Titre : la pièce vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
Un commentaire avant d'y aller : merci pour vos reviews ! Même si je ne réponds pas forcément à tout le monde, ça me réchauffe vraiment le coeur de voir que certains me laissent une review de façon systématique et certaines de vos théories m'ont beaucoup fait rire (et je ne dirai pas si vous avez vu juste ou pas x)). J'espère en tout cas que vous passez un bel été et que vous apprécierez ce chapitre !
Chapitre 7 : Brume
"Les frères Elric prennent trop de risques, nous devons préserver les candidats au sacrifice." Un homme blond, le visage impassible. "Va rejoindre Sloth et assure-toi qu'il se remette au travail."
"Quelle barbe, de devoir jouer le gamin de Wrath. Est-ce qu'il t'envoie au coin lorsque tu refuses de lui obéir ?" Le sourire moqueur d'Envy et puis ce même Envy qui hurle de rage : "Cet enfoiré de Mustang a tué Lust ! Je vais lui faire la peau !"
"Méfie-toi de la coéquipière de Mustang. Je pense qu'elle est plus futée qu'il n'y paraît." Wrath qui acquiesce et promet : "Je ferai attention à lui retirer tout le soutien dont il dispose".
"Le Jour Promis approche. Vous savez ce que vous devez faire."
Et le Fullmetal qui pénètre dans son esprit, bien plus loin qu'il ne le souhaiterait.
Elle ne s'était retournée qu'une seule seconde, ne l'avait quitté des yeux qu'une seule seconde et cette seule seconde avait été suffisante pour que l'accident se produise.
"Selim !"
Son fils était par terre. Ses membres martelaient le sol de manière erratique et ses yeux, grands ouverts, roulaient dans leurs orbites. En un bond, Mary fut à ses côtés. Sans réfléchir, elle l'empoigna et l'allongea sur le flanc. Et maintenant ? Que devait-elle faire ? Mais son esprit restait vide, comme rempli de coton. Elle n'entendait que les battements affolés de son cœur. Une peur panique avait pris contrôle d'elle et elle était incapable de réfléchir calmement.
"Il faut qu'on prévienne un médecin, déclara Edward et sa voix la sortit de sa torpeur.
- Non ! "
Sans le vouloir, Mary avait crié. Edward posait déjà une main sur la poignée de la porte, prêt à sortir chercher de l'aide, mais se figea net au son de sa voix.
"On a besoin d'aide", expliqua calmement Alphonse, en plongeant son regard dans le sien, mais Mary secoua la tête, obstinément :"On ne peut prévenir personne.
- Mais votre fils.
- On ne peut prévenir personne, Alphonse !"
Même s'ils ne comprenaient pas, l'urgence dans sa voix les empêchait d'agir. Avant qu'ils ne protestent à nouveau, Mary enchaîna : « Personne ne peut savoir que Selim est vivant ou alors l'armée… »
Sa voix se brisa avant de pouvoir terminer la phrase. Seuls les pieds de Selim martelant le sol brisaient le silence.
« Ou l'armée quoi ? demanda Edward d'une voix sombre. »
Ils savaient déjà. Ils connaissaient l'armée et savaient ce qu'elle pouvait faire. Mary ravala ses larmes et raffermit sa prise sur son fils, toujours inconscient.
« Personne ne doit savoir que Selim a survécu. C'est la condition pour sa liberté. Personne ne peut savoir. Sinon l'armée l'emprisonnera.
- C'est n'importe quoi, s'écria l'adolescent. Il a besoin d'aide. »
Edward passa une main agitée sur son crâne, ponctuant le geste de jurons : « Et un médecin de l'armée, alors ? »
Mais encore une fois, Mary secoua la tête d'un air déterminé : « L'armée ne s'approchera pas de mon fils.
- C'est de la folie, plaida Alphonse. On ne peut pas le laisser comme ça. Laissez-nous aller chercher de l'aide.
- Et le docteur Knox ? Il saura rester discret, il nous a déjà aidés. »
Mary faillit éclater d'un rire hystérique : « Le Docteur Knox qui vient ausculter mon fils tous les mois et reporte à Mustang ? » Elle secoua la tête : « Mustang s'est assuré que personne ne pourrait s'approcher de mon fils et qu'aucun de ses gestes ne lui échapperait.
- Alors on va juste le laisser se convulser par terre ? »
C'était de la pure folie, oui, mais jamais l'armée ne poserait le moindre doigt sur son fils, tant qu'elle pourrait l'éviter. Et déjà, la crise passait : les mouvements erratiques perdaient de leur ampleur et ressemblaient davantage à des tressautements qui agitaient le corps si frêle de son fils.
« Madame Bradley, pourquoi nous avez-vous demandé de venir ? »
Mais avant qu'elle ne puisse répondre, trois coups résonnèrent contre la porte.
« Madame Bradley, c'est Breda. »
La panique la submergea à nouveau.
« Ils ne peuvent pas savoir que je vous aide demandé de venir, chuchota-t-elle précipitamment.
- Mais…
- Ils ne doivent pas savoir, insista-t-elle. Ou alors Selim… »
Ou alors Selim lui serait enlevé. Ou alors l'armée enfermerait son fils, le tuerait ou réaliserait toutes sortes d'expérimentations sur lui. Mary ne pouvait pas se résoudre à le dire, pas sans plonger dans l'hystérie la plus totale et elle n'était pas sûre de pouvoir en revenir. Tant qu'elle serait là, jamais l'armée ne toucherait à un seul cheveu de son fils. Elle lança un regard suppliant vers Edward. Après tout ce qu'il avait compris d'Ishbal, tout ce qu'il avait vu de l'armée, lui mieux que quiconque pouvait comprendre. Il devait comprendre. Alphonse tenta une nouvelle fois de protester mais son frère posa finalement une main sur le bras de son frère.
« Après cela, vous allez tout nous dire. »
De nouveaux coups retentirent.
« Madame Bradley, ouvrez-nous ! »
Elle hocha la tête : « Merci.
- Promettez-le-nous, insista l'ancien alchimiste.
- Je vous le promets."
Elle rallongea Selim, maintenant inerte, sur le dos et sécha ses larmes. Breda s'impatientait de plus en plus lorsqu'elle lui ouvrit la porte, les mains tremblantes. Le soldat leva un sourcil interrogateur mais Mary ne parvint pas à lui répondre. Sa langue avait la consistance du coton et elle ne put que faire un pas de côté pour le laisser entrer. Une autre de ses collaboratrices, la petite blonde, suivait dans son dos.
« Ça fait beaucoup de monde, ce soir, salua Breda, en balayant l'entrée du regard. Que se passe-t-il ? Qu'est-ce que... Selim...
- Mon fils a glissé et est tombé dans les escaliers, coupa Mary.
- Est-ce qu'il y a besoin d'appeler un médecin ? »
Mary secoua la tête : « Je vais aller l'allonger et voir s'il reprend connaissance. ».
Sans attendre de réponse, elle souleva son fils dans ses bras et se dirigea vers le salon. De loin, elle entendit Breda demander : « Fullmetal, tu veux me dire ce que tu fais ici ? »
Mary étala une couverture sur le corps inerte de son fils et lui lissa les cheveux d'une main tremblante. Malgré tout, des couleurs semblaient revenir sur son visage et sa respiration était régulière. Elle s'accorda un instant à son chevet, consciente du regard de la soldate sur elle, avant de revenir dans l'entrée. Les frères Elric n'avoueraient sans doute pas le motif de leur présence mais elle ne savait pas jusqu'où ils seraient prêts à mentir pour elle. Mieux valait ne pas les laisser seuls trop longtemps.
« Je me baladais. Je suis sous surveillance ?
- Vous, non, expliqua calmement Breda, mais eux oui.
- Hé bien, j'allais rendre vite aux Hugues et je me suis arrêté en chemin.
- Déguisé en vendeur ambulant ?
- Ils ont des enfants, répondit Edward en haussant les épaules, je me suis dit que j'allais leur faire une petite blague. »
Breda lui lança un regard exaspéré : « Arrête de me mentir, Fullmetal.
- Vous êtes au courant que je ne fais plus partie de l'armée, sous-lieutenant ?
- Ça ne te dispense pas de me répondre.
- On s'est arrêté à l'improviste, on allait voir les Hugues, répéta Edward, d'un air de défi.
- Demandez à Mme Hugues, sinon ? proposa Alphonse, d'une voix calme. Elle vous dira qu'elle nous a appelés il y a quelques jours pour prendre de nos nouvelles et a fini par nous inviter. Avec Edward, on s'est dit que ça faisait longtemps qu'on avait pas mangé de sa tarte aux pommes."
L'excuse était plausible et Grace confirmerait sans doute. Néanmoins Breda fronça les sourcils et poursuivit : "Et vous avez décidé de venir rendre visite à un homonculus, au passage ? »
Mary ne put s'empêcher de se raidir en entendant le terme. L'armée ne considérerait donc jamais son fils comme un être humain. Edward ignora le terme et haussa les épaules : « Aux dernières nouvelles, il n'essaie plus de tous nous tuer ? »
Breda s'apprêta à rétorquer mais sa coéquipière attira son attention. D'un signe de tête, elle désigna la cuisine et son visage sérieux n'annonçait rien de bon. Visiblement, il se passait quelque chose et Breda décida momentanément de laisser tomber le sujet. Mary en profita pour articuler un « merci » silencieux aux deux frères qui hochèrent la tête sans rien dire.
"Maman ? "
Selim s'était réveillé dans l'autre pièce.
"J'arrive, mon chéri", cria-t-elle d'une voix qu'elle espérait rassurante. Elle se retourna vers le militaire d'un air déterminé : "Breda, puisque tout va bien, vous pourriez peut-être nous laisser ?
- Mais certainement, répondit-il d'un ton faussement aimable avant se tourner vers les frères Elric : vous deux, avec moi."
Les deux adolescents commencèrent à protester mais Breda coupa court aux protestations : "Avec Selim blessé, ce n'est pas le moment. Mme Bradley, n'hésitez pas à nous faire signe s'il faut contacter le Dr. Knox. "
Sans ménagement, le soldat tira les deux frères vers la porte d'entrée. Une fois la porte claquée, Mary s'autorisa un soupir de soulagement.
" Vous pouvez pas nous embarquer comme ça.
- Tu as oublié tout ce que l'armée s'autorise à faire, pointa Breda, en les poussant sans merci vers le trottoir. "
Un peu plus loin, Colt émergea du jardin en tirant un Smith amorphe. Breda fronça les sourcils : "Qu'est-ce qu'il lui arrive ? Il a bu ?
- Non, mais il n'est clairement pas dans son état normal. "
La démarche de l'agent était chancelante et son regard paraissait éteint. Colt tenta de le faire revenir à lui en claquant des doigts devant ses yeux et l'appela plusieurs fois mais le soldat ne réagissait pas. Il aurait tout aussi bien pu être inconscient, s'il ne tenait pas sur ses deux jambes.
"Si on le ramène avec nous, il n'y aura personne dans la maison avec eux.
- On ne peut pas mettre quelqu'un dans la maison. Sinon, tu vas être seul avec lui et les deux à gérer, fit remarquer Colt d'une voix préoccupée. Je surveillerai la maison depuis le poste.
- ça marche pour moi.
- Vous n'auriez pas les deux à gérer, si vous nous laissiez repartir.
- Tais-toi, Alphonse, soupira Breda. "
La planque leur sembla d'un coup beaucoup plus petite, bien qu'aucun des frères Elric ne soit un gros gabarit. Breda les enferma d'office dans une chambre, ignorant leurs protestations et revint s'occuper de ses coéquipiers. Smith s'était laissé installer sans aucune résistance sur une chaise.
"Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?
- Aucune idée, boss."
A son tour, il tenta de secouer un peu Smith, sans grand résultat.
"Tu sais à quoi il me fait penser ? demanda soudain Colt. A un chat qui s'est enfilé beaucoup trop d'herbe à chat. Il a l'air de planer."
Breda se retourna vers elle, surpris : " Tu penses qu'il a fumé quelque chose ?
- Ou alors, on lui a fait consommer quelque chose, à son insu.
- La veuve Bradley ?"
Pour la première fois, Colt eut l'air gêné : "On pensait que c'était rien, expliqua-t-elle. Ce n'est arrivé qu'une seule fois et ça n'avait pas l'air inquiétant. Ça ressemblait juste à une trop grosse fatigue.
- De quoi est-ce que tu parles ? Qu'est-ce qui ressemblait à une grosse fatigue ? demanda Breda, avec un mauvais pressentiment.
- Un jour, par curiosité, j'ai voulu consulter un compte-rendu de garde. Il était manquant et Smith était censé l'écrire. Sur le coup, je me suis juste dit qu'il avait préféré remettre ça à plus tard, même si ça ne lui ressemblait pas trop. Ensuite, tu as sonné le rassemblement général et je suis partie le chercher. En chemin je lui ai demandé ce qu'il s'était passé pendant sa garde et… il ne se souvenait plus de la fin de sa garde.
- Comment ça ?
- Trou noir, black-out. Il n'avait plus aucun souvenir de ce qui s'était passé la veille. Et comme il était épuisé, on s'est dit que c'était peut-être la fatigue. En tout cas, il n'a rien consommé ce soir-là, après être rentré chez lui."
Breda sentit l'agacement monter en lui et pianota nerveusement contre le cadre de la fenêtre. Ce n'était donc pas la première fois que cela arrivait et personne ne lui en avait parlé avant. Il se retint de jurer. Colt aurait dû lui en parler bien avant. Non, Smith aurait dû se dénoncer de lui-même, à l'instant où sa coéquipière lui avait fait remarquer un trou de mémoire de plusieurs heures dans sa garde.
"Donc tu penses que Mme Bradley lui aurait fait ingérer un produit à son insu ?
- Je ne sais pas. C'est assez improbable qu'elle lui tende un joint ou un verre d'alcool. Un verre d'eau ou un jus, il aurait pu ne pas s'en méfier."
Ça aurait malgré tout été contre le règlement. Smith n'aurait pas dû accepter une offre pareille même si la boisson était inoffensive. Breda tapota un instant la vitre avant d'identifier un autre point qui le titillait dans l'affaire : "Pourquoi est-ce que tu as voulu regarder le compte-rendu ?"
Elle réfléchit un instant : "L'ambiance me semblait étrangement lourde. Je me demandais si un incident s'était produit la veille."
Breda soupira et se laissa tomber sur le canapé. Smith était toujours absent, ses grand yeux verts fixant le mur, sans réellement le voir.
"Tu remarques des comportements étranges et un trou de plusieurs heures dans la garde de Smith et tu ne dis rien ?
- Désolée, boss. Je ne voulais pas...
- C'est quand même la base de…
- Je sais mais…"
Breda soupira brusquement et passage une main sur son visage : "Tu attendais que Smith se dénonce". Il inspira plusieurs fois avant de reprendre : "C'est bon, je comprends. J'aurais préféré que vous en parliez avant. Toute cette situation pue.
- Désolée, murmura encore une fois Colt.
- Bon, maintenant, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
- On alerte le big boss ?"
Breda lui adressa un regard surpris.
"On est plus que deux, expliqua la jeune femme. Qui sait quand Breguet va revenir et qui sait quand Smith va revenir à lui ? L'ambiance tendue, Smith qui perd la mémoire, les frères Elric qui arrivent déguisés. Ça commence à faire beaucoup trop de coïncidences.
- Et on lui dit quoi, au big boss ? On peut pas juste lui balancer nos problèmes."
Colt haussa les épaules, l'air buté : "C'est à lui de trouver des solutions. Et il me semble qu'il connait déjà les deux coco ? Ils lui parleront sans doute davantage à lui qu'à nous."
Breda avait envie de protester : il détestait faire appel à la hiérarchie sans avoir de solutions - si possible plusieurs - à proposer. Mais sa coéquipière avait raison. La situation les dépassait et rien ne faisait sens. Le Fullmetal avait toujours eu une relation différente avec Mustang. Autant jouer cette carte maintenant avant que la situation n'empire. Mais avant qu'il ne puisse répondre, la porte d'entrée s'ouvrit sur un Breguet triomphant.
"On a finalement trouvé ce témoin, boss : c'est un militaire qui a fait le coup, elle est sûre à mille pour cents."
Son air victorieux s'altéra à la vue de leurs visages sérieux. "Ok, que se passe-t-il ?"
Breda soupira : "On l'alerte tout de suite."
Un pli arriva discrètement des mains de Riza.
"Besoin de vous maintenant.
B.".
Le mot "maintenant" avait été souligné plusieurs fois et le message ne pouvait pas mieux tomber. Mustang incinéra négligemment le papier avant de reporter son attention sur Remington et Tzanck débattre sur des détails minuscules concernant l'organisation des hôpitaux. Roy ne savait même pas comment Remington avait eu connaissance de cette réunion de travail mais il n'était qu'à moitié étonné de voir le colonel s'inviter dans le bureau. Tzanck avait préparé un plan d'action détaillé ainsi qu'une organisation cible pour le futur système de santé et écoutait maintenant avec un stoïcisme impressionnant le colonel argumenter sur des détails insignifiants ayant pour but à la fois de bloquer le projet et à la fois préserver la suprématie de l'armée. Mustang soupira intérieurement et adressa un hochement de tête discret à Hawkeye.
"Messieurs, il se fait tard." Pas tant que ça, mais c'était une raison tout aussi valable pour mettre un terme à cette réunion qui s'éternisait. "Général de brigade Tzanck, merci pour le travail et cette proposition détaillée que je trouve très intéressante. Etant donné le nombre de remarques du colonel Remington, je vous propose de nous transmettre à tous votre proposition par écrit et Remington pourra ainsi nous faire une synthèse de l'ensemble de ses remarques. Nous pourrons ainsi réfléchir à tout cela à tête reposée."
Soulagé, Tzanck hocha la tête et distribua les propositions papiers qu'il avait déjà prévues. Il ne se fit pas prier pour quitter le bureau. En revanche, Remington attendit que son collègue ne parte pour se tourner vers Mustang : "Je me devais intervenir. Je sais que vous n'êtes pas d'accord mais je me devais d'intervenir. Pour l'armée.
-J'ai cru comprendre, oui, soupira Roy.
- Et je vous ai préparé une liste de personnes qui pourraient renforcer l'équipe à West City."
Il lui tendit la feuille d'un geste raide. Mustang le remercia d'un signe de tête pour lui signifier son congé.
"Il vous le fera payer, fit remarquer Riza une fois la porte refermée.
- Il me fait chaque jour regretter de l'avoir mis à ce poste", marmonna Roy. Mais les deux savaient qu'il avait eu très peu de marge de manœuvre pour conserver les faveurs du corps militaire. "De quand date le mot de Breda ?
- A l'instant : il m'a fait demander par un coursier. Il nous attend à l'endroit convenu."
Mustang fronça les sourcils et tira sa paire de gants du tiroir : "C'est la première fois qu'il me demande de venir et ça ne m'emballe pas plus que ça.
- ça nous donne une occasion de sortir et de nous dégourdir les jambes"
Certes, enfin s'ils en étaient réduits à ça... Semer sa garde officielle était un jeu d'enfant pour un alchimiste. Surtout quand il n'avait plus besoin de tracer de cercles. Un trou par-ci, un trou par-là. Mustang et Hawkeye furent rapidement à l'extérieur des murs et rejoignirent Breda dans une allée désertée.
"Généralissime, colonel, salua-t-il, la mine sombre.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda directement Riza.
- Beaucoup d'emmerdes et deux idiots dont vous pourrez peut-être extraire un peu de vérité.
- Deux idiots ? répéta Mustang en fronçant les sourcils.
- Les frères Elric."
Roy fit la grimace. Que venaient faire les frères Elric à Central City ? Et surtout que faisaient-ils entre les mains de Breda ? Ce n'était pas bon signe et Mustang ne croyait plus aux coïncidences.
A leur arrivée dans la planque, Breda commença à briefer rapidement Mustang et Hawkeye. La visite suspicieuse chez les Bradley. Les frères Elric. Smith et ses trous de mémoire. Mustang sentit son mauvais pressentiment se consolider jusqu'à devenir une certitude : la veuve Bradley avait réussi à attirer les frères à Central, mettre un de leurs hommes hors-jeu et Selim était lié à tout cela. Restait à comprendre comment.
Dans le séjour, Smith commençait lentement à revenir à lui. Il commençait enfin à réagir aux claquements de doigts de Colt, à ses appels, même si pour l'instant, il s'agissait surtout de clignement d'yeux hébétés.
"Il n'a pas l'air très bien, confirma Mustang d'un air sombre.
- On essaie de comprendre ce qui lui est arrivé.
- Et les frères Elric ont été retrouvés au milieu de ce merdier, murmura Roy d'une voix songeuse.
- Ils pourraient savoir ce qui lui est arrivé.
- Donc vous avez besoin que Mustang interroge les frères pour savoir un, ce que les frères Elric sont venus faire chez les Bradley, récapitula Hawkeye en comptant sur ses doigts, et deux, s'ils savent quoi que ce soit à propos de Smith ?"
Breda hocha la tête : "Je ne pense pas qu'ils aient quoi que à voir avec ça mais ils ont pu entendre ou voir quelque chose de suspicieux. Et Edward vous parlera sans doute davantage à vous, qu'à nous.
- Alors on y va."
Les frères Elric furent pour le moins surpris de voir Roy débarquer. Alphonse se mit presque au garde à vous tandis qu'Edward croisa bras et jambes pour lui adresser son regard le plus narquois.
"Généralissime, je ne savais pas que vous vous abaissiez toujours à ces petites besognes. Vous n'avez pas des gens pour faire ça pour vous, normalement ?"
La preuve que le statut n'engendrait pas le respect. Roy tira une chaise à lui et se laissa tomber dessus nonchalamment.
"Il faut bien occuper ses soirées, Fullmetal, répondit-il avec un fatalisme feint. Hélas, ma fonction ne me permet plus de sortir et rencontrer de jolies jeunes femmes."
L'expression d'Edward oscilla quelque part entre la consternation et la méfiance. Cela faisait deux ans que Roy n'avait pas croisé le Fullmetal et s'il avait changé physiquement, grandi même, son attitude à son égard n'avait pas changé. Tant de défiance l'amusa au plus haut point.
"Ça me fait plaisir de te revoir. En revanche, j'ai l'impression que le plaisir n'est pas réciproque.
- On n'apprécie pas tellement d'avoir été embarqués comme ça, par vos hommes, alors qu'on rendait visite à des gens, hein Al ?"
Le petit frère acquiesça rapidement, encore plus timide que lorsqu'il était une armure de deux mètres de haut.
"Pas des gens ordinaires, fit remarquer Mustang. Les Bradley ne sont pas exactement n'importe qui.
- Et alors ? C'est interdit de leur rendre visite ? répliqua Edward d'une voix butée.
- Non, mais ça soulève énormément de questions. Surtout dans ce contexte particulier.
- Quel contexte ?
- On arrive sur place et on découvre qu'un de nos hommes postés en faction dans la maison est tellement shooté qu'il ne répond plus quand on lui parle, expliqua Breda. Pas banal.
- Que faisait-il dans la maison ?"
Breda eut un petit rire : "Tu n'as pas compris, Fullmetal : c'est nous qui posons les questions.
- Qu'êtes-vous venu faire chez les Bradley ? poursuivit Mustang.
- Une visite de courtoisie.
- En quelle occasion ?
- On allait voir les Hugues, on s'est dit qu'on allait s'arrêter sur le chemin.
- Et pourquoi déguisés comme ça ?
- Une blague, répondit Edward en haussant les épaules. Ils ont un gamin, on s'est dit que ça les ferait rire. On vous a déjà dit tout ça !
- Et tu rends souvent visite à un homonculus ?
- Seulement après avoir arraché la pierre de leur âme, rétorqua l'adolescent, les yeux plein de défi.
- Ecoutez, intervint Alphonse pour tenter de calmer le jeu. On est venus dire bonjour, voir si Mme Bradley allait bien. Le petit était en haut quand on a sonné. Il est descendu pour voir ce qui s'est passé et a glissé dans les escaliers. Ensuite Breda, vous êtes arrivés. Il ne s'est rien passé d'autre. On ne savait même pas qu'un autre de vos hommes était dans la maison. On ne l'a ni vu, ni croisé. Et pour la raison pour laquelle on est à Centrale, demandez à Mme Hugues."
Mustang adressa un regard à Breda qui confirma d'un signe de tête la chronologie générale. Les frères Elric n'avaient donc pu passer que très peu de temps avec les Bradley. L'histoire tenait debout mais les deux adolescents n'avaient certainement pas traversé la moitié du pays pour une visite de courtoisie. Sans leur petite amie, de surcroît.
"Vous avez l'air de surveiller de près Selim Bradley, continua Edward, malgré le regard d'avertissement que lui avait lancé son frère.
- Tu sais aussi bien que moi ce dont il est capable, répondit Mustang, croisant tranquillement les bras. Ce n'est pas exactement un innocent.
- Et qu'est-ce que vous en savez ? Ça fait bientôt deux ans qu'il en est revenu à apprendre le nom des couleurs. Il doit même pas encore savoir écrire.
- Et quelle assurance avons-nous que ce sera toujours le cas ? Quelle assurance avons-nous que Selim Bradley ne redeviendra pas un homonculus, prêt à se venger ?
- ça fait deux ans et il ne s'est toujours rien passé avec lui, pointa Edward.
- Et alors ? Je ne prendrai aucun risque avec lui.
- Et quel est le rapport avec l'interdiction de révéler son existence ? demanda Alphonse, une lueur dangereuse dans les yeux. Ça n'a rien à voir avec la sécurité.
- Elle a eu le temps de vous raconter, ça, commenta Roy d'une voix sarcastique.
- Quand on a voulu aller chercher de l'aide, marmonna le jeune homme avec un haussement d'épaule. Elle avait trop peur que l'armée ne s'en prenne à son fils, même dans cette situation."
C'était donc la raison de leur défiance à son égard. Mustang soupira. Ce n'était toujours et encore que des enfants. Prêts à crier à la moindre injustice qui apparaissait devant eux. Mary Bradley avait dû trouver une oreille attentive avec ces deux-là.
"Ne nous faites pas croire que toutes ces mesures sont justifiées par votre principe de précaution, reprit Edward avec hargne. Vous avez votre propre agenda."
"Vous êtes finalement comme tous les autres". Roy attendit l'insulte mais elle ne vint pas. Son ancienne recrue se contentait de le fixer avec un regard révolté et le Flame Alchemist se fit la réflexion que les deux frères n'avaient vraiment pas changé.
"Ne parlez pas de choses que vous ne comprenez pas, soupira-t-il finalement.
- Ne parlez pas comme si nous étions incapables de comprendre, rétorqua le Fullmetal.
- Est-ce que vous pouvez réellement ?"
Le généralissime leur adressa un regard franchement agacé et se pencha vers eux : "Tout ce qui a toujours compté pour vous, c'est la recherche de votre corps. On sait pourquoi et on le comprend. En revanche vous oubliez que toutes les autres personnes ici ne se sont pas retrouvées face aux Homonculus par hasard. Nous avions un objectif, un monde plus juste en tête, un système autre que celui qui écrase la population d'Amestris, en fait de la chair à canon et les laisse crever la bouche ouverte. Nous sommes en train de changer les choses, même si cela implique de remettre en question l'armée. Et si je peux m'éviter que cet enfant soit instrumentalisé par mes opposants, alors je n'hésiterai pas une seule seconde. Vous n'étiez que des enfants, centrés sur vous-mêmes, vos propres problèmes et vous l'êtes toujours. Vous n'avez jamais compris qu'il existait d'autres problèmes dans ce pays que les vilains Homonculus ou les méchants militaires qui ne respectent personne. Et vous ne le voyez toujours pas."
Edward eut un rire franchement moqueur : "C'est ça votre explication ? On est incapables de comprendre parce qu'on est tournés vers notre nombril ? Mais vous vous moquez de nous ? Nous aussi, on a vu la pauvreté dans le Nord, les bidonvilles des Ishbal...
- Oui, vous avez croisé la misère d'une petite ville minière, d'un camp d'Ishbal. Pour autant vous ne voyez toujours pas toute la misère qu'il existe dans ce pays. Ce ne sont pas des éléments isolés mais tout un système qui manufacture la misère humaine.
- Et quand bien même ? demanda Alphonse. Vous pensez que ça justifie toutes vos actions ?
- A mes yeux, oui, répondit tranquillement Mustang."
L'aîné marmonna un "foutaise" qui arracha presque un sourire à Roy.
"Je vous le demande encore une fois : que faisiez-vous chez les Bradley ?
- Une visite de courtoisie et une blague inoffensive, maintint Edward d'un air buté."
Mustang soupira et se leva.
"Très bien. C'est votre choix.
- Hé oh, Mustang, vous n'allez pas nous enfermer ici encore ? Vous comptez nous garder ici combien de temps ?
- Tout le temps qu'il faudra, répondit-il en haussant les épaules."
Il ignora leurs protestations - après tout, Alphonse était un alchimiste. Il pouvait sortir de là quand ça lui chantait - et referma la porte derrière lui.
" Vous avez été un peu dur avec eux, non ?", demanda Hawkeye.
Mustang haussa les épaules : "ça leur fait du bien qu'on leur rappelle que le monde n'est pas entièrement blanc ou entièrement noir."
Dans le séjour, l'ambiance était toujours aussi pesante, sinon davantage : Smith avait repris ses esprits. Assis à la fenêtre, il était penché en avant, la tête dans les mains.
"Quelqu'un sonne à la porte alors je vais voir.
- Combien de temps après la sonnerie ? demanda Colt.
- Presque tout de suite.
- Et après ?"
Un instant de réflexion.
"Et après rien. Je me souviens être arrivé dans l'entrée, d'être face à Mme Bradley, rien d'autre. Je ne sais pas qui a sonné à la porte, je ne sais pas si quelqu'un est dans l'entrée à ce moment-là. Après, je me retrouve ici et entre temps, c'est le néant total.
- Est-ce que Mme Bradley t'a donné quelque chose à manger ou à boire, avant cela ?"
Le soldat secoua la tête. C'était contraire au règlement.
"Combien de temps entre le moment où les frères Elric sonnent à la porte et Mme Bradley leur ouvre ? demanda Riza.
- Deux minutes, tout au plus, répondit Colt.
- Alors les deux versions ne collent pas, fit remarquer Hawkeye : les frères Elric disent ne pas avoir croisé Smith et Smith se rappelle être arrivé dans l'entrée presque tout de suite.
- Smith aurait pu être arrivé avant qu'elle n'ouvre aux frères Elric."
Riza affichait une expression peu convaincue : "Alors elle lui aurait fait ingérer un produit pendant ce laps de temps Combien de temps exactement entre le moment où les frères Elric sonnent et vous arrivez ? demanda-t-elle à Breda.
- Dix minutes. Quinze tout au plus. Le temps qu'on comprenne que la mère Bradley n'aurait jamais laissé rentrer des vendeurs ambulants.
- Improbable que Mme Bradley lui ait fait ingérer quoi que ce soit, acquiesça Breguet. Le délai est trop court, le produit n'aurait pas eu le temps d'agir.
- Et vous êtes sûrs de vos témoins ? Ce sont des gamins, fit remarquer Colt.
- Ils sont toujours là, on peut continuer à les cuisiner un peu.
- Fullmetal ne nous mentirait pas. Pas sur ce point, répondit Roy en secouant la tête. Même s'il ne nous aime pas - ou plus autant qu'avant - il ne nous mentirait pas."
Il soupira, appuyé contre le montant de fenêtre.
"Vous pouvez continuer à l'interroger un peu mais je ne suis pas certain que ça en vaille la peine. Et je pense qu'ils ne vont pas tarder à nous fausser compagnie. En revanche, gardez un œil sur Mary Bradley mais soyez prudents. Qui sait quels coups tordus elle nous réserve.
- On avait aussi du nouveau, concernant Jeremiah.
- Le petit dans la baignoire ?"
Breda acquiesça et fit signe à Breguet de poursuivre.
"La voisine du rez-de-chaussée a aperçu notre homme alors qu'il s'en allait. Elle a entendu le coup vers 18h, l'heure à laquelle la plupart des habitants rentrent et l'immeuble commence à s'agiter. L'heure la plus bruyante. Cela concorde avec les conclusions du légiste qui placent l'heure du décès la veille de la découverte, entre 16h et 22h. Le témoin a aperçu le suspect alors qu'il repartait. Il ne portait pas d'uniforme mais elle est certaine qu'il s'agissait d'un militaire.
- A cause d'un signe distinctif ?
- Sa démarche, répondit Breguet avec une grimace."
Hawkeye lui adressa un regard surpris. : "Ce n'est pas très orthodoxe, comme méthode.
- Elle a pu me démasquer en cinq secondes, argumenta le soldat. Je ne marchais même pas. Quelque chose à voir avec la façon dont on se tient, apparemment."
Colt étouffa un rire.
"Des signes distinctifs qu'elle a pu remarquer ? Cicatrice ? demanda Riza."
Breguet secoua la tête : "Un homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire. 1m80, cheveux châtains clairs, teint pâle. Le témoin n'a pas pu voir la couleur de ses yeux."
Ils se retrouvaient donc avec le portrait-robot de la moitié des soldats de Centrale. Parfait.
"Est-ce qu'elle pourrait le reconnaître si on le lui montrait ?
- Possible, on pourrait toujours tenter.
- A supposer qu'on mette la main dessus, pointa sombrement Mustang."
Ils avaient auparavant un détournement de train à gérer et ils se retrouvaient maintenant avec des factions rebelles ici à Centrale, en plus de l'Ouest. Impossible de ne pas en déduire automatiquement que quelqu'un tirait les ficelles de tout cela.
Il s'était senti suivi et avait tourné un instant dans le quartier avant d'avoir confirmation : quelqu'un qui ne se souciait pas réellement d'être discret était sur ses talons. Arthur soupira intérieurement et bifurqua tranquillement vers un endroit un peu plus calme. Voilà ce qui se passait lorsqu'on se mêlait des affaires de l'armée. Rien de bien ne vous arrivait jamais. Et bien sûr, Breda n'était pas dans les parages pour l'aider. Arthur emmena son poursuivant vers des entrepôts désaffectés puis s'arrêta tout net près d'un lampadaire pour l'attendre.
"Hé bien ? Que me vaut cet honneur ?"
L'homme - grand, brun, teint pâle - ne prit même pas la peine de lui répondre et dégaina un couteau.
"Tu ne vas même pas te présenter ? Un peu malpoli, tu ne crois pas ?"
Sans un mot, son poursuivant se jeta sur lui. Arthur esquiva du mieux qu'il put. Coup de pied, feinte et puis attaque du couteau. L'homme était sans nul doute un militaire. Rien à voir avec le style de combat désordonné d'Arthur, appris au fil des mauvaises rencontres. Celui-ci n'était pas sûr de faire le poids. Profitant de l'élan de son adversaire, il attrapa son bras et le projeta contre un mur. Néanmoins l'homme se retourna fluidement et prit appui sur le mur pour mieux revenir. Crochet du droit pour mieux l'atteindre d'un uppercut de la gauche. Arthur sentit ses poumons se vider d'un coup sous l'impact et recula comme il put pour se mettre hors de portée. Le sol se déroba sous lui lorsqu'il trébucha sur une canette vide mais sa chute prit également son assaillant au dépourvu et un coup de pied bien placé le projeta au sol également. D'un bond, Arthur se jeta sur son ennemi et l'immobilisa au sol.
"Qu'est-ce que tu me veux ?"
L'homme lui cracha au visage pour seule réponse et Arthur lui décocha un coup de poing.
"Qu'est-ce que tu me veux ?"
Avec un rictus, l'homme parvint à dégager un bras. D'une torsion du bassin, il déséquilibra Arthur et celui-ci se retrouva de peu plaqué à son tour contre le sol. Ok, il était temps de fuir. Il asséna un coup de tête à son assaillant, si fort qu'il entendit le coup résonner jusqu'aux tréfonds de sa cervelle. Mais l'attaque avait déstabilisé son adversaire et Arthur parvint à se dégager d'un coup de pied. Il profita pour prendre ses jambes à son cou et se précipita la tête la première vers la rivière en contre-bas. D'un bond, il fut dans l'eau. Il n'attendit pas de vérifier que son poursuivant n'avait pas fait le grand saut et nagea le plus vite possible pour s'éloigner. Breda allait l'entendre.
Ils reprirent le chemin du quartier général dans un silence pesant. Riza et lui étaient tous les deux trop fatigués, trop atterrés par leur situation actuelle pour essayer de discuter.
Après avoir cuisiné les frères Elric quelques temps sans succès, Breda avait fini par les laisser repartir. Smith s'était effondré dès qu'il l'avait pu sur le lit d'appoint et ils n'étaient pas plus avancés sur la situation. Que faisaient les frères Elric chez les Bradley ? Et qu'avait fait Mary pour réduire un soldat à l'état de poupée sans vie ? Ils manquaient de ressources, d'alliés, et cette fois les frères Elric ne seraient pas de leur côté. Ni même Armstrong, Grumman ou Scar. Mustang soupira intérieurement. Les alliances qu'il avait pu former ne valaient que face à la menace des homonculus. Face à un complot interne à l'armée, il ne pouvait plus compter que sur ces hommes et malheureusement pour lui, Roy en manquait. C'était le problème lorsqu'on sautait trop d'échelons d'un coup : à l'exception de son équipe, il n'avait pas de réseau et il n'avait aujourd'hui plus le temps de s'en créer un, à l'instar du vieux général de l'Est qui avait tissé une toile sur presque l'ensemble du pays. Une poignée d'hommes pour lutter face à toute frange séditieuse de l'armée.
Arrivé au bout du cul-de-sac, il posa la main sur le mur de briques lorsque la voix d'Hawkeye l'arrêta : "Je ne suis pas sûre que retourner au Quartier Général soit très utile, monsieur."
Il lui jeta un regard étonné mais Riza se contenta de pointer du doigt le ciel. Déjà les premiers rayons de l'aube le faisaient pâlir.
"On doit à peine avoir le temps de rentrer chez nous, prendre une douche et fermer les yeux quinze minute, soupira à nouveau Mustang. Est-ce que vous croyez que Northrop est toujours en train de me chercher ?
- Il a compris que nous sommes partis ensemble et qu'il n'a plus grand chose à faire à part nous attendre. Sinon il ne ferait pas un très bon chef de la sécurité.
- Alors j'imagine que tout un comité m'attend chez moi, prêt à me passer un savon pour m'être éclipsé sans prévenir ? commenta Roy avec une grimace. Je peux venir chez vous ? Je suis pas difficile, le canapé me conviendra très bien.
- A mon avis, s'ils vous attendez chez vous, ils m'attendent chez moi aussi, fit remarquer Riza avec un sourire.
- C'est pas faux...Mais Northrop est en général beaucoup plus gentil avec vous."
En tant qu'assistante de Mustang, Riza occupait une place un peu particulière dans le dispositif de sécurité autour de lui : elle constituait la dernière ligne de défense si une attaque devait être tentée contre le généralissime mais elle faisait également partie des personnes que devait protéger la garde rapprochée. Par ailleurs, Northrop lui accordait un respect tout particulier : sa réputation n'était plus à faire, en ce qui concernait les armes à feu et surtout, Hawkeye était celle qui avait réussi à garder en vie Mustang pendant toutes ces années, au cours de la guerre civile et ensuite au moment du coup d'état. Northrop avait tendance à être très arrangeant avec elle alors qu'au contraire, le général n'hésitait pas à rabrouer Mustang chaque fois qu'il lui prenait l'envie d'aller faire un tour sans avertir les membres de la sécurité, peu importe son statut de généralissime.
"Je ne pensais pas que vous aviez à ce point peur de lui."
Mustang secoua la tête, vaguement amusé : "J'ai juste besoin d'un peu de calme pour assimiler tout ce que nous venons d'apprendre. Je..."
Il avisa un instant leur environnement puis décida de transmuter l'allée dans laquelle il se trouvait.
"Colonel ?"
Un simple geste des mains lui permit d'ériger un dôme au-dessus d'eux et Mustang ne distinguait plus que la silhouette de son assistante. A présent, ils étaient à l'abri des oreilles indiscrètes.
"Cette situation pue la merde.
- C'est le cas de le dire...
- D'abord l'Ouest et maintenant ici à Centrale ? L'homme qui a tué le petit ?
- Ce témoignage est loin d'être fiable, pointa Riza.
- Mais nous avons déjà agi sur la base de preuves bien moindres que cela."
Hawkeye haussa les épaules : "Peut-être que nous avons toujours eu de la chance. Mais la chance ne dure pas éternellement. Nous avons besoin d'une autre preuve pour relier le meurtre de Jeremiah à l'armée.
- Vous avez entendu la description de l'homme. Ça pourrait être n'importe qui et nous n'avons pas suffisamment d'hommes pour passer au peigne fin de la moitié de la population masculine de Centrale.
- Alors on attend.
- On attend que quelque chose quelque part se produise ? Sans savoir quoi ?
- Si cet homme est lié à l'armée alors ses actions le ramèneront près de nous à un moment ou à un autre et on pourra l'attraper, raisonna calmement Riza.
- Alors nous n'avons pas d'autre choix que d'attendre qu'il agisse de nouveau."
Hawkeye confirma d'un geste de la tête qu'il devina à peine dans la pénombre.
"Je déteste cela, grommela Roy.
- Je sais que vous détestez. Mais nous n'avons pas d'autre choix."
Mustang hocha la tête. Il le savait. Il était parvenu aux mêmes conclusions et avait tenu le même discours face à Breda et Colt, à peine un quart d'heure plus tôt mais il avait besoin que l'esprit rationnel et logique de Riza lui confirme son raisonnement.
"Est-ce que vous pensez que les deux événements sont liés ?"
Il entendit à peine son rire résonner contre la brique et ce son lui fit du bien. Il lui donna l'impression de remettre pied à terre pour la première fois depuis des jours, perdus dans le tourbillon des événements qui s'étaient succédés sans jamais leur laisser le temps de respirer.
"Je pense que nous avons tous les deux passé l'âge d'être naïfs, colonel."
Mustang hocha la tête, bien qu'il sache qu'elle ne pouvait sûrement pas le voir avec le peu de luminosité.
"Alors Breda et ses hommes continuent la surveillance et essaient de découvrir ce que la veuve Bradley manigance dans son coin et on espère que la personne qu'il a envoyée à Lior revienne avec la preuve que les homonculus n'ont rien à voir avec cela.
- Les probabilités sont faibles : vous êtes peu d'alchimistes à savoir comment fabriquer la pierre. Et il est encore plus improbable que quelqu'un d'autre ait découvert comment faire sans les notes de Marcoh."
Improbable mais pas impossible avait fait remarquer Breda. Ils avaient vu des choses plus folles que cela se produire par le passé. Qui sait si quelque part, dans un coin, une pierre n'avait pas survécu à la destruction imposée par Mustang ? Néanmoins celui-ci acquiesça : "Attendons les résultats de cette personne avant de lancer la chasse aux sorcières."
Un peu plus rassuré face aux événements, il redonna sa forme originale au cul-de-sac et fit disparaître le dôme au-dessus d'eux. Le ciel avait encore pâli. Il ne leur restait probablement qu'une heure voire deux avant de devoir retourner au quartier général et faire face aux remontrances de Northrop. A côté de lui, Riza soupira.
"Si seulement, les frères Elric voulaient bien parler. Je pense qu'on arriverait à décrypter toute la situation."
Il avait l'impression de se réveiller d'un long sommeil. Ces derniers mois et dernières années n'étaient que des souvenirs flous et embrumés. Comme s'il avait assisté à des rêves confus, impuissant. Et pour la première fois depuis une éternité, il était de nouveau en situation de contrôle. Selim plia et déplia ses mains comme pour s'habituer de nouveau à son corps. Celui-ci était fatigué, courbaturé par la chute et faible, tellement faible.
La soirée avait passé avec une lenteur terrifiante. Mme Bradley, inquiète par la chute, avait empêché l'enfant de s'endormir pendant une bonne heure et l'avait obligé à jouer aux cartes avec elle. Malgré son regard scrutateur qui avait mis ses nerfs à vifs, Selim s'était plié aux exigences. Plus vite il l'aurait convaincue que tout allait bien, plus vite il pourrait se débarrasser d'elle et faire le point sur la situation. Ce n'était pas la première fois qu'il devait jouer la comédie mais rarement s'était-il senti aussi inquiet, sans savoir pourquoi.
Son dernier souvenir concernait le jour promis. Il avait été dans les souterrains, avait contraint Mustang à devenir un sacrifice et s'était battu contre le Fullmetal. Le Fullmetal qui était allé bien trop loin dans son esprit. Que s'était-il passé après cela ? Comment avait-il pu revenir dans cette maison alors que Wrath était mort ? Ses souvenirs récents n'étaient qu'un enchevêtrement de bribes sans queue ni tête. Des goûters dans un jardin, une petite fille qui riait et sa mère qui le surveillait. Une vie qui ne ressemblait pas à la sienne. Selim savait ce qui lui était arrivé et refusait pour le moment ne serait-ce que d'y penser, ignorant tant bien que mal la main qui lui broyait les instestins.
Néanmoins, la courte heure passée en compagnie de sa mère avait suffi à lui fournir suffisamment de preuves pour confirmer ses soupçons. Sa voix était nettement plus aigüe que ce dont il avait l'habitude, plus enfantine. Le court trajet entre le séjour et sa chambre avaient également confirmé qu'il était plus petit. Tout lui paraissait plus grand, plus hors d'atteinte mais il avait fallu qu'il se voit dans le miroir pour enfin se rendre compte.
L'image que lui renvoya le grand miroir accroché dans l'entrée lui coupa le souffle. Un jeune enfant, cinq ans, six ans tout au plus. Mais plus que sa jeunesse ce fut sa propre faiblesse qui lui sauta aux yeux. Tant d'humanité dans son visage. Il n'y avait plus aucune trace de la pierre en lui. En revanche il y retrouvait la même faiblesse que celle de Wrath, celle qui leur avait toujours semblé flagrante et celle qui l'avait toujours distingué d'eux. Voilà donc l'origine de son malaise, de l'engourdissement qui enveloppait son corps. La raison pour laquelle il ne sentait plus les ombres crépiter sous ses doigts ni les ténèbres s'étirer sous lui. Selim n'était plus qu'un enfant. Un enfant tout ce qu'il y avait de plus ordinaire.
Son corps vacilla d'un coup, submergé par la rage. Voilà donc ce à quoi le Fullmetal l'avait réduit, voilà ce qu'il avait fait de lui. Les autres étaient sûrement morts également, Père vaincu. Père n'aurait jamais abandonné et aurait lutté jusqu'au bout. Et tous auraient sûrement préféré tuer Selim de leurs propres mains plutôt que de voir un homonculus réduit à cet état, faible et humain. Voilà la situation qu'il retrouvait aujourd'hui. Un léger bruit attira son attention dans son dos. Selim se retourna rapidement. Un soldat. Un de ceux toujours postés en faction chez lui, lui chuchota une voix à son oreille et sa rage se décupla face au regard calculateur du soldat. Edward Elric l'avait dépouillé de ses pouvoirs, rendu impuissant et Roy Mustang l'avait contraint à devenir une ombre, constamment surveillée par ses chiens.
Il serra ses poings tremblants de choc et de rage. Il se vengerait. Peu importe le temps que cela lui prendrait, il se vengerait de ces deux-là et danserait sur leurs cadavres. Il afficherait leurs corps à la vue de tous pour montrer à ces pauvres humains qu'ils n'étaient rien de plus que des fourmis, du bétail sans cervelle. Selim leur montrait qu'on ne touchait pas aux homonculus. Pas impunément.
A suivre
