Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
- Le titre de ce chapitre et du précédent est bien sûr tiré du très bon roman de Fred Vargas, "Pars vite et reviens tard"
Mon petit blabla avant de commencer : Voilà le chapitre 22 ! Désolée, mais les vacances bousculent tout mon calendrier de publication puisque je ne pars pas en vacances avec mon pc. Mon excitation croît au fil des chapitres mais je n'ai que peu de retour de la part des gens qui me lisent encore donc j'espère que vous aimez toujours l'intrigue et que vous prendrez du plaisir à lire ce nouveau chapitre ^^
Précédemment dans La Pièce Vide : Mustang tente avec peu de succès de convaincre Mary de quitter sa maison. Dans la foulée, Scar lui apprend la disparition de Marcoh et Hawkeye et Mustang comprennent immédiatement que Selim a à nouveau mis la main sur le docteur. Ils convoquent immédiatement Panaya et les frères Elric. De leur coté, ceux-ci ont bien avancé concernant les souvenirs des frères Elric puisque Edward a retrouvé la mémoire sur les événements récents. Mais Panaya et lui ne comprennent pas pourquoi Alphonse ne se souvient toujours de rien. A l'appel de Mustang, ils laissent tout tomber pour le rejoindre mais rencontre en chemin Smith, bien déterminé à ramener Panaya à Breda. Mustang et Hawkeye s'impatientent du retard de Panaya et des frères Elric et décident de se rendre chez les Bradley mais Audra leur apprend qu'un journal prévoit de dévoiler l'existence du cercle sous leurs pieds...
Reviens tard
Remington semblait n'attendre que cet ordre. Il décrocha quasiment au moment où Roy composa son numéro et fut dans son bureau en instant. Une fois l'ordre émis, tout son potentiel irritable, son arrogance et sa défiance se transformèrent en efficacité. Il sélectionna rapidement une poignée d'hommes de confiance, obtint le plan du quartier et dirigea avec autorité la réunion. Mustang aura dû être soulagé ou même impressionné : son colonel prenait cette situation catastrophique en main et étant donné ses rapports habituels avec la presse, Roy ne doutait pas que Remington était à même d'assurer la réussite de la mission. Néanmoins, il aurait voulu pouvoir lui-même échapper à ce briefing, s'éclipser discrètement et se précipiter ailleurs. Pas par fainéantise mais parce qu'il ne cessait d'entendre l'horloge tiquer : si Marcoh était réellement entre les mains de Selim, alors ils n'avaient pas une seconde à perdre.
Remington récapitula d'un ton sobre leur plan : l'escouade se diviserait en deux. Une partie de l'équipe rentrerait dans le journal, avec pour mission d'arrêter les employés. Ils fouilleraient les bureaux pour s'assurer qu'aucun exemplaire n'avait été imprimé. Si oui, ils saisiraient l'ensemble des journaux. Pendant ce temps, l'autre moitié de l'équipe encerclerait les locaux pour s'assurer que personne n'y rentrait ou n'en sortait. Remington serait en contact permanent avec le sergent en charge des opérations.
"Qu'en pensez-vous ?
- Parfait, répondit Mustang, avant de se tourner vers les hommes présents dans la salle : je compte sur vous."
L'ensemble des soldats le salua d'une même voix, avant de sortir au pas.
"C'est une bonne chose qu'Evans vous ait alerté", déclara Remington d'un ton sombre. Il se leva et lui emboîta le pas alors que Roy regagnait son bureau. "Comment a-t-elle obtenu l'article ?
- Je ne lui ai pas demandé.
- Vous avez raison de lancer cette opération".
Au moins l'un d'entre eux était convaincu de la légitimité de cette mission.
"Dans quelle mesure avez-vous confiance en ces hommes pour garder le silence sur cette affaire ?" demanda Roy.
Remington lui lança un regard surpris : "Ils ont mon entière confiance. Aucun ne parlera.
- J'espère que vous avez raison.
- Le contenu de cet article doit vraiment être important pour autant vous alerter, fit remarquer le colonel."
Mustang ne prit pas la peine de répondre. Il n'avait pas mis Remington dans la confidence et celui-ci s'était contenté de savoir que l'article révélait encore un dossier scellé de l'armée, pour mobiliser ses hommes. Il allait apprendre la vérité tôt ou tard mais Roy n'avait pas le temps de lui en parler. Du moins pas maintenant.
Ils avaient atteint la porte de son bureau et Mustang lui jeta un regard interrogateur.
"Vous ne souhaitez pas suivre l'opération ? demanda Remington en fronçant les sourcils.
- J'ai d'autres choses dont je dois m'occuper. Une affaire urgente.
- Plus urgente que celle-ci ?
- Je vous fais confiance pour mener cette mission à bien, répondit Roy. Prévenez-moi lorsque vous aurez des nouvelles."
Remington se raidit, visiblement contrarié, mais n'avait pas d'autre choix que de retourner à son propre bureau. Mustang attendit qu'il tourne les talons pour ouvrir la porte. A l'intérieur, Hawkeye attendait.
"Aucune nouvelle de Panaya, lui indiqua-t-elle penchée au-dessus d'un tiroir duquel elle ressortit deux armes de poing qu'elle glissa dans leurs étuis.
- Alors nous n'avons pas d'autre choix que d'y aller.
- Moi d'abord et vous uniquement en dernier ressort, lui rappela-t-elle avec d'un ton ferme."
Mustang hocha la tête et attrapa ses gants d'alchimiste du feu. Ils n'avaient plus le temps de débattre.
Ils traversèrent le centre-ville sans qu'aucun d'entre eux ne tente de s'échapper. La foule aurait fourni une belle couverture mais se battre en pleine foule impliquait de prendre le risque de blesser des civils. Ça et l'arme braquée entre les omoplates de Panaya les dissuadèrent tous les trois de ne faire autre chose qu'obéir à Smith. Au bout d'un moment, ils regagnèrent néanmoins un quartier plus calme et Panaya sentit la poigne de fer de son coéquipier se desserrer sur son bras.
"Pourquoi Breda veut-il me voir ? demanda-t-elle d'une voix dégagée.
- Tais-toi, grommela Smith.
- Tu ne veux même pas me répondre ?
- Tu sais pourquoi il veut te voir.
- Manifestement pas, puisque je te pose la question."
Smith s'éloigna d'elle, lui relâchant le bras. Suffisamment loin pour ne pas lui donner l'occasion de le désarmer, mais suffisamment près pour ne pas la manquer si besoin.
"Arrête de jouer à la plus maline, Panaya, je n'hésiterai pas à te faire taire s'il le faut.
- Je te pose simplement la question car ton coéquipier du jour n'a pas l'air lui non plus au courant.
- Tais-toi.
- Pourtant, elle marque un point, intervint Broche. Pourquoi doit-on l'amener à Breda ? Je croyais qu'il avait sonné le rassemblement et que Panaya devait simplement nous rejoindre. Pas... tout ça", ajouta-t-il en faisant un geste des mais pour désigner la situation.
Panaya entendit Smith soupirer dans son dos et elle le voyait sans mal se renfrogner.
"Panaya a déserté, il y a quelques jours. Nous la cherchons depuis."
Les faits étaient vrais mais la jeune femme doutait que l'ordre vienne de Breda : celui-ci ne se serait jamais contenté de laisser un membre de son équipe disparaître du jour au lendemain et de le déclarer déserteur. Et encore moins dans ce genre de missions confidentielles. Selim avait donc donné un ordre à Smith, après leur confrontation, et avec un peu de chance, l'histoire que l'homonculus avait brodée autour de sa disparition présentait sûrement une faille. Au moins de quoi instiller le doute chez son coéquipier. Heureusement pour elle, Denis Broche n'était pas totalement dénué de bon sens.
"Depuis quand ? s'exclama-t-il. Vous ne nous avez jamais informés.
- Elle a déserté pendant votre absence et Breda n'a pas jugé utile de vous informer de l'ensemble de la situation.
- Il aurait dû, rétorqua le sous-lieutenant. Un membre qui déserte, ce n'est pas à nous de régler le problème et ça change considérablement la donne.
- Vous n'avez pas tous les éléments en main. Vous ne pouvez pas juger.
- Pratique cet argument d'autorité. Ça tue toute discussion", fit remarquer Panaya d'un ton acide, avant qu'une bourrade de Smith ne la fasse trébucher.
"En tout cas, ajouta Edward, je ne comprends pas pourquoi nous sommes également obligés de venir si Panaya a déserté. Réglez vos problèmes entre vous mais laissez-nous hors de ça."
Le jeune homme croisa brièvement son regard mais Panaya était incapable de dire ce que le Fullmetal avait en tête : abondait-il dans son sens pour remettre en cause les actions de Smith ? Ou essayait-il uniquement de les sortir son frère et lui de cette situation ?
"Parce que nous avons besoin de te questionner également.
- A quel sujet ? demanda poliment Alphonse.
- Vous savez lequel, soupira à nouveau Smith.
- Rafraîchissez-moi la mémoire, rétorqua l'aîné d'une voix sarcastique.
- Vous vous êtes donné le mot pour être aussi bavards. Breda veut vous questionner au sujet de notre ami Bradley. Maintenant, bouclez-là."
Ils continuèrent d'avancer un instant, en silence. Les frères Elric ne cessaient de lui jeter des coups d'œil nerveux, comme attendant un signal de sa part. Cependant la soldate n'esquissa pas le moindre geste, trop intriguée par le chemin qu'ils empruntaient : elle ne savait pas où était la nouvelle planque que Mustang avait attribué à l'équipe Breda mais ils s'éloignaient du centre-ville.
Broche remarqua à peu près en même temps qu'elle : "Nous ne sommes pas sur le bon chemin.
- Qu'est-ce que vous racontez ?
- Nous ne sommes pas sur le bon chemin, répéta le sous-lieutenant avec encore plus d'embarras. Nous avons changé d'emplacement depuis... l'incident et nous ne nous dirigeons pas vers la bonne planque.
- Non, pointa Alphonse. Nous nous dirigeons vers la maison des Bradley."
C'était le moment.
Panaya ne pouvait pas voir son coéquipier mais elle savait qu'il s'était figé dans son dos. D'un geste souple, elle se retourna, attrapa le poignet qui braquait l'arme vers elle et le tordit. Mais contrairement à Reynes, Smith était plus grand et plus fort qu'elle et malgré la surprise, il s'agrippa à l'arme. Profitant de son élan, elle lui asséna un coup de genou dans les côtes qui plia Smith en deux. Celui-ci se laissa tomber de tout son poids sur elle et l'entraîna dans un roulé-boulé. Panaya se sentit heurter le béton et l'air fut brutalement expulsé de ses poumons. D'une torsion du bassin, elle parvint à se dégager et immobiliser le bras qui tenait l'arme. Une seconde plus tard, un éclair de lumière l'aveuglait et Smith était pris dans une prison de béton qui se forma au-dessus de son bassin et de ses membres.
"Propre", admira Panaya.
Elle arracha l'arme des mains de son coéquipier et se releva.
"Qu'est-ce que vous avez fait ? bredouilla Broche.
- Il ne risque pas de se libérer au moins ?
- Broche, sortez-moi de là, ordonna Smith.
- C'est du béton, pointa Alphonse. A moins d'être doté d'une force surhumaine...
- Mais qu'est-ce que vous venez de faire ? répéta Denis, pris d'un début de crise de panique.
- Il nous a tous embarqués sous la menace d'une arme, expliqua patiemment Panaya. Prétendument pour aller voir Breda, sauf que, vous l'avez dit vous-même, il ne nous emmenait pas au bon endroit. On a donc voulu éviter de découvrir au dernier moment.
- Et il fallait que... ça ? demanda le sous-lieutenant en gesticulant.
- Il avait une arme pointée vers moi.
- Elle a déserté, grinça Smith. Breda a donné des ordres.
- Quand ai-je déserté ? le questionna Panaya. Et surtout, pourquoi ai-je déserté, Smith ? Réfléchis un peu, bordel."
Son coéquipier la fusilla du regard : "Je n'en sais foutre rien, Panaya. Tu as disparu du jour au lendemain !
- Et personne ne s'est posé de questions ? Quelle raison aurais-je eu de déserter ?"
Selim n'avait sûrement pas dû pousser le mensonge aussi loin et de manière assez évidente, Smith n'en savait rien. Il se contenta de serrer la mâchoire, furieux contre elle et les frères Elric.
"Même si j'avais disparu du jour au lendemain, est-ce qu'habituellement, vous n'auriez pas essayé de me retrouver ? de savoir ce qui s'était passé ? Dis-moi, Smith, avez-vous essayé de comprendre ce qui m'était arrivé avant de crier à la désertion ?
- Parce que tu as une bonne raison, peut-être ?
- Bien sûr que j'en ai une, mais ce n'est pas la question, s'exclama la soldate. Est-ce que l'un d'entre vous a essayé de savoir ce qui s'était passé ?"
Smith la fusilla à nouveau du regard, sans un mot, mais son silence était bien plus évocateur.
"Non, aucun de vous n'a essayé de me retrouver, conclut Panaya d'une voix plus calme. Et depuis quand abandonnons-nous nos coéquipiers ?"
Jamais. Jamais ni Breda ni aucun autre d'entre eux ne l'auraient laissée déserter comme ça, pas sans la rattraper, pas sans essayer de comprendre. Ils étaient une équipe et l'équipe comptait plus que tout. Peu importe ce qui se produisait, peu importe les difficultés. Ils ne l'auraient jamais laissée partir sans rien faire. Panaya elle-même n'avait cessé de penser à ses coéquipiers, de chercher un moyen de les ramener à eux. L'équipe comptait plus que tout. Et Smith le savait le savait aussi bien qu'elle.
Malgré sa fureur, le doute s'était instillé en lui et le soldat détourna les yeux, incapable de soutenir son regard. Panaya soupira.
"Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demanda Alphonse d'une voix hésitante. On ne va pas le laisser ici, si ?"
Panaya fit craquer ses jointures tout en réfléchissant : ils ne pouvaient pas décemment laisser Smith, au beau milieu de la rue, à attendre qu'un alchimiste passe par là et veuille bien le défaire de la prise de béton. Mais elle ne pouvait pas non plus le laisser retourner dans l'équipe Breda et le tuer était hors de question.
"A quel point avez-vous suivi la situation ? demanda-elle à Broche.
- A... rien... Aucun...
- L'équipe Breda est compromise, le coupa-t-elle dans son balbutiement. Vous avez vu les trous dans son raisonnement. Il ne pense plus clairement. Selim a toujours des pouvoirs. Il est capable de manipuler les gens. Leurs donner des ordres, leur effacer la mémoire. C'est pour ça que..."
Elle gesticula un instant dans la direction de son coéquipier, sans terminer sa phrase.
Smith savait. Il s'était rendu compte que quelque chose dans ses souvenirs et ses convictions ne faisait pas sens. Panaya pouvait le lire aussi clairement que si cet imbécile l'avait dit à haute voix. Et malgré tout cela, elle lui faisait toujours confiance.
"Emmenez-le. Attrapez Ross et partez, emmenez-le ailleurs. Il ne doit pas remettre les pieds dans cette planque. Aucun de vous deux ne doit y remettre les pieds.
- Pardon ?
- Vous avez vu à quel point cette situation sent l'embrouille ? Toute l'équipe Breda est compromise. Vous attrapez votre coéquipière, cet abruti et vous vous mettez au vert quelques instants.
- Je ne peux pas déserter, bredouilla Broche.
- Vous pourrez dire que je vous l'ai ordonné.
- Mais vous avez vous-même déserté.
- Ce n'est pas faux, admit Panaya.
- Dites à Mustang qu'on vous l'a ordonné, proposa Alphonse. Il est au courant.
- Au courant ?
- Dans les grandes lignes. Depuis hier soir."
Broche ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois sans émettre un son : qu'un civil lui ordonne de déserter n'avait aucun sens mais visiblement, la parole d'un des frères Elric devait avoir plus de poids que celle de Panaya puisque l'officier capitula avec un soupir et hocha la tête.
"On reste planqués combien de temps ?
- Jusqu'à ce que l'un de nous vienne vous chercher. Ou jusqu'à ce que cet abruti retrouve ses esprits, répondit Panaya d'une voix sèche. Mes armes ?" Elle se tourna vers son coéquipier : "Smith, on ne te relâche que si tu promets de rester tranquille. Tu admets que la situation n'a pas de sens ? Breda ne m'aurait jamais laissée...
- ça va, ça va, l'interrompit Smith d'un ton agacé. J'espère qu'il y a une sacré bonne raison derrière tout ça."
Panaya haussa les épaules : ils n'avaient pas le temps. Elle reviendrait pour ses coéquipiers, elle ne les abandonnait pas. Mais Mustang les attendait toujours. Elle fit signe à Alphonse de le relâcher.
"Maintenant quoi ? demanda Edward, en regardant les deux hommes s'éloigner.
- Selim me veut. J'imagine qu'il n'a pas dû apprécier que je prenne la poudre d'escampette la dernière fois. En revanche, je me demande s'il sait que vous n'avez pas quitté Centrale.
- Comment pourrait-il le savoir ?"
Encore une fois, la soldate haussa les épaules : a priori les enfants de cinq ans n'avaient pas le pouvoir de manipuler les gens et encore moins leur effacer la mémoire. Elle n'était pas prête à parier sur ce qu'il pouvait ou ne pouvait pas savoir.
"On a manqué le point avec Mustang, fit remarquer Alphonse avec une grimace.
- Est-ce qu'il a dit la raison pour laquelle il voulait nous voir ?
- Non, c'est le principe d'un code secret. Mais il ne nous aurait pas convoqués sans une bonne raison."
Edward leva un sourcil et Panaya sut qu'ils pensaient tous les deux à la même chose : Selim Bradley.
"Non, déclara-t-elle d'un ton ferme, avant que le Fullmetal ne puisse parler. On rentre au Quartier Général et on avise.
- On pourrait aller jeter un coup d'œil chez les Bradley. On est plus très loin. On sait tous que Mustang nous a convoqués à cause de Selim.
- Mais on ne connait pas précisément sa demande, fit remarquer Alphonse.
- Il ne nous aurait pas appelés aussi vite si ce n'était pas urgent.
- Urgent et critique. Raison de plus pour ne pas foncer tête baissée dans le tas. Sauf erreur de ma part, c'est bien de cette façon qu'il vous a eus la dernière fois ?"
Edward fit la grimace : "Cette fois, il ne sait pas qu'on est là.
- Non, répéta Panaya. On rentre au Quartier Général et ensuite, on avise."
Edward se tourna vers son frère qui ne put qu'acquiescer : "C'est le plus raisonnable.
- Très bien, marmonna le Fullmetal. Retournons au Quartier Général. Perdons du temps."
D'un commun accord, Riza et lui se dirigèrent vers l'entrée dérobée de la maison des Bradley : Mme Bradley n'allait sans doute pas les laisser rentrer par gaieté de cœur et ils n'avaient pas de temps à perdre à parlementer avec elle. La sortie de secours leur permettrait d'arriver directement dans la cave de la maison et vérifier que Marcoh n'y était pas détenu.
Leur propre passage secret les déposa derrière le Quartier Général et ils firent leur chemin à travers les égouts un long moment avant d'oser continuer à la surface, dans un quartier plus calme de la capitale. Leur chance ou leur malchance les avait conduits ces derniers jours à rentrer et sortir du QG suffisamment tôt et tard pour ne pas croiser la foule vindicative devant leurs portes. Mais en pleine journée, les protestations étaient à leur maximum et Roy n'avait aucunement besoin d'attirer l'attention à ce moment.
Malgré leur allure soutenue, leur trajet parut durer une éternité avant qu'ils n'atteignent finalement le faux local électrique. La porte en bois était cadenassée mais céda après un coup de crosse bien placé de Hawyeke. A l'intérieur, des lampes étaient sagement alignées contre le mur du fond et une lourde trappe métallique leur révéla un escalier en béton.
"On descend ensemble mais vous vous arrêtez à cinq mètres du bout. Je passe devant, je reviens vous chercher si j'ai besoin d'aide, lui rappela Riza.
- Et si vous avez besoin d'aide mais que vous ne pouvez pas revenir ? demanda Roy.
- Je me débrouillerais. Au moins signe de danger, vous faites demi-tour. Vous êtes généralissime : il ne peut pas vous arriver quoi que ce soit."
Mais que deviendrait Mustang s'il lui arrivait quelque chose à elle ?
Il y avait des incohérences dans cette esquisse de plan. Hawkeye en était consciente, Mustang le lisait dans ses yeux. Mais elle ne lui laissa pas l'occasion de protester et lui lança un regard d'avertissement : ils n'avaient pas le temps de débattre. L'opération commençait maintenant et il n'était plus question de plaisanter. Le Flame Alchemist hocha la tête et se glissa derrière elle dans les escaliers.
Le tunnel faisait presque cinquante mètres de longueur, construit de façon parallèle aux canalisations, de sorte à ce qu'il n'y ait qu'une seule entrée et une seule sortie. Il avait été prévu pour une fuite éventuelle du généralissime Bradley et sa famille, si leur sécurité était un jour compromise mais n'avait pas été construit très large. Ils avancèrent courbés, Hawkeye devant lui, arme dans une main et lampe dans l'autre. Mustang scrutait l'obscurité à la recherche d'une menace inconnue, prêt à bondir s'il le fallait mais il manqua de percuter Riza lorsque celle-ci s'arrêta brusquement.
"Ce n'est pas censé être ici.
- Merde, jura Mustang en suivant son regard."
Un passage avait été taillé dans le béton, environ à mi-chemin. Suffisamment grand pour laisser passer un adulte. Presque par réflexe, Roy passa une main sur la paroi : lisse et sans marques de construction.
"Créé par l'alchimie, sans aucun doute. Et aux dernières nouvelles, Selim n'est pas un alchimiste.
- Alors ils ont Marcoh", conclut Riza d'une voix calme.
Et le docteur n'aurait jamais collaboré avec un homonculus, pas à moins d'y être forcé.
Mustang hocha la tête : "On vérifie la maison et on revient ici s'il n'y a personne."
Sans un mot, ils se remirent en route, cette fois plus rapidement. Mustang s'efforça de ne pas penser au fait qu'ils étaient en sous-effectifs et avançaient à l'aveuglette, sans savoir ce à quoi ils faisaient face. Ils avaient sûrement participé à des opérations plus dangereuse, mais habituellement leur ennemi mesurait plus d'un mètre vingt et n'était pas capable de manipuler les esprits. Qui sait quels pouvoirs Selim avait pu retrouver ?
Lorsque Riza s'arrêta de nouveau, ils étaient presque en bout de parcours : à la faible lueur de la lampe, ils distinguaient à présent quelques marches d'escaliers qui menaient à une seconde trappe, sœur jumelle de celle du local technique.
"C'est ici que vous m'attendez.
- Non, nous ne sommes pas certains que Selim soit dans la maison, s'opposa Roy. Avec ce nouveau passage, il pourrait très bien être ailleurs.
- Ce qui ne change rien au fait que vous ne devez surtout pas tomber sous son emprise.
- Mais aller l'affronter seule n'a aucun sens. Si Marcoh est là-dedans, vous aurez besoin de mon aide pour le sortir et vous avez de meilleures chances avec moi.
- Vous ne...
- Fin de la discussion, colonel."
Riza lui lança un regard noir. Mustang n'avait jamais eu l'intention de se plier docilement à son plan.
"Au moindre signe de danger, vous m'abandonnez. Et vous rentrez au QG.
- Pas la moindre chance, souffla-t-il avec un sourire d'excuse."
Mais avant qu'elle ne puisse répondre, il lui fit signe d'avancer. Le temps continuait de tourner.
La cave se révélait être une minuscule pièce, toute faite de béton, sombre et dénuée : aucun carton, aucun meuble, à croire que la famille Bradley ne devait pas utiliser cet endroit très régulièrement. Rien qui indiquait qu'un prisonnier y avait été retenu. Au contraire, les pièces du rez-de-chaussée arboraient tous les signes des pièces de vie : chaussures rangées près de l'entrée, vestes suspendues aux patères et ça et là, des livres et des jouets qui révélaient la présence d'un enfant sous ce toit.
Mary Bradley avait essayé de conserver l'atmosphère chaleureuse des lieux, même après que Bradley les ait quittés, et à quelques détails près - une fissure qui lézardait le mur, une pile de livre qui faisait tenir un meuble au pied cassé - elle y était parvenue. Néanmoins, toutes ces marques de vie ne faisaient que souligner l'étrange absence des habitants de cette maison.
Mustang et Hawkeye clignèrent un instant des yeux, le temps de s'habituer à la luminosité lorsqu'ils émergèrent. L'entrée était anormalement calme, baignée dans la lumière douce de l'après-midi. Aucun son, aucun signe de vie ne leur parvenait de l'étage ou du rez-de-chaussée. Pas un murmure, pas un craquement. Roy fronça les sourcils. Où étaient passés Mme Bradley et son fils ?
Sur ses gardes, il s'avança vers le séjour avant de se figer un bref instant. Les habitants de la maison n'étaient pas là. En revanche, quelqu'un d'autre les attendait.
Le bureau de Mustang était vide. Ils avaient un retard considérable et personne n'avait répondu à leurs coups polis contre la paroi. Le trio n'avait pas attendu très longtemps avant de faire coulisser la cloison et s'inviter dans le large bureau présidentiel.
"Sympa, j'aime beaucoup les petits canapés", apprécia Edward avant de joindre le geste à la parole et se laisser tomber dans un fauteuil en cuir.
La lumière du jour filtrait à travers les larges fenêtres qui constituaient presque la totalité du mur et conférait à la pièce une certaine chaleur. Au centre trônait le bureau massif, probablement dédié à Mustang. En face, des canapés et fauteuils et dans un coin, un meuble beaucoup plus discret. Le secrétaire d'Hawkeye, peut-être ? Panaya s'y dirigea d'un pas décidé.
"Où peuvent-ils être ? demanda Alphonse d'un ton inquiet.
- En réunion quelque part ailleurs ?
- Improbable", commenta Panaya, penchée sur le bureau d'Hawkeye. Entre deux dossiers, elle tira vers elle une feuille : "Des réunions étaient bien prévues cet après-midi mais elles ont dû être annulées : elles ont été rayées de l'ordre du jour.
- Cela ne veut pas pour autant dire qu'ils ne sont pas quelque part dans ce bâtiment.
- Vrai. Mais la veste de Mustang n'est pas ici, celle d'Hawkeye non plus. Et j'imagine mal Hawkeye partir en réunion sans son bloc-notes", commenta Panaya en désignant la pile de dossiers abandonnés à la va-vite sur le bureau.
Elle-même devait admettre que ces éléments étaient un peu légers pour conclure à l'absence du généralissime et son assistante mais cette scène lui donnait l'impression d'un bureau brusquement évacué. Pour quelle raison ?
"Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Alphonse. On attend ?
- En espérant que l'affaire n'était pas urgente", acquiesça Panaya.
La rencontre avec Smith et Broche avait provoqué un sursaut d'adrénaline dans son corps et contribué à renforcer son mauvais pressentiment. Mustang et Hawkeye n'auraient pas abandonné leurs postes sans une très bonne raison. Ignorant les protestations du Fullmetal, Panaya se mit à fureter dans la pièce, inspectant les dossiers qui traînaient sur les bureaux. Elle risquait gros si le généralissime la surprenait ainsi mais ces documents ne devaient pas si confidentiels que cela, sans quoi ils auraient été rangés. Néanmoins, les notes et feuilles abandonnées ne lui apprirent pas grand-chose. Des détails concernant la construction d'une route commerciale, des rapports sur les hôpitaux militaires...
"On va juste l'attendre ? soupira Edward. Et s'il ne revient que dans deux heures ? On ne peut pas...
- Je me disais bien que j'avais entendu du bruit."
D'un même mouvement, le trio se retourna vers la nouvelle arrivante, qui les évaluait du regard, un sourcil haussé. Son tailleur gris clair tranchait avec le bleu des uniformes militaires et mettaient en valeur le roux de sa chevelure qui flottaient librement dans son dos. Avec de tels traits, Panaya ne fut pas longue à identifier leur nouvelle interlocutrice : Audra Evans, porte-parole du gouvernement et conseillère de Mustang depuis quelques mois. Une figure bien connue des journaux.
"Qui êtes-vous ?
- Des invités du généralissime, répondit Panaya avec un instant de retard.
- A quel propos ?
- Au sujet des affaires de l'armée. Rien qui ne vous regarde, madame."
La civile devait sans doute être habituée à entendre ce genre de réponse, venant de ses collègues militaires, mais loin de se laisser démonter, elle afficha au contraire un sourire amusé et désigna l'extérieur d'un geste de la tête : "Et j'imagine que si j'appelle la sécurité, Northrop me confirmera que tout est normal.
- Il n'y peut-être pas besoin d'en arriver à de telles extrémités, tempéra Edward.
- A moi d'en juger."
La civil referma néanmoins la porte derrière elle et avança dans le bureau : "Dites-moi qui vous êtes et ce que vous faites dans le bureau de Mustang et en fonction, j'appelle ou non la sécurité."
Cette femme avait du cran, apprécia Panaya.
"Très bien, accepta-t-elle. Nous travaillons pour Mustang, de manière informelle et officieuse et il nous a convoqués aujourd'hui. Seulement il n'était pas présent à notre arrivée et nous avons décidé de l'attendre bien sagement ici.
- Cela aurait pu être crédible, si le généralissime n'avait pas annulé l'ensemble de ses réunions pour gérer une affaire urgente.
- Il a annulé toutes ses réunions ? répéta Edward. Est-ce qu'il est ici, au moins, cet imbécile ?
- Je ne peux pas vous le dire, répondit la jeune femme, surprise de son ton.
- On perd notre temps, déclara l'ancien Fullmetal, se levant avec un air agacé. Il s'est barré.
- Mais vous pensiez qu'il se trouvait ici, pointa Panaya, le regard fixé sur la civile. Vous êtes venue dans ce bureau avec l'intention de parler d'un sujet précis" Elle pointa le classeur "Et vous vous attendiez à ce qu'il soit seul avec le colonel Hawkeye. C'est pourquoi vous n'avez pas toqué avant d'entrer.
- Le sujet devait être urgent pour que vous vous permettiez d'entrer comme ça dans le bureau, rajouta Alphonse."
La jeune femme resta impassible et eut suffisamment de jugeote pour ne pas répondre. Lorsque le généralissime s'éclipsait discrètement, on ne donnait pas sa localisation au premier venu. Mais la remarque d'Alphonse était pertinente : la journaliste ne se serait pas précipitée comme cela dans le bureau du président sans une bonne raison, une raison urgente. Et malgré cela, Mustang et Hawkeye avaient quand même quitté leur poste.
Edward avait raison depuis le début : ils ne pouvaient être que chez les Bradley.
"On y va, déclara abruptement Panaya."
Les deux frères n'attendaient que cela et sautèrent sur leurs pieds.
"Vous pensez réellement que vous allez pouvoir repartir tranquillement ? s'exclama Evans. Northrop n'est qu'à...
- Nous travaillons de manière officieuse avec le généralissime, vous pourrez le confirmer avec lui son retour."
Panaya ne lui laissa pas le temps de protester et se tourna vers Alphonse : "On te suit."
Presque immédiatement, le cadet saisit le sous-entendu : pas question de dévoiler la sortie de secours à qui que ce soit. Sous les yeux ébahis de la journaliste, il créa une ouverture dans le mur dans laquelle ils s'engouffrèrent sous les yeux ébahis de la journaliste. Alphonse referma derrière eux et ils s'élancèrent au pas de course dans le passage, malgré l'obscurité. Celui-ci les fit déboucher dans une ruelle déserte et ils clignèrent plusieurs fois des yeux le temps de s'habituer à la luminosité. Ils étaient à quelques rues du Quartier Général et les protestations de la foule se faisaient toujours clairement entendre.
"Dans quoi est-ce que Mustang est allé se fourrer ?
- Il n'y a qu'une seule urgence qui aurait pu le conduire à se déplacer lui-même, déclara Panaya d'un ton sombre. Surtout dans ce contexte
- Selim."
Avec un signe de tête, la soldate prit la direction du domicile des Bradley, les deux frères sur ses talons. Cette fois ils ne perdirent aucun temps à faire des détours. Ils devaient atteindre la maison des Bradley au plus tôt.
"Que fait-on une fois sur place ? demanda Alphonse. On ne sait pas encore comment fonctionne le pouvoir de Selim et on s'est déjà fait avoir une fois.
- Mais vous n'étiez pas au courant.
- Alors quel est le plan ? On entre par la grande porte et on se tient prêts à se casser un ou plusieurs doigts ? demanda Edward d'une voix sarcastique.
- On n'a pas de plan pour le moment, rétorqua Panaya. Dans l'idéal, j'aimerais pouvoir arriver là-bas avant que le généralissime et son assistante n'entrent en contact avec Selim. Donc il faudrait accélérer un peu.
- Et s'ils sont déjà là-bas et sous son contrôle ?"
Ils couraient presque, à présent, s'attirant des regards étonnés, mais la soldate n'y prêtait aucune attention : "Alors on avisera. Qu'est-ce qui aurait pu forcer Mustang et Hawkeye à aller là-bas ?
- Une urgence ?
- Quel type d'urgence ? insista Panaya. Qu'est-ce qui était si important qu'ils ont préféré y aller eux-mêmes plutôt que de nous attendre ?
- Comment voulez-vous qu'on le sache ? demanda Edward. On est tout le temps avec vous depuis quelques jours. Je ne vois pas comment on pourrait en savoir plus que vous.
- Mais vous connaissez les homonculus. Vous connaissez Selim. On a besoin de savoir ce dans quoi on met les pieds, sans quoi tout ça risque de tourner à la catastrophe. Que s'est-il passé la dernière fois ?
- Vous ne savez pas ?
- Pas tout et visiblement pas le plus important, marmonna la soldate.
- La dernière fois, les homonculus nous ont obligés à les combattre car ils prévoyaient de transformer ce pays en une gigantesque pierre philosophale, résuma Alphonse. Tuer l'ensemble des habitants."
Panaya s'arrêta brusquement : "C'est une blague ?
- Non. Pourquoi est-ce que vous vous arrêtez ? Je croyais que vous vouliez les rattraper, lui rappela Edward.
- Est-ce que c'est susceptible d'arriver encore une fois ? demanda-t-elle en se remettant en route.
- Peu probable : la dernière fois, Selim avait eu besoin de candidats aux sacrifices et...
- De candidats aux sacrifices ? s'exclama Panaya.
- On vous racontera plus tard, mais oui. Arrêtez de nous interrompre."
Panaya fusilla du regard Edward mais se remit néanmoins en route. Ils devaient absolument empêcher Mustang de confronter Selim et le généralissime avait probablement une heure d'avance sur eux. Les explications attendraient. Elle lui fit signe de poursuivre.
"Et même s'il en retrouvait maintenant, Selim ne pourrait pas les forcer à réaliser une transmutation humaine, expliqua Alphonse. Les homonculus ne sont pas capables d'alchimie. Il a pu forcer Mustang à réaliser une transmutation humaine mais uniquement en utilisant sa pierre. Et il ne l'a plus aujourd'hui.
- Une pierre philosophale ?
- Oui.
- Mais je croyais qu'il faisait tout cela pour la créer, justement.
- Les homonculus ont été créés par une très vieille pierre, raconta Alphonse en secouant la tête. Un très vieux sacrifice humain. C'est cette pierre qui leur a donné autant de pouvoir et normalement, Edward l'avait arrachée à Selim. Il ne devrait plus en avoir, d'où son état plus... humain.
- Mais pas si humain que ça, grommela son frère.
- Est-ce qu'il pourrait créer une pierre à nouveau ? pour récupérer toutes ses capacités ?"
Combien d'humains fallait-il pour créer une pierre ? Selim pouvait-il en créer une lui-même ? Toutes ces informations semblaient terrifiantes mais la réponse lui glaça le sang.
"Il pourrait. A condition d'avoir un alchimiste sous la main. Je ne suis pas sûr qu'il puisse transmuter quoi que ce soit, de lui-même.
- N'importe quel alchimiste ?
- Un de ceux qui sait comment la créer.
- J'imagine que vous comptez parmi ceux-là.
- Alphonse, Mustang et Marcoh, confirma Edward.
- Donc si Selim arrive à mettre la main sur le généralissime, Selim pourrait recréer une pierre et regagner tous ses pouvoirs."
Edward hocha sombrement la tête.
"On doit accélérer, murmura Panaya."
"Général Hakuro", salua Mustang d'un ton calme.
L'homme était assis sur le canapé et semblait si détendu que Roy se serait peut-être demandé s'il ne s'était pas trompé de maison, sans le portrait de Bradley accroché dans l'entrée - ou peut-être que justement, Hakuro conservait un portait de leur défunt généralissime chez lui.
"Monsieur le président, colonel Hawkeye, les salua-t-il avec un sourire satisfait.
- Comment allez-vous ?
- Très bien et vous-même ?"
Il s'agissait du ton arrogant et condescendant que Roy connaissait et pourtant quelque chose dans l'attitude du général faisait dresser ses cheveux à l'arrière de la nuque. A côté de lui, Hawkeye gardait Hakuro en joue avec une expression de concentration qui ajoutait à l'étrangeté de la scène.
"Un peu surpris, je dois l'avouer : je vous croyais aux archives.
- Une affaire m'a amenée dans ce quartier, expliqua Hakuro d'un ton détaché.
- Une affaire des archives ?
- Personnelle, corrigea le général.
- Je ne vous savais pas lié aux Bradley, fit remarquer Roy.
- Vous savez ce que c'est, les vieilles familles militaires : toutes liées les unes aux autres d'une façon ou d'une autre."
Roy leva un sourcil ironique : l'homme ne s'était pourtant pas précipité pour rendre service à la veuve de Bradley à la chute de l'ancien président.
"Arrêtez votre mascarade. Que faites-vous là, général ?"
Hakuro soupira : "Vous savez quel est votre problème, Mustang ? Vous n'avez aucune élégance. Vous voulez traiter des sujets de fonds mais vous ne savez pas y mettre les formes, ménager les parties et les susceptibilités. Vous n'êtes pas fait pour ce poste. L'élégance, par exemple, aurait été d'ordonner à votre subordonnée de baisser son arme, le temps que nous discutions.
- Je me passerais de vos commentaires.
- Bien sûr que vous vous passez de mes commentaires. Et voilà où cela vous mène : des émeutes dans les rues, des protestations devant même le quartier général ? Et vos hommes qui ne font absolument rien. C'est indigne de notre pays.
- Malheureusement votre conception de la dignité implique des bains de sang dans ce pays et le sacrifice de toute sa population.
- Des détails, répondit Hakuro avec une nonchalance qui donna à Roy des envies de violence. Et les bains de sang ne tarderont pas à éclater sous votre gouvernement non plus.
- J'imagine que vous êtes à l'origine de tout cela ? les articles ? les meurtres ? le détournement du train ?
- Une partie du mérite revient au FLO, mais j'avoue que nous y avons pris part de manière assez active."
Malgré le dégoût qui lui inspirait Hakuro, un sentiment de malaise commençait à gagner Mustang : tout son discours avait des accents de vérité, l'arrogance et le mépris qui caractérisaient le général et pourtant quelque chose clochait dans ce discours. Quelque chose qu'il ne parvenait pas à identifier. Roy glissa un regard vers Hawkeye et la tension dans sa posture indiquait que son assistante partageait son inquiétude. Mustang devait continuer à le faire parler.
"Et encore une fois, votre appétit du pouvoir justifie le meurtre de ces personnes. Combien de personnes avez-vous tuées pour pouvoir détourner ce train ? Combien sont mortes dans l'explosion ?
- Je n'ai pas compté.
- Et le meurtre d'Estes ? Votre œuvre également ?
- Une victime collatérale, déplora Hakuro, avec une compassion toute superficielle. Malheureusement cette mort n'était pas prévue, mais Estes m'aura servi jusqu'au bout.
- Vous me dégoûtez, déclara calmement Mustang. Et à quoi cela vous aura-t-il servi ? Vous avez affaibli ma position au sein du pays ? Créé des perturbations pour un temps ? Mais la publication du dernier article va être arrêtée. Et dans quelques mois, la situation reviendra à la normale.
- Mais cela aura au moins eu le mérite de détourner votre attention, généralissime, répondit une voix dans son dos."
Mustang pivota sur lui-même et sentit son cœur se détacher dans sa poitrine. Il n'avait pas croisé l'homonculus depuis le Jour Promis et une partie de son esprit fut surprise de constater à quel point Selim avait été affaibli. Il n'avait devant lui qu'un gamin minuscule, qui ne l'atteignait même pas à hauteur de la taille. Mais son sourire satisfait et cruel, complètement déplacé sur le visage d'un enfant aussi jeune, lui donna la chair de poule. Sans compter la personne qui se tenait à ses côtés.
"Tout doux, susurra Selim. Si j'étais vous, je poserais cette arme par terre. Et vous, Mustang, débarrassez-vous de ces gants"
Winry se tenait à côté de l'homonculus mais la jeune fille était méconnaissable : ses longs cheveux blonds, d'ordinaire si soignés, se répandaient en mèches folles autour de son visage. Divers hématomes marquaient ses avant-bras et des marques sur son visage indiquaient que la jeune fille avait été bâillonnée. Mais son regard, plus que tout autre chose, frappa Mustang. Son regard qui passait sur eux sans les voir et regardait au loin, dans le vague. Ce regard inexpressif et absent alors que la jeune fille pointait une arme sur sa propre tempe.
D'un geste raide, Hawkeye abaissa son arme et le posa doucement par terre, sous le regard approbateur de Selim, tandis que Mustang abandonnait ses gants.
"Maintenant, vous allez nous suivre."
A suivre...
Winry, ma pauvre bichette... Je suis tellement désolée de devoir la traiter comme ça mais... le prompt de Shirenai m'y oblige Pour contre-balancer tout ça, j'ai quand même mis des miettes de Royai. Si, si, je vous assure (mais faut les chercher) !
En tout cas, j'espère que vous passez tous un bel été et que vous avez aimé ce chapitre. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, rien que pour me dire que vous êtes en vie, lol
