Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers :

- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.

Mon petit blabla avant de commencer : Bon, j'espère que vous vous êtes remis du chapitre précédent. Promis, l'hécatombe s'arrête et de nouveaux personnages vont se joindre à la fête ! En attendant, merci à Musing-and-Music pour sa review ! J'espère que ce chapitre vous tiendra en haleine :)

Précédemment dans La Pièce Vide : Mustang et Hawkeye s'échappent du souterrain et remontent à la surface. Ils voient l'éclair d'alchimie que produit Marcoh lorsqu'il transforme tout le quartier en pierre philosophale mais n'arrivent pas à temps pour l'arrêter ou attraper Selim. Ils ne peuvent que constater la disparition de Grace et Elysia. De son côté, Alphonse parvient à remonter à la surface en traînant son frère derrière lui mais il est gravement blessé...


Dernier recours

"Dès les premières distributions des journaux, la nouvelle n'a pas tardé à se répandre. Ce n'est pas un mais trois quotidiens qui ont publié l'information : le président Bradley a autrefois cherché à décimer le pays en utilisant un cercle de transmutation géant creusé sous nos pieds. Plutôt que de rendre l'information publique, le président Mustang a tout fait pour dissimuler cette information, allant même jusqu'à ordonner une descente dans les locaux du Centrale News. Mais les journalistes avaient prévu cette action gouvernementale et distribué des copies à d'autres journaux. Face à cet abus de pouvoir honteux, ceux-ci n'ont plus eu le choix. Le Daily News, le Centrale libéré et l'Opposition ont publié cet article, accompagné d'une tribune de protestation..."

Remington coupa la radio, sans un mot.

La nuit dernière avait laissé des marques sur son visage : après la descente dans les locaux du journal, la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre au sein du Quartier Général. Même les militaires n'avaient pas pu rester impassibles, en lisant l'article. Bradley avait tenté de tous les sacrifier, Mustang avait cherché à dissimuler cette information pour éviter que d'autres n'en inspirent.

Des disputes avaient éclaté au cours de la soirée. Certains refusaient d'y croire, soutenant que l'information ne pouvait qu'être fausse ou erronée, que le généralissime n'aurait jamais commis un acte pareil. D'autres avaient frôlé la désertion. Il avait fallu toute la persuasion de Remington pour ramener un semblant d'ordre au sein des rangs. Et au moment où il avait eu le plus besoin de Mustang, de son charisme et sa force de persuasion, celui-ci s'était volatilisé. Depuis douze heures, le président et son assistante avaient disparu. Après une nuit passée à les rechercher, personne ne savait quand ils reviendraient ou même s'ils reviendraient.

Le soldat passa une main fatiguée sur son visage, comme pour tenter de lisser ses traits tirés.

"Je n'arrive pas à croire que Mustang soit parti en laissant la situation telle quelle."

Evans se contenta d'hausser les épaules : Mustang l'avait mise en garde contre Remington et elle n'était plus certaine de savoir comment interagir avec le colonel. Après tout, il était resté dans cette tempête, avait tenté de redressé la barre alors que le président avait disparu sans un mot, les laissant seuls pour gérer la situation. Dans le doute, la jeune femme avait gardé pour elle sa rencontre la veille avec cette femme et ces deux adolescents dans le bureau présidentiel.

"Peut-on le blâmer ?"

Les premières lueurs du soleil éclairaient à peine le ciel mais la situation s'annonçait encore plus chaotique que la veille : une foule scandalisée s'était amassée devant les portes du quartier général, scandant le nom de Mustang. Du bureau de celui-ci, Remington et Evans pouvaient entendre les cris de rage. Et ce n'était qu'une question de temps avant que les protestataires ne décident que clamer leur colère n'était pas suffisant. Pas que les soldats mettraient énormément d'ardeur à les repousser. Remington lui-même semblait assommé, désabusé, incapable de réagir.

"Vous devriez partir, vous aussi, déclara-t-il d'une voix sombre. Vous mettre à l'abri

- Je ne sais pas si vous avez remarqué mais une foule en colère se dresse entre les portes de ce QG et l'extérieur, commenta Audra avec un petit rire nerveux.

- Nous pourrions nous arranger pour vous faire sortir.

- Ce n'est pas le plus urgent répondit-elle en secouant la tête. Vous avez d'autres problèmes, actuellement."

Cette fois, ce fut Remington qui laissa échapper un rire sombre.

"Et j'imagine que vous avez un discours tout prêt pour l'occasion ? Vous souhaiteriez que je descende adresser un beau discours à cette assemblée qui bien sûr, n'attend que de m'écouter ?

- Vous en prendre à moi ne résoudra rien, commenta sèchement Evans."

Remington grimaça mais il n'était pas suffisamment enfoncé dans la mauvaise foi pour pouvoir le nier.

"En l'absence de Mustang, vous devenez le généralissime par intérim...

- Merci de me l'apprendre.

- ... et cela pourrait être une bonne chose que ce soit vous, continua Audra, impassible.

- Vous avez un revirement de loyauté ?"

De sa part, la remarque ne manquait pas d'ironie et la jeune femme dut faire appel à tout son sang-froid pour ne pas réagir.

"L'armée est sur le point de se dissoudre, mais ce n'est pas une fatalité. Vous pouvez encore l'empêcher de s'effondrer.

- De quoi parlez-vous ?

- Les rangs sont aujourd'hui divisés entre ceux qui soutiennent encore Bradley et ceux qui se sentent trahis par le pouvoir, qu'il s'agisse de Mustang ou Bradley. Mustang est partie prenante de l'histoire. Il n'aurait jamais pu calmer les soldats parce qu'une partie lui en veut. Mais ils n'ont rien à vous reprocher à vous. Vous avez été aussi trahis que ces soldats et vous pouvez encore les rassembler."

Le colonel fronça les sourcils, visiblement perdu par le discours qu'elle lui tenait : "Pourquoi me dites-vous tout cela ? Je croyais que vous détestiez l'armée.

- C'est plus compliqué que cela, nuança Audra en secouant la tête. Je ne déteste pas l'armée. Je déteste uniquement le régime autoritaire qui a été mis en place par l'armée. Celui qui, visiblement, avait pour but de tous nous tuer. Sans compter cette façon qu'ont les militaires que tout ne se règle uniquement qu'avec de la violence.

- Qu'est-ce qui vous fait croire que ce n'est pas ce qui va se passer si j'arrive à ramener le calme au sein des rangs ?"

Un sourire désabusé étira les lèvres de la jeune femme.

"C'est précisément ce qui va arriver. Incident de Soapman, 1799, 253 morts. Emeutes de Wellsry 1811, 431 morts... Les militaires ne savent réagir que de cette façon-là. Par la violence, par le sang.

- J'avoue ne pas vous suivre", marmonna Remington en se frottant le front. Et cette remarque traduisait sa fatigue que tout autre geste.

"L'armée va vouloir résoudre la situation par la force, la répression, parce que c'est la seule façon dont elle sait réagir. Mais si vous prenez la tête du gouvernement, j'ai encore une chance de pouvoir vous faire changer d'avis, vous. Mais aucun autre n'acceptera de m'écouter."

Remington abandonna brièvement son air renfrogné pour paraître surpris. Un bref haussement de sourcil, une lueur amusée dans les yeux.

"Qu'est-ce qui vous fait croire cela ?

- Vous êtes toujours en train de me parler, n'est-ce pas ?

- Visiblement."

Néanmoins, il lui fit signe de tête de poursuivre.

"Les protestataires ne vont pas simplement se contenter de protester devant les grilles. Bientôt, des troubles publics vont éclater et si l'armée réagit de la même façon qu'elle réagit toujours, alors la situation va se transformer en bain de sang.

- Peut-être que Mustang a été trop laxiste, trop longtemps ? J'ai essayé de lui dire, de le convaincre d'agir, mais Mustang a laissé la situation dégénérer. Il a...

- Il n'est pas responsable de ce scandale, le coupa Audra. Ishbal, les expérimentations, ce tunnel. Vous savez qu'il n'était pas responsable de tout cela"

Peut-être, mais cela, le colonel n'était pas prêt à l'admettre.

"Cela ne change rien à la situation. Si comme vous le dites, des troubles publics vont éclater, je ne peux pas l'ignorer. L'armée ne peut pas rester sans rien faire.

- Pour autant, est-ce qu'il n'existe pas un juste milieu entre ne rien faire et sortir les armes contre des civils ? répliqua la jeune femme. Vous m'avez dit vous-même que l'armée existait pour servir et protéger."

Elle avait certainement visé juste, puisque le soldat se releva, impatient.

"Pas si la population se retourne contre nous.

- Alors il n'y a aucune compassion possible ? Aucune clémence ? Alors que vous savez pourquoi ces gens protestent à nos portes, pourquoi ils sont en colère ?"

Même s'il le cachait habilement, Remington se sentait tout aussi trahi que le reste des rangs. Evans le lisait dans la raideur de sa posture, dans le tranchant de ses mouvements. Lui aussi avait été trahi, avait manqué d'être sacrifié par le gouvernement Bradley et lui aussi était furieux. Néanmoins, le soldat se contenta de secouer la tête.

"Alors demain, le centre-ville sera rasé ? lui demanda Audra, le cœur battant."

C'était la seule raison pour laquelle la jeune femme était toujours là, la seule raison pour laquelle elle n'avait pas fui dès l'annonce de la disparition du président. Mustang n'était pas parfait, mais il avait tenté de changer les choses, de construire un monde sans toute cette violence et Audra ne pouvait pas y renoncer. Si elle avait la moindre chance de faire changer Remington d'avis sur ce point, alors elle devait essayer.

Après ce qui lui sembla être une éternité, Remington finit par lui répondre d'un ton raide.

"Contrairement à ce à quoi vous pensez, je ne prends aucun plaisir dans la violence. Je crois à la discipline et je ferai ce qui doit être fait. Jamais, je ne serai aussi laxiste que Mustang. Nous voyons où sa politique nous a menés. Mais je n'oublie pas que je me suis enrôlé pour servir et protéger."

Ce n'était pas exactement ce qu'espérait Audra, mais c'était un début.

"Vous continuez à travailler ici ?" demanda Remington.

Et le ton de sa voix laissait croire que le soldat n'y était pas défavorable.

"Si c'est possible", acquiesça la journaliste.

Elle avait rejoint le gouvernement Mustang sur demande insistance de ce dernier et d'Hawkeye. Elle ne pouvait rester que si Remington le lui demandait. Celui-ci secoua la tête.

"Pour ce que ça vaut, je pense que vous auriez dû partir."

Mais avant qu'Audra ne puisse répondre, la porte s'ouvrit brusquement : "Colonel Remington. Les portes ont cédé et la foule est entrée dans le QG. Ils arrivent."


Ils avaient fouillé le souterrain, cherché des indices qui leur permettraient de retrouver les frères Elric mais ceux-ci semblaient s'être volatilisés dans la nature. Alors finalement, Hawkeye et Mustang n'avaient pu que s'écrouler quelques heures dans la maison où ils avaient trouvé refuge précédemment. Et à leur réveil, la situation ne s'était pas du tout améliorée.

"Les manifestants ont réussi à s'introduire dans le bâtiment principal, à la recherche du président. Toutefois, d'après nos sources, le président Mustang ne s'y trouvait pas et après s'en être rendue compte, la foule n'a pas tardé à être évacuée par les troupes. Aucun blessé n'est à déplorer pour le moment. Néanmoins, la foule en colère s'est répandue dans les rues, toujours à la recherche du président. Une gigantesque chasse à l'homme se déroule en ce moment même dans les rues de Centrale, détruisant sur son passage statues, bâtiments et symboles du gouvernement. Le président Mustang est devenu en l'espace d'une nuit l'homme le plus recherché de la capitale, et nul doute que si la nouvelle se répand, il deviendra l'homme le plus recherché de tout le pays."

Hawkeye coupa la radio, le visage livide : "Remington n'a pas réussi.

- Si le Centrale News et la Faction avaient préparé leur coup, il ne pouvait pas réussir. S'il fait partie de la Faction…", murmura Mustang.

C'était un cauchemar. Cela ne pouvait être qu'un cauchemar. Et il n'avait pas le temps de s'en occuper. Roy jura.

"On ne peut pas s'occuper de cette situation. Remington doit prendre la main. Ou Armstrong, ou Grumman, peu importe. On doit se concentrer sur Selim."

Car personne ne s'occuperait de cette situation pour eux.

Hawkeye acquiesça d'un hochement de tête

"Il faut qu'on les contacte. Au moins leur laisser un message, on ne peut pas disparaître comme ça, fit-elle remarquer.

- Un coup de fil, acquiesça Mustang."

S'ils échouaient dans leur tâche, les deux Armstrong et Scar pourraient se mettre à la poursuite de Selim. Mais pour cela, ils devaient être au courant. En deux enjambées, Mustang se retrouva devant le téléphone, la main sur le combiné mais il soupira.

"Hakuro... Je ne sais pas de combien d'hommes dispose Hakuro mais la faction pourrait écouter et nous localiser. Une fois que nous les aurons prévenus, nous ne pourrons pas rester ici très longtemps." Il coula un regard dans sa direction : "On ne peut pas sortir dans cet état."

Après la nuit qu'ils avaient passé, Hawkeye était couverte de poussière, de sueur, et des tâches de sang mouchetaient le coin de sa mâchoire et son cou - celui de Gabrielle. Roy ne devait pas être beaucoup plus présentable. Avec toute la foule à leur recherche, ils ne pourraient pas faire trois pas dans la rue sans être reconnus et surtout pas avec leurs uniformes tâchés de sang.

"Je vais vois si je peux trouver des vêtements de rechange, indiqua Hawkeye. Il faudra faire un tour dans la salle de bain"

Sans attendre davantage, la jeune femme tourna les talons, laissant Mustang seul, face au téléphone.

Joindre Olivia Armstrong ne fut pas difficile. Lui expliquer la situation en revanche était autre chose.

"Vous avez un sacré culot, Mustang. Vous saccagez le pays et vous me demander de venir réparer les dégâts ?

- Figurez-vous que je ne suis pas le seul à blâmer pour cette situation.

- Bien sûr que vous n'êtes pas le seul. Mais croyiez-vous vraiment que les anciens partisans de Bradley vous laisseraient vous en tirer comme cela ?"

Il lui avait tout raconté ou presque : Selim, la Faction, Hakuro, ce qui s'était passé dans le souterrain. Et Mustang n'avait pas le temps de subir ses remontrances.

"J'ai peut-être été trop naïf, trop négligent, peu importe, rétorqua-t-il avec agacement. Prenez le pouvoir si vous le voulez mais le plus urgent reste de retrouver Selim et de l'arrêter."

Il y avait peut-être un peu trop de colère, un peu trop de tension dans sa voix, car Armstrong resta silencieuse un instant avant de demander : "Que s'est-il passé dans ce souterrain, Mustang ?"

Dans le souterrain, les choses étaient devenues personnelles à l'instant même où Selim avait donné l'ordre d'abattre Gabrielle, menacé Winry. Comme après la mort de Maes, Mustang pouvait sentir la colère ronger son estomac comme de l'acide et il n'avait plus qu'une seule envie : retrouver cet enfoiré et l'arrêter.

"Rien." Il n'avait pas le temps. "Est-ce que je peux compter sur vous ?

- Bien sûr, je serai là pour réparer vos erreurs.

- Très bien, j'appelle Grumman.

- Un instant, Mustang, l'interrompit-elle. Les frères Elric ?"

La question surprit Mustang : ce n'était pas le genre d'Armstrong de se montrer sentimentale.

"Portés disparus pour le moment." La ligne grésilla un instant avant qu'il n'ajoute : "Vous savez comme moi qu'il en faudrait davantage que cela pour venir à bout de ces deux-là."

Mais cela tenait davantage du vœu pieux que de la réelle certitude et Armstrong raccrocha directement, sans répondre.

Lorsqu'il termina sa conversation avec le général de l'Ouest, Hawkeye était déjà prête. Propre, habillée avec une veste d'homme, ses cheveux sagement attachés et dissimulés par une casquette de tweed qui lui donnait l'air d'un adolescent fluet. Debout dans la cuisine, elle passait en revue ce qui restait des provisions, faisant le tri entre ce qu'ils pouvaient consommer sur place et ce qu'ils pouvaient emporter.

"Il a douze heures d'avance, sur nous, environ", indiqua-t-elle en lui désignant des vêtements qu'elle avait mis de côté pour lui, sur une chaise de cuisine.

"Il doit être en pleine transformation.

- Est-ce qu'on sait combien de temps cela peut durer ?

- Aucune idée : les rapports concernant Bradley indiquent que sa transformation avait pris des heures, presque une journée entière. Mais elle a été beaucoup plus courte pour Ling Yao, d'après le Fullmetal.

- Alors le plus vite sera la mieux, commenta Hawkeye tandis que Mustang s'éloignait en direction de la salle de bain."

Sa subordonnée avait été d'une redoutable efficacité, encore une fois. Elle avait pu lui trouver une tenue entière - pantalon de toile, chemise claire et veste sombre - et le tout semblait presque être à sa taille. Roy passa sous la douche, aussi rapidement qu'il le put sans brusquer son épaule gauche, avant d'enfiler les vêtements. Il grimaça en croisant son regard dans le miroir de l'entrée. Entre les vêtements et la casquette similaire à la sienne qu'Hawkeye lui tendait, Mustang ne les reconnaissait plus. Mais c'était l'objectif : ils n'étaient plus le généralissime et son assistante mais deux jeunes hommes ordinaires, et pas très bien habillés, pour qui ne regarderait pas de trop près.

"Une idée où il pourrait se cacher ?

- Les autres résidences de Bradley, suggéra Mustang."

Il y avait la villa du district Ouest. Celle dans laquelle Bradley habitait avec sa famille avant les événements du Jour Promis. Après sa mort, sa veuve n'avait pas voulu y rester et avait préféré emménager dans leur pied-à-terre du centre-ville. Il aurait été difficile de le lui reprocher. Venaient ensuite une maison dans le district Sud et une autre à la frontière entre le district Est et la région Est.

"Un certain nombre, grimaça Hawkeye.

- C'est un point de départ. Et en dehors de la capitale, Bradley avait une maison de vacances, une villa dans l'Est du pays, à la frontière

- Comment est-ce que vous savez tout cela ?

- J'ai appris la liste par cœur, avant le Jour Promis : au cas où la première Dame ne se serait pas trouvée dans leur villa du district Ouest."

Hawkeye acquiesça lentement : "J'imagine qu'on n'a plus qu'à faire le tour des résidences une à une ?"


Des coups furent frappés à la porte et d'un même mouvement, tous se figèrent.

Colt leva un sourcil en direction de Breda qui secoua la tête : ils n'attendaient personne et personne a priori n'était au courant de leur présence ici, si ce n'est Mustang et Hawkeye. Silencieusement, le soldat se leva et jeta un œil à travers le judas avant de reculer et ouvrir, un sourire aux lèvres.

"Fuery, salua-t-il en s'effaçant pour le laisser rentrer.

- C'est la folie, dehors."

Fuery paraissait encore plus frêle et plus petit que dans les souvenirs de Breda. Ses vêtements étaient trop grands, trop usés et trop décolorés - peut-être à cause de la vie dans le désert - et sa mine harassée indiquait que le major descendait probablement tout juste du train. Breda lui fit signe de le suivre dans le séjour où le reste de l'équipe les attendait, impatients d'obtenir des nouvelles de l'extérieur.

"Fuery, voici, Breguet, Colt et Smith, de mon équipe. Tu connais déjà Ross et Broche"

Le petit major acquiesça et les salua rapidement : "Qu'est-ce qui se passe dehors ? Comment... ?

- Tu n'as pas suivi les dernières informations ?

- J'ai sauté dans le premier train en direction de Centrale hier soir. Je viens d'arriver.

- Des journaux ont révélé l'existence du tunnel. Toute la ville veut la tête de Mustang."

Un hoquet de surprise manqua de faire tomber les lunettes de Fuery : "Mais comment... ?

- Pourquoi es-tu ici, Kain ?" coupa Breda.

Ils avaient suivi les annonces par la radio et savaient : la situation était grave. Les portes du Quartier Général avaient cédé, les quartiers se barricadaient et les actes de destruction se multipliaient. Pendant ce temps, eux étaient coincés dans cet appartement sans pouvoir faire quoi que ce soit.

"Comment est-ce que tu nous as retrouvés ?

- Le message sur le panneau de la gare. Vous avez continué d'utiliser les mêmes codes."

Breda hocha la tête : le message qu'ils avaient laissé pour Panaya, lorsqu'ils l'attendaient encore. Avec toute cette agitation depuis, ils avaient oublié.

"Je l'ai décroché, poursuivit Fuery. Avec ce qui se passe dehors, je me suis dit que c'était peut-être le plus prudent ? Tout code peut être déchiffré.

- Tu as bien fait. Pour quelle raison es-tu ici ?

- Scar pensait que Mustang aurait besoin d'aide.

- A quel sujet ?"

Fuery le dévisagea, surpris : "Le docteur Marcoh.

- De quoi est-ce que tu parles ? murmura Breda"

Son ancien coéquipier lui lança un regard inquiet : "Tu n'es pas au courant ?

- La situation est compliquée ici.

- Vous feriez mieux de vous asseoir, major", conseilla Ross d'un ton sombre.

Mais Fuery se contentait de le fixer. Breda lui fit signe de s'installer et soupira, avant de tout lui raconter.

"Depuis, nous nous sommes concentrons sur la chronologie, indiqua Breguet. Nous avons essayé de mettre en commun nos souvenirs pour fiabiliser au mieux le déroulement des événements et les possibles failles dans nos souvenirs.

- Mais cette nouvelle annonce change la donne, déclara Breda. Le docteur Marcoh a été enlevé ?

- Scar a contacté Mustang pour l'informer de la disparition de Marcoh. Mustang lui a répondu que le docteur devait être entre les mains de Selim. Scar n'a pas donné beaucoup de détails avant de me forcer à quitter le Sud.

- Il vous a forcé à quitter le Sud ?

- Il est venu me chercher dans les baraquements et m'a forcé à déserter encore une fois, révéla Fuery avec une grimace. Lui-même ne peut pas venir : les derniers articles sur Marcoh et Knox ont créé trop de troubles. Par conséquent, il m'a dit de rejoindre Mustang et si je comprends bien, le généralissime va avoir besoin d'aide, effectivement.

- Nous ne sommes pas en mesure de l'aider actuellement, précisa Smith d'un ton raide. Tant qu'on ne sait pas quels autres ordres Selim a implanté dans nos têtes, nous ne sommes pas certains de la réaction que l'on aura face au président. Ce serait dommage de le tuer par inadvertance.

- Cela n'a pas d'importance, déclara Breda. Si Selim a effectivement Marcoh, il va vouloir recréer une pierre philosophale, redevenir un homonculus. Nous devons absolument l'en empêcher.

- Quand avez-vous eu cette information ? demanda Colt. La conversation avec Mustang a dû avoir lieu hier ?

- Hier matin

- Alors Panaya et les frères Elric devaient se diriger vers la maison des Bradley, en déduisit la soldate."

Breda hocha la tête : c'était une hypothèse, mais pas des plus improbables.

"Trois cas de figure, énuméra-t-il. Premièrement, Marcoh ne s'y trouve pas. Panaya a dû mettre en place une surveillance pour filer Selim lorsqu'il essaiera de rejoindre le docteur. Deuxièmement, Marcoh s'y trouvait et les trois ont pu le secourir et neutraliser Selim. Troisièmement, Marcoh s'y trouvait mais les trois n'ont rien pu faire. Dans les scénarios un et deux, nous avons tout intérêt à nous rendre chez les Bradley soit pour retrouver Panaya, soit pour secourir Marcoh.

- Et dans l'éventualité où ils n'ont rien pu faire contre Selim ? demanda Smith. Il reste le risque que Selim les ait forcés à partir ou les utilise.

- Je ne pense pas. Panaya a déserté subitement, en nous laissant en plan. Elle ne l'aurait pas fait, si une urgence ne l'y avait pas obligée. Il ne serait pas aberrant de supposer que Selim a tenté de la mettre sous son contrôle et qu'il n'y soit pas parvenu.

- Alors quoi ? Elle a une immunité naturelle ?

- Espérons."

Smith n'était pas convaincu mais ils n'avaient guère le choix : si Marcoh avait été enlevé par Selim, il fallait à tout prix l'empêcher de créer la pierre. Peu importe qui se trouverait face à eux.

"Quel est le plan ? demanda Fuery.

- Smith, Colt et toi, vous partez voir du côté des Bradley, indiqua Breda. De notre côté... Si Mustang a disparu, il est fort à parier que c'est en rapport avec Selim. On va essayer de le contacter, lui et Hawkeye. Ils vont avoir besoin de notre aide.

- Et la Faction ? fit remarquer Breguet.

- Je pense qu'ils sont trop occupés à mettre la capitale à feu et à sang pour se préoccuper de nous."


L'atmosphère dans les couloirs avait changé. Si la veille, elle était pleine d'une tension diffuse et sans nom, aujourd'hui, Audra ne pouvait que constater l'hostilité ambiante et presque dirigée contre elle. Depuis la disparition de Mustang, la jeune femme était redevenue une civile, presqu'une opposante. Des regards froids se posaient sur elle dans chaque couloir, comme si l'ancienne journaliste avait elle-même pris part aux protestations et forcé les portes du Quartier Général.

"Cette réunion est confidentielle, madame."

Un officier dont elle ne connaissait pas le nom lui barrait le chemin. Derrière lui, les portes étaient grande ouvertes et laissaient entrevoir des membres de l'état-major discutant à voix basse, penchés au-dessus d'un même bureau.

"Je travaille pour le cabinet du généralissime", rappela-t-elle avec un sourire.

Mais le sergent secoua la tête.

"Vous ne faites pas partie de la liste des participants.

- Bien sûr que si, déclara une voix agacée dans le dos d'Audra."

L'officier se décala avec précipitation tandis que Remington entrait, d'un pas pressé.

"Venez, ajouta-t-il d'un ton sec à Audra."

Les portes se refermèrent derrière eux, les livrant aux subordonnés directs de Remington, déjà présents dans la pièce. Evans ne les rencontrait que rarement, traitant directement avec Remington ou Mustang eux-mêmes, et fut frappée par la différence d'âge : si le colonel était dans sa trentaine, les hommes qui travaillaient avec lui arboraient des chevelures déjà grisonnantes. Des hommes qui avaient fait toute leur carrière dans l'armée et atteint les grades les plus élevés au Quartier Général de Centrale, jusqu'à ce que le généralissime ne décide de nommer un blanc-bec beaucoup trop jeune à la direction des affaires internes et de la sécurité intérieure.

"Que s'est-il passé ? demanda Remington d'un ton autoritaire. Comment les portes ont-elles pu céder ?

- Aucune consigne n'avait été donnée, monsieur. Face à l'incertitude et au risque de blesser les civils, les hommes ont préféré cédé.

- Ils ont volontairement laissé passer la foule dont l'objectif était de s'en prendre au généralissime ?

- Aucun mal n'a été fait, puisque le généralissime est introuvable, monsieur."

Le mépris et la condescendance étaient évidents dans la voix de ce général de brigade. Audra observa Remington se redresser de manière inquiétante : "La prochaine fois que ces hommes auront l'idée d'aller faire une promenade au lieu de protéger l'institution militaire, prévenez-les de déclarer leurs noms aux affaires juridiques, sous la colonne des déserteurs, Braun.

- Il n'est pas possible...

- Il est temps que ces hommes reviennent à leurs sens, coupa le colonel. Nous ne sommes pas une vulgaire milice. L'absence du généralissime ne signifie pas que l'armée n'existe plus." Il adressa un regard furieux à l'ensemble des hommes présents dans la salle avant de reprendre : "Quelles sont les dernières nouvelles ?"

Les généraux hésitèrent un instant avant qu'un ne se décide à parler : la population, loin de se calmer après leur passage en force dans le Quartier Général, commençait à s'attaquer aux symboles de l'armée : les statues, les guichets de banque, les baraques...

"Pire, certains quartiers commencent à se barricader.

- Se barricader ?"

Le général de division Kirstein pointa plusieurs endroits sur la carte déroulée devant eux.

"Ils utilisent du mobilier public. Des pavés descellés, des barrières métalliques, et même des colonnes publicitaires. Si nous ne faisons rien, ces barricades pourraient constituer un obstacle conséquent au déploiement des troupes dans ces quartiers."

Remington jura à voix basse.

"Ils n'ont pas pu avoir ces idées du jour au lendemain. Ces actes sont prémédités.

- Ne sous-estimez pas l'organisation d'une foule en colère, prévint Evans en secouant la tête. La question est de savoir : que prévoient-ils de faire après s'être barricadés ? Ils ne peuvent pas simplement vouloir refouler l'armée de ces zones.

- Pourquoi pas ? demanda un officier avec dédain.

- Ils ont autre chose en tête, acquiesça Remington. Laissez-les saccager le centre-ville si cela leur chante. Mais je veux des hommes supplémentaires pour tous les points stratégiques : les gares, les entrées et sorties de la capitale, le centre d'épuration de l'eau, les réservoirs de la ville et le centre de stockage alimentaire au nord. Renforcez les patrouilles et la sécurité autour de ces lieux.

- Vous pensez que les civils pourraient tenter de prendre le contrôle de ces points ?

- On est jamais trop prudents.

- Et que se passera-t-il lorsque nos soldats devront faire face à la foule en colère ?"

C'était encore une fois le général de brigade Braun et la lueur insolente dans le regard.

"Quelle conduite devront adopter nos hommes face à ces rebelles ? Comment pourront-ils défendre efficacement ces points s'ils doivent subir les assauts constants d'une foule ?

- Ces soldats feraient bien de souvenir qu'ils ont été entraînés des années. S'ils sont incapables de repousser des civils...

- Des civils qui seront considérablement plus nombreux qu'eux, monsieur, coupa Braun."

L'intention derrière la question était évidente pour tout le monde : le général de brigade Braun voulait la révocation de la consigne donnée par Mustang. Il voulait l'autorisation pour ses hommes de faire feu face à la foule, de la réprimer par la force. La demande était évidente mais pour autant, Audra ne voyait aucune porte de sortie pour Remington : qu'il refuse et les soldats risqueraient de céder de la même manière qu'ils l'avaient fait le matin même. L'autorité hiérarchique de Remington conférée par le président n'était valable que tant que celui-ci restait au pouvoir et en l'occurrence, il avait disparu depuis un moment.

"Allez-vous donner à nos hommes les moyens de se défendre ? demanda Braun d'un ton cassant."

Remington fixa le général de brigade d'un regard flamboyant, conscient que toute l'attention était maintenant rivée sur lui.

"Ils doivent protéger ces points à tout prix."


La traversé du quartier leur avait fait froid dans le dos : nul besoin de se cacher, personne n'était présent, dans un rayon d'un kilomètre et demie à peu près. En l'absence des habitants, les maisons étaient restées portes voire fenêtres ouvertes et seul le bruit étouffé de leurs pas sur le goudron permettait de rompre le silence lugubre.

"Les ingrédients de la pierre philosophale, ce sont des vies humaines ? demanda Colt d'une voix hésitante.

- C'est ça, souffla Fuery. On arrive trop tard."

La pierre avait été créée. Il n'y avait pas besoin d'être un alchimiste pour comprendre. Smith sentit un frisson lui parcourir le dos.

"Ils sont peut-être toujours sur place, fit-il remarquer, coulant un regard vers Colt. Restons sur nos gardes."

Son expression indiquait clairement que sa coéquipière n'était pas convaincue mais celle-ci acquiesça malgré tout.

Ils avaient fait ce chemin peut-être des milliers de fois au cours de l'année écoulée mais c'était la première fois que Smith était autant sur ses gardes. Il avança néanmoins rapidement entre les hautes herbes du jardin, son arme au poing, prêt à réagir. La porte de la cuisine était fermée mais pas verrouillée. Il la poussa doucement et se glissa silencieusement dans la maison, balayant avec méthode chaque coin de la pièce. Les lieux étaient calmes, trop calmes pour contenir un enfant de cinq ans. Mais malgré ce silence de plomb, la lumière qui illuminait le rez-de-chaussée donnait un aspect chaleureux à la maison. Bien plus qu'habituellement, Smith se fit la réflexion. Il continua son inspection jusqu'à ce que Colt ne l'arrête :

"Du sang, indiqua-t-elle tout bas".

Du regard, Smith suivit la trace, si ténue que personne d'autre que sa coéquipière n'aurait pu la remarquer : "Depuis la cave jusqu'à la porte d'entrée.

- On vérifie la cave en premier."

Avec un hochement de tête, le soldat se dirigea vers la cave et remonta la piste sanglante qui les mena droit jusqu'au tunnel, puis jusqu'à l'embranchement.

"Oh mon dieu, souffla Colt derrière lui quand ils débouchèrent dans la salle souterraine."

Abandonnant toute précaution, elle se précipita vers le corps à terre et le cœur de Smith manqua un battement lorsqu'il la reconnut. Il resta un instant figé, incapable d'avancer, jusqu'à ce que la question de Fuery ne le ramène à lui.

"Est-ce que c'est votre coéquipière ?

- Oui."

Même à cette distance, il pouvait reconnaître ses longs cheveux noirs, la silhouette frêle qui avait surpris plus d'un combattant, et la veste en cuir que Panaya arborait constamment. Ses mains furent saisies d'un tremblement.

C'était la première fois qu'il perdait une coéquipière et sans doute la première fois pour Colt également. Ils avaient tous les deux été diplômés après la fin de la guerre d'Ishbal et aucun des deux n'avait été affecté à une zone de conflit. Smith n'avait jamais vu ses camarades mourir devant lui, il n'avait jamais vu leur corps inanimé. Ses jambes semblaient s'être liquéfiées et il était tout simplement incapable d'avancer vers le corps. La silhouette recroquevillée de Colt, le tremblement de ses épaules et sa respiration saccadée étaient suffisants pour lui confirmer qu'il n'y avait aucune méprise possible : Gabrielle était morte.

Incapable d'avancer vers son corps, Smith préféra faire le tour des autres cadavres. Il devait rester concentré, méthodique sans quoi il craquerait. Et il ne pouvait pas. Il restait un soldat avant tout et Selim devait être arrêté. A quelques pas de Panaya gisait un général en uniforme qu'il ne connaissait pas. Un peu plus loin, une jeune fille blonde qui n'avait pas l'air d'avoir dépassé ses vingt ans, et au centre de la pièce, un énorme cercle d'alchimie. Celui-ci était beaucoup trop complexe pour que Smith ne le retienne. Mais il le fixa un instant, essayant de graver dans sa mémoire un maximum de détails. Breda le reconnaîtrait peut-être lorsqu'il lui dessinerait les grandes lignes. Il se retourna vers Fuery qui fixait d'un air triste la jeune fille allongée par terre.

"Winry, déclara-t-il d'une voix blanche. L'amie d'enfance des frères Elric.

- Qu'est-ce qu'elle faisait ici ? Elle ne vit pas dans le Sud ?

- Je n'en ai aucune idée."

Trois cadavres. Un militaire inconnu, l'amie d'enfance des frères Elric et Panaya. Smith déglutit difficilement, la gorge asséchée. Restait à savoir quel était le lien entre ces trois corps, le cercle tracé au sol et la centaine d'habitants disparus au-dessus de leurs têtes.

"On doit retrouver cet enfoiré."

La voix enrouée de Colt les surprit tous les deux. Ils se retournèrent d'un même mouvement et Smith constata avec soulagement que sa coéquipière ne pleurait pas. Au contraire, ses yeux brûlaient de colère et sa mâchoire s'était serrée, dans une expression de détermination. Tant mieux. La colère était une bonne chose. La colère leur donnerait l'énergie de se mettre en chasse et Smith savait comment gérer cette fureur glacée.

"Panaya et les frères Elric n'ont pas réussi à l'arrêter. Selim doit avoir une pierre philosophale avec lui, maintenant, indiqua Fuery en désignant le cercle.

- Il faut procéder dans l'ordre, rappela Smith en secouant la tête. De quoi est-elle morte ?

- Une balle dans le crâne. Par derrière. A bout portant, je dirais."

Colt n'était pas légiste mais ses connaissances et son expérience concernant les armes à feu dépassaient de loin les siennes. Si elle pensait qu'il s'agissait d'un tir à bout portant, alors Smith était tout prêt à la croire.

"Peut-être en lien avec celui-là, indiqua-t-il en désignant le général allongé à ses pieds. Il a une arme au poing et une balle au milieu du front.

- Qu'est-ce que... ? C'est le général de brigade Haruko, le reconnut Fuery. Qu'est-ce qu'il fait là ?

- Qui est-il ?"

Le nom disait quelque chose à Smith mais il n'arrivait pas à replacer le militaire.

"Un ancien soutien de Bradley. Un de ceux que Mustang a traîné devant les tribunaux à son arrivée au pouvoir.

- Et il s'en est tiré ?

- Haruko était simplement attiré par le pouvoir mais il ne savait rien sur les projets de Bradley, expliqua Fuery en secouant la tête. En revanche, il détestait Mustang.

- Suffisamment pour aider la veuve de Bradley si un jour elle se tournait vers lui ?

- Possible. Mais il n'a jamais été mis au courant de toute l'affaire : les homonculus, la pierre..."

Colt hocha la tête : "Donc une personne a exécuté Panaya et une autre a tué Hakuro.

- Je dirais que cette jeune fille a eu le crâne fracassé, suggéra Smith, mais je ne vois pas par quoi.

- Et les frères Elric ? demanda Fuery. Ils n'ont pas dû rester sagement ici

- Rien pour le moment n'indique qu'ils se soient trouvés ici.

- Winry n'est pas ici par hasard. Elle a pu être utilisée par Selim comme appât."

Fuery avait un point. Mais encore une fois, ils manquaient cruellement de preuves leur permettant de déduire ce qui s'était produit ici. La salle était tout simplement trop propre et trop paisible, comme si les trois corps présents étaient simplement endormis.

"Il reste encore l'autre bout de la piste à remonter. Comprendre ce qui s'est passé à la surface et où sont passés tous les habitants.

- On ne peut pas la laisser ici."

Smith n'avait pas besoin de demander pour savoir que Colt parlait de Panaya. Il ne s'était toujours pas approché de son corps, n'était toujours pas prêt à affronter son visage sans vie, mais pour autant, il ne tenait pas plus que sa coéquipière à la laisser seule dans cette cave. Mais cette décision ne leur appartenait pas.

"Breda voudra sûrement jeter un œil aux corps en l'état."

Ils étaient soldats, avaient dévoué leur vie à servir ce pays et même dans la mort, leur promesse subsistait. Laisser le corps de Panaya leur serait plus utile que de vouloir le remonter. Colt sembla vouloir protester un instant puis hocha la tête sans un mot. Même dans leur mort, ils continuaient de servir.


Ils avaient été devancés.

Mustang poussa prudemment de la main la porte d'entrée, pour constater que le précédent visiteur n'avait pas fait dans la dentelle : le battant avait presque été arraché de ses gonds et laissait entrevoir un chemin parsemé de destruction.

"Les émeutiers ? demanda Hawkeye à voix basse.

- Sûrement. Je vois mal les frères Elric laisser les lieux dans cet état."

Leur première destination avait été la villa Ouest des Bradley, là où le précédent généralissime avait vécu avant le Jour Promis. Il s'agissait de leur lieu de résidence le plus emblématique et malheureusement, le plus connu du public. Pas surprenant que les émeutiers en quête de vengeance ne soient venus là en premier.

Mustang fit quelques pas prudents dans la maison, mais celle-ci était désormais vide et silencieuse. Les visiteurs avaient enfoncé la porte, puis détruit à peu près tout ce qu'ils avaient pu : murs, tableaux, lustres... Les restes gisaient à terre en compagnie des affaires que les émeutiers n'avaient pas jugées utiles d'emporter avec eux. D'énormes lettres rouges avaient été tracées sur les murs : assassin, meurtrier, ennemi du peuple.

"Au moins on n'a pas besoin de perdre du temps à fouiller les lieux", commenta Roy d'un ton laconique.

Hawkeye se dirigea néanmoins vers la bibliothèque, rangeant son arme, et se mit à palper le mur du fond jusqu'à trouver l'interstice et faire coulisser la fausse cloison : toutes les résidences de Bradley étaient dotées a minima d'une cachette ou d'un moyen de fuite sécurisé. Les émeutiers n'auraient pas pu en connaître l'existence et Selim aurait pu s'y réfugier. Dans ce cas précis, il ne s'agissait que d'un renfoncement et celui-ci s'avéra vide.

"Prochaine destination, alors."

Aucun des deux n'avaient réellement cru que Selim aurait caché dans un lieu aussi connu, surtout pas dans ce contexte. Mais par parce qu'il s'agissait de la résidence la plus proche et parce qu'ils ne pouvaient rien négliger, ils avaient malgré tout tenu à vérifier. Ils mirent ensuite le cap vers l'appartement du centre-ville, plus risqué étant donné toute l'agitation dans les rues de Centrale. Mais la nuit commençait à tomber et avec sa casquette bien enfoncée sur le crâne, Mustang y parvint, sans se faire remarquer. Cette fois-ci, la porte était encore intacte, le lieu étant moins connu que la villa du district Ouest.

Pour ne pas attirer l'attention d'éventuels voisins avec des éclairs de lumière, Roy crocheta rapidement la serrure, mais encore une fois, l'appartement était vide. L'épaisse couche de poussière indiquait que personne n'était venu dernièrement et par rigueur, ils vérifièrent la cachette. Sans surprise, personne.

"Prochaine destination ?

- La maison à la périphérie du district Est."

Ils se contentèrent de claquer la porte derrière eux et descendaient les escaliers lorsque des éclats de voix les arrêtèrent : dans la rue, des bruits de course et des cris indistincts.

"Émeutiers ? murmura Roy.

- Probablement.

- On ferait mieux de faire le tour. Il y a une sortie, derrière."

Les troubles qui avaient épargné les quartiers aisés de la ville, commençaient maintenant à s'y répandre. Les émeutiers tambourinaient aux portes, criant à la traîtrise de l'armée, et appelaient à dénoncer les militaires et barricader les rues. La sortie de derrière les amena dans une rue ruelle sombre et étroite, encore vide, mais les voix étaient proches. Mustang enfonça sa casquette sur sa tête et remonta le col de sa veste. Il échangea un regard pour s'assurer que Hawkeye était prête, puis se mit en marche.

Un petit réseau de ruelles permettait de desservir les entrées de service de ces immeubles de luxe, et ils se faufilèrent dans l'obscurité, s'arrêtant de temps à autre pour vérifier que la voie était libre. Ils guettaient à une intersection lorsqu'une voix retentit dans leur dos.

"Hé bien qui avons-nous, là, Jean ?"

Mustang et Hawkeye se retournèrent d'un même mouvement, armes braquées vers deux individus qui les fixaient avec un sourire mauvais. Ceux-ci ne portaient que des tenues civiles - pantalon et chemises tâchées de peinture et de poussière - et n'avaient pas d'arme à proprement parler, sinon une barre de fer que tenait l'un des deux. Des membres du groupe qui ratissait le quartier.

"Des militaires en civil ? Dont un blessé ? commenta le dénommé Jean. Appelle les autres, Berthold. Je sens qu'on va s'amuser."

Mustang sentit son corps se tendre, se préparer au combat. Comment ces hommes avaient-ils deviné qu'ils étaient des soldats ? Par chance, ils ne semblaient pas les avoir reconnus pour le moment et ne semblaient vouloir que de l'action. Peut-être passer à tabac des militaires qui passaient par là ? Ils devaient se tirer de cette situation le plus vite possible.

"Il ne va rien se passer du tout", répondit Mustang d'un ton calme "Nous allons repartir et vous n'allez rien faire.

- Bien sûr", s'esclaffa Berthold.

Il ne s'agissait que de deux civils. S'ils parvenaient à les empêcher de prévenir leurs camarades, Mustang et Hawkeye pouvaient encore s'en sortir. Même si l'un d'entre eux était armé d'une barre de fer, Hawkeye pouvait aisément lui régler son compte à mains nues, tandis que Roy neutraliserait le second. Un peu plus délicat, avec son épaule en moins, mais pas excessivement compliqué. Toutefois, d'autres bruits de pas arrivèrent dans leur dos, terminant de les encercler.

"Qu'est-ce que vous avez trouvé, les gars ? demanda un homme brun.

- Deux militaires en civils. A mon avis, ces types-là ne sont pas innocents.

- Ces "types-là" ? Mais t'es aveugle, Jean ? C'est une nana, là-dessous."

Hawkeye décocha un regard meurtrier qui fit reculer l'homme qui s'était avancé vers elle.

"Et sacrément jolie, commenta l'un des hommes avec un sifflement.

- Les gars, vous êtes tous bigleux, ma parole : c'est le généralissime et son assistante."

Mustang se raidit et parcourut rapidement le groupe du regard. Une seule arme. Rien d'insurmontable, mais dans ce contexte, impossible d'utiliser l'alchimie sans attirer l'attention de tout le quartier.

"Mais tu racontes, quoi, toi ? demanda Jean.

- Ce type a déjà sa tête dans les journaux depuis une semaine. Il vous faut quoi de plus ? Vous avez vraiment de la merde dans les yeux.

- Ta gueule. Sans son uniforme, il a juste l'air d'un type comme un autre.

- Tout à fait et comme n'importe quel autre type, je vais continuer ma route, et vous allez dégager de notre chemin, acquiesça Roy d'un air faussement détendu."

Les hommes - huit ? dix à vue de nez ? - explosèrent d'un rire gras après un instant de silence : "Vous êtes l'homme le plus recherché du pays, vous croyez pas qu'on va vous laisser partir comme ça ?

- Avec tout ce monde autour de vous, vous pensez pouvoir nous échapper ?

- Et James a une arme, lui-aussi. Montre-lui !"

Mais Mustang ne laissa pas le temps au dénommé James de dégainer son arme. Tant pis pour la discrétion. Il joignit ses deux mains puis transmuta le sol sous leurs assaillants, déformant la chaussé jusqu'à leur faire perdre leur équilibre. Riza bondit, assommant un homme d'un coup de crosse, puis décocha un coup de genou dans le ventre du suivant.

"Là-bas !"

Comme attendu, les éclairs de lumière produits par la transmutation avaient attiré l'attention et Roy n'attendit pas de voir combien d'hommes arrivaient dans son dos pour s'élancer à la suite d'Hawkeye.

"Le généralissime est là, les gars !"

L'alerte avait été lancée et d'autant plus d'hommes se lancèrent à leurs trousses, trop pressés de capturer le président. A chaque coin de rue, Mustang avait l'impression de tomber nez à nez avec ces émeutiers. Hawkeye distribuait coups sur coups, faisant de son mieux pour ouvrir la voie, mais l'alchimie était indispensable pour refouler le flux d'assaillants. Et au point où ils en étaient, tant pis pour la discrétion. Créer des murs, bloquer leurs poursuivants, assommer ceux qui persistaient. La manœuvre sembla durer des heures et l'épaule de Mustang commençait à protester.

Mais au bout d'un long moment, Hawkeye commença à ralentir : ils n'entendaient plus personne dans leur dos.

"On les a semés, je pense.

- Je pense aussi. Heureusement qu'ils n'avaient pas d'alchimiste avec eux."

Ils avaient quitté le réseau de ruelles et traversaient à présent un quartier pavillonnaire. Seuls quelques rares passants traversaient les rues, pressés de rentrer chez eux avant d'être pris dans les troubles de la capitale.

"District Est ?" demanda Mustang en massant son épaule, qui l'élançait, à cause de l'effort.

Il avait le souffle court, conséquence de ces mois de travail derrière un bureau. Jamais Roy n'avait laissé sa forme physique se dégrader à ce point et il sentait le contrecoup de cette course poursuite. Hawkeye semblait également essoufflée mais nettement moins que lui. Elle hocha la tête, glissa sous la casquette une mèche blonde qui s'en était échappée et se remit en route. Mustang la suivit avec une grimace. S'ils en réchappaient, il ferait un point d'honneur à se remettre à l'entraînement.

Personne ne leur prêta attention tandis qu'ils avançaient, toujours sur leurs gardes. L'adrénaline faisait encore tambouriner leurs cœurs et ils n'étaient pas pressés de retomber sur des protestataires. Sans compter que dans une configuration autre que celle-ci, ils n'auraient sans doute pas été aussi chanceux.

Sans avoir besoin d'échanger un mot, ils contournèrent les zones les plus animées, les rues les trop éclairées. Arriver au district Est leur prit une éternité et lorsqu'ils débouchèrent dans la rue, la brume s'était levée.

"Cette rue ? demanda Hawkeye.

- Le numéro 37.

- ça ne devrait plus être très loin."

Mais ils ne voyaient pas grand-chose et l'éclairage public qui se réverbérait dans la brume n'arrangeait rien. Lentement, ils remontèrent la rue, à la recherche du bon numéro, leurs semelles chuintant contre l'asphalte humide. Mustang désigna du doigt une maison un peu à l'écart. Un grand manoir comme il en existait dans les environs. La bâtisse n'avait rien d'extraordinaire, si ce n'est sa taille, et ressemblait à toutes ses voisines. Un perron propre mais quelconque, des volets sombres, et une façade pâle. Toutes les lumières étaient éteintes et de là où ils se tenaient, la maison semblait silencieuse. Hawkeye acquiesça et désigna le petit chemin qui contournait l'entrée pour mener dans le jardin.

Mustang plissait les yeux pour essayer de distinguer l'arrière de la maison, lorsqu'il sentit le canon d'une arme contre l'arrière de son crâne.

"Messieurs, c'est notre jour de chance, commenta une voix froide."

Par réflexe, Hawkeye tenta d'atteindre son arme, mais l'homme éclata un rire sans joie : "Non, non, pas de ça, colonel Hawkeye. Vous allez poser vos armes par terre, tout doucement, ou alors je fais sauter le crâne du généralissime."

Ils ne les avaient pas entendu approcher dans leur dos et n'avaient pas ne serait-ce que soupçonné leur présence, réalisa Mustang avec effroi.

Des professionnels cette fois, pas des civils armés de barres de fer, qui se déplaçaient en meute et avec force de bruit. Peut-être la faction, la pègre, ou simplement des militaires remontés après ces dernières révélations. Hawkeye jeta un regard insondable à leurs assaillants puis, avec des gestes lents, elle se délesta des deux revolvers.

"Parfait. Maintenant les sacs."

Mustang n'eut pas le temps de réagir. La seconde d'après, un sac en toile lui était brusquement enfoncé sur sa tête et il entendit Hawkeye pousser un grognement tandis que le même traitement lui était infligé.

"En voiture tout le monde."

A suivre...


Alala, les ennuis ne s'arrêtent pas pour Mustang et Hawkeye. Très hâte de vous publier le chapitre prochain 3

Et je ne peux que saluer la persévérance d'Audra à vouloir limiter les effusions de sang mais j'avoue m'être beaucoup inspirée de la Commune de Paris. Donc vous devinez que les choses vont se compliquer...

En tout cas, j'espère que le chapitre (un peu long) vous a plu. N'hésitez pas à me laisser une petite review, positive ou négative :)