Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai et le titre du livre vient d'un roman de Lisa Gardner (encore une fois, oui, oui)

Mon petit blabla avant de commencer : Bon en fin de compte, je suis coincée chez moi jusqu'à lundi minimum (cas contact. Prenez soin de vous et restez safe) donc voilà le chapitre. J'ai prévenu dans le dernier chapitre de Renoncer et Hésiter mais en raison de problèmes familiaux, je ne suis pas certaine réussir à conserver le rythme de publication. Mais tous les chapitres sont écrits jusqu'au numéro 33, donc pas d'inquiétude :) et merci à Musing-and-Music pour ses fidèles reviews. Non, rien ne s'arrange pour Mustang, mais j'aime torturer mes personnages. Que puis-je dire de plus ? :)

Précédemment dans La Pièce Vide : Après avoir vu le message de Panaya, les frères Elric se précipitent la tête la première chez les Bradley et ne manquent pas de tomber dans les griffes de Selim. Celui-ci les renvoie à Resembool pour avoir le champ libre, après avoir réussi à mettre la main sur l'homme à la tête de la faction : le général Hakuro. De son côté, Mustang doit faire face à de plus en plus de critiques et une situation de plus en plus tendue, depuis la fuite du meurtre de Zilvinas. Breda est quant à lui obligé de prendre la fuite, lorsque des membres de la Faction débarquent dans la planque...


Les morsures du passé

"Le héros d'Ishbal. Ou plutôt son boucher.

Le président Roy Mustang a connu une carrière fulgurante au sein des rangs de l'armée : états de service irréprochables sur le front à Ishbal, au quartier général de l'Est puis à Centrale où il finit par sauver le Quartier général de Central City, et la première dame du pays au passage. Ce parcours auréolé de succès prend racine dans le confit ishbal : sept années de guerre civile sans répit, avec toutes les atrocités qu'on lui connait. Des milliers d'orphelins, d'innombrables blessés, la quasi-éradication d'un peuple et l'exode massif des survivants. Sept années d'un conflit qui a été soldé par l'envoi des alchimistes d'état. Cependant peu savent que les alchimistes sur place n'ont pas seulement été déployés pour massacrer les derniers combattants Ishbals mais également pour faire du front de l'Est le premier laboratoire à ciel ouvert.

Entre 1901 et 1908, des milliers de citoyens Ishbals ont été capturés, torturés sous l'œil de soi-disant scientifiques, si ce n'est pas simplement tués et disséqués. Le président Mustang, aujourd'hui si adulé des foules, n'y est pas pour rien. Ses états d'armes indiquent que la seule année de son déploiement sur le front, 137 personnes ont péri de ses mains pour alimenter les recherches prétendument médicales menées dans le Sud. Moines combattants, civils, hommes, femmes, enfants... Tous carbonisés à des degrés divers. Le décompte ci-joint est accablant tant pour l'administration militaire que pour notre cher président et ne fait même pas état des ishbals tués lors des opérations de reconquête du territoire. A la lumière de ces nouvelles informations, les nombreux efforts du président à l'égard de la population ishbale ne semblent plus si étonnants que cela. Néanmoins, après tant de sang versé, on peut légitimement se demander s'il est encore possible de racheter son âme. En tout cas, on l'espère pour notre cher président..."

Le silence resta pesant un long moment après la lecture à haute voix des premiers paragraphes par Audra. Mustang releva calmement la tête pour affronter son regard, faisant bien attention à ne pas croiser celui de son assistante : il pouvait endurer le jugement des autres mais pas la pitié et surtout pas venant de Riza.

"Est-ce que c'est vrai ? demanda calmement Evans.

- Oui."

Sa propre voix lui sembla comme rouillée et Roy s'éclaircit la gorge pour ne pas flancher face à l'expression désabusée de l'ancienne journaliste.

"La totalité ? Ou uniquement une partie ?

- Je ne connais pas le nombre exact, admit-il, mais je pense qu'il serait facile de comparer la liste publiée avec mon état de service. En tout cas, je pense que tout est vrai."

Evans laissa retomber le journal et se prit le visage entre les mains : "Je ne vois même plus ce qu'on pourrait faire."

La sentant près de l'explosion, Mustang resta silencieux un instant. L'ensemble des dossiers liés à Ishbal était censé être scellé. Personne n'aurait pu y avoir accès, à l'exception du niveau d'accréditation le plus élevé de l'armée, et même dans ses rangs, même parmi les personnes qui avaient participé au conflit, rares étaient ceux au courant. Le choc devait être immense, et Roy n'osa pas imaginer les réactions en centre-ville. Qu'est-ce que cela faisait, de découvrir que le héros qu'on admirait, l'homme qui dirigeait le pays, avait massacré des centaines de personnes pour uniquement les envoyer dans un centre de recherche illégal ?

"Est-ce que d'autres révélations risquent de suivre ? sur Ishbal ou sur autre chose ?

- C'est tout à fait possible."

Si ce journal avait eu accès à ses états de service pendant la guerre, il avait sûrement également accès à ceux des autres. Hawkeye, Ravier, Marcoh, Knox, Kimbley... Il n'avait qu'à choisir.

"Il faut qu'on soit prêt. Je veux une liste, ou mieux : accès à ces dossiers.

- Je ne pense pas que ça soit une bonne idée, intervint Hawkeye.

- Comment suis-je censée être prête alors ?

- Je peux vous faire une liste de noms, des résumés, mais ces dossiers..."

Ces dossiers avaient de quoi rendre fou n'importe qui. Evans comprit le sous-entendu et hocha la tête.

"Il va également falloir qu'on trouve une réponse à cette article et très vite", pointa Audra d'une voix lasse.

Pour l'instant, la jeune femme ne semblait pas pouvoir le regarder dans les yeux.

"Heureusement, l'article lui-même nous montre une piste : la réhabilitation Ishbale. Est-ce que votre culpabilité a réellement été le facteur motivant l'ensemble des efforts réalisés dans le Sud ? La réhabilitation du peuple ishbal ? Ce discours lorsque..."

Sa voix se brisa, comme si elle se souvenait maintenant de l'inscription. "Meurtrier, les cendres de nos frères brûlent encore dans l'air"

"Oui, tout, confirma Mustang. Le but était de nous racheter auprès d'eux. Mon ascension au poste de généralissime, également.

- Depuis le début ? demanda Audra en évitant son regard.

- J'ai voulu devenir généralissime après ce conflit. Pour éviter qu'un autre ne se reproduise."

La jeune femme hocha la tête : "On va axer sur cela. Quelles sont vos relations aujourd'hui avec les représentants ishbals ?

- Darragh ? demanda Mustang sans comprendre où elle voulait en venir. Les relations sont cordiales, pacifiques.

- Suffisamment pour lui demander d'intervenir en notre faveur ?

- Pour quelle...

- Un des meilleurs angles d'attaque à l'encontre de cet article serait de montrer qu'il ne fait que remuer les erreurs du passé, expliqua Audra. Erreurs dont vous avez pleinement conscience et que vous cherchez à réparer. Mais nous ne pouvons pas unilatéralement décréter que la guerre Ishbale appartient au passé, sans quoi tout notre discours apparaîtra comme hypocrite, niant la réalité du conflit.

- Alors vous voulez que je demande à Darragh d'intervenir en notre faveur ?

- Tous les yeux seront rivés sur lui et sur nous."

Le raisonnement était parfaitement logique et solide, de ce que Mustang pouvait en juger, mais Audra refusait toujours obstinément de croiser son regard. Elle avait émis ce plan d'action d'une voix froide et impassible et fixait invariablement la lampe de son bureau.

"Nous pouvons lui demander cette faveur, confirma Hawkeye, intervenant pour la première fois. Darragh pourrait refuser mais je vois mal pourquoi : nos rapports sont toujours allés dans le sens de la coopération. Et de ce que nos contacts dans le Sud nous ont rapporté, le peuple ishbal redoute ce qui pourrait leur arriver si Mustang quittait le pouvoir. Ils ont tout intérêt à nous aider.

- Alors faisons cela, conclut Audra en croisant les bras : vous contactez les représentants Ishbal et vous leur expliquez l'idée. S'ils ont besoin de notre aide tant technique que... littéraire sur le sujet, ils peuvent nous solliciter. Je pourrais très bien leur soumettre une proposition de discours. En attendant, je vais aller travailler sur le vôtre. Vous allez devoir parler d'ici la fin de journée au plus tard.

- Très bien, je vous remercie de..."

Mais le fracas de la porte qu'on enfonçait presque l'interrompit.

"Est-ce que vous avez vu... ?"

Remington s'arrêta de lui-même en constatant la présence d'Evans : "M'inviter aurait été plus efficace, fit-il remarquer en fronçant les sourcils. Ce torchon est intolérable. Est-ce qu'ils se rendent compte...

- Pas maintenant, colonel, le coupa Mustang.

- Mais je...

- Pas maintenant, répéta-t-il d'un ton ferme avant de rediriger son attention vers Audra : je vous remercie pour tout ce que vous faites, Mlle Evans. Réellement. N'hésitez pas à me solliciter si vous avez besoin de quoi que ce soit.

- Je ne vois rien d'autre, actuellement, répondit la jeune femme, avant de se retourner. Mais je reviendrai vers vous si besoin. A plus tard."

Plus que son visage inexpressif, son ton froid inquiéta Mustang. Il lança un regard inquiet à Hawkeye qui saisit instantanément le message et emboîta le pas de l'ancienne journaliste. Mustang soupira et se tourna vers Remington : "Que se passe-t-il ?

- Des problèmes en centre-ville."


Audra se fraya un chemin parmi les couloirs bondés, bien décidée à mettre autant de distance que possible entre le bureau de Mustang et elle. Malheureusement, Riza avait décidé de la suite et l'ancienne journaliste sentait que la militaire ne la laisserait pas filer comme ça. Hawkeye lui attrapa le bras : "Est-ce qu'on peut discuter ?

- Je ne suis pas sûre d'avoir le choix."

Sa réponse sembla blesser la soldate : "Vous avez le choix, nous n'avons pas à parler de ça. Mais j'ai besoin que vous compreniez, Audra.

- Comprendre quoi ?"

Hawkeye lança un regard vers les militaires qui les entouraient et leurs oreilles indiscrètes : "Pas ici."

Avec un soupir, Audra lui fit signe de la suivre vers son propre bureau qui n'était plus très loin et ignora le remerciement de Riza.

"Que suis-je censée comprendre ? demanda-t-elle une fois la porte refermée derrière elle.

- Le contexte dans lequel tout cela s'est produit.

- Est-ce qu'un contexte particulier pourrait justifier ces actes ? s'indigna Audra.

- Pas les justifier. Rien de ce que nous avons fait ne peut être justifié. Mais les expliquer."

L'article ne parlait pas d'Hawkeye, étrangement - peut-être que le journaliste se réservait un prochain article sur elle - et Audra avait presque oublié que la jeune femme avait participé au conflit également.

"Nous étions à peine sorti de l'enfance, commença à expliquer Riza. A peine des adultes, fraîchement sortis de l'école de guerre ou toujours à l'académie, pour certains. Nous ne savions rien sur la guerre, sinon qu'elle durait depuis des années, et coûtait terriblement en vies, d'un côté comme de l'autre.

- Et donc ?

- Et donc nous avons été débarqués en première ligne, avec l'idée qu'il fallait mettre un terme à ce conflit, peu importe le coût humain, car les années avaient déjà réclamé beaucoup trop de vies. Nous ne connaissions rien à la guerre lorsque nous sommes arrivés alors nous avons juste obéi, d'abord pour survivre, ensuite pour protéger les vies de nos coéquipiers.

- Les morts du combat sont une chose, pointa Audra. Ces expérimentations sur les cadavres Ishbals en sont une autre. Mustang aurait pu refuser d'obéir.

- Comment ? demanda Hawkeye. Vous savez mieux que moi ce que Bradley faisait subir à la population civile. Croyez-vous réellement qu'il aurait hésité à se débarrasser de troupes un peu trop encombrantes ? Peu importe l'efficacité ou les talents d'alchimie, nous ne pouvions qu'acquiescer et obéir."

L'argument était valable : Bradley avait commis des atrocités toutes ces années et Audra avait tenté à son échelle de lutter contre cela, voyant année après année ses camarades journalistes disparaître les uns après les autres. Mais malgré cela, elle n'arrivait pas à accepter cette information. C'était beaucoup trop pour elle. Trop affreux, trop inhumain, trop cruel. Trop Bradley.

"Pour autant, cela ne justifie pas ce qu'il... ce que vous avez pu faire à Ishbal.

- Rien ne le justifie et jamais rien ne rachètera ce que nous avons pu commettre, confirma Riza en secouant la tête. Nous essayons de faire au mieux, de réparer au mieux les torts que nous avons causés, est-ce que vous comprenez cela ? Est-ce que vous pouvez avoir confiance dans le fait que nous essayons de notre mieux ?"

Peut-être. Peut-être pas. La nouvelle était beaucoup trop fraîche pour qu'Audra puisse se sentir sûre de quoi que ce soit. Elle haussa les épaules d'un air dépassé et Riza n'insista pas.

"Maintenant, je comprends mieux pourquoi tous semblent aussi tendus sur la question de l'affaiblissement de l'armée, reprit Audra d'une voix faible. Si le pouvoir n'est plus détenu par l'armée, alors il se pourrait qu'un jour, le dirigeant élu décide de vous mettre face à la justice. Et vous seriez tous jugés, comme criminels de guerre.

- Et nous l'aurons mérité."


S'extirper de la planque n'avait pas été une mince affaire. Heureusement, Broche avait pu détecter l'arrivée des véhicules suffisamment tôt et ils avaient quitté les lieux presque immédiatement, abandonnant Quinn sur place. Une fois sortis de la maison, ils avaient été alors forcés de constater que l'omniprésence de terrains vagues et champs de blés encore nus ne leur fournissait aucun couvert, aucun endroit où se dissimuler. L'avantage de cette cachette s'était alors retourné contre eux.

"Dans la voiture, ordonna Breda.

- Ils vont juste nous suivre, fit remarquer Ross, en sautant néanmoins à une place.

- Une partie va descendre vérifier la maison et le reste va nous suivre, confirma Breda. Il y a un bois à deux kilomètres. On va y conduire et puis descendre s'y cacher. On a suffisamment d'avance pour pouvoir les semer à pied.

- Espérons."

Breda démarra sans un mot. Heureusement pour eux, la suite des événements se déroula exactement de la façon dont il l'avait prédit. A travers le rétroviseur, il vit le groupe se séparer en deux et trois voitures les poursuivre. Il écrasa l'accélérateur. Ils abandonnèrent leur véhicule à l'orée de la forêt puis se retrouvèrent bientôt à haleter entre les arbres.

Par chance, il n'avait pas plu depuis plusieurs semaines. Le sol était sec et ne conservait pas la trace de leur passage, du moins aucune de trop évidente. Le terrain était parcouru de ravines qui éventraient le sol, marqué par les rochers et les énormes racines. Broche leur désigna une cavité et les soldats s'y glissèrent le cœur battant. Ils pouvaient déjà entendre les hommes de la faction s'approcher. Ne restait plus qu'à s'y dissimuler et guetter.

La nuit se transforma en une longue partie de cache-cache avant que finalement, le soleil ne fasse son apparition entre la cime des arbres.

"Je ne les entends plus depuis un moment, chuchota Broche. Et vous ?"

Ils étaient transis de froid - les températures nocturnes avaient considérablement chuté ces derniers jours - boueux et fatigués. Mais la tension dans leurs corps ne se relâchait pas. Ils avaient passé la nuit à guetter, courir et se terrer, et maintenant, ils étaient épuisés.

"Moi non plus, confirma Ross, je pense qu'ils ont abandonné.

- Probable", acquiesça Breda d'un signe de tête.

En tout cas, il l'espérait car ils allaient devoir encore regagner Centrale avant de pouvoir espérer se reposer un peu.

D'un geste prudent, il releva la tête pour regarder hors de la ravine dans laquelle ils s'étaient réfugiés. Personne et pas un bruit. Il compta jusqu'à dix avant de se hisser hors du trou.

"Je pense que c'est bon."

Ses deux coéquipiers sortirent à leur tour de leur cachette et le suivirent en direction de l'endroit où ils avaient abandonné leur voiture.

"Comment ont-ils su où venir ?" chuchota Broche.

Malgré l'apparent calme du bois, tous les trois restaient sur le garde, prêts à se remettre à courir si besoin : ils étaient poursuivis par des militaires, eux aussi rompus à l'air du camouflage et de la traque.

"David Quinn connaissait nos noms, expliqua Breda, en tout cas le mien et celui des membres de l'équipe Mustang. Ces hommes sont beaucoup plus préparés que ce que nous le pensions."

Et beaucoup plus préparés qu'eux, ajouta-t-il pour lui-même. Ils avaient sous-estimé l'ennemi et auraient pu le payer beaucoup plus cher.

"Qu'a-t-il révélé d'autre ? demanda Ross, en se frictionnant les bras.

- Cette faction serait très étendue. En tout cas, il n'a même pas cherché à nier son existence, son but ou sa propre affiliation à cette organisation. Cela montre qu'ils ont extrêmement confiance en eux. Et une partie de l'aristocratie militaire y serait liée.

- L'aristocratie militaire ? répéta Broche.

- Quinn en faisait partie. Sa famille faisait partie des proches de Bradley et son père est mort dans les combats de Centrale.

- Autrement dit, son père est mort à cause de Mustang, et sa famille considérée comme traître à la patrie depuis les procès initiés par Mustang, conclut Broche. Le motif devient assez clair."

Breda hocha la tête en se pinçant l'arête du nez. L'adrénaline commençait à retomber et la fatigue se faisait de plus en plus ressentir.

"Et maintenant que fait-on ? soupira-t-il.

- Il faut qu'on prévienne Mustang.

- On ne peut pas y aller directement. Si ces hommes ont réussi à nous trouver et qu'ils sont aussi confiants, alors ils sont non seulement nombreux, organisés, mais également placés à des postes stratégiques de l'administration militaire, fit remarquer Ross.

- Je sais.

- J'imagine que nos appartements sont aussi contre-indiqués, supposa Broche.

- Et toutes les planques de l'équipe Mustang : s'ils ont réussi à retrouver celle-là, je ne donne pas cher des autres.

- Celle qu'on a utilisée pour planifier cette opération ?" demanda Broche.

Breda haussa les épaules sans un mot : s'ils connaissaient l'existence de cette planque alors il n'était pas impossible qu'ils soient également au courant de la surveillance des Bradley. Son esprit commençait déjà à imaginer les pires scénarios - ils étaient au courant de l'existence de Selim - lorsque la voix découragée de Ross l'interrompit : "Avant ça, il faudrait qu'on trouve comment regagner Centrale".

Si la course en pleine nuit les avait fait zigzaguer, ils n'avaient aucun mal à revenir à leur point de départ dans la forêt. Problème : la voiture avait disparu.


Les deux abrutis étaient assis en pleine terrasse lorsque Panaya les repéra.

Elle avait trouvé leur mot épinglé au tableau d'information du café le jour même et constaté qu'elle avait manqué le rendez-vous.

Peut-être qu'en se mettant à découvert, les frères Elric avaient cherché à attirer son attention de façon maladroite ? Mais même la foule dense de la gare ne constituerait pas une protection suffisante si quelqu'un se décidait à s'en prendre à eux.

Panaya se laissa tomber sur la dernière chaise vide : "Vous vous foutez de moi ?" grommela-t-elle.

Leur expression surprise l'agaça d'autant plus et elle poursuivit sans les laisser parler: "Vous étiez censés faire profil bas le temps que je revienne vers vous, pas vous afficher en terrasse. Je sais que j'ai loupé votre dernier...

- Est-ce qu'on vous connait ? la coupa poliment Alphonse.

- C'est moi, abruti. J'ai juste mis en perruque."

Mais ce commentaire ne sembla pas éclairer les deux frères davantage.

"Vous vous moquez de moi.

- Je crois que vous faites erreur, madame", déclara Edward d'un ton catégorique et l'invita d'un signe de la main à partir.

Panaya fit craquer les phalanges de sa main droite d'un air agacé : "Vous êtes les frères Elric, non ? Alors non, je ne fais pas erreur. En revanche, j'aimerais bien savoir à quoi vous jouer."

Elle ne s'était pas enfuie des griffes de Selim, puis de celles de ses agresseurs, planquée pendant quelques jours pour faire les frais d'une blague de mauvais goût. Néanmoins, l'air profondément perplexe d'Alphonse l'inquiéta profondément : "Nous sommes bien les frères Elric, madame, mais je ne crois pas vous avoir déjà rencontrée.

- Et Selim Bradley ?"

Le brouhaha de la foule était trop fort pour que qui que ce soit ne les entende et Panaya avait prononcé ce nom sans réfléchir, plus par provocation que dans un but précis. Mais les deux frères ne manquèrent pas de réagir instantanément.

"De quelle façon connaissez-vous ce nom ? demanda Edward d'une voix dangereuse.

- Est-ce que vous l'avez rencontré dernièrement ou non ? insista Panaya.

- Vous nous expliquez d'abord comment vous connaissez ce nom, on vous répond après. Pas l'inverse."

Panaya soutint le regard d'Edward, étudiant son expression avec agacement. Mais si elle décryptait sans problème la colère et l'inquiétude sur le visage de l'ancien Fullmetal, elle n'y décela rien d'autre.

"C'est une blague ? soupira-t-elle."

Est-ce que Selim avait quelque chose à voir avec tout cela ? L'homonculus pouvait manipuler les comportements, mais qu'en était-il des souvenirs ? Elle secoua la tête. Les deux frères étaient censés faire profil bas et se cacher. Comment Selim leur aurait-il mis la main dessus ? Pourtant, cela expliquait pourquoi les deux adolescents semblaient sincèrement ne plus la connaître. Elle résista à l'envie de grogner de frustration. Ils n'avaient pas le temps pour cela : non seulement, le réseau de Breda était sans doute à leurs trousses mais des hommes en avaient après elle aussi.

"Je connais ce nom parce que nous avons collaboré ensemble sur ce sujet, expliqua-t-elle lentement, prenant sur elle pour ne pas les secouer comme des cocotiers. Je pense que vous ne vous souvenez de rien parce que vous avez fait une mauvaise rencontre. Je vous demande de me faire confiance lorsque je vous dis que nous sommes du même côté et que nous essayons d'empêcher quelque chose de grave de ce produire.

- On essaie rien du tout : on est en train d'attendre notre train et on va rentrer chez nous, rétorqua Edward."

Panaya le fusilla du regard, tandis qu'Alphonse tentait de modérer son frère : "Elle a parlé de Selim et mentionné quelque chose de grave, quand même.

- Et pour tout ce qu'on en sait, elle pourrait être membre d'une secte adoratrice des Bradley.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?

- Je travaille pour Mustang...

- Alors vous pourrez lui dire que je ne suis plus son toutou depuis un moment.

- Bien sûr, je ne doute pas que vous devez avoir des choses hautement urgentes et prioritaires à Resembool, répliqua Panaya. Qu'est-ce que vous faites, d'ailleurs à Centrale ? Qu'avez-vous fait ces dernières semaines ?"

Elle avait posé la question sur une intuition, mais l'idée germait maintenant dans son esprit : si Selim avait modifié leurs souvenirs, que pensaient-ils avoir fait jusqu'à présent ? Jusqu'où l'homonculus pouvait-il aller ? Suggérer un alibi ? Créer de faux souvenir ? Et plus important : les souvenirs des deux frères pouvaient-ils diverger ?

"En quoi ça vous regarde, même ?

- Il vous reste encore... vingt minutes, pointa Panaya après un regard vers l'affichage des départs. Laissez-moi dix minutes pour vous convaincre. Si à la fin vous ne me croyez toujours pas, je vous laisserais repartir. ça vous va ?"

Edward était sûrement sur le point de refuser mais Alphonse le devança : "Dix minutes. Après ça, vous nous laissez tranquille. On ne sait jamais, nii-san, ajouta-t-il à l'attention de son frère. Peut-être que...

- Dix minutes, accepta l'aîné avec réticence.

- Qu'avez-vous fait ces dernières semaines ? reprit Panaya.

- Des recherches à la bibliothèque de Centrale. C'est la plus complète en ce qui concerne l'alchimie.

- Mais ce n'était pas un voyage que vous aviez prévu initialement, poursuivit la jeune femme. Je me trompe ?

- Non, une amie nous a invités à venir la voir alors on en a profité, répondit Alphonse d'un ton curieux."

Jusque-là tout se tenait.

"Qu'avez-vous appris de ces recherches à la bibliothèque ?"

Edward ouvrit la bouche pour répondre mais s'interrompit, l'air à moitié intrigué à moitié surpris. Panaya sourit.

Elle avait vu juste : il ne pouvait pas répondre à cette question car il n'avait jamais mis les pieds à la bibliothèque ces dernières semaines. Les ordres de Selim connaissaient des limites. S'ils pouvaient créer de faux souvenirs ils ne pouvaient pas créer des connaissances.

"Passons : pourquoi avez-vous répondu à l'invitation de votre amie ?

- Parce que son mari nous a aidé et que cela faisait longtemps que nous ne l'avions pas vue, répondit Alphonse.

- Cela fait quand même un long trajet de Resembool à Centrale. Pourquoi avoir décidé de venir ?

- Parce que nous voulions également nous rendre à la bibliothèque.

- Pour étudier quel sujet ?"

Encore une fois les deux frères restèrent silencieux et surpris de leur propre incapacité à répondre à ces questions. Panaya se pencha vers eux, faisant mine de consulter le menu posé sur la table : "Vous savez mieux que moi de quoi sont capables les homonculus. Vous étiez aux premières loges lorsqu'ils ont fait la démonstration de leur pouvoir. Dernièrement, vous avez été confronté à un homonculus qui a utilisé ses pouvoirs sur vous pour effacer votre mémoire et créer de faux souvenirs pour justifier votre présence ici.

- Les homonculus n'existent plus, souffla Edward d'une voix tendue. Et j'ai un très net souvenir d'avoir passé mes journées...

- Et pourtant, vous êtes incapables de me donner un de vos sujets de recherches ou ce que vous avez appris cette semaine, le coupa Panaya. Les pertes de mémoire sont fréquentes chez vous ? Cela vous arrive régulièrement à tous les deux en même temps ?"

Les deux frères restèrent silencieux, incapables de répondre quoi que ce soit, mais l'horloge tournait.

"Il va falloir me faire confiance sur le fait que je travaille pour Mustang, que nous avons collaboré ensemble et que nous essayons d'empêcher quelque chose de grave de se produire, insista Panaya. Est-ce que vous pouvez faire ça pour moi ?

- Quelque chose de grave ? demanda Alphonse.

- Si les homonculus sont bien de retour et à l'origine des incohérences dans vos souvenirs, vous imaginez bien qu'ils ne reviennent pas pour se faire pardonner. Est-ce que vous pouvez me faire confiance ?

- Pour quoi ?

- Pour continuer cette discussion ailleurs : j'étais furieuse contre vous en arrivant car vous étiez censés faire profil bas car vous êtes recherchés.

- Par qui ?

- Je n'ai pas le temps de tout vous expliquer ici car nous sommes beaucoup trop exposés. Mais est-ce que vous me faites suffisamment confiance pour me suivre et continuer cette conversation ailleurs ? Je ne vous obligerai absolument pas à me suivre et vous serez libre de partir quand vous le souhaiterez."

C'était à moitié un mensonge mais Panaya espérait que les deux frères ne s'en apercevraient pas. Ils fouillèrent son visage à la recherche d'indices mais finalement, la curiosité dut l'emporter sur l'inquiétude parce qu'Alphonse hocha finalement la tête et se leva.

"Winry va me tuer, marmonna Edward en suivant le mouvement."

Après s'être enfuie de son propre appartement, Panaya s'était rapidement changée et transformée dans des toilettes publiques, enfilant pour l'occasion sa perruque couleur châtain. Elle avait ensuite pris une chambre avec ses faux papiers - Eleonore Clayton - dans un hôtel tout à faire ordinaire de la capitale : si des hommes avaient réussi à retrouver son appartement, aucune planque de l'équipe Breda n'était sûre.

Elle dégota aux frères deux couvre-chefs dans une boutique quelconque du quartier touristique et leur fit prendre quelques détours qui agacèrent prodigieusement le Fullmetal avant d'avoir l'assurance que personne ne les suivait et de les mener vers l'hôtel.

"Alors que se passe-t-il ? demanda Edward d'un ton impatient, une fois la porte tirée derrière elle.

D'un air résigné, Panaya leur désigna les deux seules chaises de la chambre puis se laissa tomber sur le lit, se lançant dans un résumé des faits. La surveillance des Bradley, leur venue à Centrale, leurs soupçons communs et ce qu'ils avaient découvert pour le moment : Selim Bradley n'était pas un innocent petit garçon de cinq ans et eux avaient très probablement croisé sa route.

"Je ne me souviens de rien, répondit Edward d'un ton catégorique.

- Pour autant, tempéra Alphonse, nos souvenirs aussi réels semblent-ils ne sont pas cohérents. Est-ce que vous avez la moindre preuve de ce que vous avancez ? ça pourrait nous aider.

- Le message que vous m'avez laissé au café", répondit Panaya en faisant glisser vers eux le papier à en-tête de l'hôtel où ils avaient résidé. "C'est bien l'écriture de l'un de vous deux ?

- La mienne, acquiesça Alphonse. Mais l'écriture peut être reproduite."

Panaya haussa les épaules : elle n'avait rien d'autre à leur montrer, principalement parce qu'ils avaient fait attention à ne pas laisser de trace.

"Est-ce que de votre côté, en vous réveillant ce matin, vous avez trouvé des traces sur vos vêtements, des éléments qui ne collent pas avec vos souvenirs ?

- Rien de...

- Attendez un peu, s'exclama Edward. Si vous vous êtes retrouvée face à Selim, comment se fait-il que vous ne soyez pas sous son emprise, contrairement à nous ?"

La soldate leva sa main gauche dont les trois derniers doigts étaient toujours scotchés ensemble : "Réflexe étrange mais salutaire : je me suis cassé un doigt et la douleur m'a arrachée à son emprise. Peut-être que si je vous cassais quelques membres, vos souvenirs reviendraient ?

- On va peut-être essayer d'autres choses avant cela, marmonna l'ancien alchimiste d'acier.

- Il doit y avoir un moyen, murmura Alphonse, pour lui-même. Je ne me souviens de rien de ce dont vous avez parlé. Selim, Breda, ou même Mustang.

- Peut-être qu'il n'est pas nécessairement utile que vous vous souveniez, suggéra Panaya. Tout ce dont j'ai besoin, c'est que vous m'accompagniez voir Mustang. Lui se souviendra de vous avoir rencontrés et vous constituerez la preuve en chair et en os des pouvoirs de Selim. C'est tout ce que je vous demande. Après ça, vous pouvez rentrer chez vous à Resembool et nous laisser gérer la situation.

- Attendez, si Selim a véritablement retrouvé ses pouvoirs, on ne peut pas juste rentrer à Resembool, s'opposa Alphonse.

- Et pourquoi pas ? demanda Edward. On a déjà donné la première fois. Qu'ils s'en occupent cette fois-ci.

- Nii-san, on a contribué à cette situation en protégeant Selim et en le ramenant à sa mère. Pense à Mme Bradley." Saisi d'une soudaine inquiétude, Alphonse se tourna vers Panaya : "Comment va...

- Elle va bien. En tout cas rien ne montre qu'elle a été maltraitée par son fils."

Alphonse hocha la tête, l'air vaguement soulagé, mais Edward continuait à secouer à la tête : "On ne peut pas juste foncer dans le tas, Al. Ce n'est plus comme...

- Si ça peut vous permettre de gagner du temps, l'interrompit Panaya, je pense que vous avez déjà eu cette conversation qui s'est terminée par une surveillance de la maison des Bradley pour vous assurer que Mme Bradley allait bien. Et en cas de doute, vous étiez censés aller voir Mustang et c'est d'ailleurs la façon dont je vous ai croisés.

- Attendez, on est déjà allés raconter tout ça à Mustang ?

- Non, il n'était pas à Centrale à ce moment-là. Je vous ai croisé alors que vous étiez furieux de ne pas avoir pu lui parler, développa Panaya. Je voulais qu'on étoffe davantage nos cas et qu'on ait des preuves concrètes à lui montrer, ce qu'on a aujourd'hui : vos amnésies respectives.

- Donc on est dans cet état à cause de vous ? s'indigna Edward.

- Techniquement il ne vous est pas arrivé grand-chose. Vous étiez même sur le point de rentrer chez vous, sans avoir aucune idée de ce qui se passait.

- Et maintenant, nous voilà à nouveau pris dans les histoires de l'armée, marmonna Edward.

- Accompagnez-moi voir Mustang, c'est tout ce que je vous demande. Après cela, si vous souhaitez rentrer chez vous, rentrez. Selim non plus ne semble pas tenir à ce que vous soyez impliqués dans ses petites affaires.

- A supposer que tout ce que vous dites là est vrai, fit remarquer Edward. Et pour l'instant, nous n'en avons aucune preuve."

Son frère hocha la tête mais Panaya savait bien qu'elle n'avait aucune preuve à leur fournir, aucun élément susceptible de corroborer sa version de l'histoire.

"Quel est le risque dans ce que je vous propose ? Si je mens, vous vous retrouverez face à Mustang qui pourrait se moquer de vous ? Et ensuite quoi ?

- Vous pourriez nous emmener ailleurs, dans un piège, fit remarquer Alphonse.

- Est-ce que je n'aurais pas pu le faire à l'instant, au lieu de vous traîner dans cette chambre d'hôtel déprimante ?"

L'argument sembla porter car les deux frères échangèrent un regard.

"D'accord, accepta finalement Edward. On va voir Mustang avec vous et ensuite, on rentre chez nous

- Je ne vous en demande pas plus."


"Je vous aiderai." La voix de Darragh raisonna étrangement, à l'autre bout du fil. "Nous ne cherchons pas plus que vous à remuer les blessures du passé, généralissime.

- Je vous remercie sincèrement et du fond du cœur, prononça Mustang avec soulagement. Nous savons que nos actions actuelles ne rachètent pas les torts que nous avons causé au peuple ishbal et je vous remercie à titre personnel, pas en tant que généralissime, de bien vouloir nous aider.

- Vous devez comprendre que je n'accepte pas uniquement pour vous aider, ajouta la voix grave de Darragh. Cet article a réveillé des fantômes au sein de notre communauté et j'accepte surtout pour calmer les miens.

- Bien sûr.

- Et la stabilité de votre présidence nous est également bénéfique car j'imagine que tant que vous resterez au pouvoir, vous continuerez à œuvrer vers la réhabilitation du peupe ishbal ?"

Il y avait là presque une menace, l'ébauche d'un bras de fer entre les deux, qui fit froncer les sourcils à Hawkeye. Mais il ne pouvait y avoir de chantage que lorsque l'une des deux parties refusait de s'exécuter. Roy secoua la tête : "Bien sûr. Je vous ai promis à vous, Scar et au docteur Marcoh de tout faire en bon pouvoir pour réparer ce que nous avons commis. Je n'oublie rien de cela.

- Alors, je vous remercie."

Audra, à sa droite, se désigna elle-même et Mustang hocha la tête : "Aurez-vous besoin d'aide ? technique concernant l'organisation du discours ? pour composer votre texte ?"

Le vieil homme eut un petit rire : "Je ne suis pas sûr que ce discours aura lieu dans les conditions que vous imaginez, généralissime : la foule est déjà présente à nos portes et nous réclame à grands cris une réaction. Concernant le discours en lui-même, je me dois de refuser toute aide. Les mots que je prononcerai pour mon peuple seront les miens."

Les derniers échanges de politesse marquèrent la fin de l'appel et Mustang raccrocha avec un soulagement évident : Darragh allait abonder dans son sens, ce qui, il l'espérait, calmerait les manifestations de colère qui commençaient à éclater ici et là dans le pays.

"Parfait, conclut Audra, en faisant glisser une feuille sur son bureau. J'ai également apporté une proposition de discours."

La jeune femme semblait mieux se porter qu'en début de journée. Même si elle n'avait pas franchement l'air ravi de se trouver avec eux, au moins elle pouvait à présenter le regarder dans les yeux. Roy n'avait pas eu le temps de discuter avec Riza pour comprendre ce qui avait été dit mais Evans était toujours là.

Ils travaillèrent un instant sur la proposition d'Audra, faisant des modifications çà et là avant d'aboutir à une version qui les conviennent à tous les deux. Mais la jeune femme restait encore perdue dans ses pensées.

"Quelque chose vous tracasse, Mlle Evans ?

- Ce discours et celui de Darragh ne feront que colmater la brèche, soupira-t-elle après un instant. Pouvez-vous retrouver la personne qui aurait pu faire fuiter ces informations ? Il s'agit peut-être de la même personne qui a transmis au Daily News la liste des passagers du train.

- Possible, admit Mustang. Nous travaillons dessus avec Remington mais même en délimitant les suspects aux personnes qui disposent du niveau d'accréditation le plus élevé, cela fait un nombre considérable de personnes qui auraient pu accéder à ces dossiers.

- Autrement dit, vous êtes en train de chercher une aiguille dans une botte de foin.

- On pourrait mettre en place une série d'interrogatoires pour essayer de retrouver des témoins, mais les chances de réussite ne me paraissent pas très élevées.

- Vous pensez qu'ils pourraient couvrir leurs petits copains ? C'est quand même une fuite d'information qui relève de la trahison, pointa Audra. Si la moitié de l'armée a la même mentalité que Remington et s'offense aussi facilement des injures faites à l'honneur et la probité de l'armée, on devrait pouvoir retrouver le coupable facilement."

Mustang se retint de grimacer et lança un regard qu'il espérait discret vers Hawkeye qui resta impassible.

"Ou alors vous ne m'avez pas tout dit ? demanda Evans avec un haussement de sourcil interrogateur."

Autant pour la discrétion. Puisqu'elle voyait clair dans son jeu, autant se montrer transparent. Après tout, Hawkeye et lui n'avaient pas tellement de doutes concernant la loyauté d'Evans. Celle-ci avait rejoint le gouvernement sur leur demande, pas sur celle de Remington. Au contraire, l'inclure dans le cercle pouvait éviter qu'elle ne divulgue des informations par erreur à Remington. Roy jeta un nouveau coup d'œil à Hawkeye qui, cette fois, hocha imperceptiblement la tête.

"A la lumière des différents événements qui se sont produits à Centrale et à West City, il est devenu évident qu'une partie de l'armée agit selon son propre agenda.

- Des rebelles au sein des troupes ?

- Un groupe organisé, vu la difficulté à remonter jusqu'à eux, confirma Mustang, d'une voix sombre.

- Vous pensez que des hauts-gradés sont impliqués ?

- C'est très probable."

Evans se laissa tomber sur une chaise, les yeux dans le vague : "Cela ne va pas arranger nos affaires. Si vous n'arrivez pas à identifier l'origine de la fuite, cela signifie que les révélations dans la presse vont continuer. Remington peut-il... Attendez, où placez-vous Remington ?"

Mustang fit une grimace éloquente : "Sa position n'est pas claire mais nous le soupçonnons d'agir contre nos intérêts. Mais nous n'avons aucune preuve.

- Depuis combien de temps... Oh oubliez : cela n'a aucune espèce d'intérêt."

La jeune femme se releva et se remit à faire les cent pas devant son bureau : "Si je résume ce sac de nœuds : une partie de l'armée joue contre vous. Vous ne savez pas qui fait partie de ce réseau et ce réseau s'amuse à dévoiler des données sensibles et classifiées.

- C'est ça, confirma Mustang d'une voix sarcastique. Mais à partir de là, les choses ne peuvent pas plus empirer.

- Elles le peuvent, s'exclama Audra. Si vous ne les arrêtez pas prochainement, alors on peut s'attendre à ce que d'autres révélations sortent dans la presse ? Et tous les discours du monde ne pourront rien faire face aux atrocités... face à ce que les archives pouvaient révéler."

L'ancienne journaliste avait l'air gênée du terme utilisé mais Mustang n'y accorda pas plus d'attention - ce n'est pas comme s'il ne s'était jamais reproché ses actions à Ishbal. Il se leva à son tour, passant une main sur son visage fatigué, et se mit à son tour à marcher pour dégourdir ses jambes raides.

"Sans l'assurance que les troupes me sont loyales, lancer une enquête ne servira à rien."

Hawkeye et lui avaient retourné le sujet dans tous les sens et ils n'y voyaient aucune solution, sinon demander encore une fois à l'armée de faire le dos rond face à l'indignation collective.

"Je pense qu'il existe une autre façon de retrouver le coupable, sans forcément passer par une enquête interne", souleva Audra après un moment de réflexion.

Roy haussa un sourcil, attendant la suite. La jeune femme parut choisir ses mots avec soin : "Si quelqu'un veut faire publier des informations confidentielles de l'armée, il peut s'adresser directement à un journaliste, comme ça a été le cas avec Oliver Bald. Mais il n'aura pas l'assurance à cent pour cent que l'information sera publiée : nous ne sommes plus sous l'ère Bradley mais la majorité des journalistes répugne encore à critiquer le gouvernement, sans parler de publier des documents classifiés. Il faudrait donc qu'il cible les journaux qui oseraient en parler.

- Il lui suffirait de regarder les publications des derniers mois, pointa Hawkeye.

- Mais tous ne seraient pas encore prêts à le faire, opposa Evans. Publier ces archives relève de la trahison. On ne parle pas d'une simple critique du gouvernement. Il lui faudrait donc encore sonder le terrain afin de trouver qui serait le plus susceptible de publier cet article."

Mustang fronça les sourcils, pas certain de comprendre là où Evans voulait en arriver : ils n'étaient pas dans le cas du Daily News. Elle ne pouvait pas aller discuter avec le journaliste et obtenir le nom de sa source. Celui-ci serait protégé à tout prix.

"Certes, acquiesça Audra. Mais s'il s'est renseigné auprès de plusieurs personnes, les personnes qui ont refusé, seront plus susceptibles de me donner un nom ou une indication.

- Vous voulez aller faire du porte à porte auprès de ceux qui pourraient avoir refusé", répéta Mustang.

L'idée était bonne même s'il n'était pas encore certain que ces journalistes collaboreraient pour autant.

"Ça sera sans doute plus rapide que de lancer une enquête interne et je pense avoir honnêtement plus de chance de réussir, affirma Audra. Par contre, je ne peux pas y aller, avec une garde militaire sur les talons."

La sécurité avait été augmentée depuis l'inscription, bien qu'aucun nouvel incident ne se soit produit.

"Non, refusa Mustang. Vous ne pouvez pas aller vous promener seule alors que des menaces ont été émises à votre encontre.

- Alors du coup, quel est votre plan ? Attendre que d'autres articles paraissent ?"

Evans marquait un point : elle venait de leur suggérer leur premier plan viable. Sans cela ils en étaient réduits à attendre que les scandales leur tombent dessus.

"Un officier en civil ? proposa Mustang.

- Non.

- Il restera loin de vous.

- Vous ne vous rendez pas compte de la rupture de la relation de confiance si mes interlocuteurs.

- Vous ne vous rendez pas compte que c'est votre vie que vous mettez en jeu, rétorqua Mustang. Pourquoi vouloir la mettre en danger à ce point-là ?"

Ce matin, elle semblait prête à claquer la porte de ce gouvernement et maintenant, elle voulait risquer sa propre sécurité ? Mustang ne comprenait plus et à en juger par son expression, Hawkeye non plus. L'ancienne journaliste ferma un instant les yeux. Elle savait que Roy attendait une explication. N'importe laquelle qui puisse expliquer son empressement à se mettre en danger pour eux.

Mais elle secoua finalement la tête : "Très bien. Mais il reste loin de moi. Et très discret.

- Attendez, il faut qu'on parle. Vous ne...

- Vous n'avez plus ce luxe, généralissime, coupa Evans. Vous devez retrouver l'origine de cette fuite au plus vite, avant que d'autres révélations ne puissent paraitre, et aux dernières nouvelles, je suis votre meilleure chance d'y arriver."

Son regard était froid et déterminé et prit Mustang au dépourvu. Que pouvait-il lui dire ? Qu'il préférait qu'elle n'y aille pas et les laisse se débattre avec ces articles ? Les révélations ne s'arrêteraient pas là et ils le savaient tous.

"Pourquoi ?"

Evans lui adressa un sourire triste avant de hausser les épaules et tourner les talons.


Il leur restait encore du temps avant le discours de Mustang et d'ici là, Evans n'avait plus aucune utilité. Elle décida donc se rendre rue des Archives - pourquoi attendre ? L'officier assigné à sa sécurité ne fut guère ravi d'être prévenu aussi tardivement mais Audra ignora son air renfrogné et se contenta de décoller aussitôt qu'elle eut l'assurance que la tenue du militaire n'allait pas les trahir.

Son premier arrêt fut le Daily News et Oliver Bald ne fut pas le moins du monde surpris de la voir apparaître sur le pas de sa porte.

"Vous savez que je n'ai pas écrit cet article, n'est-ce pas ?"

Mais sa phrase tenait davantage de la boutade que d'une réelle rebuffade.

"J'ai vu. Même vous, vous ne vous seriez pas risqué à publier cela.

- Il n'y avait pas besoin d'être un grand génie pour deviner que l'armée ne tarderait pas à débarquer.

- Ce n'était que moi pour l'instant, répliqua Audra avec un petit geste des bras. Et puis, ces informations étaient classifiées.

- Mais extrêmement intéressantes. Comment a réagi le généralissime à l'annonce ?

- Est-ce qu'il s'agit d'une interview ? s'amusa la jeune femme. Si oui, j'ai bien peur que vous ne deviez attendre son allocution à la radio ce soir.

- Je devais essayer, se justifia le journaliste. Si vous n'êtes pas là pour une interview, vous êtes là pour...

- Des informations. Est-ce que vous avez entendu des choses sur un homme qui cherche à dévoiler des informations sur l'armée ?

- Il ne serait pas mis à le crier sur tous les toits, à moins d'être stupide, fit remarquer Bald.

- Evidemment. Est-ce que vous en avez entendu parler ?"

Bald sembla hésiter un instant, sous le regard scrutateur d'Audra, qui fouillait son visage à la recherche d'indices.

"Non, répondit-il finalement. Mais peut-être que Pierson, oui."

Il ne lui mentait pas. Elle en était certaine.

Avec un hochement de tête, Audra le remercia.

Pierson travaillait dans le quartier, mais trois portes plus loin. L'homme se montra aussi évasif et fuyant qu'une anguille. Il ne tenait absolument pas à lui parler et au terme d'une véritable lutte, Evans en conclut qu'il n'en savait rien, ou du moins qu'elle n'en tirerait rien. Le tuyau de Bald s'était avéré percé et elle en était de retour à la case départ. Toutefois, au lieu de l'énerver, ce petit jeu d'investigations l'amusait et la distrayait, lui rappelant le bon vieux temps où Audra n'avait pas l'impression de frayer avec le diable - et vu la façon dont Pierson l'avait reçue, il la percevait très certainement comme le diable.

La jeune femme rendit visite à deux de ses anciens contacts qui ne purent pas grand-chose pour elle non plus avant de finalement renoncer pour la journée : l'heure de l'allocution radiophonique de Mustang se rapprochait et même si concrètement, le généralissime n'avait pas besoin d'elle pour délivrer un discours à la perfection, Audra préférait être présente et elle savait que Mustang la chercherait des yeux également. Elle fit demi-tour, dressant mentalement son plan de bataille : elle n'avait peut-être rien obtenu ce jour-là, mais ce n'en était que partie remise. Tôt ou tard, quelqu'un finirait bien par parler.

Elle était tellement perdue dans ses pensées, qu'elle n'entendit pas les pas derrière elle. La seconde d'après, Audra avait été projetée par terre, une douleur terrible à la pommette. Le choc vida l'air de ses poumons. Confusément, elle releva la tête à la recherche d'air, uniquement pour voir un deuxième coup de poing l'atteindre à la tête.

"On t'avait prévenue, sale garce."

Un autre coup l'atteint au ventre et toute sa vue s'obscurcit. Avant de perdre connaissance, elle entendit d'autres pas les rejoindre précipitamment.

A suivre...


Oui, je suis dure avec eux. Mais vous n'avez pas vu la suite :)

J'espère que ce chapitre vous a plu. N'hésitez pas à laisser une petite review