Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai et le titre appartient à Mary Higgings Clark :)
Mon petit blabla avant de commencer : Mieux vaut tard que jamais, voilà le chapitre 20 ! Globalement, j'ai énormément de mal à repasser sur l'écriture. Avec les vacances qui approchent, je dois boucler pas mal de dossiers au boulot et ça ne me laisse plus vraiment de temps pour écrire et corriger. Merci à Musing-and-Music pour sa review qui fait toujours plaisir. Et j'espère que vous en prendrez avec ce nouveau chapitre :)
Précédemment dans La Pièce Vide : Les révélations dans la presse s'enchaînent et le gouvernement ne sait plus quoi faire, face à la colère de la foule. Breda parvient à rejoindre Mustang pour lui rapporter les derniers développements. Ils décident ensemble d'arrêter la surveillance des Bradley pour se concentrer sur la faction. Après avoir pris des nouvelles du Sud, Mustang et Hawkeye découvrent qu'Edward leur a fort discrètement donné rendez-vous.
Nous n'irons plus au bois
En vérité, Mary aurait dû se sentir soulagée. Pour la première fois depuis un an, Selim et elle étaient enfin seuls chez eux et personne n'était là pour les suivre, les épier, les surveiller. Elle aurait dû être heureuse mais actuellement, elle était plutôt embêtée. La présence des militaires, même si non voulue, lui permettait au moins d'avoir quelqu'un à la maison avec Selim lorsqu'elle devait sortir faire des courses : l'emmener avec elle n'était pas une option et son fils était encore trop jeune pour rester seul à la maison. Elle avait donc dû attendre que Selim monte faire la sieste pour s'éclipser et était sortie en espérant être de retour avant son réveil.
L'air frais fouettait son visage lorsque Mary remonta la rue principale d'un pas pressé. Les températures baissaient de plus en plus mais elle n'avait pas l'occasion de beaucoup sortir de chez elle et le vent sur son visage la revigora. D'un pas rapide, elle se rendit vers l'unique épicerie du quartier. Quelques regards peu amicaux se tournèrent vers elle à son entrée, mais Mary ne s'en formalisait plus : depuis la prise de pouvoir de Mustang, elle était traitée comme persona non grata et étant donné les horreurs qui avaient été dites sur son mari, elle devait sans doute s'estimer heureuse de n'être la cible que de regards haineux.
Elle sortit sa liste de courses de sa poche et se mit à remplir avec efficacité son panier, ne tenant pas à passer plus de temps que nécessaire sur place. Mais au détour d'une allée, une voix l'interpella : "Mme Bradley !". Mary baissa les yeux jusqu'à en trouver la propriétaire.
"Elysia ! Quelle surprise de te voir ! Comment vas-tu ?
- Maman ! J'ai trouvé Mme Bradley ! cria la petite fille, avant de se tourner vers Mary : Très bien. Et toi ? Selim n'est pas ici ?"
La fillette avait rajouté la dernière question, un brin inquiète, et Mary fronça les sourcils. Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de répondre, Grace fit son apparition, un pot de confiture à la main : "Bonjour Mary ! Comment vas-tu ?
- Très bien. Quelle bonne surprise de vous croiser ici !"
L'épicerie était l'un des uniques points de ravitaillement du quartier. Les rencontres impromptues n'y étaient pas rares mais pour une raison dont Mary ne se souvenait plus, cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas croisé les Hugues. Elle avait l'impression d'avoir su à une époque mais de ne plus pouvoir mettre le doigt dessus.
Grace lui sourit avant de se tourner vers sa fille : "Est-ce que tu pourrais aller déposer ce pot dans notre panier et le surveiller pendant que je discute avec Mme Bradley, s'il te plaît ? Je n'en aurai pas pour très longtemps, promis.
- Tu dis toujours ça, maman, marmonna Elycia en saisissant toutefois le pot. Bonne journée, Mme Bradley.
- Merci, Elysia."
Les deux mères regardèrent un instant la fillette s'éloigner, s'assurant qu'elle était hors de portée, avant de reprendre : "Comment est-ce que ça va, Mary ?
- Très bien. Et toi ?
- Réellement ?"
L'inquiétude dans la voix de son amie lui fit froncer les sourcils à nouveau mais Grace enchaîna : "Ne le prends pas mal. Tu as l'air beaucoup mieux que la dernière fois mais tu étais tellement inquiète. Et cette soldate est venue me poser des questions sur toi.
- Quelqu'un est venu te poser des questions sur moi ? s'exclama Mary d'une voix plus forte qu'elle ne l'aurait voulue, s'attirant quelques regards curieux. Pardon, je ne voulais pas...
- Pas de souci. Mais oui, une soldate, le sous-lieutenant Panaya, si je me souviens bien, est venue. Elle m'a jurée que c'était dans ton intérêt et...
- Et tu l'as crue ? coupa Mary, avec un mélange d'étonnement et d'indignation.
- Tu avais l'air si inquiète, la dernière fois."
Mary sentit l'agacement monter en elle, malgré l'air coupable de Grace. Elle savait que son amie n'aurait jamais volontairement agi contre ses intérêts. Mais Grace était la mieux placée pour savoir que le gouvernement Mustang ne portait pas la famille Bradley dans son cœur. Et elle savait mieux que quiconque à quel point Mary souhaitait ne donner à l'armée aucune information sur sa famille, et pourquoi.
"De quelle dernière fois est-ce-que tu parles ? lui demanda-t-elle pour tenter d'enrayer sa soudaine colère.
- Au marché ?"
Elles s'étaient croisées des centaines de fois au marché et aucune ne se détachait particulièrement de sa mémoire. Face à l'incompréhension évidente sur son visage, Grace poursuivit : "La fois où je t'ai expliqué qu'Elysia ne voulait plus jouer avec Selim. Qu'elle avait peur.
- De quoi est-ce que ...?"
Rien de tout cela ne lui semblait familier. Mary n'avait aucun souvenir de cette conversation et face à l'air confus de Grâce, elle sentit une panique familière commença à la gagner. Elle ouvrit la bouche, mais la referma, incapable de formuler une pensée cohérente.
"Tu ne te souviens pas, constata lentement Grace. Notre conversation, il y a un peu plus d'un mois, sur nos enfants. Cette personnalité de Selim qui était différente et faisait peur à Elysia. Tu ne t'en souviens pas.
- Non, souffla Mary."
Cette sensation lui était familière. Le sol qui se dérobait sous ses pieds, l'impression d'avoir oublié quelque chose de terriblement important et ne même pas savoir quoi. Son cœur tambourinait à ses oreilles.
"Mary, tu as besoin d'aide.
- Non."
Elle avait déjà eu cette conversation avant. Avec Grace ou quelqu'un d'autre dont elle ne se souvenait plus.
"Tu ne peux plus gérer cette situation toute seule, Mary, continua Grace d'une voix pressante. Tu sais que j'aime Selim. C'est un bon petit garçon. Jamais je ne vous nuirais volontairement. Mais tu as besoin d'aide.
- Mais je...
- Est-ce que tu as parlé aux frères Elric ? Que t'ont-ils dit ?
- Les frères Elric ? répéta Mary sans comprendre.
- Ils ne sont pas venus te voir ?
- Non mais je..."
Pourquoi Grace lui parlait-elle des frères Elric ? Pourquoi seraient-ils venus la voir ? Mary avait l'impression de dévaler un tunnel dans le noir. Elle ne comprenait rien de ce que lui disait Grace et elle pouvait lire l'inquiétude grandissante sur le visage de son amie.
"Pourquoi est-ce que tu me parles des frères Elric ?"
Son amie resta silencieuse, incapable de répondre à cette question, et fouilla du regard son visage. Cet examen mit Mary d'autant plus mal à l'aise et elle essuya ses mains moites de transpiration sur son manteau. Elle avait besoin de rentrer chez elle.
"Mary ?"
Apparemment, elle avait prononcé cette phrase à voix haute s'en même s'en rendre compte. Mary déposa son panier à ses pieds.
"Que vas-tu faire ? Tu as besoin d'aide Mary.
- Je dois y aller, balbutia Mme Bradley. Je... Je te reverrai plus tard."
Grace ne chercha pas à la retenir, lorsque Mary ressortit presque en courant de l'épicerie. Quelque chose n'allait pas et Mme Bradley ne savait pas quoi. Un sentiment d'urgence tordait son estomac et faisait tambouriner son cœur. Elle avait l'impression de suffoquer, de ne plus arriver à respirer et le monde entier lui semblait flou.
Elle devait vérifier que son fils allait bien. Elle avait besoin de le voir. Ses mains tremblantes eurent du mal à insérer la clé dans la serrure. Mais une fois à l'intérieur, le calme de la maison chassa en un instant la peur panique qu'elle éprouvait. Elle perdait la tête.
Sans prendre la peine de se débarrasser de son manteau, elle monta les escaliers aussi rapidement et silencieusement que possible et jeta un coup d'œil dans la chambre de son fils. Tout allait bien. Selim était sagement endormi dans sa chambre.
Mary referma doucement la porte et soupira. Les mots de Grace l'avaient alertée beaucoup plus que de raison et il faudrait qu'elle ait une discussion plus approfondie avec son amie pour éclaircir toute cette affaire.
Calmement, elle redescendit au rez-de-chaussée, se demandant si elle devait repartir faire ses courses ou non : son fils ne se réveillerait plus dans très longtemps et elle aimait autant ne pas le laisser se réveiller dans une maison vide, même si cela s'était déjà produit quelques fois. Cependant, les réserves dans ses placards commençaient à atteindre un niveau inquiétant. Mary était tellement perdue dans ses pensées, qu'elle manqua presque le gémissement. Mais lorsqu'un deuxième s'échappa de la cave, elle s'arrêta.
Elle avait dû rêver. Ce n'aurait pas été étonnant après son comportement de furie quelques minutes auparavant. Mais un bruit sourd s'en suivit et la fit sursauter. Cette fois, elle en était sûre : quelque chose faisait du bruit dans la cave. Avec un soupir, Mary attrapa un balai et poussa la porte vers le souterrain, espérant ne pas tomber sur un raton-laveur comme cela avait déjà été le cas. Elle n'aimait pas ces animaux qui passaient leur temps à fouiller dans les poubelles et elle était certaine qu'ils véhiculaient des maladies.
Le bruit s'intensifia alors que Mary descendait les escaliers. Elle attrapa la lampe suspendue au crochet et l'alluma, puis manqua de la lâcher.
Un homme était ligoté, attaché aux tuyaux. Un homme au visage terriblement abîmé et hurlant à travers le bâillon.
"Qu'est-ce que...
- Tu n'aurais jamais dû descendre."
La petite voix la fit sursauter et Mary se retourna d'un bond. Selim se tenait dans les escaliers, la lumière du rez-de-chaussée l'éclairant sa silhouette frêle. Un vague sentiment de déjà-vu, mais pas réellement.
"Selim ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu devrais...
- Tu n'aurais pas dû descendre, ici, répéta son fils en secouant la tête. Tu ne me laisses pas le choix, maman.
- Quel choix ?"
Son cœur battait à nouveau si fort à ses oreilles qu'elle manqua d'entendre la réponse de son fils : "Respecter ma promesse."
Et soudain, elle se souvint de tout. Elle revit l'ensemble de ses souvenirs défiler devant ses yeux, comme des images de cinéma en accéléré : le comportement étrange de son fils, les animaux morts dans le bureau de King, et la promesse. "Promets-moi de ne jamais utiliser tes pouvoirs sur moi."
"Tu vas oublier ce que tu as vu ici et tu ne redescendras plus jamais dans la cave, déclara Selim d'une voix plus froide qu'elle ne l'avait jamais entendue. Est-ce que tu as compris ?"
Le sol se déroba à nouveau sous ses pieds et un vertige la fit vaciller. Mary inspira calmement puis fixa à nouveau le livre entre ses mains.
Elle était assise dans le fauteuil du séjour et Selim dormait à l'étage, mais elle ne parvenait pas à lire. Elle avait sauté des pages entières, lisant les mots sans les comprendre. Elle fronça les sourcils et retourna quelques pages en arrière, pour reprendre le récit. Elle avait fait le plus étrange de tous les rêves mais ne s'en souvenait déjà plus.
"Il est temps, déclara Panaya".
L'aîné lui jeta un regard à moitié agacé, à moitié soulagé de pouvoir enfin sortir : "Vous allez encore nous faire traverser la moitié de la ville, "par précaution" ?
- Non, je préfère mener ces inconnus qui me traquent directement jusqu'au président et son assistante. Une façon très sympathique de commencer la conversation.
- ça aurait au moins le mérite de nous dégourdir les jambes. J'ai l'impression d'avoir rouillé sur place."
Alphonse lui adressa un regard désolé mais Panaya se contenta d'hausser les épaules et attraper sa veste. Rester enfermée dans la même chambre d'hôtel que les frères Elric n'avaient pas été une expérience très plaisante. D'abord parce que la chambre n'était pas des plus spacieuses, ensuite parce que l'aîné semblait incapable de tenir en place si on ne lui trouvait pas une occupation.
Cela avait pourtant été l'occasion de discuter et d'essayer de retrouver ces souvenirs. Mais au bout de quarante-huit heures, Panaya pouvait certifier que les deux alchimistes ne se souvenaient d'absolument rien. La visite chez les Bradley, la planque, les échanges avec elle. Elle tout essayé : leur raconter le menu détail de leurs rencontres, les derniers vrais souvenirs qu'ils avaient et même la méditation, mais toujours rien. La seule solution à laquelle elle n'avait pas encore eu recours était la violence physique et Panaya n'était pas loin d'y songer sérieusement. Après tout, la soldate s'était cassé un doigt pour revenir à elle.
Mais en fin de compte, il était temps d'aller rencontrer Mustang et Hawkeye.
Malgré ce qu'elle avait pu répondre à Edward, Panaya ne leur fit pas perdre de temps en détours inutiles : à cette heure-ci les rues étaient n'étaient plus si animées et plus ils s'approchaient de la zone industrielle, moins il y avait de badauds. Ils auraient eu vite fait de repérer quiconque se serait aventuré à les suivre. Par habitude, la soldate scannait méthodiquement les alentours, mais des pensées parasites l'empêchaient de se concentrer pleinement.
L'accusation qu'elle s'apprêtait à porter contre Breda était on-ne-peut-plus grave et malheureusement, Panaya n'avait aucune preuve à apporter, sinon le témoignage des frères Elric. Que ces deux-là connaissent Mustang empêcherait sûrement celui-ci de leur rire au nez, mais quel crédit le président allait-il leur accorder ? Breda était un de ses plus fidèles subordonnés, de ceux qui avait combattu à ses côtés à Centrale. Et elle n'avait qu'une histoire totalement fantaisiste à lui raconter.
Si les frères Elric remarquèrent sa nervosité, ils s'abstinrent de tout commentaire et calquèrent leur allure sur la sienne.
Les lampes grésillèrent en s'allumant, dévoilant la vingtaine de caisses entassées dans l'espace exigu. Alphonse fronça les sourcils en inspirant l'air empreint de tabac froid.
"Où sommes-nous ? Est-ce que c'est un point de rendez-vous fréquent de l'armée ?
- Pas vraiment, non. Mais l'endroit est discret et pratique, répondit Panaya en s'installant sur une des caisses. Si j'étais toi, Edward, je ne toucherais pas trop à tout ça. Je ne suis pas certaine que tout soit légal."
Le jeune homme leva un sourcil mais cessa d'inspecter la marchandise, pour faire les cent pas à la place, au plus grand dam de la soldate. Il restait encore une bonne demi-heure à attendre et l'énervement de l'ancien alchimiste commençait à lui courir sur les nerfs. Alphonse lui adressa un sourire compatissant et demanda à son frère de se calmer mais l'aîné ne lui accorda pas plus d'attention.
"Au moins tu as essayé", admit Panaya avant de se concentrer à nouveau sur la façon dont elle comptait aborder les choses avec le président.
Mais le temps fila beaucoup trop vite à son goût et rapidement, le Fullmetal explosa : "Il est vingt-trois heures passées. Où est le colonel ?
- Généralissime, corrigea son frère.
- Peu importe, Mustang restera toujours le même connard arrogant.
- Content de voir que tu as une si haute opinion de moi, Fullmetal."
Mustang et Hawkeye venaient d'apparaître dans l'encadrement de la porte. Panaya aurait presque ri de la grimace déconfite d'Edward, si elle n'avait pas été aussi inquiète. Le jeune homme marmonna quelque chose sur les personnes sournoises qui se faufilaient discrètement dans les ombres, arrachant un sourire amusé à Mustang.
A son approche, la soldate bondit ses pieds malgré elle pour le saluer : "Généralissime.
- Gabrielle ?
- Vous vous connaissez ? s'exclama Edward.
- Je suis assez surprise de voir que vous vous souvenez de mon prénom."
Malgré la nervosité, Panaya n'avait pas pu retenir cette remarque quelque peu déplacée mais Mustang ne s'en formalisa pas et lui répondit avec ce sourire charmeur qui lui était familier : "Je n'aurais jamais oublié."
L'expression incrédule d'Edward s'accentua, tandis qu'il les dévisageait chacun à tour de rôle.
"Oh pitié. Ne me dites pas que vous êtes une de ses ex. C'est dégueulasse.
- Calme-toi, Fullmetal et laisse les adultes parler. Peut-être qu'un jour, quelqu'un t'expliquera comment sont faits les bébés."
Le jeune homme leva les yeux au ciel.
"Je ne pensais pas te trouver ici, ajouta Mustang à l'attention de Panaya.
- J'avais besoin de vous voir, monsieur. Avec les frères Elric."
Ils étaient réunis pour parler d'un sujet important et Panaya reprit son masque de soldate, mais ni Mustang ni le Fullmetal ne semblaient avoir saisi le changement d'attitude.
"Je me disais bien que les traces de rouge à lèvre ne ressemblaient pas au Fullmetal.
- Je ne suis plus le Fullmetal, vous êtes au courant ?
- Un peu, étant donné que j'ai dû traiter toute la paperasse lié à ta décharge.
- Est-ce qu'on pourrait aborder le sujet de cette réunion ? rappela Hawkeye en s'éclaircissant la gorge. Vous aviez besoin de nous parler, si j'ai bien compris ?"
Mustang et Edward s'interrompirent, avec l'air coupable de deux enfants grondés, et reportèrent leur attention vers Panaya.
"Merci, colonel. Comme je le disais donc, j'ai voulu vous voir pour remonter des faits alarmants concernant Selim Bradley.
- J'ai vu Breda ce matin même et il ne m'a rien reporté, indiqua Mustang, en haussant un sourcil.
- Est-ce qu'il vous a dit que je ne travaille plus pour lui depuis une petite semaine ?" demanda Panaya.
A son air surpris, elle en déduisit que non. Sans lui laisser le temps de parler, la jeune femme enchaîna : "Ces faits concernent également l'équipe Breda. J'ai peur qu'à mon exception, la totalité de l'équipe n'ait été compromise.
- Ce sont... Est-ce que... Reprends... Reprenez depuis le début ?"
Ignorant, son hésitation – elle était une soldate et il était son généralissime, rien de plus - la jeune femme hocha la tête et reprit les faits : les mensonges, les révélations de Grâce et la fuite. Le regard de Mustang s'assombrissait au fur et à mesure de son exposé. Même à ses propres oreilles, le récit de Panaya semblait complètement fantaisiste et elle se surprit à prier pour qu'il la prenne au sérieux.
"D'autres preuves que votre témoignage ?"
Au moins, il ne l'écartait pas totalement. Soulagée, Panaya désigna les frères Elric et les deux soldats se tournèrent vers eux d'un air interrogateur.
"C'est compliqué, marmonna Edward.
- Compliqué ?
- Nous n'avons aucun souvenir des trois dernières semaines.
- Pardon ?
- Je sais que ça n'a aucun sens, s'agaça-t-il, en passant une main sur sa tête. Mais on a aucun souvenir réaliste.
- Comment ça aucun "souvenir réaliste" ?
- Vous comptez répéter tout ce que je dis ? s'impatienta l'adolescent."
Mustang lui lança un regard exaspéré mais Alphonse intervint avant que son frère ne s'énerve davantage : "De ce qu'on se souvient, nous sommes venus à Centrale pour revoir Mme Hugues et Elysia. Nous avons passé une après-midi chez elles et ensuite le reste de nos journées à la bibliothèque de Centrale pour des recherches personnelles. Le seul problème, c'est que nous sommes incapables tous les deux de nous souvenir du sujet sur lequel nous avons travaillé, d'un seul livre que nous aurions ouvert.
- Improbable, vous connaissant, murmura Mustang.
- C'est selon nous, la preuve de ce dont est capable Selim Bradley, ajouta Panaya. J'ai rencontré et échangé plusieurs fois avec les frères Elric. Et nous avons eu tout le loisir de ré-évoquer ces instants au cours des deux derniers jours, mais ils ne se souviennent de rien.
- Il n'y a plus qu'à espérer que vous confirmiez que ce n'est pas une folle furieuse, qui a inventé toute cette histoire, colonel déclara Edward en désignant Panaya d'un geste de la tête."
Mais Mustang se pinçait l'arête du nez, faisant les cent pas : "Ce ne serait pas la première fois que cet homonculus nous étonne. Mais lorsque vous dites que vous ne vous souvenez de rien...
- Rien, répondit Edward d'un ton buté.
- Cette nuit, chez les Bradley ? Lorsque Breda vous a embarqués ?
- Non, répondit l'ancien Fullmetal en secouant la tête.
- Aucun souvenir de notre conversation ? s'étonna Mustang.
- Aucun, il va falloir vous le dire en combien de langues ?
- Dommage, ta déclaration d'amour envers l'armée était pourtant si émouvante. Tes louanges envers mes compétences d'officier supérieur, tellement touchantes.
- Arrêtez vos conneries, s'écria Edward. Ce n'est pas le moment."
Mais les plaisanteries de Mustang tenaient davantage de l'habitude que de la réellement envie de rire : son air restait grave et son regard perçant traduisait toute sa concentration.
"Alors Selim Bradley est de nouveau un homonculus et dispose d'un autre type de pouvoir, cette fois-ci. Si j'ai bien compris, il peut modifier la mémoire de ses victimes, leur donner des ordres...
- Vous doutez de nous, colonel ? demanda Edward d'une voix pleine de défi. Pourtant, "impossible est un mot qui n'existe pas ici-bas".
- Je ne doute pas rétorqua Mustang. Mais si Selim peut manipuler les gens alors, qui est sous son emprise actuellement ? L'équipe Breda...
- Je ne suis pas certaine qu'ils en aient eu conscience, monsieur. Les frères Elric n'avaient aucunement l'impression qu'ils agissaient sur ordres de Selim.
- Et vous ? demanda Hawkeye.
- Je me suis enfuie avant que Selim ne puisse faire quoi que ce soit, colonel.
- A votre connaissance."
Panaya fronça les sourcils. La lueur attentive dans les yeux de Hawkeye indiquait que le colonel ne posait pas ces questions par pure rigueur et l'espionne n'aimait pas le sous-entendu : ils ne pouvaient pas honnêtement croire que Selim l'avait envoyée tout droit vers eux. Cela n'avait aucun sens. Mais visiblement, l'idée faisait son chemin dans l'esprit de Mustang également.
"Comment vous êtes-vous enfuie ? lui demanda-t-il.
- Doigt cassé, expliqua Panaya en levant sa main gauche, encore bandée. Je ne sais pas comment m'est venue l'idée mais la douleur m'a réveillée de façon instantanée.
- Et après ? Que s'est-il passé entre le moment où vous avez quitté la maison des Bradley et le moment où vous avez retrouvé les frères Elric ?"
Après, personne ne pouvait garantir qu'elle n'était pas retombée entre les mains de Selim.
Panaya voulut protester : elle n'était pas venue pour être soupçonnée à son tour. Elle n'avait pas été confrontée au petit depuis des jours. Mais le regard de Mustang était inflexible : "Sous-lieutenant ? Répondez à la question.
- Après avoir fui la maison des Bradley, je suis rentrée chez moi pour récupérer des affaires de secours mais deux individus peu amicaux m'y attendaient."
Sa voix était sèche, trahissait son agacement mais le généralissime continua son interrogatoire sans s'émouvoir : "Description physique ?
- Grands, un blond, un brun. Tous les deux en civil. Aucun signe de distinctif. Toutefois, leur façon de se battre suggère que ces hommes ont reçu un entraînement militaire ou au moins les bases. D'après notre court échange, ils ont attendu longtemps dans mon appartement et ne comptaient pas me tuer. Cependant, ils ne m'ont donné aucune raison de penser qu'ils étaient liés d'une façon ou d'une autre à Selim Bradley.
Mustang consulta à nouveau Hawkeye du regard : "La faction ?
- Possible."
Panaya ouvrit la bouche pour demander des détails mais le généralissime lui ordonna de poursuivre.
"Après cela, j'ai fait profil bas jusqu'à rattraper les frères Elric à la gare centrale, prêts à repartir à Resembool.
- Vous n'avez croisé personne entre temps ?
- Avec mon équipe probablement à mes trousses et des inconnus en guet-apens chez moi, j'ai préféré me faire discrète."
Mustang l'évaluait froidement du regard et Panaya lui rendit un regard furieux : il ne pouvait pas croire tout ce qu'elle lui rapportait sur Selim mais douter de sa loyauté. De tous les scénarios qu'elle avait imaginés, celui-ci ne lui avait jamais traversé l'esprit.
"Quelle ambiance, commenta Edward d'un ton sarcastique. On va aller loin si vous commencez à vous vous soupçonner entre vous.
- Si Selim peut manipuler les gens sans qu'ils ne s'en rendent compte, un minimum de précaution est à prendre, répondit Mustang en haussant les épaules."
Néanmoins, son expression s'était adoucie et il hocha légèrement la tête dans sa direction. Il ne la soupçonnait probablement plus, même si le colonel Hawkeye semblait encore hésiter sur le degré de confiance qu'elle lui accordait.
Panaya leva les yeux au ciel ostensiblement : "Il va peut-être falloir prendre en compte les objectifs de Selim. Je ne vois pas en quoi il aurait intérêt à ce que je vous avertisse.
- Stratégie ? suggéra Hawkeye. Ils ont déjà prouvé leur capacité à nous manipuler.
- J'y crois pas, intervint Mustang. Il est le seul homonculus pour le moment et il n'est même pas au sommet de ses pouvoirs. Il a tout intérêt à gagner en puissance avant que nous ne soyons mis au courant. Mais la question demeure : qui à part l'équipe Breda a été compromis ?
- Le docteur Knox, peut-être ? suggéra Hawkeye .Tous ceux qui étaient précisément censés le surveiller. C'est ce que je ferais à sa place, pour pouvoir agir librement. Et j'imagine que Mme Bradley également.
- D'après le témoignage de Grace Hugues, les premiers essais de Selim portaient sur Elysia.
- Bordel de merde, les Hugues, jura Edward, avant de se tourner vers Mustang. Vous devez les sortir de là. Merde, je n'arrive pas à croire que vous les ayez laissées à côté de la famille Bradley.
- Bien sûr, j'allais faire déménager les Hugues uniquement parce que Selim se trouvait dans leur rue.
- Vous auriez pu faire quelque chose !"
Mustang lui décocha un regard sombre : "Je te conseille de faire attention à ce que tu vas dire, Fullmetal. N'oublie pas à qui tu t'adresses."
Panaya fronça les sourcils. Le réel sens de cet échange lui échappait mais Hawkeye poursuivit sans tenir compte des échanges de regards assassins : "Nous allons devoir les éloigner. Et ensuite trouver un moyen de contenir Selim.
- Comment ? demanda Alphonse. Si Selim peut manipuler tous ceux qui s'approchent de lui, ça ne va pas être simple.
- Nous avons besoin de savoir précisément ce qu'il est capable de faire, avant d'envoyer des soldats lui faire face et leur ordonner de se casser un membre, acquiesça Mustang. Ce que vous rapportez indique que Selim peut a minima effacer les souvenirs de ses victimes, leur donner des ordres simple. Qu'en est-il des ordres plus complexes ? Doit-il forcément faire face à ses interlocuteurs ou est-ce que le téléphone lui permet également d'agir ?"
L'idée qu'il évoquait était tout simplement terrifiante : "Nous pourrions nous retrouver face à une armée, dressée entre lui et nous. On avait vraiment pas besoin de ça maintenant.
- Pourquoi ?" intervint Panaya.
La soldate avait remarqué les échanges de regard entre Mustang et Hawkeye. Beaucoup trop de choses lui échappaient encore. Si elle s'était pliée à leur jeu et avait répondu à leurs questions, il était temps qu'eux partagent également les informations qu'ils avaient.
"Vous avez parlé d'une faction."
Le généralissime hésita une fraction de seconde avant de répondre : "Breda nous a rapporté des éléments concrets montrant qu'une faction de l'armée œuvre contre nous. Beaucoup de membres de l'aristocratie militaire seraient impliqués et nous avons de bonnes raisons de croire que ses membres sont présents à Centrale ainsi qu'à l'Ouest et ont été impliqués dans le détournement de train puis l'explosion de West City.
- Le centre-ville a explosé ? s'exclama Edward."
Mais Panaya l'ignora totalement : "Et vous ne savez pas si vous pouvez faire confiance à ce qu'il vous a dit ?
- Même sans mentir, Breda aurait aussi pu omettre des données.
- Mais Ross et Broche étaient avec lui, fit remarquer Hawkeye. A priori, ils ne sont pas rentrés en contact avec Selim et ne peuvent pas être sous son emprise.
- Ils n'ont pas eu le temps, confirma Panaya. Si Ross et Broche étaient avec lui, on peut supposer que ce que vous a dit Breda est fiable. Et on peut espérer qu'ils seraient intervenus si Breda avait omis des détails. Mais lorsque vous dites que Breda a rapporté des éléments concrets, vous voulez dire que l'opération a fonctionné ?
- Breda a pu capturer un suspect et commencer à l'interroger avant que ses amis ne rappliquent et ne les obligent à prendre la fuite.
- Comment ont-ils pu... ?
- Visiblement cette faction nous connait suffisamment pour être remontée jusqu'à la planque de Falman. D'après Breda, le suspect connaissait également son nom et celui des anciens membres de mon équipe."
Cette fois ce fut Panaya qui pianota nerveusement des doigts contre l'une des caisses en bois : "Alors j'imagine que toutes les autres planques que nous utilisons sont comprises ?
- C'est très probable.
- ça expliquerait la surprise qui m'attendait chez moi, marmonna Panaya. Que leur avez-vous ordonné ensuite ?"
Hawkeye leva un sourcil. Les questions n'allaient généralement que dans un sens, au sein de l'armée, et Panaya outrepassait largement ses droits. Mais Mustang ne sembla pas s'en formaliser : "Fin de la surveillance de Selim. L'équipe Breda est à la recherche de cette faction. C'est ce qui nous paraissait le plus urgent.
- Ce n'est peut-être pas plus mal de les éloigner de Selim Bradley.
- Il faut qu'on arrive à déterminer jusqu'à quel point l'équipe Breda est sous emprise", reprit Panaya avec détermination.
C'était une question de stratégie mais également de solidarité : peu importe que ce que Selim avait prévu de faire avec ses coéquipiers, elle ne pouvait pas les laisser entre ses griffes. La simple idée que l'homonculus se serve de son équipe comme des pions sur un échiquier la révoltait.
"Est-ce que vous savez déjà comment soustraire quelqu'un au contrôle de Selim ? demanda Hawkeye.
- Non, admit Panaya avec une grimace. J'ai su m'échapper lorsque Selim a tenté de m'y soumettre mais avec des deux-là, ajouta-t-elle en désignant les frères Elric, rien n'a pu raviver leurs souvenirs. Même s'il reste l'opinion de la violence physique.
- Non merci, refusa Edward. Ecoutez, on comprend bien que la situation est catastrophique de votre côté...
- Encore une fois, tes capacités d'analyse nous impression tous, ironisa Mustang.
- ... mais je ne vois pas en quoi ça nous regarde, continua l'ancien Fullmetal. Donc on va rentrer chez nous.
- Nii-san...
- Non, Alphonse. Je ne sais pas très bien si tu as entendu mais des problèmes au sein de l'armée ? plus nos affaires. Selim qui se réveille ? toujours pas non affaires.
- Si, insista Alphonse. A partir du moment où nous avons insisté pour rendre Selim à Mme Bradley, nous avons fait de Selim notre problème."
Panaya regarda mi-curieuse, mi-amusée les deux frères s'affronter du regard sans se rendre compte qu'ils arboraient tous les deux la même expression butée, le même regard de défi.
"Al, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Regarde-nous ! On...
- On pourrait les aider, coupa Alphonse. Nous sommes responsables de la situation de Mme Bradley.
- Et où est-ce que cela nous a mené la dernière fois, hein ? La dernière fois, tu as failli..."
Sa voix se brisa avant de terminer, mais ce n'était pas la colère qui empêchait Edwad de finir sa phrase. Pas la peur ou la tristesse. Les trois militaires le virent ouvrir et fermer la bouche, comme incapable d'émettre un son, les yeux perdus dans le vague.
"Edward, est-ce que tout va bien ? demanda prudemment Hawkeye.
- Nii-san ?
- Je... Tu... Je crois qu'on a déjà eu cette conversation, Alphonse, balbutia finalement Edward.
- Quoi ?"
Le visage du cadet indiquait clairement sa surprise.
"Tu ne t'en souviens pas ? On a déjà discuté de ça.
- Non... Je ne crois pas."
Les trois militaires échangèrent un regard intrigué et Panaya fronça les sourcils : après deux jours d'essais infructueux, le Fullmetal n'était quand même pas en train de retrouver la mémoire au détour d'une conversation ?
"A quel moment ? l'interrogea Panaya. Concentre-toi : de quoi d'autre te souviens-tu ?"
Les yeux de l'ancien alchimiste restaient perdus dans le vague, fixant un point au loin, et si elle ne se trompait pas, Edward semblait pas loin de pleurer. Comme si une vieille émotion le submergeait à nouveau. Ses mains tremblaient légèrement lorsqu'il prit à nouveau la parole, d'une voix rauque : "Je ne sais pas, je... Tu étais là, Al. Et on se disputait. je crois que j'avais un pull entre les mains.
- Un pull ?
- Une dispute et un pull, répéta Panaya à mi-voix avant de se tourner vers le cadet : Quelque chose de ton côté ?"
Mais Alphonse secoua la tête, à la fois alarmé et déconcerté.
"Tu es en train de te souvenir, Fullmetal.
- Ne vous emballez pas, pour l'instant on a pas grand chose.
- Mais ça va venir", insista Mustang et Panaya ne sut dire s'il s'agissait d'une conviction ou d'un ordre. "Sous-lieutenant, vous restez avec eux ? Fullmetal, tu dois continuer de creuser. Peut-être qu'Alphonse et toi pourrez retrouver la mémoire. Idéalement, vous devez d'identifier ce qui a déclenché ça. On pourra ensuite réfléchir à un moyen de gérer la situation avec le reste de l'équipe Breda.
- Hey, on a pas encore...
- Tu nous diras une fois en pleine possession de tes souvenirs si tu veux toujours participer, Fullmetal, acquiesça Roy. Mais si vous avez déjà eu cette conversation et que vous êtes toujours là, non ? Alors j'ai l'impression qu'Alphonse a déjà su te convaincre."
"Quartier général ?"
Après cette conversation, Mustang sentait le stress et l'inquiétude parcourir son corps comme un courant électrique. Inutile d'espérer dormir après avoir entendu des révélations pareilles. Hawkeye devait penser peu ou prou la même chose car elle hocha la tête sans un mot et tous deux se dirigèrent vers le quartier militaire en silence. Sa montre d'alchimiste indiquait près de deux heures du matin et à l'exception des patrouilles de sécurité, qui ne les remarquèrent pas le moins du monde, ils ne rencontrèrent personne.
Se faufilant par l'accès dérobé, ils furent rapidement dans le bureau de Mustang et celui-ci se laissa tomber dans un fauteuil : "C'est un cauchemar.
- Un cauchemar qui risque d'empirer très vite.
- Merci pour votre optimisme.
- Préparez-vous à ce que Northrop nous étripe prochainement", se contenta de répondre Hawkeye en lançant la cafetière.
Ils avaient encore une fois faussé la compagnie à l'équipe de sécurité alors que Northrop leur avait expressément demandé de ne pas le faire. Mustang grimaça : il commençait être à court de justifications bidon à donner à son colonel.
Hawkeye lui tendit une tasse qu'il attrapa avec reconnaissance : "Breda, hein ?
- Je ne l'aurais jamais deviné, compte tenu de son comportement, murmura la jeune femme en se massant les tempes.
- Moi non. Je pense que c'est ce qui rend ce rend la situation d'autant plus inquiétante.
- On doit s'assurer qu'aucun d'entre eux ne s'approchera des Bradley.
- A priori, ils ne sont plus censés s'approcher de lui : leur mission est annulée.
- Cela ne les empêchera pas d'y retourner, pointa Mustang. On a besoin d'un moyen de s'en assurer. Des idées ?
- Aucune."
Il n'était pas dans ses habitudes de superviser les faits et gestes de son subordonné, encore moins depuis que Breda avait accepté d'agir dans l'ombre pour lui. L'officier était justement l'électron libre qui agissait sans tenir compte des procédures pour parvenir à ses fins plus rapidement. L'officier remarquerait tout changement de comportement de Mustang à son égard si celui-ci décidait de le surveiller.
"Il y a toujours la possibilité d'empêcher qui que ce soit d'approcher de Selim, suggéra Mustang, sans inspiration.
- De quelle façon ?
- Idéalement, en érigeant un énorme mur entre les Bradley et le reste du monde", répondit-il avec sarcasme.
Mais même lui devait reconnaître que cette méthode manquait, entre autre, de discrétion. Toutefois, au lieu de lui jeter le regard désapprobateur auquel il s'attendait, Riza resta étrangement songeuse : "On pourrait boucler tout le quartier ? et pas simplement la maison des Bradley.
- Sous quel prétexte ?
- La protection des familles militaires ? On pourrait même faire croire à Remington que le but officieux est d'empêcher des représailles sur la veuve de Bradley.
- Donc empêcher qui que ce soit d'entrer dans le quartier ? Pas sûr que ce genre de mesure me rende très populaire. Et je ne sais pas dans quelle mesure cela va fonctionner.
- Cela maintiendrait une zone tampon entre Selim et le reste de Centrale."
Pour autant, cela ne leur garantissait pas que la mesure empêcherait Selim de sortir du quartier. Cela pouvait même fournir davantage de victimes. Sans compter qu'une garde n'était pas en mesure d'empêcher efficacement Breda d'entrer dans le quartier : s'ils étaient déterminés, ses hommes et lui pourraient sans problème s'introduire jusque chez les Bradley.
Les pensées contradictoires ne cessaient de fuser dans son esprit et Mustang dut fermer les yeux un instant pour ramener un semblant de calme dans sa tête : pour le moment, ils n'avaient aucune autre solution. Ils ne pouvaient pas juste embarquer Selim et l'enfermer dans une cellule. Alors ils pouvaient tout aussi bien boucler le quartier.
"Etant donné le climat général, je ne suis pas certaine que les familles militaires se plaindraient d'avoir leur base sous verrous", ajouta Hawkeye, face à son hésitation.
En fin de compte la décision lui revenait : ne rien faire et risquer de laisser Selim étendre son réseau d'influence ou essayer de le contenir et mettre en danger d'autres soldats ? Avec un soupir il hocha la tête à l'attention de Riza. Il ne pouvait pas laisser les choses en l'état et préférait encore tenter de le contenir plutôt que de rester bras croisés.
"On a vraiment besoin que Panaya et les frères Elric aboutissent à quelque chose, soupira-t-il. S'ils arrivent à comprendre comment... restaurer la mémoire de ceux qui ont été sous l'influence de Selim et comment en sortir, cela changerait tellement de choses. Breda, les autres...
- Espérons."
Il n'y avait aucun espoir dans la voix de Riza et la voir aussi fatiguée et usée fit grimacer Mustang.
"Nous parlons du Fullmetal. S'il y a bien une personne suffisamment obstinée au monde pour recouvrer la mémoire, je lui fais confiance.
- Et le sous-lieutenant Panaya ?" demanda Hawkeye d'un ton raide.
Il haussa un sourcil.
"Elle nous annonce que l'équipe Breda n'est plus fiable, a pour preuve un doigt cassé et les frères Elric qui ne se souviennent de rien. Elle pourrait totalement être sous l'influence de Selim.
- Cela n'aurait aucun sens. Pourquoi Selim compromettrait-il la position de Breda pour placer un autre espion à nos côtés ? Sans compter qu'il court le risque qu'on débarque purement et simplement chez les Bradley pour l'embarquer.
- Peu probable, répondit Hawkeye en secouant la tête."
Sa posture restait rigide et son expression butée. Mustang fronça les sourcils.
"Votre méfiance n'a rien à voir avec le fait que Gabrielle et moi ayons eu une relation ?
- Je n'ai jamais...
- Car je peux vous assurer que votre comportement serait totalement déplacé."
Il avait eu une vie en dehors du travail et n'allait pas s'excuser pour cela. Gabrielle n'avait jamais travaillé sous ses ordres et ils étaient alors deux adultes consentants.
Hawkeye lui lança un regard furieux : "Je veux simplement dire que nous ne savons pas dans quelle mesure le sous-lieutenant Panaya a été exposée à Selim et dans quelle mesure les informations qu'elle nous a transmises sont fiables. Nous ne pouvons pas simplement prendre tout cela pour argent comptant.
- Mais ce n'est pas le cas. Les frères Elric sont avec elle.
- Les frères Elric sont également sous l'influence de Selim. Qui sait quels ordres ils ont pu avoir tous les trois ?"
Roy ouvrit la bouche pour répliquer mais avant qu'il ne puisse parler, la porte du bureau s'ouvrit brusquement, dévoilant le chef de la sécurité, pas franchement ravi : "Est-ce que vous pourriez m'indiquer où vous avez disparu pendant près de quatre heures ?"
Mustang échangea un regard avec son assistante. Impossible de dévoiler la vérité à Northrop et il était beaucoup trop fatigué pour trouver un mensonge crédible.
"Mais de quoi parlez-vous colonel ? Nous n'avons pas quitté cette pièce."
Les yeux de Northrop flamboyèrent.
"Très drôle, monsieur. Vraiment très drôle."
Au matin, sa mère ne semblait se souvenir de ce qu'elle avait vu dans la cave. C'était une erreur d'inattention, une erreur de débutant, même : sa mère ne descendait habituellement pas dans la cave mais il avait fallu qu'elle y aille précisément ce jour-là. Heureusement, Selim l'avait suivie et avait immédiatement pu réparer son erreur mais encore une fois, il avait rompu sa promesse. Cette idée l'obsédait plus qu'il ne l'aurait cru.
Il s'agissait d'un simple ordre, qui n'aurait pas d'impact durable sur elle. Un simple ordre pour l'empêcher de s'approcher de cette pièce qui serait de toute manière vidée prochainement. Mais cette culpabilité ridicule ne cessait de le poursuivre, alors que toutes ces entorses à sa promesse n'étaient faites que dans un seul but : les protéger tous les deux. Selim fixa sa mère, occupée à dépoussiérer les chambres, sans se douter de ce qui se passait.
Encore une dernière fois, et il serait en mesure de tenir sa parole. Son plan ne tarderait plus à s'enclencher. Selim pouvait sentir tout autour de lui les différents éléments se mettre en place. Même du côté de l'armée, il pouvait sentir l'affolement gagner Mustang, alors que celui-ci avait ordonné le retrait de ses hommes. Soit le généralissime avait finalement découvert la vérité à son sujet - peut-être cette garce de Panaya était-elle finalement parvenue à le contacter et tout lui raconter ? - et voulait réduire au maximum le nombre de personnes exposées à lui. Soit, il avait tout simplement d'autres chats à fouetter, entre la faction et les articles de journaux. Mais l'un dans l'autre, cela n'avait plus beaucoup d'importance. Bientôt, tous regretteraient enfin de l'avoir condamné à cette vie.
Du coin de l'œil, il vit la tâche de couleur bleue sur la colline : un soldat qui regardait beaucoup trop fixement leur séjour pour être une coïncidence. Selim ne le reconnaissait pas mais difficile de se prononcer, à cette distance. Il jeta un coup d'œil vers sa mère, occupée dans les préparatifs du déjeuner et se glissa discrètement par la porte de la cuisine.
Selim n'avait jamais rencontré ce soldat : jeune, sous-lieutenant à en juger par son uniforme, blond et l'air dubitatif.
"Qui t'envoie ?" demanda Selim avec autorité.
L'air incrédule du soldat s'effaça presque instantanément de son visage pour ne laisser place qu'à un regard vague : "Hakuro.
- Pour quelle raison ?"
Il désigna le paquet à ses pieds, que Selim n'avait pas remarqué au premier abord. Un grand colis cylindrique qui semblait être un tapis enroulé sur lui-même. A la condition de ne pas y regarder de trop près et de ne pas remarquer que le colis en question se soulevait et s'abaissait au rythme d'une respiration.
Selim sourit : "Suis-moi."
Repasser par la cuisine n'était pas idéal, mais faire le tour de la maison pour rentrer par la porte d'entrée était absolument hors de question.
"Qu'est-ce que... ?
- Nous ne sommes pas là", ordonna Selim d'une voix froide à sa mère qui après un moment de flottement se tourna à nouveau vers sa planche à découper et continua à émincer les carottes.
Selim guida le nouveau venu vers la cave. A la lueur de la lampe, Marcoh n'avait pas l'air très en forme, mais à sa décharge, l'homonculus n'avait pas réellement pensé à le nourrir depuis son arrivée la veille et il n'était pas certain que les hommes de Hakuro aient réellement songé à le faire non plus. Il allait devoir, pourtant, car mort, l'alchimiste ne lui servait à rien.
Le soldat déposa son paquet à côté de Marcoh et entreprit de dégager la prisonnière de la longue pièce de tissu marron qui avait servie à la dissimuler. Selim avança pour éclairer le visage de la nouvelle venue et lui sourit.
"Attache-la bien. Ce serait dommage qu'elle s'enfuie.
- Oui.
- Est-ce que tu as un message d'Hakuro pour moi ? demanda tranquillement Selim, en regardant le militaire faire.
- Oui : les frères Elric ne sont pas rentrés à Resembool. Ils ne sont jamais arrivés à destination, même s'ils ont bien acheté leurs billets, il y a trois jours."
Selim soupira et s'approcha de la prisonnière, à présent convenablement ligotée aux côtés de Marcoh. La peur écarquillait ses yeux mais elle ne pleurait pas. Au contraire, une colère féroce brillait au fond de ses yeux et sans les liens qui l'entravaient, la jeune fille se serait sans aucun doute jetée sur lui.
"Ce n'est pas grave, répondit Selim, en replaçant une mèche blonde sur son front. Edward et Alphonse n'écoutent jamais personne. Ils n'en font toujours qu'à leur tête. Mais ils viendront forcément te chercher, n'est-ce pas Winry ?"
Ses yeux flamboyèrent de colère et cette bravoure inopinée le fit rire.
Bientôt, Mustang et les frères Elric se précipiteraient vers lui et Selim les attendrait de pied ferme.
A suivre...
Désolée pour ce chapitre fleuve, encore une fois. J'essaie de faire des chapitres plus concis, mais c'est dur... Alors après Marcoh, voici Winry qui revient ! Est-ce que vous commencez à avoir une idée de ce que prévoit de faire Selim ?
Je n'ai également pas résisté à l'envie de confronter Riza à une ex de Mustang. Après l'avoir écrit jalouse, il fallait bien... L'idée m'est venue en plein NaNo et m'a fait ricaner bêtement, un soir, alors que j'essayais de m'endormir. Je vous avais prévenus qu'il y allait avoir du Royai, mais pas de la façon à laquelle vous vous attendiez :)
N'hésitez pas à me laisser une petite review pour me dire ce que vous en avez pensé
