Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
Mon petit blabla avant de commencer : Cette fois, le titre vient d'un livre de l'excellent Lisa Gardner dont j'ai dévoré allègrement toutes les œuvres (surtout la suite avec DD). J'espère que ce chapitre vous plaira autant que ce livre m'a plu (mais ça va être difficile).
Précédemment dans La Pièce Vide (oui, au chapitre 15, je viens de décider que j'allais mettre des rappels) : Mustang doit faire face à de nouvelles critiques concernant sa gestion de la crise à l'Ouest. Crise qui ne semble pas se dénouer en l'absence d'avancée par les hommes de Cochrane. Avec le renfort de Ross et Broche, Breda monte une opération pour tenter de capturer un des poursuivants d'Arthur, opération qui va se révéler fructueuse. De son côté, Remington découvre que l'homme à la tête de la faction n'est autre que le général Hakuro et négocie une place au sein de l'organisation. En parallèle, Panaya va interroger Grace Hugues et celle-ci lui fournit des éléments qui lui permettent de comprendre que Selim peut manipuler les esprits. Elle doit néanmoins lui faire face et alors qu'il tente de la soumettre à son contrôle, la soldate parvient à lui échapper en se cassant un doigt.
Chapitre 15 : Sauver sa peau
Cette garce lui avait filé entre les doigts.
"Selim, est-ce que tout va bien ?"
Alertée par le bruit, sa mère s'était réveillée et se précipitait à présent sur lui pour le remettre sur pied. Il la repoussa d'un geste rageur.
"Va te recoucher".
Mary se raidit lentement puis fit demi-tour, le visage à présent vide d'émotion. Une pointe de culpabilité lui étreignit le cœur, pointe de culpabilité qui fut rapidement chassée par un mélange de surprise, rage et frustration : cette garce lui avait échappé. Selim avait senti son esprit s'agiter un instant sous sa poigne puis commencer à se soumettre, avant que la douleur de sa main n'efface complètement son emprise et ne lui permette de s'enfuir. Il n'arrivait pas à y croire : elle avait brisé l'un de ses propres doigts pour regagner le contrôle d'elle-même. Les mains tremblantes de colère, Selim se pencha pour attraper la radio qu'elle avait laissé tomber.
"Viens ici, tout de suite."
Selim serra la radio dans sa main jusqu'à ce que ses jointures ne pâlissent. D'abord les frères Elric et maintenant elle. Cette femme était le dernier membre de l'équipe Breda qu'il n'avait pas réussi à soumettre et elle avait réussi à s'enfuir. Pire, elle risquait maintenant de se précipiter chez le généralissime. Selim devait la retrouver rapidement. L'homonculus dévala les escaliers pour retrouver le soldat de Breda qui le rejoignait déjà, traversant la rue sans se soucier d'être discret.
"Mets-toi à la poursuite de Panaya. Immédiatement. Si tu la trouves, ramène-là ici ou tue-la, peu importe. Vas-y. Maintenant"
Selim sentit l'esprit du soldat s'agiter un instant à l'annonce de cet ordre mais contrairement à cette Panaya, lui était trop faible pour lui échapper. Le militaire pivota sur lui-même d'un geste presque inhumain et s'élança immédiatement à sa poursuite, le dos droit, levant les genoux hauts. Cette silhouette grotesque apaisa légèrement Selim. Pour l'instant, il ne pouvait pas faire davantage. Cette Panaya ne devait pas avoir plus de dix minutes d'avance sur eux et il n'était pas impossible que son coéquipier puisse la rattraper. Surtout si elle s'arrêtait en chemin pour s'occuper de sa main. Selim n'avait plus qu'à attendre. Et demain, ils contacteraient Breda et mettraient l'ensemble de son réseau sur le coup.
La douleur irradiait de sa main gauche, mais Panaya n'en avait que vaguement conscience. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et l'adrénaline lui donnait des ailes. Sans réfléchir, elle poussa la porte de la cuisine et se précipita vers la haie du jardin. L'issue de secours dans la cave aurait un meilleur choix. Il l'aurait emmenée plus loin, plus vite et Selim n'aurait pas pu la poursuivre sans qu'elle l'entende. Mais la jeune femme n'avait aucune envie de risquer d'être enfermée dans un tunnel avec un homonculus. Surtout pas un qui avait su manipuler les ombres. La soldate se fraya un chemin parmi les buissons, escalada la clôture sans même y penser puis remonta le talus au pas de course jusqu'au point de surveillance des Elric.
Un bref coup d'œil par-dessus son épaule lui indiqua que personne ne la suivait pour le moment et Panaya s'autorisa une courte pause pour examiner sa main. La forme tordue de son doigt la fit frissonner. Comment avait-elle eu ce réflexe ? D'où était-il venu ? Sans ce geste, elle serait tombée sous l'emprise de l'homonculus. Tout en essayant de ne pas regarder de trop près, elle saisit son annulaire et le remit en place d'un coup sec, réprimant un hurlement de douleur. Les étoiles envahirent son champ de vision et la soldate se sentit vaciller. Pas maintenant. Elle se força à inspirer et expirer calmement, repoussant le feu dans sa main. Elle ne pouvait pas traîner ici. Selim allait sans nul doute lancer ses coéquipiers à ses trousses et si elle ne voulait pas retomber entre les griffes de l'enfant, elle allait devoir fuir et vite.
Panaya avait besoin d'affaires, d'argent. Elle avait besoin de se cacher quelque part puis de contacter les frères Elric et le généralissime. Et pour ça, elle avait besoin de passer chez elle. L'entraînement reprit le dessus et un début de plan commença à se structurer dans sa tête. Elle allait commencer par passer dans son appartement. Ce serait le premier endroit où ses coéquipiers la chercheraient mais ses affaires de secours se trouvaient là-bas. Elle allait s'y rendre et puis disparaîtrait.
Les mains toujours tremblantes, la soldate reprit son chemin, serpentant à travers les arbres. L'herbe brûlée par la chaleur de l'été craquait sous pieds - ses poursuivants n'auraient aucun mal à remonter sa piste - mais elle chassa ses pensées de son esprit pour se concentrer sur le plus important : mettre autant de distance que possible entre Selim et elle, ou plus vraisemblablement, entre Smith et elle.
La soldate se pencha en avant pour se faire la plus petite possible et se fondit dans les ombres du bois, mais rapidement, elle dut se résoudre à rejoindre la route, trop vide et trop découverte à son goût. Elle s'arrêta un instant, vérifiant que Smith ne remontait pas cette même rue avant de s'y laisser tomber aussi silencieusement que possible. Le goudron semblait avaler le bruit de ses pas mais au lieu de la réconforter, ce silence lui mettait les nerfs à fleur de peau. Elle avait la sensation d'avoir les oreilles bouchées avec du coton et de ne plus rien entendre sinon les battements affolés de son cœur. Et sans le couvert des arbres, elle se sentait d'autant plus exposée.
Inspirer, expirer. Se concentrer sur l'objectif.
Après ce qui lui sembla être une éternité, Panaya déboucha finalement dans un quartier animé. Les bars étaient toujours ouverts, les restaurants toujours bondés, éclairant la route de leurs lumières chaleureuses. Entendre les rires et les discussions des clients toujours attablés la rasséréna. Panaya ralentit le pas et s'obligea à calmer le rythme de sa respiration : elle était en sécurité pour le moment, à la vue de tous. Selim pouvait difficilement l'enlever devant témoins. Malgré le sentiment d'urgence qui la tenaillait fermement, elle adopta un rythme de marche tranquille pour ne pas attirer l'attention. Se fondre dans la masse et ne pas se faire remarquer. Panaya glissa précautionneusement sa main dans sa poche pour la dissimuler et ignora l'éclair de douleur qui lui élança le bras. Direction son appartement.
La sueur froide coulait dans son dos et elle ne put s'empêcher de vérifier à chaque tournant, à chaque virage que personne ne la suivait. Mais elle ne détectait rien. Pour le moment, personne ne lui prêtait attention.
Lorsqu'elle arriva finalement dans sa rue, elle s'arrêta un instant pour l'observer. Les alentours étaient calmes, elle ne remarqua aucune présence, personne dans l'entrée. Pour autant, cela ne signifiait rien. Ses coéquipiers auraient pu la devancer et déjà s'y trouver. Mais Panaya avait besoin de rentrer chez elle, alors ce n'était pas comme si elle avait le choix. Respirant calmement, elle se força à calmer ses sens en alerte. Elle était une soldate formée au combat, pas une simple civile qui pouvait se laisser gagner par la panique. Dans un affrontement, celui qui avait le plus de chances de l'emporter était celui qui restait le plus calme. La concentration était capitale, on le leur avait martelé à l'école de guerre.
Au bout de quelques minutes, Panaya sentit le silence habituel se répandre dans son corps. Lorsque celui-ci se détendit et que ses mains furent stables à nouveau, elle sortit de l'auvent sous lequel elle s'était réfugiée et poussa la porte de l'immeuble d'un geste décidé.
Pas de lumière. Elle monta les escaliers aussi silencieusement que possible, tendant l'oreille pour entendre les craquements, grincements inhabituels mais seuls les bruits du quotidien lui parvinrent. Un peu de musique à travers la porte close du couple du premier, les pleurs du bébé au second. Sa porte à elle était toujours close et intacte, l'intérieur silencieux. Un bon point, jugea Panaya. Elle attrapa sa clé et l'inséra dans la serrure, pestant contre le mauvais alignement du pêne, qui l'obligea à peser de tout son poids contre le battant. Celui-ci s'ouvrit avec un léger déclic et la soldate le poussa délicatement. Personne pour lui sauter dessus. Parfait, elle était seule. Elle referma la porte derrière elle et alluma dans l'entrée.
L'appartement n'était pas des plus grands mais tout à fait correct pour une femme célibataire. Un deux-pièces dont aucune fenêtre ne donnait sur la rue et ne trahissait la présence de Panaya. L'odeur familière des lieux la rassura. Sans prêter attention à la vaisselle empilée dans l'évier ou la pile de courrier qui s'amoncelait à côté de la porte, Panaya fila directement vers le vide sanitaire de la cuisine et le descella. Sa cache contenait déjà l'essentiel de ce dont elle avait besoin en cas de fuite : de l'argent, de faux papiers dont la qualité lui permettrait de voyager si besoin, une arme supplémentaire, quelques vêtements de rechange et même une perruque. L'essentiel de tout soldat paranoïaque.
Panaya attrapa le sac et s'assura que rien ne manquait. L'adrénaline courait toujours dans ses veines mais elle n'était plus paniquée et cette concentration lui permit de réagir immédiatement lorsqu'elle entendit le craquement du parquet dans son dos. Instinctivement, elle se baissa et évita de justesse le crochet qui lui était adressé. Laissant tomber le sac, elle agrippa le bras tendu qui se trouvait là où elle se tenait un instant auparavant et utilisa l'élan de son agresseur pour le projeter contre le mur. Ni Breguet, ni Smith. Un inconnu aux cheveux blonds.
Panaya eut à peine le temps d'enregistrer l'information qu'un coup sur le côté la projeta à genoux. Ils étaient deux. Un autre crochet l'atteignit à la tempe et lui fit momentanément voir des étoiles. Ignorant les élancements de douleur, elle tenta de rouler sur le côté pour se dégager mais un coup de pied dans le ventre expulsa l'air de ses poumons. Son propre râle lui parvint. Mais avant qu'elle ne puisse retrouver son souffle, un poids entre ses omoplates l'écrasa au sol, l'empêchant de bouger.
"Vous en avez mis, du temps, sous-lieutenant Panaya. On vous a attendu des heures. On allait presque partir."
Panaya luttait pour reprendre sa respiration. Elle ne connaissait aucune des deux voix et la pénombre l'avait empêchée de voir le visage de ses agresseurs. Elle se tortilla par réflexe, dans une tentative pour mieux respirer et son mouvement arracha un rire gras à l'un des deux hommes.
Une paire de mains la souleva et Panaya se retrouva face au blond qui lui adressa un grand sourire : "Ne vous inquiétez pas, sous-lieutenant, on ne compte pas vous tuer. Du moins pas tout de suite.
- Est-ce que vous draguez toutes les femmes comme cela ? J'ai peur que vous n'ayez des progrès à faire", ironisa Panaya d'une voix hachée.
La douleur pulsait dans ses membres et l'homme dans son dos maintenait une poigne de fer sur ses deux bras. Il éclata de rire : "On espère que vous serez tout autant bavarde une fois arrivée."
Son souffle chatouillait désagréablement la jeune femme dans le cou et Panaya dut faire appel à toute sa maîtrise de soi pour continuer la conversation tandis qu'elle évaluait les possibilités de fuite : "Arrivée où exactement ?
- Vous le saurez très vite.
- Je ne suis pas fan des surprises."
Encore une fois, les deux hommes éclatèrent d'un rire peu flatteur. Maintenant.
Prenant appui sur l'homme derrière elle, la soldate prit son élan et bascula en arrière, assenant un coup de pied joint à l'agresseur qui lui faisait face. Le coup à la poitrine le fit tituber. Son partenaire, derrière elle, relâcha sa poigne une fraction de seconde, de surprise mais cette fraction de seconde lui permit de se glisser hors de ses mains. Panaya se laissa tomber au sol et faucha l'homme qui s'écroula. L'adrénaline faisait tambouriner son cœur à ses oreilles et la fit sauter sur ses pieds plus vite que jamais : elle devait décamper. Tout de suite.
Mais de nouveau, le blond était sur pied. Il lança un uppercut de la gauche qu'elle n'eut pas de mal à esquiver, avant de riposter par un coup de pied qui l'atteignit au flanc. Ces hommes étaient peut-être professionnels mais pas d'un niveau digne des troupes d'élite de l'armée. Ou alors, ils la sous-estimaient grandement. Son partenaire se releva finalement et s'élança vers elle à son tour. Panaya se baissa rapidement pour passer sous sa garde et attrapa son bras pour le projet contre son coéquipier, profitant encore une fois de l'élan de son adversaire. Sans attendre de voir si sa ruse avait atteint son but, elle s'élança vers la porte, attrapant son sac au passage, et dévala les escaliers.
Elle avait eu son compte pour ce soir.
Hawkeye venait à peine de poser son stylo lorsque le téléphone retentit.
"Non, répondit Mustang en secouant la tête."
L'heure était totalement indécente et ils avaient enfin terminé leur journée. L'auteur du coup de fil n'avait qu'à attendre des horaires de bureau classique.
"Vu l'heure, c'est forcément important et urgent, fit remarquer Hawkeye.
- Rien n'est suffisamment important et urgent pour justifier un appel au beau milieu de la nuit."
Riza lui adressa un sourire mi-amusé, mi-désolé, mais tendit malgré tout la main vers le combiné. Roy soupira et passa une main fatiguée sur son visage : cette femme ne s'arrêtait donc jamais.
"Bureau du généralissime, ici le colonel Hawkeye."
Le généralissime en question commençait à dégouliner de sa chaise mais le soudain raidissement dans la posture de son assistante l'alerta. Ce froncement de sourcil ne lui valait rien de bon. Au moment même où elle se tournait vers lui, Roy attrapa le deuxième combiné pour avoir la désagréable surprise d'entendre la voix de Cochrane au bout du fil.
"Général, que nous vaut le plaisir de cet appel tardif ?
- Zilvinas a finalement craqué, monsieur."
Cette phrase le réveilla d'un coup.
"Quand ?
- Il y a environ deux heures : l'homme a craqué et s'est mis à parler. Mes hommes ont commencé à vérifier certaines des informations et pour l'instant tout concorde.
- Parfait, approuva Mustang. Que comptez-vous faire ?
- Nous préparons une descente dans un bar : le suspect nous l'a désigné comme un lieu de rassemblement régulier du FLO. Et tout ce que nous avons pu vérifier jusqu'à présent indiquent que cette information pourrait être vraie également."
C'était une bonne nouvelle. Plus vite ils agissaient, plus ils avaient de chance de récupérer des preuves. Il n'y avait aucun espoir de prendre sur le fait des individus, étant donné le temps que Zilvinas avait passé entre les mains de l'armée, mais le FLO avait peut-être oublié des éléments sur place, ou laissé des traces de leur passage. Mais pourquoi Cochrane l'appelait-il à cette heure ?
"Qu'attendez-vous de moi ?"
Le général de l'Ouest ne répondit pas immédiatement, semblant choisir ses mots avec soin : "Je pensais que ce coup de fil constituerait un geste de transparence et de coopération.
- C'en est un", acquiesça lentement Mustang en interrogeant Hawkeye du regard mais elle aussi semblait perplexe. "Mais vous ne m'appelez pas uniquement pour cette raison, général. Sans quoi vous auriez déjà raccroché.
- L'opération peut être risquée, déclara lentement Cochrane.
- Elle peut l'être : le tireur a pu vous mentir pour vous mener dans un piège. Peut-être que le FLO vous attend de pied ferme dans ce bar.
- Ou peut-être que nous y trouverons le reste des explosifs qui ont déjà servi à faire exploser cette rue.
- C'est une possibilité, convint Mustang. Vous pensez que c'est un piège ?
- En cinq jours, le FLO a largement eu le temps de partir, voire de piéger les lieux. Au vu de leurs dernières actions, ils sont préparés et savent que nous n'allons pas tarder à trouver le bar. Peut-être même qu'il était prévu que Zilvinas craque."
Mustang adressa un regard intrigué à Hawkeye : ce n'était certainement pas la première fois que Cochrane faisait face à ce genre de dilemme dans sa carrière. Dans ce genre de situation, le risque était toujours présent. Mais face à cela, le général avait deux solutions : il pouvait mettre le lieu sous surveillance pendant quelques temps, envoyer une équipe canine et s'assurer au maximum que ses équipes ne risquaient rien. Ou alors, il pouvait foncer, prendre un minimum de précaution, et espérer ne pas arriver trop tard. Mais quel que soit le scénario, jamais il ne serait sûr à cent pour cent de l'absence d'explosifs. Et le général de l'Ouest devait le savoir.
"Vous savez comme moi que vous ne serez jamais certain à cent pour cent à moins d'y envoyer des hommes.
- J'ai déjà perdu suffisamment d'hommes au FLO. Si nous avions obtenu l'information plus vite...
- Qu'attendez-vous de moi, général ? le coupa Mustang.
- Votre avis ? demanda Cochrane.
- Je vous fais confiance, général. J'ai toute confiance en votre jugement professionnel. Et vos hommes également."
Riza hocha la tête : Roy bottait en touche mais c'était le mieux qu'il puisse faire. Cochrane devait rester maître de la situation et Centrale ne pouvait pas prendre la décision à sa place. Le général resta un instant silencieux au bout du fil.
"Je vous tiens au courant, indiqua-t-il d'un ton raide avant de mettre fin à la communication."
Mustang reposa le combiné, décontenancé : "Qu'est-ce que c'était que ça ?"
Hawkeye ne répondit pas, se contentant de secouer la tête.
"Ça ne lui ressemble pas de chercher conseil comme ça, insista Roy.
- J'ai l'impression qu'il a cherché à faire porter la responsabilité sur Centrale."
L'alchimiste haussa un sourcil : "Vous pensez ?
- En tout cas, on est bons pour rester ici, déclara Hawkeye.
- On était sur le point de rentrer...
- Le bon côté des choses, poursuivit-elle en pointant la pile de dossiers, c'est que si on termine ça maintenant, on aura pas à le faire demain.
- Je ne vois toujours pas quel est le bon côté", marmonna Roy en attrapant néanmoins la chemise cartonnée qu'elle lui tendait.
Le second coup de fil les fit sursauter quelques heures plus tard : le bar était vide, déserté depuis quelques jours et seules quelques maigres indices indiquaient qu'un large groupe d'homme avaient pu se réunir dans la réserve, mais aucun élément digne d'intérêt.
"C'était une possibilité, acquiesça Mustang en se pinçant l'arête du nez. Au moins, vous n'avez perdu aucun homme dans l'action."
Mais le général de l'Ouest ne semblait guère s'en réjouir. Peut-être la fatigue.
"Nous en parlerons davantage demain", poursuivit Mustang avec l'espoir de grappiller quelques heures de sommeil mais Cochrane l'interrompit : "Il y a autre chose dont nous devons discuter."
Mustang fronça les sourcils : "Je vous écoute.
- Zilvinas a été retrouvé mort dans sa cellule.
- Pardon ?
- A notre retour, nous avons retrouvé le suspect allongé dans sa cellule. Un coup de couteau à la jugulaire.
- A l'intérieur de sa cellule", répéta lentement Mustang.
Hawkeye et lui échangèrent un regard sinistre, tandis que Cochrane restait silencieux à l'autre bout du fil.
S'il y avait encore un doute concernant l'intégrité des troupes de l'Ouest, celui-ci venait d'être pulvérisé : le tueur avait profité de la nuit et de l'absence des dernières troupes de Cochrane pour faire taire Zilvinas à l'intérieur même de sa cellule. Même Cochrane ne pouvait plus nier que l'armée avait été infiltrée. Mustang passa une main sur son visage fatigué. Même si une opération avait été lancée, des soldats auraient quand même dû monter la garde devant la cellule du tireur. Où étaient-ils lorsque le suspect avait été tué ? Avaient-ils sciemment fait rentrer le tueur ? Le coup de fil de Cochrane pour annoncer l'opération n'en était que plus suspect.
"Zilvinas était surveillé. Nous essayons d'aller au fond des choses mais c'est compliqué.
- Qu'est-ce qui est compliqué, général ? Soit ils se sont absentés de leur poste alors qu'ils n'auraient pas dû, soit ils ont laissé entrer le tueur. A moins que l'un d'entre eux n'ait commis le crime.
- La situation est compliquée car il n'y avait qu'un seul homme devant la porte de Zilvinas, rétorqua Cochrane d'un ton agacé. L'état actuel des troupes ne nous a pas permis de déployer un dispositif plus important. Mes hommes font tout leur possible, mais entre les recherches des derniers corps, les déblaiements et le renforcement des mesures de sécurité, nous n'avions pas la possibilité de mettre autant d'hommes qu'il l'aurait fallu pour surveiller Zilvinas.
- Et vous n'avez pas pensé à m'en parler ? Général, vous m'avez appelé pour valider cette descente sans m'exposer le fond du problème.
- Et vous n'avez été que trop heureux de botter en touche. A part les troupes qui y ont participé, seuls quelques hommes étaient au courant pour cette descente. Etant donné le faible nombre de personnes au courant, j'ai estimé qu'un seul homme suffisait."
Et manifestement Cochrane avait eu tort. Roy soupira. La fatigue lui donnait le tournis et la colère n'arrangeait rien. Il ne savait pas qui de lui ou de son général avait tort. Peut-être qu'il avait effectivement été trop rapide à le remettre face à ses responsabilités et n'avait pas laissé Cochrane exposer le fond de sa pensée. Il ne le saurait jamais. Tout ce qu'il savait était qu'à présent, ils avaient perdu leur seule piste sérieuse pour capturer les membres du FLO.
"Nous en parlerons demain. Rentrez chez vous", déclara-t-il finalement. Il ne pourrait gérer cette situation qu'après quelques heures de sommeil, au moins. Et même si elle ne disait rien, Riza semblait elle-aussi être à la limite de ce qu'elle pouvait encaisser pour la journée.
Cochrane raccrocha sans un mot.
Au matin, ce fut Remington et Evans qu'il trouva devant sa porte.
"Qu'est-ce que vous faites ici ?"
La fatigue, couplée à la surprise, l'avait fait renoncé à toute forme de politesse mais Remington ne sembla pas s'en formaliser : "Nous allons avoir besoin de Northrop pour cette conversation.
- A quel sujet ?
- Des menaces."
Mustang fronça les sourcils et interrogea du regard Evans qui se tenait, bras croisés, derrière le colonel : "Je pense qu'il faut faire attention à ne pas réagir de façon excessive".
Mais Remington était déjà parti chercher le chef de la sécurité.
"Que se passe-t-il ? demanda celui-ci.
- Nous avons reçu de nouvelles menaces, expliqua Remington en lui tendant une enveloppe.
- Le terme me paraît excessif, souffla la jeune femme.
- Montrez-moi ? demanda Mustang."
Il attrapa ce que lui tendait Northrop et se pencha dessus, sentant le regard d'Hawkeye par-dessus son épaule.
"Nous exigeons votre départ immédiat du gouvernement. Vous avez vingt-quatre heures, après quoi nous mettrons en place des sanctions."
Il fronça les sourcils : "ça ressemble quand même fortement à une menace.
- Deux en deux jours, ajouta Remington.
- Je pense qu'on s'emballe un peu trop, tempéra Evans. Ce n'est pas comme si c'était la première fois.
- Vous avez reçu d'autres remarques de ce genre ? réagit Northrop.
- Pas exactement les mêmes, mais du même acabit, globalement : des avertissements "amicaux" qui me mettaient en garde contre mon association avec ce gouvernement.
- Depuis combien de temps ? Et pourquoi...
- Pourquoi "amicaux" ? coupa Mustang. Vous connaissiez les expéditeurs ?
- De anciens collègues, des journalistes, expliqua Audra en hochant la tête."
Northrop fit la grimace : "Sauf que celle-ci est quand même plus insistante. "Nous mettrons en place des sanctions". Je doute qu'il ne s'agisse d'un ancien ami.
- Le papier", pointa du doigt Remington.
L'homme semblait hors de lui, remarqua Mustang avec fascination. Pourtant Remington n'avait jamais réellement apprécié la journaliste, même si leurs rapports s'étaient améliorés ces derniers temps. Avec une seconde de retard, Roy reporta son attention sur la lettre qu'il tenait toujours dans ses mains et finit par comprendre ce qui gênait réellement le colonel : l'enveloppe ne faisait figurer aucune marque. Pas de timbre postal indiquant que le courrier avait été acheminé par les services postaux, ni de tampon, indiquant que le document était passé entre les mains des services de la sécurité. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose.
"D'origine interne. L'expéditeur était dans le Quartier Général lorsqu'il a déposé cette lettre sur votre bureau ou auprès du service de courrier interne.
- Comment savez-vous ? s'interrogea Evans, légèrement surprise.
- Aucun timbre ni tampon de la sécurité, expliqua Hawkeye. Et le papier. De bonne qualité, peut-être trop ? ça ne vient pas d'un journaliste.
- C'est vrai. Nous aurions utilisé du papier pelure.
- Alors que faisons-nous, maintenant ? demanda Remington avec une voix pleine de colère froide. Nous avons la pègre qui menace le généralissime et maintenant des menaces internes.
- Quelles menaces de la pègre ? s'étonna Audra.
- Le corps retrouvé mutilé dans la rue, indiqua rapidement Remington.
- Vous pensez que tout est lié ? demanda Roy.
- Le timing me paraît être une curieuse coïncidence. Ce ne serait pas la première fois après tout que la pègre parvient à infiltrer ses taupes dans nos troupes."
La phrase semblait écorcher la bouche du colonel tant l'idée le révoltait. Mais Mustang secoua la tête : "C'est pour l'instant de la pure spéculation. Surtout si Mlle Evans a déjà reçu d'autres avertissements. La prochaine fois, ajouta-t-il à son égard, parlez-en nous."
La jeune femme acquiesça tandis que Northrop secouait la tête en en lisant la lettre : "Si la pègre était réellement après Mlle Evans, elle aurait rencontré sa mort au détour d'une allée. Le crime organisé ne s'amuse pas à nous prévenir de ce qu'elle va faire, vingt-quatre heures avant.
- Pour autant, faut-il ne rien faire ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Nous pouvons malgré tout détacher des personnes à sa protection."
Audra leva les yeux aux ciels : "Ne parlez pas de moi comme si je n'étais pas là. Et tant que je suis à l'intérieur du Quartier général, je ne risque rien et en plein jour, en pleine rue ? Je les vois mal m'attraper et me faire quoi que ce soit.
- Tout dépend des endroits que vous fréquentez sur votre temps libre."
La jeune femme fusilla Remington du regard mais celui-ci ne s'en formalisa pas.
"Votre travail vous amène à rentrer chez vous tard, fit remarquer Mustang. Je serais quand même plus tranquille si quelqu'un pouvait garder un œil sur vous lorsque vous sortez du Quartier Général."
Le chef de la sécurité hocha la tête.
"En tout cas, poursuivit Mustang, le déplacement prévu pour Youswell me paraît compromis. Entre les menaces à mon encontre et les vôtres...
- Mais...
- Je ne peux qu'appuyer cette décision, l'interrompit Northrop en secouant la tête. Assurer votre sécurité dans ces conditions me semble compromis. Nous pouvoir choisir de décaler ce déplacement et voir comment les choses évoluent ou bien l'annuler mais il ne serait absolument pas raisonnable de vouloir poursuivre.
- Je suis d'accord, ajouta Hawkeye à voix basse."
La journaliste pinça les lèvres, visiblement contrariée par la tournure des événements, mais face à l'assistante du généralissime, elle ne faisait pas le poids. Mustang finit par les congédier d'un signe de tête, retenant cependant Remington.
"Colonel, avez-vous pu avancer concernant Amanda ? l'interrogea Roy. Où en est l'enquête de Jeffrey ? Est-ce que vous savez pourquoi il a été pris pour cible ?
- On continue de chercher mais on ne trouve rien, indiqua le colonel en secouant la tête. Son dossier est irréprochable et ses collègues sont unanimes sur lui : rien ne laisse penser qu'il ait pu se retrouver à frayer avec la pègre.
- Son appartement ?
- Il dormait dans la caserne. Rien de suspect parmi ses affaires."
En même temps, si l'homme partageait ses quartiers avec plusieurs autres, il était hautement improbable qu'il laisse traîner quoi que ce soit d'incriminant. Mustang se mit à pianoter des doigts sur le bureau : la pègre ne s'embarrassait habituellement pas de messages cryptiques. Le crime organisé avait des motifs clairs et directs : revanche sur un gang rival, meurtre d'un élément clé dans une de leur combine. Ils s'en prenaient rarement à l'armée, du moins pas de cette manière. L'opacité de cette affaire était inhabituelle.
"Continuez les investigations, ordonna-t-il. Il y a forcément une raison.
- Les menaces envers Evans ne vous inquiètent pas ?" demanda Remington.
Mustang leva un sourcil interrogateur : "D'après elle ce n'est pas la première lettre de ce type qu'elle reçoit. Malheureusement nous ne pouvons pas faire grand-chose d'autre : vous savez comme moi que le secrétariat ne prête pas une attention folle au courrier qui est déposé dans les bannettes. Il était improbable que quelqu'un ait vu qui que ce soit, a fortiori avec une enveloppe aussi banale. On verra en fonction de ce qui se passe après ce délai des vingt-quatre heures, on décidera de la suite. Il n'est pas à exclure qu'il s'agit uniquement d'un coup d'esbroufe."
Remington n'était manifestement pas d'accord mais Mustang lui signifia d'un regard que la discussion était close : il avait besoin que son colonel se concentre sur le meurtre en cours, pas qu'il s'affole d'une lettre de menace qui semblait laisser la principale intéressée dubitative. Avec réluctance, l'homme consentit néanmoins à partir. Roy passa une main fatiguée sur son visage : la nuit avait été courte pour prendre connaissances de si mauvaises nouvelles. Hawkeye n'avait pas meilleure mine mais son obstination l'empêchait de soupirer à tout va comme il le faisait. Elle était déjà prête à rappeler Cochrane.
Roy soupira : "Je ne sais pas comment vous faites, colonel.
- Nous avons un travail à réaliser, répondit-elle laconiquement.
- Hé bien allons-y, je vous suis. Cochrane a dû passer une nuit au moins aussi courte et mauvaise que la nôtre."
Depuis l'incident dans l'Ouest, ils n'étaient toujours pas certains à cent pour cent que les lignes téléphoniques reliant le Quartier général de West City à Centrale étaient sûres, bien que les équipes techniques faisaient leur possible pour inspecter l'ensemble des commutateurs téléphoniques. En attendant, ils convenaient si possible d'un rendez-vous et d'un mode de contact qui changeait systématiquement.
La soldate du service approvisionnement fut pour le moins impressionnée par l'arrivée soudaine du généralissime et de son assistante dans son bureau et se mit immédiatement au garde-à-vous.
"Rompez, sergent, la salua Roy avec un sourire charmeur. Pourriez-vous s'il vous plaît aller faire un tour et revenir dans disons, une heure ? J'ai bien peur que nous n'ayons besoin de votre bureau quelques instants. Nous mettrons votre supérieur au courant."
La jeune officière, trop surprise pour protester, se mit à balbutier avant de sortir précipitamment. Hawkeye leva les yeux au ciel.
"Quoi ?
- Vous savez quel effet vous leur faites quand vous jouez du charme, comme ça. Cette femme vous aurait obéi de toute façon. Vous n'aviez pas besoin de lui faire perdre ses moyens comme ça.
- Est-ce que je pourrais vous faire perdre vos moyens comme ça ?"
Hawkeye secoua la tête et l'ignora pour composer le numéro transmis par Cochrane la veille. Celui-ci décrocha presque immédiatement.
"Comment se passent les choses sur le terrain ? demanda Roy.
- Mes hommes sont fatigués, de toute évidence. Une partie se concentre sur le bar mais peu d'indices ont été laissés. L'autre partie investigue sur le meurtre du suspect."
La lassitude dans sa voix était sans nul doute due à la fatigue mais Cochrane se montrait plus docile que jamais.
"Des pistes sur ce meurtre ?
- Nous passons au crible les personnes qui étaient au courant de l'opération et dans le QG, nous essayons de voir à qui ils auraient pu en parler, ce qu'ils faisaient. Cela risque de prendre un peu de temps. Et malgré tout, nous vérifions qu'aucun intrus n'a pu pénétrer dans les locaux. Nous ne serions plus à ça près."
L'idée qu'un intrus ait pu faire son chemin jusqu'à la cellule de Zilvinas était révoltante mais Mustang n'aurait pas non plus su dire s'il préférait ou non cette éventualité. A la place de Cochrane, il aurait sans doute essayé par tous les moyens d'innocenter ses hommes.
"Combien d'hommes étaient au courant ?
- Six, incluant le garde.
- Vous devez trouver des réponses rapidement, général. Vous ne pouvez pas continuer à travailler avec une taupe dans votre équipe.
- Ne croyez pas que je n'en ai pas conscience, monsieur, grinça Cochrane. Mais encore une fois, mes hommes sont débordés. Vous n'êtes pas à notre place, vous ne savez pas à quel point l'ambiance dégénère."
Mustang devait lui accorder au moins cela : Cochrane était pieds et poings liés. Une partie de ses troupes était morte dans l'explosion. L'autre essayait tant bien que mal d'assurer le calme et la sécurité face à une population de plus en plus défiante. Et les morts suspicieuses de Ducretet et Brody n'allaient pas tarder à se répandre comme une traînée de poudre, si ce n'était déjà fait. Les soldats de l'Ouest allaient bientôt comprendre qu'une chasse aux traîtres s'annonçait et pour cette raison précisément, pour éviter tout risque de soulèvement, Mustang ne pouvait pas envoyer du renfort. La présence de troupes de Centrale ne ferait qu'ajouter de l'huile sur le feu. Roy soupira.
"Concernant le bar, que comptez-vous faire ?
- Etudier les maigres preuves laissées par le FLO et espérer en tirer quelque chose."
Mais même Cochrane semblait peu enthousiaste à cette idée. La piste devait être froide à présent et il était hautement improbable qu'il parvienne à quoi que ce soit.
"Quelles informations avez-vous pu obtenir du tireur avant qu'il ne meure ?
- Peu de choses : il a été approché par des membres du FLO sur son lieu de travail, en raison de ses opinions, même s'il n'avait pas conscience de l'appartenance de ces personnes. La conversation a été relativement anodine pendant un moment jusqu'à ce qu'ils le convainquent de venir boire un verre après la journée de travail.
- Ils ? demanda Hawkeye.
- Jones et Smith. Deux alias qu'ils utilisaient de manière ouverte, pour leur propre sécurité.
- Continuez.
- Ce verre après le travail s'est finalement révélé être une séance de recrutement du FLO. Zilvinas a été séduit et a participé aux autres réunions jusqu'à finalement être choisi pour vous tirer dessus.
- Mais il n'avait aucune expérience des armes à feu, fit remarquer Hawkeye.
- Aucune. Il clame avoir été embrigadé par les autres membres du FLO. Dès que votre visite a été annoncée, l'organisation s'est mise en branle et dès lors, toutes les réunions n'avaient que pour objet de le manipuler jusqu'à ce qu'il croie être le mieux placé pour vous tuer.
- Ils l'ont utilisé comme bouc-émissaire, donc.
- Possible.
- Où se sont déroulées les autres réunions ?
- Des endroits divers et variés : la localisation changeait constamment, à l'exception d'un bar qui revenait régulièrement, celui dans lequel nous avons fait une descente. Apparemment le gérant était un sympathisant. Pour le reste, nous avons compilé la liste et mettrons en place une surveillance mais cela va prendre du temps."
Toute enquête officielle prenait du temps et des hommes. Ils le savaient tous. Mais en l'occurrence ils n'avaient ni hommes, ni temps.
"Envoyer un agent sous couverture serait plus efficace, pointa Mustang
- Une opération d'infiltration ?
- Zilvinas semble vous avoir révélé pas mal d'informations : la façon dont il a été recruté, l'organisation des réunions.
- Envoyer un homme sous couverture va prendre énormément de temps.
- Pas davantage que de courir après des bribes d'indices que vous avez là. Et cela déchargera une partie de vos hommes."
Un autre jour, Cochrane aurait sans doute protesté avec ardeur, mais pas ce jour-là. Pas après la mort de Zilvinas. C'était leur seule option maintenant que le tireur était mort. Les troupes de l'Ouest ne trouveraient sans doute pas beaucoup plus d'indices dans le bar indiqué. Ne restait qu'à enquêter sur la piste interne et envoyer un éclaireur en espérant obtenir des informations. Le général resta silencieux un long moment et Roy dut prendre sur lui pour ne pas brusquer l'homme. Mais celui-ci y avait probablement songé avant puisqu'il ne s'y opposa pas réellement.
Le dernier argument qu'il souleva tenait de la pure forme : "Mes hommes et tout l'Ouest attendent des réponses. Une opération d'infiltration nécessiterait des mois de travail, voire plus, pour un résultat incertain. Nous ne pouvons pas envisager de reporter ces réponses à un horizon aussi lointain.
- Mais nous ne pouvons pas non plus agir uniquement sous la pression extérieure, fit remarquer Mustang d'une voix beaucoup plus calme qu'il ne l'était. Vos hommes ont confiance en vous et savent que vous n'avez que les intérêts de l'armée en tête. Quant à la population civile, à nous de les faire patienter jusqu'aux résultats. Le gouvernement central jouera son rôle."
Hawkeye et lui restèrent suspendus au combiné jusqu'à ce que Cochrane ne soupire finalement : "J'imagine que nous n'avons pas d'autre choix."
Le lendemain, Selim n'était pas plus avancé que la veille : Smith n'avait pas réussi à mettre la main sur Panaya. Il avait passé la nuit à sa poursuite avant que Pride de lui ordonne finalement de rentrer - sa mère ne devait surtout pas remarquer quoi que ce soit d'inhabituel - et Breda restait injoignable. La journée s'était ensuite écoulée, sans davantage de nouvelles, et Selim avait du mal à cacher son impatience : les frères Elric étaient dans la nature et maintenant cette femme qui avait réussi à lui réchapper également. Il frôlait la catastrophe de dangereusement près. Les deux alchimistes et cette femme avaient chacun une pièce du puzzle et si par malheur, ils venaient à en discuter, tout serait fini avant même d'avoir commencé. Selim avait donc passé sa journée à faire nerveusement les cents pas, sous le regard inquiet de sa mère qui semblait n'avoir gardé aucun souvenir de la veille - c'était là le seul point positif.
"Est-ce que c'est bon ? lui demanda sa mère d'une voix douce."
Selim avait tellement été perdu dans ses pensées qu'il avait oublié de jouer son rôle auprès de Mary. Il revêtit une expression innocente et hocha la tête : "Mais je préfère la soupe de potiron.
- Je sais que tu préfères, répondit Mme Bradley avec un petit rire. Mais c'est important de varier les légumes."
L'homonculus touilla sa soupe, en acquiesçant distraitement.
"Quelque chose ne va pas ?
- Non, non."
Il ne devait pas avoir l'air très convainquant puisque Mary se jaugea du regard avec inquiétude. Selim grimaça intérieurement. Il devait faire attention et se reprendre. Sa mère ne devait surtout pas se douter de quoi que ce soit et il refusait qu'elle soit entraînée dans cette histoire. Il fallait qu'il change de sujet rapidement.
"Pourquoi est-ce qu'Elysia ne vient plus jouer ?
- Peut-être qu'elle est très occupée, répondit Mary avec un sourire qui semblait faux.
- Depuis autant de temps ?"
Les après-midis avec la petite fille étaient réellement le cadet de ses soucis mais le sourire crispé de sa mère éveilla sa curiosité : s'était-il passé quelque chose avec les Hughes ?
"Elle est rentrée à l'école, tu sais. Elysia a besoin de se concentrer pour avoir de bons résultats.
- Et on ne peut pas aller la voir chez elle ? Elle n'est pas tout le temps à l'école, fit remarquer Selim d'une voix innocente.
- Le mieux serait d'attendre, mon chéri. On ne peut pas aller la déranger comme ça.
- Pourquoi ? Si elle ne peut pas venir, nous on peut aller la voir ?"
Un éclair de tristesse traversa le regard de sa mère : "Il vaut mieux la laisser se concentrer tranquillement, pour le moment."
Selim hocha docilement la tête : quelque chose s'était sûrement produit avec les Hugues mais les querelles d'enfants ne l'intéressaient pas plus que cela. Il bailla de façon ostensible, mais il ne s'agissait pas uniquement de comédie : son corps était épuisé après avoir veillé une partie de la nuit.
"Tu vas aller te coucher tôt, ce soir, décréta Mary d'un ton ferme. Tu n'avais pas l'air dans son assiette aujourd'hui et le temps se rafraîchit. Je n'ai pas envie de te voir tomber malade."
Après cela, se débarrasser de sa mère après cela ne fut qu'une simple formalité : l'enfant fut envoyé au lit juste après le dîner et une heure plus tard, il entendit sa mère monter les escaliers pour aller se coucher à son tour. Vers vingt-et-une heures, sa respiration, lente et profonde, indiquait que Mary Bradley était bel et bien endormie.
Faisant attention à rester aussi silencieux que possible, l'homonculus repoussa sa couette et se glissa hors de son lit. Ce simulacre de conversation avec sa mère lui avait donné des idées : s'il ne pouvait pas faire venir les frères Elric à lui, alors il irait à eux et quel meilleur endroit où les attendre qu'auprès de Mustang ?
Dans le couloir, Smith montait la garde devant sa porte, à moitié endormi. Sa coéquipière aurait dû le relever de sa garde mais bien évidemment, Panaya n'était pas revenue. Entre ça et la longue nuit de poursuite, Selim n'était pas étonné que le soldat soit à moitié endormi sur ses pieds. Mais peu importe : il n'avait pas besoin de lui pour cette tâche. Breda lui avait déjà transmis l'adresse de Riza Hawkeye et Selim n'aurait aucun mal à retrouver l'appartement.
Il se faufila hors de la maison via le jardin, mais sa précaution était inutile : les rues étaient vides la nuit, caractéristique de ces quartiers pavillonnaires. Personne ne le vit remonter l'avenue jusqu'à rejoindre le centre-ville et personne ne sembla s'étonner de voir un enfant aussi jeune parcourir les rues, seul, la nuit, hormis quelques passants inquiets, dont Selim n'eut aucun mal à se débarrasser. En un clin d'œil, il fut devant l'immeuble de la jeune femme.
Il était encore relativement tôt et il n'était pas certain que Hawkeye soit chez elle : s'il se souvenait correctement, la jeune femme était consciencieuse et n'hésitait pas à allonger ses horaires pour terminer son travail. Néanmoins, après quelques minutes d'observation, Selim s'autorisa un petit sourire : l'endroit était rempli de soldats dont la présence n'était pas exactement discrète. Pour une raison qu'il ignorait, l'appartement de l'assistante du président était sous surveillance. Cette présence militaire était un bon signe. Quel intérêt Mustang aurait-il eu à mettre sous surveillance un appartement vide ? Bien sûr, cela allait lui compliquer la tâche mais Selim n'était pas particulièrement inquiet.
Il se faufila dans les rues, couvert par les ombres que projetaient les grands lampadaires de la chaussée. Le premier obstacle qu'il rencontra fut une paire de jeunes soldats qui attendaient en face de l'immeuble. Ceux-ci, inexpérimentés, ne le virent pas s'approcher jusqu'à ce Selim ne lève la tête vers eux : "Ignorez-moi.".
Une brève expression de surprise se peignit sur leur visage avant d'être remplacée par un air absent. Les deux militaires se retournèrent finalement, reprenant leurs postures d'origine. Parfait. Selim traversa la rue d'un pas tranquille et poussa la porte de l'immeuble. Personne dans le hall mais il pouvait apercevoir des soldats en civil au fond de la cour. Même sans uniforme, la présence de ces hommes sautait aux yeux : prétendument plongés dans une conversation, les yeux scannaient méthodiquement les alentours et leur fausse nonchalance ne trompait pas grand monde, en tout cas pas Selim. Celui-ci préféra monter l'escalier principal d'abord pour ensuite traverser l'étage, jusqu'à atteindre la porte du major Hawkeye. Du bruit filtrait à travers le battant et un mélange d'excitation et de satisfaction le gagna. Cette femme lui avait échappé une fois auparavant, il était temps de rectifier les choses.
Il toqua à la porte et sourit, lorsque celle-ci s'ouvrit.
A suivre...
Alors, verdict ? J'avoue que j'éprouve un plaisir sadique à malmener Mustang et Hawkeye. Mais malgré tout, la fuite de Panaya est une bonne chose pour nos héros, à la condition qu'elle échappe à tous ses poursuivants... N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez en review.
Le prochain chapitre s'appelle "La Nuit du Renard", d'après un roman de la très célèbre Mary Higgings Clark (si vous n'avez pas encore compris que j'étais fan de romans policiers et romans d'horreur...)
