Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers :

- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.

- Le titre de ce chapitre vient du roman de Patricia Cornwell

Mon petit blabla avant de commencer : Désolée d'avoir loupé une semaine de publication mais un des développements de personnage me tracassait et j'ai du d'abord le résoudre avant de commencer à publier cet arc 4 "Sans feu ni lieu". On se rapproche doucement de la fin et mon dieu, je ne pensais pas être capable d'arriver jusque là ! A une époque, je pensais couper l'oeuvre en 2 et arrêter la première partie au chapitre 23. Je ne l'ai pas fait mais je me rends compte petit à petit que ça fait une fanfic assez volumineuse. Donc il aurait peut-être mieux vallu ^^; En tout cas, merci à Musing-and-Music pour sa review qui fait toujours plaisir (pourquoi ? parce que j'aime faire souffrir mes personnages. Dans toutes mes fic, tu t'en es rendue compte). Petit warning encore une fois : des personnages vont mourir ou être blessés dans ce chapitre. En principe ce n'est pas trop gore mais on y parle de sang et brièvement d'os.

Précédemment dans La Pièce Vide : Remington découvre trop tard qu'il ne pourra pas empêcher la parution de l'article dévoilant l'existence du cercle. De leur côté, Panaya et les frères Elric arrivent trop tard : Selim a capturé Mustang et Hawkeye, en se servant de Winry comme otage, les a emmenés dans une salle souterrain et a obligé Marcoh à créer une pierre. Hakuro tue Panaya devant leur yeux, avant que Selim ne menace de transformer Winry en homonculus. Celle-ci parvient à se défaire brièvement de son emprise, permettant à Mustang et Alphonse d'intervenir. Mais leurs actions non coordonnées conduisent à faire exploser les tuyaux de gaz qui parcourent la salle souterraine...


Et il ne restera que poussière

Le cri de Winry les avait pris par surprise. Tous. Et cette surprise avait permis au Fullmetal de se défaire de son emprise, au dernier moment, alors que la jeune fille n'était plus qu'à un mètre de lui, voire moins.

Edward s'élança pour s'interposer mais c'était déjà trop tard. Selim jeta le contenu de la fiole sur Winry. Au même moment, une gigantesque main de béton se formait au-dessus de sa tête pour se refermer sur lui. L'instant d'après, un mur de flamme les heurtait.

Le béton se fendit sous le choc mais redirigea les flammes vers le mur opposé. Au moment où le feu atteignit les tuyaux qui parcouraient la salle, le monde s'effondra dans une explosion assourdissante.

L'onde de choc projeta Selim en arrière. Il atterrit durement sur le dos, incapable de reprendre sa respiration un instant. Des blocs de béton avaient commencé à se détacher du plafond pour les ensevelir. Il devait partir de là.

Tant bien que mal, l'homonculus se remit sur pied, ignora la protestation de sa jambe. Quelqu'un dans la pièce hurlait à s'en déchirer les cordes vocales mais l'épaisse fumée noire l'empêchait de distinguer qui. A tâtons, il trouva l'un des murs de la salle et se déplaça le long, espérant trouver une sortie. Il trébucha sur un corps et manqua de ne pas le reconnaître.

"Marcoh ?"

Miraculeusement, le docteur était toujours en vie, recroquevillé contre la paroi.

"Lève-toi et suis-moi."

La poussière le faisait tousser et il parvint à peine à donner l'ordre, mais, au bord de l'inconscience, Marcoh se releva néanmoins. L'hommonculus avait mal mais ce n'était qu'une douleur en arrière-plan que l'adrénaline émoussait. Avec détachement, il constata sa claudication et se fit la réflexion que si Marcoh allait devoir le soigner, il allait d'abord falloir le nourrir un peu plus qu'il ne l'avait été dernièrement, c'est-à-dire pas du tout. Mais avant, cela, il fallait sortir de là.

Se faufilant parmi les débris, ils trouvèrent finalement l'entrée d'un tunnel et s'y engouffrèrent aussi vite que leurs corps épuisés et affamés le leur permettait. Le souterrain n'avait pas l'air très stable et ils accélérèrent pour finalement déboucher sur le passage construit par l'armée. Malgré le chaos derrière eux, ce tunnel avait encore l'air solide.

Selim se dirigea vers la maison : d'abord trouver des sacrifices et ensuite se soigner. Ensuite, le docteur devrait créer pour lui une nouvelle pierre.


Un bloc de béton le heurta, à l'épaule, et le projeta à terre mais une main l'agrippa et le força à se remettre sur pied.

"On doit partir !" cria Hawkeye.

L'instant d'après, Roy l'attirait vers lui et un énorme rocher manquait de peu de fracasser le crâne de Riza.

"Les frères Elric !

- La salle est en train de s'effondrer sur nous.

- On ne peut pas les laisser", s'opposa Mustang.

Quelque part, quelqu'un criait de souffrance et ce hurlement presque inhumain lui donnait la chair de poule.

"On doit les aider.

- On ne peut pas les aider si on meurt !"

Sans ménagement, Hawkeye le poussa devant elle : "Il y avait une sortie par-là."

Mustang n'y voyait rien - la fumée sombre obscurcissait sa vue et lui piquait les yeux - mais il se contenta d'obéir et courut vers la sortie, se faufilant tant bien que mal entre les décombres. Hawkeye le talonnait de près mais il ne distinguait personne d'autre dans la salle. Des pans entiers de murs cédaient dans un fracas assourdissant. S'ils ne sortaient pas maintenant, ils finiraient emmurés vivants dans cette pièce. Mustang finit néanmoins par apercevoir une porte et s'y précipita. Ce n'était pas le chemin par lequel ils étaient arrivés et Roy ne savait pas où il les conduirait mais peu importe. Il parcourut autant de distance que possible, avant de s'apercevoir que Hawkeye ne le suivait plus : la jeune femme s'était arrêtée quelques mètres derrière lui, hors d'haleine.

"Vous devez continuer. On ne peut pas s'arrêter, insista Mustang, en revenant sur ses pas."

Lui-même pouvait à peine poursuivre mais avec l'effondrement de la salle, le tunnel risquait également de les ensevelir vivants et Mustang n'avait aucune envie de tester sa solidité. Il ne pouvait se permettre de la perdre dans ce dédale, de risquer qu'elle ne soit blessée ou pire.

"Passez devant moi, lui ordonna Roy, le souffle court, tandis que Hawkeye se remettait sur pied avec difficulté"

Ils se remirent en route tant bien que mal. Une douleur irradiait de son épaule gauche et à en juger par la façon dont Hawkeye se tenait, son colonel avait été blessée dans l'opération. Ils continuèrent néanmoins, leurs cœurs tambourinant à tout va, jusqu'à ne plus ressentir aucune autre secousse, aucune autre explosion. Plus de cris, plus le fracas assourdissant de l'effondrement. Une partie de Mustang espérait que les cris n'étaient pas ceux d'un des deux frères mais l'autre partie de son esprit était concentrée sur le fait de respirer. Sa condition physique était déplorable.

Au bout de ce qui lui sembla être une éternité, ils débouchèrent dans un conduit d'égout. L'odeur était écœurante et parmi les clapotis de l'eau, ils entendaient le couinement de quelques rats.

"Ici, indiqua Roy, en pointant une échelle qui menait à la surface."

Son épaule gauche lui faisait un mal de chien et essayer de l'utiliser semblait être une terrible idée. Roy se débrouilla néanmoins pour grimper les barreaux et poussa la lourde plaque, pour enfin remonter à l'air libre. Le soleil venait de se coucher et le ciel était encore strié de nuages ensanglantés. Mustang inspira goulûment l'air frais. Plus de poussières et définitivement plus de plafond près à s'écraser sur eux. Avec une grimace de douleur, il aida Hawkeye à émerger. Ils étaient au beau milieu d'un quartier résidentiel et faisaient on-ne-peut-plus tâche. Deux anomalies, avec leurs uniformes couverts de poussière et de sang.

Roy essuya la sueur qui dégoulinait le long de sa joue, pour finalement découvrir qu'il s'agissait de sang. Quand s'était-il blessé au visage ?

Avec son efficacité redoutable, Hawkeye identifia une maison vide et cassa le carreau de la porte arrière sans état d'âme. Par habitude, ils firent rapidement le tour des lieux mais rien n'indiquait qu'ils risquaient d'être dérangés prochainement : les habitants étaient probablement absents depuis un moment à en juger par le tas de courrier qui jonchait l'entrée. Ils s'affalèrent d'un même mouvement sur des tabourets, dans la cuisine.

"Vous êtes blessée", indiqua Mustang à Hawkeye.

Celle-ci fronça les sourcils et commença à s'inspecter.

"La tempe. Une éraflure, lui indiqua-t-il.

- Vous avez beaucoup plus qu'une éraflure. Retirez votre chemise."

Sans chercher à protester, Mustang s'exécuta. Ils n'avaient pas de temps perdre en discussions futiles : d'abord vérifier la situation physique de chaque membre de l'équipe, se soigner si cela était possible puis repartir terminer la mission. Tant qu'ils n'avaient pas le cadavre de Selim devant les yeux, celle-ci n'était pas terminée. Et il fallait porter secours à la personne qui hurlait. Un frisson parcourut le dos de Mustang à la simple évocation ce cri.

Il essaya de se concentrer sa chemise, beaucoup plus difficile à retirer avec une seule main mobile, et Hawkeye dut lui apporter son aide, avant de reculer d'un pas.

"Ça m'a l'air déboîté.

- Mieux que cassé."

Ce n'était pas la première fois qu'ils étaient amenés à se soigner l'un l'autre. La guerre d'Ishbal et puis les missions dans l'Est les avaient parfois conduits au milieu de nulle part, sans accès à aucune aide médicale. Avec le temps, tous les soldats apprenaient les gestes de premiers secours par-ci par-là. Ou alors, ils mourraient avant.

"La remettre en place risque de faire mal.

- Mieux vaut maintenant que plus tard, déclara Mustang d'un ton laconique.

- Allongez-vous sur la table."

Avec une grimace, Mustang s'y hissa tant bien que mal, frissonnant sur le bois vernis.

"Prêt ? demanda Riza, une main sur son épaule, l'autre fermement refermée au-dessus de son coude."

Il pensait l'être et acquiesça résolument. Mais l'éclair de douleur lui arracha un grognement et après avoir entendu le craquement sinistre, il perdit connaissance.


Des coups à la porte le tirent instantanément du sommeil.

Des coups à la porte, des voix paniquées et des bruits de pas précipités. La symphonie d'une catastrophe que Mustang avait apprise à Ishbal. Il se redressa d'un coup, ignorant ses muscles qui protestaient, et se glissa à terre, en position accroupie. La pièce était plongée dans le noir et il lui fallut un instant avant de se souvenir de l'endroit où il se trouvait.

Selim, le corps sans vie de Gabrielle et l'explosion.

"Colonel ? appela-t-il doucement.

- Je suis là."

Hawkeye s'était redressée, arme au poing, et se dirigeait déjà vers le séjour.

Mustang avait dû perdre connaissance lorsque le colonel lui avait remis l'épaule en place. Elle lui avait immobilisé le bras gauche, dans une écharpe de fortune, et avait dû le laisser allongé sur la table. Ce n'était pas le moment de perdre du temps, songea-t-il avec amertume. Quelqu'un hurlait dans le souterrain lorsqu'ils l'avaient quitté.

Il passa sa chemise et sa veste d'uniforme comme il le put, puis attrapa son briquet et suivit Riza. Celle-ci écarta légèrement le rideau de la fenêtre du séjour pour inspecter l'extérieur.

"Les habitants du quartier s'agitent. Ils font du porte à porte, vérifient chaque maison.

- Incendie ?"

Si Mustang avait fait exploser des conduites de gaz souterraines, qui sait comment l'événement s'était répercuté à la surface ? Il s'approcha à son tour de la vitre. Les habitants du quartier courraient, affolés, mais aucune flamme n'était visible. Une bonne chose.

"Que faisons-nous maintenant ?"

Mustang passa une main sur son visage et y découvrit un pansement. Hawkeye avait dû soigner sa coupure pendant qu'il était inconscient.

Il grimaça : "Il faut qu'on retrouve Selim, qu'on voit si d'autres victimes sont encore en bas.

- Est-ce qu'ils peuvent encore être en vie ? hésita Hawkeye. Entre l'effondrement et le gaz...

- Je ne sais pas. S'ils ne sont pas morts de l'effondrement, peut-être. Mais on va devoir redescendre à un moment. Pour récupérer les corps et voir si celui de Selim en fait partie"

Hawkeye échangea un regard sombre avec lui. Avec un peu de chance, l'enfant serait toujours en bas et l'explosion aurait fait le travail pour eux.

"Peut-on y redescendre maintenant ?

- Non, il faut d'abord couper le gaz avant de descendre et laisser le butane se dissiper, sans quoi on va juste mourir par asphyxie.

- Et vous ne pouvez rien faire d'un point de vue alchimie ? Accélérer la chose ?"

La question si naïve arracha un sourire à Mustang : "Le butane se neutralise avec l'oxygène. Il en faudrait des quantités énormes et cela ne laisserait que du dioxyde de carbone. ça reviendrait à tuer tous ceux qui se trouvent en bas.

- Risques d'effondrement ? demanda Hawkeye en hochant la tête.

- Je peux stabiliser le site si j'arrive à m'approcher suffisamment.

- Alors on profite de la cohue pour rentrer dans le local technique, couper le gaz et redescendre ?

- Deux possibilités, acquiesça Mustang. Un, Selim est toujours en bas et il faudra qu'on soit prêts à lui faire face. On tire à vue cette fois, colonel. On ne peut pas le laisser placer un autre ordre sur une des victimes. Deuxième éventualité, Selim n'est plus en bas. Il faudra alors remonter les éventuelles victimes et ensuite se mettre à sa poursuite.

- Et si on ne trouve aucun survivant ?"

S'ils ne trouvaient personne à sauver, alors en tout logique, ils devraient abandonner les corps sur place, laisser les secours s'en occuper et se mettre à la poursuite de Selim, car personne d'autre ne s'en se chargerait de cette tâche-là pour eux. C'était ce que leur dictait le protocole, la raison et Mustang le savait. Son regard intransigeant planté dans ses yeux, Hawkeye tenait juste à le lui rappeler : Gabrielle était morte mais eux avaient toujours le devoir de protéger les vivants.

Roy hocha la tête sans un mot, puis tourna les talons en direction de la cuisine. Il devait se rhabiller, dissimuler un peu mieux les traces de sangs et la poussière qui le maculait et il entendit Hawkeye se diriger vers l'entrée.

"Nous ne sommes pas très loin de la maison des Bradley", indiqua-t-elle en lui montrant l'adresse inscrite sur une des enveloppes.

Une bonne chose pour eux.

L'air frais leur fouetta le visage lorsqu'ils ressortirent. Ils n'avaient pas passé tant de temps à l'intérieur mais les rues étaient redevenues calmes. Plus aucun voisin paniqué, la plupart des maisons semblaient vides : si une alerte à la fuite de gaz avait été lancée, les habitants s'étaient probablement rassemblés au point de sécurité.

Mustang et Hawkeye se dirigèrent vers la bouche d'égout d'où ils avaient émergé : le plus simple restait encore de retracer leurs pas en sens inverse. Ils ne gagneraient pas grand-chose à retourner chez les Bradley.

Riza tira non sans peine la plaque sur le côté. Une odeur d'humidité et de décomposition les accueillit et ils grimaçaient en chœur lorsqu'un immense éclair fendit le ciel sombre. Un éclair qui loin de disparaître continua à éclairer la nuit.

La bouche de Mustang s'assécha : "Une transmutation."

Avant qu'il ne puisse s'en empêcher, il se mit à courir en direction de la source de lumière.


Smith n'allait pas déserter son équipe. Il n'allait pas se planquer dans un trou en attendant que Panaya daigne le retrouver et lui donner des explications. Il était un soldat et s'il y avait un problème - Smith avait été contraint de se rendre à l'évidence - il irait en discuter directement avec son chef d'équipe. Ils trouveraient une solution tous ensemble car contrairement à ce que cette satanée Gabrielle semblait penser : ils n'étaient pas que des individus surentraînés. Ils faisaient partie d'une équipe et l'équipe passait avant tout.

"Est-ce que vous pensez que c'est une bonne idée ? Votre coéquipière nous a dit de...

- Il est trop tard pour faire demi-tour, Broche, coupa sèchement Smith. Et puis vous n'allez pas laisser Ross seule ici ?

- Non mais ce n'est pas ce que Panaya...

- Au diable, Panaya."

Plutôt que d'essayer de leur expliquer, de trouver une solution ensemble, sa coéquipière avait préféré déserter. Smith était furieux contre elle, sans savoir si cette colère était bien la sienne ou celle créée par son esprit confus, et le fait de ne pas pouvoir croire dans son propre jugement l'enrageait d'autant plus.

Il ouvrit la porte d'un geste brusque. L'équipe était toujours dans l'appartement, dormant pour certains, écoutant attentivement les dernières informations à la radio pour les autres. Breda leva la tête d'un air interrogateur à son approche : "Vous êtes partis longtemps. Que s'est-il passé ?

- On est tombés sur une grosse surprise. Je pense qu'il vaudrait mieux que tout le monde soit là, boss."

Son chef d'équipe leva un sourcil mais se contenta d'éteindre le poste de radio et appeler Colt et Ross. Dans un coin de la pièce, Breguet leva les yeux d'une feuille de papier qu'il s'efforçait de noircir.

"Smith ? Pas de nourriture ? demanda Colt d'un ton étonné en l'apercevant.

- Il s'est passé quelque chose, grogna-t-il."

Après leur rencontre avec Panaya, leur mission de ravitaillement lui semblait lointaine et franchement insignifiante.

"Deux rencontres inattendues, reprit Smith. En premier, un des hommes qui poursuivait Arthur.

- Tu l'as croisé dans la rue ?

- Une chance énorme, acquiesça le soldat. On se dirigeait vers une zone commerçante lorsqu'on l'a aperçu. Lui n'a pas semblé nous remarquer mais je l'ai reconnu tout de suite."

Breda hocha la tête : parmi les membres de l'équipe, Smith avait la meilleure mémoire des visages.

"Vous l'avez suivi ?

- Oui, il semblait fureter dans le coin, sans avoir de destination ou de cible précise. Mais il nous a permis de faire notre deuxième rencontre surprise : Panaya.

- Panaya ? s'exclama Colt."

Smith ne lui répondit pas : il observait Breda qui affichait simplement une expression étonnée.

"Qu'est-ce qu'elle fait ? demanda le chef d'équipe. Pourquoi est-ce qu'elle ne nous a toujours pas rejoints ?

- Parce que tu as ordonné sa capture, répondit calmement Smith. Suite à sa désertion.

- Pardon ?"

Cette fois ce fut Maria Ross qui laissa échapper une exclamation de surprise. Mais Smith garda les yeux rivés sur son supérieur hiérarchique.

Une étrange expression, un peu lointaine, un peu distante, avait pris place sur son visage. Des nuages semblaient avoir obscurci momentanément le regard de Breda. Mais après, un long moment, il acquiesça.

"C'est vrai. Tu n'as pas pu la capturer ?

- Attendez, de quoi parle-t-on ici ? s'écria Ross. Depuis quand Panaya a-t-elle déserté ?

- Je n'en ai pas la moindre idée, admit Smith. Mais tu dois le savoir, boss, puisque tu nous as donné l'ordre de la capturer. Ou de la tuer si nécessaire.

- La tuer ? Mais qu'est-ce que... Broche, qu'est-ce qui se passe ?"

Mais personne dans la pièce, et encore moins Broche, ne semblait être capable de répondre. Colt, Breguet et Breda se contentaient de regarder dans le vague. Ce n'était même pas de la confusion que Smith lisait sur leurs visages, mais une sorte d'absence.

"Cela fait presque deux jours que nous parlons d'attendre Panaya, que vous vous inquiétez de ce qui a pu lui arriver, rappela Ross. Et maintenant vous nous dites qu'elle a déserté ? Qu'est-ce que cela signifie, Breda ? Vous nous devez une explication.

- Panaya a déserté peu avant que le président ne nous donne l'ordre de mettre fin à la surveillance des Bradley, fit par expliquer le chef d'équipe. La décision a été prise de ne pas vous tenir révéler cette défection pour ne pas nous inquiéter.

- Pour ne pas nous inquiéter ? répéta Ross, incrédule. Cela n'a aucun sens. Et pour quelle raison a-t-elle déserté les rangs ?

- Je ne peux pas vous le révéler.

- Alors vous laissez une déserteuse se promener dans les rues sans tenter de la retrouver ? pointa Broche. Vous n'avez mis en place aucune mesure pour le retrouver ?

- Bien sûr que si. Nous avons alerté Mustang et mes hommes avaient tous pour ordre de la retrouver et la ramener.

- Quand nous as-tu donné cet ordre, boss ? Avant ou après nous avons donné pour consigne de ne pas sortir tant qu'aucune stratégie pour trouver la Faction n'était prête ?"

Ses souvenirs n'avaient aucun sens et Smith n'était même plus certain de ceux sur lesquels ils pouvaient encore compter : Breda leur avait-il réellement ordonné de rester à l'intérieur, si ce n'est pour le ravitaillement ? Mais son supérieur restait silencieux, le regard comme tourné vers lui-même, perdu dans ses pensées.

"Une seconde auparavant, vous sembliez vous inquiéter pour elle, reprit Ross. "Que fait-elle ? Pourquoi est-ce qu'elle ne nous a pas encore rejoint ?". Vous avez posé cette question à l'instant à Smith et Broche, alors donnez-nous une explication. Quand cet ordre a-t-il été donné ?

- Je ne peux pas vous le révéler."

La réponse avait jailli de façon presque automatique et déclencha un regard scandalisé chez Ross. Smith observa un à un chacun de ses coéquipiers mais à l'instar de Breda, Colt et Breguet semblaient être pris dans la pierre. Comme s'ils étaient incapables de répondre.

"Panaya n'était pas seule : elle avait les deux frères Elric avec elle et tous les trois m'ont dit des choses intéressantes, au sujet de Selim."

La phrase sembla réveiller Breda : "Vous avez discuté de l'enfant ?

- D'après Panaya et les frères Elric, Selim Bradley a toujours des pouvoirs. Il ne manipule plus les ombres, mais les esprits.

- C'est une blague ? s'exclama Colt. Les fantômes ?

- Pas les fantômes, répliqua Smith avec agacement. L'esprit des gens. Il manipule notre mémoire, nos souvenirs. C'est pour ça que tout est aussi incohérent.

- De quoi est-ce que tu parles, Smith ?

- Réfléchissez-y : est-ce que l'un d'entre nous sait précisément quand Panaya a déserté ou la dernière fois qu'on l'a vue ? Est-ce que si l'un d'entre nous ne venait pas prendre son tour de garde un jour, on conclurait directement à la désertion ? Sans chercher à savoir ce qui s'est passé ?

- Ce qui s'est passé, c'est qu'elle est partie, Smith.

- Quand ? Pour quelle raison ?

- Je..."

Colt semblait chercher ses mots avec difficultés mais au moins, l'expression hagarde qu'elle arborait auparavant avant disparu : Smith voyait de nouveau sa coéquipière en pleine possession de ses moyens, en train de chercher des réponses qu'elle n'avait pas non plus.

"Breda ? Breguet ? des réponses ?"

Mais les deux hommes semblaient également décontenancés par ses questions et à court d'explication.

"Pourquoi est-ce que Breda, tu nous as donné à la fois l'ordre de retrouver Panaya mais également de rester ici ?

- Mustang a donné l'ordre, répondit le chef d'équipe.

- Mais Mustang sait que nous essayons de nous faire les plus discrets possibles. Il nous a donné pour objectif de retrouver la faction. Comment espère-t-il qu'on retrouve les deux à la fois ?

- Attendez, intervint Ross. Qu'a dit Panaya très exactement ? Si Selim peut uniquement vous effacer la mémoire, nous devrions nous attendre à des périodes de blanc dans vos souvenirs mais ce n'est pas ce que nous avons ici.

- Panaya nous a dit que Selim pouvait donner des ordres aux gens et effacer leurs mémoires.

- Donner des ordres aux gens ?

- "Retrouvez Panaya. Si on vous demande pourquoi, dites qu'elle a déserté. Si on vous demande davantage de détails, dites que vous ne pouvez pas répondre, ordre du président", suggéra Broche. ça expliquerait tout.

- Mais comment un mioche pourrait-il nous obliger à obéir à ces ordres ? demanda Colt. ça n'a aucun sens.

- Comment Selim parvenait-il à manipuler les ombres ? rétorqua Smith. Ce n'est pas parce qu'on ne le comprend pas que c'est impossible.

- Car impossible est un mot qui n'existe pas ici-bas, compléta Breda d'un ton sombre."

Smith n'avait pas quitté son chef d'équipe ses yeux. Il avait vu cette expression étrangère être remplacée par de la confusion et de l'étonnement, mais maintenant la détermination brillait à nouveau dans ses yeux. Smith sentit une vague de soulagement déferler en lui : Breda était de retour et prêt à faire la lumière sur toute cette affaire.

"Euh, ce n'est pas la seule chose qu'elle a dite, rappela Broche, gêné. Elle nous a également dit que toute l'équipe Breda était compromise, avant de nous conseiller de ne plus revenir ici et de nous planquer quelque part."

Les questions fusèrent, dans la grande confusion.

"Toute l'équipe est compromise ?

- Comment est-ce qu'elle a pu dire ça ?

- Vous êtes sûrs de ce que vous avez entendu ?"

Mais Breda mit un terme au débat d'une voix ferme : "Peu importe ce que Panaya a dit. Tant qu'on ne comprend pas davantage ce qui se passe, personne ne sort d'ici. La mission concernant la faction est suspendue jusqu'à nouvel ordre. Il faut qu'on comprenne précisément ce qui cloche avec nous."


L'éclair avait indubitablement été généré par une transmutation. Rien d'autre n'aurait pu générer une lumière aussi artificielle, aussi aveuglante. Et le silence surnaturel de la nuit, après autant de panique, ne faisait que renforcer la tension ambiante. Mustang avait un mauvais pressentiment, la certitude au fond de ses tripes que cette transmutation était tout sauf une bonne chose.

Il s'était élancé vers la source de lumière sans même réfléchir et Hawkeye avec lui.

"Marcoh ? demanda-t-elle dans un souffle.

- Soit Alphonse, soit lui et je ne vois pas pourquoi Alphonse aurait eu besoin d'attirer l'attention sur lui comme ça.

- Alors Selim est en train de créer la pierre."

Hawkeye avait dit tout haut ce qu'il hésitait encore à formuler dans sa tête et pour toute réponse, Mustang accéléra. Mais s'ils avaient pu apercevoir l'éclair, cela ne signifiait pas pour autant qu'ils étaient proches de l'alchimiste. Leurs pas les ramenèrent dans le quartier des Bradley. Ils remontaient la rue, vide et silencieuse, lorsque la lumière disparut.

"Merde, jura Mustang."

La transmutation avait pris fin et s'ils ne retrouvaient pas Selim rapidement, celui-ci en profiterait pour disparaître. Ou pire.

Néanmoins, Hawkeye lui fit signe de ralentir : ils se rapprochaient du cercle et ne pouvaient pas se permettre de tomber nez à nez avec l'ancien homonculus, armé de la pierre. Mustang acquiesça et se força à calmer sa respiration, les battements de son cœur. Tout se jouerait dans cette fraction de seconde décisive. Et Mustang était déterminé à ne plus laisser la moindre occasion à Selim de recourir à ses ruses.

Ils continuèrent de progresser méthodiquement entre les maisons, garages et jardins, l'oreille tendue. Mais malgré son calme, Mustang ne put s'empêcher de remarquer que toutes les maisons semblaient affreusement vides mais pas éteintes et silencieuses. Certaines lumières étaient toujours allumées, des portes d'entrées avaient été laissées grande ouvertes, comme si les habitants en étaient sortis précipitamment. Son mauvais pressentiment se confirma lorsqu'ils tournèrent derrière la dernière maison.

La route qu'ils avaient suivie serpentait dans le quartier, desservant maisons et aires de jeu. Elle se terminait sur une grande place circulaire à l'orée du bois. Une place suffisamment grande pour accueillir les habitants du quartier, si besoin.

"Le point de rassemblement, murmura Hawkeye."

Une plaque rouge vissée au goudron indiquait que les habitants étaient censés s'y retrouver, en cas d'incendie, d'attaque ou toute autre urgence. A présent, l'insigne les fixait comme un œil furieux au centre d'un immense cercle de transmutation, tracé à même le sol.

"Il a utilisé tous les habitants du quartier", confirma Mustang d'une voix rauque.

La panique, les habitants sortis de leurs maisons en pleine nuit pour se rassembler au point convenu en cas de danger... Comment avaient-ils pu ne pas comprendre immédiatement que Selim était encore une fois derrière tout cela ? Roy se sentit pris d'un vertige.

"Il est peut-être encore dans les parages.

- Pour faire quoi ? S'il a la pierre, Selim est en mesure de redevenir un homonculus, de la même façon que Ling Yao avait été transformé." Il jeta un regard autour de lui : "Combien de personnes a-t-il utilisées ? On a marché pendant quinze minutes avant d'arriver ici.

- Beaucoup trop. Sous prétexte d'une fuite de gaz, ça n'a pas dû être compliqué. Les habitants ont dû courir prévenir leurs voisins d'eux-mêmes.

- Il n'a même pas dû... Merde, jura soudain Mustang. Les Hugues."

Leur maison était en haut de la rue. Ils étaient passés devant sans trop y réfléchir, l'esprit concentré sur Selim. A nouveau, Mustang se mit à courir, avant de pouvoir réfléchir. Il s'agissait de la veuve de Maes, de sa fille, des personnes qu'il s'était juré de protéger. Leur maison n'était située qu'à quelques centaines de mètres de celle des Bradley. L'horreur et la panique le submergèrent d'un coup.

"Grace !"

Personne ne répondit lorsqu'il poussa la porte, elle aussi ouverte. L'entrée était immaculée, rien ne semblait en désordre et Mustang se précipita à l'étage.

"Grace ! Elysia ! c'est Mustang !"

La panique faisait trembler sa voix bizarrement mais encore une fois personne ne lui répondit. La femme de Maes, sa fille chérie. La maison était vide.

Ses jambes se dérobèrent sous lui lorsque Roy posa les yeux sur le lit défait d'Elysia.

Il avait tenté de la convaincre de partir. Il l'avait appelée, lui avait demandé de partir mais elle avait refusé ce jour-là. Pas sans davantage de détails. Pourquoi n'avait-il pas insisté ?

"Colonel", appela Hawkeye, hors d'haleine, arrivant à son tour dans la chambre.

Elle balaya la pièce du regard à son tour et ferma les yeux.

"Elles ne sont plus là, déclara simplement Roy."

Son cœur tambourinait, menaçait de bondir hors de sa poitrine, et la nausée lui faisait tourner la tête. Sans un mot, Hawkeye posa la main sur son épaule gauche et serra doucement. Elle n'essaya pas de lui dire qu'elles avaient peut-être réussi à s'enfuir, que Selim n'avait peut-être pas utilisé la seule famille qui leur avait tendu la main au cours des deux dernières années, qu'ils ne pouvaient pas être sûrs. La probabilité était trop élevée. Mustang ferma les yeux. Il aurait dû savoir, insister davantage, les forcer à partir sur le champ, même si cela signifiait pour elles d'abandonner les derniers souvenirs de Maes.

Ils savaient que Selim préparait quelque chose. Ils savaient que les risques étaient énormes qu'il ne s'en prenne à elles. Et Mustang n'avait rien fait. Ou en tout cas, rien de suffisant. Il n'avait pas su être là pour ces personnes qu'il s'était juré de protéger. Une promesse faite sur la tombe de Maes, renouvelant celle faite à Ishbal.

C'était trop. Trop en trop peu de temps. D'abord Gabrielle qu'il avait dû regarder mourir sans pouvoir lever le petit doigt. Et maintenant constater qu'il avait failli à sa promesse envers Maes. Roy avait l'impression de se tenir devant un précipice dans lequel il pouvait basculer au moindre mouvement. Mais la pression de Riza sur son épaule se fit plus forte : il ne pouvait pas craquer, pas maintenant. Maladroitement, Mustang posa sa main gauche sur la sienne puis se força à se remettre sur pied.

"Nous avons toujours besoin de descendre, rappela Hawkeye d'un ton grave. Vérifier que personne n'est resté coincé en bas."

Mustang acquiesça. La nuit ne faisait que commencer. Et ils allaient avoir besoin de toute l'aide qu'ils sauraient trouver, s'ils voulaient avoir une chance de rattraper l'avance que Selim avait sur eux.

"Trouver les robinets de gaz, les couper, s'assurer que le butane s'évacue correctement. On réfléchira au reste plus tard."

Hawkeye lui jeta un regard interrogateur.

"Si Selim a eu besoin d'une nouvelle pierre, qu'est-il arrivé à la précédente ? Que compte-t-il faire avec celle-là ?

- Redevenir un homonculus.

- Ling Yao nous a dit que la transformation était douloureuse et incapacitante. Selim n'a pas dû vouloir se transformer ici. Il a dû quitter cette maison pour trouver un lieu sûr dans lequel ingérer la pierre.

- Alors, on a toujours une chance de l'arrêter.

- Mais d'abord, il faut retrouver les frères Elric."

Mustang se releva. Il avait encore des choses à faire. Selim n'avait pas encore gagné. Un feu trop familier s'était rallumé en lui et ravageait maintenant son esprit. Il allait retrouver Selim et le lui faire payer.


Son frère hurlait comme il ne l'avait jamais entendu hurler avant. Un cri à s'en déchirer les cordes vocales et qui lui donnait envie de se boucher les oreilles. Malgré l'instinct qui lui ordonnait de fuir et la fumée qui obscurcissait son champ de vision, Alphonse se précipita aux côtés de son frère.

"Nii-san ! Edward !"

Mais la souffrance était telle que son frère ne pouvait que hurler. Ses mains serraient convulsivement sa tête et son corps s'arc-boutait de douleur. Il était incapable de l'entendre, de le voir et encore moins de lui répondre. Tout autour d'eux, le monde entier s'effondrait, des blocs de béton se détachant des murs et du plafond. Le sol tremblait sous les fracas et seuls les éclats de voix au loin lui rappelèrent qu'Alphonse n'était pas seul dans ce souterrain. Pas seul avec son frère. Il y avait également Winry.

"Winry !"

Les débris qui volaient dans tous les sens, les secousses l'empêchaient de se redresser mais cela n'avait aucune importance : Alphonse ne voyait rien, distinguait à peine ce qu'il y avait devant lui et sans ses hurlements de douleur, il n'aurait jamais retrouvé son frère.

D'abord, retrouver Winry.

"Winry !"

Alphonse évita au dernier moment un rocher qui manqua de lui fracasser le crâne et tomba à genoux dans la poussière.

"Winry."

Elle était devant lui, allongée sous les débris, les yeux grands ouverts et vides. Un pan entier de mur s'était effondré sur elle et la flaque de sang qui s'était formée autour d'elle avait arrêté de s'agrandir. Son esprit tourna à vide un instant. Winry était morte.

L'instant d'après, un bloc de béton l'atteignit de plein fouet et lui écrasa la cage thoracique.

A suivre...


Winry, le soleil de ma vie, ma petite Elysia, je suis trop désolée mais tout faisait partie du plan de Selim pour se venger de Mustang et des frères Elric :'( Promis, l'hécatombe s'arrête ici (pour le moment ;)).

Ce chapitre a donné lieu à plusieurs réécritures difficiles (et j'ai vraiment essayé de trouver une solution stylée pour permettre à Mustang de neutraliser le butane, quitte à réouvrir mes cours de physique-chimie, mais malheureusement, ce n'était pas réaliste) et j'espère qu'il vous a plus. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour vous plaindre, me dire que vous me détestez ou au contraire que vous êtes bien heureux que tous ces personnages soient morts (je sais pas, peut-être qu'il y a des gens tout aussi tordus que moi, parmi vous). A dans deux semaines :)