Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai. Dois-je présenter également ce roman de Maurice Dantec dont j'ai volé le titre ?

Mon petit blabla avant de commencer : ça fait super longtemps, désolée ! mais disons que le mois d'avril ne m'a pas du tout été favorable avec de gros problèmes familiaux. Je vous livre donc finalement ce chapitre 19 et j'essaie de me remettre à l'écriture de l'arc 5 / la correction de de l'arc 4 (ce chapitre fait partie de l'arc 3). J'espère qu'entre les chapitres fleuves et les délais de publication, je ne vous ai pas tous perdus ^^;

Précédemment dans La Pièce Vide : Un journal rend public les états d'arme de Mustang à Ishbal et provoque de fortes réactions à Centrale et dans le Sud. L'hypothèse d'une source en interne est soulevée mais face au délai nécessaire pour une enquête interne, Audra se propose d'enquêter du côté des journalistes. Alors qu'elle interroge des journalistes, elle est attaquée en pleine rue.

De leur côté, Breda, Ross et Broche ont réussi à échapper aux hommes de la faction. Ils passent la nuit dans la forêt et au matin, ils se rendent compte que leur voiture a disparu, les laissant seuls en pleine cambrousse.

En parallèle, Panaya parvient à retrouver les frères Elric. Problème : ceux-ci ne se souviennent absolument plus d'elle ni de leurs conversations avec Mary Bradley.


Les Racines du Mal

"Les docteurs de la mort.

La guerre Ishbal a servi de terrain d'expérimentation à de terribles fins. S'il est facile de pointer du doigt les crimes de certains soldats alors beaucoup trop zélés, n'oublions pas que d'autres ont également participé à l'indicible et rompus leurs vœux les plus sacrés : les médecins. "Etablir, de préserver la santé. Respecter les personnes, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. Intervenir pour protéger les faibles, les vulnérables ou les menacer. Même sous la contrainte, refuser l'usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité". Voilà le serment qu'ils ont prêté, voilà les règles qui devaient dicter leur conduite. Partout mais visiblement pas à Ishbal.

Si le président Roy Mustang est connu pour avoir fournir en nombre le laboratoire de la mort d'Ishbal, les noms des médecins ne sont pas à oublier non plus : le docteur Knox, le docteur Marcoh, le docteur Ackerman etc. Ils sont nombreux à avoir rompu leur serment, trahi leur promesse et failli à leurs paroles. Dissections, expériences sur les prisonniers de guerre Ishbal et mêmes transmutations humaines. D'innombrables actes de barbarie ont été perpétrés dans le Sud et on ne peut que se demander : où sont-ils aujourd'hui ? Exercent-ils toujours ? Se prétendent-ils toujours médecin ?

Si la question ne se pose plus pour le docteur Ackerman, mort entre les mains du tueur d'alchimistes d'état Scar dont on comprend aujourd'hui beaucoup mieux les motivations, le docteur Knox fait lui toujours partie des rangs de l'armée. Le docteur Marcoh a été déchargé suite à la guerre et a pendant quelques temps exercé dans le Sud du pays - heureusement bien loin des terres Ishbales - sous le pseudonyme "Mauro". Si nous n'avons pas pu retrouver sa trace aujourd'hui, ses patients ne seront, à n'en pas douter, certainement très heureux de découvrir son sombre passé."

"C'est intolérable, s'indigna Remington.

- Il n'y a pas de vraiment de débat là-dessus", répliqua Audra d'une voix fatiguée.

La jeune femme était fatiguée et visiblement encore choquée de son expérience la veille : alors qu'elle regagnait le Quartier Général, un individu s'en était physiquement pris à elle. Heureusement, l'officier en civil qui la suivait avait pu réagir et faire fuir l'agresseur pour lui épargner de trop lourdes blessures. Ce matin-là, Evans n'avait qu'à déplorer une vilaine coupure sur la tempe, un hématome impressionnant sur la pommette et une bosse à l'arrière du crâne, là où elle avait heurté le pavé. Malgré la fatigue, elle était revenue et face à son teint affreusement pâle, Mustang n'était pas sûr que cela ait été la meilleure décision.

"Nous ne pouvons juste rester assis là, à ne rien faire, en attendant que ce journal publie encore une horreur, fulmina Remington.

- Certains n'ont pas rien fait, corrigea Mustang d'une voir agacée, et ce n'est pas comme si vous ne pouviez rien faire : sauf erreur de ma part, l'investigation interne tombe sous votre responsabilité.

- Une investigation demande du temps. Mes hommes...

- Nous n'avons pas de temps, coupa Roy. Mobilisez autant de monde que nécessaire mais retrouvez cette fuite, Remington.

- Vous savez très bien que les enquêtes internes sont toujours délicates. Vous demandez à mes hommes d'enquêter les uns sur les autres. Et entre temps, ce journaliste continue. Il serait beaucoup plus efficace de...

- Je vous arrête tout de suite. Cela ne se produira pas"

Embarquer le journaliste, boucler les locaux et empêcher l'impression des prochains articles. C'était une ligne que son gouvernement avait lui-même tracé et qu'il n'était pas près de franchir, peu importe à quel point Mustang lui-même brûlait de le faire.

"Alors nous allons attendre sans rien faire, que le prochain article sorte ?

- Vos hommes travaillent à retrouver la fuite. Ce n'est pas rien faire, colonel."

Remington secoua la tête : "J'imagine que vous approuvez cette décision, si vous ne l'avez pas vous-même suggérée au président, Mlle Evans.

- Je l'ai bien suggérée au président, répondit Audra en se pinçant l'arête du nez. Et même si cette décision est difficile à prendre, je persiste : des protestations ont déjà lieu en centre-ville, hier. Aujourd'hui, la foule se trouve devant les portes du Quartier Général. Embarquez le journaliste et cette fois, les gens chercheront à rentrer. Empêchez-le de continuer ses articles et il nous pondra d'autres publications sur la censure gouvernementale. Il n'y a aucun bon choix ici. Seulement le moins pire. Et pour cela, nous devons retrouver l'homme à l'origine de ces révélations.

- Vous pensez qu'ils sont toujours en contact ? demanda Hawkeye en fronçant les sourcils.

- Comment auraient-ils pu savoir sinon que je me trouvais dans la rue des Archives ? demanda Audra. J'y ai passé une heure à peine et si mon agresseur a voulu me faire taire, c'est qu'il se trouvait déjà sur place. Il a simplement attendu le moment propice.

- Suppositions, s'opposa Remington. Vous auriez pu tomber sur un journaliste complice qui l'aurait ensuite prévenu."

Evans secoua lentement la tête : "Cela ne se passe pas comme ça, dans ce milieu.

- Cela ne se passait peut-être pas comme ça, avant, pointa Remington. Mais maintenant, vous êtes du côté du gouvernement.

- Peu importe, l'interrompit Mustang avec agacement. Vous allez retrouver les personnes qui ont menacé Mlle Evans, qu'on puisse déjà sortir de ce quartier général sans risquer nos vies. Cela nous permettra ensuite de continuer les investigations sur l'origine de la fuite.

- On ne peut pas se permettre d'attendre que mon agresseur et ses petits complices soient retrouvés, protesta Evans. Combien de temps cela va-t-il mettre ? Une semaine ? Deux ?

- Est-ce que vous tenez tellement à risquer votre vie ? répliqua Mustang.

- Est-ce que vous pensez que dans deux semaines à ce rythme, le QG sera toujours debout ?"

Non. Si cela ne tenait qu'à lui, Mustang aurait bouclé ce journaliste en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire : ils étaient pris entre le marteau et l'enclume. Faire boucler ce journaliste et provoquer des soulèvements immédiats ou attendre d'être rôtis à petit feu. Comme l'avait dit Evans, il n'y avait pas de bon choix et Roy n'était pas sûr que la solution la moins pire lui convienne.

"On peut mettre quelqu'un d'autre sur l'enquête, proposa Hawkeye.

- Et vous savez très bien que les chances de réussite n'en seront que diminuées. Elles ne sont déjà pas bien hautes.

- Je veux une vraie équipe de sécurité avec vous. Deux personnes, constamment dans votre dos, exigea Mustang.

- Dites-leur de faire en sorte d'être discrets", répondit simplement l'ancienne journaliste.

Satisfait, Mustang poursuivit : "Que fait-on concernant ces protestations ?"

L'indignation provoquée par le premier article avait laissé place à de la colère : comment ces médecins pouvaient-ils toujours exercer ? Et au sein même de l'armée, qui plus est ? Knox n'était certes plus que médecin légiste mais le journaliste s'était bien gardé de le révéler, pas que cela aurait changé grand-chose. Les premières protestations avaient eu lieu dans les bars, les universités. Aujourd'hui, elles se produisaient devant les portes même du Quartier Général. La population n'hésitait plus à clamer haut et fort que l'armée ne pouvait plus gouverner ce pays et que Mustang y avait encore moins sa place. Remington avait manqué de défaillir en le lui rapportant mais certains n'hésitaient pas à réclamer sa tête : Mustang, Knox, Marcoh... tous n'étaient que des criminels de guerre et devaient être jugés comme tels. Et quelque part, Roy ne trouvait aucun argument à leur opposer : il était un meurtrier. Il avait pris trop de vies pour espérer être épargné.

Mais plus que les revendications concernant son incarcération ou sa mort, ce qui restait à venir l'inquiétait plus particulièrement. Evans et Remington le lui avaient confirmé : quelque chose se préparait. La tension montait inexorablement dans les rues de Centrale. Une colère refoulée qui couvait depuis bien avant l'ascension au pouvoir de Mustang et qui était visible dans les yeux de tous. La foule ne se contenterait pas longtemps de simples protestations devant le Quartier Général.

"Vous pouvez limoger Knox, souleva Audra d'une voix fatiguée, mais c'est bien la seule chose que vous pouvez faire : Ackerman est déjà mort et Marcoh ne fait plus partie des rangs. A moins que vous ne souhaitiez donner votre propre démission...

- J'aimerais autant éviter.

- Alors c'est bien la seule chose que vous puissiez faire. Une nouvelle communication aussi tôt ne servira à rien et nous n'avons pas d'autre message à faire passer.

- Nous devrions disperser la foule, intervint Remington."

Mustang leva les yeux au ciel : comme si personne n'y avait songé.

"Et comment procéderiez-vous ?

- De l'eau ?"

L'ensemble des membres du bureau se tournèrent vers l'officier d'un même mouvement.

"Vous voulez les arroser ? répéta Hawkeye d'une voix incertaine.

- Avec le froid, ils finiront bien pas rentrer chez eux."

Mustang secoua la tête : "Ce ne sont pas des chiens errants que nous pouvons disperser. Et ils finiront bien par rentrer chez eux à un moment donné.

- Avant de revenir le lendemain, pointa Remington.

- Ils reviendront le lendemain, trempés ou pas, rétorqua Mustang. II n'y a rien que nous puissions faire contre cela. Tant qu'ils ne s'en prennent pas physiquement aux soldats qui entrent et sortent, nous n'avons rien à leur reprocher. En tout cas, nous ne pouvons rien leur faire sans leur donner raison. Renforcez simplement la garde au cas où cela arriverait."

Avec un regard qui ne cachait rien de ce qu'il pensait, Remington hocha la tête et Audra interpréta l'ordre comme le signal pour son propre départ. L'officier était sur le point de la suivre hors du bureau mais Mustang l'arrêta : "Des nouvelles concernant le meurtre d'Estes ?

- Oui, mais pas nécessairement très concluantes, annonça Remington d'une voix sombre. En retraçant l'historique des dernières consultations, nous avons remarqué que Estes avait retiré plusieurs documents n'ayant rien à voir avec son affectation. Tous rendus, bien évidemment, mais l'ensemble des dossiers concernaient les travaux de rénovation des anciens hangars près du fleuve.

- Et donc ?

- Plusieurs incidents ont retardé le lancement du projet par Vernet, rappela Hawkeye. La possibilité de l'abandonner a également été étudiée."

Mustang hocha la tête : les détails commençaient à lui revenir. Architecte mort, maître d'œuvre se retirant soudainement. Il se souvenait de la contrariété et de l'inquiétude de Vernet.

"Les hangars servent de points d'échanges à la pègre pour leurs trafics de drogue, d'armes, continua Hawkeye. Le projet contrariait leurs plans et si Vernet avait soupçonné l'influence d'Amanda, elle n'a jamais réussi à comprendre comment elle avait fait pour obtenir ces informations.

- Nous avons la réponse, maintenant, conclut Remington, d'une voix sombre. Estes lui transmettait les données. Les dates de consultation de ces documents concordent, à une semaine près.

- Cela ne nous explique toujours pas pourquoi Amanda l'aurait tué, fit remarquer Hawkeye. Cette source devait bien lui être utile. Et l'avertissement n'a toujours pas de sens.

- J'imagine qu'Estes a été trop confiant et a essayé d'obtenir d'autres choses d'Amanda, qui n'aura pas aimé, supposa Remington. Peut-être qu'elle a eu l'impression que ces efforts pour la rouler venaient de vous."

Peu probable, jugea Mustang, avec une petite moue. Si Amanda traitait depuis longtemps avec Estes, c'est qu'il avait gagné sa confiance, sans quoi il n'aurait pas pu survivre à ses premières transactions avec elle. Elle n'aurait pas pu décemment croire qu'il tentait de l'escroquer à ton tour, sur ordres du généralissime. Néanmoins, le motif suffisait pour clore l'enquête et ils avaient d'autres événements plus urgents à gérer.

Il acquiesça d'un signe de tête : "Concentrez-vous sur les menaces envers Evans et sur cette fuite."

Remington se releva, avec cette fois un air satisfait, et prit congé. Hawkeye se tourna vers lui avec un sourcil haussé : "Vous croyez réellement qu'Estes vendait des informations à la pègre et a tenté de les doubler ?

- Non, répondit Mustang en secouant la tête. Une chance sur deux que notre ami ici ait tout inventé. Amanda n'aurait jamais tué son homme. Elle l'aurait sans doute châtié, pour être sûre qu'Estes retienne la leçon, puis l'aurait pressé jusqu'à le compromettre, quasiment et l'aurait finalement tué d'une balle dans la tête."

Le sourcil de Riza se souleva d'autant plus : "Je ne vous savais pas expert de ces manières de faire.

- On a déjà vu passer suffisamment de ses anciens espions dans la morgue d'East City pour saisir ses méthodes, grogna Mustang. Qu'avons-nous ensuite ?

- Une réunion avec Tzanck. Celle qu'on ne cesse de repousser", répondit Hawkeye, avant d'être interrompue par de légers coups qui ne provenaient pas de la porte.

Mustang fronça les sourcils.

Ce ne pouvait être que Breda. Et encore une fois, l'homme se manifestait en dehors de leurs rendez-vous. Après leur dernière conversation, Roy ne l'attendait pas de sitôt. Avec prudence, Riza fit coulisser la cloison qui révéla trois officiers en piteux état.

"Monsieur le président, salua son ancien subordonné d'un air sombre. Désolé, mais vous allez devoir déprogrammer votre prochaine réunion."

Breda, Ross et Broche avaient l'air exténués et leur vêtements trempés et boueux détonnaient avec le décor soigné du bureau de Mustang. Ils acceptèrent une tasse de café avec reconnaissance et devinant que la faim les tenaillait très probablement, Roy fit glisser une assiette de gâteaux secs.

"Que s'est-il passé ces derniers jours ? demanda Breda. Toute cette agitation devant l'entrée.

- Courtoisie d'une journaliste. Deux articles sur la guerre Ishbale et mes états de service publiés, résuma Mustang.

- Ceux de la guerre ?

- Ceux-là même.

- Oh merde, lâcha simplement Breda.

- C'est le cas de le dire. Et vous ? Que vous est-il arrivé ?"

Breda avala une dernière gorgée de café puis se redressa et commença à restituer de manière synthétique les faits. Le retour dans la planque, le dossier envoyé par Hawkeye, l'interrogatoire et puis la fuite. La nuit passée, dans la forêt.

Mustang soupira et se pinça l'arête du nez. Ce ne pouvait être qu'un cauchemar. Entre les articles et maintenant la faction, cela ne pouvait être qu'un cauchemar.

"Une faction séditieuse conséquente et placée aux points stratégiques de l'administration, donc", résuma-t-il d'une voix fatiguée.

Ross, Broche et Breda acquiescèrent sans un mot, sans doute trop épuisés pour se montrer plus éloquents, mais Mustang pouvait lire dans leurs yeux leur attente. Ils venaient trouver leur officier supérieur pour des solutions, des réponses, pas pour qu'il se prenne la tête, sans avoir la moindre idée de ce qu'il fallait faire. Roy se força à se redresser et croiser lentement les bras sur son torse.

"Que comptez-vous faire, maintenant ?

- Arrêter la surveillance de Selim ? suggéra Breda. Nous n'obtenons aucun résultat pour le moment. Et s'ils ont pu localiser la planque dans le district Sud, alors ils doivent être au courant pour celle-ci.

- Ils le sont, confirma Hawkeye. Remington nous a interrogés sur la surveillance de Mary Bradley.

- Quand ?

- Il y a deux jours, à peine.

- Alors je veux sortir mon équipe de là, conclut l'espion. Inutile de prendre le risque que la faction ne s'en prenne à eux aussi. Et nous avons des affaires plus pressantes sur lesquelles intervenir."

La Faction.

"Ils ont aidé le FLO dans le détournement de train et probablement dans l'explosion de West City, intervint Ross. S'ils sont si nombreux que ça, qu'espérez-vous que nous fassions, avec une équipe aussi petite ?"

Ne pas paniquer, pour commencer.

"Procéder de façon méthodique, répondit Mustang. D'abord, les identifier.

- Et ensuite ? insista Ross.

- Le reste nous incombera à Hawkeye et à moi. Dès que nous saurons qui ils sont et combien ils sont, nous pourrons d'autant mieux les démanteler petit à petit. Une partie pourra sans doute être mise au placard ou affectée à des postes de moins importance. Une autre partie pourra être déchargée. Mais vous devez d'abord identifier les membres de cette faction. Et la personne à la tête de cette organisation, en priorité. Une fois qu'on aura identifié leur chef, le reste viendra d'autant plus facilement."

Sa voix semblait beaucoup plus calme et déterminée qu'il ne l'était réellement et cette conviction sembla rassurer Broche mais pas Ross qui secoua la tête : "Cela pourrait prendre des années.

- Ou aller très vite en fonction de leur organisation, répliqua Breda. S'ils sont rassemblés autour d'un leader charismatique, le faire tomber lui pourrait désorganiser tout le mouvement."

Dans tous les cas, les deux officiers n'avaient pas le choix : encore une fois, ils s'étaient retrouvés pris dans une affaire dangereuse et ils ne pouvaient plus retourner à leur affectation. Avec un soupir, Maria Ross hocha la tête.

"Par contre, nous allons avoir un problème, fit remarquer Breda. Si aucune de nos planques, aucun de nos appartements ne peut être utilisé, on se retrouve à la rue. On va avoir du mal à opérer dans ces conditions.

- Vous pensez que toutes sont hors-jeu ?

- Ils ont retrouvé la planque du district Sud. SI je ne me trompe pas, le terrain appartenait à un distant oncle décédé de Falman ?"

Mustang hocha la tête. La maison du district Sud ne leur étaient pas directement reliée et la faction avait malgré tout réussi à les retrouver. Autant dire qu'aucun site n'était sûr désormais. Ils allaient avoir besoin d'une nouvelle planque, d'un endroit suffisamment grand pour six et bien placé. Si possible, sans trop de surveillance militaire dans le quartier mais suffisamment de foule pour pouvoir s'y mêler discrètement.

"La famille Armstrong possède un appartement dans le centre-ville, si je ne me trompe pas. En dehors du manoir familial, dans le premier arrondissement. L'un des deux Armstrong devrait consentir à nous le prêter.

- Comment est-ce que vous savez cela ? demanda Hawkeye, en fronçant les sourcils.

- Olivia m'avait fait héritier la dernière fois, au cas où les choses tourneraient mal, rappela Mustang avec un petit sourire. Bien sûr, elle m'a effacé de son testament mais j'ai jeté un œil à la liste des propriétés que cela comprenait. Même si cette faction parvient à nous relier à la famille Armstrong, elle passera un certain temps à visiter tous les terrains que cela inclut. Est-ce que cela vous convient ?

- Si vous pensez que cela fera l'affaire, c'est bon pour nous, accepta Breda avec un haussement d'épaule.

- Est-ce que vous aurez besoin de matériel ? de ressources ?"

Autrement dit, des armes et de l'argent. Mais Breda secoua la tête : "Panaya et Smith doivent être du genre à avoir une réserve secrète pour ce genre de cas et je pense que Colt dort avec tout un arsenal. A nous quatre, on devrait être suffisamment équipés."


Remington vint toquer à sa porte peu après qu'elle se soit installée à son bureau.

"Vous allez bien ? lui demanda-t-il d'un ton grave.

- Autant que possible."

Sa pommette était toujours douloureuse et malgré l'épaisse couche de maquillage qu'Audra s'était efforcée d'étaler sur son visage, l'hématome était toujours visible. Mais le pire restait les courbatures qui parcouraient l'ensemble de son corps et la faisaient grimacer à chaque mouvement.

"Nous allons tout faire pour retrouver la personne ou les personnes à l'origine de ces menaces.

- Merci", répondit-elle d'une voix incertaine.

Comme toujours, avec Remington, la vraie raison de sa présence mettait toujours du temps à arriver et Audra attendit patiemment, se demandant s'il venait encore une fois la décourager, ou au contraire, l'encourager. Les choses n'étaient jamais certaines, jamais prévisibles avec lui et après les révélations de Mustang et Hawkeye, Evans avait plus que jamais des difficultés à cerner l'homme.

"Vous ne devriez pas poursuivre cette mission."

Ah, finalement, il venait la décourager.

"Je croyais que vous teniez autant que nous tous à mettre fin à cette série de révélation dans la presse ? souleva-t-elle.

- Il y a d'autres moyens. D'autres moyens que Mustang devrait considérer avant de vous demander de mettre votre vie en jeu.

- En quoi cela vous gêne-t-il ? Vous le faites au quotidien, fit remarquer Audra.

- Mais nous avons prêté un serment. Pas vous. Pourquoi vouloir sacrifier votre vie pour ce gouvernement alors qu'il y a un an et des poussières, vous étiez de l'autre côté de la barrière ?"

Evans haussa les épaules et baissa le regard vers la note qu'elle tenait entre ses mains. Pour quelle raison était-elle si pressée de risquer une agression pour le compte du gouvernement Mustang ? C'était une bonne question et elle-même n'était pas sûre. Elle ne faisait certainement pas cela pour les beaux yeux du président et il y avait longtemps qu'elle avait cessé de croire dans l'armée. Elle avait toutes les raisons de tourner les talons, surtout après les événements de la veille. Et avec l'article de ce matin, les choses n'iraient qu'en empirant.

Soit ils retrouvaient rapidement l'origine de la fuite, soit Mustang n'avait plus qu'à démissionner. A moins qu'il ne choisisse la voie armée. Le sort était presque scellé à ce stade et rien de ce qu'Audra ne puisse faire ne changerait quoi que ce soit. Mais son instinct lui disait de ne surtout pas partir : tous ces articles n'avaient rien d'innocent. Il ne s'agissait pas simplement d'une vendetta à l'encontre du président, d'une lutte de pouvoir intestine. Quelque chose se tramait et cela se faisait aux dépens du pays.

"Ces dossiers étaient censés être scellés, répondit-elle simplement. Des efforts sont faits envers le peuple ishbal pour réparer les torts de l'armée. Bien sûr c'est à eux de dire si ces efforts sont suffisants ou pas. A eux de décider lorsque cette guerre appartiendra définitivement au passé. Mais à en juger par les retours de Darragh, eux aussi souhaiteraient que ce journal arrête de remuer le couteau dans la plaie.

- Ils disent cela car ils redoutent de voir au pouvoir un autre président qui ne serait pas aussi bien disposé à leur égard.

- C'est possible. Mais je crois également qu'une partie d'entre eux jugent que ces souvenirs sont encore trop frais et préféreraient laisser les morts là où ils sont.

- Alors vous faites tout cela pour le peuple Ishbal ? demanda Remington avec sarcasme.
- Pas uniquement.

- J'espère que cette raison est suffisante pour risquer votre vie."

Audra eut un petit rire : "Je ne sais pas ce que vous avez pensé de la période Bradley, mais je risque ma vie depuis un moment. Il n'y a rien de nouveau de ce côté-là.

- Mais jamais au point d'être agressée physiquement."

Jamais.

Mais elle avait déjà connu la désagréable sensation d'avoir une arme pointée vers elle.

Evans se contenta de hausser les épaules : "Pour une fois, je crois sincèrement dans les motivations de ce gouvernement. Ce serait dommage de le voir s'effondrer." Elle rajouta après un moment : "Pourquoi tant de sollicitude de votre part, colonel ? Il ne m'est, après tout, rien arrivé de grave. Vous avez dû voir au cours de votre carrière des blessures beaucoup plus graves et impressionnantes.

- Sur des soldats, oui. Mais les civils... L'armée existe pour protéger les civils."

Il s'agissait d'une excuse bidon et ils le savaient tous les deux. Néanmoins, sa sollicitude, bien cachée sous une froideur méprisante et un air impénétrable la toucha et Audra se fit la réflexion que sans l'avertissement de Mustang et Hawkeye, elle aurait sans doute commencé à apprécier l'homme.

"Mais je vois que votre choix est fait, constata-t-il finalement. Je vous laisse à votre travail. Vous devez avoir fort à faire."


Un coup de fil à la planque sonna le départ. La procédure était définie depuis longtemps et après avoir récupéré Breda et les deux autres dans le district Sud le matin même, Smith se doutait que la surveillance des Bradley arrivait à sa fin. Une vague d'excitation le parcourut lorsqu'il envoya un message radio à sa coéquipière qui rappliqua aussi vite que possible :

"Que se passe-t-il ? lui demanda Colt, avec animation.

- Fin de l'opération, je suppose. Le boss a déclenché le protocole.

- Tu te moques de moi ? Que s'est-il passé ?

- Pas le temps. "Terre brûlée"."

Ce code leur indiquait qu'ils devaient vider les lieux au plus vite. Effacer toute trace de leur passage.

Colt fronça les sourcils : "Ils sont censés interroger ce type au fin fond du district Sud. Raconte-moi pendant qu'on vide les lieux."

Sa coéquipière n'allait pas lâcher l'affaire, Smith la connaissait trop bien. Sans chercher à protester, il commença à lui rapporter les nouvelles qu'elle avait manquées lors de sa garde - l'appel de Breda, leur état à Ross, Broche et lui dans la forêt et la fuite de leur agresseur - tandis qu'il vidait mécaniquement les placards. En soi, il n'y avait pas énormément de choses à faire. Sortir les poubelles, retirer les draps utilisés. L'ensemble de la nourriture fut jeté pêle-mêle dans un grand sac de sport noir que Smith tira d'un placard pendant que Colt vidait sa cache d'armes de secours.

"Je n'arrive pas à y croire, murmura-t-elle d'une voix incrédule. J'étais sur place i peine deux jours."

Ne sachant quoi répondre, Smith haussa les épaules.

"On a le temps de passer chez nous ?

- "Terre brûlée", répéta Smith.

- Directement au point du chute, alors."

Smith hocha la tête et empoigna le sac de sport. Malgré toutes les questions qui se bousculaient dans sa tête - Mustang n'aurait pas mis fin à cette mission sans une très bonne raison - le soldat était heureux de finalement quitter cette planque. Il y avait passé la quasi-totalité de son temps au cours de l'année écoulée. Rester enfermé à quatre dans un trente-cinq mètres carrés n'avait rien d'enthousiasmant et ce fut avec soulagement qu'il claqua la porte derrière lui.

Conformément au protocole, Colt et lui se séparèrent pour éviter d'éventuels poursuivants et firent leur chemin jusqu'au panneau d'information de la gare. Là-bas, Breda avait épinglé une petite note, signée de ses initiales. Smith fronça les sourcils : le message faisant figurer une adresse d'un des quartiers huppés et aisés du centre-ville. Changement radical de cadre.

Du coin de l'œil, il vit la tête blonde de Colt se frayer un chemin dans la foule vers l'endroit où il se trouvait et sans la regarder, Smith pivota sur ses talons et se mit en route. Le lieu de rendez-vous ne se trouvait pas loin et rapidement, Breda le fit rentrer dans l'appartement.

"Joli, commenta Smith avec un sifflement appréciateur."

L'appartement se trouvait dans un immeuble haut-de-gamme de la capitale, de ceux qui arboraient une façade en pierre blanche, typique des quartiers aristocratiques du pays. L'intérieur n'était pas en reste. Un parquet en bois qui craquait sous ses pieds, des moulures au plafond et des portraits de familles accrochés aux murs. Smith haussa un sourcil interrogateur en passant devant un tableau particulièrement inquiétant.

"Propriété de la famille Armstrong, expliqua Breda.

- Je vois."

Ross et Broche attendaient dans le séjour, mal à l'aise sur les chaises délicatement tapissées de tissus à fleur. Ils avaient l'air plus reposés et propres, en tout cas en meilleur état que le matin même. Un repas et une douche étaient sûrement passés par là. Peut-être même une sieste d'une heure ou deux. La sonnette retentit à nouveau et Breda alla ouvrir à Colt.

"Pas mal, boss. Vraiment pas mal ! s'exclama-t-elle à son tour.

- Où sont Breguet et Panaya ? demanda Smith.

- Breguet ne devrait pas tarder à arriver mais je n'ai pas réussi à joindre Panaya."

Malgré son calme apparent, la voix de Breda trahissait une certaine inquiétude : après l'attaque de la veille tout était possible et le chef d'équipe n'était pas loin d'imaginer le pire.

"Elle était censée prendre ma relève dans deux heures. Elle ne peut pas être bien loin, fit remarquer Smith.

- Je réessaierai de la contacter plus tard. De toute manière, elle comprendra en voyant la planque vide."

Smith hocha la tête et commença à vider son sac sur la table, dévoilant principalement une provision de rations militaires.

"Est-ce que vous n'avez pas l'impression que cela fait une éternité qu'on a pas vu Panaya ? demanda soudain Colt, d'une voix pensive.

- On s'est absentés sur une autre mission, lui rappela Breda.

- Oui mais depuis mon retour, je n'ai pas l'impression de l'avoir croisée.

- Elle n'a pas réalisé ses gardes ?

- Si, si, mais... je ne sais pas, je n'arrive pas vraiment à mettre le doigt dessus."

Breda interrogea Colt du regard et la soldate secoua la tête, incapable de s'expliquer davantage.

"J'ai aussi l'impression de ne pas l'avoir vue depuis des jours", ajouta à son tour Smith.

Lui non plus n'avait pas d'explication rationnelle : il savait que sa coéquipière avait réalisé une garde la veille, avant que Colt ne vienne la relever. Et pourtant, il ne se souvenait pas l'avoir vu entrer ou quitter la maison des Bradley. Un sentiment de déjà-vu le fit frissonner mais encore une fois, Smith n'arrivait pas à mettre le doigt sur l'origine du malaise. En l'absence de problème clairement identifié, Breda finit par commenter prudemment : "Espérons qu'elle ne tarde pas trop. Je compte sur vous deux pour nous prévenir si quelque chose d'autre vous revient. En attendant, Mustang veut que nous travaillons sur un autre front."

Smith acquiesça. Il refoula son inquiétude et se força à se concentrer sur les consignes concernant leur nouvel objectif : identifier l'homme à la tête de la faction séditieuse de l'armée.


"Généralissime, j'attendais votre appel, le salua Ravier.

- J'aurais aimé vous appeler dans des circonstances différentes. Comment se passent les choses dans le Sud ?

- Moins bien que ce que j'aurais préféré mais peut-être mieux que ce qui aurait pu se passer.

- Vous êtes bien le premier à me dire cela.

- Ce n'est pas de l'optimisme, mais du réalisme.

- Des tensions ? demanda Mustang en fronçant les sourcils.

- Au premier article, des tensions, confirma Ravier. Au sein de la communauté Ishbale et également au sein des nouvelles générations. Conversations houleuses dans les bars, invectives de nos soldats dans les rues, mais rien de significatif. Mais aujourd'hui, des protestations.

- De la part de qui ?

- Pas de la part des ishbals, comme on aurait pu s'y attendre : je suis en contact régulier avec Darragh qui parvient à maintenir le calme au sein de son peuple. Les protestations viennent du centre-ville. Des étudiants, principalement, des jeunes générations qui savent encore s'indigner des atrocités de la guerre."

Curieusement, le général Ravier semblait résigné, presque comme s'il comprenait ou excusait ces débordements. Mais lui aussi avait pris part à la guerre et été témoin des atrocités commises. Aucun d'entre eux n'était en position de protester contre l'indignation générale.

"Où sont les protestataires ?

- Devant le Quartier Général, mais ils sont relativement peu nombreux. La plupart semble se contenter de protester dans les bars, une boisson à la main, ce qui est rassurant, mais difficile à supporter pour nos soldats qui sont insultés et pris à partie.

- La situation est compliquée. Difficile à gérer et à supporter. Mais il ne faut surtout pas que cela dégénère."

Ravier retint un soupir à l'autre bout du fil : "Comme toujours. Encore une fois, nous demandons à nos soldats à faire le dos rond face à la haine et au mépris du public.

- J'aurais aimé vous demander autre chose, confessa Mustang. Nous travaillons à identifier la source de la fuite pour mettre fin à cette série de révélations.

- Vous vous attendez à d'autres articles encore, en déduisit Ravier.

- Effectivement."

Le silence grésilla un instant au bout du combiné. Ses relations avec Ravier s'étaient franchement améliorées depuis sa visite dans le Sud. Le général semblait avoir décidé qu'après tout, Roy n'était pas qu'un blanc-bec bon à jouer les charmeurs devant la communauté civile du pays et faisait à présent part de beaucoup plus de transparence dans ses communications. Néanmoins, Mustang demandait encore une fois des efforts à des troupes déjà fatiguées et lasses du climat ambiant.

"Je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'à force de tirer sur la corde, celle-ci pourrait un jour casser, soupira finalement le général du Sud. Faites taire ce journaliste au plus vite, monsieur.

- J'y veillerai."

A peine eut-il raccroché avec Ravier que Hawkeye poussa la porte de son bureau, visiblement mécontente.

"Comment vont Ravier et le Sud ?

- Aussi bien que possible, compte tenu des circonstances."

Il lui relata rapidement leur conversation, surveillant d'un œil inquiet l'humeur orageuse de son assistante. D'autant qu'il se souvienne, il n'avait rien fait dernièrement pour attiser la colère de la jeune femme et il était rare que d'autres personnes arrivent à bout de sa patience.

"Bref, il nous prévient qu'on ferait mieux d'attraper l'auteur de ces révélations très vite.

- Prévisible, commenta Hawkeye."

Son expression fermée ne lui donnait aucun indice, mais jusqu'à présent, Riza ne l'avait pas encore fusillé du regard, signe que Roy n'était probablement pas à l'origine de sa colère. Celui-ci se détendit légèrement.

"Malheureusement, nous manquons d'hommes sur ce front-là : Ross et Broche sont avec Breda. Et toute l'équipe est hors-jeu. Armstrong et Fuery sont dans le Sud, Falman à Briggs. Evans peut continuer autant qu'elle le souhaite, mais elle n'en reste pas moins une civile.

- Sciezka ? suggéra Hawkeye

- Elle est bien placée pour fureter discrètement mais ça serait risquer de l'entraîner dans beaucoup de complications.

- Reynes ?"

Mustang haussa un sourcil. Le sous-lieutenant James Reynes. Qui trempait déjà dans les secrets de l'armée. Qui de mieux placé ?

"Je n'arrive pas à croire que je l'avais oublié."

La réponse était juste sous son nez et il ne l'avait pas vue. Sa réaction arracha un sourire à son colonel.

"Je lui en parlerai.

- Ce sera bien le seul à se réjouir de cette nouvelle mission, commenta Hawkeye.

- Nous avons été jeunes et ambitieux nous aussi."

Riza esquissa un nouveau sourire, qui encouragea Mustang à finalement se risquer à demander : "Pourquoi êtes-vous aussi contrariée ? Que s'est-il passé ?"

Hawkeye le fusilla du regard, lui faisait instantanément regretter sa question. Roy se raidit et se prépara mentalement à la tempête, mais son assistante se contenta de laisser tomber une enveloppe sur son bureau d'un geste raide.

"Arrivé chez moi, mais j'imagine que ça vous est destiné."

Déjà ouverte, l'enveloppe ne portait aucune indication si ce n'était le nom d'Hawkeye et le tampon du poste de sécurité. Un parfum floral particulièrement entêtant s'échappa de la lettre lorsque Mustang la déplia et il ne put s'empêcher de hausser un sourcil à la vue de la marque de rouge à lèvres sur le papier - un baiser désespéré ?

"J'ai attendu mais tu ne m'a jamais rappelée. Hélène."

Roy sentait le regard perçant d'Hawkeye sur lui et se retint de prendre les jambes à son cou, comme lui suggérait fortement son instinct.

"Je ne connais absolument aucune Hélène, parvint-il à balbutier. Aucune idée de la façon dont c'est arrivé sur votre bureau."

Riza le fusilla du regard : "Merci de vous abstenir de vous servir de moi comme boîte aux lettres officieuse.

- Mais je n'ai jamais... commença Roy avant d'être réduit au silence par un autre regard noir."

Il n'avait jamais utilisé Hawkeye comme point de contact indirect auprès de qui que ce soit et encore moins ses diverses conquêtes. Personne doté d'un semblant d'instinct de survie n'y aurait jamais songé. Et d'ailleurs, Roy évitait de révéler les noms de ses coéquipiers. Intrigué et paniqué, il devait l'admettre, il retourna la feuille, sans comprendre davantage. Ce message n'avait aucun sens car il n'avait fréquenté aucune Hélène dernièrement - pas avec les horaires démentiels que lui imposait sa fonction de président - ou tout court. Et il n'oubliait pas les noms, pas lorsque cela concernait les femmes. Il réexamina la lettre et fut encore une fois frappé par le parfum qui s'en échappait. Loin d'être désagréable, au contraire, l'essence utilisée était fraîche comme si principalement composée de...

"Jus de citron, soupira Mustang. La plus vieille astuce du monde."

D'un claquement de doigts, il alluma une bougie et fit patiemment glisser le papier au-dessus de la flamme jusqu'à ce que le message n'apparaisse : "Zone 14, Hangar D, 23h. Fullmetal." Au moins, cela expliquait les traces de rouge à lèvre. Du moins partiellement. Roy ne voulait pas savoir comment l'adolescent s'était débrouillé pour imprimer ce baiser sur le papier.

Hawkeye laissa échapper un petit "oh" à la vue du message et rougit légèrement.

"Il doit savoir que la situation est délicate. Il serait venu frapper directement à votre porte, sinon", fit-elle remarquer, pour dissimuler sa gêne.

Cette situation lui donnait à présent envie de rire et de taquiner sa subordonnée, mais Mustang s'abstint de tout commentaire pour se concentrer sur le message : à moins d'avoir une très bonne raison, le Fullmetal ne se serait embarrassé d'un tel message. Il préférait enfoncer les portes à grands cris et le traiter de tous les noms. Quelque chose devait s'être produit et un mauvais pressentiment disait à Roy que cela concernait Selim Bradley. Un coup d'œil à l'horloge de son bureau lui indiqua qu'ils n'avaient de toute manière plus tellement de temps.

"J'imagine qu'on découvrira bien assez vite."


Hakuro avait fait vite, beaucoup plus vite que ce à quoi s'attendait Selim lorsqu'il lui en avait donné l'ordre, mais c'était sûrement là l'avantage de disposer d'un réseau de sous-fifres dans tout le pays. Le général en personne lui délivra le paquet dans la ruelle à l'arrière de la maison et Selim contempla avec satisfaction la forme recroquevillée devant lui.

"Vos hommes sont à l'origine des articles sur Mustang ?

- Oui."

Sous l'air absent d'Hakuro, Selim pouvait sentir son sentiment d'intense satisfaction qu'il ne pouvait que partager. Même sans lui, le général avait construit un plan solide pour faire descendre Mustang de son piédestal et ces révélations dans la presse n'en étaient que la partie la plus visible. Selim n'avait même pas eu à le lui demander, le général avait déjà préparé ce coup lorsque l'homonculus l'avait pris sous son aile. Néanmoins, s'il voulait réaliser son plan sans rencontrer trop de problèmes, Selim allait sûrement avoir besoin d'un peu plus de distractions que cela.

"Dites à vos hommes de chercher du côté du tunnel."

Pride regarda à peine l'homme acquiescer et se pencha à peine vers son prisonnier, posant la main sur le bâillon.

"Un seul bruit, et je te tue", prévint-il d'une voix douce, avant de baisser le tissu réduisait son prisonnier au silence.

L'homme haleta un instant, déglutissant avec difficulté.

"Vous avez tellement vieilli, docteur Marcoh.

- Encore vous, cracha l'alchimiste avec dégoût. Vous n'arrêterez donc jamais.

- Jamais. Pas avant d'avoir obtenu ce que je veux.

- Peu importe, je ne vous aiderai jamais."

Selim laissa échapper un petit rire : le docteur ne changeait jamais. Peu importe le temps écoulé depuis leur dernière rencontre, il s'opposait encore à lui, sans comprendre que toute résistance était futile.

"Les Ishbals se rendront très vite compte de mon absence, si ce n'est déjà fait, continua Marcoh avec conviction. Scar préviendra Mustang et tous se mettront à ma recherche. Et encore une fois nous vous battrons.

- C'est très possible, admit Selim avec un haussement d'épaule. Mais à ce moment-là, il sera déjà trop tard : vous aurez déjà rempli votre rôle.

- Je ne créerai pas de nouvelle pierre. Je ne l'ai pas fait la dernière fois et je ne le ferai pas cette fois non plus." Marcoh le toisa un instant avant d'ajouter : "Tu ne pourras pas redevenir un homonculus ou retrouver tes amis.

- Ce n'est pas mon but, docteur. Mais croyez-moi, vous créerez une pierre pour moi."

Selim replaça le bâillon, réduisant Marcoh au silence, et se tourna vers Hakuro : "Emmenez-le dans la cave. J'aurais également besoin de deux hommes, pour ce que je veux faire. Peu importe qui. Des pions dont vous souhaitez vous débarrasser, si vous voulez. Et n'oubliez pas cette autre chose dans l'Est que vous devez me rapporter."

Le général hocha la tête avant d'empoigner leur prisonnier par un bras et de le remettre sur pied. Selim les suivit du regard tandis qu'ils entraient dans la maison.

Il devrait juste s'assurer que le bruit d'alerterait pas sa mère.

A suivre...


Ce chapitre marque le grand retour du docteur Marcoh ! Selim a manifestement un plan impliquant la pierre, mais je n'en dis pas plus :) J'ai aussi beaucoup aimé titiller Roy et Riza avec ce message de Panaya et d'Edward. J'imagine sans mal leurs énergies maléfiques se combiner pour jouer un tour à Mustang

J'espère que vous avez aimé. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire (positif ou négatif)