Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.

Mon petit blabla avant de commencer : Vous l'attendiez tous (ou pas), voilà le chapitre 17 et le retour des frères Elric. J'aime beaucoup les écrire même si Edward et Alphonse n'en font qu'à leur tête (et du coup, ils ne partent pas toujours dans la direction que j'ai en tête).

Précédemment dans La Pièce Vide : Selim loupe son coup et n'a pas réussi à mettre la main sur Hawkeye. Mustang apprend la mort de Zilvinas dans les cellules de l'Ouest et Reynes ainsi que Remington commencent à poser des questions sur le tunnel ainsi que les homonculus. La capture d'un membre supposé de la Faction permet à Breda d'avancer sur son enquête mais le soldat retombe entre les griffes de Selim...


Le joueur d'échecs

La clochette tinta lorsqu'Edward poussa la porte du café.

"Bonjour messieurs, que puis-je vous servir ?"

Comme à son habitude, la petite échoppe était peu remplie : les quelques clients étaient déjà installés aux longues tables du fond de la salle, occupés à lire leur journal ou discuter calmement dans l'ambiance confortable du café. De grandes fenêtres éclairaient la salle d'une lumière chaleureuse et une multitude de plantes vertes serpentaient sur les murs.

"Un café au lait pour moi et un allongé pour mon frère, s'il vous plaît", répondit Alphonse à sa place.

Edward scannait méthodiquement la salle et ses occupants mais ne reconnut aucune tête. Cela dit, la physionomie n'était pas non plus son fort.

"N'hésitez pas à vous installer, on vous apportera vos boissons.

- Merci."

Deux places étaient disponibles près du panneau d'information et les deux frères s'y installèrent d'un même mouvement, Edward s'y laissant plus tomber qu'autre chose.

"Alors ? marmonna Edward.

La tension le rendait d'autant plus grincheux mais fort d'années d'expérience, Alphonse ne s'en formalisa pas. Il laissa son regard vagabonder jusqu'à atterrir sur le panneau d'affichage et repéra rapidement le mot qu'ils avaient laissé l'avant-veille : "City hall, jeudi, 18h".

"Aucune réponse, souffla-t-il à son frère.

- Et voilà, chantonna la serveuse en déposant leurs bossons devant eux. N'hésitez pas à me faire signe si vous désirez autre chose."

Edward la regarda s'éloigner avant de grommeler : "Ce n'est pas normal.

- Elle a peut-être eu un contretemps.

- Quel contretemps ?

- Une mission, suggéra Alphonse légèrement sarcastique.

- Elle nous aurait prévenus.

- On est pas certains à cent pour cent.

- Et si le contretemps s'appelle Selim ?"

Alphonse grimaça et fit tourner sa tasse entre ses mains. Ils avaient trouvé le message de Panaya deux jours auparavant et n'avaient pas réussi à penser à autre chose depuis. Le message avait réveillé toutes leurs idées les plus folles : les homonculus étaient de retour, ils avaient survécu au jour promis et manigançaient de nouveau avec un objectif tout aussi effroyable. La jeune femme n'avait sans doute pas pu laisser de détails ou peut-être qu'elle n'en avait pas plus mais ne pas savoir était beaucoup plus inquiétant.

"Il faut trouver un moyen de la contacter, poursuivit Edward.

- On ne connait pas son adresse et ce tableau est la seule façon que nous avons de la contacter.

- On pourrait aller sur place."

Edward évita soigneusement de croiser le regard de son frère : ce qu'il suggérait revenait à se jeter dans la gueule du loup, il le savait. Panaya les prévenait d'un danger concernant Selim et eux ne trouvaient rien de mieux à faire que de se rendre chez les Bradley ?

"Pour y faire quoi ? demanda calmement Alphonse. Elle n'a laissé aucun détail dans son message. Que sommes-nous censés voir là-bas ?

- Si elle va bien.

- Et comment saura-t-on si elle va bien, si on la voit là-bas ?"

Edward haussa les épaules : "Qu'est-ce que tu proposes d'autre ?

- On va voir Mustang et on lui raconte tout. On lui dit que depuis l'avertissement de Panaya, nous n'avons plus de nouvelles d'elle. Il devrait pouvoir la convoquer sans éveiller de soupçons."

C'était l'action la plus rationnelle et la plus raisonnable, à ce stade. Ils ne savaient pas quel était le problème avec Selim, ils ne savaient pas si Panaya était réellement en danger.

"Imagine une seule seconde que Selim la retienne prisonnière quelque part. Ils ont déjà enlevé Marcoh il y deux ans et sans Scar, il serait resté enfermé pendant des mois entiers.

- Qu'est-ce que tu suggères ? Qu'on s'introduise encore une fois dans la cave des Bradley ?

- Peut-être pas, mais au moins aller jeter un coup d'oeil là-bas : si Panaya est effectivement en train de bosser, alors on sait pourquoi elle ne répond pas à notre message. On avisera en fonction."

Alphonse resta silencieux et joua un instant avec le fond de café qu'il lui restait. Il comprenait l'impulsion de son frère, la même que celle qui l'avait fait rester pour surveiller Mme Bradley. Mais il n'était pas certain qu'il s'agissait de la meilleure marche à suivre. Edward ne répondit pas et le laissa prendre sa décision seule. Après tout, Alphonse décidait pour eux deux maintenant. Le cadet resta longtemps plongé dans ses pensées après quoi il hocha la tête d'un air déterminé : "J'imagine qu'aller voir ne peut pas faire de mal, tant qu'on reste à distance de Selim.

- Et de Breda.

- Allons-y."

Contrairement aux fois précédentes, ils devaient faire attention à ne pas être vus - ni par Selim ni par l'équipe de Breda - aussi furent-ils beaucoup plus précautionneux dans leur approche. Leur ancien point d'observation, bien que non visible depuis la planque des soldats, était beaucoup trop exposé pour quiconque se trouvait dans la maison. Venir par la rue était également exclu, car beaucoup trop visible depuis la planque. D'un accord commun, les deux frères décidèrent donc de se faufiler entre les jardins du bloc. Entre les haies et les clôtures, ils passèrent relativement inaperçu et ils purent se poster de l'autre côté du portillon blanc qui fermait l'accès au terrain des Bradley. Discrètement, Alphonse perça deux trous dans le bois - un pour lui et un pour son frère - et les deux frères se retrouvèrent rapidement le nez collé à la clôture.

"Tu vois quelque chose ?

- Non, le salon a l'air vide et la porte de la cuisine est fermée.

- Vu l'heure, Selim ne devrait pas tarder à s'installer à la table basse pour dessiner et le soldat dans la maison devrait suivre", supposa Edward. Il s'arrêta un instant, pensif : "S'il est redevenu un homonculus, qu'est-ce qu'il peut bien avoir à dessiner ?

- Est-ce que ça a réellement de l'importance, nii-san ?

- Probablement pas. Mais s'il vient s'installer à cette table, on arrivera peut-être à voir qui est dans la maison.

- ça ne fera jamais qu'un sur quatre, voire cinq si on compte Breda. A une rotation toutes les douze heures, on risque de passer presque trois jours ici."

Edward fit la moue : "On regarde juste qui est ici. Si c'est Panaya, tant mieux. Si c'est quelqu'un d'autre, on va jeter un coup d'œil dans la cave ?

- On peut passer par le faux local technique, acquiesça Alphonse. Mais après ça, on va voir Mustang."

L'aîné acquiesça avant de plisser les yeux en direction de la maison. La position n'était pas confortable : ils étaient à moitié accroupis, à moitié agenouillés dans l'herbe drue et son dos commençait déjà à le faire souffrir. Mais heureusement, ils n'eurent pas à attendre très longtemps : comme à son habitude, Selim s'installa à sa place habituelle, près de la baie vitrée, avec un livre d'image à la main. Sa mère s'assit confortablement dans le fauteuil avec elle aussi un ouvrage.

"Je vois Selim, sa mère. Est-ce que tu vois quelqu'un d'autre ?

- Non, l'angle n'est pas franchement le meilleur, le reflet sur la vitre me gêne.

- Je ne vois personne d'autre, nii-san.

- Ce soldat doit bien être quelque part, grommela Edward.

- Il est juste derrière toi."

Ils entendirent le déclic de l'arme avant de comprendre. Le canon vint se poser contre le crâne d'Edward et Alphonse se figea en voyant du coin de l'œil l'arme pointée sur son frère.

"J'aurais peut-être du cibler l'autre, mais tu ne vas rien faire, monsieur l'alchimiste ? demanda tranquillement l'homme. Car au moindre signe suspect, je fais sauter la cervelle de ton frère. Si tu as compris, tu vas lever les mains lentement au-dessus de ta tête et les garder aussi loin possible l'une de l'autre. Toi aussi, Fullmetal."

La mâchoire serrée, Edward s'exécuta sans un mot et sentit son frère faire de même. Il était plus ennuyé qu'inquiet : malgré les menaces, si leur interlocuteur était sérieux, il aurait eu tout loisir de les tuer sans qu'ils ne s'en rendent compte.

"Ce sont les nouvelles méthodes de l'armée ? demanda-t-il d'un ton agressif."

Il entendit un petit rire dans son dos : "On ne m'a réellement pas menti à votre sujet. Vous ne savez vraiment pas vous taire"

L'instant d'après, un coup de crosse s'abattit sur son crâne. Avant de sombrer dans l'inconscience, il vit son frère s'écrouler à côté de lui, heurtant la palissade dans sa chute.


"Une bavure bien gênante.

Le président Mustang nous l'avait promis : la fin des pratiques Bradley. La fin d'une justice opaque, d'un pouvoir sans limite de l'armée et des morts mystérieux entre les mains de l'armée. Il nous l'avait promis et pourtant encore une fois, il ne tiendra pas parole.

De l'attentat contre sa personne au Quartier Général de West City, on en saura pas grand-chose : le tireur a été interpellé directement par les soldats puis placé en détention, sans avoir le droit de contacter sa famille ou même faire appel à un avocat. A l'heure qu'il est son identité reste un mystère et pourrait bien le rester : d'après une source anonyme au sein du Quartier général, le corps de ce mystérieux tireur a été retrouvé sans vie dans sa cellule au milieu de la nuit. Une bavure dérangeante ? ou encore une démonstration de la justice de l'Ouest ?

Le Quartier général de West City n'a donné aucune explication, aucun commentaire sur cet incident, allant même jusqu'à nier les informations, mais cela n'est guère surprenant : toujours d'après notre source, l'administration militaire serait incapable de justifier cet événement. La loi du silence règne parmi les rangs et si quelqu'un a aperçu quoi que ce soit, ce témoin se garde bien de se faire connaître. Gageons que le ou les coupables ne sont près d'être retrouvés.

Suite en page 3"

Audra se laissa tomber sur la chaise en face de lui, avec un soupir.

"Encore la Voix du Nord.

- Encore eux, acquiesça-t-elle. Je ne sais pas comment ils ont pu apprendre la nouvelle aussi vite.

- La source anonyme, pointa Hawkeye. Cochrane va devenir fou.

- Qu'est-ce qu'on va faire d'eux ?"

Ils étaient tous atterrés, et même découragés : la situation dans l'Ouest semblait être plus catastrophique chaque jour qui passait et personne ne savait comment régler le problème. Si ce que Rebecca leur avait dit, alors des troubles plus sérieux ne tarderaient pas à éclater. Et les troupes de l'Ouest ne faisaient rien pour arranger les choses.

"Comment ont-ils pu avoir cette information aussi vite ? s'agaça Mustang. Elle est confidentielle.

- Ce n'est pas votre problème, rétorqua Evans en secouant la tête. Votre problème ce sont les répercussions à l'Ouest et ici.

- Ici ?

- L'Ouest n'est pas le seul endroit où la situation se tend. Remington vous a déjà fait un topo hier de la situation à Centrale ? Imaginez la réaction lorsque cet article sera repris à ici.

- Attendez, qu'est-ce qui vous fait croire que ça sera le cas ? le précédent article de la Voix du Nord n'a pas eu tellement d'échos que cela, fit remarquer Mustang.

- Pour plusieurs raisons : premièrement, la cause de Vakaran ne touche pas grand-monde en dehors de ses habitants. Or, cette affaire dépasse maintenant le seul cadre de l'Ouest. Deuxièmement, certaines de leurs revendications comme le départ des troupes semblaient totalement déconnectées de la réalité. Mais quelques semaines ont passé et il ne s'est rien produit de plus. Les gens ne vont pas tarder à se dire que tant de mobilisation militaire pour rien n'est pas sans rappeler Bradley.

- Peut-être qu'il ne s'est rien produit de plus, grâce à la présence militaire, précisément, s'indigna Mustang.

- Je suis d'accord avec vous, mais nous n'apportons aucune preuve à cela. Et cela n'empêche pas une partie de la population de se dire que l'inverse est également vrai. Troisièmement...

- Parce qu'il y a un troisièmement ?

- Troisièmement, cet article vous vise vous et le fait que vous n'ayez pas tenu votre promesse. Cela tombe parfaitement dans la ligne éditoriale du Centrale News qui est de remettre votre légitimité en question.

- Alors la Voix du Nord ne vient que lui donner davantage de munitions contre moi."

Mustang soupira : "J'imagine que vous n'avez pas en tête de laisser parler. Des suggestions ?

- Un plan, indiqua Evans d'une voix sombre. Mais je ne suis pas certaine que toutes mes propositions vous plaisent."

La jeune femme avait visiblement réfléchi depuis un moment sur le sujet. Elle n'avait pas pu trouver toutes ces idées la veille au soir, surtout compte tenu des événements récents, se dit Mustang. Mais il se contenta d'attraper la feuille qu'elle fit glisser vers lui et sentit Hawkeye se pencher par-dessus son épaule.

"Premièrement, Cochrane doit organiser une conférence de presse au sujet de Zilvinas. Il doit se montrer le plus transparent possible, en préservant bien sûr le secret de l'enquête, mais il ne doit pas donner l'impression que le QG cherche à dissimuler cette mort. Ou ne s'en réjouisse.

- Il ne va pas apprécier", admit Mustang. Mais cette mesure était encore prévisible et acceptable.

"Je peux collaborer avec le Quartier Général de West City pour rédiger le discours, si besoin. Je vous laisse le convaincre et lui proposer l'idée ?"

Mustang hocha la tête et Evans poursuivit : "En second lieu, vous devez le convaincre de relâcher le dispositif de sécurité en place.

- Pardon ?

- Je ne vous demande pas de le supprimer mais de l'alléger : il y a de plus en plus de frictions entre les civils et les troupes. Si vous réduisez le temps de contact, vous réduisez les risques que la situation ne dérape.

- Mais ces temps de contacts sont là pour une raison, opposa Mustang. D'abord pour empêcher qu'une autre explosion ne se produise."

La proposition d'Evans n'était pas dénuée de bon sens dans la proposition, mais en face, il y avait la réalité que les troupes devaient côtoyer. Et les deux lui paraissaient difficilement compatibles.

"En quoi le couvre-feu et les restrictions de réunions empêchent-ils un autre attentat ?

- Ils empêchent le FLO de se réunir et la foule de leur fournir une deuxième cible, répondit Hawkeye.

- Mais nous savons très bien que le FLO continue de se réunir. S'il reste encore des réunions de plus de cinq personnes qui continuent, c'est bien celles du FLO. Et leur cible n'est pas la population civile, mais l'armée. Et l'armée continue de fonctionner comme avant.

- Ces règles empêchent également une rébellion de se former, insista Hawkeye en secouant la tête. Au train où vont les choses...

- Mais une rébellion contre quoi ? Sans ces règles, l'Ouest n'aurait pas eu beaucoup de cibles contre lesquelles diriger sa colère. En mettant en place tout ce dispositif, nous entrons dans le jeu du FLO et nous risquerions bien de perdre prochainement."

Hawkeye s'apprêtait à protester de nouveau mais Mustang intervint : "Si vous êtes si convaincue que ce dispositif n'a pas de sens, pourquoi n'êtes-vous pas intervenue avant ? Avant qu'on ne décide tout cela ?"

Roy ne pouvait pas nier les arguments qu'elle lui présentait, même s'il n'était pas d'accord avec son raisonnement. Mettre en place toutes ces restrictions avait permis de limiter les mouvements dans la rue la nuit, les rassemblements suspects. Et si cela compliquait la tâche du FLO alors c'était déjà ça. Sans compter que le mouvement des ouvriers du bois avait déjà prouvé sa capacité à s'organiser et brûler des bâtiments si besoin.

La jeune femme croisa les bras : "Parce que moi-même je n'étais pas certaine de ce que j'avançais." Elle soupira : "Je sais que maintenant que revenir dessus est compliqué. Mais je ne vous demande pas de tout supprimer. Simplement d'alléger certaines mesures.

- On va voir ce qu'on peut faire, concéda Roy en se pinçant l'arête du nez. Mais Cochrane va être difficile à convaincre.

- Tenez-moi au courant, acquiesça Audra. Maintenant, concernant Centrale."

Mustang haussa un sourcil : malgré ce que Remington lui avait dit la veille, aucun trouble n'avait encore éclaté dans la capitale. Et le président restait encore dubitatif.

"Les gens vont continuer de parler, peut-être émettre des idées qui s'apparenteraient à de la rébellion, mais tant que cela ne reste que des idées, l'armée ne peut rien lui reprocher."

La jeune femme semblait soudain plus incertaine, comme s'il s'agissait plus d'une question que d'une affirmation.

"Bien sûr, acquiesça Mustang. Je l'ai déjà dit à Remington.

- Redites-le-lui, insista Evans. Il ne faut surtout pas que la situation dérape. Faites-lui comprendre que les enjeux. Les incidents se sont produits à l'Ouest pas parce que Cochrane n'est pas en mesure de contrôler ses hommes, mais parce qu'il ne comprend pas l'importance que tout cela a.

- Parce que j'ai davantage d'influence sur Remington que sur Cochrane ? railla Mustang.

- J'espère pour vous. Parce que ces hommes obéiront au doigt et à l'œil du colonel.

- J'ai compris, c'est bon. Et à part ça ? On attend que les gens se calment d'eux-mêmes ?"

L'ancienne journaliste pointa du doigt la proposition inscrite sur la liste : "Préparer les réponses dès aujourd'hui. Nous savons que l'article va arriver. Demain, après-demain. Autant en profiter pour désamorcer ce qui va être dit et préparer nos réponses.

- Quelles réponses ? Nous n'avons pas de réponses à leur apporter. L'opération en cours reste secrète. Nous ne pouvons que leur répéter le même baratin : nous condamnons fermement ce qui s'est passé dans l'Ouest. Toute la lumière sera faite sur ce meurtre qui constitue une entrave à la justice ?

- Il y a d'autres façons de présenter cela.

- Mais en fin de compte cela revient au même. Je ne suis pas certain que nos discours trompent qui que ce soit.

- ça, ça reste mon problème, soupira Evans. A moins que vous n'ayez quelque chose de plus concret à me fournir ?"

Mais Mustang n'avait rien à répondre : la situation était tendue et s'empirait chaque jour. Et rien ne pouvait arranger cela, du moins pas à court terme, à moins que Cochrane ne réussisse par un coup de maître à faire coffrer l'ensemble du FLO d'un coup. Le gouvernement aurait besoin de résultats concrets pour calmer le jeu, pas de simples discours. D'un regard éloquent, Evans lui fit comprendre que son irritation contre elle était déplacée et Mustang se sentit gêné.

"Comment vous sentez-vous ?"

Sa question prit Audra par surprise alors il ajouta : "L'inscription sur votre porte, hier."

La jeune femme soupira : "Pas le message le plus plaisant qu'on ait laissé à ma porte, mais rien de grave.

- Northrop va maintenir la sécurité autour de vous. Essayez de ne pas trop y penser.

- J'ai vu pire, ne vous en faites pas."

Avec un sourire triste, elle se releva et rassembla ses affaires. Ils étaient tous occupés et personne n'avait de temps à perdre. Les participants de sa prochaine réunion attendaient sans doute déjà devant la porte alors l'ancienne journaliste ne traîna pas.

"Elle n'a pas l'air de s'en formaliser, commenta Roy.

- Je pense qu'elle a vu pire, répondit sobrement Hawkeye. J'appelle Remington ? Tzanc peut attendre."

Mustang fit la grimace : moins il parlait à Remington et mieux il se portait. Mais son assistante avait raison, comme toujours. Le plus tôt serait le mieux.

"Appelez-le"


Cette fois encore, Selim dut rompre sa promesse. Mais contrairement aux fois précédents, il n'en ressenti par le moindre remords : le jeu en valait la chandelle et peut-être même plus.

Il avait ordonné à sa mère de rester lire dans le séjour. Officiellement, lui-même faisait la sieste dans sa chambre. En réalité, Selim avait fait le tour pour rejoindre Remington dans la ruelle où ils se rencontraient habituellement. Il le suivit à travers un quartier résidentiel huppé de la capitale et jusque dans un parc où de nombreux enfants de son âge criaient, couraient et se poussaient sous le regard attentif de leurs gouvernantes. Un sentier en terre battue contournait l'araignée pour déboucher sur une place un peu plus calme et dont la moyenne d'âge semblait plus élevée.

Remington s'assit tranquillement sur un bloc de deux bancs, montés dos à dos et un reniflement agacé leur parvint.

"Qu'avez-vous de si urgent à me dire ? Cela ne pouvait pas passer par Jeffrey ?

- Vous n'auriez pas apprécié.

- Allez droit au but, Remington, rétorqua Hakuro.

- Je vous ai apporté Selim Bradley."

Abasourdi, Hakuro en laissa tomber le journal qu'il feignait de lire et se retourna pour faire face au sourire froid de Selim : "Tu vas te retourner et m'écouter."

Comme pour les autres, Selim lut dans ses yeux la surprise se mêler à l'effroi, puis laisser place à un calme anormal. Sans un mot, le général s'exécuta et l'homonculus n'en sourit que davantage.

"Reprends ce journal et maintenant, parle-moi un peu de cette faction de l'armée que tu diriges."

Qui étaient-ils ? Des membres de l'aristocratie militaire, des officiers en tout genre qui lui avaient témoigné du soutien après son procès. Les pratiques de Mustang avaient choqué, en particulier les vieilles familles militaires.

Combien étaient-ils ? Il n'était pas possible de dénombrer de façon précise les membres de cette faction mais d'après ses dernières estimations, presque cinq mille hommes s'étaient joint à sa cause et de nombreux autres étaient prêts à fermer les yeux sur leurs agissements. Ces hommes venaient de toutes les branches métiers de l'armée et étaient éparpillées sur l'ensemble du territoire, malgré une nette concentration dans l'Ouest.

"Et de combien d'hommes disposez-vous dans le Sud ?

- Suffisamment pour agir", répondit Hakuro avec suffisance.

Mais Selim comprenait son assurance : Mustang et Armstrong avaient réussi à prendre le pouvoir avec beaucoup moins que cinq mille hommes. La faction n'était pas une force à négliger.

"Combien exactement ?

- Peut-être mille. Impossible de le dire précisément.

- Et avez-vous déjà agi contre Mustang ?"

Un sourire étrange étira les lèvres de Hakuro : la faction avait aidé le Front de Libération de l'Ouest à se développer. Ils avaient fourni connaissances tactiques, prêté main forte plusieurs et parasité la chaîne de commandement autant qu'ils l'avaient pu à West City et Centrale. Dernièrement, ils essayaient d'identifier l'ensemble du réseau d'informateurs qui travaillaient pour Mustang mais cette opération avait conduit à la capture de l'un des leurs. En guise de représailles, ils avaient eux-mêmes tenté d'enlever une des personnes qui travaillaient pour Mustang mais cette opération avait échoué.

" Qui ? demanda Selim. Comment l'avez-vous identifiée ?

- En les suivant et en les surveillant.

- Quel était son nom ?

- Gabrielle Panaya."

Selim secoua la tête. Si seulement ils avaient réussi. Selim aurait pu faire d'une pierre deux coups et remettre la main sur Panaya. Malheureusement, Hakuro avait échoué et la soldate s'était depuis terrée quelque part, pour que ni ses coéquipiers, ni la faction ne la retrouvent.

"Quand ?

- Il y a quatre jours.

- Continuez de la cherche. Si vous la trouvez, amenez-la à moi", ordonna-t-il à Hakuro. Selim avait quelques questions à lui poser. "En attendant, j'ai besoin que vous alliez chercher quelque chose dans le Sud, pour moi."


Cochrane n'était pas ravi. Evidemment qu'il ne l'était pas. Mais il ne démentit ni les tensions, ni les incidents.

"Nous ne pouvons pas continuer comme cela, général. Nous ne pouvons pas nous retrouver une nouvelle fois avec une région à feu et à sang.

- Il n'est pas nécessaire de me le rappeler, monsieur. Contrairement à ce que vous semblez penser, ce n'est pas mon but.

- Parfait, nous travaillons tous dans le même but. Maintenant parlons des moyens.

- Que voulez-vous que vous fassions ?" demanda Cochrane d'un ton à la fois défiant et dépassé.

Mustang choisit de passer outre et commença à exposer la liste des mesures sur laquelle Remington et lui avaient fini par se mettre d'accord. La discussion n'avait pas été simple ou même calme. Le colonel avait commencé par crier au scandale avant que Roy ne parvienne à le canaliser. Quelque part, le généralissime s'attendait à ce que Cochrane réagisse de la même manière. Mais celui-ci se contenta de se renfermer dans un silence inquiétant, d'autant plus que Mustang ne pouvait pas interpréter son expression ou sa posture, à travers le téléphone.

La ligne grésilla un instant dans un silence inconfortable avant que le général de l'Ouest ne consente finalement à répondre : "Vous pensez que donner davantage de libertés à ces gens va conduire à calmer la situation, monsieur ?

- Cela leur montrera que le gouvernement central prend en compte leur avis.

- Et s'ils décident que ce n'est pas suffisant et demandent davantage ?

- Et que pourraient-ils demander ?

- Le départ des troupes."

Mustang secoua la tête : "L'Ouest ne peut pas décider de faire sécession, seul. Quoi qu'il arrive, cela reste une région d'Amestris. Nos concitoyens.

- Peut-être qu'il faudrait justement le leur rappeler, rétorqua Cochrane.

- Vous souhaiteriez que nous fassions preuve de davantage de fermeté à leur égard, général, je le comprends bien. Mais ensuite quoi ? demanda Mustang. Le FLO aura d'autant plus de cartouches à leur disposition, la Voix du Nord continuera à publier des articles sur nous et en fin de compte, nous nous retrouverons dans une impasse : des émeutes, que nous réprimerons, et encore une fois, un conflit. J'espère ne pas me tromper en affirmant que vous ne souhaitez pas plus que nous à vous retrouver dans cette situation ?

- Vous ne vous trompez pas, marmonna Cochrane entre ses dents. Simplement, que se passera-t-il si ces personnes ne se montrent pas raisonnables comme vous supposez qu'elles le soient ?

- Alors nous aviserons."

Heureusement pour Roy, la mort de Zilvinas était encore suffisamment récente pour que Cochrane ne proteste pas davantage. Il accepta presque sans opposer de résistance les mesures que Centrale proposait. Le couvre-feu serait ramené à vingt-et-une heures et les habitants pourraient se réunir jusqu'à un maximum de dix. Mustang réprima un soupir de soulagement : le plus dur était fait.

"Qui avez-vous choisi pour cette opération ? demanda-t-il concernant l'opération d'infiltration.

- Je préférerais ne pas citer son nom, si cela ne vous dérange pas.

- Bien sûr."

Encore une fois, la conversation avait lieu dans deux bureaux qui n'étaient pas les leurs - logistique pour Mustang, comptabilité pour Cochrane.

"Comment avez-vous choisi votre homme ? Une personne de confiance ?

- Autant qu'on puisse l'être. Nous avons sélectionné des profils qui semblaient correspondre au type de mission : discrets, efficaces, avec un état d'armes irréprochables. Trois candidats ont ensuite eu un entretien avec le service de renseignement qui en a retenu un. Il est actuellement en train d'être formé.

- Le connaissiez-vous ?"

Cochrane avait décidé de déléguer la responsabilité de cette mission et impliquer son équipement de renseignements intérieurs, ce qui constituait déjà un large nombre de personnes. Davantage que ce que Roy aurait préféré. En cas de taupe dans l'équipe, l'infiltré serait en mauvaise posture.

"Pas beaucoup, admit Cochrane avec réluctance. Mais son dossier est irréprochable et j'ai confiance dans le jugement de mon équipe."

Mustang échangea un regard avec Hawkeye, toute aussi dépitée que lui, et secoua la tête. Il n'avait plus qu'à espérer que l'opération fonctionne. Cochrane n'était pas un incapable et malgré la présence de traîtres dans ses rangs, Roy pouvait encore espérer que les choses aboutissent.


Hawkeye lui avait fait parvenir la copie du dossier relativement tard, via un coursier qu'ils connaissaient tous les deux. A sa décharge, le contacter alors qu'il était dans le fin fond du district Sud n'était pas une mince affaire. Breda parcourut rapidement le dossier de leur mystérieux assaillant : le major David Quinn, en poste aux services de maintenance, précédemment aux services financiers. De parents et grands-parents tous militaires, il faisait partie de cette aristocratie militaire qui n'envisageait pas d'autres carrière que dans les armes pour leurs membres masculins. En parcourant ses états d'armes, irréprochables évidemment, Breda se fit la réflexion qu'Armstrong devait sans doute le connaître. Ross pourrait sans douter aller lui tirer quelques vers du nez, sous couvert de prendre de ses nouvelles.

"Quelque chose d'intéressant ? demanda celle-ci, impatiente.

- Ce type pourrait être le parfait représentant de l'aristocratie militaire. Parcours pour l'instant irréprochable et références glorieuses de ses supérieurs.

- Quelque chose d'utile pour notre interrogatoire ? insista Ross.

- Possible : son père est décédé dans les combats de Centrale. Sa veuve s'est retirée de toute activité depuis. Pour le reste, rien de très surprenant. Son frère est également dans les rangs et sa sœur mariée à un autre militaire", énuméra calmement Breda.

Son calme semblait déconcerter le major, remarqua-t-il avec amusement.

Ross prit néanmoins sur elle pour continuer la conversation de manière professionnelle : "J'imagine que sa motivation est relativement évidente : il déteste Mustang à cause de la mort de son père. L'avoir dépeint comme un traître à sa patrie n'a sûrement pas dû aider non plus. Peut-être qu'on peut se servir de ça ?"

Breda lui tendit le dossier sans un mot et Ross ne répondit que par une moue peu convaincue qu'il ne vit pas : il observait à travers la vitre sans tain leur homme. Après quelques jours avec un régime de sommeil amoindri, l'homme avait considérablement pâli et ses cernes s'étaient creusés, mais il n'affichait aucun signe de nervosité. Il était presque tranquillement assis contre son dossier, si ce n'est un peu trop droit, ses mains croisées devant lui. Et plus déstabilisant, il regardait droit devant lui, comme s'il pouvait voir à travers la vitre : il ne craignait rien, n'avait peur de rien.

"Je pense que je peux, affirma Breda.

- Vraiment ?

- Qui ne tente rien à rien. Et vu son dossier, je ne pense pas me tromper en supposant que cet homme doit avoir les idées les plus conservatrices possibles ?"

Ross acquiesça avec un rire sarcastique : les femmes étaient nombreuses dans les rangs. Mais le degré de respect qu'on leur accordait variait énormément. Ces militaires de tradition considéraient généralement que le rôle principal des femmes était de perpétuer la lignée. Elles pouvaient travailler mais ce travail était toujours secondaire à leur devoir et elles n'étaient présentes dans l'armée que pour les tâches mineures ou pour remonter le moral des troupes. Clairement, Ross n'avait aucune envie de parler à cet homme.

"Alors il va sans doute vous regarder de haut ou attendre que vous soyez sa mère, continua Breda. Du coup, je serai le mauvais et vous la gentille ?

- Et Broche ? demanda Ross un instant amusée.

- On le laissera trouver sa place tout seul."

Breda contourna la cloison supplémentaire et entra dans la salle. Premier round.

"Major David Quinn.

- Major Breda, répondit Quinn avec le même aplomb.

- Est-ce qu'on se connait ?

- Jamais rencontré mais votre nom est connu. Ancien subordonné de Mustang, ayant mystérieusement pris sa retraite après la prise de Centrale. Il faut avouer que le timing était un peu suspect.

- Havoc a également pris sa retraite.

- Après avoir fini en fauteuil roulant", fit remarquer Quinn.

Breda fit une moue impressionnée : "Est-ce que tous vos petits camarades sont aussi informés que vous ?

- C'est bien possible. Nous sommes très bien organisés."

Quinn ne prenait même pas la peine de nier, pas la peine de faire semblant ou d'essayer de cacher l'existence de cette organisation qui complotaient contre Mustang.

"Est-ce que c'est une activité de père en fils ? Une sorte de tradition familiale ? demanda Breda.

- L'armée ?

- La trahison."

La mâchoire de Quinn se contracta légèrement mais il parvint à rester calme : "Tout dépend du point de vue duquel on se place : vous avez pris le pouvoir. Nous savons tous très bien que Mustang n'a pas sauvé Centrale d'une prise de pouvoir par des factions rebelles. LE rebelle, c'était lui.

- Ce n'est pas ce qui est écrit sur le papier, fit remarquer Breda.

- Nous savons tous que la vérité n'est pas forcément celle qui est écrite sur le papier.

- Pour le grand public, si, en tout cas : Mustang a sauvé Centrale de rebelles qui tentaient de s'emparer du pouvoir. Malheureusement Bradley est mort dans ces attaques. Ce n'a pas été une grosse perte puisque finalement, ses pratiques n'étaient pas très régulières. Mais votre père devait en savoir quelque chose, non ? Il a toujours été un supporteur de Bradley, comme nous tous à l'époque. Bien sûr, nous ne savions pas pourquoi nous risquions nos vies. Mais votre père ? Est-ce que lui aussi a été le petit toutou de Bradley jusqu'à découvrir le pot aux roses ? Peut-être qu'il ne l'a jamais découvert ? ça serait pire."

Les mains de Quinn étaient crispées sur la table, serrant si fort que sa peau en devenait livide. Le major le fixait avec un regard de pure haine que Breda s'étonna de ne pas le voir essayer de s'en prendre physiquement à lui. Par pure provocation, il s'autorisa un sourire.

"Mustang a illégalement...

- Qu'est-ce que ça fait de se rendre compte qu'on a été le dindon de la farce ? coupa Breda. Je veux dire, votre famille soutenait réellement Bradley par pur patriotisme, j'imagine : la grandeur du pays, la gloire de l'armée etc. Qu'est-ce que ça fait de se rendre compte que Bradley était un connard fini, corrompu, prêt à tuer tous ceux qui ne le suivaient pas, civil ou militaire peu importe ? Et en plus, de mourir pour lui ?

- Ne parlez pas de choses que vous ne comprenez pas, grinça Quinn.

- Parce qu'en plus, votre famille a toujours été considérée comme sympathisante de Bradley, la plupart des gens doivent aujourd'hui ne voir qu'en vous un traître. Ou un abruti, au mieux. Alors, qu'est-ce que ça fait ?"

Les yeux de Quinn lancèrent des éclairs un instant avant que l'homme ne se force à inspirer calmement. Il se pencha ensuite légèrement vers Breda, faisant tinter les menottes.

"Une satisfaction indescriptible lorsque nous aurons descendu Mustang de son trône et l'auront remis à sa place.

- Vous êtes confiant, même si je ne vois aucune raison pour vous de l'être.

- Alors vous êtes l'imbécile, rétorqua Quinn. Nous sommes plus nombreux que vous ne le pensez et nous sommes organisés.

- J'imagine. Toute l'aristocratie militaire, unie dans un seul but ? Faire descendre Mustang de son piédestal ?"

Quinn lui adressa un sourire un peu tordu.

"En attendant, vous êtes seul ici, enchaîné au mur, pointa Breda. Et personne n'est là pour vous sauver.

- Et vous pensez que cet état est permanent ? s'amusa Quinn. De combien de jours suis-je ici ? Deux, trois ? Quatre ? Plus les jours passent et plus la probabilité que mes coéquipiers ne débarquent augmente."

Il avait beau être fatigué, attaché, la lueur de certitude au fond des yeux de Quinn ne vacillait pas. Et cette confiance à toute épreuve éveilla le doute chez Breda.

"Je vous l'ai dit mais vous n'écoutez pas : nous sommes plus nombreux que vous ne le croyez, et beaucoup mieux organisés."

Ce ne pouvait être qu'une coïncidence, une coïncidence de merde, mais à ce moment-là, Ross tapa contre la vitre. Avec un sourire goguenard, Quinn regarda Breda quitter la salle. Ross et Broche l'attendaient de l'autre côté et ne lui laissèrent pas le temps de demander : "Des véhicules militaires en approche. Quatre. Je n'ai pas pu voir le nombre exact de personnes à bord, l'informa Broche."

Breda jura : "Vous avez pu voir..." mais il s'interrompit de lui-même. Si les troupes régulières, mêmes loyales à Mustang, les trouvaient ici avec un prisonnier, il ne faisait pas grand cas de ce qui allait leur arriver. Et s'il s'agissait de la faction, alors il savait déjà ce qui se produirait. Ross et Broche devaient sans doute avoir eu le même raisonnement car ils se mirent à rassembler les affaires éparpillées dans la planque pour ne laisser aucune trace de leur passage.

"Quinn ?

- Pas le temps, monsieur, répondit Broche. Nous sommes sur le point de devenir les proies."


Selim avait encore un peu de temps avant de devoir faire acte de présence devant sa mère. Aussi ne rentra-t-il pas directement. Du moins, pas directement dans sa chambre. Après s'être glissé par la porte de la cuisine, il descendit directement dans la cave, toujours suivi de Smith. La pièce n'était pas régulièrement utilisée, pas aménagée ou éclairée et Selim distinguait à peine les deux silhouettes contre le mur du fond. Néanmoins, sa mère gardait toujours dans la cave, une lampe à huile que Smith alluma sur ordre de sa part - craquement d'allumette et grésillement - et leva à hauteur de ses yeux. Maintenant, Selim pouvait voir à ses pieds les frères Elric, accroupis contre le mur, bâillonnés et attachés aux tuyaux qui parcouraient la pièce. Il sourit.

Smith lui avait apporté ce présent, juste avant sa visite à Cochrane, au moment où Selim n'y croyait plus. Il avait dû se retenir de ne pas plus extérioriser sa joie ou de leur régler leur compte sur le champ. Sa visite à Hakuro était plus urgente, alors il avait pris soin de les faire attacher les bras écartés, sans aucun recours pour dessiner un cercle ou tenter de se libérer. Depuis, les deux adolescents s'étaient réveillés et le fixaient d'un air furieux, mais ils n'avaient pas réussi à s'échapper. Selim les toisa un instant et savoura ce moment d'intense satisfaction, avant de finalement s'avancer et dégager les baillons qui les entravaient.

"Que faites-vous ici ?

- Je ne vois pas en quoi ça te regarde, sale mioche", cracha Edward, avec tant de mauvaise foi et d'hostilité, que le sourire de Selim s'élargit d'amusement cette fois.

"Quand tu épies à travers ma clôture, ça me regarde, Fullmetal.

- Alors tu es réellement de retour, Pride ? demanda calmement Alphonse.

- Comment vous pouvez le voir."

Cela ne servait à rien de le dissimuler : entre Panaya et ce qu'ils avaient vu, les frères étaient largement capables de rassembler les pièces du puzzle tout seuls. Et de toute façon, ce n'était pas comme si Selim n'avait pas les moyens de s'assurer de leur silence.

"Qu'est-ce que tu prépares cette fois ? La fin du monde ? Je croyais que tu tenais à Mme Bradley.

- Je tiens à elle, confirma tranquillement avec Selim, mais je ne vois pas ce qu'elle vient voir là-dedans.

- La preuve que tu restes un homonculus, au fond, rétorqua Edward. Tu penses réellement pouvoir faire ce que tu veux sans que cela ne tombe à l'eau comme la dernière fois ? Que ressentira Mme Bradley lorsqu'elle apprendra...?

- Et que suis-je en train de faire ?" l'interrompit Selim.

Les deux frères restèrent silencieux un instant, preuve qu'ils n'avaient pas la moindre idée de ce qu'il mijotait.

"Aux dernières nouvelles, aucune règle n'imposait mon amnésie. On ne peut pas me reprocher d'avoir retrouvé ma mémoire.

- Non, mais tu romps le pacte conclu avec Mustang, pointa Alphonse. Les conditions qu'il a imposé quant à ta liberté. Et tu manipules ses hommes, ajouta-t-il avec un geste en direction de Smith.

- Quelle preuve as-tu ? Il pourrait être là de sa propre volonté.

- Des conneries, grommela Edward. Le simple fait de nous avoir retenu ici serait suffisant pour que Mustang te fasse embarquer et t'enferme dans une cellule."

Selim eut un petit rire : "Et sais-tu pourquoi je ne suis absolument pas inquiet, Fullmetal ?"

Une légère appréhension saisit les deux frères, malgré la lueur d'hostilité qui brillait toujours dans leurs yeux.

"Je peux te faire oublier, tout ce que je veux.

- Bien sûr, rit Edward. Et...

- Non, tu vas oublier que tu m'as vu, Fullmetal" lui ordonna Selim.

Immédiatement, le jeune homme sembla perdre toute résistance et s'affaissa légèrement sur lui-même.

"Nii-san ? l'interpela Alphonse avec une voix inquiète. Nii-san, est-ce que ça va ?

- Il ne va pas te répondre, indiqua calmement Selim. Pas si je ne lui en donne pas l'ordre. En fait, je ne sais même pas s'il t'entend.

- Qu'est-ce que tu lui as fait Selim ?"

La colère faisait flamboyer ses yeux et inconsciemment, l'alchimiste tirait sur les cordes qui lui attachaient les poignets pour tenter de se libérer. Mais Smith avait bien fait les choses et le jeune homme ne parvenait qu'à s'écorcher la peau. Tant de résistance en lui fit sourire Selim. Leurs tentatives seraient cette fois si vaines.

"Rien, mais disons que ton frère va oublier m'avoir vu. Et à vrai dire toi aussi. J'ai des plans, Alphonse. Des plans pour me venger de ce que vous nous avez fait, Mustang, ton frère et toi.

- Et que t'avons-nous fait, Selim ? demanda Alphonse, avec défiance, malgré son teint plus pâle que jamais. Nous vous avons empêchés de détruire ce pays et tué l'ensemble des habitants. Après quoi, nous t'avons ramené chez ta mère.

- A qui vous avez fait vivre un enfer", rétorqua Selim en martelant chacune de ses syllabes.

Ses mains tremblaient de colère et de fatigue mais cela n'avait aucune espère d'importance à ce moment-là : "Vous l'avez rendue prisonnière dans sa propre maison, condamnée à ne jamais sortir, ne jamais pouvoir avoir d'amis, ne jamais pouvoir avoir de vie. Et vous allez payer pour tout cela.

- Nous ne...

- Tais-toi", lui ordonna-t-il sèchement.

De la même façon que son frère, Alphonse sembla disparaître en lui-même. Son visage redevint lisse. Envolés, la colère et la défiance.

"Vous allez oublier tout ce que vous avez vu ici, à Centrale. Grace Hugues vous a invité à venir chez elle rendre visite à sa fille. Vous êtes venus, vous avez passé un après-midi plus que charmant chez elle, et vous avez passé le reste du temps... à la bibliothèque de Centrale, à faire des recherches. Mais vous n'avez jamais parlé à Mary Bradley, vous ne m'avez jamais vu et vous inquiétez à mon sujet ne vous a jamais traversé l'esprit."

Les deux frères hochèrent la tête, l'air absent.

"Je vais vous détacher et vous allez rentrer à Resembool. Cette conversation n'a jamais eu lieu."

Selim avait d'autres plans pour eux, d'autres plans que simplement en faire ses marionnettes. Les renvoyer à Resembool n'était pas optimal mais Selim devait leur reconnaître cela : les frères Elric commençaient déjà à interférer dans ses projets avant même que ceux-ci ne soient prêts. Les conserver à proximité, à Centrale, n'était pas envisageable. Pas avec cette subordonnée de Breda toujours dans la nature. Cet ordre allait sûrement retarder ses préparatifs mais Selim préférait ne prendre aucun risque.

Au moment propice, il les ferait revenir.

A suivre...


Qu'est-ce que Selim prévoit de faire avec les frères Elric ? Qu'a-t-il demandé à Hakuro d'aller lui chercher dans le Sud ? Que va-t-il arriver à Breda, Ross et Broche ? La suite dans le prochain chapitre : Les morsures du passé (de Lisa Gardner, encore une fois). Oui, je tease mes propres chapitres, yakoi ?

Encore un grand merci au gouvernement pour m'avoir donné des idées en plein NaNo. J'espère que vous vous portez bien dans le contexte actuel.