Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
- le titre vient d'un roman de Mary Higgins Clark
Mon petit blabla avant de commencer : j'avais tellement hâte de vous publier ce chapitre ! Promis, Mustang et Hawkeye ne font pas que souffrir dans cette fanfiction (même si j'avoue que c'est le thème principal...). La situation s'arrange un peu, je dirais, mais je vous laisse en juger. En tout cas, merci à Musing-and-Music pour sa review :)
Précédemment dans La Pièce Vide : Les portes du Quartier Général cèdent sous la pression populaire et la foule en colère cherche à s'en prendre à Mustang, avant de s'opposer à l'armée. De son côté, l'équipe Breda apprend la disparition de Marcoh, grâce au retour de Fuery, et commence à rassembler les pièces du puzzle. Ils retrouvent le corps de Panaya et découvrent le cercle de transmutation dans le sous-sol. Mustang, accompagné d'Hawkeye, se lance à la poursuite de Selim, et après avoir été confronté à une foule peu sympathique, tous les deux sont enlevés par des inconnus...
Ce que vivent les roses
Le bloc de béton qui s'était écrasé sur lui, sous terre, avait probablement broyé son épaule droite et une partie de sa cage thoracique. Par miracle ou peut-être parce que les hurlements de son frère le secouaient jusqu'aux tréfonds de son être, Alphonse n'avait pas perdu connaissance sur le coup. Winry était morte mais Edward et lui étaient toujours en vie. Sans réellement savoir comment, le jeune homme s'était traîné jusqu'à son frère, avait repoussé les débris qui entravaient ses jambes et était parvenu à le tirer derrière lui, jusqu'à la sortie la plus proche.
La douleur était tellement puissante qu'Alphonse ne savait plus d'où elle provenait. Son épaule, sa poitrine, l'autre main qui traînait son frère, toujours hurlant. Le tunnel était plongé dans l'obscurité la plus totale et amplifiait tous les fracas et cris. Par pure obstination, il avait boité presque rampé tout du long : ils ne pouvaient pas rester sur place. Pas s'ils voulaient survivre. Pas s'ils voulaient venger Winry.
Alphonse avait buté sur la première marche des escaliers et manqué de s'écrouler mais sa main gauche avait amorti sa chute. Un autre craquement sinistre et il laissait échapper un cri.
Une marche après l'autre, il était parvenu à remonter dans le local technique et s'y échouer. Son frère avait continué à crier mais son corps avait réclamé l'inconscience.
A son réveil, tout était calme. De l'intérieur du local, il n'entendait pas un son, pas un bruit, seulement le sifflement rauque de sa respiration. Alphonse inspira mais la poussière le fit tousser et ces secousses réveillèrent les milliers d'aiguilles enfoncées dans sa chair. Il retint un gémissement, presqu'un sanglot. Et avec la souffrance, les souvenirs lui revinrent. Winry était morte.
Autant qu'il le put, le jeune homme redressa la tête et distingua à peine son frère dans l'obscurité. Un lampadaire à proximité éclairait sa peau pâle qui luisait de transpiration. Son frère n'allait pas bien. Mais Alphonse n'était pas mieux. Il passa sa langue sur ses lèvres, sentait le goût du sang séché et de la poussière, et déglutit avec peine.
Tout était douloureux, tout était difficile. Respirer, déglutir et même redresser la tête. Son bras et une partie de son torse étaient remplis de flammes liquides qui semblaient brûler avec d'autant plus d'intensité à chaque battement de son cœur. Mais au moins, il était en vie. Le visage de Winry, à moitié écrasé par les décombres lui revint en tête et Alphonse sentit une larme couler sur sa joue.
Elle n'aurait jamais dû se trouver à cet endroit, jamais dû se retrouver en danger à cause d'eux. Ils avaient fait tout ce qu'ils avaient pu pour la protéger et avaient cru réussir après le Jour Promis. Edward et elle allaient se marier. Elle devait reprendre l'atelier de Mamie Pinako à Resembool et Edward et elle y auraient eu leur foyer.
Un hoquet le secoua, déclenchant de nouveau une vague de douleur.
A présent, ces projets, ce futur avaient disparu et Edward n'était même pas en état de pleurer avec lui. Mais Edward n'aurait pas pleuré, lui répondit une voix dans sa tête. Pas maintenant, pas sans avoir vengé Winry avant.
Selim était probablement encore en vie.
Inspirant du mieux qu'il le put, Alphonse s'essuya les yeux de sa main gauche. Son épaule droite, sa clavicule droite et une partie de ses côtes avaient été broyés mais il ne crachait pas de sang, signe que ses poumons n'avaient pas été atteints. Il avait besoin de s'occuper de son frère et de retrouver Selim. Et pour cela, il allait avoir besoin d'un corps à peu près fonctionnel.
S'essuyant encore une fois le visage, Alphonse remarqua que sa main gauche était recouverte de sang et un autre examen lui permit de comprendre que son arcade sourcilière s'était ouverte. Bien, il avait de quoi dessiner.
L'anatomie humaine avait fait partie des leurs recherches lorsqu'ils avaient cherché à ramener leur mère. Mei aussi avait tenté de lui enseigner les rudiments de l'alchimie médicale. C'était drôle comme ce genre de souvenirs revenait au moment où il en avait le plus besoin. Les coupes anatomiques défilaient devant ses yeux, comme si Alphonse les avait feuilletées la veille. De sa main gauche, il traça le cercle au sol. Et même sans vérifier, il savait qu'il avait raison.
Un éclair de lumière jaillit lorsqu'il reconstruisit ses os, repris un à un les fragments pour les assembler et les souder à nouveau. La disparition de la douleur laissa place un bref instant à une vague de soulagement. Puis l'adolescent sombra à nouveau dans l'inconscience.
Leurs ravisseurs les délestèrent de leurs armes, leur attachèrent les mains puis les poussèrent dans une voiture, mais pas dans un fourgon. Au lieu de sentir le fond en métal dur d'un véhicule utilitaire, Hawkeye était assise sur la banquette arrière d'une voiture et à côté de Mustang, qui plus est. Et malgré le sac sur son visage qui l'empêchait de voir quoi que ce soit, ces deux détails la rassurèrent : ils étaient tous les deux, ensemble, et aucun d'entre eux n'était blessé pour le moment.
"Est-ce que vous sentez le canon de mon arme sur votre tempe, généralissime ? demanda l'un de leurs agresseurs, d'une voix calme.
- Oui.
- Alors, j'espère que cela vous dissuadera l'un et l'autre de tenter quoi que ce soit de stupide. Je ne tiens pas à ramener un cadavre."
Cela signifiait donc que l'objectif était de les capturer vivants pour le moment. Restait à savoir qui était après eux : la Faction ? la foule en colère qui les avait pourchassés jusqu'ici ? des pions de Selim ?
A travers les mailles du tissu, Hawkeye voyait les lumières de la ville défiler par la fenêtre mais impossible de distinguer réellement où ils se trouvaient. Virage à gauche. C'était le deuxième. Elle inspira profondément et se força à se concentrer. Elle s'était retrouvée dans des situations bien pires. Deux virages à gauche, un à droite. Ils semblaient maintenant entrer sur un rond-point. Deux virages à gauche, un à droit, et une sortie restant à déterminer. Elle serra les dents.
Dans la voiture, seul un petit battement rompait le silence lourd. Un des hommes, nerveux, semblait tapoter contre la portière mais aucun d'entre eux n'échangeait le moindre mot. Comme pour ne leur donner aucun indice.
Virage à gauche et ensuite à droite. Où en était-elle déjà ? Si leurs ravisseurs les voulaient vivants, c'était probablement pour les confier à d'autres et toute information était cruciale. Mais le trajet durait depuis trop longtemps et Riza était déjà perdue. Deux virages à gauche, un à droite, le rond-point et ensuite ?
Comme s'il sentait son inquiétude, Mustang se tendit le bras pour serrer brièvement ses mains - ne paniquez pas, restez concentrée - avant que l'homme à côté de lui ne lui intime sèchement de cesser tout contact.
Riza inspira profondément. Tant qu'ils restaient ensemble, ils conservaient toutes leurs chances.
Le trajet dura vingt minutes, peut-être trente, avant que le véhicule ne s'arrête finalement. Le moteur fut coupé et on ouvrit les portières.
"Au moindre geste de travers, on n'hésitera pas à tirer, prévint le conducteur. Maintenant dehors."
Sans ménagement, Riza fut tirée à l'extérieur et atterrit lourdement sur le sol. Du goudron. Le calme environnant suggérait qu'ils avaient quitté les quartiers animés de capitale. Une banlieue pavillonnaire ? Ou une zone non habitée ? Des lumières lui parvenaient à travers la toile, hautes et régulières, et semblaient suggérer une rangée de lampadaires. Les silhouettes de Mustang et d'un de leur ravisseur se découpaient vaguement devant elle et l'autre assaillant maintenait une poigne de fer sur son épaule, une arme braquée sur sa tempe. Leurs pas résonnaient dans la nuit, se réverbérant au loin. Un espace dégagé ?
Quelques secondes plus tard, une voix salua leurs deux ravisseurs qui les forcèrent à s'arrêter.
"Bonne pèche ?
- La cheffe va être contente, déclara l'homme devant elle."
Alors le commanditaire était une femme. Réfléchissant à toute allure, Riza s'efforça d'établir la liste de toutes les femmes qui auraient pu leur en vouloir et elle savait que devant elle, Mustang faisait la même chose.
Mustang, surveille tes arrières.
Hawkeye ne parvenait à penser qu'à un seul nom : Amanda. La femme qui avait ordonné le meurtre et la mutilation d'un officier. Celle qui avait fait écrire un avertissement en lettres de sang pour Mustang. La criminelle à la tête du plus grand réseau qu'Amestris avait jamais connu. Ils avaient été si occupés avec Selim qu'ils en avaient oublié cet avertissement. La Faction et l'homonculus n'étaient pas les seuls à leurs trousses. Et la pègre pouvait se montrer beaucoup plus violente que ces deux derniers.
Malgré elle, Riza sentit son cœur s'emballer et la peur se diffuser dans son corps. Ils lui avaient retiré toutes ses armes, même celle qu'elle gardait cachée dans sa botte. S'ils devaient se battre, alors elle n'avait rien.
"Ils sont en bon état ?
- Parfait fonctionnement.
- Elle vous attend."
Un rire gras éclata et un chuintement d'acier indiqua qu'on faisait coulisser une porte devant eux. L'assaillant lui indiqua d'une bourrade à l'épaule qu'il était temps d'avancer.
Plusieurs voix résonnaient dans l'espace – sûrement grand et vide – mais s'arrêtèrent alors qu'ils approchaient.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda une voix tranchante.
Une voix de femme. Amanda ?
"Ce que vous avez demandé, boss."
D'un même geste, on leur retira leurs cagoules improvisées, emportant avec elles leurs casquettes.
Riza cligna des yeux plusieurs fois avant de s'habituer à la luminosité ambiante.
Leurs ravisseurs les avaient emmenés dans un hangar industriel. Tout autour d'eux n'était que tôles et poutres d'acier. Sur leur gauche, une cloison percée par une porte et quelques fenêtres, suggérant d'autres pièces, peut-être des bureaux ? Au-dessus de leurs têtes, une coursive métallique qui serpentait sur toute la longueur du bâtiment et révélait un second étage. Et milieu de tout cela, la zone de stockage dans laquelle ils avaient été conduits.
De nombreuses caisses en bois encombraient l'espace, comme empilés à la va vite, et quelques hommes étaient occupés à en inspecter le contenu. Mais face à eux, une femme les fixait d'un air impitoyable. Deux hommes la flanquaient et malgré leurs airs revêches, le regard d'Hawkeye fut instantanément attiré par le regard impitoyable de l'inconnue.
Tout dans son attitude et celle des autres indiquaient que cette femme était en charge des opérations. Un visage froid et impassible, endurci par une cicatrice sur l'arcade sourcilière gauche et des cheveux blonds presque blancs. Des yeux bleus qui les étudiaient d'un regard acéré. Difficile de croire que cette femme à la silhouette si frêle avait quoi que ce soit à voir avec le crime organisé, mais tout en elle indiquait qu'elle ne devait pas être sous-estimée.
Était-ce Amanda ou une toute autre personne ? Difficile de se prononcer car l'armée n'avait jamais réussi à obtenir une description de la cheffe de la pègre. Pas même la couleur de ses cheveux.
Hawkeye jeta un regard à Mustang, tout aussi tendu qu'elle. Leur arrivée avait manifestement interrompu une conversation et l'inconnue adressa un signe de tête à ses hommes - "sortez" - avant de se tourner vers eux.
"Monsieur le président, colonel."
Alors l'enlèvement ne relevait pas du hasard. Ils avaient été traqués.
"Amanda, salua calmement Mustang, à côté d'elle."
Hawkeye fronça les sourcils : comment pouvait-il savoir ? L'armée n'avait jamais pu retrouver l'identité d'Amanda. Était-ce une supposition ? Mais la femme n'afficha pas le moindre signe de surprise et ne fit aucun geste pour démentir.
"Détachez-les et laissez-nous."
S'ils furent surpris, hésitèrent peut-être une fraction de seconde, ses hommes s'exécutèrent néanmoins. Cette dénommée Amanda était suffisamment confiante pour rester seule avec deux soldats dont un alchimiste d'état. On leur avait confisqué leurs armes certes, mais il leur restait le combat au corps à corps et Hawkeye ne donnait pas cher de cette femme s'ils étaient amenés à se battre. Mais celle-ci ne semblait pas le moins du monde inquiète.
"Il semble que la moitié de la ville est à votre recherche.
- Que puis-je dire ? J'ai toujours aimé attiré l'attention."
Mustang avait lancé la boutade d'une voix calme mais du coin de l'œil, Riza lisait toute la raideur dans sa posture. Il se tenait prêt, à bondir, se battre, si besoin. Et inconsciemment, Hawkeye imita sa posture. Mais au lieu de se jeter sur elle lorsque la porte se referma dans leur dos, Mustang s'avança et la prit dans ses bras. Et Riza vit Amanda lui rendre son étreinte, fermer les yeux tandis que sa silhouette disparaissait derrière celle de Roy.
Riza en resta bouche bée.
"ça faisait longtemps, souffla Mustang.
- Et je vois que tu en as profité pour te fourrer dans de nouveaux ennuis."
Lorsqu'il la relâcha, Amanda recula et passa une main dans les cheveux de Mustang.
Si c'était encore une de ses ex, Riza allait le tuer.
Sentant son regard meurtrier sur lui, Mustang se tourna vers elle avec une grimace.
"Colonel Hawkeye, je vous présente ma sœur, Amanda. Amanda, mon bras droit, le colonel Hawkeye.
- Votre sœur, répéta-t-elle sans comprendre. Votre sœur. Amanda comme dans...?
- L'unique", confirma Roy d'un air impassible.
Riza resta un instant la bouche bée, avant de le foudroyer du regard. Ils étaient collègues, coéquipiers et avaient combattu côte à côte de nombreuses fois. Certes, ils n'avaient jamais passé des nuits entières à se confier l'un à l'autre, n'avaient jamais ressenti le besoin de raconter à l'autre leur passé, mais sa sœur ? Amanda était sa sœur ? Elle n'arrivait pas à y croire.
"Enchantée, répondit-elle d'un ton acide."
Amanda ne répondit pas, se contentant de la regarder de haut en bas avant de se tourner vers son frère : "Où étiez-vous lorsque mes hommes vous ont trouvés ? Vous n'avez pas été malmenés ?
- Passé le moment de surprise, non. Est-ce que ils ne pouvaient pas simplement dire que tu les envoyais ?
- C'était plus simple comme ça. Et je ne les ai pas mis au courant de toute l'affaire. Ils m'auraient posé trop de questions."
Mustang leva les yeux au ciel : "Je vois que tu n'as pas perdu ton goût pour les secrets.
- Toutes les vérités ne sont pas bonnes à savoir", répliqua la jeune femme d'un ton tranchant. D'un geste de la main, elle leur désigna une caisse en bois avant de s'installer sur l'une d'entre elle. "Qu'est-ce que vous avez foutu ? La moitié de la capitale vous cherche et d'après ce que j'ai entendu, le reste du pays risque de suivre".
Mustang jeta un regard désapprobateur aux caisses - alcool de contrebande - avant de s'y adosser, face à sa sœur. Visiblement, le temps pour les étreintes était passé.
"C'est une longue histoire.
- Je n'ai rien d'autre à faire que de l'écouter, rétorqua Amanda. Où étiez-vous lorsque mes hommes vous ont trouvés ?
- On se rendait chez Bradley, son appartement à la limite du district Est"
Amanda leva un sourcil : "Bradley ? Je pensais que tu aurais essayé de rejoindre le Quartier Général pour consolider tes forces. Ou essayé de les reconstituer ailleurs.
- La situation est un peu plus compliquée que prévue.
- A cause des traîtres dans les rangs ?
- Comment est-ce que tu sais ?" demanda Mustang, en fronçant les sourcils.
Mais la réponse était évidente.
"Le meurtre d'Estes ? demanda Riza. Le message sur le mur. Nous pensions qu'il s'agissait d'une menace mais c'était un avertissement ?"
"Surveille tes arrières."
Cette phrase prenait un tout autre sens maintenant.
"C'est également la raison pour laquelle vous n'étiez pas plus inquiet que cela, monsieur. Votre sœur ne vous aurait pas menacé comme ça."
Mustang évita soigneusement son regard tandis qu'Amanda hochait la tête, imperturbable : "Cet abruti a essayé de débuter une alliance avec moi. Il était prêt à me vendre une liste de noms.
- Quels noms ?
- Des haut-gradés. Vous n'étiez pas au courant ?
- Pas pour ce point.
- J'ai pourtant ordonné à mes hommes de la laisser bien évidence, pointa la criminelle en haussant un sourcil.
- Et vous leur avez aussi ordonné de le mutiler ? demanda Riza d'un ton sec.
- Tout à fait."
Ses yeux, comme deux lames acérées, plongeaient sans hésitation dans ceux de Riza qui soutint sans ciller. Amanda avait beau avoir l'air frêle, Hawkeye sentait en elle son implacabilité. Sans la présence de Mustang, la criminelle n'aurait sans doute pas hésité à donner l'ordre de la tuer. Mais il en fallait davantage pour impressionner la soldate, qui croisa calmement les bras.
"L'information n'est jamais parvenue jusqu'à nous, déclara Mustang d'une voix calme. A cause de Remington, j'imagine."
Il pouvait également s'agir de d'un autre soldat de l'équipe d'investigation, mais le faisceau d'indices contre le colonel était accablant : l'homme qui lui avait rendu visite, le témoignage de David Quinn, et maintenant cela.
"Un autre traître, commenta Amanda avec détachement.
- Nous avons toutes les raisons de croire que le réseau est conséquent et que ses membres sont particulièrement bien positionnés.
- Quel est le rapport avec Bradley ?"
Pour la première fois, Mustang sembla hésiter et Riza se demanda à quel point le frère et la sœur avaient pu rester en contact toutes ces années. Lui avait-il dit pour Bradley, les homonculus et le Jour Promis ? Avaient-ils même pu s'écrire ? se parler ? Le lien de parenté aurait fait scandale, même si Mustang n'avait pas été généralissime. Le héros d'Ishbal, frère de la plus grande criminelle d'Amestris.
Mustang soupira et se pinça l'arête du nez : "Pourquoi nous as-tu fait venir ici, Amanda ? Tu n'as pas pour habitude de te mêler des affaires du gouvernement.
- Parce que la moitié de la ville te cherche pour placer ta tête sur une pique ?
- Uniquement pour cette raison ?"
Le regard d'Amanda se durcit instantanément : "J'aurais pu ne pas le faire. Vous laissez fuir et crever comme des rats.
- Je ne dis pas que je ne t'en suis pas reconnaissant, Amanda. Mais je ne t'ai pas vue depuis des années.
- Tu sais pourquoi je suis partie, répondit-elle d'un ton dangereusement bas.
- Et tu sais pourquoi je te pose la question. C'est toi qui m'as appris à me méfier, après tout."
Frère et sœur s'affrontèrent un instant du regard avant qu'Amanda ne cède finalement : "Apparemment tu n'es plus aussi stupide qu'auparavant. J'ai demandé à mes hommes de te retrouver, en souvenir du passé. Pour Mme Christmas, ajouta-t-elle d'un ton cassant. Il n'y avait pas d'autre motif derrière. Libre à toi d'y croire ou pas."
Mustang sembla évaluer la réponse un instant, avant de finalement soupirer : "Merci. On soupçonne le fils de Bradley de préparer un sale coup.
- Selim ? Celui qui est mort dans les attentats ?
- C'est une longue histoire, je t'avais prévenue."
Mais encore une fois, Amanda leur indiqua d'un regard implacable qu'elle n'attendait que cela.
Mustang récapitula d'une voix vide d'émotion l'histoire depuis le début - les homonculus, la Pierre Philosophale, le Jour Promis - jusqu'à leurs dernières découvertes. La faction. Selim. Hakuro. Et l'explosion. Sa sœur le fixa, impassible et son air absolument impénétrable mit les nerfs de Riza à rude épreuve.
Quel genre de personnes pouvait rester aussi froid en apprenant l'existence des homonculus, leur tentative presque réussie pour tuer la totalité du pays ? Il n'y avait aucun signe de surprise, d'horreur ou de dégoût au fond de ses yeux bleus. Rien d'autre qu'un regard d'acier intraitable.
"Alors il ne reste que vous pour faire face à un ... enfant qui contrôle le réseau de traîtres. Est-ce que vous avez la moindre idée de l'endroit où il pourrait avoir trouvé refuge ? Il pourrait être n'importe où"
Mais Mustang secoua la tête et Amanda émit un rire moqueur : "Vous retrouvez isolés au moment où vous auriez le plus besoin de renforts.
- Ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup de choses qu'on pouvait faire contre ça, répliqua Roy avec agacement.
- Vous avez de la chance que je vous aie retrouvé avant le reste de la foule, commenta sa sœur en secouant la tête.
- Pourquoi ? que sais-tu ?"
Elle se releva et fit quelques pas, son air pensif reproduisant parfaitement celui de Mustang. A moins qu'il ne s'agisse de l'inverse.
"La situation va dégénérer bientôt. Tes hommes ont donné l'ordre de tirer sur la foule si nécessaire et celle-ci ne prévoit pas de se coucher sagement, au contraire.
- La population civile compte se battre ? demanda Hawkeye. Ils n'ont rien, pas d'armes, pas de...
- Ils ont des armes, corrigea lentement Amanda.
- Que vous leur avez fournies."
Encore une fois Amanda leva vers elle un regard dur mais Mustang l'interrompit : "Pas maintenant. Ces affaires ne sont plus prioritaires. Armstrong et Grumman vont gérer la situation mais nous devons retrouver Selim et ce petit enlèvement lui confère encore plus d'avance, Amanda.
- Combien d'heures Selim a-t-il d'avance ? Douze ? Vingt-quatre ?
- Presque vingt-quatre.
- Alors il a déjà eu le temps de se terrer quelque part pour entamer sa transformation. Inspecter chaque propriété de Bradley ne changera rien.
- ça vaut toujours le coup d'essayer, insista Mustang."
Mais sa sœur secoua la tête : "Alors tu es aussi stupide qu'auparavant, Roy.
- Et que proposez-vous ? intervint Riza, avant que Mustang ne puisse réagir. Nous retenir ici pour lui laisser le temps de retrouver ses forces, trouver des ressources et passer à la suite de ses plans ?"
Amanda lui lança un regard assassin qui l'arrêta malgré elle.
"Vous rentrez avec moi, passez la nuit sur place, et demain nous commençons à planifier la bataille. Vous ne pouvez pas continuer à foncer tête baissée, cela ne vous amènera à rien."
Riza fronça les sourcils : cette femme comptait-elle réellement prendre part aux opérations ? Elle jeta un œil à Mustang qui semblait sérieusement considérer l'offre et Amanda insista : "Où comptez-vous allez à cette heure-ci ? Avec la moitié de la ville qui vous court après ?
- Très bien, autant rester ce soir, accepta Mustang en insistant sur les derniers mots."
Sa sœur hocha la tête d'un air presque satisfait et se releva d'un petit bond, s'éloignant sans vérifier qu'ils la suivaient réellement.
"Ne tentez rien dans la voiture. Mes hommes pourraient réellement vous tuer."
"Comment Panaya savait-elle que Selim était capable de donner des ordres et modifier les souvenirs ? demanda Fuery."
L'ambiance était tendue dans l'appartement. Fuery, Colt et Smith étaient revenus, apportant avec eux la nouvelle de la mort de Panaya. Si Colt s'était réfugiée dans un mutisme inquiétant, Smith brûlait d'une colère froide, plus encore d'avoir dû laisser le corps de leur camarade sur place.
"Aucune idée, elle n'a pas précisé, répondit Broche d'une voix hésitante.
- Elle n'a pas pu le découvrir par elle-même étant donné qu'elle n'était pas sous influence.
- Elle l'a peut-être vu faire ?
- Sur l'un de vous ? compléta Fuery."
Breda haussa les épaules : peut-être mais ils allaient avoir du mal à le prouver étant donné qu'ils ne se souvenaient de rien.
"Ou peut-être que les frères Elric lui ont apporté une preuve ? suggéra Broche.
- Ils avaient disparu quelques temps", rappela Colt d'une voix rauque. Elle décroisa les bras et se mit à bouger pour la première fois depuis un moment. "Ils trainaient près des Bradley et d'un coup, ils ont disparu. Ils ont peut-être vu quelque chose et l'ont rapporté à Panaya."
Mais Breda secoua la tête : "Les deux frères ont disparu avant que Panaya ne... déserte. Les événements ne coïncident pas.
- Alors peut-être que Selim les a retenu ou...
- En quoi est-ce que c'est important ? coupa Smith avec impatience. On aura de toute façon jamais la réponse à cette question puisque Panaya est morte."
Ces mots atteignirent Breda comme un coup à l'estomac et il ne fut pas le seul à serrer les dents. Du coin de l'œil, il vit Colt et Breget se figer une fraction de seconde avant de se remettre à respirer.
"Comprendre comment elle a su pourrait nous aider à y voir plus clair, expliqua Breda. Peut-être même nous souvenir de ce qui s'est passé.
- Vraiment ?
- On n'a pas le choix. En attendant on est coincés ici. On ne peut pas risquer de s'approcher de Mustang tant qu'on ne sait pas quels ordres nous ont été donnés. Imagine que tu lui tires dessus à vue ?
- Mais tu l'as vu et il ne s'est rien passé, fit remarquer Smith. Nous n'avons aucune raison de croire que Selim nous aurait pour ordre de nuire physiquement à Mustang.
- Ce n'est pas quelque chose que nous voulons tester grandeur nature.
- Alors quoi ? On reste ici sans savoir si on va un jour récupérer nos souvenirs ?
- On reste ici et on travaille à récupérer nos souvenirs, gronda Breda."
Il comprenait la colère de Smith, l'impatience et l'envie de vengeance qui lui rongeaient l'estomac. Lui aussi ressentait la même chose. Peut-être pas avec autant d'intensité que ceux qui avaient retrouvé le corps, mais Breda avait personnellement choisi Panaya. Il avait été la trouver, pas l'inverse. Il était responsable du sort de tous ceux qui constituaient son équipe. Il comprenait la douleur de son coéquipier mais ils ne pouvaient pas foncer la tête baissée. Pas contre un adversaire comme Selim.
"Très bien, acquiesça Breguet, dans une tentative pour apaiser la situation. On va repartir sur les lieux, analyser la scène. On trouvera peut-être d'autres indices.
- Pas au milieu de la nuit. On n'y verra rien du tout.
- Et en parallèle, on peut reprendre les événements dans l'ordre. Voir s'il y a des incohérences, si Panaya et les frères Elric ont pu ...
- Depuis combien de temps est-ce qu'on fait ça ? et quels résultats avons-nous obtenu ? coupa Smith. On ne peut pas se contenter de ça, Breget.
- Et que proposes-tu d'autre, à part foncer dans le tas, et risques nos vies ainsi que celle du généralissime ?"
Smith s'apprêtait à répliquer lorsque la voix de Colt l'interrompit : "Nous ne savons pas ce que nous avons pu faire car nous ne nous en souvenons pas. Mais peut-être que d'autres si.
- D'autres ? demanda Breda."
La jeune femme acquiesça et déplia ses jambes, se mettant à bouger pour la première fois de ce qui semblait être une éternité : "Si Selim nous a manipulé, c'est qu'il avait besoin d'informations, mais pas que. Il a dû se servir de nous autrement.
- Pour mentir à Mustang ? lui cacher l'état de la situation ?
- Et c'est tout ? S'il cherche à se venger, ce qui aurait du sens, ce n'est pas avec deux trois mensonges qu'il va arriver à quoi que ce soit.
- Avec nous sous son contrôle, il avait accès à beaucoup plus que de simples informations, acquiesça Breda."
Un réseau, des informateurs et des ressources militaires.
"Lorsque Panaya s'est enfuie, est-ce qu'il s'est contenté de nous demander de la poursuivre ? De garder l'œil ouvert ? Si elle connaissait toute la vérité à son sujet, Selim devait vouloir la faire taire le plus vite possible.
- Le Cannibale ? demanda Smith. Tu penses qu'il nous a fait recourir au réseau ?
- Est-ce que ce ne serait pas la démarche la plus logique ?"
Mais la question était rhétorique. Bien sûr que Selim avait dû leur demander de faire leur possible pour retrouver Panaya. Et avec un réseau de guetteurs sous la main, il n'avait aucune raison de s'en passer.
"Les gars se souviendront. Surtout pour ce type de demande."
L'énergie avait changé dans l'appartement. L'air n'était plus aussi lourd, aussi pesant maintenant qu'ils avaient une piste et n'étaient plus condamnés à rester enfermés.
"Un binôme s'y rend demain, approuva Breda. D'autres idées de ce genre ? D'autres actions de notre part ont pu laisser une trace, des témoins pertinents.
- Arthur ?" suggéra Breguet.
Mais le chef d'équipe secoua la tête : "Etant donné tout le temps qu'il a passé avec Broche, Ross et moi, Broche et Ross s'en souviendraient. Et s'il a réussi à se mettre en sécurité, ne le mêlons pas à tout ça de nouveau.
- Qu'en est-il de ton carnet ? Tu as peut-être remarqué et noté quelque chose sans t'en rendre compte ?"
Breda fronça les sourcils : "De quoi est-ce que tu parles ?"
Laisser des notes écrites était le meilleur moyen de faire fuir des informations, même sans le vouloir. Un carnet pouvait être lu à leur insu, dérobé. Non, tous faisaient l'effort de retenir les informations transmises. Aucun d'entre eux n'aurait été suffisamment bête pour laisser une piste écrite.
Mais toute son équipe le dévisageait, perplexe et un mauvais sentiment lui étreignit le ventre.
"Le carnet qui est dans ta poche intérieure, précisa Breguet, hésitant."
Et aussi soudainement que le carnet venait d'atterrir dans sa poche, Breda en ressentit le poids sur sa poitrine.
"Qu'est-ce que..."
Depuis quand cet objet était-il dans sa poche ?
Un vertige le saisit alors qu'il attrapait le calepin noir.
"Est-ce qu'ils ne font plus confiance à la veuve Bradley ?". "On va partir du principe que leur surveillance va dans notre sens et qu'il s'agit de paire d'yeux supplémentaires braqués sur les Bradley."
Breda sentait le poids des regards sur lui mais il ne savait pas quoi leur dire. Des pages et des pages, noircies par son écriture, mais aucune qu'il ne reconnaisse. Aucune qu'il se souvienne avoir écrit.
"C'est pas vrai, souffla Smith, en feuilletant le carnet. Tu as noté presque toutes les conversations avec Mustang ?"
Breda secoua la tête, incapable de prononcer un mot.
Et soudainement, les souvenirs le submergèrent.
Visiblement les hommes d'Amanda décidèrent d'un accord commun qu'il n'était pas question de les laisser voyager seuls avec leur cheffe et un de ses gardes s'entassa sur la banquette arrière avec Mustang et Hawkeye. Mais au moins, cette fois, on ne leur enfonça pas un sac sur la tête. Le trajet s'effectua dans un silence pesant, tandis que le chauffeur manœuvrait la voiture en douceur dans les rues désertes. Apparemment, les troubles du centre-ville ne s'étendaient pas jusque-là.
"Où sommes-nous ? demanda Mustang."
Il évitait le regard de Riza, fixant obstinément devant lui.
"District Nord."
Ils arrivèrent rapidement devant un petit pavillon. Une maison de banlieue tout à fait ordinaire, dans un quartier calme dont toutes les bâtisses se ressemblaient. La même clôture blanche qui délimitait chaque jardin. Le même crépi sur chaque façade et la même couleur de volets. Rien n'aurait pu laisser deviner que la criminelle la plus recherchée du pays vivait à l'intérieur. Mais encore une fois, en presque dix ans, jamais l'armée n'avait réussi à obtenir ne serait-ce qu'une description de cette femme et Riza comprenait maintenant pourquoi Mustang n'avait jamais cherché à corriger ce point.
"Ils prennent la chambre à l'étage, déclara Amanda à l'attention de l'un de ces gardes-chiourmes avant de se retourner vers eux : Nous parlerons demain."
Sans leur adresser un regard supplémentaire, la jeune femme s'éloigna en direction de l'arrière de la maison et leurs gardes les firent conduisirent à l'étage supérieure. Parquet de bois sombre, murs tapissés d'un motif à fleurs discrets et voilages blancs aux fenêtres. Du classique en tout point. Même la chambre semblait relativement quelconque : un bureau modeste à droite, un lit double qui occupait la majorité de l'espace et au fond, une porte blanche. Probablement un placard ou une salle d'eau.
La porte se verrouilla derrière eux et par réflexe, Riza avança jusqu'à la fenêtre - pas bloquée, mais trop petite pour les laisser passer - avant passer en revue le contenu du bureau - rien d'utile ni même d'intéressant.
"J'imagine que nous sommes coincés ici pour la nuit, déclara Mustang, après avoir inspecté l'autre pièce, une petite salle de bain.
- Cela nous laisse le temps de discuter, rétorqua Riza en tirant à elle la seule chaise de la salle. Je pense que vous me devez quelques explications."
Mustang grimaça, avant de s'asseoir sur le bord du lit.
"En effet, marmonna-t-il, je ne sais même pas par où commencer.
- Peut-être par le fait que vous n'avez jamais parlé de votre sœur, rétorqua Riza d'un ton acide. Ressemblance frappante, d'ailleurs."
Elle était énervée, au-delà du raisonnable, et elle le savait. La fatigue, les événements des derniers jours ne suffisaient pas à expliquer ce sentiment de trahison. Mustang connaissait toute sa vie. Sa mère, décédée dans son enfance, son père, alchimiste à moitié fou qui avait tenu à tatouer le fruit de ses recherches dans son dos avant de mourir. Il avait vu cette maison hantée par cette absence et la jeune fille perdue qu'elle avait été, avant de s'enrôler. Mais elle se rendait compte à présent que Mustang ne lui avait jamais rien confié. Pas son passé, pas sa famille. Ce déséquilibre donnait à Riza l'impression d'avoir été trahie. Et à en juger par l'expression coupable qui se peignait sur son visage, Mustang voyait très bien où était le problème.
"Nous ne sommes pas reliés par le sang, expliqua-t-il maladroitement.
- Alors comment ?"
Mustang soupira et passa une main sur son visage : "Est-ce que vous connaissez Mme Christmas ? le Memphis ? le bar qui était derrière...
- Je vois ce dont vous voulez parler, le coupa Riza. Et ce n'était pas vraiment un bar. Plutôt... un bordel, ajouta-t-elle avec gêne. Mais je ne vois pas où vous voulez en venir.
- Mme Christmas, Chris Mustang de son vrai nom, est notre mère. Adoptive. Surtout la mienne à vrai dire."
Riza resta bouche bée : "Mme Christmas est votre mère ?
- Vous ne vous y attendiez pas.
- Et le... bar... ?
- Environnement inhabituel pour élever des enfants, n'est-ce pas ?"
Elle pouvait difficilement dire le contraire. Mustang avait toujours une réputation de coureurs de jupons, à fréquenter les bordels. Mais si sa mère en était la tenancière, cette réputation prenait une toute autre dimension. Il semblait lire dans ses pensées puisqu'il lui adressa un sourire hésitant, qui lui pinça le cœur : Riza ne l'avait jamais vu aussi si peu sûr de lui.
"Mère adoptive, vous avez dit ?
- Nous étions tous un peu ses enfants adoptifs, mais moi plus que les autres. Mme Christmas avait l'habitude de récupérer les orphelins qui traînent dans les bas-fonds de la ville. Les filles surtout. C'est comme ça qu'elle les... recrutait. Les orphelines, les filles qui avaient été vendues par leur propre famille, pour régler une dette ou autre. Celles qui avaient perdu leur famille dans ces guerres de gangs. Mme Christmas les recueillait, les nourrissait et en échange, elles travaillaient pour elle."
Riza ferma un instant les yeux, horrifiée par la vérité. La colère qui l'avait animée précédemment s'était brusquement évanouie, douchée par l'horrible réalité. Sa tête semblait pédaler à vide, incapable de comprendre, d'assimiler les informations sordides que Mustang lui confiait.
"Et vous faisiez partie de ces enfants ?
- Oui et non. Je n'ai jamais travaillé pour elle si c'est ce que vous demandez.
- Non, je... ce n'est pas... balbutia Hawkeye, consciente d'être en train de rougir.
- Mes parents ont été tués quand j'avais cinq ans, je pense ? Je ne me souviens pas de grand-chose. Mme Christmas était amie avec eux alors elle m'a pris sous son aile. Et les parents d'Amanda sont morts à peu près à la même époque. Sous ses yeux. Mme Christmas l'a recueillie elle aussi. Nous étions deux enfants perdus, propulsés dans un nouveau monde et nous n'avions que l'un et l'autre à qui nous raccrocher. Mais Amanda était une jolie petite fille, à ce moment-là. Quasiment en âge de travailler."
Riza détourna le regard, consciente que Mustang guettait ses réactions de près. Elle n'avait pas eu une enfance dorée mais lui remportait haut la main la palme du sordide. Une partie d'elle comprenait qu'il n'en ait jamais parlé et aurait presque souhaité ne pas découvrir cet aspect-là de sa vie. Mais le secret avait à présent été éventé.
"Pourquoi vos parents ont-ils été tués ?" demanda-t-elle d'une voix rauque.
Mustang haussa les épaules : "Ils devaient probablement de l'argent à la mauvaise personne. C'était une époque sombre, avant Bradley. Beaucoup de gens mourraient sans que les hauts gradés de Centrale ne s'en émeuvent. Le sort des pauvres n'intéresse pas grand monde.
- Vous n'avez pas cherché à en savoir plus, quand vous êtes rentrés dans l'armée ?
- J'ai essayé. Mais le rapport tenait en une seule page et quinze ans s'étaient écoulés. On ne peut pas dire que l'équipe en charge de l'investigation se soit donnée beaucoup de mal. Et avec ce qu'ils avaient écrit, il n'y avait aucun intérêt à rouvrir l'affaire. Pas quinze ans après.
- Est-ce que ça fait partie des raisons pour laquelle vous avez voulu intégrer l'armée ?
- ça et côtoyer toute cette misère au quotidien. Je pensais que je pourrais faire une différence. Changer les choses, protéger les pauvres. Et puis j'ai été envoyé à Ishbal. Vous connaissez la suite."
C'était la première fois que Riza le voyait aussi hésitant, guettant ses réactions avant autant d'appréhension, et elle avait l'impression que pendant un bref instant leurs places avaient été échangées. Elle n'était plus la fille effrayée de son professeur d'alchimie décédée et il n'était plus l'étudiant plus âgé de son père. Cette fois, ce n'était plus elle qui lui révélait toutes les horreurs de son passé, mais lui qui attendait son jugement sans un mot.
"Et Amanda ? comment a-t-elle atterri ici ? A la tête de la pègre ?
- La vie, j'imagine, répondit Mustang avec un haussement d'épaule.
- Vous étiez tous les deux orphelins, protesta-t-elle. Recuei...
- Essayez de vous mettre à sa place, colonel, la coupa-t-il en secouant la tête. Elle n'était pas une petite fille de cinq ans effrayée qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Elle avait douze ans et a vu ses parents être exécutés devant elle par la pègre. Dieu sait ce que ces hommes ont pu lui faire à ce moment-là. La seule main qui lui est tendue est celle d'une tenancière de bordel. Ce ne sont pas les conditions les plus optimales pour grandir. Ça ne peut pas mener à quoi que ce soit de glorieux.
- Vous l'avez fait, fit remarquer Riza.
- Encouragé par Mme Christmas : un petit garçon, plutôt bel enfant, charismatique, avec un talent pour l'alchimie. Ma mère avait des projets pour moi. Peut-être pas le poste de généralissime mais elle pensait clairement qu'en me plaçant dans les hauts rangs de l'armée, elle y gagnerait quelque chose. Amanda n'avait personne pour... la pousser, croire en elle.
- De là à prendre la tête de la pègre ?
- Amanda avait une vision plus cynique du monde : j'ai voulu devenir généralissime pour changer les choses. Elle pensait - peut-être à raison - que personne ne s'intéresserait jamais aux plus pauvres, que personne ne verrait leur combat de tous les jours. Et puis, elle voulait se venger. Plus que tout au monde. Alors elle a choisi de prendre sa place.
- La place de qui ?
- Dillinger. Vous avez entendu parler de lui ?"
Riza hocha la tête. Difficile de ne pas connaître le nom de celui qui avait fait régner la terreur sur les quartiers populaires d'Amestris pendant plus de vingt ans.
"Les parents d'Amanda ont été tués, sur ordre de Dillinger. Ils étaient les petites mains d'un gang rival et ont été pris dans cette guerre intestine. Alors elle a décidé de se venger. Et elle s'est dit qu'en unifiant tous ces gangs, plus personne d'autre n'aurait à subir ce qu'elle avait subi."
Alors elle s'était fait une place dans ce milieu, avait mené une guerre impitoyable à tous les gangs déjà implantés et avait réussi à les unifier, les tenant d'une poigne de fer. Personne dans l'armée ne pouvait ignorer son ascension fulgurante et les changements qu'elle avait introduits dans le milieu : beaucoup moins de petits meurtres non résolus, beaucoup moins de violence quotidienne. Et Amanda régnait sur ce milieu depuis plus de dix ans, sans que l'armée n'ait ne serait-ce que la moindre idée de son visage.
"J'imagine que dans une certaine mesure, elle a réussi", soupira Riza en se levant.
Ils avaient beau avoir passé la journée à courir d'un lieu à un autre, après cette conversation elle avait besoin de marcher. Mais les hommes d'Amanda les avaient enfermés et elle ne put que s'appuyer contre la vitre froide de la fenêtre.
"Un Mustang chacun à la tête de chaque monde, commenta-t-elle doucement. Pas étonnant que nous n'ayons pas incité les troupes à la rechercher davantage.
- Elle n'avait jamais été une priorité du gouvernement précédent et nous avions d'autres chats à fouetter, répondit simplement Mustang. Qu'auriez-vous fait à ma place, colonel ?"
Riza ne savait pas. Elle ne saurait jamais. Grandir dans un bordel, voir sa sœur tomber dans la noirceur de ce monde et ne pouvoir rien y faire. Elle ne pouvait pas prétendre qu'à sa place, elle s'en serait prise à la seule personne qui avait dû compter pour lui toutes ces années.
"Alors maintenant quoi ? Elle nous aide à combattre Selim ?
- Il semblerait."
Même sans le voir, Hawkeye entendait dans sa voix du soulagement. L'affaire était close. Son passé restait son passé et pour l'heure, ils avaient toujours les mêmes problèmes à résoudre.
"Vous n'aviez pas l'air si sûr tout à l'heure.
- Je n'ai pas vu Amanda depuis des années. Je ne sais pas à quel point elle a pu changer par rapport à l'adolescente qu'elle a pu être.
- C'est-à-dire ?"
Elle se retourna vers Mustang qui passait une main lasse dans ses cheveux.
"Cynique, brutale et endurcie. Mais en même temps, affectueuse. Elle a été ma seule famille pendant un temps, avant de disparaître.
- Espérons qu'elle voit toujours les choses de la même manière."
Mais Mustang se contenta d'hausser les épaules et un mauvais pressentiment étreignit Riza.
Selim se réveilla, complètement groggy.
La lumière inondait la pièce et lui indiquait que la journée était bien entamée mais il trouva difficilement l'énergie de se lever. Tout son corps était perclus de douleur, comme s'il avait été roué de coups ou comme s'il avait été compressé sous un engin de chantier. Mais parce que son estomac réclamait à manger avec force de cris il se força à se relever.
Après l'explosion, il s'était précipité avec Marcoh dans la maison voisine. L'onde de choc l'avait projeté en arrière, beaucoup plus violemment que ce que son corps n'était prêt à endurer et plusieurs de ses côtes s'étaient brisées sur le coup. Mais peu importe. Ils étaient remontés à la surface puis avaient commencé à rassembler les sacrifices.
La pierre tirait sa force du nombre de vies qui la composaient et du nombre d'utilisation. Ils s'étaient donc astreints à rassembler autant de monde que possible et avec ses pouvoirs, cela n'avait pas été difficile. A l'aide de quelques complices involontaires, il avait rassemblé l'ensemble du quartier et même un peu plus, au même endroit sous prétexte d'une alerte au gaz - c'était fou comme, au beau milieu de la nuit, ces gens avaient été rapides à se faire confiance. Ils avaient réussi à créer une pierre d'une taille suffisante avant de partir. Selim n'avait aucun intérêt à trainer dans le coin, alors que les frères Elric ou Mustang risquaient de refaire surface.
Il s'était alors réfugié avec Marcoh dans un appartement au nom de Pride, non loin de là. Une suite de pièces poussiéreuses dans laquelle sa mère n'avait pas mis les pieds après la mort de King Bradley, mais bien utile, lorsqu'il avait dû trouver un endroit où se planquer pour se transformer. Bien sûr, il n'était pas exclus que Mustang débarque d'un moment à l'autre - après tout, le gouvernement devait bien avoir accès à la liste des propriétés de Pride - mais pour le moment, Selim n'était pas inquiet outre mesure. Il faudrait du temps avant que Mustang ne puisse contacter à nouveau ses alliés. Et si Hakuro avait fait son travail correctement, il ne devait pas en rester énormément.
C'était la première fois que Selim subissait cette opération. Il avait été créé du corps de Père, à partir de la pierre elle-même et n'avait jamais eu à souffrir autant qu'il souffrit au moment où la pierre pénétra son système. Comme si des flammes se répandaient dans son corps, celui-ci s'était mis à le brûler, tout entier et Selim avait hurlé à s'en casser la voix, pendant ce qui lui semblait être des heures. Des heures, le corps traversé par des éclairs de douleurs, l'esprit perdu dans un torrent d'âmes en souffrance. A présent, Selim se sentait courbaturé mais étrangement fort. Pas autant qu'avant, mais beaucoup plus que ces deux dernières années. Il savait que de cette manière, il ne reviendrait réellement pas un homonculus. Il serait un hybride, comme Pride ou Greed l'avaient été. Des corps faibles, teintés de la même humanité. Mais c'était mieux que rien et Selim était prêt à tout.
A son réveil, Marcoh l'attendait, recroquevillé dans un coin, attaché par des liens que le médecin avait lui-même noués. Et à présent, il le regardait d'un air amer, effrayé mais surtout plein de dégoût.
"Vous avez sacrifié des dizaines de vie, peut-être une centaine, cracha Marcoh. Et tout ça pour quoi ?
- Pour me venger, docteur, répondit Selim avec un sourire léger."
Il sentait la puissance dans son corps, à nouveau. Dans ses bras, ses jambes et jusqu'au bout de ses doigts. Il étira son ombre et sectionna le voilage suspendu devant une fenêtre.
Pas mal. Pas aussi puissant qu'avant, mais définitivement plus que précédemment.
"Marcoh, ferme les yeux."
Le vieil homme se raidit mais obtempéra quand même et le sourire de Selim s'élargit : il avait conservé également cette capacité bien utile.
"Vous ne pourrez jamais gagner, grogna Marcoh, les yeux toujours fermés. Mustang et son équipe, les frères Elric... tous ceux qui ont collaboré la première fois pour vous vaincre collaboreront à nouveau. Et nous vous tuerons cette fois."
Selim se contenta d'éclater de rire : "Pardonnez-moi, docteur Marcoh, mais les frères Elric ne sont plus en état de faire quoi que ce soit, étant donné l'état dans lequel je les ai laissés. Et bientôt, Mustang ne le sera plus non plus."
à suivre...
Alors, je n'avais pas menti. La situation s'améliore, non, pour Mustang ?
L'idée de faire intervenir la sœur adoptive de Mustang me trottait dans la tête, depuis quasiment le début de la fanfiction. J'aime énormément inventer et réécrire le passé de Mustang et Hawkeye (de manière très sordide). Je pense que j'ai écrit la scène où ils se retrouvent il y a presque trois ans et j'avais vraiment hâte de partager ça avec vous, pour avoir votre avis.
J'aime aussi beaucoup la scène où Mustang doit des explications à Hawkeye et lui en livre sans qu'elle n'ait beaucoup à insister parce que ça montre la profondeur de leur lien selon moi. Oui, c'est très subtil, comme Royai, mais je vous jure que c'était l'objectif ^^; et maintenant, ils sont enfermés dans la même chambre and there's only one bed... ;)
Bref, n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous pensez de ce dernier développement (surprise ? cliché ? déjà-vu ? vous êtes impressionnés parce que le premier indice date du chapitre 13 "Créance de Sang" ? tout est possible lol)
