Titre : La pièce vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas

Spoilers : commence deux ans après la fin du manga.

Prompt initial par Shirenai

Petit commentaire : Merci pour la review, Lalaiths :) J'espère que ce chapitre plaira également !


Chapitre 2 : Terminus

Il était tôt, beaucoup trop tôt au goût de Roy Mustang, pour que le Quartier Général de Centrale fourmille aussi fébrilement d'activité, signe précurseur de mauvaises nouvelles, il en était certain. Et malheureusement pour lui, Roy avait raison.

« Détournement de train entre Riverdale et West City, annonça Remington avec contrariété, forçant presque l'entrée de son bureau. »

Evans, sur ses talons, lui adressa brièvement un signe de tête, à lui et à Hawkeye puis fit signe au secrétaire dans le couloir de fermer la porte. Mustang laissa tomber son stylo et soupira.

« Quand ? Par qui ? Pourquoi ?

- Le train est parti ce matin à 11h15 de la gare de Riverdale en direction de West City, résuma rapidement Remington. Une demi-heure après son départ, soit environ 20km après Riverdale, le contact radio a été perdu avec le train. 15 min plus tard, un signal radio a été émis pour annoncer le détournement du train. Les preneurs d'otages ne précisent ni revendication claire ni affiliation à quelque groupe d'activistes. Ils prévoient en revanche de faire exploser le train et tous les passagers à bord.

- Ils ont forcément une revendication. Personne ne fait sauter un train pour le plaisir. Je veux savoir ce qu'ils veulent.

- Le colonel Cochrane du Quartier Général de l'Ouest est en charge de l'affaire et fait son maximum, assura Remington. Pour l'instant, nous savons que 167 passagers sont à bord. Cochrane nous communiquera la liste dès qu'elle sera à sa disposition et ne manquera pas de l'éplucher. »

Remington marqua une pause.

« Toutefois, je doute d'une quelconque affiliation à un groupe terroriste, monsieur. »

Et nous y revoilà. Les conflits avec Drachma et Creta avaient toujours existé. Et la chute du régime Bradley n'y avait rien changé. Les groupuscules financés par ces deux pays frontaliers avaient même redoublé de vigueur. Tous ceux qui avaient une revendication, souhaitaient contester le gouvernement ou autre n'avaient pas à chercher bien loin pour obtenir fonds et soutien. Seulement Remington ne parlait pas de ça : depuis quelques mois, des manifestations avaient eu lieu dans l'Ouest pour protester contre le gouvernement en place. Pas de revendications politiques particulières mais les protestations d'une population pauvre, exploitée depuis des années et réclamant des changements. Ces manifestations n'avaient pour le moment pas fait de blessés et l'incendie d'un entrepôt avait constitué la perte la plus grave mais Mustang savait que ce n'était qu'une question de temps avant que l'Ouest ne se transforme en un bain de sang.

"Les ouvriers ? traduisit Mustang. Je n'y crois pas.

- Monsieur, ces délinquants ont brûlé des bâtiments pour se faire entendre…

- Il y a un pas, un monde, entre brûler deux entrepôts pour dénoncer une "exploitation" et détourner un train, le coupa calmement Roy. Cherchez encore."

Le désaccord et la rage d'avoir été rappelé à l'ordre devant deux femmes – dont une civile – colorèrent le visage du militaire d'une belle teinte orangée. Remington semblait bouillonner de l'intérieur mais Dieu merci il garda le silence et préféra se draper dans sa dignité bafouée.

"En attendant, intervint Evans, la nouvelle ne va pas tarder à se répandre et les médias vont commencer à poser des questions. J'ai besoin d'avoir les réponses. Que compte faire le général Cochrane ?,

- C'est bien là, le problème, répondit Remington avec tout le fiel dont il était capable. Cela dépend entièrement du train : la typologie du terrain ne nous permet pas d'envisage quelque tentative qu'il soit dans la région, trop découverte. Le train devait normalement faire un arrêt à la gare de Foresthill vers 16h30 puis arriver à West City à 20h15. La gare de Forresthill serait idéale pour réinvestir le train mais nous ne savons pas encore pour le moment si le train effectuera son arrêt à mi-parcours.

- Le train aura-t-il suffisamment de carburant pour aller directement jusqu'à West City ? demanda Hawkeye, les sourcils froncés.

- En principe, oui, mais à peine. Le colonel Cochrane prévoit d'évacuer la gare de Foresthill et d'y envoyer des hommes dans l'éventualité où le train s'y arrêterait mais il serait peu probable que les assaillants prennent le risque.

- Et autrement ?" demanda Roy

Autrement, le train arriverait à West City où se faire exploser aurait beaucoup plus d'impact. Mustang jeta un coup d'œil l'horloge. Il était 12h07. Ils avaient moins de cinq heures pour agir avant que le train n'arrive à Foresthill.


Sa maman avait acheté une veilleuse qui éclairait doucement sa chambre la nuit. Une petite étoile qui brillait uniquement pour lui et veillait pendant qu'il dormait. Un soleil pour repousser au loin tous ses cauchemars. Sélim l'aimait beaucoup.

De temps en temps, même si c'était interdit, il se glissait dans sa chambre. Sélim attendait que la nuit commence à tomber, sans quoi on ne voyait pas grand-chose, et sortait la veilleuse du placard. Il s'agissait d'un petit mécanisme astucieux qui faisait intervenir une petite lampe à pétrole et un carrousel de formes métalliques. La lampe n'était pas difficile à allumer. Sélim avait vu sa maman le faire des dizaines de fois et il était suffisamment grand, quoi qu'en dise maman, pour réussir à l'allumer tout seul. Alors, la chaleur de la lampe faisait alors tourner sur elle-même le carrousel et projetait ses formes dans la chambre.

Sélim pouvait rester assis des heures dans sa chambre à regarder les ombres se préciser sur les murs. Avant, aller dans sa chambre une fois la nuit tombée lui faisait peur mais plus maintenant. Maintenant il y avait la veilleuse, toute cette galaxie mouvante rien que pour lui. Sélim pouvait fixer ces ombres des heures entières, jusqu'à ce que maman ne le trouve et ne le gronde encore une fois car il ne fallait pas jouer avec le feu - le feu était dangereux. Mais le jeu en valait la chandelle. Sélim adorait contempler ces étoiles projetées dans sa chambre. Lorsqu'il les regardait, sa tête se vidait peu à peu et le calme s'installait en lui. Ces petites silhouettes réveillaient en lui une certaine nostalgie, l'ombre d'un souvenir. Ces petites silhouettes, comme des millions de petites mains tendues vers lui.


"La liste des passagers nous a été communiquée, monsieur, annonça Hawkeye, en lui tendant un dossier. Aucune personnalité de quelle que sorte n'a été identifiée à bord et le Quartier Général de l'Ouest n'a pas réussi à déterminer une cause de détournement.

- Y-a-t-il une chance que les frères Elric se trouvent à bord ?

- Non, monsieur.

- Même pas Alphonse ? on ne peut vraiment plus compter sur personne, soupira Mustang, d'une voix mélodramatique.

- Vous trouverez également un rapport sur la région, l'informa Riza, impassible."

Le rapport ne lui apprit rien de nouveau. L'Ouest était une immense étendue boisée dont la principale ressource était l'exploitation du bois. Avec le ralentissement de l'économie, de nombreux ouvriers de la région s'étaient retrouvés sans emploi. Des tensions étaient apparues entre les ouvriers et les propriétaires des usines et n'avaient fait que s'accroître jusqu'à ce que deux mois auparavant, des entrepôts partent en fumée, sans heureusement blesser personne. Les gens de l'Ouest étaient en colère et amers. Un bon terreau pour les groupuscules terroristes subventionnés par Drachma et Creta, tous les deux présents dans la région. Tout ce que Mustang pouvait voir dans ce dossier n'était rien d'autre qu'une recette pour une catastrophe, prête à se produire. Un mélange prêt à exploser.

"Evans a-t-elle également une copie de ce dossier ?"

Hawkeye hocha la tête avec un air d'évidence.

La conférence de presse avait été annoncée pour 14h et dix minutes avant, déjà, une dizaine de journaliste patientait devant l'estrade spécialement installée pour l'occasion. Audra vérifia sa tenue et ses notes une dernière fois puis poussa la porte de service.

Les conférences de presse se déroulaient directement devant le Quartier Général. C'était une chose qui était apparue avec l'arrivée de Mustang au pouvoir. Auparavant, le journal officiel du gouvernement délivrait les informations que le pouvoir jugeait pertinent de faire partager, soit pas grand-chose. Les autres journaux étaient libres de développer davantage, creuser l'information mais attention : toujours en suivant la ligne donnée par le pouvoir. Avec le changement de gouvernement, la presse s'était progressivement libérée. Les média étaient libres de critiquer les actions du pouvoir et les conférences de presse avaient dû être mises en place comme signe de transparence du gouvernement mais également pour éviter que le standard téléphonique du Quartier Général ne soit pris d'assaut. Et il s'agissait du rôle d'Evans de les assurer. Les journalistes s'agitèrent en la voyant. D'un geste de la main, Audra ramena le silence.

"Bonjour à tous, j'imagine que vous avez tous entendu parler du détournement de train de Riverdale."

Le brouhaha reprit de plus belle et Audra dut encore une fois ramener le calme. Elle résuma le plus succinctement la situation : un train au départ de Riverdale à 11h15 avait été détourné une demi-heure après avoir quitté la gare. Il était censé s'arrêter à 16h30 à Foresthill et à 20h15 à West City mais rien n'était moins sûr. 167 passagers étaient à bord de ce train. Aucune revendication n'avait pour le moment été faite et le gouvernement faisait tout son possible pour résoudre rapidement ce problème.

Une main se leva. Première question : « Le gouvernement sait-il pour quelles raisons le train a été détourné ?

- Comme je viens de le dire, aucune revendication n'a été portée à connaissance du gouvernement. Les causes restent donc encore floues mais le gouvernement fait tout son possible pour en savoir plus, rapidement.

- Le contact radio est-il toujours possible avec la locomotive ?

- Nos soldats restent à l'affût du moindre message et tentent de communiquer avec le train mais nous n'obtenons aucune réponse de leur part.

- Le gouvernement prévoit-il d'agir ?

- Bien entendu. Vous comprenez également que pour la sécurité des passagers, il n'est pas possible de donner plus de détails » répondit Evans avec un sourire indulgent à l'attention du journaliste en question.

Jusque-là tout se déroulait correctement. La presse restait encore prudente et aucun journaliste ne se risquerait à poser des questions embarrassantes. Audra Evans inspira et continua de répondre aux questions posées. Un journaliste du Daily News leva alors la main :

« Pensez-vous que ce détournement a un rapport avec les troubles récents qui ont eu lieu dans la région de West City ?

- Ce que je pense n'a que peu d'intérêt, répliqua Audra. En revanche le président Mustang doute réellement que nos concitoyens, même désespérés et en colère, puissent être à l'origine d'un tel acte malfaisant.

- Il ne pense donc pas que les trois membres de la Fédération du Bois embarqués à bord du train n'aient un quelconque rapport avec le détournement ?" continua le journaliste.

Evans haussa les sourcils : "Excusez-moi ?

- Parmi la liste des passagers figurent trois membres de la Fédération du Bois Industriel. Ceux-ci sont connus dans la région pour être des acteurs majeurs dans les revendications ouvrières. Il me semble par ailleurs que le gouvernement, ou en tout cas le Quartier Général de l'Ouest, les a soupçonnés d'être liés, sinon à l'origine, de plusieurs troubles, continua le journaliste. Le président Mustang ne pense donc pas qu'ils aient quelque chose à voir avec le détournement du train ?"

Audra se força à sourire. Comment cet enfoiré pouvait-il en savoir plus qu'eux-mêmes ?

"Nous n'avons aucune preuve que ces trois personnes soient à l'origine du détournement. Aux dernières nouvelles, prendre un train ne fait pas de vous un criminel, répondit la jeune femme de sa voix la plus douce. Le gouvernement s'efforce de prendre contact avec la locomotive afin de déterminer les raisons du détournement."

D'un signe de la tête, elle fit comprendre que la séance de questions était arrivée à son terme et descendit de l'estrade. Comment cet enfoiré pouvait-il en savoir plus qu'eux-mêmes ? se redemanda Audra. Aucune urgence pour le moment mais les journaux ne manqueraient pas de souligner très vite l'incapacité du gouvernement Mustang à gérer correctement cette crise et appréhender les coupables. Elle regagna le Quartier Général l'air de rien puis une fois hors de vue, fonça vers le bureau de Mustang.

"La liste des passagers est entre les mains des journaux.

- Je vous demande pardon ?"

Mustang était au beau milieu d'une réunion avec diverses personnes mais la bombe que venait de lâcher Evans y mit fin instantanément. Rapidement, Hawkeye évacua la pièce.

"Un journaliste avait la liste des passagers, reprit Audra une fois les portes du bureau refermées, et il en savait beaucoup plus que nous. Apparemment, trois membres de la Fédération du Bois Industriel étaient à bord de ce train. Trois membres qui sont connus pour ne pas être des citoyens irréprochables. Je n'étais pas au courant et je vois à votre visage que vous non plus. Il faut que nous fassions quelque chose."

Mustang jura.

"Depuis quand avons-nous la liste ?

- 13h10, répondit Hawkeye. Pour avoir eu le temps de l'éplucher, ce journaliste devait l'avoir depuis au moins autant de temps que nous. Sauf si on leur a spécifiquement indiqué ces trois noms.

- Nous passons à côté de l'essentiel, reprit Evans en secouant la tête. Comment se fait-il que nous ne soyons pas au courant de cette information ?

- Je vais l'étrangler, grogna Mustang en se levant de sa chaise. Trouvez-moi Remington, demanda-t-il à son secrétaire."

L'officier ne fut pas long à venir, un sourire victorieux aux lèvres.

"L'étude de la liste des passagers révèle que…

- Nous savons, trancha Roy.

- Je vous demande pardon ?

- Trois membres de la Fédération du Bois sont à bord de ce train. Un journaliste vient de nous l'apprendre en pleine conférence de presse."

Le visage de Remington se ferma : "Pensez-vous toujours qu'il n'y ait aucun lien avec les incidents du mois dernier, monsieur ?

- Cela n'a aucune espèce d'importance, répondit Mustang, stupéfait. Croyez-vous jouer à un jeu où l'on compterait les points ? L'important serait de savoir pourquoi le public a accès à cette liste. Pas seulement ce journaliste mais bientôt tous les journaux. L'important serait de savoir pourquoi cette liste a été dévoilé il y a aussi longtemps, pourquoi vous venez m'annoncer cette grande nouvelle, après qu'un journaliste nous l'ait appris et surtout, surtout, l'important serait d'arrêter ce train. Voilà, ce qui est important.

- Sauf votre respect, mon excellence, poursuivit Remington, impassible, je pense que votre indulgence envers la population civile vous rend aveugle.

- Sauf votre respect, général, je n'ai que faire de votre avis, répliqua Mustang. Je veux ce train arrêté au plus vite. Est-ce que c'est compris ?"

Remington ouvrit la bouche puis la ferma sans prononcer un mot, une lueur défiance évidente dans ses yeux. Une phrase de Mustang suffit à le congédier. Mais tout ceci allait avoir un prix et Roy comptait sur Remington pour le lui faire payer au centuple.

"Espérons juste qu'il ne soit rien d'autre qu'un imbécile, soupira-t-il.

- Espérons", répéta lugubrement Audra.

Parce que la suite ne leur fut pas plus favorable : à 16h30, le train ne s'arrêta pas tel que prévu à Foresthill. Il continua sans course sans même ralentir et les hommes de Cochrane postés en gare n'y purent pas grand-chose. Mauvaises nouvelles pour le gouvernement de Mustang, songea Audra avec un certain détachement qui la surprit elle-même. Des années de journalisme dans un état rongé par le totalitarisme y étaient sûrement pour quelque chose. Elle vérifia le nom sur la porte – Oliver Bald – et toqua.

Le Daily News était l'un des journaux de Centrale les plus lus. Ses bureaux se trouvaient dans un quartier populaire de la ville, bien loin des quartiers résidentiels, et seule une pancarte défraîchie annonçait les locaux du journal. Non pas qu'Audra ait eu du mal à trouver : elle-même avait travaillé non loin de là pendant des années. Tous qu'ils étaient affairés à la publication d'une édition spéciale, personne ne fit attention à elle lorsqu'elle se faufila dans les locaux. Trouver le bureau du journaliste qui l'avait interpellée durant la conférence de presse ne fut ensuite guère difficile.

"Entrez !"

La salle en question ressemblait davantage à une salle d'archive qu'à un bureau à proprement parler : chaque mur était occupé par de grandes bibliothèques dont les étagères ployaient sous les classeurs et livres. Çà et là, des coupures de presse épinglées contre les murs, annotés. Une minuscule fenêtre permettait au jour d'entrer et un bureau avait été coincé dans un coin de la pièce entre deux immenses piles de journaux. Derrière lui, le journaliste qu'Evans avait vu le matin même.

"J'espère que vous ne me dérangez pas pour rien. J'ai un travail à finir avant l'édition du soir !

- Je suis justement ici concernant votre article, monsieur Bald."

Celui-ci daigna relever la tête et fronça les sourcils, en la reconnaissant.

"Madame Evans, j'imagine que le gouvernement vous envoie ?"

Mais cette question sonnait davantage comme une affirmation.

"J'aimerais vous parler de la conférence de ce matin, attaqua Audra sans se soucier de formules de politesse inutiles"

Visiblement, Bald s'attendait à recevoir une visite. Il se recula dans sa chaise et croisa les bras, la laissant poursuivre.

"J'aimerais savoir comment vous avez eu la liste des passagers.

- Vous, plus que quiconque, devriez savoir qu'un journaliste ne révèle jamais ses sources.

- Vous, plus que quiconque, devriez savoir que toutes les informations ne sont pas bonnes à révéler, répliqua calmement Audra. Je me fiche pertinemment de ce que vous allez écrire dans votre article sur le gouvernement. En revanche, cette liste est dangereuse. Irez-vous jusqu'à citer les noms de ces trois hommes dans votre article ? Vous n'ignorez pas qu'il peut y avoir des représailles envers la famille, une chasse aux sorcières… Que direz-vous alors lorsque leurs femmes, leurs enfants se feront lapider alors que nous n'avons aucune preuve de leur culpabilité ? Que ferez-vous si nous nous rendons compte qu'ils n'ont rien à voir avec ce détournement ? "Oh pardon, nous voulions juste l'exclusivité ?" A quoi exactement…

- Le gouvernement n'est-il pas censé être neutre ? ne pas interférer avec la presse ? la coupa Bald, impatient. Vous ne pouvez pas censurer mon article.

- Je ne veux pas censurer votre article. Je veux juste savoir d'où émane la fuite : l'administration militaire ou bien celle de la gare. Parce qu'un jour, garder la liste des otages secrètes pourrait bien sauver des vies.

- Parce que vous prévoyez d'autres prises d'otages ?" railla Oliver.

Audra l'ignora et soutint son regard jusqu'à ce que le journaliste tire un dossier de son tiroir.

"Vous n'allez pas apprécier."

A 17h, l'ambiance était devenue anxiogène au sein du Quartier Général de Centrale.

Les troupes du Colonel Cochrane s'apprêtaient à mener l'assaut et leur plan n'était pas sans défaut : avant que le train ne parvienne à West City et ne puisse avoir un impact considérable, le colonel Cochrane avait choisi un terrain vallonné, cerné par les cèdres géants, là où faire atterrir une section d'hommes sur le toit du train était possible. Dangereux, mais possible. Le plus discrètement possible – si atterrir sur le toit d'un train pouvait être discret – cette douzaine de soldats devait se disperser dans tout le train, en reprendre le contrôle et limiter au possible les pertes humaines de leur côté ou du côté adverse pour permettre des interrogatoires poussés. Mustang ne pouvait malheureusement qu'attendre près du téléphone.

"Parachutez-moi sur ce train et je le nettoie illico presto"

Hawkeye leva un sourcil sceptique : "Vos nouveaux pouvoirs ne vous rendent pas invincible, Monsieur"

Mustang fit la grimace. Depuis que Selim l'avait forcé à ouvrir la porte, Roy pouvait effectivement se passer de cercle et adopter un nouveau style de combat un peu plus défensif et efficace, et ce, indépendamment de la météo. Il s'était entraîné et parvenait désormais à passer sans problème d'un genre à un autre. Néanmoins, parce qu'il restait le Flame Alchemist mais également pour des raisons stratégiques, Mustang continuait à utiliser ses gants lors des rares occasions où une démonstration d'alchimie lui était demandée. Mieux valait ne pas dévoiler son joker avant l'heure. C'était une chose qu'il avait retenue de Bradley.

"J'aurais mille fois préféré être dans ce train plutôt que d'attendre d'aussi loin. Qui sait ce qui s'y passe…"

Ce n'était pas tant le fait de ne plus être sur le terrain, de ne plus pouvoir prendre à bras le corps les problèmes que regrettait Mustang mais plutôt de ne pas être sûr de ce qui s'y produirait là-bas : l'armée avait changé. Ce n'était plus un corps soudé qui n'avait pas d'autre choix que de faire bloc face aux assauts des pays frontaliers et autres soulèvements. Des mouvances se dessinaient dans ses rangs, mouvances plus ou moins loyales à son commandant en chef et le nettoyage qui avait suivi la chute du gouvernement Bradley n'était sans doute pas sans rapport, reconnaissait avec regret Roy. Un regard échangé avec Riza lui assura qu'elle avait parfaitement compris ce qu'il voulait dire.

A 17h35 le coup de fil fatidique était passé : l'assaut avait été rapidement donné. En un peu plus de six minutes, la section d'hommes était parvenue à reprendre le contrôle du train et éviter les pertes du côté civil. Malheureusement les choses ne s'étaient pas aussi bien déroulées dans la locomotive. Les hommes du colonel Falcon n'avaient pas réussi à neutraliser les preneurs d'otage sans les tuer. Les autres s'étaient débrouillés pour sauter du train en marche ou bien à se suicider une fois capturés.

"Pas un seul assaillant n'a survécu ? résuma Roy, d'une voix incrédule.

- Non, Généralissime." La voix de Falcon grésilla au bout du fil. "Notre priorité était de reprendre le contrôle du train et d'assurer la sécurité des passagers."

Les restes du gouvernement Bradley. Aucune pitié pour ses opposants, quels qu'ils soient.

"J'imagine qu'étant donné les circonstances, le résultat obtenu n'est pas si mal", répondit-il en tentant de masquer la résignation dans sa voix : les bourdes commençaient à s'accumuler un peu trop à son goût. "Colonel, j'attends votre rapport au plus vite."

A côté de lui, Riza n'avait pas perdu une miette du rapport préliminaire que venait de lui faire Falcon. Roy et elle échangèrent un regard éloquent.

"Quelque chose ne va pas dans cette chaîne de commandement, affirma calmement Mustang" et c'était la raison pour laquelle il avait court-circuité tant d'échelons dans la hiérarchie. Falcon aurait dû faire son rapport au Général Cochcrane, en charge du Quartier Général de l'Ouest, et jamais au Généralissime en personne.

"Vous pensez que quelqu'un a saboté le dossier, traduisit Riza.

- Je constate que beaucoup trop d'erreurs ont été commises, reformula Mustang, soucieux de ne pas sauter aux conclusions."

Riza eut un sourire cynique : c'était exactement ce que Mustang avait voulu dire et elle le savait. Il était simplement devenu plus à l'aise avec la langue de bois.

Et dire que deux adolescents de 16 et 14 ans ont réussi à faire mieux, soupira-t-il."


La chambre de Sélim était méconnaissable. Les jouets jonchaient le sol et deux chaises en plastique gisaient renversées.

"Baisse-toi, il va nous voir, chuchota Elysia à l'oreille de Sélim." Celui-ci fit de son mieux pour se dissimuler derrière le tas d'oreiller mais il n'était pas serein. Même sans le voir, la bête pouvait le sentir. Et la pluie qui tambourinait à la fenêtre ajoutait à l'atmosphère anxieuse. "Il vient par ici !

- Chuuuuut"

Se faire le plus petit possible derrière le Mont Marshmallow et ensuite quoi ? Ils n'avaient plus d'issue. Derrière eux s'étendaient le puit sans fin. Le parquet grinça alors que la chose s'avança vers eux. Mais peut-être que… ?

'Sélim, saute sur la tortue !"

Le petit garçon secoua la tête : "Elle est beaucoup trop loin, je ne l'atteindrai jamais.

- On ne peut pas rester ici ! rétorqua Elysia.

- Alors on saute ensemble"

Le petit garçon sembla surpris par sa propre proposition mais avant qu'il ne puisse rajouter quelque chose, Elysia lui attrapa la main et s'élança dans le vide dans un grand cri.

"Mais qu'est-ce qui se passe ici ? demanda Mary, perplexe lorsqu'elle découvrit les deux enfants hilares sur le pouf vert."

Grace passa également une tête dans la chambre et sourit : "Il faudra ranger tout cela après avoir joué les enfants », avant de pousser Mary dans le couloir. "Lorsque Maes jouait avec Elysia…"

"Qui est Maes ? demande Sélim." Il n'avait jamais entendu ce nom auparavant.

"Mon papa, répondit joyeusement la fillette en relevant les chaises.

- Je ne l'ai jamais vu.

- C'est parce qu'il est mort.

- Qu'est-ce que tu veux dire, il est mort ? s'interrompit Sélim, oreiller dans les bras.

- Ça veut dire que mon papa est parti et il ne reviendra plus : il nous regarde depuis les étoiles."

Le petit garçon resta perplexe : "Je croyais que tu étais comme moi, que tu n'avais pas de papa.

- Tout le monde a un papa.

- Pas moi.

- Tout le monde a un papa, répéta Elysia, sûre d'elle, même s'il n'est plus là. Peut-être que le tien aussi est dans les étoiles ?"


Le rapport préliminaire de Falcon leur parvint tard dans la soirée, à la demande de Mustang. Réunis dans son bureau, Evans, Hawkeye et lui tentaient de faire un point sur la situation.

"Aujourd'hui, un train a été détourné entre Riverdale et West City à l'heure estimée de 11h45. Toutefois, aucune revendication n'a été faite et aucun passager dont la renommée ou l'importance aurait pu justifier une rançon n'était à bord, résuma Hawkeye. On peut toutefois noter que l'analyse de la liste de passagers révèle que trois membres du la Fédération du Bois étaient à bord, sans que cela ne nous permette de tirer de conclusions. Une section dirigée par le colonel Cochrane a réussi à prendre contrôle du train à 17h35. 6 assaillants ont pu être neutralisés et capturés par les forces militaires. Aucun n'a pu nous renseigner concernant le groupe terroriste à l'origine de ce fait. Néanmoins, le modèle de leurs armes suggèrent que ces hommes auraient été financés, sinon fournis par Drachma."

Un silence lourd accueillit les paroles de Riza.

"Deux points suspicieux parsèment ce dossier, reprit-elle, lasse. Il était tard et ne restaient plus qu'eux dans le bureau de Mustang. Riza n'avait plus la patience de garder son masque d'impassibilité. En premier lieu, l'absence de revendications : Aucune revendication n'a été réalisée par qui que ce soit. Pourquoi se donner la peine de détourner un train sans en indiquer la raison ? Ou le message n'est-il simplement jamais arrivé ? Deuxièmement, comment se fait-il que la liste des passagers se soit retrouvée entre les mains d'un journaliste ? Celui-ci savait que trois membres de l'industrie du bois se trouvaient à bord : lui a-t-on indiqué ou bien a-t-il eu le temps d'analyser la liste ? dans le second cas, depuis quand la liste se trouvait-elle à sa disposition ?

- Vous n'allez pas du tout aimer la réponse à ces questions, prévint Audra avec une grimace.

- Vous êtes allée parler avec le journaliste ?"

Evans hocha la tête : "Je n'ai pas fait peser l'autorité du gouvernement dans cette action, si cela vous inquiète. J'ai fait appel à son bon sens civique.

- Et donc ?

- La liste lui a été remise peu de temps avant la conférence, dans un pli qui lui était directement adressé. L'agence était en effervescence si bien que personne n'a prêté attention aux allers et venues aujourd'hui. Personne a priori n'a pu voir qui a déposé cette liste. Les noms des trois membres de la FB étaient soulignés mais le journaliste en question, Oliver Bald, n'en a vu l'intérêt qu'à l'annonce du détournement du train.

- Peu de temps avant la conférence ? répéta Hawkeye. Soit à peu près au même moment que nous.

- Bald dit avoir eu à peine le temps de vérifier les informations auprès d'un de ses contacts de la Société Ferroviaire, avant la conférence."

Cette information obtenue par Evans amenait plus de questions et d'hypothèse qu'elle ne répondait à leur question. Qui avait divulgué cette information ? Un contact peu bienveillant envers les industries du bois avait-il pu obtenir la liste de la station de Riverdale ? Ou un membre de l'armée avait-il volontaire divulgué ces informations pour diriger l'opinion publique ?


Sélim était inhabituellement calme au diner. Le nez plongé dans son bol de soupe, il n'avait pas ouvert la bouche depuis le départ de la petite Elysia. Mary l'observa. Grave et renfermé, Sélim semblait une fois encore trop sérieux pour ses cinq ans. Elle avait bien tenté de parler, avec l'espoir de le distraire mais ses paroles n'avaient même pas eu l'air de l'atteindre. Mary avait un mauvais pressentiment. Sûrement la fatigue, se raisonna-t-elle.

"Maman ?"

Elle sursauta, imperceptiblement, mais fut soulagée d'entendre la voix de son fils.

"Oui, mon chéri ?"

Sélim leva la tête de son bol de soupe, une petite tâche au coin de la bouche.

"Elysia dit qu'elle avait un papa avant, commença-t-il lentement. Elle dit que tous les enfants ont forcément un papa, même s'il n'est plus là."

Mary mâcha lentement son morceau de pain pour se donner le temps de se calmer. Voilà donc la raison pour laquelle le petit garçon avait été aussi calme cet après-midi après le départ d'Elysia. La fillette lui avait parlé de son père et Sélim commençait à se poser des questions. Il grandissait, pensa-t-elle avec une tendresse. Pourtant, pour une raison qu'elle ignorait, cette question éveilla chez elle un malaise, un sentiment rampant de peur qu'elle ne put s'expliquer et qui la surprit elle-même. Il ne s'agit que d'une question innocente que n'importe quel enfant aurait pu poser, se morigéna-t-elle.

"C'est vrai, mon chéri, répondit finalement Mary.

- Est-ce que j'avais un papa, moi aussi ?"

Elle hocha la tête : "Tu en avais un, oui, mais il a disparu lorsque tu étais tout petit. Tu ne dois pas réellement te souvenir de lui, je pense, et c'est normal."

Le petit garçon resta silencieux, jouait avec sa cuillère dans le fond de soupe qui restait dans son bol.

"Je pense que je me souviens, dit-il lentement, les yeux ouverts dans le vide, concentré à se souvenir. Je l'appelais "père", n'est-ce pas ?"

"Je l'appelais "père", n'est-ce pas ? ». Ce vocabulaire n'appartenait pas au nouveau Sélim, trop soutenu pour un enfant de 5 ans. Mme Bradley frissonna sans pouvoir se contrôler. Cette phrase avait été dite par l'ancien Sélim, elle en était certaine.

Pourtant, cela ne voulait rien dire, n'est-ce pas ? Il était inévitable que l'enfant se souvienne d'au moins une partie de son ancienne vie, cela ne signifiait rien du tout et elle n'avait pas à s'en préoccuper.

"Oui, tu l'appelais "Père".

- Est-ce qu'il jouait avec moi ?"

De nouveau, le ton insouciant de l'enfant. Mary sourit mais le malaise qui l'étreignait ne disparaissait toujours pas.

"Ton père était un homme occupé, le Généralissime de ce pays. Il n'avait malheureusement pas le temps de jouer avec toi et je suis sûre qu'il en était désolé

- Généralissime", répéta Sélim pour lui-même, le nez toujours dans son assiette. Ce titre ne devait pas lui évoquer grand-chose et Mary se sentit obligée de fournir d'autres petits détails qui pourraient peut-être lui donner l'impression d'avoir connu son père.

"Ton papa s'appelait King Bradley. Il était originaire du sud, ses parents avaient une ferme."

L'enfant secoua la tête : "Je l'appelais "Père". Je ne me souviens de rien d'autre.

- Tu étais bien jeune lorsqu'il a disparu, expliqua doucement Mary. Il est normal que tu ne te souviennes pas de tout."

Toujours le silence. Sélim continua de jouer avec sa soupe. Face à son trouble, Mary chercha à le rassurer : "Tu étais tellement jeune lorsque ton papa a disparu. Il est normal que tu ne te souviennes pas beaucoup de lui. Je ne pense pas qu'il en aurait été blessé.

- Je me souviens de son visage, protesta le petit garçon avec une véhémence qui surprit sa mère. Je me souviens. Il avait de longs cheveux blonds et une barbe, n'est-ce pas ?"

Un frisson parcourut la colonne vertébrale de Mary. Blond et portant la barbe ?


To be continued

J'espère que ce chapitre vous a plus et que le confinement ne vous pèse pas trop !

Il m'a été relativement profitable jusque-là :)