Titre : La pièce vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.

Mon petit blabla avant de commencer : hello, tout le monde, désolée pour les irrégularités de publication. J'essaie de tenir le rythme d'un chapitre toutes les deux semaines mais ce mois-ci a été compliqué au niveau boulot et je n'ai pas pu avancer autant que prévu dans l'écriture et la correction de ce qui a été écrit pendant le Nano (C'est d'ailleurs assez marrant de voir qu'en novembre dernier, j'ai réussi à écrire 70k mots et que je n'ai écrit depuis que 5k mots à tout casser).

Ce chapitre est un peu plus court et je pense que je vais essayer de réduire un peu la longueur des chapitres pour que ça ne soit pas trop la galère à lire (j'ai vraiment trop abusé avec le chapitre dernier). En tout cas, les choses se compliquent encore pour Mustang et Hawkeye et j'aime de plus en plus écrire Panaya. J'espère que ça vous plaira :)


Chapitre 13 : Créance de Sang

Le soleil se couchait sur Centrale, et avec lui disparaissait la chaleur de la journée. Les nuits se faisaient de plus en plus fraîches, signe que l'été tirait définitivement sur sa fin. Panaya s'engouffra dans le café et savoura la chaleur des lieux.

"Longue journée ? lui demanda Leah, la barista.

- On peut dire, ça, acquiesça Panaya avec un haussement d'épaules. Et toi ?

- ça va, la journée s'est bien passée. Comme d'habitude ? Un thé au lait ?

- S'il te plaît.

- ça arrive dans cinq minutes.

- Parfait."

Panaya fréquentait ce café - pourtant pas si proche de chez elle - suffisamment pour que les serveuses se souviennent d'elle et de ses commandes habituelles - un café le matin, un thé en début de soirée. Pendant que Leah s'activait en cuisine, la soldate erra jusqu'à se tenir devant le panneau d'information sur lequel étaient épinglées pêle-mêle annonces et publicités. Entre deux recherches de babysitter, un bout de serviette attira son attention. "Garfield plaza". Le message avait manifestement été écrit à l'encre sur l'essuie-main mais pas par un stylo. Les lettres étaient trop fines et trop nettes, sans ce creux qui témoignait de la pression qui avait été exercée sur le papier. Un peu comme si l'adresse y avait été imprimée. Ou transmutée.

"Et voilà. Deux cents cenz, s'il-te-plaît."

Leah était de retour, la boisson chaude dans la main. Panaya lui adressa un sourire et décrocha discrètement la serviette, puis farfouilla dans son sac pour lui tendre la monnaie.

"Bonne soirée et à bientôt."

La jeune femme releva son col, par habitude en ressortant dans la rue. Un coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'elle n'avait pas réellement le temps de traîner.

Les frères avaient bien choisi l'emplacement : une petite place isolée mais pas trop, fréquentée par des couples profitant de la soirée, dont les fontaines rendaient impossible toute écoute. Panaya avisa deux bancs libres sous un lampadaire, dos à dos, et s'installa avec sa boisson sur l'un deux. La place derrière elle ne fut pas longue à être prise.

"Vous en avez mis du temps, marmonna Edward.

- J'ai un travail, fit-elle remarquer avec un haussement d'épaule.

- On avait cru comprendre...

- Vous avez pu découvrir ce qui se passait ? demanda Alphonse.

- Non. J'ai fait chou blanc, répondit Panaya avec une grimace. Mais Selim est de retour chez lui. Je l'ai vu par la fenêtre."

Elle entendit le banc grincer lorsque l'ancien alchimiste se retourna vers elle, perplexe. Elle continua à fixer son thé mais ne pouvait qu'imaginer leur étonnement. Le retour de l'enfant à son domicile indiquait que l'armée ne l'avait pas enlevée à sa mère. Restait à savoir si son absence avait été volontaire ou si Breguet avait eu un rôle à jouer là-dedans.

"Des nouvelles de votre coéquipier qui était censé être sur place ?

- Non"

Breguet était revenu comme une fleur à la planque et rejoint l'effervescence autour d'Arthur. Panaya n'avait rien réussi à tirer de lui. Mais après tout, son coéquipier était également formé aux techniques d'interrogatoire subtiles.

"Est-ce que Mme Bradley sait que vous êtes toujours à Centrale ? demanda-t-elle à la place. Elle pourrait chercher à vous contacter.

- Pour quoi faire ? demanda Edward.

- Elle pourrait vous appeler à l'aide encore une fois ? suggéra Panaya. Supposons un instant qu'elle soit rentrée chez elle pour trouver son fils absent. Je ne pense pas qu'elle aurait été très heureuse. Encore moins s'il réapparaît tranquillement avec un de mes collègues.

- Vous pensez qu'elle s'en est rendu compte ?

- Je n'en ai aucune idée. Tout ce qui s'est passé dans cette maison est un putain de mystère, marmonna-t-elle avec plus d'agacement qu'elle ne l'aurait voulu. Mais si elle cherche à vous contacter, essayez de voir ce qui s'est passé, de son point de vue.

- On essaiera, promit Alphonse. Mais a priori, elle nous croit de retour à Resembool. Je ne suis pas sûr qu'elle cherche à nous joindre là-bas, même si mamie Pinako pourra prendre le message, si besoin."

Panaya hocha la tête - même en sachant que les deux adolescents ne pouvaient probablement pas la voir - et tritura le couvercle de son gobelet par frustration : elle n'avait rien pu tirer de ses collègues et tous persistaient à se comporter comme si rien d'inhabituel ne s'était produit. A croire qu'une mission parallèle se faisait sans elle. Le seul problème étant que ses coéquipiers eux-mêmes ne semblaient pas s'en rendre compte.

"Alors vous ne savez rien d'autre ?" demanda Edward avec un ton qui marquait clairement son énervement. Panaya fronça les sourcils :

"Non, je ne sais pas pourquoi Breguet a disparu avec le petit.

- Peut-être que vous savez pourquoi Breda nous cherche, alors ?

- Pardon ?"

Cette fois, elle se retourna vers eux et croisa le regard tranchant de l'adolescent.

"On a suivi un homme qui sortait du local que vous nous avez indiqué.

- A quoi ressemblait-il ?

- Brun, fin, le teint pâle.

- Probablement Breguet.

- Si vous le dites, balaya Edward. Ce qui est intéressant c'est qu'on a pu suivre cet homme jusqu'à un café dans le centre-ville. Le Cannibale, vous connaissez ?"

Elle hocha la tête mais l'adolescent enchaîna sans lui laisser le temps de répondre.

"Il a rejoint une table d'habitués et leur a demandé de nous retrouver. Car, apparemment, Breda a besoin de nous. J'espère que vous avez une très bonne explication à tout ça."

Panaya resta un instant sans voix. Elle connaissait le Cannibale car les têtes du réseau que Breda avait réussi à mettre en place s'y réunissaient régulièrement. Ils avaient déjà eu recours à ces informateurs dans le passé pour retrouver rapidement un individu au sein de la capitale. Mais Breda connaissait déjà le nom de l'hôtel des deux frères et aucun ordre n'avait été donné concernant les frères Elric.

"Alors ? insista Edward.

- ça n'a aucun sens, répondit Panaya en secouant la tête. Vous êtes sûrs d'avoir bien entendu ? La terrasse est toujours bondée et la rue, extrêmement bruyante...

- On est sûrs, coupa calmement Alphonse. Maintenant on voudrait savoir ce qui se passe : s'il veut nous parler, Mustang peut nous contacter. Il aurait même pu même envoyer des officiers en uniforme, ça ne l'aurait pas gêné. Mais pourquoi mettre des informateurs officieux sur le coup ?

- Il n'y a aucune raison.

- Sauf si Breda a son propre petit programme."

Panaya secoua la tête : "ça n'a aucun sens. Son comportement est extrêmement suspect ces derniers jours, je vous l'accorde. Mais souvenez-vous de la personne dont on parle : Breda est un ancien subordonné de Mustang. Il lui est loyal depuis des années et n'a pas hésité à risquer sa vie pour le suivre dans ce coup d'état. Même si Breda agit de son côté, il est toujours loyal à Mustang.

- Vous en êtes convaincue ?

- A cent pour cent."

Les deux frères échangèrent un regard, semblant hésiter.

" Et quand bien même, poursuivit Panaya. Il faudrait que vous ayez des preuves à donner à Mustang. Je ne vois aucune raison pour laquelle Mustang vous croirait vous, sur parole, plutôt que Breda.

Edward grimaça : "Je n'aurais aucune raison de mentir mais Mustang ne va pas nous croire sur parole, effectivement.

- Alors on continue de creuser jusqu'à comprendre ce qui se passe, conclut Panaya.

- Qu'est-ce que vous attendez de nous ? demanda Alphonse."

Son frère lui lança un regard agacé, que le cadet ignora d'un haussement d'épaule.

"Pas grand-chose. Vous êtes recherchés par pas mal de monde et vos visages sont connus du grand public. Le mieux serait que vous vous planquiez. J'aurai besoin de votre témoignage lorsque j'irai voir Mustang.

- Et vous ? Qu'est-ce que vous prévoyez de faire ?"

Panaya eut un petit rire : "Si je savais déjà par où commencer...

- Ce doit être lié à Selim, fit remarquer Alphonse. Tout le monde suspecte Mme Bradley mais je n'y crois pas : sa peur était sincère, la nuit où on l'a vue. Son comportement n'a changé qu'après. Elle était terrifiée et nous a demandé de venir pour une raison. Mais je ne vois pas ce qui a pu changer par rapport aux mois précédents.

- On va difficilement pouvoir l'interroger, fit remarquer Panaya. Vous avez essayé une fois, sans succès, et elle ne se confiera jamais à moi.

- Mais quelqu'un doit bien savoir. Grâce peut-être ? Mme Hugues qui habite...

- Elle a arrêté de venir la voir à peu près au moment où Mme Bradley s'est mise à se comporter de façon étrange, réalisa soudain Panaya à haute voix."

Elle se prit le visage entre les mains. Elle n'arrivait pas à croire que personne n'avait fait le rapprochement. Les deux événements coïncidaient parfaitement : Grace Hugues avait arrêté de rendre visite à son amie. Tout de suite après, celle-ci avait commencé à se comporter de façon suspecte.

"Aucun de vous n'est allé l'interroger ? s'étonna Edward.

- On avait à ce moment-là, aucune raison valable d'y aller et d'autres chats à fouetter."

Si seulement Breda ne l'avait pas envoyée à Lior, elle aurait pu faire le lien, réagir plus rapidement. Panaya en mettrait sa main à couper : Grâce avait la réponse à tout cela.

"On pourrait y aller, proposa Alphonse. Elle nous connait et...

- Vous êtes toujours recherchés et à la minute où vous mettrez les pieds chez elle, mes collègues débarqueront dans la maison.

- Pas si on passe par le sous-sol, fit remarquer Edward."

Mais Panaya continua de secouer la tête : "Vous êtes toujours recherchés. Trouvez-vous une jolie planque. Je vous contacte dès que j'ai du nouveau."


"Quelle était cette affaire urgente dont vous vouliez me parler, colonel ?"

Il n'était que dix heures et Roy avait déjà l'impression d'avoir subi des heures interminables de réunion. Ces retours de déplacement étaient une horreur à chaque fois et tout le monde cherchait à le voir pour une raison urgente. Pour couronner le tout, Remington était venu avec Northrop, qui s'installa dans un coin du bureau. Le colonel fit une grimace et lui tendit un rapport.

"Meurtre. Ce n'est pas beau à voir, prévint-il."

Mustang haussa un sourcil : Remington n'était pas du genre à s'émouvoir pour si peu mais les premières photos lui firent rapidement comprendre la barbarie du meurtre. Barbarie qui n'était pas sans lui rappeler les attaques de Scar.

"Effectivement, commenta-t-il à voix basse en refermant le dossier. Que s'est-il passé ?

- Commandant Estes, affectés au service juridique. Retrouvé mort il y a quatre jours, dans une ruelle qui se situe globalement sur le chemin entre son domicile et le quartier général. Nous pensons qu'il a été pris en embuscade en rentrant chez lui : passé à tabac par une ou plusieurs personnes puis finalement égorgé d'un coup de couteau à la carotide.

- Et aucun témoin n'a été retrouvé ? demanda Mustang. S'il rentrait chez lui après des horaires de bureau, ça a dû se produire en fin d'après-midi, à peu près à l'heure où tout le monde rentre chez soi."

Remington secoua la tête : "D'après ses responsables, le commandant Estes travaillait sur un dossier et a fini ce jour-là exceptionnellement tard. Sa carte de présence indique qu'il a quitté le Quartier général à minuit treize. Le légiste place sa mort entre minuit et trois heures du matin.

- Bonne chance pour retrouver des témoins, confirma Mustang en se laissant aller contre le dossier de son fauteuil. Mais en quoi ce meurtre est-il particulièrement préoccupant ?"

Des officiers de l'armée mourraient régulièrement, même en temps de paix et même sans Scar. Malheureusement ce n'était pas un fait exceptionnel et il ne s'agissait pas ici d'un très haut gradé. Mustang ne voyait rien dans cette affaire qui aurait pu justifier d'annuler le déplacement de Remington dans l'Ouest.

"Regardez la dernière photo, répondit le colonel d'un ton raide."

Mustang tira le cliché du dossier et fronça les sourcils : "Avec le sang d'Estes ? C'est de très mauvais goût.

- Et c'est tout ce que cela vous inspire ? C'est une menace très explicite de la pègre, pointa Remington avec agacement."

Après avoir passé à tabac et égorgé leur victime, les meurtriers avaient tenu à laisser un message sur le mur en brique : "Mustang, surveille tes arrières."

Le message était signé, toujours avec des lettres sanglantes, par un prénom : Amanda. La femme qui tenait le gang régnant sur Central au creux de sa main.

"Pour quelle raison m'en voudrait-elle ? demanda Mustang, intrigué. Vous n'avez rien fait dernièrement. Aucune prise ? Aucune attaque envers son réseau ? Je ne vois pas ce qui justifie cet avertissement.

- Nous avons interpellé deux trafiquants d'armes il y a trois semaines et saisi leur livraison."

Mustang secoua la tête : "Pas suffisant pour une déclaration de guerre aussi frontale. Elle doit bien savoir qu'après un message de ce genre, tout le quartier général va être sur les dents.

- Les mesures de sécurité vont être augmentées, confirma Northrop, en avançant vers le bureau. Le nombre de soldats affectés à votre garde sera augmenté et vous ne serez jamais laissé seul.

- Magnifique.

- Et toutes ces petites escapades doivent cesser, ajouta le chef de la sécurité, avec un regard sévère. Je comprends que cette surveillance ne vous plaise pas mais j'ai besoin que vous preniez cela au sérieux et évitiez de disparaître. Je compte sur vous, colonel Hawkeye."

Celle-ci hocha la tête d'un air sérieux et Mustang sentit le peu de liberté qu'il lui restait s'échapper : il ne pourrait jamais être tranquille si Hawkeye et Northrop faisaient alliance contre lui. Et Riza était du genre à prendre très au sérieux les consignes de sécurité.

"Si on en revient à l'affaire, recentra-t-il d'une voix lasse, pourquoi Estes a-t-il été visé ?

- Mes hommes travaillent dessus, monsieur.

- Vous ne savez toujours pas ?" demanda Mustang avec plus d'étonnement que d'impatience.

Raide comme un balai, Remington secoua la tête. Cela faisait pourtant quatre jours que le corps avait été découvert. Les brigades anti-criminelles arrivaient à cerner un motif beaucoup plus rapidement que cela, d'ordinaire. Surtout lorsque la pègre était impliquée et que Remington séchait un déplacement officiel pour superviser lui-même l'avancement de l'enquête.

"Aucune mission n'était en cours sur ce domaine, rien qui n'impliquait Estes. Nous avons déjà suffisamment à faire en ce moment, marmonna Remington."

Face à cet aveu d'inefficacité, Mustang s'abstint de tout commentaire et congédia les deux hommes.

"Vous n'avez pas l'air particulièrement inquiet, pour un homme menacé par Amanda, fit remarquer Hawkeye.

- Je le serais sans doute plus si je comprenais pourquoi, grommela Mustang en se frottant les yeux. Cette affaire n'a aucun sens. Si Estes trempait dans des combines louches, Remington l'aurait découvert très vite. En même temps, quelle autre raison aurait-elle eu de s'en prendre à lui ?

- La mise en scène est relativement curieuse, admit Riza en étudiant les photos. Elle n'aurait pas pu attirer davantage d'attention sur le meurtre, à moins de le pendre devant le quartier général. On dirait qu'elle a tenu à ce que l'affaire fasse le tour des journaux.

- Ce qui n'a pas de sens pour la pègre : moins l'armée fait attention à eux, plus ils peuvent continuer leurs trafics sans être inquiétés.

- Alors pour quelle raison a-t-elle voulu attirer l'attention sur Estes ?

- J'imagine qu'on saura très rapidement pourquoi, répondit Mustang en haussant les épaules. Quelle est la suite du programme ?

- Breda."

Mustang hocha vaguement la tête avant d'ajouter, sous le coup d'une impulsion : "Convoquez Ross et Broche également, s'il-vous-plaît".


"Boss ?"

Contrairement à ce à quoi il s'attendait, le bureau de Mustang n'était pas vide. Ross et Broche semblaient tout aussi surpris de le voir et Breda se demanda un instant s'il ne s'était pas trompé d'heure.

"Parfait, tout le monde est là, déclara Mustang d'une voix fatiguée. Je saute les présentations : vous vous connaissez déjà sûrement ?"

Breda hocha la tête même s'il ne connaissait le duo d'enquêteurs que de vue. Ils n'avaient fait que se croiser du temps de son affectation à Centrale et même lors de la fuite de Maria Ross hors du pays, Havoc s'était principalement chargé de gérer la situation. Lui s'était contenté de passer de temps à autre dans la planque pour les ravitailler et leurs fournir de faux papiers afin de leur permettre de voyager sans trop de problèmes.

"Major Ross, lieutenant Broche, vous avez fait du très bon travail sur l'enquête à West City, reprit Mustang sans prêter attention à l'air incertain des deux officiers devant lui. Mais vous n'êtes pas sans ignorer qu'il ne s'agit que d'un bout de l'affaire : le dysfonctionnement des communications à l'Ouest a suffisamment délayé la remontée d'information jusqu'à Centrale pour permettre à une personne de faire fuir la liste des passagers auprès d'un journaliste. Fort heureusement, cette liste n'est jamais parue mais Breda ici présent a de son côté commencé à enquêter sur l'origine de cette fuite. Je le laisse vous mettre au courant du dossier mais disons simplement que Breda est en possibilité de retrouver les suspects. Il manque simplement de renforts. Vous allez donc collaborer tous ensemble pour remonter la piste et enfin retrouver les personnes à l'origine de la fuite. Avez-vous des questions ?"

Breda laissa échapper un sourire à la vue de Ross et Broche dont l'expression ressemblait à celle d'un poisson hors de l'eau. Les deux officiers auraient sans doute manifesté encore davantage de surprise si le protocole militaire leur avait autorisé mais Ross fut la première à se ressaisir : "Qu'en est-il de notre affectation habituelle, monsieur ?

- Nous nous chargeons de mettre votre supérieur hiérarchique au courant.

- Quel est le statut de cette mission ?

- Hautement confidentielle. Officiellement, vous êtes en congés, après une mission éreintante dans l'Ouest. Cette affectation n'existe pas et vous ne pourrez en parler à personne, précisa Mustang en les regardant droit dans les yeux l'un après l'autre. Vous ne reporterez qu'à Breda, Hawkeye et moi, à l'oral. Breda vous mettra au courant des modalités de communication. Est-ce que c'est compris ?

- Oui, monsieur.

- Bien, si vous n'avez pas d'autres questions alors je n'ai pas grand-chose à ajouter, répondit Mustang avant de consulter Hawkeye du regard pour vérifier qu'il n'avait rien oublié. Breda ? quelque chose à ajouter ?

- L'uniforme est de trop, répondit simplement le soldat. Rendez-vous dans une heure à l'angle d'Orchard Street et de Baker Street ? En civil."

Ross et Broche hochèrent la tête d'un même mouvement et Mustang leur fit signe de sortir.

"ça tombe à pic, Boss, commenta Breda d'un ton appréciateur.

- Des nouvelles ?

- Pas de bonnes", commenta le roux avant de lui faire un compte-rendu des derniers événements dans l'affaire "Arthur".

Le généralissime l'écouta d'un ton concentré, les mains croisées devant son visage et resta silencieux un instant avant de soupirer : "Les habitants de ce quartier n'auraient jamais divulgué la moindre information à quelqu'un ressemblant de près ou de loin à un militaire. Pas sans menaces.

- Nous aurions pu être suivis.

- Certes, répondit Mustang sans grande conviction. Ou alors ils le connaissaient déjà et ils ont eu accès à son dossier judiciaire. Car j'imagine qu'il en a un ?

- Comme beaucoup de monde dans Centrale.

- Dans tous les cas, le renfort de Ross et Broche tombe à point, effectivement. Vous savez ce que j'attends de vous ?

- Ce qui était prévu depuis un petit moment", acquiesça Breda. Il s'apprêtait à prendre congé lorsque Mustang l'arrêta d'un geste de la main : "Et la veuve Bradley ?

- Rien de particulier", répondit Breda en sortant machinalement son carnet de notes de sa poche. Il se repassa les derniers événements dans la tête tandis qu'il faisait défiler les pages du petit cahier : "Le fils et la mère se comportent comme d'ordinaire. Aucun incident n'a été relevé et les frères Elric ne sont plus revenus. Ils se sont peut-être lassés ?

- Plutôt impatientés, corrigea Mustang en posant sa tasse sur la table basse. Abandonner ne ressemble pas au Fullmetal. Il est peut-être parti chercher ailleurs mais soit il a trouvé une réponse et juge que l'affaire n'est pas digne d'intérêt, soit il creuse toujours mais ailleurs.

- On ouvrira l'œil pour ces deux-là, promit Breda. Mais ce n'est pas notre priorité."

Il était venu avec l'espoir que Mustang puisse débloquer la situation - ils étaient coincés avec la surveillance constante des Bradley et des hommes, probablement des soldats, s'en prenaient à son réseau d'informateurs sans qu'il ne puisse rien y faire - et même s'il était maintenant soulagé à l'annonce de renforts, cela ne signifiait pas pour autant qu'il allait se mettre à la poursuite des frères. Mustang sembla saisir le message et hocha la tête.

Ross et Broche l'attendaient comme convenu, à l'heure, au point de rendez-vous. Tous deux avaient troqué leur uniforme bleu contre des tenues plus décontractées mais pratiques s'ils devaient courir ou interpeller des suspects. Breda grimaça à la vue du renflement évident sous la veste de Broche, indiquant un holster.

"Ou allons-nous ? demanda Ross en le voyant s'approcher.

- On attend, pour le moment", répondit Breda d'un ton laconique mais les deux officiers eurent à peine le temps de s'étonner qu'une voiture s'arrêtait devant eux.

"C'est quoi cette blague, Boss ? J'allais enfin pouvoir dormir.

- Montez dedans, indiqua Breda avant de répondre à Colt : nouvel ordre de Mustang et des renforts. Qui suis-je pour refuser ? Ross, Broche, voici Colt. Colt, les deux enquêteurs qui ont avancé à West City.

- Super, répondit la jeune femme d'un ton à moitié convaincu. J'imagine que les deux affaires sont liées ?

- Elles le sont, indiqua Breda. Tu liras le rapport plus tard. Démarre : on sort de la ville et on va dans le district sud."

Avec un enthousiaste exagéré, la blonde s'exécuta et dirigea la voiture vers les portes de la ville. A l'instar de Centrale, les banlieues avaient été découpées et organisées avec une précision toute militaire. Elles étaient divisées en quatre districts, desservies par une voie rapide qui faisait le tour de la capitale.

"Où va-t-on ? demanda Broche.

- Une planque. On va en avoir besoin pour les opérations.

- On peut espérer un briefing ?

-Une fois sur place, promit Breda."

Rapidement, ils furent en dehors des murs de la ville et le roux dut fournir des indications plus détaillées à la conductrice. Ce n'était pas une planque qu'ils avaient utilisée récemment et Colt ne s'y était jamais rendue. Mais après une petite demi-heure à conduire dans des rues relativement vides, ils s'arrêtèrent devant un pavillon de banlieue, entouré de terrains vagues.

"Une planque de l'équipe Mustang ?" demanda Colt en levant un sourcil interrogateur.

Maria Ross hocha la tête avec une moue peu enthousiaste.

"Vous êtes déjà venue, major ? s'étonna Broche.

- Lorsque j'ai dû fuir le pays. Havoc m'a emmenée ici.

- Et personne n'est revenu ici, à ma connaissance, ajouta Breda. Mais l'emplacement n'est pas mal : aucun voisin aux alentours et personne pour épier nos allées et venues.

- A qui appartient la maison ?

- C'est une longue histoire, mais un oncle de Falman, je crois, répondit Breda en ouvrant la porte d'entrée."

Une odeur de renfermé et de poussière les accueillit et les fit grimacer mais la lumière révéla un intérieur relativement propre.

"J'ai peur qu'un peu de ménage ne s'impose avant de rendre cette base opérationnelle", commenta Breda.

Mais Ross secoua la tête : "On veut un briefing avant de s'y mettre.

- Alors autant s'y mettre tout de suite, acquiesça Breda avant de s'engouffrer dans la maison."

L'idée était simple : Arthur servait d'appât encore une fois - la dernière s'ils étaient suffisamment chanceux - et tous se mettaient en embuscade pour attraper au moins un de ses poursuivants. Ils le ramenaient dans cette base et l'y garderaient jusqu'à le faire parler.

"J'espérais en avoir fini avec tout ça, soupira Maria Ross.

- Ce n'est pas vraiment dans ce qu'on appelle la légalité, ajouta Broche avec une grimace.

- Ce ne serait pas la première fois pour l'armée, répondit Breda avec un haussement d'épaule. Etant donné les enjeux, je ne trouve pas ça disproportionné.

- Certes, certes...

- Si vous voulez sortir, c'est votre dernière chance."

Ross laissa échapper un petit rire : "Je ne crois pas qu'on nous ait laissé le choix. Nous sommes déjà impliqués, autant terminer ce que nous avons commencé. Et je crois que j'en dois une à Mustang."


Le parterre de journaliste frémissait d'anticipation. Il s'agissait soit de l'attentat contre Mustang soit de l'article de la Voix de l'Ouest, voire les deux, mais impossible de savoir à moins de se jeter dans la gueule du loup. Audra se força à inspirer profondément pour se détendre. Elle n'en était pas à son premier coup d'essai mais cela ne voulait pas dire qu'elle appréciait ses moments. Elle était devenue journaliste pour les investigations sur le terrain, pour les longues nuits de recherches et de rédaction. Pas pour des conférences de presse. Malgré sa réticence, elle s'avança vaillamment vers l'estrade, un sourire plaqué sur le visage. Les questions se mirent à fuser.

"Mademoiselle Evans, comment va le généralissime ?

- Quelles actions vont être prises à l'encontre du tireur ?

- Le tireur aura-t-il droit à un procès ?

- Le généralissime va bien", déclara-t-elle d'une voix posée. Audra avait choisi la question la plus simple pour commencer et obtenir le silence. "Il a quelques contusions mais n'a pas été grièvement atteint.

- Le Quartier Général avait-il connaissance des éventualités d'une attaque ? cria un journaliste chauve, vers le fond.

- Une enquête est en cours et nous ne pouvons pas révéler les détails concernant les événements de ce jour-là.

- Que va-t-il se passer, pour le tireur ?

- Le tireur est actuellement interrogé par les troupes de l'Ouest. L'enquête est actuellement en cours, répéta Audra, en scannant la foule."

Pour l'instant, ses réponses creuses semblaient satisfaire le parterre de pigistes qui s'empressaient de prendre en note. Un jeune homme à peine sorti de l'adolescence lui demanda : "Un procès public va-t-il lui être accordé ?

- Il est trop tôt pour se prononcer. Tout dépend de ce que le tireur décide de faire, s'il décide de coopérer ou non.

- Alors l'armée serait prête à passer un marché avec lui, bien qu'il ait tiré sur le généralissime ? demanda une petite journaliste au premier rang.

- Aucune piste n'a été écartée par le moment. Le principal objectif est de retrouver l'ensemble des coupables à l'origine de cet attentat et je ne doute pas que les troupes de l'Ouest feront le nécessaire."

Audra répondait sans réellement donner de réponses et les regards insatisfaits aux premiers rangs montraient que les journalistes s'en rendaient compte. Un peu plus loin, Oliver Bald, le journaliste du Daily News, lui adressa un sourire sarcastique, avant de lever la main. Evans se raidit légèrement, pleine d'appréhension.

"Que pense le généralissime des revendications du FLO ?

- Cela n'a pas changé depuis la dernière conférence, Monsieur Bald : le généralissime condamne fermement tout cette violence et dénonce le gâchis de vies aussi bien militaires que civiles.

- Et celles de la Voix de l'Ouest ?"

Le parterre se retourna comme un seul homme vers le journaliste du Daily News mais le silence de plomb indiqua à Audra que tous attendaient la réponse à cette question. Elle soupira et s'autorisa à secouer la tête.

"Le président Mustang est attristé et déçu, évidemment : sa priorité a été d'envoyer des renforts afin de permettre une meilleure prise en charge des blessés, une recherche plus efficace des survivants et bien entendu, la sécurisation des rues. Après une explosion aussi conséquente, il était impensable de laisser de potentiels poseurs de bombes se promener librement dans les rues et risquer un nouvel attentat. Le généralissime est déçu que ces initiatives aient été perçues comme de simples restrictions de libertés mais il n'aurait pas été envisageable de ne rien faire.

- Pourtant une partie de la population adhère à l'idée de laisser le Vakaran prendre son indépendance ?

- La région Ouest et en particulier le Vakaran connaissent un contexte économique particulièrement difficile. Le président Mustang n'a pas jugé sage de laisser ces populations se débrouiller par elles-mêmes.

- Et que répond-il aux individus qui soutiennent que l'Ouest s'en sortirait mieux sans Amestris ? demanda un pigiste dans les premiers rangs.

- Rien du tout, répondit Audra en lui jetant un regard perçant. Notre priorité est actuellement de secourir ceux qui peuvent l'être à West City et identifier les responsables, afin que justice soit faite.

- Alors le généralissime n'a aucun avis sur les journaux de Centrale qui ont repris ces arguments ? demanda à nouveau Oliver."

Bien sûr, qu'il allait en parler. A leur retour de Centrale, Audra avait pu constater, comme prévu, que certains journaux de la capitale avait repris à leur compte l'argumentaire de la Voix de l'Ouest, à l'encontre pas uniquement de Mustang mais de toute l'armée. Comment les Amestriens pouvaient-ils laisser l'armée à la tête de leur pays ? Les décennies précédentes avaient été marquées par des guerres et génocides. Même actuellement, le pays retrouvait difficilement sa stabilité politique après le coup d'état contre King Bradley. Et l'armée montrait aujourd'hui son incapacité à comprendre la population d'Amestris. Sa réponse en décalage total avec les besoins des habitants de l'Ouest ne pouvait que générer des doutes sur la capacité des militaires à diriger le pays. Le seul point positif était que ces journaux n'étaient pas nombreux et ne disposaient pas d'un lectorat important. Ne restait à prier pour que la question de Bald ne ramène pas la question sur le devant de la scène.

En attendant, Oliver et tout le parterre de journalistes attendaient sa réponse, suspendus à ses lèvres.

"Aucun avis, confirma Audra. La priorité va aux blessés de West City."

Sans plus attendre, la jeune femme leur adressa un signe de tête et fit demi-tour, sans faire attention aux questions qui continuaient de lui être adressées. Audra en avait déjà assez fait comme ça. Il n'y avait pas de bonne réponse à ce genre de question, uniquement des moins pires et Oliver Bald aurait continué à insister jusqu'à ce qu'elle tombe dans son piège. Les portes du quartier général se refermèrent derrière elle et la jeune femme apprécia le silence qui en suivit. Elle ne put s'empêcher de lâcher un soupir. Il était temps d'aller parler au généralissime.

Pour une fois, Mustang travaillait seul, à son bureau. Après avoir adressé un sourire poli à la secrétaire qui lui fit signe d'entrer, Audra trouva le généralissime penché au-dessus d'un épais rapport, annotant le document dans les marges. Hawkeye n'était pas nulle part en vue.

"Mlle Evans, la salua Mustang avec étonnement. Je ne crois pas que nous avions rendez-vous.

- Nous n'avions pas rendez-vous, confirma Audra en s'asseyant sur le dossier d'un fauteuil, mais j'ai pensé qu'il serait mieux de vous tenir informé. Le colonel Hawkeye n'est pas là ?

- Elle ne devrait pas tarder. Elle n'aime pas trop me laisser sans surveillance."

La formulation lui fit hausser un sourcil amusé.

"Elle est en colère contre vous.

- Vous aviez remarqué, commenta Mustang avec une grimace.

- Difficile de passer à côté. Pour quelle raison était-elle en colère, si ce n'est pas indiscret ?"

L'expression de Mustang indiquait clairement que cette question était indiscrète. Mais le président se contenta de reboucher son stylo et de s'étirer un peu sur sa chaise.

"Le colonel n'approuve pas l'opération de West City.

- Celle où vous vous faites volontairement tirer dessus par des terroristes ?

- Ils n'étaient pas censés avoir le temps de tirer, corrigea Mustang.

- Le plan a extrêmement bien fonctionné alors.

- C'est également l'avis du colonel Hawkeye, marmonna le président. Elle pense que l'opération n'aurait jamais dû avoir lieu. Une prise de risque inconsidérée"

Ainsi au moins un des deux avait les pieds sur terre, remarqua Audra avec un demi-sourire.

"Puisque nous en sommes aux confidences, parlez-moi un peu de vous, demanda Mustang.

- Que voulez-vous savoir ? demanda Evans, surprise.

- Vous n'êtes pas heureuse à votre poste.

- Vous avez remarqué.

- Difficile de passer à côté, répéta Mustang avec un sourire. J'imagine qu'il s'agit de cette histoire avec Remington."

L'ancienne journaliste hocha la tête sans un mot et attendit la suite, curieuse de savoir ce que le généralissime trouverait à dire sur le sujet.

"Je suis désolé que vous ayez à le supporter. J'imagine que la collaboration ne doit pas être évidente tous les jours mais vous vous en sortez remarquablement bien...

- Là n'est pas le problème, l'interrompit Audra, malgré elle. Des Remington, des hommes fiers, imbus d'eux-mêmes et grossiers, il y en aura toujours, quel que soit l'endroit, quel que soit le poste.

- Alors quel est le problème ? demanda Mustang."

Il la fixait d'un regard intense, par-dessus ses mains croisées, comme s'il étudiait un insecte à la loupe, et Audra se crispa sans pouvoir s'en empêcher.

"Le problème est qu'il a eu raison sur un point : aussi ouvert et transparent que vous voulez être, ce gouvernement n'en reste pas moins opaque, même pour des personnes censées en faire partie. Et je ne peux pas m'empêcher de me demander quelles sont les autres choses que vous cachez. Pas seulement à moi mais également aux autres membres du cabinet."

Le généralissime resta impassible un instant avant de décroiser les mains et soupirer : "Beaucoup de choses, indiscutablement. J'ai beau vouloir changer les choses, arrêter avec cette culture du secret, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Je pense que nous sommes d'accord sur ce point ?

- Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, confirma Audra en secouant la tête, mais qui en est le juge ? Qui doit décider de ce qui peut ou non être révélé au public ?

- Je ne décide pas seul, si c'est ce qui vous dérange. Les personnes qui travaillent avec moi...

- Les personnes sur qui vous avez toute autorité, vous voulez dire ? Car c'est bien comme cela que fonctionne l'armée."

Des affaires étouffées par des officiers supérieurs, rapportées par de la piétaille effrayée, Audra en avait vu passer plusieurs au cours des années Bradley. Toute l'armée n'était sans doute pas pourrie, mais elle avait vu comment la machine pouvait broyer les scandales avant même qu'ils n'éclatent.

"Ce n'est pas comme cela que fonctionnent les choses entre Hawkeye et moi, opposa Mustang.

- Pourtant, elle n'a pas réussi à changer votre plan, à West City.

- Parce qu'elle ne peut pas toujours coller le canon de son arme contre mon crâne, marmonna le généralissime.

- Pardon ?"

Mustang secoua la tête : "Je ne pourrais jamais vous garantir que je ne vous cacherai jamais rien, parce que je ne peux pas. Mais est-ce que je peux vous convaincre du fait que j'essaie de mon mieux pour prendre toutes ces décisions dans l'intérêt général et non pas dans mon propre intérêt ? ou celui de l'armée ?

- Parfois les bonnes intentions ne suffisent pas.

- Et le colonel Hawkeye est là pour cela, affirma-t-il d'un ton sombre. Le jour où mes décisions cesseront également d'être les siennes, elle ne restera pas et elle n'hésitera pas."

Hésiter à quoi ? voulut demander Audra. Mais le sérieux du président la dissuada de poser la question.

"Vous ne pouvez pas faire peser cette responsabilité sur une seule personne. Surtout pas quand vous travaillez ensemble depuis des années, fit elle remarquer à la place. Encore une fois, vous me demandez de croire en une personne, sans juger de ses actes. Je suis certaine que Bradley devait être charmant lorsqu'il n'était pas occupé à se débarrasser de...

- Mais vous pouvez juger d'une partie de mes actes : Ishbal, la réforme de l'éducation et bientôt celle des hôpitaux. Ces actes parlent pour moi. Que vous disent-ils ?

- Que vous ne vous accrochez pas à la gloire, au pouvoir," admit Audra.

En son for intérieur, elle devait reconnaître que réinstituer le peuple Ishbal était le geste le plus évocateur de tous et le discours le jour de son arrivée dans le Sud, le plus parlant : Mustang reconnaissait ses torts et essayait de les réparer du mieux qu'il pouvait. Même si cela signifiait abandonner son titre de "héros d'Ishbal".

"Pouvez-vous croire que je divulguerai toutes ces affaires dès que je pourrai le faire ? Lorsqu'elles ne seront plus un danger pour ce pays ?"

Le ton et le regard étaient sincères mais Audra avait constaté par elle-même à quel point Mustang était un orateur habile. Elle ne devait se fier ni à sa voix, si ses yeux, mais uniquement à ses actes. Comme à Ishbal. La jeune femme sut qu'elle avait capitulé au moment où elle ouvrait la bouche. Mais avant qu'elle ne puisse répondre, Hawkeye ouvrit la porte du bureau et fronça les sourcils en les voyant si graves tous les deux : "Que se passe-t-il ?"

Audra retrouva sa voix à temps pour bredouiller : "La conférence de presse. Bald a parlé de la Voix du Nord et des autres journaux."


Il était tard lorsque Selim vit apparaître les deux silhouettes au bout de la rue. Il se leva avec un grognement de frustration du fauteuil de Wrath. Après avoir fait semblant d'aller au lit, l'homonculus avait dû attendre patiemment que sa mère n'aille elle-même se coucher pour pouvoir faire le guet dans le bureau de Bradley. Il aurait pu attendre que Breda et Remington entrent simplement dans la maison - après tout, Breda venait et allait à sa guise chez eux - mais Selim ne voulait surtout pas que Mary se réveille et ne les surprenne. Jusqu'à présent il avait réussir à maintenir sa promesse : il avait tenu sa mère éloignée de tout cela et n'avait pas utilisé ses pouvoirs sur elle. Et il entendait bien continuer comme cela. Moins elle en savait, mieux elle se porterait.

Il descendit les escaliers d'un pas léger, évitant les quelques planches branlantes qui risquaient de craquer, puis fit le tour de la maison pour attendre les deux hommes. Les ruelles qui serpentaient entre les maisons et les jardins du quartier offraient le couvert nécessaire, abritées entre deux toitures. Breda et Remington arrivèrent finalement, déambulant d'un air absent, tels des somnambules.

"Qu'est-ce qui vous a pris autant de temps ?" grommela Selim avec impatience.

Il avait attendu l'homme toute la journée sans recevoir la moindre nouvelle et il n'aimait pas cela : cela faisait trois jours et les frères Elric étaient toujours dans la nature. Qui sait combien de temps ils mettraient avant d'aller tout déballer au généralissime revenu en ville.

"Mustang m'a confié une nouvelle mission, répondit Breda d'une voix basse.

- Laquelle ?

- Retrouver les hommes qui ont suivi et attaqué Arthur.

- Qui est ce Arthur ?" demanda Selim avec agacement.

Breda était impassible, son visage lisse et inexpressif mais Selim pouvait sentir sous ce calme, des tumultes s'agiter, comme des tourbillons sous les eaux paisibles d'un lac. L'homme tentait sans doute de se défaire, ou au moins de lui résister. Mais il n'avait aucune chance. L'homonculus resserra son étreinte sur son esprit et une grimace fugitive traversa le visage du soldat.

"Qui est ce Arthur ? répéta-t-il d'une voix tranchante.

- L'informateur qui a retrouvé le cadavre de Jeremiah."

Selim mit quelques instants à situer l'affaire dans la mosaïque des événements qui se produisaient autour du gouvernement. Mais l'affaire était insignifiante et il n'était pas sûr que Wrath ne lui aurait accordé une seule minute. Par pure discipline, il s'efforça de questionner le soldat de façon minutieuse. En quoi l'affaire intéressait-elle Mustang ? Parce que le meurtre de Jeremiah était lié au détournement de train et que de plus en plus de signes pointaient vers l'intervention de factions séditieuses au sein de l'armée. Allait-il mettre fin à la surveillance des Bradley ? Non. Comment espérait-t-il que l'équipe Breda mène toutes ces opérations de front ? Le généralissime leur avait trouvé du renfort en la personne de Maria Ross et Denis Broche. Qui travaillerait sur quelles affaires ? Ross, Broche, Colt et lui sur les assaillants, Smith, Breguet et Panaya sur la surveillance. Celle-ci ne changerait pas.

Selim hocha la tête. Mustang commençait à remonter la piste jusqu'à la faction mais il n'y avait rien que l'homonculus ne savait pas déjà.

"Des nouvelles des frères Elric ?

- Aucune.

- Rien à leur hôtel ? des nouvelles de ton réseau ?"

Le soldat secoua la tête.

Trois jours. S'ils avaient ne serait-ce qu'une once de bon sens, les frères retourneraient chez eux. Mais le passé avait déjà largement démontré que ces deux-là ne savaient pas faire autrement que de se mêler des affaires qui ne les regardaient pas. Et avec Mustang de retour à Centrale, Selim n'avait plus réellement le choix. Même s'il n'était pas prêt, même s'il n'avait aucun moyen de riposter, il devait agir vite. Ignorant les battements affolés de son cœur, il mordilla l'onglet de son pouce et se força à réfléchir de façon calme : l'équipe de Breda était composée de quatre soldats plus lui-même. Pendant quelques jours, Breda aurait le dos tourné et Selim serait en contact direct avec Smith, Breguet et Panaya. Parmi eux, tous étaient déjà sous son emprise à l'exception de Panaya. Son ongle céda sous la pression.

"S'ils voulaient parler à Mustang, comment les frères Elric s'y prendraient-ils ?

- Ils doivent se présenter à l'accueil des visiteurs et contacter le secrétariat du généralissime, pour pouvoir présenter leur demande. Le secrétariat filtre les demandes et fixe ensuite un rendez-vous dans l'agenda du généralissime."

Beaucoup trop long et beaucoup trop administratif. Les frères n'allaient pas prendre le risque qu'une secrétaire stupide ne classe sans suite leur demande.

"Comment fais-tu pour rencontrer Mustang lorsque tu en as besoin ?

- Je contacte Hawkeye via le courrier interne. Elle me transmet une date et une heure et s'arrange pour dégager le créneau dans l'agenda de Mustang. Et je rentre par une entrée de service."

C'était déjà plus probable : Hawkeye les connaissait et ils lui faisaient confiance. Et elle était la seule personne en qui Mustang avait suffisamment confiance pour gérer ce genre de situation. Selim s'attaqua à l'ongle de son deuxième pouce. Voilà une ébauche de plan : il enverrait un ou deux hommes de Breda suivre Hawkeye et s'assurer que les frères Elric ne s'approcheraient jamais d'elle. Et pour cela, il allait commencer par s'attaquer au dernier membre du trio Smith-Breguet-Panaya qu'il ne contrôlait pas encore. Il avait un plan.

Rasséréné, Selim se tourna vers Remington. Celui-ci était toujours aussi calme et semblait attendre son tour patiemment.

"As-tu du nouveau concernant les membres de cette faction au sein de l'armée ?

- J'ai été recontacté."

Une opportunité en la personne de Remington.

La surprise laissa Selim bouche bée

"Par qui ?" demanda-t-il.

Cela ne faisait quelques jours que Remington avait repoussé l'offre de l'inconnu. Même si cette annonce était une bonne nouvelle, elle était certainement précipitée. Quelque chose avait dû forcer cette faction à agir.

"Un sous-fifre, répondit Remington, d'un ton absent. Le sergent Jeffrey. Pas directement le responsable.

- Pour quelle raison a-t-il repris contact avec toi aussi rapidement ?

- Le meurtre du commandant Estes.

- Celui dont parlent les journaux ?"

L'officier acquiesça et Selim sentit une pointe d'agacement le saisir à la mention des journaux. Lui-même avait pu lire les articles relativement flous et peu informatifs - même s'il n'était pas encore censé savoir lire - et n'avait pas pu en tirer grand-chose : un corps mutilé avait été retrouvé à proximité du Quartier Général, par un livreur de journaux qui avait jugé bon de couper à travers les petites ruelles.

"En quoi les membres de cette faction s'intéressent au meurtre ?

- Estes était probablement l'un des leur.

- Un membre de la faction ? répéta Selim."

Remington acquiesça d'un signe de la tête.

"Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

- Ils m'ont à nouveau sollicité, pour obtenir une faveur, répondit l'officier. Les meurtriers ont laissé en évidence sur la scène du crime, un document probablement écrit par le commandant Estes lui-même et ils m'ont demandé de le cacher à Mustang."

Selim mordilla l'ongle de son pouce, les rouages de son esprit tournant à toute allure. Ce type d'organisation secrète ne demandait pas des faveurs comme cela. Elle s'arrangeait pour que ses membres détournent des informations ou fassent pression sur d'autres. Cela signifiait donc que cette faction n'avait rien à utiliser contre Remington et pis encore, qu'elle n'avait pas d'autres choix que de recourir à lui.

"Quelles informations contenait ce document ?

- C'est encore en cours d'analyse mais à première vue, il s'agit simplement d'une liste de noms et prénoms.

- Continue de chercher la raison pour laquelle cette liste était importante au point que la faction a voulu taire l'information à Mustang. Et tiens-moi au courant, ordonna Selim. Qu'as-tu répondu à la personne qui t'a approchée ?

- Que je ne traitais pas avec les sous-fifres et que je voulais rencontrer leur responsable, répondit Remington avec arrogance.

- Est-ce qu'ils ont accepté ?

- Ils n'ont pas le choix."

Selim hocha la tête. La situation n'était pas si noire que cela. S'il arrivait à mettre la main sur les frères Elric, alors il pourrait même dire que les choses évoluaient bien pour lui.

"Cette conversation n'a pas eu lieu et vous ne vous en souviendrez pas."

A suivre...


Alors, qu'en pensez-vous ?

J'aime beaucoup l'apparition de la mafia dans ce chapitre car je pense que le tableau des ennuis de Mustang aurait été incomplet sans. N'hésitez pas à laisser une petite review pour me dire ce que vous en pensez :)