Titre : La pièce vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas
Spoilers : commence deux ans après la fin du manga.
Prompt initial par Shirenai
Petit commentaire : Merci pour les reviews, Lalaiths :) J'espère que ce chapitre plaira également !
Chapitre 3 : Fenêtre sur cour
Selim n'aimait pas les lundis matins car le lundi était le jour du vieil homme aux mains froides.
Tous les lundis matins sans exceptions, un vieux monsieur, accompagné d'un homme en noir, sonnait à la porte à 9h précises. Sa mère, l'air mécontent, s'empressait de lui ouvrir et, invariablement, lui demandait s'il souhaitait boire quelque chose. Un café ? Un thé peut-être ? Le vieil homme secouait la tête et lui tendait sans un mot son chapeau et son imperméable gris. Conservant sa lourde sacoche noire à la main, il s'approchait de Selim et lui caressait la joue du bout de ses longs doigts froids en demandant : « Eh bien ? Quelles surprises nous réserves-tu aujourd'hui ? ». Ce qui en soi était stupide car tous les lundis matins se déroulaient toujours de la même façon.
La toise puis la balance. Le vieil homme posait ensuite un instrument très froid sur sa poitrine et lui demandait de faire toutes sortes de choses. Tousser, respirer très fort. Il lui palpait les bras, les jambes, les os du dos, sous le regard réprobateur de sa mère qui, les lèvres pincées, se restait dans un coin de la pièce sans toutefois jamais intervenir. Une fois toutes ces manipulations faites, le vieil homme échangeait quelques mots avec l'homme qui l'accompagnait, un grand roux dans un long manteau noir. Et aucun des deux n'avait le moindre mot pour Selim.
Non, Selim n'aimait pas les lundis matins.
Roy Mustang n'aimait pas les lundis matins et encore moins, le premier de chaque mois.
Le premier lundi de chaque mois les quatre généraux de corps d'armée – Armstrong dirigeant le Nord, Ravier le sud, Cochrane l'Ouest et Grumman l'Est – se réunissaient au Quartier Général de Central pour rencontrer le Généralissime. Le premier lundi de chaque mois était donc l'occasion pour Roy de prendre connaissance des principaux sujets – urgents et critiques ou pas – de chaque région et Mustang n'était pas toujours certain de savoir s'il s'agissait ou non d'un gigantesque guet-apens, ses généraux tous prêts à lui sauter à la gorge. Lorsqu'il poussa les lourdes portes de la salle du conseil – Hawkeye fort heureusement derrière lui – ses quatre généraux l'attendaient déjà, à divers stades d'agacement.
« Monsieur le Président ! Quel bonheur de vous revoir, s'exclama ironiquement Olivia, bras croisés sur sa poitrine. Vous allez enfin avoir l'occasion de nous expliquer pourquoi la moitié des habitants du pays veulent encore une fois nos têtes sur un piquet ! »
Voilà qui donnait un bon aperçu de l'ambiance générale. Grumman pouffa dans son rire et marmonna dans son thé, quelque chose sur l'impétuosité de la jeunesse.
Les généraux de l'Est et du Nord étaient ceux dont Roy se méfiait le moins sans pour autant se voiler la face sur leurs intentions : Grumman n'hésiterait pas à reprendre la place de Généralissime dès qu'il en aurait l'occasion et Armstrong serait prête à lui trancher elle-même la tête si elle estimait que sa politique mettait en danger le corps militaire. Néanmoins, aucun des deux ne s'opposeraient publiquement à lui. Pas pour une question de pouvoir. En revanche, Mustang ne faisait nullement confiance à Cochrane et Ravier : bien que Cochrane ne soit abstenu de toute prise de position contre Mustang, que ce soit en privé entre les murs de la salle du Conseil ou de façon plus publique, l'Ouest avait toujours soutenu Bradley et le récent détournement de Foresthill laissait planer un doute sur la loyauté du général en charge de l'Ouest. Ravier, de son côté, questionnait systématiquement les actions de Mustang.
« Quel enthousiasme, général Armstrong ! J'étais sûr que nos réunions mensuelles vous manquaient, répondit suavement Mustang avant de saluer ses autres généraux. »
Armstrong lui lança un regard dédaigneux mais ne répondit pas et salua Hawkeye d'un signe de tête. Mustang s'asseyant, la réunion put enfin commencer. Les généraux présentaient généralement un point d'avancement les uns après les autres, sur les principaux sujets en cours dans leurs régions : attaques aux frontières, paix civile et criminalité etc. Les enjeux étaient bien sûrs différents, d'une région à une autre – le Nord était régulièrement harcelé par Drachma et Armstrong se faisait un plaisir de leur rappeler que seule la résilience de ses trompes permettait au pays de vivre en paix. Au contraire, le Sud remontait davantage des problèmes de conflits et cohabitation sur son territoire. Le général Armstrong débutait habituellement la séance, selon l'ordre établi par l'habitude, mais pas cette fois. Les yeux étaient rivés vers Cochrane, le détournement de Forest Hill ayant fait la une des journaux du pays.
Sans se laisser déstabiliser, Cochrane se lança dans un résumé concis de la situation : le train de 11h15 au départ de Riverdale avait été détourné le jeudi 13. A 11h35, le centre de contrôle avait perdu tout contact avec la locomotive, malgré des tentatives répétées de prise de contact. A 11h50, toutefois, les terroristes avaient revendiqué leur appartenance au Front de Libération de l'Ouest. Seulement, ce message n'était jamais parvenu jusqu'aux gradés du quartier général de l'Ouest. Il s'agissait là de la première anomalie dans la gestion de cet incident et l'information n'était remontée que très récemment au Quartier général de l'Ouest. Conscient des regards posés sur lui, Cochrane continua sobrement : "Le QG mènera une enquête poussée afin de déterminer l'origine du dysfonctionnement.
- A vrai dire, général, l'interrompit Mustang, je souhaiterais que l'enquête soit réalisée de façon conjointe avec le quartier général de Central. Des informations critiques ont volontairement été divulguées à la presse afin d'orienter l'opinion publique contre le mouvement ouvrier de l'Ouest alors cette enquête m'intéresse tout particulièrement.
- Le Front de Libération de l'Ouest n'est pas inconnu et ce n'est pas la première fois que des informations militaires atterrissent entre les mains de la presse depuis que nous ne contrôlons plus ce qu'ils publient, fit remarquer Ravier, lisant à peine la copie distribuée par Hawkeye. Je ne vois pas en quoi cette affaire nécessiterait l'implication de Centrale.
- Car c'est la première fois que l'information atterrit dans les mains d'un journaliste, répondit Mustang. Au moment exact où la remontée d'information dysfonctionne. Cela pourrait très bien être une coïncidence, deux anomalies distinctes. Mais cela pourrait également signifier qu'un troisième acteur est rentré en jeu et utilise cet événement pour servir ses propres intérêts."
Ravier haussa un sourcil : "Vous pensez qu'une personne aurait détourné l'information et divulgué cette liste pour discréditer les soulèvements de l'Ouest ?
- Drachma et Creta auraient tous les deux intérêts à ce que Centrale ne s'en prenne à la population civile pour pouvoir ensuite nous attaquer, acquiesça Armstrong. Tactique de base.
- Rien ne l'indique pour le moment, temporisa Roy. Il pourrait s'agir d'une erreur toute bête ou d'un oubli.
- Ou alors qu'en plus d'un dysfonctionnement de la chaîne de commandement, l'Ouest aurait un espion dans ses rangs. »
Toujours compter sur Olivia pour s'attendre au pire et appuyer là où ça fait mal. Cochrane la fusilla du regard : « Je ne tolèrerai pas que qui que ce soit remette en question la loyauté de mes troupes.
- Cela s'est déjà vu par le passé, général, répondit froidement Armstrong. Je comprends que l'idée ne vous plaise pas. Néanmoins à votre place, je m'assurerais personnellement que les têtes déviantes tombent.
- Ne nous précipitons pas, intervint Grumman, coupant Cochrane. Je suis certain que le généralissime ne remettait nullement en cause la loyauté de vos troupes. En revanche, l'enquête devra faire la lumière sur les raisons pour lesquelles les informations ne sont jamais remontées jusqu'à Centrale."
Cochrane décocha un dernier regard meurtrier à Armstrong mais ne répondit pas.
"De la même façon, continua Roy d'une voix posée, elle nous permettra de savoir si une faute a été commise en ce qui concerne la liste des passagers : comment se fait-il que cette liste ait été rendue publique ? comment les journaux en ont-ils pu avoir connaissance avant l'armée ?
- Avec tout mon respect, généralissime, l'armée ne peut pas être tenue responsable des faits des journalistes, s'opposa Cochrane avec une colère à peine réprimée. Si le gouvernement ne les laissait pas aussi libres, peut-être que cet incident ne serait jamais arrivé.
- Les journaux seront tenus responsables de leurs actes, nous sommes tous d'accord sur ce point, répondit calmement Mustang. Néanmoins nous devons être capable d'analyser nos propres erreurs et d'en tirer des leçons. Ce qui m'amène au point suivant : comment se fait-il que sur un total de dix terroristes, aucun n'a pu être capturé en vie pour être jugé pour ses actes ? comment se fait-il que nos hommes, entraînés pour ce type d'opérations, n'aient pas eu d'autres choix que de tuer l'ensemble des criminels ou de les laisser se suicider ?
- Mes hommes ont agi pour protéger les passagers du train. Ils n'ont pas eu d'autre choix que de tuer les assaillants pour éviter toute perte civile. J'ai une entière confiance en leur jugement et je n'ai aucun doute sur le fait que la situation à bord du train les a contraints à agir comme ils l'ont fait."
Deux adolescents avaient donc mieux fait qu'un commando entier. Mais devant l'air sombre du générale de l'Ouest, Mustang s'abstint.
"Il est en effet heureux qu'aucune victime n'ait été à déplorer, tempéra-t-il. Mais ces hommes auraient pu nous donner des informations précieuses : d'où viennent leurs armes ? ont-ils agis seuls ou ont-ils été aidés ? quel est leur rapport avec le FLO ?"
Le fait que des terroristes vivants auraient pu écarter tout soupçon des troupes de l'Ouest sembla flotter un instant dans l'air mais Mustang jugea inutile de remettre le sujet sur la table. ça et le fait qu'ils ne pouvaient pas continuer à tuer toutes les personnes qui s'opposent au pouvoir. Cochrane acquiesça avec raideur et Riza lui fit signe de passer au sujet suivant, Néanmoins, Ravier lui adressa un regard perçant qui n'annonçait rien de bon.
"Cochrane avait l'air d'être sur le point d'exploser", commenta Roy, une fois la réunion terminée - Dieu merci.
- Pas étonnant, commenta Riza. Une enquête est lancée sur cette affaire, avec le nez de Centrale dans ses affaires. Il n'y a pas franchement de quoi se réjouir. La réaction de Ravier m'inquiète davantage."
Le général du Sud était effectivement resté relativement mutique et peu expressif alors que l'attention s'était portée sur lui : une visite du généralissime était prévue depuis longtemps dans le Sud, afin de faire le point sur la réintégration du peu Ishbal et la situation de la région. Il s'agissait d'un point de friction avec Mustang - sans surprise, Ravier estimait que trop de concessions étaient faites au peuple Ishbal, remettant en cause l'armée - mais l'opposition silencieuse que lui opposait Ravier inquiétait Mustang davantage que le désaccord frontal de Cochrane. D'autant plus que le général de South City tenait d'une poigne de fer les troupes du sud qui le suivraient sans hésiter. Après tout, lui aussi s'était illustré lors de la guerre.
Mustang haussa les épaules : "Ravier incarne beaucoup trop le militaire parfait pour s'opposer franchement à moi devant autant de monde. Je pense en revanche que ma visite dans le Sud sera pour le moins enrichissante.
- C'est bien ce qui m'inquiète…
- Allons, colonel. Dans l'ensemble, la situation n'est pas si mauvaise. Deux généraux qui m'estiment incompétent, un qui souhaite ma mort et un autre qui ne s'est pas encore décidé. Ravier n'a qu'à s'accrocher : j'ai le sentiment que le discours que nous prépare Evans n'est sûrement pas à son goût"
Riza eut un léger sourire : le déplacement du généralissime dans le Sud devait constituer une marque de bonne foi du gouvernement concernant la réinstitution du peuple Ishbal. Il ne fallait donc pas s'attendre à un discours brossant l'armée dans le sens du poil.
"Colonel, je ne suis pas sûre que son manque d'adhésion soit une aussi bonne nouvelle que cela pour vous."
Roy esquissa un sourire mais ne la corrigea pas. De temps en temps, le mauvais grade échappait à son assistante et le souvenir de cette période ne lui déplaisait pas. Hawkeye savait laisser tomber l'armure mais il fallait être prêt à guetter ces moments fugitifs car ils ne duraient pas. Celui-ci fut d'ailleurs interrompu lorsqu'on toqua à la porte.
Breda poussa la lourde porte et leur adressa un signe de tête bien trop familier pour un militaire : "Généralissime, colonel, heureux de vous revoir.
- Content de vous revoir, également, Major."
Breda attrapa une tasse sans y avoir été invité, comme seuls les habitués peuvent le faire, et vint s'asseoir sur le siège que lui désigna Mustang.
"Dites-moi : quelles sont les nouvelles du front ?"
Il y avait bien longtemps - dieu merci - que Breda avait mis pied sur un champ de bataille et il ne risquait plus d'être mobilisé de sitôt, étant donné le rôle que lui avait attribué Mustang : si Havoc était son cavalier et Riza, sa reine, Breda était son fou, son stratège. Et maintenant plus que jamais, Mustang avait besoin le plus possible de savoir ce qui se passait dans le pays. Pas seulement ce que pouvaient lui rapporter ses conseillers ou ses généraux. Il avait besoin de savoir ce qui se passait dans les bas-fonds mêmes de Central. Alors Breda avait accepté de passer dans l'ombre. Devenir ses yeux et ses oreilles dans les rues du pays.
"Pas beaucoup plus que ce que vous ne savez déjà. Beaucoup de personnes mécontentes. Mais pour l'instant, personne ne vous accuse réellement d'avoir commis des erreurs dans le détournement de train et personne n'accuse les ouvriers du bois. Remerciez Evans d'avoir obtenu du journaliste qu'il taise l'information. Je ne sais pas quel aurait été le climat général sinon. Probablement au lynchage. Rien d'autre à signaler : les organisations criminelles elles voient pour le moment l'occasion de prospérer. Elles n'hésiteront pas à financer les révoltes de l'Ouest mais se tiennent bizarrement tranquille pour le moment. Votre tête n'intéresse pas Amanda."
Amanda, cette femme qui tenait la pègre dans sa main. L'armée était à ses trousses depuis une dizaine d'année et pourtant, jusqu'ici personne n'avait jamais réussi à obtenir quelque information à son sujet : une vague description d'elle, de son passé, qui elle était. Ils n'en avaient pas la moindre idée. Mais pour le moment Mustang n'était pas trop intéressé par son cas. Il avait beaucoup trop de chats à fouetter. Et tant qu'il la laissait tranquille, elle semblait être prête à en faire de même, privilégiant ses petites affaires juteuses. Parlez de collusion...
"En ce qui concerne notre petit ami ?
- Il grandit, à une vitesse normale. Rien qui ne sorte de l'ordinaire d'après le docteur Knox. Sa courbe de croissance s'est stabilisée, pas de souvenirs ou signe qui n'indique qu'il n'est rien d'autre qu'un petit garçon ordinaire."
Roy sourit à l'idée de savoir Knox peser et mesurer l'enfant. Quelle déchéance pour lui ! Et le médecin ne s'était pas privé de le lui crier. Lui ? S'abaisser aux visites médicales d'un gamin ? Pourtant Mustang avait réussi à lui arracher cette faveur - il y arrivait plutôt bien. Moins il y avait de monde au courant de l'existence du garçonnet, et moins il y aurait de chance que le monde apprenne un jour que Selim Bradley était un homonculus.
« Parfait. Entre temps, j'ai une nouvelle mission à vous confier, major »
Breda hocha la tête, concentré, tandis que Mustang lui récapitulait l'affaire.
"Deux zones d'ombre, donc ? Qui a divulgué la liste aux journaux ? Pourquoi l'information n'est-elle pas remontée au Quartier Général de l'Ouest ?
- Une enquête officielle sera lancée pour répondre à la deuxième question. En attendant, j'aimerais que vous creusiez sur la première partie, avant d'éventuellement vous envoler vers l'Ouest.
- Vous ne faites pas confiance à vos hommes sur place ?
- Disons que je ne sais pas encore où se situe leur loyauté."
Breda lui décocha un regard. A l'armée, toujours. Pas nécessairement au généralissime. Mais Mustang savait.
L'entreprise était risquée mais pas impossible.
Grace et Mary étaient assises dans le séjour, près de la fenêtre, prises dans une de ces conversations dont seules les mamans ont le secret. Un buffet les séparait de la cuisine et bloquait leur vue de façon plus qu'opportune.
"Si on passe en rampant, elles ne nous verront pas !
- Elles nous verront lorsqu'on descendra l'escalier, pointa Elysia en secouant la tête.
- Pas si on est suffisamment discrets ! Elles discutent, elles ne verront rien. Il suffit de ne pas faire de bruit."
Des cookies, fraîchement sortis du four, refroidissaient sur le comptoir de la cuisine. Leur odeur entêtante remontait le long des escaliers. Le jeu en valait la chandelle.
« On pourrait attendre l'heure du goûter, on va sûrement en avoir.
- Mais pourquoi attendre alors qu'ils sont meilleurs maintenant ? insista Selim. Il faut y aller !
- On va se faire attraper, Sélim !"
Le petit garçon secoua la tête : "Il doit y avoir un moyen.
- Je ne comprends pas pourquoi tu veux qu'on soit punis tous les deux, argua Elysia."
Elle était la plus âgée et avait connu son lot de punition. Il devait l'écouter. Mais l'air concentré de Sélim lui indiquait à quel point il n'était loin de vouloir l'écouter.
« On a pas besoin d'y aller à deux, fit-il soudain remarquer. Il n'y a besoin que de l'un de nous deux pour attraper deux cookies et remonter."
Elysia croisa les bras et planta fermement ses talons dans le sol : "Tu peux aller faire ta bêtise tout seul, oui.
- Mais je ne crois pas."
L'air sembla devenir soudain pensant. La petite fille fronça les sourcils : l'air facétieux et excité de Sélim avait soudain disparu. Alors qu'une seconde plus tôt, il complotait pour s'emparer de ses cookies, le garçonnet affichait maintenant un air froid et vide. Comme s'il ne s'agissait plus vraiment de lui et comme s'il n'était tout à coup plus question de cookies. Elysia frissonna malgré la chaleur de l'été.
"Tu vas y aller pour moi."
La petite fille ouvrit la bouche, prête à protester : "Non mais...
- Tu vas y aller pour moi, Elysia, coupa Selim, en plantant son regard noir dans ses yeux."
La petite fille sentit alors toute défense s'évaporer, tandis que son corps se détendit brusquement. Elle allait y aller, oui, et tourna les talons pour descendre les escaliers sous le regard satisfait de Selim. Celui-ci retrouva alors tout son enthousiasme à l'idée d'avoir ses cookies, mais il comprit rapidement que l'affaire était comprise lorsque la voix de Grace s'éleva à travers le plancher : "Mais est-ce qu'on peut savoir ce que tu fais, jeune fille ?"
Elle n'avait pas l'air très contente.
"Alors, comment ça se passe ?"
Smith sursauta et Breda afficha ce sourire railleur.
"Tout se passe très bien. Le drame de cet après-midi semble concerner des cookies chapardés", commenta l'officier. Celui-ci était en poste depuis la mi-journée et surveillait la maison depuis une cache située pas très loin. Avec des jumelles, il était tout à fait capable de voir qui entrait et sortait ainsi que les principaux événements survenant dans le jardin. Colt, sa binôme, était dans la maison et le gardait informé par radio.
"Dramatique, en effet.
- Pourquoi êtes-vous ici, boss ?"
Lorsque Mustang lui avait proposé de passer dans l'ombre, Breda avait hésité. Disparaître des dossiers officiels de l'armée impliquait qu'il pouvait oublier toute idée de grimper les rangs de façon traditionnelle. Il pouvait également ranger son uniforme au placard - fini les enquêtes officielles et la protection associée au grade. Les enquêtes que Mustang lui confieraient seraient sans doute les moins ragoûtantes - et pour certains gouvernements, cela avait également signifié "très peu légales". Certains agents avaient également vu leur réputation salie aux yeux du grand public : un scandale fabriqué de toute pièce, une fausse histoire de trahison et un renvoi de l'armée afin de leur forger une nouvelle crédibilité.
Malgré tout cela, Breda avait accepté. Par désamour de l'armée ? recherche de l'adrénaline ? pas vraiment. Après avoir vu l'envers du décor - et Dieu savait que tout n'avait pas été rendu public ou n'était pas parvenu jusqu'à ses oreilles - Breda ne pouvait plus revenir aux missions et tâches quotidiennes - qui se souciait de savoir si untel avait volé le stock de pommes du primeur ? Il préférait autant être dans l'envers du décor et voir les ennuis arriver plutôt que de rester dans l'ignorance.
Alors il avait dit oui. Avec l'assurance de pouvoir choisir sa propre unité : Breda était beaucoup trop connu comme le subordonné de Mustang pour que quiconque ne lui confie quoi que ce soit. Même avec un scandale aussi inventif que Mustang pouvait l'être, personne ne lui ferait jamais confiance. Le major avait donc exigé de pouvoir choisir ses propres hommes, comme le généralissime lui-même l'avait fait. Inconnus, discrets, fiables. Acceptant de quitter les rangs traditionnels de l'armée. Smith était l'un d'eux.
"Nouvelle mission"
L'homme étouffa une exclamation de joie.
"Cela ne signifie pas pour autant que celle-ci tombe à l'eau.
- Vous êtes un de ces rabat-joie ! râla l'officier. Mais dites-moi tout." Il se pencha vers la gauche et donna un coup contre le mur. "Panaya ! Debout !"
Breda poussa un magazine et s'assit sur un siège : "Où est Breguet ?
- Parti nous ravitailler, répondit Smith. Il sera tellement déçu d'avoir raté ça !"
Panaya rentra dans la salle, visiblement pas tout à fait réveillée. 1m70 mais 170 centimètres redoutables à n'en pas douter. Malgré l'air doux et son apparence tout à fait ordinaire, Panaya était tout sauf ordinaire. Encore moins douce. Bâtie comme un curieux mélange entre Fuery et Hawkeye, la jeune femme - lieutenant avant de rejoindre cette unité secrète - était spécialisée dans les missions de renseignement. Discrète et subtile, parfaite dans les missions de récolte d'information, mais également terrifiante par moments. Elle salua Breda d'un signe de tête peu protocolaire mais celui-ci ne s'en formalisa pas.
"Vous le mettrez au courant à son retour.
- Vous ne restez pas ?
- Pas longtemps. Juste le temps de vous briefer. Ensuite j'ai très envie de faire un tour dans les rues de Centrale."
Smith et Panaya acquiescèrent, concentrés, et il fallut peu de temps à Breda pour tout leur raconter. Une demi-heure plus tard, il était à nouveau au cœur de Centrale.
Loin des beaux quartiers, les quartiers populaires fourmillaient de vie, quelle que soit l'heure. Vendeurs et coursiers se bousculaient joyeusement tandis que des enfants couraient çà et là. Des ruelles pleines de vie et de fraîcheur si on demandait son avis à Breda.
Le soldat avait traversé la moitié de la ville pour venir trouver un de ses informateurs. L'adresse l'avait mené à un immeuble pas très bien entretenu, les murs fissurés par endroit. Slalomant entre les mégots de cigarettes et cadavres de bouteilles jonchant le sol, il fit son chemin jusqu'au troisième étage et toqua à la porte de droite. Entre les cris qui filtraient de la porte voisine, Breda distingua un mouvement derrière la porte qui lui indiqua que l'appartement n'était pas vide. Toutefois, la porte ne s'ouvrit pas. Il insista. Trois coups secs de nouveau.
Après un long moment, la porte s'entrouvrit et laissa voir un bout de visage pâle et un menton mal rasé.
"Non."
De justesse, Breda bloqua la porte du bout du pied - bénies soient les chaussures renforcées.
"Je ne t'ai pas encore dit pourquoi j'étais là, Arthur.
- Je ne veux pas vous parler."
Le roux appuya d'une main sur la porte et lut l'hésitation dans les yeux de son informateur. Après tout, le soldat était tout à fait capable de défoncer la porte d'un coup d'épaule bien placée. Arthur ne faisait clairement pas le poids. Il soupira alors et relâcha la pression sur le pied de Breda
"Entrez donc, l'invita-t-il d'une voix pleine de sarcasme."
L'appartement était à l'image de l'immeuble : sombre, pas très propre, avec une forte odeur de tabac froid. Breda suivit son occupant jusque dans le séjour où le dénommé Arthur lui désigna un tabouret.
"Que puis-je faire pour vous, major ?"
Le rappel de son ancien grade fit grimacer Breda. Même retiré de l'armée, son nom restait associé à celui de Mustang. Impossible donc de partir à la pêche aux informations directement dans les rues de Centrale. D'où son recours à Arthur : il était un de ces individus tout ce qu'il y a de plus normal, moyen. Rien qui ne le sorte de l'ordinaire : cheveux châtains, yeux bruns, une taille et corpulence moyennes. Les vêtements juste ce qu'il faut de froissé pour avoir l'air d'un chat de gouttière et une présence tellement insignifiante que les gens mettaient habituellement une éternité à remarquer cet homme. Ce qui en soit pouvait se révéler très utile, comme l'avait découvert Breda : rencontré par hasard au cours de ses investigations sur Barry le boucher, le soldat avait vite découvert qu'Arthur pouvait se révéler être une mine d'information. Autant parce qu'il pouvait être ses yeux et ses oreilles que parce qu'il connaissait un bon réseau d'informateurs auquel les militaires n'aurait jamais accès. Si on ajoutait à cela, les ennuis judiciaires de l'individu et le coup de pouce que Breda avait pu lui apporter, Arthur était la personne à qui Breda avait régulièrement recours, moyennant quelques menaces.
"J'ai besoin d'une information.
- Comme toujours.
- Le Daily News : quelqu'un a déposé hier aux alentours de 14h une lettre à l'attention d'Oliver Bald. Personne de la rédaction ne se souvient qui.
- Je croyais que l'armée n'était plus censée se mêler des affaires de la presse, pointa Arthur.
- Et bien je ne fais plus partie de l'armée.
- Alors pourquoi voulez-vous le savoir ?
- Simple curiosité personnelle."
Arthur leva un sourcil : techniquement, Breda n'avait plus aucun pouvoir sur lui. Plus de rang, plus de dossier sur lesquels jouer. Mais l'homme avait menacé plus d'une fois de recourir à ses anciens amis de l'armée. Amis très bien placés, cela allait sans dire.
"Qu'allez-vous faire à cette personne ?
- Moi ? rien du tout. Juste lui parler.
- Les personnes à qui l'armée souhaite simplement parler ont tendance à disparaître.
- Une simple discussion et rien d'autre, promit Breda, levant les mains en signe d'apaisement. Il s'agit, en plus, probablement d'un gamin à qui on aura promis quelques pièces. Je veux juste savoir qui est ce quelqu'un.
- Une simple conversation avec le gosse ?
- Rien d'autre, répéta Breda."
Arthur hocha la tête avec réluctance.
"Est-ce que je peux sortir de ma chambre, maintenant ?
- Ta punition n'est pas terminée, jeune fille."
Grace continua tranquillement sa ligne de tricot mais sentit que sa fille n'était pas près de renoncer : loin de repartir dans sa chambre, la petite fille fit la moue et persista : "Selim n'a même pas été puni !"
Les aiguilles s'interrompirent un bref instant.
"Est-ce que Selim serait descendu dans la cuisine ? Est-ce qu'il aurait lui aussi tenté de voler ces cookies ?"
Silence boudeur mais toujours pas d'abandon. "C'était son idée.
- Et tu es plus âgée que lui, Elysia, soupira Grace. Tu aurais dû lui dire que c'était une mauvaise idée.
- Je l'ai fait !"
Grace fronça les sourcils, peu habituée à tant de rébellion chez sa fille, et se retourna vers elle : "Viens par ici, Elysia, viens. Pourquoi es-tu descendue prendre ces cookies ? Tu sais que tu n'as pas le droit d'aller te servir toute seule dans la cuisine. Il aurait fallu 15 min l'heure du goûter. Était-ce si long à attendre ?"
La petite fille se tortilla et se mordit la lèvre, signe d'un dilemme cornélien. Patiemment, Grace reprit ses aiguilles, attendant la réponse à venir.
"Je lui ai dit que c'était une mauvaise idée mais il a insisté.
- Si c'était son idée, pourquoi y es-tu allée ?"
Chuchotée, la réponse était presque inaudible et Grace dut demander à Elysia de répéter : "Il m'a obligée.
- Elysia...
- Sélim m'a obligée à y aller.
- Elysia, reprit Grace d'un ton calme mais ferme. Tu sais que je n'aime pas du tout le mensonge. Tu es descendue prendre ces gâteaux alors que tu savais que tu n'avais pas le droit. Tu ne peux pas ensuite dire que Sélim t'y a obligée
- Mais je ne mens pas, maman ! insista la fillette, au bord des larmes. Il m'a obligée !
- Et comment ?"
La réponse mit un peu de temps à arriver et Grace était mi-contrariée par cette nouvelle tendance à rejeter la faute sur autrui, mi-curieuse de savoir ce que sa fille allait pouvoir trouver.
"Parfois, lorsque l'on joue, Sélim devient bizarre.
- Comment cela ?
- Sa tête change. Sa voix aussi. Il devient tout sérieux et après... Après, je suis obligée de faire ce qu'il me dit de faire."
Grâce posa ses aiguilles sur le côté et attrapa sa fille dans ses bras : "Elysia, tu as deux ans de plus que Sélim. Tu n'as pas à avoir peur de lui et tu n'as pas à faire ce qu'il te dit de faire.
- Mais il m'y oblige, maman !
- Sélim n'est que...
- Mais ce n'est pas Sélim, coupa la petite fille, en pleurant de plus belle. Sélim ne m'obligerait pas à faire ça.
- Elysia, tu viens de dire que...
- C'était comme si ce n'était pas Sélim. Comme s'il y avait quelqu'un d'autre qui parlait à sa place."
"Fuery ? Autant placer une cible sur son dos."
Mustang contempla le profil de Hawkeye tandis qu'elle parcourait pour la millième fois le rapport du détournement.
"Qui d'autre ?
- Je pense que vous devriez laisser Cochrane former sa propre équipe pour l'investigation. Respecter son autorité dans l'Ouest. Les seules personnes que nous pouvons nommer sont les membres de l'équipe envoyée par Centrale.
- On ne peut pas envoyer une équipe entière, ça serait une invasion.
- Alors désignez un binôme de Centrale qui rejoindrait les troupes de l'Ouest, proposa Riza.
- Mais qui ?"
Roy se leva et s'étira. Ils passaient bien trop de temps enfermés et de temps en temps, il regrettait l'époque - l'ère révolue ! - où il pouvait encore consacrer du temps à son entraînement physique. N'importe quelle recrue aujourd'hui aurait pu lui mettre la pâté en combat de corps à corps. Même Riza ne devait pas pouvoir faire beaucoup mieux. Quoi que, la connaissant, elle était sûrement prête de temps à autre à sacrifier ses rares heures de sommeil pour l'entraînement. Les militaires ne tournaient vraiment pas rond.
"Impossible d'envoyer Armstrong, à moins de souhaiter une rupture d'anévrisme à Cochrane."
Riza laissa échapper un sourire en imaginant les deux face à face. Impossible en effet.
"Que pensez-vous du lieutenant Maria Ross et du sergent Denny Broche ? Ils ont l'habitude de travailler ensemble et sauront faire preuve de discrétion. Ils ont déjà prouvé leur loyauté.
- Au Fullmetal, pas à moi.
-Le lieutenant Ross vous a fait suivi sans hésiter lorsqu'il a fallu simuler sa mort, rappela-t-elle en lui lançant un regard désapprobateur."
Pour échapper à sa propre mort, pas vraiment parce qu'elle avait confiance en lui. Mais Mustang n'insista pas. Il ne disposait pas de suffisamment de personnes dont il ne doutait pas pour se permettre de faire la fine bouche.
"Le lieutenant Ross et le sergent Broche, dans ce cas. Je vous laisse vous en charger ?"
Riza lui répondit par un simple hochement de tête.
"Evans ne devrait pas tarder.
- Est-ce que parfois, vous regrettez l'époque où votre journée n'était simplement qu'une suite de réunions ? soupira Roy."
Hawkeye sourit mais ne répondit pas. Elle déroula encore les quelques points qui nécessitaient une décision du généralissime avant qu'Audra ne finisse par toquer à la porte.
"Evans ! M'auriez-vous trouvé une fiancée ? la salua Mustang avec un enthousiasme exagéré.
- Je ne crains que la tâche ne soit plus ardue que prévue, généralissime.
- Trouver une femme à la hauteur doit effectivement être difficile.
- Il s'agit plutôt de trouver une femme prête à vous supporter, disons", répondit Audra avec un clin d'œil adressé à Riza.
Mustang afficha une fausse moue vexée. Ces deux-là savaient quand et comment se liguer contre lui.
"Alors, dites-moi tout au sujet de notre voyage dans le Sud."
L'après-midi - peu palpitant - fut consacré à la préparation du déplacement et les milles scénarios de repli prévus par la garde rapprochée de Mustang. Il n'était totalement à exclure que d'anciens Ishbals tentent de s'en prendre au généralissime, même avec sa politique en leur faveur. Après tout, il restait le héros d'ishbal, celui qui avait activement participé au génocide. Pour chaque visite prévue par Audra, Hawkeye et le chef de la garde avaient soigneusement identifié les menaces possibles et les chemins de repli. Mustang écouta Evans lui rappeler les différentes étapes et scénarios de repli associés.
"Qu'en pensez-vous ?"
Roy joua un instant avec le feuillet du plan de l'hôpital Rockbell.
"Cette visite me semble l'endroit rêvé pour une embuscade : isolé, au milieu du désert, loin des troupes de South City.
- Le site est à mi-chemin entre les terres ishvales et South City, fit remarquer Audra.
- Maigre consolation si nous nous retrouvons face à des moines combattants. La garde rapprochée ne tiendra pas longtemps.
- Je ne vous connaissais pas si craintif"
Mustang répondit à Riza par un haussement d'épaule : "Je ne faisais que souligner la possibilité."
Une tentative l'amuserait beaucoup, à vrai dire. Pas qu'il se sente invincible mais son degré de fatigue l'empêchait de considérer la situation autrement qu'avec énormément d'ironie. Il ajouta pour changer de sujet : "Remington sait-il quel comportement sera attendu de lui ?"
Pendant que l'ancienne journaliste lui faisait un rapport sur le brief de Remington - oui, il était parfaitement au courant qu'il n'avait atterri dans ce déplacement que pour faire croire à un front uni de l'armée sur ce sujet et oui, il avait aussi parfaitement compris que la seule chose attendue de lui était qu'il se taise tout au long du séjour - Roy scruta son assistante du regard avec une insistance telle qu'elle lui adressa une œillade agacée. Impossible de lui faire croire qu'elle non plus ne redoutait pas l'inauguration de l'hôpital Rockbell.
Sélim dessinait tranquillement sur la petite table de sa chambre, tandis que Mary, presque debout dans le placard, faisait le tri parmi les vêtements du petit garçon, entre ce qui était définitivement trop petit, ce qui pouvait être réparé et ce qui était en bon état. L'allocation versée par le gouvernement en sa qualité de femme seule, au foyer, avec un enfant à charge était suffisante mais pas nécessairement généreuse. Mary avait donc du apprendre à faire avec ses moyens qui l'obligeaient à penser soigneusement ce qui était nécessaire et ce qui l'était moins. De temps en temps, elle jetait un œil sur son fil, bien occupé à dessiner une famille - pas la leur, de ce qu'elle pouvait en discerner. Le soldat affecté à leur surveillance - le grand brun cette fois - était très probablement sur le pallier, son poste d'observation préféré.
"Ton dessin m'a l'air très joli, dis-moi. Qu'as-tu dessiné ? demanda doucement Mme Bradley."
La porte était presque fermée, à peine entrouverte. Tant qu'ils n'élevaient pas la voix, leur surveillant n'entendrait rien.
"Une famille ! répondit Sélim avec un enthousiasme tout enfantin.
- La notre ?
- Nooon, répondit-il en secouant la tête. Mon autre famille.
- Laquelle ? demanda Mary, amusée par tant d'imagination.
- Ma famille d'avant.
- D'avant quoi ?
- Avant que je ne vienne vivre avec toi.
- Et quand était-ce ?"
Petite pause, frimousse pleine de concentration.
"Il y a longtemps, répondit l'enfant d'un air sérieux. La semaine dernière"
Mary cacha son rire dans un pantalon à rapiécer. Il faudrait qu'elle lui commence bientôt à lui apprendre les lettres, chiffres et quelques notions de temps. Difficile de quantifier "longtemps" lorsqu'on ne savait compter que jusqu'à vingt.
"Et qui y avait-il dans ton ancienne famille ?"
Joyeusement, Sélim saisit sa feuille et vint la présenter chacun de ses personnages - une petite dizaine - à sa mère : " Ici, c'est mon papa, là, c'est moi et à côté, mes petits frères et sœurs."
Six au total, petits hommes de bâtons. Sans qu'elle ne sache pourquoi, un sentiment de malaise diffus envahit Mary.
"ça fait beaucoup de frères et sœurs, dis-moi, continua-t-elle d'un ton qu'elle espérait léger. Et où est la maman ?
- Il n'y en a pas.
- Est-ce qu'elle est partie ?
- Elle n'a jamais été là. Il n'y a jamais eu que Père."
Papa, puis père, encore une fois. Mais un simple regard lui assura que son malaise n'était pas fondé : Sélim conservait sa bonne humeur enfantine et s'attacha à lui présenter leur maison dans les arbres. Rien en lui n'indiquait que ce dessin représentait davantage qu'une imagination d'enfant débordante. Rien d'autre sur son visage, si ce n'est la joie et la naïveté. Mme Bradley tenta de chasser son inquiétude. Père. Il aurait pu l'entendre n'importe où.
Enfin publié ! Ce chapitre est le dernier de ceux que j'ai écrits avant d'être diplômée, il y a cinq ans. Je suis pas hyper satisfaite (mais vous commencez à avoir l'habitude du refrain) et je n'ai aucune idée de ce que j'aurais pu faire mieux. Donc n'hésitez pas à lâcher des commentaires :)
Le prochain chapitre a été écrit un peu plus récemment (y a deux ans) et vous plaira davantage, j'espère :)
