Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers :

- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.

- Le titre de ce chapitre vient du roman de Lisa Gardner (Roman que je vous conseille absolument !)

Mon petit blabla avant de commencer : Voilà le chapitre 23 qui clôture cet arc 3 "Pars vite et reviens tard" ! Après trois semaines de vadrouille, il est temps de se remettre à l'écriture. Je vais essayer d'avancer un maximum cette semaine car la semaine prochaine, reprise du boulot... J'espère que vous passez tous un bel été et que ce chapitre vous plaira ! Petit warning cependant : des personnages vont mourir dans ce chapitre. En principe ce n'est pas trop gore mais on y parle de sang et brièvement d'os. Je préfère vous prévenir

Précédemment dans La Pièce Vide : Remington lance une opération destinée à empêcher la parution de l'article dévoilant l'existence du tunnel et Mustang décide de partir chez les Bradley sans attendre les frères Elric et Panaya. Hawkeye et lui y trouvent Hakuro qui confesse toutes ces actions et détourne leur attention jusqu'à l'arrivée de Selim, qui utilise Winry comme otage pour forcer Mustang à le suivre. De leur côté, Panaya et les frères Elric échappent à Smith. Ils reviennent au Quartier Général seulement pour comprendre que Mustang et Hawkeye sont déjà chez les Bradley...


Lumière noire

Remington laissa échapper un sifflement agacé.

Il était parti toquer à la porte du généralissime, sans succès, et n'avait trouvé qu'un bureau vide. Etant donné l'urgence de la situation, le colonel pensait que Mustang aurait au moins été intéressé de savoir que l'opération avait été une réussite. Stevenson et ses hommes avaient pénétré dans les locaux du journal, interrompu l'impression en cours de l'article et saisi dans le plus grand calme homme, femmes et exemplaires déjà imprimés. Les choses s'étaient passées de façon fluide et sans accroc, et aucun incident n'avait été à déplorer. Pourtant, Remington n'arrivait pas à se départir de ce mauvais pressentiment, ce sentiment que quelque chose ne tournait pas rond.

Il regardait les journalistes défiler sous ses yeux, pour qu'on relève nom, prénom, adresse et autres et les conduise à une cellule, mais quelque chose dans leur comportement n'était pas normal. Même s'ils étaient visiblement impressionnés par la tournure des événements, les civils étaient loin d'être abattus. Certains redressaient même fièrement la tête.

"Avez-vous pu vous assurer que tous les exemplaires avaient été saisis ? demanda Remington

- Oui, monsieur, acquiesça Stevenson. J'ai moi-même fait un tour pour vérifier que nous n'avions rien oublié.

- Où sont-ils ?

- Dans ces cartons, monsieur."

Ceux-ci étaient en train d'être déchargés du fourgon. Leur nombre était relativement restreint mais Remington avait confiance dans la rigueur du sergent Stevenson. Alors pourquoi la lueur de victoire dans les yeux des journalistes ?

"Vous n'avez pas l'air de comprendre ce qui est en train de se produire", déclara Remington d'un ton volontairement condescendant.

L'homme à qui il s'était adressé ne répondit pas mais redressa d'autant plus la tête. Remington devait comprendre ce qui se passait.

"J'espère que vous appréciez la situation car nous viendrons autant de fois que nécessaire. A chaque article s'il le faut, nous reviendrons, nous vous embarquerons et nous saisirons les exemplaires imprimés. Et vous n'aurez plus qu'à passer la nuit dans une cellule humide et puante. A chaque fois, jusqu'à ce que le généralissime décide qu'il est temps de vous jeter en prison, tous autant que vous êtes.

- Je ne crois pas que vous saisissiez ce qui est train de se passer, rétorqua un autre journaliste, plus loin dans la file. Vous pouvez nous arrêtez, personne ne conteste ce point, mais vous ne pouvez pas empêcher ce qui est en train de se produire."

Remington abandonna sa cible pour s'intéresser à l'homme qui venait de s'exprimer.

"Et que se passe-t-il ? lui demanda-t-il d'un ton doucereux

- Vous êtes si prévisibles, lui souffla le journaliste. Venir nous embarquer, sceller les locaux, confisquer les articles. Et pourtant à aucun moment vous n'avez songé que d'autres personnes que nous pouvaient avoir une copie.

- A qui d'autre l'avez-vous envoyé ?"

Un sourire triomphal étirait les lèvres du pigiste.

"Tous. Et ils n'hésiteront pas à publier l'article, pas après avoir vu votre descente dans nos locaux."

Voilà donc la raison pour laquelle tous exultaient intérieurement. Sentant l'inquiétude monter en lui, Remington se recula et fit signe au sergent Stevenson : "Laissez l'escouade du Quartier Général s'occuper de ceux-là. Vous avez une mission à terminer."

Ils pouvaient peut-être encore empêcher cet article de paraître.

"Vous pensez pouvoir vous rendre dans tous les journaux de la ville, colonel ? Vous rêvez, lui cria le journaliste tandis qu'il s'éloignait. Vous ne pourrez jamais confisquer tous les exemplaires.

- Vous" lança Remington aux officiers restants "Accélérez le mouvement. Je ne veux plus les entendre.

- Est-ce que vous savez même pourquoi Mustang tient à étouffer l'affaire ? Ou est-ce que vous agissez comme un chien bien dressé ? La vérité est dangereuse."

Remington se raidit. Mustang ne lui avait jamais dit pour quelle raison il souhaitait empêcher la parution de cet article, mais le colonel avait autre chose à faire que questionner des ordres directs. Si le généralissime avait jugé que le journal franchissait la ligne alors c'était probablement le cas. Et apparemment, leur descente n'avait pas réglé le problème.

Repoussant son mauvais pressentiment, Remington sortit résolument des locaux. Le journaliste avait peut-être exagéré le nombre de confrères à qui ils avaient transmis l'article en question. Stevenson et ses hommes pouvaient peut-être encore empêcher cet article de paraître. Mais sur son passage vers la sortie, le colonel attrapa un exemplaire du journal et sentit un mélange d'horreur, colère et déception l'envahir.

"Le terrible secret du président Mustang".

Malgré tous ses discours, celui-ci n'était donc pas meilleur que son prédécesseur.


"Hakuro, tu passes devant, avec Mustang. N'hésite pas à pointer ton arme sur lui : cela dissuadera sans doute sa fidèle assistante de tenter quoi que ce soit. Hawkeye, vous suivez."

D'un geste ferme, le général poussa Mustang et le fit avancer vers le tunnel. Son étroitesse rendait impossible toute lutte. Mustang apercevait à peine ce sur quoi il posait les pieds, trébuchant de temps à autre, à la lueur de la seule lampe tenue par Hakuro. Dans son dos, il entendait Hawkeye faire de même. Ils avancèrent dans un silence uniquement brisé par le son de leurs bottes martelant le béton, mais cette fois ils bifurquèrent hors du passage créé par l'armée.

La quasi-obscurité rendait également difficile l'évaluation des distances. Mustang fut rapidement incapable de dire le temps qu'ils avaient passé dans ce tunnel. Cinq minutes ? Quinze ? Bientôt, ils débouchèrent dans une grande galerie dont le plafond s'élevait à plusieurs mètres au-dessus de leurs têtes. Quelques interstices laissaient filtrer la lumière du jour mais le principal éclairage restait les quelques lampes suspendues aux murs. Cette pièce était sans doute proche du réseau de gaz et d'eau de la ville, à en juger par les nombreux tuyaux qui couraient le long des murs. Probablement un local technique abandonné, si Mustang se fiait à l'épaisse couche de poussière qui tapissait le sol. Dans la pénombre, l'alchimiste plissa des yeux et suivit du regard les pas qu'il distinguait difficilement : "C'est donc ici qu'ils vous ont retenu, docteur."

Marcoh était recroquevillé dans un coin et n'avait pas réagi ni à leur arrivée, ni au soin de sa voix. Était-il inconscient ? en trop mauvais état pour réagir ? ou simplement sous l'emprise de l'homonculus ? Mais sa poitrine continuait de se soulever et de s'abaisser au rythme de sa respiration. L'alchimiste était toujours en vie.

"J'imagine que votre ami Scar a dû vous prévenir de sa disparition et vous vous êtes précipités ici, devina Selim. Touchant mais pas des plus malins."

Mustang ne prêta pas attention aux provocations de l'homonculus, trop occupé à scruter les lieux. La pièce, si elle avait un jour été utilisée, n'était aujourd'hui rien de plus qu'un large espace et vide, sans mobilier. Rien n'indiquait ce que Selim Bradley comptait faire d'eux. Une ouverture dans un mur plus loin indiquait probablement une autre sortie. Mais la faible luminosité des lieux compliquait toute inspection. Ce fut finalement une quinte de toux qui attira l'attention de Roy : dans un coin sombre, d'autres personnes étaient retenues prisonnières. Sa gorge s'assécha.

"Vous avez enfin compris, généralissime, déclara Selim, un regard perçant posé sur lui. Vous arrivez à temps pour assister au sacrifice."

Pas s'il pouvait l'en empêcher. Instinctivement, il chercha à atteindre sa poche : depuis sa rencontre avec Lust, il conservait systématiquement un briquet dans sa poche. D'un claquement de doigts, il pouvait incinérer cet homonculus et ses ordres s'envoleraient en cendres avec lui. Mais la voix froide de Selim le stoppa net.

"Winry, au moindre geste de Mustang ou d'Hawkeye, tu te tues. Est-ce que c'est compris ?

- Oui."

La voix décharnée de la jeune fille semblait presque irréelle mais figea Mustang dans une posture grotesque, main relevée vers sa poche. Dans quelle mesure Winry allait-elle prendre cet ordre au pied de la lettre ? Quel mouvement pouvait-il encore faire sans risquer la mort de la mécanicienne ?

Du coup de l'œil, Roy apercevait la silhouette de Riza, tordue dans une position anormale pour atteindre l'arme rangée dans sa botte. Il sentit son cœur s'emballer. Tôt ou tard, Hawkeye et lui ne pourraient plus tenir ces postures grotesques dans lesquelles ils s'étaient figés et feraient une erreur qui coûterait la vie de la jeune fille.

Comme s'il lisait dans ses pensées, Selim lui adressa un sourire froid et satisfait avant de se tourner vers Marcoh : "Docteur, réveillez-vous. Il est temps de créer cette pierre que vous me devez depuis tant de temps."


Ils arrivèrent rapidement aux abords du quartier, sans savoir davantage ce qu'ils risquaient de trouver à l'intérieur de la maison.

"Tant pis. S'il est urgent de sortir Mustang de là, autant foncer dans le tas, suggéra Edward. Si Hawkeye et lui sont déjà sous influence, Al et moi on s'occupe de les faire sortir et vous vous chargez de Selim ? Vous ne devriez pas avoir trop de scrupules à lui tirer dessus.

- Aucun, confirma sobrement Panaya."

Ce n'était pas optimal mais sans savoir ce dans quoi ils mettaient les pieds, planifier ne servait à rien.

"La porte de la cuisine sera sans doute la plus simple, déclara-t-elle en tendant à Edward son arme supplémentaire."

Panaya entra la première, son Wesson dégainé. Edward la talonnait et Alphonse fermait la marche, prêt à prendre les choses en main au cas où la situation dégénérerait. Mais la maison était calme, beaucoup trop calme, et le trio découvrit rapidement que personne ne se trouvait à l'intérieur.

"Selim ? Mme Bradley ? souffla Alphonse.

- On commence par vérifier le rez-de-chaussée et puis on monte, déclara Panaya avec un haussement d'épaule. On reste groupés."

Heureusement pour elle, Edward se souvenait des formations militaires de base et Alphonse compléta au mieux. Ils balayèrent rapidement l'ensemble des pièces sans trouver davantage qu'une arme militaire posée sur le sol de l'entrée et les gants de Mustang, impossibles à ne pas reconnaître. A l'étage, personne également et aucun signe indiquant ce qui avait pu advenir des habitants de la maison.

"La cave, rappela Alphonse."

Avec un hochement de tête, Panaya s'y dirigea. Mais la pièce trop dénuée ne leur révéla pas grand-chose : Selim n'avait laissé aucune trace, aucun éléments sur place, si ce n'est la lampe toujours suspendue au crochet du mur. Alphonse s'en saisit et pour mieux inspecter la cave. Panaya se pinça l'arête du nez, sentant la nervosité monter en elle : "L'arme appartenait probablement à Hawkeye."

La soldate s'en était saisie et l'avait glissé dans sa botte, au cas où.

"Avec les gants du colonel à côté, ça ne fait pas de doute, acquiesça Edward.

- La question est de savoir ils sont maintenant.

- Ils n'ont pas dû aller bien loin, suggéra Alphonse. On ne devait pas avoir énormément de retard sur eux.

- Mais dans quelle direction ?"

Beaucoup trop de possibilités s'offraient à eux : l'entrée principale, la porte de la cuisine et même le passage souterrain. Selim n'avait laissé aucune trace et aucun élément ne leur permettait de deviner où tous avaient disparu. Panaya sentit son cœur accélérer sous le coup du stress et se força à inspecter la cave. Peut-être qu'un indice, n'importe quoi, pouvait les aider.

"C'est ici qu'il nous a attaché, indiqua Edward ne désignant un mur parcouru de tuyaux.

- OK. Un détail te revient en tête ? Quelque chose qui a changé depuis la dernière fois ?"

Mais Edward secoua la tête et la soldate jura. Elle fit nerveusement craquer les phalanges de sa main droite puis arpenta l'étroite salle pour tenter de se calmer : "Reprenons. Mustang et Hawkeye sont venus ici. Selim a réussi à les désarmer puisque nous avons retrouvé l'arme de Hawkeye par terre, dans l'entrée, ainsi que les gants de Mustang. On peut supposer que Selim a réussi à les placer sous son emprise à ce moment-là. Mais qu'a-t-il pu faire avec eux ? Quel est son but final ? Il n'a pas pu se réveiller et se résoudre à passer le restant de sa vie comme un enfant de cinq ans.

- Le plus probable : redevenir un homonculus et se venger.

- Et comment s'y prendrait-il ? demanda Panaya.

- Pour redevenir un homonculus, il a besoin d'une pierre. Et pour synthétiser une pierre, il a besoin d'un alchimiste et de sacrifices.

- Il a l'alchimiste. Qu'en est-il des victimes ? Est-ce qu'il peut utiliser n'importes quelles personnes ?"

Edward hocha sombrement la tête : "N'importe qui. Les premiers qu'il croisera, s'il est pressé.

- Le plus pratique serait de se diriger vers le centre-ville.

- Mais Mustang et Hawkeye ? fit remarquer le jeune homme. Il ne va quand même pas se promener avec eux. Ils attireraient bien trop l'attention."

Panaya hésita : "Les deux seraient beaucoup visibles avec leurs uniformes et le visage de Mustang est très connu. Par les temps qui courent le généralissime n'a pas intérêt à montrer sa tête en public. Mais un enfant de cinq ans errant seul dans les rues attirerait tout autant l'attention des passants.

- Selim peut manipuler ses interlocuteurs, rappela Edward. Qui sait combien de personnes à la fois il peut maîtriser ? Il ne le sait peut-être pas lui-même. Si j'étais lui, je ne prendrais pas de risques : j'enfermerais Mustang et Hawkeye quelque part et puis j'irais chercher mes sacrifices. Il a déjà l'alchimiste sous la main, ce serait débile de risquer qu'il ne s'enfuie."

La soldate hocha la tête : "Il les a donc conduit quelque part pour les y enfermer. Mais où ?

- Dans ce tunnel ? suggéra soudain Alphonse."

Panaya et Edward se retournèrent vers lui, surpris. La jeune femme avait presque oublié sa présence, tant l'adolescent s'était fait discret. Alphonse avait ouvert la trappe et étudiait maintenant l'entrée du passage, penché par-dessus l'ouverture.

"Peu de personnes sont au courant de son existence : Mustang, l'équipe Breda, et nous. La plupart sont sous l'influence de Selim donc aucun risque qu'ils ne viennent secourir Mustang et Hawkeye ou que quelqu'un ne tombe sur eux par hasard. Et nous, nous sommes tous recherchés par quelqu'un : le réseau de Breda, la faction. Selim pourrait se sentir assez à l'aise pour les enfermer là-dedans.

- Un tunnel, ça lui ressemble pas mal, acquiesça son frère."

Panaya ne mit pas longtemps à trancher : c'était leur seule début de piste pour le moment.

"On y va mais je passe devant, indiqua la soldate, en se glissant dans l'escalier. Ça va être compliqué de se battre dedans si besoin. Si on tombe sur lui, vous faites directement demi-tour. Je prends la lampe."

Elle entendit Edward grommeler quelque chose qui ressemblait vaguement à "on verra bien" mais celui-ci se plia malgré tout à ses ordres.

La lueur de la flamme était à peine suffisante pour voir au-delà d'un mètre devant elle et les ténèbres, bien plus épaisses que ce qu'elle n'aurait voulu. Ils étaient donc forcés de se reposer sur leur ouïe et le bruit de leurs pas n'arrangeait rien : dans ce passage, les sons rebondissaient sur les parois et annonçaient leur arrivée bien mieux qu'une pancarte lumineuse. Mais si Mustang ou Hawkeye se trouvaient dans ce souterrain, alors ils sauraient très vite que les renforts arrivaient.

Panaya se força à inspirer et expirer lentement pour se concentrer sur la situation. Si Selim était toujours présent et décidait de les attaquer, elle n'aurait qu'une fraction de seconde pour le faire taire avant qu'il n'ait l'occasion de la soumettre à son pouvoir. Elle s'efforça d'enfermer cette sensation de malaise quelque part au fond d'elle et se concentra sur le peu qu'elle voyait, entendait. Une seule seconde pour faire feu. Elle ne pouvait pas hésiter.

Mais devant l'embranchement, Panaya s'arrêta.

"Ça n'est pas censé être là. Ça ne l'était pas la dernière fois."

Edward laissa échapper un sifflement appréciateur.

"Un joli petit passage. Comment est-ce que Selim a pu le construire ? Impossible qu'il ait fait ça seul.

- Alchimie ? suggéra Alphonse. Si Mustang était avec lui, il a très bien pu le faire.

- Possible, acquiesça Panaya. Et si Selim le lui a fait construire, c'est qu'il avait un objectif en tête. On commence par ce tunnel-là, on voit ce qu'on y trouve, et si besoin, on inspectera le reste du tunnel après. On ne sait pas quelle longueur il a ni ce sur quoi on va tomber. Restez sur vos gardes.

- Parce que jusque-là, c'était une sortie au parc pour nous, railla Edward."

Encore une fois, Panaya l'ignora pour se concentrer sur l'obscurité devant elle, essayant de capter le moindre son qui aurait pu en provenir. Ils se remirent en marche mais cette fois plus lentement : ils devaient absolument empêcher Mustang de recréer une pierre pour Selim mais si le généralissime et son assistante s'y trouvaient, l'homonculus ne devait pas très loin non plus. Et la lumière de la lampe, couplée au bruit de leurs pas, les trahirait bien avant de tomber sur eux. Ils étaient donc obligés de progresser avec précaution dans le boyau, marquant des arrêts de temps à autre pour vérifier qu'ils n'entendaient rien. Mais finalement, ce fut l'éclair qui transperça l'obscurité qui leur indiqua la fin du tunnel.

"La pierre, articula silencieusement Edward, d'un air sombre."

Alors ils arrivaient trop tard. Selim avait trouvé des sacrifices et forcé Mustang à transmuter la pierre pour lui. Le cœur battant, Panaya éteignit la lampe et l'abandonna dans un coin, puis fit un signe aux frères de se rapprocher silencieusement.

Lorsque les frères lui avaient parlé de sacrifices humains, la jeune femme s'était imaginé un rituel sanglant. Des victimes qui se débattaient, criaient. Quelque chose qui trahisse l'ignominie de l'acte réalisé. Mais rien si ce n'est l'éclair n'indiquait qu'une transmutation était en cours et Panaya se demanda si Edward avait pu se tromper. Ils avancèrent à pas de loup et lorsque la lumière s'interrompit brusquement, ils n'étaient plus qu'à deux mètres de l'embouchure.

S'aplatissant autant que possible aux murs, ils apercevaient enfin la minuscule silhouette de Selim au fond de la pièce. Un cercle avait été tracé au sol mais la personne qui se tenait devant n'était pas Mustang. Un homme au visage ravagé de cicatrices que Panaya ne reconnaissait pas. Mustang et Hawkeye se tenaient de dos à eux, comme figés en plein mouvement. Mais la vue de la cinquième personne présente dans la salle arracha un hoquet à Alphonse.

"Winry, gronda Edward.

- Qui ?

- Ma fiancée, souffla le Fullmetal, presque imperceptiblement."

Il s'était instinctivement ramassé sur lui-même, prêt à bondir, et Panaya tendit le bras pour lui intimer de ne pas bouger. Mais le jeune homme ne lui prêta aucune attention.

"Arrête, nii-san. On ne peut pas se précipiter comme ça dedans.

- Je peux faire diversion pendant que tu l'attaques, Al. Il a Winry. On a pas le temps d'attendre."

Ses yeux flamboyaient de colère et Panaya pouvait sentir la violence émaner de son corps. Elle secoua la tête et articula aussi bas que possible : "Il ne s'agit pas d'attendre mais de réfléchir : quel ordre Selim a-t-il donné à Winry ? Pourquoi tient-elle cette arme contre sa tempe ? Et surtout : pourquoi Mustang et Hawkeye ne font-ils rien ? Tu ne sais pas ce qui se passe. Fonce et ta copine appuiera elle-même sur la détente."

Edward la foudroya du regard, mais elle avait raison : les postures du généralissime et de son assistante étaient tout sauf naturelles. Comme s'ils s'étaient figés en plein mouvement et il lui semblait voir le bras de Mustang trembler imperceptiblement.

"Alors qu'est-ce que vous suggérez ?

- Est-ce que l'un d'entre vous peut abattre Selim à cette distance ?"

Alphonse hocha la tête : "Un pic en béton. Dans le crâne, à travers l'œil.

- Parfait, alors...

- J'ai bien peur que cela ne serve à rien", déclara soudain une voix près d'eux.

Le canon d'une arme apparut dans leur champ de vision lorsqu'un soldat s'avança dans l'ouverture du tunnel.

"Baissez votre arme, ordonna-t-il à Panaya."


Ils avaient dû assister, impuissant au meurtre de quatre hommes que Mustang ne reconnut pas. Soldats mais pas que. Fils, maris, pères peut-être.

Sous leurs yeux horrifiés et impuissants, Marcoh, comme somnambule, transmuta la pierre philosophale. Il ne se débattit pas, ne protesta pas et ses yeux ne semblèrent même indiquer que le docteur les avait reconnus. Si seulement, Roy avait pu réagir instantanément dans la maison et incinérer Selim à vue, ils n'en seraient pas là actuellement.

Mustang déglutit, le bras tremblant à force de le maintenir en l'air. Hawkeye et lui n'avaient toujours pas bougé. Du coup de l'œil, il voyait toujours sa silhouette à demi-accroupie et savait que ses muscles devaient tirer tout autant que les siens. Mais ils tiendraient autant de temps qu'il le faudrait pour ne pas risquer la vie de Winry. Le Fullmetal ne lui pardonnerait jamais et lui-même ne pourrait jamais l'oublier.

Marcoh s'avança et remit la pierre, encore liquide à un Selim exultant lorsqu'un éclat de voix attira son attention.

"Les frères Elric ? Vous tombez à pic."

Mustang sentit une nouvelle fois son cœur se décrocher dans sa poitrine. De toutes les personnes, il avait fallu qu'eux viennent à leur secours. Eux qui avaient toutes les raisons de sauter à la gorge de Selim, eux qui avaient toutes les chances de faire tuer Winry sans le vouloir.

"Avancez, n'ayez pas peur. Hakuro, aide-les, déclara Selim, son sourire s'élargissant. Sinon, Mustang ne pourra pas profiter de la vue."

Panaya s'avança, l'arme de Hakuro pointée sur son crâne, suivie des frères Elric, jusqu'à se retrouver dans son champ de vision. Mustang constata avec soulagement que les deux adolescents les fixaient d'un air déterminé, mais ils étaient plus occupés à essayer de décrypter la situation qu'à envisager un moyen de bondir sur Selim. Tant mieux. La dernière chose dont ils avaient besoin actuellement était des actions irréfléchies. Et à eux tous, ils trouveraient bien un moyen de renverser la situation.

Face à leurs expressions surprises mais concentrées, le sourire de Selim s'élargit.

"Oui, ils ne peuvent pas bouger pour le moment. Un ordre que j'ai donné à Winry. Est-ce que vous vous souvenez de l'ordre, généralissime ? colonel ? demanda l'homonculus. Au moindre geste de votre part, et Winry presse la détente.

- Enfoiré, jura Edward entre ses dents. Je vais t'étriper.

- Oh, je ne doute pas du fait que tu vas essayer, Fullmetal. Mais je vous conseille de vous souvenir de l'ordre, rappela Selim."

Pourquoi ? se demanda Mustang.

"Hakuro, tue Panaya."

Avant que quiconque ne puisse réagir, celui-ci pressa la détente et la jeune femme s'écroula à terre dans un bruit sourd. De loin, Mustang entendit les frères Elric crier, sentit la détonation vibrer dans ses os et ses jambes trembler sous lui. Hakuro avait tué Gabrielle. Il se raidit et ferma les yeux. Il ne devait pas bouger. Il ne devait surtout pas bouger. Sans quoi Winry mourrait à son tour.

Pourquoi n'avait-il pas incinéré Selim sur le champ ?

"C'est tellement dommage, déclara Selim, malgré les injures furieuses des deux frères. Elle aurait fait un soldat de qualité, je comprends pourquoi vous l'avez affectée à ma garde. Mais sa mort fait partie de votre châtiment, Mustang. Ouvrez-les yeux et regardez-la. Elle est morte à cause de vous."

Sans qu'il ne puisse le contrôler, ses yeux se rouvrirent et se braquèrent sur le corps sans vie de la soldate. Déjà le sang formait une flaque sous elle. La violence du tir à bout portant avait emporté avec lui l'arrière de son crâne et son regard vide semblait le transpercer, s'imprimant déjà de manière indélébile sur sa cornée. Il sentit sa respiration s'accélérer malgré lui, la nausée pas loin de le prendre.

Son esprit semblait pédaler dans le vide, incapable de former une pensée cohérente si ce n'est que s'il avait tué Selim à l'instant où il avait posé les yeux sur lui, ils n'en seraient pas là. Gabrielle serait toujours en vie.

"Enfoiré, murmura à nouveau Edward.

- Si vous aviez suivi mes instructions, si vous étiez rentrés à Resembool, elle n'aurait pas eu à mourir, répondit calmement Selim. Mais vous n'obéissez jamais. Vous m'y avez contraint : j'avais d'autres plans pour elle, mais je ne pouvais pas risquer que vous fassiez capoter mon plan. Enfin, tout est prêt, même si vous arrivez plus tôt que prévu."

Peut-être que le Fullmetal avait répondu quelque chose. Peut-être que Selim continuait son monologue d'une voix satisfaite. Mustang n'arrivait plus à suivre, n'entendait plus la conversation que de très loin. La seule chose qui restait devant ses yeux était le corps inerte de Gabrielle. Un corps qu'il avait autrefois serré contre le sien. Il entendit le sifflement rauque de sa propre respiration.

Ce n'était pas la première fois qu'il voyait un camarade ou un ami mourir. La plupart de ses camarades de promotions, ceux qui avaient partagé les bancs de l'école de guerre avec lui étaient déjà morts. Parfois devant ses yeux, à Ishbal. Parfois, il n'avait pu que découvrir leurs corps sans vie à ses pieds. Le regard vide de Maes, son visage tordu dans une expression grotesque de surprise. Mais jamais il n'avait été contraint de rester immobile. Il avait toujours pu faire quelque chose. N'importe quoi. Se précipiter vers eux, serrer leur main une dernière fois, les rassurer alors que la vie quittait leur yeux, les venger, tout faire pour ramener leur corps à leurs familles. Il avait toujours pu faire quelque chose. Mais pas pour Gabrielle. La seule chose qu'il avait pu faire pour ne pas empirer la situation, était de ne pas bouger le moindre muscle alors que Hakuro avait fait sauter son crâne sous ses yeux. Il avait envie de vomir.

"Est-ce que sa mort est choquante à ce point-là, Mustang ? s'amusa Selim. Je savais que vous accordiez de l'importance à vos subordonnés mais pas à ce point-là. Surtout qu'elle ne travaillait pas directement sous vos ordres. Mais il est vrai que vous avez toujours aimé les belles femmes."

Chaque phrase, chaque mot était un nouveau coup dans l'estomac et l'homonculus se délectait de la situation.

"J'oubliais. Vous ne pouvez pas me répondre. Winry, l'ensemble de nos invités ici présents ont le droit de parler. Mais pas de bouger", lança-t-il avant de se tourner à nouveau vers Mustang. "Regardez-moi, généralissime."

A nouveau son regard se braqua malgré lui sur le visage satisfait de l'homonculus.

"Souvenez-vous de sa mort, Mustang. Souvenez-vous qu'elle est mort à cause de vous et que Hawkeye mourra également par votre faute."

S'il avait incinéré Selim immédiatement, Gabrielle serait toujours avec eux.

"Colonel !"

Un cri s'était échappé des lèvres de son assistante et le ramena brusquement à lui. Mustang inspira brusquement et arracha son regard du visage de Selim, pour capter le regard perçant d'Hawkeye et il s'y raccrocha comme à une lueur dans la nuit. Elle n'était pas désolée pour lui. Pas inquiète ou accusatrice, seulement furieuse. Et sa colère l'atteignit à travers cette brume de confusion et culpabilité : la bataille n'était pas terminée. Il devait encore se battre pour survivre, sans quoi il allait mourir dans ce souterrain. Sans quoi ils allaient tous mourir. Hawkeye et lui avaient toujours des choses à accomplir. La détermination et la fureur brillaient dans les yeux de son assistante : Gabrielle était peut-être morte, mais pas eux.

Il inspira lentement et sentit la même colère se répandre dans son corps. Il savait. Il pleurerait la mort de Panaya plus tard. Mais pour l'heure la bataille faisait encore rage.

"De quel plan est-ce que tu parles, Selim ? demanda Alphonse d'une voix calme mais tendue. Qu'est-ce que tu cherches à faire ?"

L'homonculus sourit tranquillement : "Je pense que c'est assez évident : vous punir, tous ici présent.

- Mais nous punir de quoi, Selim ? s'exclama Edward, d'une voix qui enfla peu à peu en un hurlement. On vous a empêchés de tous nous tuer et on t'a épargné. On a ramené ton corps à ta mère alors qu'on aurait dû te laisser mourir. On aurait dû te laisser aux mains de l'armée qui n'aurait pas hésiter à t'écraser sous une botte. On aurait dû...

- Vous auriez dû me tuer, confirma Selim. Mais vous m'avez bien laissé aux mains des militaires. Et probablement du pire."

L'homonculus lança un regard assassin à Mustang qui soutint son regard calmement : "N'essaie pas de nous faire croire que sans cela, tu n'aurais jamais cherché à te venger. C'est ridicule

- Vous nous avez rendus prisonniers sous notre propre toit. Incapables de sortir, incapables de rencontrer d'autres personnes.

- Si c'était réellement le motif de ta colère, alors tu laisserais partir les frères Elric, fit froidement remarquer Mustang. Ni eux, ni elle n'ont rien à voir avec tout cela. Le seul coupable ici, c'est moi."

Selim laissa échapper un petit rire : "N'imaginez pas que je ne vois pas ce que vous essayez de faire, Flame alchemist. Mais eux sont tout aussi coupables que vous.

- De quoi ? d'avoir repris le cours de leur vie ? Ils ne sont pas responsables de mon élection et n'ont pas pris ces décisions avec moi.

- Mais ils m'empêcheront de vous punir à hauteur de ce que vous méritez.

- Ils auraient pu repartir et oublier, après que tu le leur aies ordonné. Et tu as quand même choisi de faire venir Winry pour te venger. Sois un minimum honnête envers toi-même et admets que tu n'essaies pas d'obtenir réparation du tort que je vous ai causé à ta mère et toi. Tu veux uniquement te venger de notre victoire le jour du Jour Promis."

Un éclair de colère brilla un instant au fond des yeux de l'homonculus avant qu'il ne reprenne une expression lisse et impassible, déplacée pour un enfant de cet âge : "C'est possible. Je veux me venger et vous allez assister à tout cela."

C'était probablement la raison pour laquelle il n'avait pas tenté de les placer sous son contrôle : Hakuro et Winry ressemblaient à deux poupées sans vie entre ses mains mais Selim voulait que les frères Elric, Hawkeye et lui assistent à tout cela, impuissants. Comme ils avaient assisté sans pouvoir bouger à la mort de Gabrielle. Roy inspira calmement.

"Assister à quoi ? ta transformation en homonculus ? Et que penses-tu qu'il se passera après, Selim ?

- S'il arrive quoi que ce soit à Winry, je te détruirai de mes propres mains, gronda Edward.

- Tu peux redevenir un homonculus. Mais cela ne changera rien au fait que tu seras toujours dans la même salle que nous quatre, ajouta Mustang. D'une façon ou d'une autre, cela se finira mal pour toi."

Un sourire amusé vint étirer les lèvres de Selim : "Mais je ne compte pas redevenir un homonculus. Du moins pas tout de suite. Cette petite fiole est destinée à Winry."

Le cœur de Mustang loupa un battement : il comptait lui inoculer la pierre ?

Edward resta un instant sans voix avant d'exploser en menaces : "Approche-toi seulement d'elle et je détruirai...

- Pas de ça avec moi, Fullmetal. Tu vas rester à ta place et te taire."

L'ordre sembla clouer Edward sur place, incapable de d'émettre le moindre son. Il semblait lutter : ses yeux trahissaient la colère, la panique et l'obstination, qui se déchaînaient en lui. Une tempête qui obscurcissait ses yeux. Mais son corps restait immobile aussi détendu que s'il attendait un train sur le quai de la gare. Ce plan était répugnant.

Mustang lança un regard de panique vers Hawkeye : ils devaient faire quelque chose. Tous étaient paralysés mais ils ne pouvaient pas assister sans rien faire à la tentative de transformation de la jeune fille. Ils avaient discuté avec Ling Yao, lu les rapports concernant Bradley et le nombre de candidats morts avant lui. Winry avait au mieux une chance sur quinze d'y survivre. Sans compter la fatigue et la faim qu'ils devinaient sur ses traits.

"Et qu'as-tu prévu pour nous ? demanda Hawkeye, qui essayait de gagner du temps."

Mustang se força à inspirer et expirer lentement, ralentir ses pensées qui fusaient à toute vitesse dans sa tête. Ils étaient quatre dans la pièce, proprement alignés dans un arc de cercle, avec Selim pour centre et Winry reléguée au fond de la salle, depuis la transmutation de Marcoh. Edward était à présent hors-jeu mais son frère, Hawkeye et lui pouvaient toujours agir. Dès qu'ils commenceraient à bouger, Hakuro, à la droite d'Alphonse, s'en prendrait sûrement à eux mais Hawkeye s'en chargerait. Quant à Marcoh, celui-ci était toujours recroquevillé dans un coin et ne serait sans doute pas en mesure de les combattre. Non, le problème principal restait Winry : au moindre geste, elle appuierait sur la détente.

"Ne vous inquiétez pas, colonel. Votre tour viendra bien assez vite. Par moi ou par tous ces gens qui voudront votre tête sur un piquet demain.

- Alors c'était vous, les articles ? continua Hawkeye."

Selim allait nécessairement lui ordonner de s'approcher ou bien la rejoindre lui-même. Allait-elle les lâcher du regard ne serait-ce qu'une fraction de seconde à ce moment-là ? L'homonculus était beaucoup trop petit pour espérer qu'il masque l'un d'entre eux, ne serait-ce qu'Alphonse, et leur donne le temps de tenter quelque chose. Mustang jura intérieurement. Il y avait beaucoup trop de variables, beaucoup trop de risques que la mécanicienne n'appuie sur la gâchette. La seule chose dont il était certain était qu'à partir du moment où Selim lui inoculerait la pierre, la jeune fille ne serait plus en mesure d'exécuter son ordre. Et il ne pouvait pas attendre jusque-là.

"Pas tous, admit Selim. Hakuro était déjà bien avancé, mais j'admets lui avoir soufflé l'idée du dernier. J'ai hâte de voir la réaction de tous ces gens lorsqu'ils découvriront que leur gouvernement a tenté de les sacrifier et que le président qu'ils ont élu a étouffé l'affaire.

- Il ne se passera rien. On nous a alerté et nous avons envoyé des hommes empêcher la parution de l'article."

Hawkeye se chargerait de Hakuro, dès qu'il donnerait le signal. Marcoh était hors course. Mais que faire concernant Winry ? Encore et encore, son esprit revenait sur cette équation sans réussir à la résoudre : ils ne pouvaient pas bouger tant que Selim n'injecterait pas la pierre à la jeune fille et ils ne pouvaient pas attendre que ce liquide rouge lui soit inoculé. Le problème semblait insolvable.

Alphonse ne cessait de lui jeter des regards paniqués que Mustang s'efforçait d'ignorer. Il devait trouver une solution. Il ne pouvait pas laisser une autre personne mourir devant ses yeux sans rien faire. Trois génies de l'alchimie réunis dans la même salle, aux côtés de la femme la plus intelligente qu'il connaisse. Ils allaient forcément trouver une solution. Tout ce dont ils avaient besoin était du temps et de la concentration.

"Et vous pensez avoir réussi ? demanda Selim d'un ton narquois.

- J'imagine que nous verrons cela demain, rétorqua Hawkeye d'une voix faussement calme. Est-ce que c'est là ton plan ? Miner le travail du gouvernement et attendre que la foule nous lynche ?"

Ses paumes étaient moites de transpiration et malgré tout son expérience, Mustang ne parvenait pas à calmer son cœur ou son esprit. Son cerveau réfléchissait à toute allure. Les pensées fusaient de manière incohérente dans son esprit mais aucune ne lui permettait de trouver une solution à ce problème.

"Assez discuté, déclara Selim, faisant étinceler la fiole de liquide rouge à la lueur des lampes. Vous avez gagné suffisamment de temps mais vous ne pouvez plus rien contre moi. Winry, avance-toi vers moi."

Avec horreur, Mustang vit la jeune fille s'exécuter et s'avancer vers Selim, les yeux toujours rivés sur cette ligne de spectateurs paralysés. Le temps sembla s'étirer entre chacun de ses pas et Roy ferma brièvement les yeux, priant intérieurement pour que n'importe qui, n'importe quoi ne vienne interrompre cette marche funèbre. Ils ne pouvaient pas regarder Winry mourir mais la main qui tenait l'arme contre la tempe de la jeune fille serrait résolument la crosse. Et puis, pendant une fraction de seconde, la douleur tordit ses traits.

"Edward ?"

Un bref instant, c'est tout ce qui leur fallait.

Un bref instant, la jeune fille s'était arrêtée et avait appelé le Fullmetal d'une voix éraillée.

C'était tout ce dont ils avaient besoin. A côté de lui, Hawkeye attrapa l'arme de secours glissée dans sa botte et tira sur Hakuro. La balle l'atteignit au front. Sans attendre de voir le corps du général s'effondrer à terre, elle fit feu en direction de l'homonculus. De son côté, Mustang avait dégainé son briquet et l'instant d'après, un mur de flammes jaillissait en direction de Selim, tandis qu'une main de béton gigantesque, l'œuvre d'Alphonse, se refermait sur l'enfant.

Un bref instant qui suffit à faire basculer la situation du mauvais côté.

Mustang vit avec horreur ses flammes ricocher sur le béton et repartir en direction du mur opposé, des tuyaux de gaz qui le parcouraient. Il avait vaguement conscience du Fullmetal qui s'était précipité vers Winry. De Selim qui avait lancé la fiole sur la jeune fille. Du cri d'Alphonse lorsque la gerbe de feu traversa la salle.

L'instant d'après, le monde s'effondrait sur eux.

A suivre...


Alala, la mort de Panaya n'était absolument pas prévue mais après avoir écrit le début du chapitre, ça m'est apparu comme une évidence (ne serait-ce que pour des raisons pratico-pratiques : trop de monde à contrôler dans ce tunnel, pour Selim. Le plus simple reste encore d'en éliminer). En tout cas, j'ai beaucoup aimé l'écrire et j'espère que vous avez aimé cet OC.

Sinon, oui, les choses empirent encore pour Mustang et les frères Elric. Mais que puis-je dire ? J'aime les faire souffrir...

N'hésitez pas à me laisser une petite review et bon mois d'août ! :)