Titre : La pièce vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
Mon petit blabla avant de commencer : hello, tout le monde, j'espère que ces nouvelles annonces gouvernementales ne vous ont pas trop miné le moral. Pour tenter d'égayer votre week-end, voici le chapitre 11 (toujours intitulé d'après un livre de Fred Vargas, car je suis une immense fan). Merci aux personnes qui ont pris la peine de me laisser des reviews depuis le dernier chapitre :) J'espère que celui-ci vous plaira également
Chapitre 11 : L'armée furieuse
L'atmosphère dans le train était pesante, mais pas comme lors de trajet interminable vers le Sud qui s'était révélée être une vraie torture.
Alors qu'ils s'étaient sentis anxieux et coupables à l'idée de revenir à Ishbal, incertains de l'accueil qu'ils y trouveraient, Mustang savait cette fois à quoi s'attendre. Il venait, déterminé à faire avancer la situation locale, sans la pression d'un examen minutieux de la presse ou le stress qu'un événement imprévu ne vienne faire dérailler l'organisation. Cette visite relevait uniquement des affaires de l'armée et aucune conférence n'était prévue. En conséquence, Evans s'était accordé une sieste dans un coin du wagon, rattrapant les heures de sommeil avalées par l'ampleur du travail après l'explosion, alors qu'elle avait revu avec chaque participant le déroulement de la visite la fois précédente.
L'absence de Remington était également un vrai soulagement. D'abord parce que son air narquois était plus que ce que Mustang pouvait supporter actuellement mais également parce que l'idée de surveiller ses paroles, faits et gestes durant la totalité du déplacement ne l'enchantait guère. Le président s'était creusé la tête toute une journée pour trouver un prétexte pour écarter l'officier, mais finalement, celui-ci lui s'était de lui-même désisté : un meurtre particulièrement sordide qui risquait d'attirer l'attention très prochainement si l'armée n'agissait pas rapidement.
L'ambiance de ce trajet était différente car l'air n'était pas plein d'appréhension mais de concentration en prévision de l'hostilité et la masse de travail qu'ils allaient devoir affronter sur place. ça et le fait que son assistante ne lui adressait plus la parole. Studieusement penchée sur un dossier, Hawkeye ne relâchait pas le rythme. Elle avait emmené avec elle les dossiers qui pouvaient être déplacés en dehors du Quartier Général sans trop de problèmes et avait passé le plus clair de son temps à faire plancher Roy dessus, lui donnant des indications d'un ton sec. Le président n'avait pas réellement cherché à la calmer : sa colère passerait d'elle-même. Mais il le regretta lorsque le train commença à ralentir à l'approche de la gare et que la nervosité le gagna.
Les officiels de l'Ouest les attendaient déjà sur le quai, Cochrane à leur tête, la mine sévère et le maintien raide. Roy était incapable de dire si les troupes de l'Ouest se réjouissaient un tant soit peu de leur venue. Jusqu'alors, Hawkeye et lui se méfiaient du général de l'Ouest. Principalement parce qu'il avait toujours été un fervent soutien de Bradley et encore plus depuis les découvertes de Ross et Broche. Néanmoins, ils ne pouvaient pas se passer de lui : comme beaucoup de généraux de région, Cochrane avait fait toute sa carrière ou presque dans l'Ouest et les troupes lui faisaient confiance, à défaut d'avoir confiance dans le gouvernement central. Et avec cette explosion, ils avaient encore plus besoin de lui, peut-être davantage que Cochrane n'avait besoin de Centrale. La mission de démantèlement du FLO n'avait été qu'une tentative de regagner la confiance du général de l'Ouest mais autant dire que cela n'avait aucune espère d'importance si celui-ci n'était déjà plus loyal à Centrale.
Mustang posa le pied sur le quai et rencontra le regard acéré de Cochrane.
"Généralissime, j'espère que le trajet s'est bien déroulé.
- Très bien, général. Merci pour votre sollicitude. J'espère que notre arrivée ne vous a pas détourné de tâches plus importantes."
Cochrane haussa les épaules : "Tout est urgent et important, ces derniers jours."
Mustang serra la main de plusieurs vieux généraux relativement enthousiastes, avant que Cochrane ne l'entraîne vers une délégation qui se tenait plus en retrait. Ceux-ci avaient un regard plus sombre et un air pincé, comme s'ils auraient préférés ne pas être là. Ils saluèrent néanmoins à son approche.
"Généralissime, je vous présente les colonels Byrne et Fagan, en charge de la coordination de l'évacuation du site de l'explosion."
Les deux hommes désignés se redressèrent d'autant plus. La fatigue marquait leurs visages : teint pâles, yeux cernés et traits tirés. Mustang leur adressa quelques mots de condoléances et d'encouragements. Après tout, ils avaient eux aussi sans doute perdu des coéquipiers dans l'explosion. Néanmoins, les hommes de Cochrane réagirent à peine à ses mots.
"Le colonel Remington n'est pas avec vous ? demanda Cochrane, en lui indiquant la sortie.
- Non. Le colonel devait initialement venir mais a été retenu au dernier moment par quelques dossiers qui nécessitaient son attention."
Aucun mensonge là-dedans. Néanmoins, Mustang vit du coin de l'œil, le visage du général de l'Ouest se renfrogner. Celui-ci s'abstint cependant de tout commentaire et l'emmena en direction du Quartier Général, pour une courte pause. Souhaitaient-ils manger ? boire ? du café peut-être ? Mais Mustang refusa ces propositions, trop concentré sur leur première étape : le site de l'explosion.
Mustang Il avait vu des photographies des lieux, mais celles-ci ne l'avaient absolument pas préparé aux dégâts réels, sans commune mesure avec l'attaque de Scar. Le souffle de l'explosion avait pulvérisé les fenêtres des immeubles aux alentours, éventré la rue et mis à jour les réseaux d'eau, de gaz et d'égouts. Les renforts d'acier qui soutenaient les tunnels de service souterrains étaient tordus dans des silhouettes grotesques, attestant de la violence de l'explosion. Là où celle-ci avait rencontré le gaz de ville, des incendies s'étaient déclarés, noircissant les pavés. Les flammes auraient pu ravager les boutiques et restaurants de la rue si ceux-ci ne s'était pas déjà effondrés. L'odeur des cendres flottait encore dans l'air, rappelant à Roy, des scènes de guerres qui n'étaient finalement pas si différentes de ce qu'il avait sous les yeux. Les équipes de l'Ouest, secondés par un mouvement spontané des habitants, avaient évacué comme ils avaient pu les décombres. Les rues avaient été dégagées pour permettre le passage des secours, des équipes - militaires comme civils volontaires - travaillaient toujours à localiser d'éventuels survivants, coincés sous les ruines.
"Cinq jours, murmura Mustang."
L'explosion avait eu lieu cinq jours auparavant et des victimes étaient encore ensevelies. Quelles étaient les chances de les retrouver en vie ?
"Les chances sont infimes, répondit Cochrane à sa question restée muette. Mais nous devons essayer. Ne serait-ce que pour rendre les corps aux familles."
Roy sentit Riza se tendre dans son dos. Les visages s'étaient tournés vers eux, amers, empreints d'une colère immense et marqués par une soif de vengeance pour certains. L'armée avait été attaquée mais de nombreux civils étaient morts ce jour-là. Audra avait suggéré de n'y aller qu'en nombre restreint et s'était elle-même abstenue de venir : Mustang n'était pas là pour une opération de communication mais pour y présenter ses sincères condoléances. Face à ces visages couverts de poussière, Roy sentait à quel point venir en grande pompe aurait été déplacé. Une insulte aux victimes de cette journée.
"Ce bâtiment était civil. Une librairie, indiqua un volontaire, le visage fatigué.
- Est-ce que des victimes sont toujours sous les décombres ?
- Probablement. C'était une librairie très fréquentée en semaine."
Mustang lui adressa des condoléances et le remercia mais son interlocuteur ne sembla pas le moins du monde ému : "Peut-être que si l'armée n'avait pas exécuté tous les membres du FLO sur ce train, ce jour-là, on en serait pas là. Ils ne seraient pas là, répondit-il en indiquant les décombres."
Le FLO avait revendiqué l'attentat, indiqué leurs motivations sur ces tracts et elles trouvaient résonance dans la colère légitime des habitants.
"Je comprends votre colère, répondit calmement Roy. Mais vous et moi n'étions pas sur place, à bord de ce train. Nous ne savons pas si les choses auraient pu se passer différemment. Est-ce qu'il aurait été souhaitable ? Sans doute. Mais nous ne pouvons pas en juger. Et le FLO a choisi de tuer ces civils. Pas nous."
L'homme le fixa, des lames acérées à la place des yeux, puis souffla : "Ce n'est pas suffisant."
Mustang sentit la première balle l'atteindre au flanc droit. L'impact le projeta à genoux.
"Colonel Remington ?"
Remington fumait une cigarette, bien méritée selon lui, dans le parc en face du Quartier Général, lorsqu'un inconnu l'alpagua. Son visage lui évoquait quelque chose - difficile d'oublier une tignasse rousse pareille - mais le colonel ne parvint pas à mettre un nom dessus. De surcroît, l'homme ne portait aucun uniforme mais cela n'indiquait pas pour autant qu'il s'agissait d'un civil.
"Vous êtes ? demanda-t-il d'un ton froid
- Envoyé par un ami très haut placé.
- Bien sûr."
Malgré le sarcasme dans sa voix, son interlocuteur ne broncha pas. Il y avait quelque chose d'inamovible dans son regard, une froide détermination dans son comportement qui fit craindre à Remington qu'il ne s'agisse encore une fois d'un illuminé.
"Vous devez venir avec moi.
- Je ne sais pas à qui vous croyez parler mais...
- Au colonel Remington.
- ... je ne vais pas me mettre à vous suivre. Je suis occupé, très occupé, et j'ai mieux à faire que de vous suivre on-ne-sait-où.
- Mes ordres sont plus prioritaires.
- Bien sûr, ricana Remington. Allez dire cela au généralissime."
Après tout, c'était bien du président lui-même que le colonel tenait ses ordres. Mais à son grand étonnement, l'inconnu lui jeta un regard lourd de sous-entendu et Remington soupira : "C'est une blague ?
- Je ne pensais pas avoir l'air d'un plaisantin.
- Mustang sait très bien que je suis resté ici en raison de sujets urgents.
- Il doit vous parler.
- Maintenant ? s'exclama Remington.
- Maintenant."
Le colonel se raidit de colère avant de finalement soupirer et lui emboîter le pas.
"Je ne vois absolument pas pourquoi Mustang avait besoin de me convoquer comme ça. Il doit avoir entendu parler d'une invention qui s'appelle le téléphone.
- Je ne suis que le messager, répondit Breda en haussant les épaules. Par là.
- Où allons-nous ? Ce n'est pas la direction du QG.
- Vous savez comme moi que nous nous méfions de plus en plus des QG et des moyens de communication entre."
Remington soupira à nouveau mais ne protesta pas davantage : après le sabotage du central téléphonique dans l'Ouest, il trouvait cette méfiance exagérée, d'autant plus que des vérifications supplémentaires avaient été réalisées, mais pourquoi pas. Il suivit son interlocuteur à travers une suite de rues de plus en plus désertes jusqu'à ne plus être dans le centre-ville. L'officier fronça les sourcils. Cet homme allait lui faire traverser tout Centrale pour s'éloigner du Quartier Général. Mustang commençait à virer parano.
"Est-ce qu'on est bientôt arrivés ? demanda Remington avec agacement. J'avais des réunions importantes prévues cet après-midi. Et Mustang le sait.
- On y est presque, oui."
Le militaire se rendit très vite compte que la notion de "presque" était toute relative car ils durent marcher pendant encore vingt bonnes minutes avant d'arriver dans un quartier pavillonnaire et de s'arrêter dans une ruelle déserte. Cochrane jeta un regard interloqué autour de lui : 'Est-ce qu'il s'agit d'une plaisanterie ? Que faisons-nous ici ?
- Vous avez quelqu'un à rencontrer", répondit Breda en désignant un endroit derrière lui d'un geste de la tête.
Remington se retourna et manqua de sursauter. Un petit garçon d'à peine sept ans se tenait dans l'ombre. Tellement immobile qu'il ne l'avait pas remarqué.
"Qu'est-ce que c'est que cette blague ?"
Le petit garçon lui adressa un sourire froid qui le fit frissonner malgré lui : "J'avais besoin de discuter avec toi, Remington. Parle-moi de ce détournement de train."
L'officier écarquilla les yeux un instant avant de sentir sa méfiance s'envoler. Il glissait dans un état de torpeur, comme s'il entrait dans un bain chaud. Malgré lui, il sentit sa bouche s'ouvrir et s'entendit articuler les premiers mots.
Que lui arrivait-il ?
"Alors ?
- Toujours rien, soupira Smith".
La radio grésilla un instant avant de s'éteindre.
Lorsque Breda lui avait parlé d'un changement d'affectation, Smith s'était réjoui. Avant d'apprendre sa nouvelle affectation : surveillance du domicile d'Arthur. Mustang leur avait demandé de laisser tomber pour le moment la piste du poursuivant mais Breda avait tenu à maintenir un minimum de surveillance au domicile de l'indic, suite à sa mésaventure nocturne : il fallait prendre soin de son réseau de contacts, après tout. Aussi Smith s'était retrouvé avec une radio dans la main, sur un toit en face de l'appartement d'Arthur. En son fort intérieur, il savait également que Breda tenait à l'éloigner de la maison des Bradley. Il contracta involontairement la mâchoire à cette pensée.
Smith de le lui reprochait pas. Après tout, il avait été mis hors d'état de nuire deux fois, par une civile puis un ancien alchimiste d'état. Cela n'avait rien de très glorieux et le pire était qu'il n'avait rien vu venir et était incapable de donner des indications sur ce qui s'était produit. Le soldat ne s'en souvenait tout simplement pas. Les attaques l'avaient pris par surprise systématiquement. Et s'il se retrouvait dans la même situation aujourd'hui, alors il ne pourrait probablement rien y faire. C'était lamentable.
Smith secoua la tête et se força à se reprendre. Breda ne lui avait fait aucun reproche : le Fullmetal, alchimiste ou pas, n'était pas à prendre à la légère et personne ne savait comment Mme Bradley s'y était prise pour le mettre K.O. Personne ne le jugeait. Le mieux que Smith puisse faire était de se concentrer et se rattraper. Il restait un membre de l'équipe.
Le soldat refit le tour du pâté de maisons, les yeux collés aux jumelles lorsque la radio grésilla à nouveau.
"J'ai fait de la bolognaise, t'en veux ?
- Arthur, je ne peux pas venir dans l'appart, lui rappela Smith.
- Je ne vois pas en quoi manger des pâtes ensemble t'empêcherait de bosser. Tu pourrais même me protéger de plus près.
- L'idée est d'éviter qu'on ne me remarque et qu'on ne nous relie à toi.
- Car tu es si discret, sur ce toit, railla l'indic."
Arthur n'était pas contre l'idée de la surveillance, au contraire. Mais d'un point de vue pragmatique, il leur avait fait comprendre que se percher sur le toit en face n'était certainement pas le plus discret au monde et Smith devait reconnaître que ce n'était pas optimal. Néanmoins, c'était la seule solution qu'ils avaient trouvée, faute de pouvoir s'attribuer un logement dans l'immeuble. Heureusement pour lui, Smith n'était pas non plus à découvert : entre les conduits d'airs et les murets qui délimitaient les immeubles, les habitants avaient tendu une toile pour protéger quelques pots de plantes du soleil et attaché des cordes à linges. Les vêtements qui y séchaient lui permettaient de s'y dissimuler.
"Et si quelqu'un se montre, tu comptes faire quoi, tout seul, exactement ?
- On improvisera à ce moment-là."
Smith l'entendit soupirer à travers la radio.
"C'est pour ce genre de raisons que je déteste bosser pour Breda. Dis-lui bien ça.
- Pas de souci."
Arthur avait beau râler, Smith le sentait enthousiaste à l'idée que leur suspect ne revienne lui rendre visite. L'indic était tout aussi curieux qu'eux de savoir qui il avait aux trousses. S'il s'agissait d'un officier qui intervenait dans le cadre de ses fonctions - ce que tout le monde avait jugé improbable au vue de la motivation des troupes à résoudre le meurtre de Jeremiah - alors Breda pourrait sans doute, par l'intermédiaire de Mustang, faire oublier l'affaire. Si en revanche il s'agissait d'un business douteux, alors remonter jusqu'aux commanditaires pourrait bien se révéler intéressant, étant donné l'implication d'un haut-gradé. Néanmoins, il était peu probable que leur homme revienne une troisième fois.
La radio grésillait à nouveau lorsqu'un mouvement dans la rue attira l'attention de Smith.
"Ils se foutent de nous, murmura le soldat, davantage pour lui-même que pour Arthur qui se plaignait à nouveau du comportement de Breda.
- Qui ça ?"
Deux hommes, les moins discrets du monde - habillés de couleur sombre, démarche plus raide qu'un manche à balais, regards déterminés - remontaient la rue. Arrivés devant l'immeuble d'Arthur ils se séparèrent. L'un s'enfonça dans la ruelle qui contournait la barre d'appartements, tandis que l'autre poussait tranquillement la porte d'entrée de l'immeuble, arme au poing.
"Arthur, tu as de la visite. Deux hommes, un devant et l'autre sans doute derrière, prévint Smith d'une voix concentrée. L'escalier de secours, je dirais.
- Tu te fous de moi ?
- Il va falloir que tu sortes. Ils sont armés et je ne peux pas me charger des deux. On n'a pas le feu vert pour en capturer un et le questionner.
- Je sors par où ? Tu viens de me dire qu'il y en avait un devant et un derrière."
L'indic s'était promptement éloigné des fenêtres et était sans doute à sa porte, hors du champ de vision de Smith. L'appartement était au troisième et n'avait sans doute pas d'ascenseur. La premier suspect serait devant la porte d'Arthur dans moins d'une minute sans doute.
"Arthur, tu as un vide-ordures ?
- En quoi c'est important ?
- Tu vas t'y glisser.
- Jamais de la vie.
- Il est suffisamment large pour que tu puisses t'y glisser ?
- C'est hors de...
- Tu n'as plus le temps, Arthur !"
La radio grésilla dans le vie une dernière fois avant que l'indic ne jure : "C'est la dernière fois que j'accepte de bosser pour vous."
Smith s'arracha à son poste d'observation : si Arthur parvenait à se glisser dans le vide-ordure, restait encore à sortir du bâtiment sans encombre. Il dévala les escaliers qui lui parurent interminables et se précipita en direction de l'entrée de l'immeuble, vide. Il poussa précautionneusement la porte du local poubelle. Personne. Smith jura intérieurement. Des pas commençaient à résonner dans la cage d'escalier. Avec un calme feint, le soldat fit demi-tour. Dans la rue, les passants continuaient leur chemin, sans lui prêter attention. Smith ne vit aucun signe du deuxième suspect - peut-être encore à l'arrière de l'immeuble - mais malheureusement, aucun signe de l'informateur de Breda non plus. Arthur s'était évaporé.
Lentement il commença à scanner les alentours jusqu'à ce qu'une voix étouffée ne lui parvienne : "Mais ne reste pas planté là, abruti."
Plus loin, sur le pas d'une épicerie, Arthur roulait des yeux dans sa direction.
"On décolle, indiqua Smith en le rejoignant.
- Sans rire. Pour aller où ?"
C'était une très bonne question à laquelle Smith n'avait pas réellement de réponse : leur planque habituelle pouvait faire l'affaire pour le moment mais Breda allait devoir trouver une solution à long-terme s'il tenait à son indic. Dans tous les cas, l'appartement de Fuery était compromis et Smith n'avait aucune envie d'héberger Arthur chez lui.
"La planque, répondit-il d'un ton laconique.
- Ok mais ensuite ?
- On avisera une fois là-bas"
Arthur jura dans sa barbe : "Tu sais que c'est pour ça que je déteste bosser pour vous ? Que tout le monde déteste bosser pour vous ?
- Tu me l'as déjà dit, Arthur.
- Hé bien j'aimerais encore le redire.
- Pour la cent-treizième fois, commenta calmement le soldat."
Mais Smith devait reconnaître qu'il comprenait : après tout, Breda lui avait demandé de retrouver un coursier et le voilà à présent avec des tueurs potentiels à ses trousses. Il traîna l'indic à travers plusieurs quartiers, afin de s'assurer que personne ne les suivait, puis se dirigea finalement vers la maison des Bradley.
"Comment ont-ils pu avoir mon adresse ? demanda soudainement Arthur.
- Ils t'ont peut-être suivi et...
- Et ils ont sagement attendu jusqu'à aujourd'hui pour venir me rendre visite ?
- Alors à quoi penses-tu ? demanda Smith.
- A rien. J'ai passé ces derniers jours sous le radar, il est impossible qu'ils aient pu me retrouver et me suivre jusque chez moi. Encore moins avec votre manie de faire le tour de la ville pour changer de quartier".
Leurs précautions avaient fait hurler de frustration l'indic mais Smith devait admettre qu'il avait raison : l'homme avait passé les derniers jours, caché dans la planque et le soldat était certain qu'ils n'étaient pas suivis lorsqu'ils avaient regagné le domicile d'Arthur.
"S'ils ne t'ont pas suivi, c'est qu'ils t'ont identifié, fit remarquer le militaire, après avoir jeté un coup d'œil pour vérifier que personne n'était derrière eux.
- Comment ?
- Un coup de chance énorme, supposa Smith. Tu as un dossier judiciaire, non ?
- Oui mais...
- L'un des deux types qui t'ont suivi a vu ton visage et reconnu ta photo de ton dossier judiciaire.
- Alors ça voudrait dire que ces gars sont militaires ou bossent pour l'armée."
Arthur ne faisait que tirer les conclusions logiques de ce que Smith venait de dire mais le soldat ne répondit pas pendant un instant : l'hypothèse que ses poursuivants soient issus des rangs de l'armée n'était pas nouvelle. Breda l'avait déjà évoquée. Peut-être que l'enquête officielle ne faisait que suivre son cours : les officiers en faction devant l'immeuble du petit avaient remarqué puis identifié Arthur et avaient décidé de lui rendre une petite visite. Mais ce n'était pas le point qui dérangeait
"A en juger par l'absence d'uniforme, ce n'était pas une opération officielle. Aucun soldat ne pourrait se présenter comme ça, arme au poing à ton domicile, fit finalement remarquer Smith d'un air sombre."
Arthur eut un rire moqueur : "Tant de naïveté, c'est touchant. Ces règles-là sont optionnelles quand vos soldats viennent dans nos quartiers. Ils ne se gênent pas pour venir tambouriner à nos portes, armes dégainées. Mais pour cette fois, je suis d'accord : affaire complètement officieuse."
Qu'Arthur partage son avis ne réconforta guère Smith : il n'aimait les opérations sous couverture que lorsque Mustang ou un membre de son cabinet était au courant. Restait à savoir qui avait pu lancer cet ordre-là.
Quelques jours après leur décision de venir dans l'Ouest, Vernet était venue le voir, intriguée, avec un pli à son attention, caché parmi les dossiers du suivi budgétaire de l'Ouest : "Action probable FLO. Généralissime. Même site. Confirmé par indicateur fiable. Voies habituelles à éviter. C."
Mustang avait ensuite remercié puis congédié le général de brigade avant de convoquer Remington et Northrop.
"Cochrane suspecte une action du FLO le jour de notre visite ?
- Cela me paraît logique, acquiesça Remington. Pour le FLO, c'est une occasion en or : toucher le généralissime sur les lieux de l'attentat, à deux pas du Quartier général de l'Ouest. Je ne laisserais pas passer cette chance si j'étais eux. Énormément d'énergie et d'attention sont toujours focalisés sur les décombres à déblayer, les victimes à traiter dans les hôpitaux. Sans compter tous les soldats morts ou blessés lors de l'incident.
- L'information de votre visite a dû fuiter, ajouta Riza, en fixant le message. Ou alors les voies de communication ne sont pas fiables. En tout cas Cochrane s'en méfie."
Le général de l'Ouest n'avait pas été mis au courant des dernières avancées de Ross et Broche mais il savait qu'un commutateur téléphonique avait été détourné. A partir de là, il n'était pas improbable de supposer que d'autres commutateurs aient pu être réutilisés au profit de FLO.
"Alors il faut décaler cette visite ou modifier le programme, répondit Northrop fermement. Je ne vois pas l'intérêt de vous faire courir autant de risques.
- Sauf que nous sommes prévenus, maintenant, fit remarquer Mustang.
- Et donc ?"
Mustang fit quelques pas dans son bureau : "Le rapport de Cochrane indique que des traces d'explosifs ont été retrouvées sur le site. Le FLO n'a donc pas d'alchimistes à sa disposition, ils ont dû utiliser une bombe classique. Le site de l'explosion est toujours rempli de monde : soldats, volontaires, chiens renifleurs. Il sera donc impossible pour eux de placer à nouveau une bombe. Ils devront faire appel à des tireurs.
- Quel est votre point ? demanda Riza.
- Nous avons demandé à Cochrane de les débusquer. Mais s'ils viennent d'eux-mêmes, c'est encore mieux."
L'expression de Northrop était presque comique tant il était interloqué.
"Beaucoup trop risqué, s'opposa-t-il en martelant chacun des mots. Nous faisons là beaucoup trop de suppositions.
- Pourquoi pas ? demanda Remington en haussant les épaules. Si on y réfléchit bien, il est peu probable qu'ils aient de nouveau recours à une bombe. Vu la quantité des personnes qui passent chaque jour dans cette rue, quelqu'un finirait bien par la découvrir. On peut même renforcer la présence des chiens renifleurs les jours précédents et celui de la visite, pour minimiser le risque.
- Et les forcer à recourir à un tireur. Très bien mais ensuite ?
- Gilet pare-balles ? proposa Mustang.
- ça ne couvre pas la tête, pointa Northrop."
Pas faux.
"Qu'en est-il des conditions de tir ? Est-ce qu'elles permettraient un tir précis dans la tête ?
- Tout dépend du tireur, répondit Riza. Il me faudrait un plan du site pour en être certaine mais à priori tous les bâtiments proches du site n'ont pas été détruits. Avec le bon angle, les bonnes conditions météorologiques, la tête s'atteint très bien. Je pourrais le faire, en tout cas."
Roy grimaça. Tous les tireurs n'étaient pas du niveau de Riza mais il ne tenait pas non plus à tenter le diable et mourir aussi prématurément pour une erreur aussi bête.
"L'idée n'est peut-être pas à jeter, mais à affiner, plaida Remington. Nous pouvons obtenir de Cochrane un plan en l'état des immeubles du quartier et leur forcer la main pour qu'ils ne puissent s'établir que sur un nombre réduit d'immeubles. Les attraper avant qu'ils ne passent à l'acte. Et prévoir des angles peu favorables, dans le cas où précisément ils réussiraient à tirer. Les contraindre, si besoin, à viser le torse plutôt que la tête."
L'idée semblait réellement l'enthousiasmer mais Mustang se demanda brièvement si cet enthousiasme était lié à la perspective de débusquer des membres du FLO, plutôt qu'aux risques que Roy comptait prendre.
"C'est beaucoup trop risqué, répéta Northrop en secouant la tête. Et que faisons-nous dans le cas où ils ne positionneraient pas des tireurs mais autre chose ? Je n'ai pas besoin de vous rappeler que s'ils ont ne serait-ce qu'un alchimiste dans leurs rangs, nous pourrions faire face à des menaces beaucoup plus importantes."
Il planta son regard dans les yeux de Mustang, semblant l'appeler à faire preuve de discernement. Mais peut-être par fierté mal placée, le généralissime haussa les épaules : "Je peux me débrouiller face à un alchimiste."
Northrop soupira et Remington parut pour une fois satisfait de la décision prise par le président : "Nous mettons un plan au point avec Cochrane et vous le soumettrons dès que possible.
- Je veux voir ce plan, marmonna la chef de la sécurité.
- Naturellement."
Du coup de l'œil, Mustang pouvait voir Hawkeye bouillir dans son coin, tandis que Remington et Cochrane prenaient congé.
"C'est absolument hors de question, siffla-t-elle entre ses dents, une fois seuls.
- C'est tout à fait faisable et nous avons une semaine pour préparer les détails.
- Vous voulez confier la préparation d'une opération qui pourrait vous coûter la vie à Cochrane et Remington ? Je vous rappelle que Breda a vu un individu louche, que nous soupçonnons d'avoir fomenté une fuite d'informations critiques puis un meurtre, s'introduire chez Remington. Depuis le début, nous soupçonnons Cochrane de ne jamais vous avoir été loyal. Sans compter que Ross et Broche ont remonté une piste semée de morts suspectes ainsi que des dysfonctionnements dont l'origine est probablement interne à l'armée. Qui sait ce qui se passe en ce moment avec les troupes de l'Ouest.
- Vous ne me faites pas confiance ?
- Je ne fais surtout pas confiance à Cochrane et Remington pour s'assurer que vous vous en sortirez de cette opération en vie, s'exclama Hawkeye, en levant les yeux au ciel. Vous vous rendez compte que les deux pourraient concevoir le plan de manière à vous tuer dans lors de son exécution ?
- Northrop va revoir le plan et vous aussi, répondit Roy en secouant la tête.
- Cela vous fait courir des risques inutiles et disproportionnés par rapport à l'objectif, rétorqua Riza. A ce niveau-là, ce n'est plus de la stupidité mais de l'inconscience."
Roy la fixa avec étonnement : il l'avait rarement vue aussi énervée et ce n'était pas faute d'avoir essayé toutes ces années.
"Nous reverrons le plan. Je ne m'aventurerai pas dans cette opération sans être confiant à cent pour cent dans le plan.
- Vous savez comme moi que le plan peut être parfait sur le papier et les choses se dérouler de la manière la plus catastrophique qui soit. Si vous tenez tant à jouer les héros et risquer votre vie de manière aussi inconsidérée, faites-le. Mais ne me demandez plus de vous protéger."
Sans attendre sa réponse, Riza tourna les talons et claqua la porte de son bureau, laissant Roy bouche bée : mais que lui prenait-il ?
"On perd notre temps !
- ça à peine dix jours, nii-san."
Edward soupira : "Et on a absolument rien appris, si ce n'est que ce gamin est anormalement calme, adore dessiner et que les hommes de Breda semblent ont peur de le perdre de vue une seule seconde."
- C'est une bonne nouvelle, non ? répondit Alphonse en haussant les épaules. ça veut dire que rien d'anormal ne s'est produit. Si ça te tracasse tant, on peut dire qu'on continue encore deux jours et ensuite on laisse tomber ? comme ça, on aura fait deux semaines tout pile."
Son frère ne répondit pas et joua du bout des doigts avec les brins d'herbe, asséchés par le soleil de l'été. Cette surveillance n'avait produit aucun résultat concluant et plus le temps passait, plus il doutait de découvrir quoi que ce soit. Et le sentiment de malaise ne cessait de grandir.
Alphonse voulait voir le bon dans cet enfant. Il voulait croire que le passé appartenait au passé mais Edward avait appris à ses dépens à ne plus se montrer aussi naïf. Un mauvais pressentiment pesait en permanence dans son esprit, peu importe ses efforts pour le chasser et ce, depuis leur première visite à Mme Bradley. Il ne savait pas si ce malaise était un mécanisme de défense de son esprit, après tout ce que les homonculus leur avaient fait endurer, ou s'il était réellement fondé. Impossible à dire en étant aussi loin de Selim.
"Tu n'es pas convaincu."
Edward répondit par un grognement.
"Qu'est-ce que tu trouves suspect dans ce que nous avons pu voir ces derniers jours ? demanda patiemment Alphonse.
- Je te l'ai dit : ce gamin est bizarrement calme.
- On avait à peu près le même âge, en tout cas moi, lorsqu'on a commencé à s'intéresser aux livres de papa. On pouvait rester plongés dedans des heures si maman ne venait pas nous tirer de son bureau."
Ce n'était pas faux mais Edward resta silencieux, arrachant maintenant l'herbe sous sa main droite.
"Autre chose qui t'embête ?
- On avancera jamais à rester ici, soupira finalement l'aîné. L'armée les surveille des mois et a des hommes postés sous leur toit et eux-mêmes n'arrivent pas à comprendre ce qui cloche. Il faut qu'on aille directement parler à Selim si on veut en avoir le cœur net."
Du coin de l'œil, Edward vit son frère écarquiller les yeux de surprise : "Et tu penses que Mme Bradley nous laissera faire ? elle nous a demandé de rentrer chez nous la dernière fois qu'on l'a vue.
- Est-ce qu'on se soucie de son avis ? demanda Edward en haussant les épaules.
- Tu comptes faire comment si elle t'interdit de rentrer dans la maison. La mettre KO ?
- Ou aller parler à son fils lorsqu'elle n'est pas là.
- Selim a cinq ans, fit remarquer Alphonse. On ne peut pas l'interroger sans sa mère.
- A supposer qu'il est bien celui qu'il prétend être.
- Alors tu as réellement des soupçons sur lui.
- Je ne sais pas, Al, répondit l'aîné avec un soupir. Mais un face à face nous permettrait d'en être sûrs."
Soit ils effrayaient un enfant de cinq ans pour rien du tout mais ils en avaient le cœur net. Soit ils remettaient le pied dans des histoires qui ne les concernaient absolument pas. Edward sentait son frère peser le pour et le contre. Après tout, c'était Alphonse qui avait tenu à rester par sens du devoir envers Mme Bradley. Edward avait déjà pris sa décision mais son frère aurait le dernier mot. Après tout, il assumerait les risques derrière.
"A supposer qu'on aille parler à Selim, quand veux-tu y aller ? demanda finalement Alphonse. Je ne suis pas certain que Mme Bradley le laisse régulièrement seul à la maison.
- Elle est partie il y a un quart d'heures faire des courses. Selim est tout seul", répondit Edward avec un sourire. Il se redressa, s'époussetant des brins d'herbes collés à ses vêtements, et ajouta : "si on y va maintenant on peut avoir quinze bonnes minutes avec le petit."
Alphonse secoua la tête, un sourire aux lèvres, mais se leva néanmoins : "J'espère vraiment que ça nous permettra de nous faire une opinion.
- Est-ce qu'on passe par la cave encore ?
- Les hommes de Breda savent qu'on est là et on a donné notre parole à Colt. Autant y aller directement ?"
Edward ne pouvait qu'acquiescer. Assommés par tant d'inactivité, les deux frères dévalèrent la petite colline et sautèrent par-dessus la barrière qui délimitait le jardin des Bradley. La porte fenêtre du séjour était déjà ouverte, ce qui leur facilita la tâche. Néanmoins, ils y rencontrèrent un silence suspect.
"La sieste ? suggéra Alphonse, en pointant l'escalier.
- Et le soldat alors ? demanda Edward.
- Peut-être en haut, avec Selim."
Edward hocha la tête et se dirigea vers les chambres du pallier. Il les inspecta une à une mais dut se rendre à l'évidence : il n'y avait personne d'autre dans cette maison.
Audra s'était discrètement éclipsée à la sortie du train : le président n'allait pas avoir besoin d'elle dans l'immédiat et étant donné l'opération prévue, la jeune femme avait préféré mettre autant de distance que possible entre le Quartier Général et elle. Elle était nerveuse depuis que Hawkeye l'avait mise au courant. Ce plan lui avait semblé totalement fou et incroyablement risqué - placer le généralissime dans la ligne de mire de l'ennemi - mais la soldate avait continué d'une voix froide et détachée, le regard impassible comme si cette opération n'avait rien de dangereux ou d'inhabituel. Mais pour ce qu'Evans savait de l'armée - c'est-à-dire pas grand chose - ce plan tenait peut-être réellement de l'ordinaire.
Plus elle passait de temps à travailler avec l'armée, plus l'ancienne journaliste se rendait compte de l'écart entre les soldats et le reste de la population. Un écart tellement grand qu'elle n'était plus sûre de pouvoir ignorer malgré les derniers efforts d'Hawkeye pour la tenir informée.
Les petits jeux de Remington l'avaient touchée bien plus qu'Audra n'était prête à l'admettre. Cet homme s'amusait à se comporter de manière hostile, puis amicale, tour à tour. L'ancienne journaliste ne savait jamais à quoi s'attendre avec lui, mais par-dessus tout, le colonel s'était révélé plus fiable que Hawkeye à qui la jeune femme avait pourtant accordé toute sa confiance. Les soldats ne savaient pas agir en toute transparence et s'en rendre compte par l'intermédiaire de Remington n'était pas des plus agréables. Devant le masque impénétrable de Riza, Evans s'était même surprise à se demander si elle arriverait un jour à comprendre le fonctionnement de ces personnes et si tout ce qu'elle tentait là n'était pas voué à l'échec.
Audra avait donc décidé de mettre à profit ce temps pour prendre la température dans les rues de Centrale. Il s'agissait après tout de son rôle au sein de ce gouvernement et force était de constater que l'ambiance était tendue.
Contrairement à leur déplacement dans le Sud, un grand nombre d'habitants ne s'étaient pas déplacés pour assister à l'arrivée du président. La plupart vaquait à leurs obligations, la mine sombre et renfrognée. Quelques personnes la fixèrent d'un regard peu amène tandis qu'elle se dirigeait vers le Centre-ville mais la grande majorité l'ignora, sans doute trop pris dans leurs activités. Aucun enfant ne remontait les rues en criant et aucun vendeur n'alpaguait la foule à grands cris, comme cela aurait pu être le cas à Centrale. Il se dégageait des rues qu'une morosité ambiante qui mit Audra mal à l'aise, mais rien de surprenant après un attentat.
Elle tourna un instant dans le quartier, consciente que son comportement attirait l'attention, avant de finalement repérer un kiosque à journaux. Voilà qui risquait d'être informatif. La plupart des couvertures traitait de l'explosion et des mesures d'urgences prises par le Quartier Général de l'Ouest, rien de surprenant là-dedans. En revanche, une une attira son attention.
"Il faut payer pour lire, mademoiselle, grogna le vendeur, avec un fort accent de l'Ouest."
Sourcils froncés, Audra se dépêcha de sortir la monnaie de sa poche, puis attrapa un exemplaire.
"Les bons sentiments armés du président Mustang.
Les revendications du Front de Libération de l'Ouest sont on-ne-peut plus clairs : l'indépendance du Vakaran et l'autonomie de la région Ouest. Le Vakaran doit retrouver son indépendance, cent ans après cette annexion qui, encore aujourd'hui, n'est pas rentrée dans les mœurs.
"L'Ouest fait partie d'Amestris. Sur le papier. Mais dans nos cœurs, nous savons que jamais nous ne serons amestriens, nous explique Andrei Vejas." Les revendications du FLO trouvent écho au sein de la population et le président Mustang assure comprendre le peuple. Cela ne l'empêche pas d'envoyer massivement des troupes, restreindre les libertés des habitants de West City et des villes autour, instaurer un climat de défiance mutuel... Finalement, le président Bradley n'est pas si loin pour ceux qui décriaient si fort ses méthodes. Le gouvernement..."
Audra en avait assez lu pour le moment. Ces premiers paragraphes en disaient long sur la teneur de l'article. Pas étonnant que la foule ne se soit pas précipitée pour accueillir Mustang.
"Beaucoup de ventes, pour ce journal ?" demanda Audra au vendeur, à peine moins hostile depuis qu'elle avait payé. La une indiquait "La Voix du Nord" mais ce titre ne lui disait rien.
"Pas habituellement.
- Et aujourd'hui ?"
Le vendeur lui adressa un sourire ironique : "Vendus comme des petits pains. Ils ont dû rééditer en cours de journée. Il y en a au moins un à qui profite l'arrivée du généralissime."
Avant qu'elle ne put répondre, des coups de feu retentirent au loin et des cris s'élevèrent dans la rue.
Mustang entendit deux autres coups de feu avant que deux paires de mains - Northrop et Hawkeye, selon toute vraisemblance - ne le saisissent chacun par un bras pour le remettre sur pied.
"Baissez la tête, lui ordonna Northrop, en appuyant sur sa tête. Par là-bas."
Sans chercher à comprendre ce qui se passait, Roy se laissa entraîner vers un bâtiment. Plus vite il serait hors de portée, plus vite il aurait des réponses à ses questions. Mais après un tel traitement, ses genoux protestaient avec ardeur et l'empêchaient de courir. Des cris résonnaient sur la place et Roy entendait des pas précipités autour de lui - sûrement son service de sécurité. Un autre coup de feu résonna mais cette fois beaucoup plus proche de ses oreilles.
"Vous l'avez eu ? demanda Northrop, d'une voix tendue.
- Je pense, répondit Hawkeye. Mais pas à la tête.
- Bien. Plus vite, rajouta sèchement le chef de sécurité à l'égard de Mustang."
Ils déboulèrent dans un restaurant vide, la vitrine éventrée par le souffle de l'explosion. Northrop défonça sans état d'âme la porte arrière d'un coup d'épaule et tous les trois sortirent dans la ruelle minuscule qui serpentait à travers les immeubles. En un clin d'œil, ils se retrouvèrent devant l'entrée de service du Quartier Général et un comité d'accueil les attendait.
"Vous êtes blessé, monsieur ? lui demanda un soldat de l'équipe médicale.
- Uniquement dans mon égo", marmonna Mustang en arrachant presque la veste de son uniforme.
En-dessous, la balle était toujours prise dans le gilet pare-balle qui lui permettrait de s'en tirer avec un hématome uniquement. Il s'en débarrassa tout aussi vite et la fourra dans les mains du soldat. "Est-ce que je me trompe ou ce n'était pas censé se passer comme ça ? ajouta-t-il à l'attention d'Hawkeye et de Northrop.
- Pas du tout, acquiesça son chef de la sécurité, d'un air sombre."
Tout autour d'eux, le Quartier général était en ébullition. Des soldats couraient dans tous les sens, apportant équipements et matériels, tandis que des troupes se précipitaient vers l'extérieur. Quelqu'un cria un ordre et les équipes médicales se mirent en rangs ordonnés, devant chacune des portes. Presque instantanément, Cochrane les localisa à travers la cohue et fendit la foule pour les rejoindre.
"Est-ce que vous allez bien ? Mes soldats...
- Un seul tireur ? coupa Mustang, avec impatience. Vous l'avez ?
- Pas de nouvelles pour le moment, répondit le général en désignant la radio dans sa main.
- Ils feraient bien de l'attraper, rétorqua Mustang. Ce n'était pas ce qui était prévu."
Mais avant que Cochrane ne puisse répondre, sa radio grésilla : "La cible a été capturée. Nous ratissons le reste du périmètre."
Mustang hocha la tête, satisfait. Au moins les risques qu'il avait pris n'avaient pas servi à rien.
"Comment le tireur a-t-il se pu positionner aussi près sans que vos hommes ne le repèrent ? s'indigna Northrop.
- Cet immeuble a été inspecté et nous ne l'avions pas repéré. Compte tenu de nos ressources actuelles, impossible de positionner un homme dans chacun des immeubles.
- Le généralissime aurait pu mourir, fit remarquer Northrop, furieux. Le tireur était beaucoup trop près. Hawkeye a réussi à l'atteindre depuis la rue.
- Aucune présence humaine dans cet immeuble n'avait été détecté, répéta fermement Cochrane. Et le généralissime est toujours en vie. Notre plan a fonctionné.
- Le plan était de les capturer avant qu'ils ne passent à l'acte...
- Et comportait des mesures dans le cas où nous n'y arriverions pas, l'interrompit Cochrane. Si le tireur avait d'autres complices sur place, nous les attraperons.
- J'espère bien, grommela Roy. Et le tireur en question ?
- Mes hommes l'amènent dans une salle d'interrogatoire.
- J'espère que cet enfoiré va parler.
- C'est l'objectif.
- Et l'homme qui me parlait avant que ça ne se produise ?" demanda Roy.
Ce n'était peut-être qu'un civil mais le timing coïncidait trop. Mustang avait vu la dureté de l'acier briller un instant au fond de ses yeux. "Ce n'est pas suffisant", presque une sentence, immédiatement suivi des coups de feu. Avait-il volontairement cherché à le retenir dans la ligne de mire du tireur ?
"Mort, répondit Cochrane, en pinçant les lèvres."
Mustang fronça les sourcils et vit une expression interloquée se peindre sur le visage de Northrop et Hawkeye. Cet homme aurait pu être un témoin capital. Mais Cochrane resta impassible : "Si vous m'excusez, je dois aller superviser les hommes qui s'occuperont de l'enquête."
Sans attendre sa réponse, le général de l'Ouest tourna les talons. Mustang allait lui emboîter le pas lorsque Riza lui attrapa le bras :
"Où allez-vous ?
- L'équipe d'investigation, répondit Roy, surpris"
Le sang bouillait toujours dans ses veines, l'adrénaline faisant tambouriner son cœur après ce qui venait de se passer. Sans réfléchir, Mustang avait voulu suivre Cochrane vers les salles d'interrogatoires là où ses hommes préparaient leur stratégie d'interrogatoire, par pure habitude. Parce qu'il avait toujours été au cœur de l'action et parce que ce sentiment d'urgence lui avait manqué.
"Ce n'est pas notre place, murmura Riza entre ses dents.
- Où voulez-vous que nous allions ?"
Tout autour d'eux, les effectifs du Quartier Général s'agitaient dans une atmosphère chaotique et personne ne prêtait plus attention à eux.
"Nous avons des choses à faire, insista Riza.
- Vous voulez poursuivre avec le programme officiel ? s'exclama Mustang."
Avec ce qui venait de se produit, il ne pensait pas un instant pouvoir maintenir l'agenda des rendez-vous. Son assistante lui jeta un regard agacé : "Bien sûr que non. Mais nous devons voir Ross et Broche.
- Plus tard.
- Aller voir ces troupes ne relève pas de votre rôle, insista Hawkeye.
- Il n'y a aucune urgence à..."
Mais avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, Mustang aperçut Evans arriver, un air sinistre sur le visage.
"Vous allez vouloir lire ce journal."
"Je suis. Enfin. Arrivée ! s'exclama Panaya en claquant la porte derrière elle."
L'entrée n'était pas des plus subtiles pour une espionne mais après autant de péripéties pour un simple trajet entre Lior et Centrale, Panaya s'estimait avoir le droit d'exprimer sa frustration et son agacement aussi bruyamment que nécessaire. De toute façon, Colt ne réagit absolument pas. Sa silhouette se découpait sur l'encadrement de la fenêtre et n'indiquait aucunement que Colt avait entendu le retour de sa collègue. Celle-ci fronça les sourcils - sympa - et s'approcha de la fenêtre, curieuse de voir ce qui détournait ainsi l'attention de la soldate. Elle souleva le rideau à temps pour voir les frères Elric sortir de la maison des Bradley par la porte principale.
"Depuis quand ils sont là, eux ? Colt ?" appela-t-elle, face à l'absence de réponse de sa coéquipière. La jeune femme se retourna, comme surprise de la voir à côté d'elle.
"Tu es de retour.
- Oui, j'ai claqué la porte il y a deux minutes à peine.
- Le voyage s'est bien passé ?
- On peut dire ça. Je viens de voir les frères Elric sortir de cette maison. Depuis quand ils sont là, eux ?"
La blonde fronça les sourcils : "De quoi est-ce que tu parles ?
- Les frères Elric. A l'instant. Sortant de chez les Bradley par la grande porte", répéta Panaya, de plus en plus agacée.
Quel tour lui jouait-elle ? Cela ne ressemblait en rien au comportement habituel de Colt. Celle-ci secoua la tête : "Je ne vois pas de quoi tu parles. Je n'ai rien vu de tel."
Panaya ouvrit la bouche mais croisa le regard de Colt et referma la bouche sans rien dire, un frisson parcourant son dos : les yeux de sa coéquipière habituellement si rieurs et curieux étaient aujourd'hui vides et éteints.
Comme une nuit noire sans étoiles.
A suivre...
Alors, qu'en avez-vous pensé ? Est-ce que certains d'entre vous ont réellement cru que j'allais tuer Mustang ? ou le blesser sérieusement ?
Toutes les reviews, positives comme négatives, sont les bienvenues ! A bientôt :)
