à stresser. Il devait être pris !

Le réalisateur les fit entrer dans la salle d'audition. Chacun se présenta et Yashiro tendit un book qui résumait le travail de Ren. Le producteur, monsieur Higgins, félicita Ren pour son rôle dans Tragic Maker, BJ lui avait valu quelques nuits blanches. Ren bien installé dans son personnage de la perfection faite homme remercia humblement. Il passèrent ensuite au vif du sujet. Le réalisateur expliqua qu'il voulait une symbiose entre les deux acteurs, une dynamique qui porte le film. Aussi Kuu Hizuri était là aussi pour l'audition, Ren voyait-il une objection à le faire entrer ?

Avec un calme tout superficiel, Ren acquiesça et son père fit son apparition. Ren le trouva tendu, pour lui aussi c'était un moment important. Il venait retrouver son fils chéri. Il attendait ce moment depuis si longtemps qu'il ne savait plus comment se comporter en face de cet étranger qu'était devenu son fils. Il lui sera la main et se présenta.

Ok la situation est bizarre pensa Yashiro-san, mais Ren reste calme c'est très bien.

Enfin l'audition commença. Ren et Kuu eurent à jouer plusieurs scènes. Ren maitrisait le texte et sa gestuelle était parfaite. Son anglais ne contenait pas la plus petite trace de japonais. Quand le producteur hocha la tête, Yashiro-san souffla intérieurement.

Les scènes choisies n'étaient pas les plus faciles, il y avait la scène où Kunio doit décider son père, Daisuke, à partir de la maison car il s'est mis les quartels mexicains sur le dos. Puis une scène où les deux hommes sont dans la voiture sur la route au milieu de nulle part, et chantent sous l'impulsion de Kunio de vieilles chansons du répertoire américain. Yashiro découvrit à cette occasion que Ren avait une très belle voix de baryton. Enfin la dernier scène était celle du suicide de Kunio, où son père le supplie de ne pas faire ça mais où Kunio n'a pas le choix. C'est sa mort ou le quartel se venge sur son père.

Avant la fin de cette scène Ren s'interrompit brusquement et déclara :

non ça ne va pas, je peux donner plus d'intensité à ce film !

Sur-ce il enleva ses lentilles, envoya l'étui à son père et tranquillement, en fixant Kuu de son regard vert, il finit de déclamer son texte. Kuu, surpris par cet aveu et touché par l'intensité du regard de son fils ne put retenir quelques larmes. La tension, la joie, la tristesse et l'amour entre ces deux hommes étaient palpables.

C'est exactement ce que je veux ! cria le réalisateur.

Alors Ren tourna vers lui son beau regard vert. Le réalisateur resta bouche bée, c'est le producteur qui dit simplement :

Ok gamin tu es pris !

Interdites, Kanae et Chiori ne savaient que faire. Ça devait arriver, Ren était absolument adorable avec sa kouhai et il n'était pas l'homme le plus sexy du Japon pour rien. Elles laissèrent pleurer Kyoko en lui murmurant des paroles d'encouragement et en lui tapotant le dos. Finalement au bout d'une dizaine de minutes, Kyoko, toujours étranglée par les sanglots, releva la tête.

Si ce secret quitte cette salle je vous poursuivrai avec la pire des malédictions ! Avertit elle, une sorte d'aura néfaste l'entourant soudain.

Kanae jura le silence, elle se demanda ce qui pouvait être pire que d'être dans la love me section. Chiori quant à elle argumenta :

Si tu ne lui dis pas, il ne risque pas de le deviner. Ce jeu est perdu d'avance!

Mais puisqu'il en aime une autre... Il lui a offert une bracelet pour le white day... sanglota Kyoko.

Parce que tu sais qui c'est? Dirent en cœur Kanae et Chiori.

Oui, elle compétait avec moi pour le rôle de Momiji...

Morizumi-san ? dit Kanae, non c'est peu probable.

Elle a 17 ans, elle est mignonne, elle a joué au côté de Ren pour un long métrage, elle a reçu un bracelet... Qu'est-ce qu'il vous faut de plus? S'impatienta Kyoko.

Écoute moi, coupa Kanae, je connais une autre jeune fille de 17 ans, qui est lycéenne et que Ren vient spécialement chercher en voiture, avec qui il révise les scènes et qui a pu lui faire un suçon, ne trouves tu pas que cette jeune fille pourrait aussi être le centre d'intérêt de ton sempai?

Alors il aime plusieurs filles ? Finalement c'est bien un playboy. Kyoko était médusée, elle passa à des kilomètres de l'allusion de sa meilleure amie.

Non ce que je veux te faire comprendre c'est que la description est très large et Morizumi-san est une bonne menteuse, repris Kanae.

Elle a essayé de me tuer, dit Kyoko. Elle et sa manager ont chercher à me jeter d'une terrasse après l'audition. Dire que Tsuruga-san est amoureux d'une psychopathe ça me révolte.

Dis-lui ! Chiori ne comprenait pas les réticences de Kyoko.

Que je l'aime ? Jamais. Pour être assimilée à une de ses fan sans cervelle. Non je ne veux faire comme Momiji, elle reste au service de son maitre par amour même s'il en aime une autre. Pour une fois m'accaparer du rôle sera facile.

Morripilante-san a sans doute inventé le cadeau de Ren ! Chiori était fière de son jeux de mot. Cela fit sourire Kyoko, c'était déjà ça.

Je ne pense pas. Ren a offert à presque tout le monde un cadeau. Sauf à moi…

Mais tu ne lui as pas fait de chocolat pour la saint Valentin! Remarqua Kanae.

Non, pas de chocolat, Tsuruga-san n'aime pas les chocolats. Je lui avait préparé de la gelée au vin.

Tu sais cuisiner ce genre de chose. Waouh! S'exclama Chiori.

Là n'est pas la question. Il aurait dû t'offrir quelque chose en retour quand même… souffla Kanae.

Punaise, il a merdé sur ce coup-là pensa Kanae

Il m'a embrassé. Je veux dire il m'a embrassé sur la joue. C'est peut être ça son cadeau.

Les deux copines étaient sans voix, il l'avait embrassée, quelle preuve lui fallait-il en plus, une demande en mariage en prime time ou des poèmes affichés sur les panneaux de Tokyo. Cette fille était désespérante. Pauvre Ren.

Kanae pris le temps de la réflexion, il se faisait tard et le dernier métro était dans 15 min. Changeant de sujet elle reprit :

Donc tu ne porteras pas plainte contre Morripilante-san pour préserver les sentiments de Ren, c'est bien ça ?

Hum hum

C'est profondément débile, tu ne sortiras jamais de la love me section à ce rythme !

C'est ce que m'a dit le président...

Quoi ? Le président savait avant nous ?

Je suis désolée. Je ne vous cacherai plus jamais rien répondit Kyoko en se séparant de ces amies.