Titre : la pièce vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
Hello, désolée tout le monde pour le délai de publication ! Disons que des tractations ont eu lieu concernant la beta-lecture de cette fanfiction et que les agendas sont difficiles à synchroniser ! En attendant, j'espère que vous allez bien malgré ce qui se passe dernièrement.
L'ambiance générale n'est pas franchement à la rigolade mais j'espère que ce chapitre va vous plaire et sera à la hauteur de ce qui a été teasé précédemment. Et je devrais participer au NaNoWriMo cette année donc vous avez la garantie que cette fic va continuer encore un certain moment ;) (Moi-même, je me dis que l'histoire est interminable et que je vais avoir un mal fou à aller jusqu'au bout...). Bref, sans plus de blabla, voici le chapitre 8 !
Murmures
Il avait l'impression de se réveiller d'un long sommeil et il lui fallut quelques jours pour recoller les morceaux. Comprendre ce qui s'était produit depuis le Jour Promis.
Le Fullmetal les avait vaincus. Il avait arraché la pierre de son âme et Mustang régnait sur le pays, en lieu de place de Wrath. Les autres étaient sûrement morts : Père ne se serait jamais laissé vaincre - il serait allé au bout de ses ambitions ou serait mort en essayant - et le voile noir sur le portrait de Bradley dans l'entrée était suffisamment parlant. Envy, Lust et Gluttony avaient disparu bien avant cela, il s'en souvenait. Quant à Sloth, celui-ci n'avait jamais été d'aucune aide alors autant se considérer seul. Seul et enfermé dans le corps d'un enfant de 5 ans, sous les yeux scrutateurs des hommes de Mustang.
Selim avait réunis les principaux faits mais certains éléments restaient manquants : que lui était-il arrivé ? Il n'était plus le même, il le sentait. Il était faible, fragile, vulnérable. Un être humain, comme aurait dit Envy avec plus de dégoût qu'il n'est possible de mettre dans une phrase. Pride ne sentait plus les ombres en lui et la puissance au bout de ses doigts. La seule once de pouvoir qui lui restait résidait dans sa voix, semblait-il. Un mot et les gens lui obéissaient. Ce n'était pas rien. Mais avant de s'en satisfaire pleinement, il avait besoin de tester l'étendue de ce nouveau pouvoir. Et la première étape consistait donc à mettre la main sur un cobaye.
Comme d'habitude, un soldat était de garde dans leur maison. L'homme était censé les surveiller lui, officiellement occupé à tracer des lettres, et Mary, penchée sur une pile de courrier à traiter. Cet examen constant ne le dérangeait pas réellement : après tout Selim avait réussi à tromper Mme Bradley pendant des années avant qu'un imbécile ne lui révèle toute la vérité. Maintenir une façade innocente était un jeu auquel il était plus que rodé et les minions de Mustang n'avaient pas l'air des plus futés, en tout cas pas celui-là. Et en l'occurrence, Selim voyait en lui l'occasion parfaite pour mener quelques expérimentations.
Du coin de l'œil, il s'assura que Mary était toujours penchée sur ses factures dans le séjour, puis se glissa discrètement hors de sa chaise. Il se dirigea vers le soldat et planta ses yeux dans les siens.
"Viens."
Sa voix était à peine plus qu'un murmure mais résonna durement contre les murs et le fit lui-même frissonner. Avec moins d'une seconde d'hésitation, le militaire se décolla du mur et le suivit sans protestation lorsque Selim se dirigea vers l'étage. Sans un bruit, l'homonculus referma la porte de sa chambre derrière eux et lui ordonna de la même façon de s'asseoir sur la petite chaise de son bureau. Au moins, il n'avait pas tout perdu dans cette affaire, constata-t-il en regardant l'homme se plier à ses ordres.
"Quel est ton nom ?
- Jonathan Smith.
- Que fais-tu ici ?
- Je surveille Mary Bradley et son fils, Selim Bradley."
Le soldat était amorphe, comme dans un état second. Ses yeux fixaient un point dans le vague et ne semblaient même pas le voir.
"Pourquoi ?
- Ordre du généralissime : il se demande si tu pourrais un jour redevenir une menace et se méfie de Mary Bradley."
Selim retint un rire. Pas si stupide que ça, le héros d'Ishbal, mais en retard.
"Pourquoi se méfie-t-il de ma mère ?
- Son comportement est suspect. Et Mustang pense qu'elle me drogue."
Cette réponse lui fit hausser un sourcil. C'était inattendu.
"Pourquoi ?
- La nuit où les frères Elric sont venus, Colt m'a trouvé en train d'errer dans le jardin.
- Les frères Elric ?"
Selim fronça les sourcils. Quand est-ce que ces deux-là étaient-ils rentrés dans l'équation ? Néanmoins, la question était trop ouverte et n'appela aucune réponse de la part du soldat. L'homonculus reprit son interrogatoire.
Colt était la coéquipière qui l'avait retrouvé, errant dans le jardin. Elle l'avait ramené à la planque et l'avait questionné mais il ne se souvenait de rien. Ce n'était pas la première fois que Selim lui donnait des ordres qui conduisaient à un trou de plusieurs heures dans sa mémoire. Ses coéquipiers - Breda, Breguet et Colt - étaient au courant. Les frères Elric avaient été questionnés à ce sujet mais ils n'étaient au courant de rien.
"Et tes coéquipiers pensent qu'il s'agit d'une drogue ?
- Oui, donnée par Mary Bradley"
Selim mordilla sa lèvre inférieure. Que les hommes de Mustang soupçonnent sa mère ne lui plaisait pas mais indiquait que pour l'instant au moins, ils ne le considéraient pas comme une menace. Cela lui donnerait du temps pour réfléchir et peut-être même une certaine marge de manœuvre. En revanche, la présence des frères Elric chez eux l'inquiétait franchement : les deux frères avaient prouvé par le passé leur capacité à mettre le nez où ils n'étaient pas censés et étaient proches de Mustang, beaucoup trop proches. Qu'étaient-ils venus faire à leur domicile en premier lieu ? Que savaient-ils déjà ? Il avait besoin de comprendre ce que les frères Elric étaient venus faire chez lui, pourquoi, et surtout ce qu'ils avaient compris de la situation.
"Tu vas repartir à ton poste et oublier toute cette petite conversation. Tu as surveillé Mary Bradley pendant qu'elle s'occupait de ses factures et rien d'inhabituel ne s'est produit.
"Selim regarda le soldat se relever, l'air toujours aussi absent.
La deuxième étape impliquait d'avoir une petite discussion avec sa chère mère.
Les événements de la semaine passée pesaient encore dans son esprit et détournaient son attention de sa réunion actuelle. Mustang ignora le regard noir d'Hawkeye et se contenta d'hocher la tête d'un air faussement concentré face à ses généraux. Malgré ce qu'elle pouvait bien lui dire, Riza était l'une des rares personnes à avoir percé à jour le masque de fausse concentration qu'il s'était forgé et seule elle pouvait dire quand il écoutait réellement ou pas. Le reste du monde tombait généralement dans le panneau de cette expression qu'il avait mis des années à peaufiner.
Les frères Elric étaient revenus de leur cambrousse natale et le soir même, Breda retrouvait l'un de ses hommes dans un état second lors d'une garde. En parallèle, Ross et Broche à l'Ouest, mais également Breguet à Centrale trouvaient des preuves qui semblaient montrer que l'armée était impliquée dans les incidents du détournement de train. Et pour couronner le tout, des phénomènes se produisaient dans le tunnel. La cerise sur le gâteau serait vraiment que les homonculus soient de retour. Intérieurement, Mustang grimaça. Il avait beau y réfléchir, il ne comprenait pas comment ces éléments se reliaient entre eux et l'évolution de la situation Selim l'inquiétait. Il manquait d'hommes, de personnes de confiance et son poste actuel l'empêchait d'intervenir lui-même comme il avait pu le faire deux années auparavant. Attendre que les choses avancent sur le terrain était une réelle torture.
Un nouveau regard assassin de son assistante capta son attention une fraction de seconde mais avant que son esprit ne puisse repartir à des kilomètres de là, Audra et Remington firent irruption dans son bureau, manquant par la même occasion de défoncer les portes. Mustang soupira.
L'interruption tombait à pic, mais cette étrange alliance ne pouvait raisonnablement être annonciateur d'une bonne nouvelle. Sans même qu'il ne lui demande, Riza fit sortir d'un tour de main son rendez-vous actuel et referma la porte derrière eux.
"Quoi ?
- Attaque dans le centre-ville de West City : une bombe a explosé sur une place publique.
- Pardon ? s'exclama-t-il."
Mustang retint à grand peine quelques jurons.
"Quand ? Et où ?
- A l'instant. On vient juste d'avoir l'information, répondit Remington. Je suis passé chercher Evans et je suis venu ici directement."
Une partie de son esprit s'étonna de voir que le colonel avait pris l'initiative de prévenir sa conseillère mais la grimace sur le visage de ses deux conseillers lui indiqua que le pire restait à venir : "L'explosion a eu lieu dans un quartier commerçant à proximité du Quartier général. A priori c'est dû au gaz. L'explosion a fait beaucoup de blessés. Nous devons considérer l'hypothèse que l'armée ait été visée."
Mustang s'appuya lourdement sur son bureau et croisa ses mains devant son visage. L'explosion était forcément d'origine criminelle. Ce genre d'incident ne se produisait pas tous les quatre matins, encore heureux, et des équipes techniques étaient dédiées à la maintenance des rue et des installations publiques. Les services généraux étaient un passage obligé dans la carrière des jeunes officiers et ne manquaient donc pas de main-d'oeuvre. Sauf négligence, il n'y avait aucune raison pour qu'un système de gaz ne s'abîme et ne génère une explosion de cette ampleur. Roy ne se souvenait même plus du dernier incident lié à cela. Non, le dernier incident de ce type avait été causé par Scar, à Centrale. Il avait démoli la chaussée pour s'enfuir dans les canalisations. Origine criminelle donc et Mustang mettrait sa main à couper que Remington avait raison, sans l'ombre d'un doute.
"Quand aurons-nous la confirmation ?
- Impossible de prévoir, répondit Remington avec raideur. Les communications arrivent au compte-goutte : le QG tente d'arrêter l'incendie et de porter secours aux blessés.
- Le nombre de victime doit être considérable, commenta Hawkeye. L'explosion a eu lieu à l'heure du déjeuner ou presque ? Alors ils vont subir un afflux massif vers l'hôpital de West City. Que peut-on faire ? Mobiliser des troupes en renfort ? les hôpitaux voisins ?
- Pas sans prévenir Cochrane d'abord. Ce serait le court-circuiter, répondit Remington en secouant la tête.
- Alors prévenez-le, trancha Mustang. Dites-lui que les renforts vont être mobilisés et qu'il peut compter sur nous. Déclenchez le plan de secours et prévenez les casernes à proximité."
Remington acquiesça d'un signe de tête.
"Quoi d'autre ? Que pouvons-nous faire ?" demanda Roy.
Mais un rapide tour de table confirma que Centrale ne pouvait pas proposer grand chose d'autre à moins d'intervenir directement dans l'Ouest. Ce n'était pas le rôle du généralissime et encore moins le rôle du gouvernement central. Ne restait donc qu'à attendre.
"Je veux un rapport aussi vite que possible, ordonna Mustang. Vous continuez à travailler ensemble car Evans devra préparer une conférence de presse dès que les journaux auront entendu parler de l'incident et je vous veux sur la même longueur d'onde."
Audra hocha la tête et se prépara à décoller mais Remington les retint tous, encore une fois : "Loin de moi l'idée de refuser de coopérer mais je n'ai accès qu'aux plus hauts échelons de l'Ouest.
- Et donc ?"
Remington jeta un regard lourd de sens en direction d'Evans qui fronça les sourcils.
"Le chaîne de commandement a failli une fois. Qu'est-ce qui nous dit qu'elle ne faillira pas aujourd'hui ?
- Rien, admit Mustang. On ne peut pas savoir mais vous avez un accès direct à Cochrane. Utilisez-le."
Le colonel haussa un sourcil hautement dubitatif : "Cochrane n'est pas au cœur de l'action. Avec le chaos actuel, des éléments cruciaux pourraient lui échapper.
- C'est un risque mais je ne vois pas où vous voulez en venir, répondit Riza à sa place."
Remington pinça les lèvres, agacé, et lança à nouveau un regard peu discret en direction de l'ancienne journaliste.
"Permission de parler franchement, monsieur ?" Sans attendre de réponse, il enchaîna : "Si Cochrane n'avait pas découvert le sabotage du central téléphonique, comment pourrait-il se rendre compte que des hommes lui désobéissent ? Pire, il pourrait être de mèche et sciemment nous cacher des éléments cruciaux.
- En l'absence de preuve...
- Vous avez deux hommes sur place, le coupa Remington. Mobilisez-les. Ils peuvent suspendre leur mission pour le moment et nous aider à y voir plus clair dans cette situation.
- Ross et Broche n'ont aucune légitimité pour participer aux opérations.
- Pas plus qu'ils n'en ont pour poursuivre leur mission dans ce contexte. Leurs interlocuteurs ne seront de toute manière pas disponibles.
- Possible mais vous l'avez dit vous-même, rappela Mustang. Nous ne pouvons pas envoyer des hommes prendre part aux opérations. ça serait s'immiscer dans le commandement de l'Ouest.
- Alors on accepte de rester dans le noir ?
- Cochrane se sait sur la sellette, fit remarquer Riza. Ross et Broche nous ont remonté leurs premières découvertes il y a trois jours. A l'heure qu'il est, tout le QG doit être au courant. Cochrane sait qu'en cas de nouvel incident, les choses ne se passeront pas bien pour lui.
- Et alors ? vous pensez réellement que cela va changer quelque chose ? Le risque de subir votre courroux ? rétorqua Remington."
Roy ferma les yeux un instant pour se retenir de le frapper.
"Ross et Broche continuent l'investigation", répéta-t-il fermement en plantant son regard dans les yeux furieux de Remington. Celui-ci ne cilla pas mais fut bien forcé de capituler au bout d'un moment.
"Si c'est votre décision, monsieur, répondit-il d'un ton raide.
- Nous n'avons pas d'autre choix."
D'un signe de tête, Mustang congédia Remington et Evans.
"Et bien Evans est au courant, maintenant, commenta Riza tandis que Roy tentait de se calmer.
- Merci Remington.
- Et vu son expression, elle risque de revenir à la charge.
- On gérera ça quand ça arriva. En attendant, pouvez-vous joindre Ross et Broche ?"
Hawkeye relava la tête, légèrement surprise.
"Je préfère prévenir que guérir. Pas envie de découvrir que Remington aime prendre des initiatives dans mon dos."
Cette journée allait encore être une longue journée et encore une fois, il serait cantonné à attendre que les opérations sur le terrain soient réalisées par d'autres que lui.
"Maman ?"
Mary Bradley sursauta puis se retourna vers lui, un sourire sur les lèvres : "Qu'est-ce qu'il y a mon chéri ?"
Depuis cette fameuse nuit, Mary n'était plus tout à fait la même. L'ancien homonculus ne souvenait encore vaguement de la tension qui l'habitait, de l'urgence dans son regard et le tremblement de ses mains. Mais depuis quelques jours, sa mère semblait aller mieux. Elle ne sursautait plus autant moins et les grandes cernes noires sous ses yeux commençaient presque à se dissiper. Dans quelle mesure avait-elle eu conscience des changements qui s'étaient opérés en lui ?
"Qu'est-ce que tu fais ?
- Je lis, répondit-elle patiemment."
Indéniablement, Selim avait de l'affection pour la femme. Quelque part dans sa mémoire, il avait souvenir qu'elle lui avait fait promettre de ne jamais utiliser ses pouvoirs contre elle mais il avait besoin de réunir les dernières preuves du puzzle pour pouvoir les protéger et faire ce qui devait être fait. Il était désolé mais se laissa submerger par la froideur à présent familière.
"J'ai quelques questions pour toi, maman."
Même à ses oreilles, sa voix se modifiait. Elle devenait plus grave et semblait résonner dans la pièce, comme si elle provenait du fond d'un puits. A l'instar du soldat, Mary Bradley sembla se détendre et glisser dans une torpeur ensommeillée.
"Est-ce que tu te souviens de la nuit où je suis tombé dans les escaliers ?"
Hochement de tête docile.
"Que s'est-il passé avant cela ?
- Avant que tu ne tombes, je suis allée te réveiller. J'avais besoin de ton don. Je voulais que tu éloignes le soldat qui nous surveillait.
- Pourquoi ?
- Pour pouvoir parler avec les frères Elric.
- Les frères Elric étaient présents ?
- Ils étaient cachés dans le placard de l'entrée.
- Que faisaient-ils là ?
- Je les y ai poussés pour les cacher"
Selim retint un claquement de langue impatient. Il devait faire attention à ses questions sans quoi le sujet répondait beaucoup trop littéralement.
"Pourquoi sont-ils venus chez nous ?
- Car je leur ai demandé de venir, par l'intermédiaire de Grâce.
- Pourquoi ? demanda Selim, les sourcils froncés.
- Car ton comportement était étrange."
Sous le verni de froideur apparente, Selim sentait les émotions tourbillonner chez sa mère adoptive. Son corps était calme et détendu mais son esprit se débattait. Une vague de sentiments trop intense pouvait-elle rompre cet état ?
"Qu'ai-je fait d'étrange ? lui demanda-t-il d'une voix douce.
- Tu ne te comportais pas comme un enfant de 5 ans. Tu étais beaucoup trop grave et tu faisais peur à Elysia. Elle ne veut plus venir. Ensuite j'ai découvert..."
Sa voix se brisa mais Selim insista : "Qu'as-tu découvert ?
- Des animaux morts, cachés dans le bureau de ton père. J'ai tout de suite su que c'était toi.
- Pourquoi ?" demanda-t-il en fronçant les sourcils.
Il ne conservait aucun souvenir de cela et n'avait jamais eu pour habitude de tuer des petites proies.
"Qui d'autre aurait pu les cacher à cet endroit ? demanda-t-elle, un sourire triste aux lèvres. Il n'y a que toi et moi dans cette maison.
- Qu'ai-je fait d'autre ?
- Rien. Mais les animaux ont ensuite disparus et tu n'as cessé de surgir dans mon dos à chaque fois que je m'approchais de ta chambre ou du bureau de ton père."
Selim resta un instant silencieux. La découverte n'avait sans doute pas été agréable et il comprenait maintenant mieux la nervosité dont il se souvenait chez elle.
"Quand as-tu appelé les frères Elric ?
- Il y a une semaine, une semaine et demie ?
- Qu'est-ce qui a déclenché l'appel ?
- Les corneilles dans le bureau.
- Et depuis combien de temps mon comportement est-il étrange ?
- Je ne sais pas précisément. Il y a peut-être un mois ? voire plus."
Il hocha la tête : "Les frères Elric sont venus. Tu es montée me chercher pour que j'éloigne le soldat. Que s'est-il passé ensuite ?"
Le reste de l'interrogatoire ne sembla pas autant perturber Mary, qui répondit docilement à ses questions. Selim avait envie de la laisser reprendre ses esprits, d'arrêter ce qu'il lui faisait. Mais plus que jamais, les hommes de Mustang allaient l'avoir dans le collimateur. Trop de choses s'étaient produites pour ne pas éveiller leurs soupçons. Et les frères Elric allaient revenir, c'était certain. D'une manière ou une autre, ils seraient de retour et Selim devrait les éloigner sans créer de soupçons. Il posa sa main sur la sienne et avec un pincement au cœur, resserra son emprise sur elle. Il allait enfreindre sa promesse une nouvelle fois mais il devait se servir d'elle pour régler une dernière chose.
Le Quartier Général avait été en ébullition tout l'après-midi. Des nouvelles leurs venaient par à-coups de West City qui avait fort à faire pour éteindre les incidents générés par l'explosion, prendre en charge les blessés et déblayer le site pour retrouver des survivants. Mustang dut prendre son mal en patience avant que Remington et Audra ne furent de retour dans son bureau, avec le constat de la journée.
"L'explosion s'est produite à proximité du Quartier Général de l'Ouest et a été revendiquée par le Front de Libération de l'Ouest, annonça l'officier. 13 morts et 96 blessés pour le moment. Beaucoup de soldats parmi les victimes. Ils continuent de chercher des survivants"
La place en question était un endroit fréquenté par les troupes qui appréciaient de pouvoir déjeuner à l'extérieur, dans un quartier à proximité du Quartier général. Par conséquent, la cible de l'attentat ne laissait que peu de place à l'imagination.
"Dégâts matériels importants ? demanda Roy.
- Suffisamment pour creuser une tranchée dans la chaussée.
- Qu'en est-il des renforts ?
- Cochrane a mobilisé l'ensemble des troupes des villes voisines. Les blessés légers devraient être redirigés vers des hôpitaux plus lointains et traiter sur place les plus prioritaires. Cochrane vous remercie pour le message et se prépare à recevoir l'arrivée des renforts."
Roy hocha la tête. La situation si cauchemardesque soit-elle avait l'air d'être sous contrôle. C'était déjà ça.
"La revendication ?
- Un manifeste, imprimé et distribué dans le centre-ville.
- Distribué en centre-ville ?" répéta Hawkeye.
Remington leva les mains pour nuancer son propos : "Jetés du haut de plusieurs immeubles. Le temps que les troupes comprennent ce dont il s'agissait... et puis, la priorité allait aux blessés.
- Autrement dit, les coupables n'ont pas été attrapés. Et que disait ce manifeste ?
- Beaucoup d'insultes pour notre pomme, résuma platement Audra. Un appel pour l'indépendance du Vakaran. Le discours habituel : ce territoire ne peut pas être gouverné par Centrale, incapable de comprendre le peuple vakaranais."
Mustang fronça les sourcils. Le Vakaran était une région à l'extrême Ouest du pays. Autrefois rattaché à Aerugo, le territoire avait été assimilé à Amestris depuis une centaine d'années mais les habitants étaient toujours profondément attachés à leur culture et la langue régionale était toujours largement pratiquée. Les revendications d'autonomie n'étaient pas nouvelles mais jamais auparavant le Front de Libération de l'Ouest ne s'était montré aussi virulent.
"Le gouvernement doit réagir, reprit Remington d'une voix tendue. On ne peut pas laisser un groupe terroriste s'en prendre à l'armée.
- Bien sûr que le gouvernement va réagir, répliqua Mustang avec agacement. Mais la question est de savoir comment, sans s'aliéner à la fois Cochrane et la population de l'Ouest. La région est sur le point de se transformer en champs de bataille. Il faut trouver un moyen de désescalader la situation avant qu'on en arrive à un deuxième Ishbal.
- Plus nous tardons trop à réagir plus cela renvoie l'image d'un gouvernement faible."
Mustang secoua la tête et se tourna vers Evans : "Que savez-vous sur l'Ouest ?
- Peu de choses, malheureusement, admit l'ancienne journaliste. L'Ouest a traditionnellement toujours souvenu le gouvernement. Avec l'arrêt de l'économie de guerre, la région a également perdu de manière significative ces deux dernières années. Et certains remettent en question ouvertement votre position à la tête du gouvernement, voire celle de l'armée.
- Et qui mettraient-ils dans cette position ?
- Un homme qui a déjà montré sa capacité à diriger une entreprise et qui serait capable de prendre les bonnes mesures pour l'économie du pays."
Remington émit un rire peu flatteur : "Ces personnes n'ont aucune idée..." Mais Mustang l'arrêta d'une main.
"Si je comprends bien, le Vakaran et toute une partie de l'Ouest pourrait adhérer aux propos du FLO ?
- C'est une possibilité.
- J'ai besoin que vous creusiez davantage sur la situation dans l'Ouest. Est-ce que vous avez des contacts là-bas ?"
L'ancienne journaliste hocha la tête : "Je ferai mon possible. En attendant...
- Une conférence de presse, compléta Mustang, avec lassitude. J'ai saisi l'idée générale. Nous devons couper l'herbe sous le pied du FLO. Condamner fermement les actions, mettre l'accent sur les victimes civiles de cet attentat...
- Tout à fait.
- Colonel Remington, je veux des rapports aussi fréquents que possible sur l'évolution de la situation. Venez dans mon bureau toutes les heures s'il le faut. Contactez également Cochrane : je veux lui parler aujourd'hui. Peu importe l'heure. Hawkeye, il va falloir réunir les autres généraux."
S'introduire chez les Bradley n'était pas en soi un problème quand on pouvait aisément créer des tunnels dans le sol. En revanche, il fallait d'abord détourner l'attention du militaire dans la maison, pour ensuite le maîtriser. Edward ne se faisait pas réellement d'illusions sur la coopération de l'armée et il devait avouer que s'introduire au nez et à la barbe de Breda amenait un peu de piment à l'histoire. Le plan lui vint facilement, avec un enthousiasme plus que suspect et, au grand dam d'Alphonse, il était réaliste et réalisable. Le cadet accepta donc de se plier aux directives de son frère. Après tout, sans lui, tout le projet tombait à l'eau et ils ne pouvaient pas laisser abandonner Mme Bradley.
En premier lieu, les deux frères se glissèrent dans une bouche d'égouts du quartier - peu agréable, mais autant ne pas se fatiguer lorsqu'un tunnel existait déjà - et se positionnèrent aussi près de la maison des Bradley que possible. Quelques ouvertures de murs permirent à Edward de rentrer dans la cave pour patienter jusqu'au signal de son frère. Celui-ci poursuivit sous terre jusqu'à atteindre la maison voisine et refit surface pour s'intéresser à leurs déchets, entreposés à l'arrière de leur maison. Il parvint sans problème à dénicher quelques bouteilles plastiques. Il fallut ensuite séparer l'azote de l'air, le comprimer progressivement jusqu'à obtenir de l'azote liquide puis repartit en laissant les bouteilles bouchées et bien cachées dans le tas de compost à proximité. Un jeu d'enfant pour n'importe quel alchimiste. Le seul bémol dans leur plan concernant le temps qu'il fallut à l'azote liquide pour se réchauffer.
L'explosion se produisit avant qu'Alphonse ne puisse rejoindre son frère dans la cave. La détonation raisonna dans la rue et Edward entendit des cris de panique s'élever. Ce fut le signal pour remonter de la cave. Mary Bradley manqua de lâcher la pile d'assiette qu'elle tenait lorsqu'elle se retourna et découvrit Edward derrière elle.
"Je pense qu'il faudrait mieux s'éloigner de la fenêtre, Mme Bradley, lui dit-il en guise de bonjour.
- Ed... Edward ? balbutia-t-elle d'une voix tremblante.
- Mon frère ne devrait pas arriver. Où est le garde ?"
Sans réussir à formuler une phrase, elle désigna la porte du jardin, encore grande ouverte. Edward se colla mur, à côté de la porte, juste à temps pour entendre les pas du soldat se rapprocher.
"ça a l'air de venir..."
Sans lui laisser le temps de finir sa phrase, Edward lui asséna un coup derrière la tête qui l'assomma proprement.
"Nous devions finir une conversation, je crois ?
- Mais, l'explosion ?
- C'était nous, il ne faut pas s'inquiéter", expliqua Edward d'un ton qu'il espérait rassurant, tandis qu'il sortait de quoi immobiliser le soldat. Mais à en juger par l'expression de Mary, ni le ton ni la situation n'étaient franchement rassurants.
Alphonse choisit cet instant précis pour remonter dans la cave.
"Nii-san ?
- Dans la cuisine, Al."
La cadet haussa un sourcil à la vue du militaire ligoté par terre mais ne fit aucun commentaire.
"Mme Bradley ?"
Celle-ci sembla brusquement revenir à elle : "Et si on s'installait dans le séjour ?
- Où est Selim ? demanda Alphonse, en la suivant. Est-ce qu'il va bien ?
- Il va bien, merci. Il fait la sieste, en haut."
Parfait, ils étaient donc tranquilles. Néanmoins, la nervosité de Mary Bradley était évidente et presque palpable. Elle se tordait les main et ils pouvaient distinguer le tremblement de ses épaules.
"Mme Bradley, que se passe-t-il ? demanda Alphonse de sa voix la plus douce. Vous avez l'air terriblement inquiète.
- Vous n'auriez pas dû... L'armée va se rendre compte que...
- Ils vont se rendre compte que quelque chose cloche, confirma Edward, mais si vous ne leur dites rien ils ne pourront rien vous faire.
- Leur soldat est K.O pour un bon bout de temps, renchérit Alphonse. Nous allons pouvoir discuter tranquillement. Tout va bien, il n'y a plus nous ici.
- Je... Je suis désolée, je n'aurais pas dû vous demander de venir.
- C'est à nous d'en juger, répondit calmement l'ancien alchimiste. Pourquoi vouliez-vous nous voir ?"
Elle sembla hésiter un instant, en proie à un dilemme : "J'étais inquiète à propos de Selim.
- Pour quelle raison ?
- Il... Il avait énormément de cauchemars, il se réveillait en hurlant. Je... Je voulais savoir si tout cela avait un rapport avec son passé."
Mme Bradley ne les regardait pas. Ses yeux étaient fixés sur ses mains, comme une enfant un peu coupable. Une partie d'Edward fut soulagé qu'il ne s'agisse pas d'un problème pire que celui-ci mais il ne comprenait pas pourquoi la veuve de Wrath les avait contacté pour une affaire pareille. Après tout, ils n'avaient aucune qualification lorsqu'il s'agissait d'enfants.
"C'est possible, répondit Alphonse d'une voix calme. Est-ce que quelque chose d'autre vous inquiétée ?
- Mais... oh, je suis vraiment désolée. Les cauchemars se sont arrêtés. Et je n'avais aucun moyen de vous prévenir, après. Je suis vraiment désolée.
- Les cauchemars se sont arrêtés ?
- Oui, je...
- Pour ne pas avoir contacté l'armée ? coupa Edward.
- Je n'ai aucune confiance en elle."
Edward n'allait certainement pas lui jeter la pierre mais cela n'expliquait toujours pas pourquoi Mme. Bradley les avait fait venir d'aussi loin. Il fronça les sourcils et attendit la suite mais elle vint pas. Alphonse et lui échangèrent un regard étonné : Mary Bradley s'obstinait à fixer ses mains, comme incapable de les regarder dans les yeux, et ne semblait pas décidée à en dire davantage. Les deux adolescents attendirent patiemment, écoutant l'horloge lentement égrainer les secondes.
"Qu'attendez-vous de nous, Mme Bradley ? demanda finalement Alphonse d'une voix douce."
Celle-ci releva les yeux vers eux et son regard vide fit frissonner l'ancien alchimiste. Rien. Il n'y avait rien dans son regard, sinon un puis sans fond. Edward entendit à peine le reste de son discours, trop absorbé par ces yeux sans vie. Elle s'excusait une nouvelle fois de les avoir fait venir d'aussi loin mais les terreurs nocturnes de Selim s'était arrêtées d'elles-mêmes. Tout allait bien, désormais. Les frères pouvaient rentrer chez eux.
"Allons-y, nii-san."
Les deux frères finirent par s'éclipser de la même façon qu'ils étaient venus, non sans avoir détaché le soldat et transporté l'homme jusqu'à une chaise dans la couloir - avec un peu de chance, il supposerait qu'il s'était endormi en pleine garde. Peu probable, mais on ne sait jamais.
"C'était bien étrange", commenta Alphonse en se laissant tomber sur le ciment malodorant.
Edward atterrit à son tour et grogna quelque chose en guise de réponse.
"Je pense qu'elle ne nous a pas dit toute la vérité.
- Sans déconner, répliqua Edward. Faire toute cette route pour entendre des conneries sur les cauchemars de son fils. Elle se moque de nous. Au final elle ne nous a posé aucune question, alors qu'elle nous aurait fait venir parce qu'elle a des questions sur le passé de son fils. ça n'a aucun sens.
- Peut-être qu'il s'est passé quelque chose et qu'elle ne peut plus nous dire la vérité ?
- Peut-être."
Ils marchèrent un instant en silence avant qu'Alphonse ne demande à nouveau : "Qu'allons-nous faire, nii-san ? Est-ce qu'on reste un peu pour essayer de comprendre ce qui se passe ?"
Autrefois il serait resté. Autrefois il aurait cherché à la vérité. Mais la situation n'était plus la même désormais. Il ne pouvait plus pratiquer l'alchimie et Al et lui s'étaient retrouvés dans des situations beaucoup trop dangereuses.
"On se tire avant de se retrouver dans la merde jusqu'au cou", marmonna Edward.
La situation avait changé.
"Colonel Hawkeye."
Riza se retourna brusquement, relevant devant elle son classeur dans un geste de parade, par pur réflexe. Elle s'était crue seule dans les couloirs du quartier général et les bruits de pas qui se hâtaient vers elle avait réveillé d'anciens mécanismes de défense.
"Ce n'est que moi, lui signala prudemment Evans, ralentissant le pas.
- Désolée, réflexe. Je pensais être seule, étant donné l'heure."
Audra lui adressa un sourire à moitié désolé et à moitié triste.
"J'ai besoin de vous parler."
A 22h passées. Visiblement, Evans avait guetté le départ de Riza pour venir lui parler. Sans lui laisser le temps de protester, elle enchaîna : "ça ne peut pas attendre demain, c'est important."
Si Hawkeye était exténuée, Audra semblait plus réveillée et déterminée que jamais. Riza soupira. Cela n'annonçait jamais rien de bon. Sentant qu'elle n'avait pas d'autre choix que d'accepter, Hawkeye lui désigna la porte derrière elle.
"Dans mon bureau ?
- Je vous suis."
Riza posa lourdement ses affaires sur sa table et s'appuya contre le rebord de la fenêtre, laissant le bureau entre la journaliste et elle. Audra semblait à son aise, plus déterminée que jamais.
"De quoi parlait Remington ce matin ? attaqua-t-elle directement.
- De quoi parlez-vous ?
- Vous savez très bien de quoi je parle, rétorqua la jeune femme. Le sabotage du central téléphonique ?
- Il s'agit d'une enquête en cours, Audra, répondit la soldate d'une voix lasse. Vous savez que je ne peux pas vous en parler. Du moins pas tout de suite.
- A d'autres. Il ne s'agit pas de n'importe quelle enquête, Riza. Vous le savez, je le sais, alors autant être franche avec moi.
- Je ne peux pas vous en parler tant que l'enquête est en cours.
- Je ne suis pas stupide, vous savez ? soupira Evans. L'enquête officielle portait sur les dysfonctionnements de la gestion de crise à l'Ouest. Si Remington parle aujourd'hui du sabotage d'un central téléphonique alors il n'y a pas besoin d'être un génie pour comprendre que les deux affaires sont liées. Un central téléphonique vandalisé n'intéresse personne, pas même Remington. En revanche, des doutes concernant la loyauté de Cochrane, un peu plus."
Riza ne répondit pas. Bien sûr qu'Audra avait compris la situation avec les bribes d'information que Remington avait fait exprès de révéler devant elle. Elle n'avait pas mené un mouvement de sape du gouvernement précédent sans être extrêmement intelligente. Néanmoins, Hawkeye ne pouvait rien dire. Peu importe la confiance qu'elle pouvait avoir dans l'ancienne journaliste, celle-ci restait une civile. Vulnérable à toute forme d'extorsion d'information. Face à son mutisme, l'agacement monta d'un cran supplémentaire.
"Vous savez ce que vous m'avez promis lorsque vous m'avez demandé d'entrer dans ce gouvernement. Je ne suis pas venue ici de moi-même, vous êtes venue me chercher. En échange d'une promesse."
Honnêteté et transparence. Riza s'en souvenait parfaitement et se força à soutenir son regard sans flancher.
"Vous savez que Remington a fait exprès d'en parler devant vous. Précisément pour créer ce genre de situation.
- Et il n'arriverait à rien si vous étiez honnête avec vous, comme vous me l'aviez promis, répondit Audra en secouant la tête. N'essayez pas de lui mettre ça sur le dos.
- Certaines informations peuvent vous mettre en danger.
- Ce n'est pas à vous de choisir : travailler avec vous me met en danger, fit remarquer Audra. Soit vous me faites confiance et vous me dites tout, soit vous n'avez pas confiance en moi. Et je n'ai aucune raison de rester si c'est le cas."
Sauf que l'armée ne pouvait pas se passer d'Evans. Pas maintenant, pas en pleine crise. Riza soupira.
"Vous ne pouvez pas en parler à qui que ce soit."
"Nii-san, arrête."
Edward soupira mais continua à ranger ses affaires dans sa valise.
"Nii-san.
- Al, on s'en va, on en a déjà discuté.
- Non. Tu en as discuté et tu es décidé, mais pas moi"
Edward se retourna vers son frère, désabusé. Ils avaient le même regard obstiné, il le savait. Winry le leur avait déjà suffisamment dit. Mais Edward n'arrivait pas à supporter l'air à la fois déterminé et révolté sur le visage d'Alphonse. Peut être s'était il trop habitué à l'armure ? Les émotions d'Alphonse lui semblaient mille fois plus grandes, plus vives sur son visage de chair et de sang. Edward eut un mouvement des mains, impuissant.
"Qu'est ce que tu veux qu'on fasse, Al ? Elle n'est même pas capable de nous dire ce qui ne va pas.
- On va pas la laisser toute seule comme ça.
- On ne va pas la laisser toute seule, on va la laisser en compagnie de l'armée.
- Ceux dont elle avait le plus peur la dernière fois qu'elle nous a parlé ? pointa Alphonse.
- Arrête, on parle de Mustang là. Y a nettement pire et si elle ne joue pas franc jeu avec nous, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? J'ai horreur des gens qui nous mentent, en nous regardant droit dans les yeux.
- Elle nous a menti ou tu n'as juste pas envie d'admettre que quelque chose cloche dans son comportement ?"
Edward ne répondit pas au ton accusateur de son frère. Alphonse avait raison et il le savait. Lui aussi avait perçu sa détresse, reconnu le désespoir dans ses yeux et senti les accents d'urgence et de dernier recours de sa voix. Mary Bradley n'aurait pas pu feindre tout cela. Et son comportement deux jours plus tard était tout autant inquiétant : pas vraiment sa nervosité mais surtout le vide dans son regard. Le souvenir même mettait Edward mal à l'aise.
"L'armée pourrait faire pression sur elle pour qu'elle se taise. Ou pire : imagine que Selim y soit pour quelque chose, continua Alphonse.
- Quoi ?
- Son fils... Selim est loin d'être un enfant normal, non ? fit remarquer Alphonse. Et tu as vu ce soldat. Il n'était clairement pas dans son état habituel.
- Tu penses que son fils lui a fait quelque chose, répéta l'aîné d'un ton buté.
- ça fait beaucoup d'événements étranges autour de lui, non ?
- Hé bien si Selim y est pour quelque chose, autant laisser l'armée gérer ça, répondit Edward en se retournant, un pull déjà roulé en boule dans les mains. On peut aller les prévenir si ça te rassure.
- Nii-san...
- Non attends, Al, je vois pas du tout quel est le problème. Si...
- Si Mme Bradley ne nous a pas menti et que Selim n'a rien fait alors on les aura juste jeté en pâture à l'armée, coupa Alphonse. Ceux qu'elle redoute le plus et ce qu'elle nous a fait promettre de ne pas faire. Et s'il se passe réellement quelque chose alors on l'aura laissée tomber alors qu'on est responsable, nii-san. Je ne peux pas la laisser toute seule face à ça. On a notre part de responsabilité dans cette situation.
- J'ai pas oublié, rétorqua Edward. Je sais. Mais on ne sait pas ce qui se passe là dedans. Selim pourrait être tout à fait normal. Et puis, que veux tu qu'on y fasse, Al ? Je... Je ne ferai pas le poids comme la dernière fois."
La dernière fois, il avait failli perdre son frère. La dernière fois, son père était mort en les protégeant. La dernière fois, il avait failli abandonner.
Edward fixa résolument sa valise, les mains crispées sur le pull qu'il n'avait toujours rangé. Il se souvenait encore du sentiment d'impuissance et de désespoir qui l'avait étreint et presque englouti à ce moment. Cette fraction de seconde où il avait compris que son frère s'était sacrifié pour lui, qu'il était désormais seul au monde. Peu importe Winry, peu importe Izumi ou même les amis qu'il s'était faits. Il avait perdu son frère un seul instant et cela avait suffi pour le faire suffoquer. Encore aujourd'hui, il se réveillait parfois la nuit, le cœur battant à cette idée, le souvenir de cette solitude béante gravé dans sa chair. Et pour rien au monde il ne risquerait cela encore une fois. Et surtout pas depuis qu'il avait perdu le seul moyen qu'il ait jamais eu pour protéger son frère.
"Mais moi, je pourrais, répondit doucement Alphonse"
Edward releva la tête.
"La dernière fois... Toutes ces années tu m'a protégé, Nii san. Et je n'ai jamais eu à... me battre, à ressentir cette responsabilité parce que tu étais là. Quoi qu'il arrive tu étais là pour moi. pendant tout ce temps tu as fait en sorte à ce que je n'ai pas cette responsabilité sur les épaules. Tu t'es enrôle dans l'armée pour nous, tu as supporté tous ces sacrifices, pour nous deux.
- Parce que ton corps n'était pas un sacrifice suffisant, peut-être ? répliqua Edward.
- Je ne parle pas de ça, nii-san, répondit Alphonse en secouant la tête. Je peux nous protéger.
- J'ai bien compris que tu étais capable de tout quand tu t'es enfermé avec Selim jusqu'au jour promis, grommela Edward.
- Alors fais-moi confiance ? Si tu ne peux plus te battre pour nous deux, alors je le ferais"
Encore une fois, Alphonse le fixa droit dans les yeux, de ce regard qu'Edward ne pouvait pas supporter. Trop franc, trop déterminé et quelque part trop vulnérable. Edward n'aimait pas cette idée. Il n'aimait pas l'idée de ne pouvoir rien faire, d'être un boulet accroché à la jambe de son frère mais que pouvait-il lui dire ? Lui dire qu'il ne l'en croyait pas capable ? Contrairement à lui, Alphonse n'était pas une tête brûlée. Il était capable de réfléchir posément, de façon rationnelle au lieu de se laisser guider par ses instincts et de se jeter la tête première dans la gueule du loup. En témoignent la centaine de raclée qu'il lui avait collées dernièrement, sinon plus. L'aîné soupira, sachant qu'il avait déjà cédé.
"Qu'est ce que tu veux faire ?
- On pourrait la surveiller un peu ? Ça nous permettrait de décider s'il se passe réellement quelque chose de suspicieux ou non.
- Les hommes de Breda surveillent déjà cette maison. Comment veux-tu passer inaperçu ?"
Alphonse haussa les épaules avec un sourire malicieux.
"Est-ce qu'on doit réellement passer inaperçu ? S'ils savent déjà qu'on est là, pas la peine de se cacher"
"Maman ?"
Mary sursauta. Encore une fois, elle n'avait pas entendu son fils approcher.
"Selim ? tu devrais être au lit. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- J'avais soif."
Cette raison n'était absolument pas valable mais l'air vaguement coupable de son fils la rassura. Son comportement était revenu à la normale. Malgré une tendance à s'approcher sans bruit, il ne l'effrayait plus comme avant et ce changement de comportement lui faisait du bien. Mary avait l'impression de respirer à nouveau. Elle adopta une expression faussement sévère.
"Un verre d'eau et puis tu te rendors.
- Oui, maman."
Elle n'avait plus cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête, cette sensation que quelque chose de terrible allait se produire et qu'elle n'était absolument pas préparée pour. Néanmoins, un sentiment de vide et d'oubli avait remplacé cette peur. Comme si elle avait oublié quelque chose, sans pour autant savoir quoi.
Selim lui sourit lorsqu'il glissa sa main dans la sienne.
Son fils allait bien. Tout allait bien.
A suivre...
Alors, verdict ? N'hésitez pas à me laisser une petite review, que ça vous ait plus ou non (et j'ai même envie de dire : surtout si ça ne vous a pas plu)
