Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
Mon petit blabla avant de commencer : Merci à Musing-and-Music pour ta review ! J'aime beaucoup lorsque vous me faites par de vos théories concernant les OC et apparemment, Audra Evans offre pas mal de possibilités selon vous (mais malheureusement je ne peux ni confirmer ni infirmer :)). Même si ce chapitre-là est plus lent, j'espère qu'il vous plaira malgré tout.
Précédemment dans La Pièce Vide : Panaya parvient à s'enfuir mais tombe sur des individus peu avenants dans son appartement et leur échappe de peu. De son côté, Mustang doit faire face au meurtre de leur seul suspect à l'Ouest qui remet en cause leurs chances de retrouver les membres du FLO et Remington l'informe des menaces envoyées à Evans. Le lendemain de cette folle nuit, Selim n'a toujours pas retrouvé Panaya et décide d'aller rendre visite à Hawkeye.
Chapitre 16 : la Nuit du Renard
Ils avaient dû encore une fois attendre le milieu de la nuit pour contacter Rebecca sans éveiller trop de soupçons. La voix fatiguée de la jeune femme leur parvint au bout du fil, dans le bureau d'une archiviste que Mustang avait réquisitionné pour l'occasion.
"Généralissime, colonel.
- Colonel Catalina, c'est un plaisir de vous entendre.
- Un plaisir partagé, répondit la jeune femme d'un ton las qui démentait légèrement ce qu'elle disait.
- Ne perdons pas de temps, interrompit Riza : que peux-tu nous dire sur Cochrane ?
- Toujours aussi sérieuse, colonel Hawkeye. Mais pour le moment, je n'ai pas grand-chose à vous reporter : le Quartier Général est en alerte et Cochrane est sur les nerfs. Il a réuni l'ensemble des troupes pour communiquer sur le fait que le ou les coupables seront recherchés sans relâche et qu'il n'aura aucune indulgence envers ces traîtres. Bref, vous voyez le tableau.
- Des comportements suspects ? demanda Mustang.
- Pas que nous ayons remarqué : le quartier général était quasiment vide au moment où les faits se sont produits. Avec la baisse d'effectifs actuelle, Cochrane n'avait laissé qu'un seul garde devant la cellule du prisonnier et il a bien fallu que cet homme s'absente à un moment pour une pause technique.
- Une pause technique ? répéta Hawkeye, incrédule.
- Tout à fait, c'est l'explication qu'il a fournie. Je ne te raconte pas le savon que lui a passé Cochrane. Le pauvre petit est ressorti de son bureau blanc comme un linge et je pense que la moitié du Quartier général a entendu ou saisi la teneur du message de Cochrane."
Mustang se pinça l'arête du nez. L'explication était improbable mais se tenait. Après tout, il y avait une raison pour laquelle les gardes étaient assurées par deux personnes minimum.
"Rien à signaler du côté de tes coéquipiers ?
- Aucun comportement suspect, non. La plupart participait à la descente dans le bar, lorsque Zilvinas a été tué. Mais tout le monde commence à se méfier de tout le monde depuis ce matin. Chacun se jette des petits coups d'œil et épie les faits et gestes des autres en se demandant qui est le traître. L'ambiance générale au sein du QG n'est pas très plaisante. Sans parler de l'ambiance à l'extérieur.
- L'ambiance à l'extérieur ? répéta Mustang. Que se passe-t-il ?"
Rebecca hésita un instant avant de soupirer : "La situation est très tendue, très électrique en ce moment avec la population civile. Il y a une hostilité ambiante et on ne sait pas vraiment pourquoi.
- Des incidents se sont produits ?" demanda Mustang en coulant un regard vers Hawkeye : les rapports d'Evans n'avaient rien mentionné pour le moment et Cochrane ne lui avait rien remonté.
"Non, mais quelque chose se prépare. Je ne sais pas si le FLO a prévu quoi que ce soit mais on sent que ce n'est pas juste de la peur ou de la colère lié à l'explosion. Les civils ont cette lueur dans le regard qui indique qu'ils ne comptent pas rester sagement à leur place.
- Est-ce que tu as vu ou entendu quelque chose de précis ? questionna Riza. N'importe quoi qui t'a mis la puce à l'oreille ?
- Non."
Hawkeye fronça les sourcils : Rebecca ne leur donnait rien de très concret ni de très exploitable. Mais la jeune femme parut s'en rendre compte : "Je suis désolée. Mais dès que j'aurais quelque chose, je vous avertirai.
- En tout cas, merci pour votre travail, colonel Catalina. On conserve les mêmes modalités de contact.
- C'est noté. Je ferais mieux de retourner à mon poste. Mes coéquipiers pensent que je suis partie faire une sieste dans un coin mais je ferais mieux d'y retourner avant qu'ils ne se rendent compte que ce n'est pas le cas."
Mustang poussa un soupir en reposant le combiné : "La situation ne s'arrange pas à l'Ouest.
- Est-ce qu'on attendait réellement que ça soit le cas ?
- Non, mais ce que Catalina vient de nous dire m'inquiète.
- Elle a dit elle-même qu'il ne s'agissait que d'une intuition, tempéra Hawkeye.
- Mais elle ne nous l'aurait pas dit si elle ne l'avait pas réellement pensé."
Son assistante se massa les tempes d'un air fatigué : "C'est à Cochrane de gérer la situation. Pas à nous.
- Comme il l'a gérée, avec Zilvinas ? fit remarquer Roy d'un ton acide. Cochrane n'aurait jamais dû laisser un seul garde devant cette cellule.
- D'après Rebecca, il n'avait pas le choix. Comment auriez-vous fait, en situation de sous-effectif ?"
Mustang grimaça : il aurait laissé quelqu'un de fiable. Quelqu'un qui aurait compris qu'il ne devait pas quitter cette cellule ne serait-ce qu'un instant. Mais encore une fois, ce n'était pas un argument opposable à Cochrane.
"Alors il s'agit d'une honnête erreur ?
- Cela pourrait être", répondit Hawkeye.
Mais son ton indiquait clairement qu'elle n'y croyait pas non plus.
"Le coup de fil pour essayer de faire porter la responsabilité sur Central. Partir et ne poster qu'un seul garde, énuméra Roy d'un ton fatigué. Ça commence à faire beaucoup."
Riza hocha la tête en silence, car il n'y avait rien à dire, vraiment. Même si Cochrane les avait trahis et travaillait pour le FLO, ils devraient trouver un moyen de composer avec lui pendant un temps au moins. Sélectionner son remplaçant et imaginer un motif valable pour l'écarter seraient un réel casse-tête compte tenu de la situation dans l'Ouest, mais ce problème devrait attendre le lendemain. Ils en étaient à leur deuxième presque nuit blanche et la journée avait été chargée. Il était temps d'y mettre fin. Comme si elle lisait dans ses pensées, Hawkeye laissa échapper un bâillement peu professionnel qui ne lui ressemblait pas. Mustang haussa un sourcil amusé mais s'abstint de le lui faire remarquer.
"Vous rentrez chez vous ?
- Non, pas assez de temps. J'ai envoyé Ilse récupérer quelques affaires pour moi.
- A cette heure-ci ? s'étonna Mustang.
- Non, je l'ai envoyée en début de soirée.
- Donc salle de repos ?"
Hawkeye hocha la tête : l'avantage de travailler dans une caserne ouverte jours et nuits résidait dans les locaux parfaitement équipés pour les longues nuits de travail. Des salles de repos et des douches étaient prévues pour les soldats de garde et il n'était pas rare que le personnel de bureau ne les utilise également après une longue soirée de travail.
"Et vous ?
- Mon bureau. Si je rentre chez moi, je risque de ne jamais revenir, grommela Mustang.
- Attention, Remington serait capable de venir toquer à votre porte.
- Ne me portez pas malheur, colonel".
Riza laissa échapper un petit rire avant de se lever et ce seul son lui remonta le moral. A chaque jour suffisait sa peine et cette journée avait été déjà bien fournie. Ils se séparèrent devant l'escalier principal, Mustang prenant la direction de son bureau. Les maux qui l'accableraient le lendemain viendraient inévitablement. En attendant, il tenterait de profiter au mieux des prochaines heures de sommeil devant lui. Néanmoins, Roy ne s'attendait pas à ce que ces maux se manifestent aussi tôt, à travers la première édition du Centrale Libéré.
"Mustang peut-il toujours guider ce pays vers un avenir plus serein ?
Premier président élu à une unanimité écrasante, Roy Mustang a longtemps été auréolé de cette aura d'homme providentiel : d'abord héros d'Ishbal, puis sauveur de Centrale lorsque des troupes rebelles ont tenté de s'en prendre au président Bradley, et finalement champion de la vérité lorsque ce sont tenus les procès retentissants de l'armée.
Mais un an et demie après son élection, les choses ne sont plus si certaines, le peuple plus si confiant dans son avenir et pour cause : des troubles économiques secouent l'Ouest depuis la chute du gouvernement Bradley. Nos compatriotes souffrent et meurent en silence, face à un généralissime qui peine à fournir une réponse à la hauteur des espérances. Le Sud, qui jouit pourtant d'un renouveau économique avec la reconstruction du territoire Ishbal, ne peut pas non plus totalement se réjouir de cet afflux massif de population. Cette décision a été prise en concertation avec l'armée et les représentants Ishbals, mais qu'en est-il de l'avis des habitants du Sud ?
"Nous ne reconnaissons plus notre région, protestent certains habitants, dont la famille est implantée depuis des générations dans le Sud. Avec tous ces Ishbals, nous n'avons plus l'impression d'être chez nous.". En parallèle, l'Est et le Nord voient, impuissant, les jeunes gens en âge de travailler émigrer vers le Sud, asséchant ces régions d'une main-d'œuvre pourtant nécessaire à la survie des frontières.
A cela il faut ajouter les dernières exactions du Front de Libération de l'Ouest : détournement de train, tentative explosion du Quartier Général de l'Ouest... et la lassitude des habitants de l'Ouest qui doivent supporter toujours un peu plus l'omniprésence des troupes militaires et des restrictions de libertés, lorsque tous réclament davantage d'autonomie.
Que de défis sociétaux et économiques pour un homme qui ne paraît pas spécialement taillé pour. Roy Mustang a sans doute fait preuve de bravoure au front, de génie lorsqu'il a fallu protéger ses troupes des moines combattants Ishbal, loin de nous l'idée de remettre cela en cause. Mais l'école de guerre est-elle en mesure de former ses officiers à mener le pays ? Quels enseignements, entre l'histoire amestrienne et le génie tactique, ont pu préparer notre généralissime et ses prédécesseurs à cette tâche immense qu'est de décider du futur de ce pays ?"
Vernet et Reynes n'avaient fait aucun commentaire, mais ils n'en avaient pas eu besoin : tous savaient. L'économie restait le nerf de la guerre et le point sur lequel la légitimité de l'armée ne pouvait qu'être remise en question. Que celle-ci faillisse à garantir un certain niveau d'emploi et de revenu et le reste du pays ne tarderait pas à rejoindre les rangs de la protestation aux côtés de l'Ouest. Ils étaient déjà en bonne voie et ne faisaient que s'enfoncer sur ce chemin de jour en jour.
Mustang contemplait la mine grave de ses subordonnés qui lui faisaient un état des lieux de la situation : l'Ouest s'enfonçait chaque jour, le Nord et l'Est ne faisaient pas mieux et seul le Sud s'en sortait. Peu importe les efforts gouvernementaux, les projets de rénovation et de reconstruction n'étaient tout simplement pas suffisants pour relancer la machine rouillée de l'économie. Apparemment, rien ne valait un conflit armé avec l'établissement d'une garnison permanente sur un front pour stimuler la production et la consommation dans une région. A se demander si les tensions actuelles n'étaient pas finalement un mal pour un bien.
Comme si elle avait lu dans ses pensées, Hawkeye lui décocha un regard meurtrier et Mustang força à se concentrer à nouveau. Rediriger ses pensées vers le l'avancement des divers projets que lui présentait Reynes. Mais son esprit revenait sans cesse vers cet article qui tombait mal. Certes, Roy lui-même devait avouer qu'il était davantage équipé pour mener des troupes au combat que pour analyser des taux de retour sur investissement. Mais bien sûr le journal avait malencontreusement omis de préciser que le généralissime n'agissait pas seul, qu'il se reposait sur un cabinet entier de conseillers. Mustang secoua la tête. Ils allaient devoir trouver des solutions. Ils ne pouvaient pas continuer sur cette pente dangereuse.
"Colonel Vernet, sous-lieutenant Reynes, merci pour cette présentation très claire. Si je comprends bien notre situation, le point le plus préoccupant reste l'Ouest, comme c'est le cas depuis quelques mois, et les divers projets entrepris dans la région ne permettent pas d'améliorer la situation ?
- N'améliorent pas encore, monsieur, corrigea Vernet. Un changement a été noté surtout dans le nord de la région qui regagne de l'activité. Mais il faudra du temps avant que ce changement ne se répercute dans le reste de la région.
- Et il n'y a rien que nous puissions faire ?"
Vernet et Reynes échangèrent un regard gêné.
"Je réalise que ce n'est pas une chose aisée et que bien des initiatives ont été prises au niveau global. Le traité commercial avec Xing est une chose dont je ne peux que me réjouir mais ce traité n'aura de conséquences que sur l'Est. Nous devons pouvoir trouver autre chose pour aider l'Ouest.
- A long terme, monsieur, ce traité aura des répercussions sur l'Ouest, pointa Reynes.
- A long terme. C'est précisément le problème.
- L'Ouest est coincé entre Drachma et Creta. Difficile pour cette région de s'en sortir."
Mustang secoua la tête : "Il doit y avoir un autre moyen que le conflit armé. Je sais que je ne vous demande quelque chose de compliqué mais j'ai besoin que vous trouviez une solution, Colonel."
Vernet ne pouvait qu'acquiescer, en silence. Ils avaient tous conscience de la situation mais l'urgence ne débloquait pas magiquement des solutions. Mustang la remercia une nouvelle fois avant de la congédier.
"Un instant, sous-lieutenant."
Reynes devait s'y attendre puisqu'il se contenta de se retourner, impassible. Vernet leva un sourcil interrogateur mais ne fit aucun commentaire, refermant la porte derrière elle.
Le sous-lieutenant était visiblement perplexe sur la raison pour laquelle le président l'avait retenu. Après tout, les remontrances concernant le tunnel à Lior avaient déjà étaient faites. Mustang fixa un instant l'officier avant de demander : "Comment se passent les travaux sur le front Ouest ?"
Pas besoin de préciser de quels travaux il parlait.
"Bien. En tout cas, je n'ai aucun fait marquant ou inquiétant à vous remonter. Les chantiers avancent bien.
- Qu'en est-il de l'ambiance sur parmi les recrutés ?
- Un peu plus sérieuse qu'ailleurs mais les hommes de l'Ouest ne sont pas connus pour leur affabilité, répondit Reynes, intrigué."
L'idée avait traversé son esprit pendant l'exposé de Vernet et Reynes, lorsque son esprit vagabondait : quels étaient les risques que le FLO apprenne de cette façon-là l'existence du tunnel ? Que l'information fuite dans la presse et ce serait le coup de grâce.
"Vous souhaitez étendre l'initiative dans l'Ouest, monsieur ?
- Cela ne fait pas partie des propositions que vous m'avez faites aujourd'hui, sous-lieutenant, pointa Mustang. Pour quelle raison ?
- Aucune raison spécifique, monsieur. Mais même si nous élargissions l'initiative à d'autres villes, les effets ne seraient pas immédiats.
- Pourtant, il y a urgence."
Mustang n'avait aucune envie de créer de nouveaux chantiers. Mais la résistance qu'il percevait chez Reynes l'intriguait. Celui-ci sembla hésiter un instant avant de répondre : "Je voulais être certain que les choses reviennent à leur situation normale avant d'élargir le périmètre des travaux."
Un mensonge, qui ne prit pas ni chez Mustang, ni chez Hawkeye à en juger par son expression. Mais l'officier profita du silence pour riposter avec ses propres interrogations : "Que s'est-il passé dans le tunnel, monsieur ?
- Rien qui ne vous soit aujourd'hui utile, sous-lieutenant.
- Sauf votre respect, monsieur, tout ce qui a pu se produire, en lien avec le tunnel m'est utile dans la mesure où les mêmes événements pourraient se produire à nouveau.
- Espérons que non, marmonna Mustang.
- Monsieur ?
- Les événements qui s'y sont produits par le passé ne devraient plus pouvoir survenir à nouveau, sous-lieutenant. Nous y veillons avec attention. En attendant, laissez ce sujet de côté : son niveau de classification dépasse de loin votre niveau d'habilitation."
Reynes était visiblement insatisfait mais se garda de rajouter quoi que ce soit et Mustang le congédia avant que d'autres question n'émergent.
"Vous hésitez à élargir l'initiative ? fournir davantage de travail à l'Ouest ? demanda Hawkeye.
- Ce serait une solution mais plus nous impliquons des tiers, plus nous risquons des fuites. Et si Reynes n'a même pas évoqué cette alternative, c'est qu'il n'a pas l'air très convaincu lui-même. Ou alors, il était trop occupé à se poser des questions sur le cercle.
- C'était inévitable, fit remarquer Hawkeye.
- Mais moins il y a de personnes au courant pour les homonculus, mieux se portera le monde.
- Je ne suis pas certaine que cela suffise à calmer ses ardeurs."
Mustang savait. Il lisait dans les yeux de Reynes la même ambition qu'il y avait autrefois dans les siens et la même ardeur concernant la recherche de la vérité. Cette boutade n'empêcherait pas l'officier de faire ses propres recherches.
"Alors ne reste qu'à lui concocter une version suffisamment crédible de la vérité." Il passa une main sur son visage fatigué. "Des idées ?
- Plus tard, indiqua Hawkeye, le nez dans son agenda. Remington ne va pas tarder à arriver.
- Cet homme ne me laissera donc jamais en paix."
Hawkeye lui lança un regard désapprobateur qui manquait de conviction et Roy se força à attraper le dossier sur lequel Remington devait lui rendre compte : le colonel ne se contentait pas d'attendre les résultats de Cochrane, bien au chaud, à Centrale. En parallèle des investigations, il menait les siennes, avec l'aide d'Armstrong, dans le Nord, et tentait d'estimer l'implication des différents pays limitrophes dans les actions du Front de Libération de l'Ouest. A minima, ils s'attendaient à ce que Drachma ait fourni des armes au mouvement, mais peut-être que leur influence dans l'organisation était plus importante que cela. De façon incongrue, Mustang se demanda comment la générale du Nord parvenait à coopérer avec lui et décida que si elle se montrait ne serait-ce qu'un poil plus aimable envers Remington, alors Olivia était décidément injuste avec lui. Le regard perçant d'Hawkeye lui intima d'arrêter de sourire bêtement et de se replonger dans le rapport mais Remington choisit ce moment précis pour frapper à sa porte. A point nommé.
"Généralissime, colonel, salua-t-il de son habituel ton raide et hautain.
- Colonel Remington, nous vous attendions.
- Est-ce que vous avez lu les journaux ce matin ?
- Non, je me cache la tête dans le sable en espérant que ces articles disparaissent, rétorqua Mustang. En revanche il me semble que nous avions un sujet d'importance à aborder."
Remington lui lança un regard peu amène mais se plia néanmoins à la demande : "Le général Armstrong a pu fournir de nombreux rapports concernant l'activité de Drachma. Les espions qu'elle a pu infiltrer dans leurs rangs sont assez formels : mis à part l'habituel trafic d'armes, Drachma n'a pas été impliqué dans le détournement de train ou l'explosion de West City.
- J'imagine que c'est une bonne nouvelle.
- Cela n'explique pas comment le FLO a pu autant changer de mode opératoire en si peu de temps", fit remarquer Remington en secouant la tête.
L'homme avait beau être insupportable, Mustang devait lui accorder qu'il était compétent dans son domaine et pas toujours affreusement stupide et buté.
"Creta ?
- Possible. Il faudrait aller creuser dans le Sud : les choses sont beaucoup trop tendues dans l'Ouest pour le moment pour espérer obtenir des informations.
- Alors allez-y, l'encouragea Mustang. Autre chose dont nous devons discuter ?
- Le sujet du jour : l'article."
Avant que Roy ne puisse ajouter quoi que ce soit, il poursuivit : "Ce qui se passe actuellement en centre-ville est inquiétant, monsieur, quoi que vous pensiez de l'article.
- Que se passe-t-il en centre de ville ?
- Aucun incident à reporter pour le moment, mais cet article a suscité beaucoup de réactions. Les gens parlent.
- On ne peut pas les empêcher de parler.
- Mais nous serions stupides de ne pas en tenir compte."
Et dans son regard perçant, Remington indiquait clairement que ce "nous" englobait surtout Mustang. Celui-ci commença à pianoter des doigts sur le rebord de la table.
"De quoi parlent-ils précisément ?
- De votre inaptitude à gouverner, de la légitimité de l'armée.
- Ce n'est pas la première fois, fit remarquer Roy de sa voix la plus calme.
- Mais pas de manière si ouverte."
Car Bradley les emprisonnait avant de les laisser arriver à cela.
"Vous sous-estimez la situation, monsieur, insista Remington d'un ton raide. Ces discussions s'apparentent déjà à de la rébellion pure et simple.
- Je ne sais pas ce qui vous donne à croire que vous êtes le seul à voir la situation telle quelle", rétorqua Mustang.
Hawkeye, par-dessus l'épaule du colonel, lui lança un regard d'avertissement et Roy s'obligea à inspirer : "Contrairement à ce que vous semblez penser, colonel, j'ai parfaitement conscience de la criticité de la solution, mais encore une fois il n'est pas possible de recourir à l'autorité pure pour mettre fin à cette situation. Nous ne pouvons pas arrêter les journalistes, envoyer des soldats calmer ces discussions. Que croyez-vous que nous aurions à nos portes suite à cela ?
- Alors il est mieux de ne rien faire ?
- Ce n'est pas non plus ce que j'ai dit, soupira Mustang. Si ces gens sont en colère, c'est qu'ils ont des raisons de l'être. Essayer de résoudre la situation sans s'attaquer à ces raisons n'arrangera rien."
Remington n'était manifestement pas convaincu mais quelque part, Mustang avait laissé tomber l'idée d'un jour convaincre son colonel.
"Autre chose ? demanda-t-il avant que l'officier ne puisse protester.
- Une dernière question : avons-nous une opération concernant la veuve de King Bradley ?
- Pourquoi cette question" ? demanda Mustang en levant un sourcil.
Il avait répondu lentement, avec un détachement calculé mais cette simple question avait déclenché une alarme dans sa tête.
Son colonel ne parut pas s'en apercevoir et répondit avec un haussement d'épaule : "Simple curiosité concernant les actes d'hostilité envers les familles : je me disais simplement que nous n'avions jamais affecté de protection particulière envers Mme Bradley. Or, il est étonnant qu'elle ait été épargnée par ces actes. D'autant plus si on considère l'ardeur avec laquelle vous avez traîné le nom de feu son mari dans la boue."
L'officier affichait son habituel air de dédain. Rien qui ne change de l'ordinaire mais la question était arrivée beaucoup trop vite et beaucoup trop soudainement. Remington n'avait jusque-là jamais manifesté d'intérêt envers la veuve Bradley.
"Si elle n'a pas fait de signalement, alors a priori, rien de grave ne s'est produit de son côté.
- Il peut quand même valoir le coup d'envoyer quelques officiers prendre de ses nouvelles, suggéra Remington.
- Si vous le jugez nécessaire, envoyez-y des hommes. Mais pourquoi cet intérêt soudain pour la veuve Bradley ?
- Ce ne serait pas très propre de s'apercevoir quand l'ancienne première dame du pays s'est retrouvée dans une situation fâcheuse sans qu'on ne s'en rende compte, déclara simplement l'officier en se levant."
Mustang acquiesça sans un mot. L'alarme hurlait toujours dans sa tête.
Le suspect était menotté à sa chaise, enfermé dans une salle d'interrogatoire, fabriquée à la va-vite. Dans cette ancienne chambre à coucher, une cloison supplémentaire avait été rajoutée afin de pouvoir d'observer l'intérieur de la chambre à travers une vitre sans tain.
Dans l'appartement d'Arthur, les événements s'étaient rapidement enchaînés : après avoir assommé leur visiteur, Ross et Breda l'avaient attaché, jeté dans une camionnette banalisée conduite par Broche. Sous l'œil de Colt, ils avaient fini par quitter la ville, s'offrant quelques détours pour déposer Arthur à la cache de son choix et s'assurer que personne ne les suivait. Une fois arrivée à la planque, ils avaient tiré le portrait de leur mystérieux inconnu et depuis, aucune minute de répit de lui avait été laissée : de manière aléatoire, Ross ou Broche actionnaient un haut-parleur qui rugissait de la musique tonitruante - petit cadeau de Colt - et faisait sursauter l'inconnu, l'empêchant de dormir plus d'une ou deux heures d'affilée.
Breda observa leur suspect à travers la vitre : la fatigue creusait des cernes violets sous ses yeux mais avoir été enlevé ne semblait pas inquiéter l'homme outre mesure. Ou en tout cas, il faisait bien semblant.
"Encore une journée et ça devrait être bon, commenta Colt, à sa droite.
- Tu penses ?
- Il fait bien semblant mais tout le monde finit toujours par craquer, une fois épuisé. Et je pense que le point de rupture n'est plus très loin pour lui."
Breda hocha la tête sans chercher à argumenter : l'intuition et le jugement personnel de Colt les avaient aidés plus d'une fois. Il n'allait pas commencer à remettre en cause ses idées aujourd'hui.
"On va rentrer chez les Bradley, annonça-t-il calmement.
- Maintenant ? s'étonna sa coéquipière.
- Tu viens de le dire : pour la prochaine journée, rien ne change. Ross et Broche peuvent rester ici et se débrouiller sans nous pour le moment. En attendant on va aller prendre des nouvelles du reste de l'équipe et peut-être les aider un peu."
Colt hocha la tête, peu satisfaite, mais s'abstint de tout commentaire. Breda aussi aurait préférer la laisser sur cette opération. Seulement Mustang avait été clair sur le fait que Ross et Broche ne pouvaient pas être détachés à la surveillance de Selim - moins il y avait de personnes au courant, mieux le monde s'en porterait. Breda n'avait donc pas d'autre choix que de renvoyer la jeune femme à la planque, pour quelques temps au moins, histoire de permettre aux autres de dormir correctement.
La porte s'ouvrit pour laisser apparaître Maria Ross : "Vous nous quittez ? Je viens de récupérer les photos."
Breda attrapa l'enveloppe qu'elle lui tendait et jeta un œil aux clichés, de face et de profil de leur suspect : le teint pâle et les cheveux blonds, un profil aristocratique et des yeux clairs. Le portrait-robot de l'Amestrien. Restait à espérer que Hawkeye et Mustang saurait en tirer quelque chose.
"Je serai de retour d'ici demain. Vous avez tout ce qu'il faut ?" demanda Breda à Ross qui hocha la tête sobrement. "Contactez la planque si quelque chose se passe mal."
Mais aucun d'eux ne s'attendait à ce que quoi que ce soit ne se produise dans les prochaines vingt-quatre heures. Breda laissa Colt s'installer au volant, tandis qu'il se glissait, pensif sur le siège passager. Ils ne croisèrent pas grand monde sur le chemin du retour et s'arrêtèrent à quelques rues des Bradley pour finir le reste du trajet à pied.
"Vous êtes de retour rapidement, les salut Breguet, en étouffant un bâillement.
- Ils ne vont pas avoir besoin de nous pour les prochaines vingt-quatre heures. Des nouvelles de votre côté ?
- Rien à signaler. Le petit somnole énormément. Sa mère pense qu'il a attrapé froid."
Rien de très intéressant, donc.
"Des nouvelles des frères Elric ?
- Aucune. Les gamins ont l'air de s'être volatilisé.
- ça serait étonnant, fit remarquer Colt en haussant un sourcil. Mais on peut peut-être demander à Mustang s'ils ont embarqué dans un train ? Histoire d'être sûrs."
Breda hocha la tête : "Qui est dans la maison ?
- Smith. D'ailleurs il voulait vous transmettre un message."
Breda haussa un sourcil tandis que Breguet contactait son coéquipier à travers la radio. Ce n'était pas un comportement habituel : toutes les informations devaient être partagées au sein de l'équipe et Breguet aurait dû être capable de le mettre au courant d'une quelconque situation. Si l'information n'était pas suffisamment importante pour être communiquée, alors Smith n'était simplement pas censé lui en parler pendant sa garde. Néanmoins, il attrapa la radio sans faire de commentaire et entendit une voix glaciale s'adresser à lui.
"Viens me voir tout de suite."
Encore une fois, il perdit pied.
C'était comme sombrer dans l'océan, tomber au fond d'un abysse. Breda entendait le son étrangement régulier de sa respiration, les battements sourds de son cœur résonner à ses oreilles. La réalité devenait soudain très floue et vaporeuse autour de lui, comme s'il ne voyait plus le monde extérieur qu'à travers les eaux sombres de la mer. Ou un peu comme dans un rêve. Breda était conscient mais il n'avait simplement plus de contrôle sur son corps, sur ses gestes.
Malgré lui, il se mit en mouvement et se dirigea vers la porte, Colt lui emboîtant le pas derrière lui. Il avançait vers la maison mais il avait beau se débattre, Breda n'arrivait pas à s'arrêter. Il ne contrôlait plus rien, se noyait dans la brume qui l'entourait. Et en même temps, son esprit était incapable de s'arracher à cette torpeur. Tout allait bien.
Breda se vit contourner la maison puis traverser le jardin pour pousser la porte de la cuisine. Comme à son habitude, Mme Bradley ne lui adressa pas le moindre regard bien qu'elle se figeât légèrement lorsqu'elle aperçut Colt sur ses talons. Sans un mot, les deux soldats rejoignirent Smith qui dormait presque sur place, dans le couloir. Selim était assis à la table basse et sourit en les voyant. Son regard froid fit frissonner Breda et il lui sembla qu'une alarme résonnait au loin, peut-être dans sa tête, mais si lointaine qu'il ne parvint pas à s'en inquiéter.
"Tu vas prendre la place de Smith, ordonna Selim à Colt, avant de se tourner vers Breda : Mets-toi à côté de la lampe et fais semblant de me surveiller de là. Nous devons discuter."
Sans hésitation, son corps obéit à cet ordre et Breda se demanda pourquoi. Ce rêve n'avait aucun sens. Néanmoins, il se tint dans l'angle du séjour, suffisamment proche de l'enfant pour distinguer des formes tracées au pastel sur sa feuilles, mais incapable d'en comprendre le contenu.
"Panaya a réussi à s'enfuir. J'ai tenté de la prendre sous mon emprise et elle s'est échappée, il y a deux jours, dans la nuit. En aucun cas tu ne peux mentionner ce fait à Mustang. S'il te pose la question, la surveillance se passe normalement et tu n'as aucun élément à lui remonter. Panaya assure ses tours de garde, comme tout le monde. En parallèle tu vas aller voir ton réseau d'informateurs et les mettre sur sa piste également. Ils doivent absolument retrouver Panaya et les frères Elric. Est-ce que tu as compris ?"
Breda s'entendit acquiescer, sans réellement pouvoir s'en empêcher.
"Qu'as-tu fait ces deux derniers jours ?
- Nous avons capturé un des poursuivants d'Arthur et l'avons enlevé pour pouvoir le questionner."
Sans pouvoir s'en empêcher, Breda s'entendit lui révéler les dernières nouvelles. Des petites bulles de savon qui lui échappaient les unes après les autres et éclataient dans les airs, dévoilant leurs secrets à tous. Une partie de lui savait que ces informations étaient confidentielles et ne devaient surtout pas les révéler à qui que ce soit, mais l'autre tendit à Selim l'enveloppe qui contenait les photographies de l'assaillant. C'était un rêve, un rêve particulièrement absurde et ridicule. Mais tout allait bien.
L'enfant sourit froidement à Breda, perçant à travers les voiles ensommeillés qui recouvraient ses yeux, et pendant un instant, son regard froid et satisfait fut la seule chose nette dans son monde embrumé. Après quoi, le même voile de coton recouvrit à nouveau ses yeux.
"Retourne auprès de Smith. Cette conversation ne s'est jamais produite."
L'instant d'après, Breguet le regardait d'un air interrogateur : "Chef ?"
Breda cligna des yeux plusieurs fois, légèrement désorienté. Est-ce qu'il s'était assoupi sur place ? Il secoua la tête pour se réveiller complètement et chasser les derniers restes d'un rêve particulièrement dérangeant dont il ne se souvenait déjà plus. Il était temps d'aller rejoindre Mustang.
Audra adressa un sourire de remerciement au soldat qui lui tenait la porte et se mit à fouiller dans son sac, à la recherche de ses clés.
La journée avait été longue et l'article n'arrangeait rien, même si une partie d'elle se demandait si la situation pouvait encore se dégrader pour l'armée. Son entrevue coup de vent avec Mustang n'avait servi qu'à une seule chose : confirmer qu'ils n'allaient rien faire. La dernière chose dont elle avait besoin était que le généralissime ne décide en réaction à l'article d'un coup d'éclat et que celui-ci ne se transforme en catastrophe. Heureusement, le président semblait avoir compris qu'il ne pouvait rien faire contre ce genre d'articles. Ne restait à espérer qu'il saurait résister face à la pression de Remington qui, à n'en pas douter, insisterait pour faire quelque chose au journal ou à ceux qui oseraient en discuter.
La discussion avait également été l'occasion pour Mustang d'aborder le sujet des menaces et Audra s'en était sentie réconfortée. Pourtant, rien n'avait changé : il ne lui avait rien donné de concret, fourni aucune preuve. Mais il avait tenu à prendre de ses nouvelles. Il avait paru désolé et sincère dans sa démarche. La jeune femme avait beau avoir l'habitude de ses talents d'orateurs, sa sollicitude ne l'en avait pas moins touchée. En tout cas, Mustang l'avait convaincue de rester, pour le moment.
Le soldat lui emboîta le pas dans l'escalier, faisant résonner ses lourdes bottes renforcées et Audra dut se retenir de ne pas secouer la tête. Elle ne s'habituait pas à cette présence militaire qui la suivait plus ou moins discrètement depuis la veille. Une présence dont elle n'était pas certaine de l'utilité. Audra avec vécu toutes ces années sous l'oppression du gouvernement Bradley, vu ses collègues journalistes ou de simples concitoyens disparaître brusquement du jour au lendemain, ou pire, réapparaître totalement hagards des années plus tard. Des menaces aussi franches ne lui faisaient pas peur.
Certes, c'était bien la première fois qu'elles émanaient des rangs de l'armée mais ce n'était pas la première fois que la jeune femme recevait des lettres peu flatteuses - "traître", "vendue" - voire inquiétantes - "On aura ta peau"- et ce n'était sûrement pas la dernière fois. Aussi fut-elle franchement excédée lorsqu'elle découvrit l'inscription sur la porte de son appartement.
"Tu as fait ton choix, garce"
Le jeune officier derrière elle laissa échapper un juron.
"Surtout, n'y touchez pas."
Comme si elle allait s'y risquer : le message avait artistiquement été peint avec du sang - porc, estima-t-elle - preuve du bon goût de son auteur.
La journaliste soupira : elle avait des plans pour la soirée et serait sans doute en retard, si elle n'était pas obligée d'annuler. Mais pourquoi pas. Ce n'était pas la première fois que son engagement au sein du gouvernement avait un impact sur sa vie privée.
"Déjà ?" s'étonna Mustang.
Breda était venu toquer à la cloison, profitant du répit de fin de journée. L'annonce de la capture d'un membre de la faction réjouit Mustang, mais malheureusement, les photographies ne lui évoquaient rien non plus.
"Est-ce que ce ne serait pas un des rejetons des vieilles familles militaires ? Je n'arrive pas à les différencier, on dirait une armée de clones.
- C'est ce qu'on s'est dits aussi, convint Breda, clone mis à part. Est-ce-que vous pouvez demander à quelqu'un de retrouver son identité ?
- Bien sûr, j'imagine que Schiezka ne posera pas de questions si on le lui demande.
- Ou plutôt : elle en posera mais nous ne répondrons pas à ses questions, corrigea Hawkeye d'un ton pince-sans-rire.
- Vous pouvez malgré tout vous en charger, colonel ?"
Hawkeye acquiesça d'un signe de tête et fit glisser les clichés vers elle.
"Des nouvelles de notre petit ami ? demanda-t-elle
- Rien de particulier à noter." Comme à son habitude, Breda attrapa son carnet de notes et feuilleta jusqu'à atterrir sur la bonne page : "La surveillance continue et nous n'avons rien identifié de particulier.
- Les frères Elric ?
- Toujours portés disparus. A ce propos, serait-il possible de vérifier s'ils sont repartis en train ou pas ?
- Vers Resembool ?
- Ou une autre destination."
Mustang fit la grimace et termina son café : "De combien de jours parlons-nous ? Deux, trois voire plus ? Si vous n'avez pas de destination précise en tête, cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin.
- Cela permettrait de savoir si on doit continuer à surveiller les alentours.
- On peut envoyer l'ordre directement aux agents en gare, suggéra Hawkeye.
- J'aime autant ne pas impliquer de nouveaux tiers et éviter d'attirer l'attention."
Breda haussa un sourcil interrogateur : "Eviter d'attirer l'attention sur cette situation ?
- Remington a posé des questions sur la veuve Bradley : il se demande si nous avons une opération en cours chez elle.
- Remington, l'homme chez qui Colt s'est retrouvée en filant un des poursuivants d'Arthur ?
- Celui-là même.
- Intéressant, commenta lentement Breda.
- C'est le cas de le dire. Les risques qu'il découvre l'opération par hasard sont faibles. Votre équipe et vous ne faites plus partie des rangs officiels. Vos dossiers ont été scellés et je suppose que vous avez tout fait pour dissimuler votre présence dans la rue.
- Il n'a pas pu remarquer notre présence dans le quartier, réfuta Breda d'un ton catégorique. Il s'agit d'un quartier militaire donc très peu agité. Les patrouilles n'y passent que rarement. Quelle explication vous a-t-il donné concernant sa question ?
- Il s'étonnait que parmi les récentes vagues de haines à l'encontre des familles de militaire, personne ne s'en soit pris physiquement ou pas à l'ancienne première dame du pays.
- Question plausible mais trop d'indices mènent à lui."
Mustang se laissa retomber contre le dossier de son fauteuil. Il ne pouvait qu'abonder dans le sens de Breda, mais il comptait sur ce dernier pour formuler une réflexion logique et structurée. Après tout, il avait été son monsieur stratégie, tandis que Roy lui-même s'empêtrait dans les suppositions et les intuitions correctes mais sans fondements.
"Vous soupçonnez Remington d'être de mèche avec la faction rebelle qui complote à l'Ouest et probablement ici contre vous.
- Son comportement est suspect : il s'est toujours opposé à moi, a tenté de convaincre Evans de quitter ce gouvernement plusieurs fois. Maintenant, il pose des questions sur la famille Bradley.
- Chaque élément pris séparément n'indique pas qu'il est un traître. Un homme buté, oui, opposé à l'intervention des civils, oui, et vieux-jeu, certainement. Mais pas traître."
Roy leva un sourcil, surpris de voir Breda faire marche arrière. Mais celui-ci se contenta de hausser les épaules : "Nous verrons bien ce que donnent les interrogatoires avec ce suspect."
Selim était furieux.
Cette petite visite à l'appartement de Riza Hawkeye n'avait rien donné : l'assistante du président n'avait simplement pas pu rentrer et avait envoyé une petite secrétaire récupérer des affaires pour elle. Une escorte l'avait accompagnée en raison des dernières menaces reçues par la présidence. Fou de rage, l'homonculus l'avait soumise à sa volonté avant de quitter les lieux. Une perte de temps et d'énergie. Mais pire encore : son corps si faible n'avait pas réussi à tenir davantage avant de s'écrouler dans son lit et il avait dû passer la matinée alité, sous le regard inquiet de sa mère. Le sommeil le guettait encore lorsqu'il aperçut une silhouette au loin, sous un lampadaire et dut faire un effort pour repousser sa couette.
Sa mère dormait depuis quelques heures déjà. Et s'il ne s'était pas réveillé par hasard, Selim ne se serait sans doute pas rendu compte de la présence au loin. Il se glissa pieds nus au rez-de-chaussée, passant devant le visage absent de Colt. Son visiteur l'attendait dans le jardin, devant la porte de la cuisine.
"Que fais-tu ici, Remington ?
- J'ai trouvé un moyen d'atteindre Hakuro.
- Hakuro, celui qui est à la tête de la faction ? répéta-t-il, surpris.
- Je peux vous l'amener."
Un sourire se dessina sur les lèvres de l'enfant. Peut-être qu'en fin de compte, tout n'était pas perdu.
A suivre...
Héhé, désolée (ou pas ?) le cliffhanger du chapitre précédent n'a rien donné car Hawkeye et Mustang étaient occupés à travailler (voire plus ?). Il faut bien vous effrayer de temps en temps. J'aurais vraiment aimé m'étendre davantage sur une scène au bureau, tard le soir, avec ces deux-là. J'espère en tout cas que vous appréciez les petits bouts de Royai qui parsèment ces chapitres (comment ça, ce n'est pas suffisant ?).
N'hésitez pas à me laisser une petite review (par exemple pour me dire si vous auriez préféré que Selim parvienne à piéger Hawkeye hahaha).
Prochain chapitre : le Joueur d'Echecs (d'après le roman de Stefan Zweig).
