Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers :

- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.

- le titre vient d'un roman de Mary Higgins Clark

Mon petit blabla avant de commencer : Non, je n'ai pas totalement craqué, concernant le titre du chapitre. Il y a réellement un rapport avec le livre (oui, oui x)). J'ai hésité à publier ce chapitre car vous n'allez pas tarder à me détester, si ce n'est pas déjà le cas ^^;... En tout cas, merci à Muse-and-Music pour sa review et à tous ceux qui lisent sans forcément commenter. Je vous vois dans les stat et j'essaie de me raccrocher à ça pour continuer cette histoire dont j'ai du mal à voir le bout (c'est très long à écrire, tout ça x)).

Précédemment dans La Pièce Vide : Remington empêche de justesse un coup d'état de la Faction et tient bon, face aux pressions de Jeffrey. De son côté, Breda est rejoint par le dernier membre encore actif de l'équipe Mustang : Falman. Tous essaient de trouver un moyen d'aider le président même si leur situation ne paraît pas favorable. En parallèle, Mustang et Hawkeye se décident à se mettre à la recherche des frères Elric, avec l'aide de Bobby et d'Amanda. Cela les amène à trouver un mot laissé par Grace...


Recherche Jeune Femme aimant danser

"Grâce et Elysia sont en vie."

Le soulagement était tel que la tête lui en tournait. Subitement, il respirait mieux, se sentait soulagé d'une culpabilité écrasante. La femme et la fille de Maes étaient toujours en vie et elles avaient besoin de lui. Roy pouvait encore arranger la situation.

Mais Hawkeye secoua la tête d'un air sombre : "Vous ne pouvez pas le savoir.

- Je sais mais...

- Nous ne savons pas qui a laissé ce message.

- Je sais ! rétorqua Mustang avec impatience."

Après la mort de Maes, Mustang avait insisté pour que Grace dispose d'un ou plusieurs moyens de le contacter discrètement, si nécessaire. Que ce soit par des intermédiaires ou plus directement comme ici. Mais il n'était pas stupide. Malgré l'espoir qui l'avait saisi à l'instant, il savait qu'il pouvait s'agir d'un piège. Que Grace et Elysia étaient peut-être sous le contrôle de Selim, voire pire.

Hawkeye insista : "Qui est au courant ? Qui pourrait avoir utilisé ce mode de contact pour vous tendre un piège ?"

Elle voulait l'entendre de sa bouche, redoutait qu'il ne fonce la tête baissée, mais que pouvait-il faire ? Même si le risque existait, pouvait-il ignorer le message ? Seulement avant qu'il ne puisse protester, des détonations retentirent.

"Qu'est-ce que..."

Au bout de l'avenue, des cris s'élevèrent. Pas des cris de terreurs mais des hurlements de colère et de rage. Et derrière, le son des soldats qui avançaient au pas.

"On dégage d'ici, déclara Bobby. Suivez-moi."

Pendant une fraction de seconde, les passants autour d'eux semblèrent hésiter sur la conduite à tenir mais l'instant d'après, des voix retentirent : "C'est l'armée ! Ils ont ouvert le feu, ces sales chiens !

- On va leur faire regretter d'être venus ici !"

En une seconde, la situation bascula dans le chaos. Si une partie de la foule se dépêcha de s'éloigner des coups de feu, une autre partie se dirigea vers le point de contact et sans que Mustang ne sache réellement comment, des armes firent leur apparition dans la rue. Comme s'ils avaient attendu ce moment, des hommes se mirent à distribuer des fusils, appelant à la résistance contre l'armée. Les barricades déjà en place furent rapidement mises à contribution et les mouvements désordonnés freinaient encore davantage le retrait de ceux qui ne voulaient pas combattre.

Mustang jura. Au milieu de tout ce chaos, Hawkeye, Bobby et lui n'arrivaient pas à se sortir de la situation et la dernière chose dont ils avaient besoin était d'être pris dans les combats. Il attrapa le bras d'Hawkeye.

"A droite !"

Bobby acquiesça et s'engouffra immédiatement dans la ruelle. A peine eurent-ils le temps de bifurquer qu'une détonation plus importante retentit : une explosion. Quelqu'un, l'armée ou la foule, avait fait exploser quelque chose et la fumée noire commençait déjà à envahir les rues.

"Courez."

Mais c'était déjà trop tard. Des militaires lancés à pleine allure remontaient l'avenue, armes au poing, tirant à tout va sur les passants. Hawkeye, Bobby et lui avaient beau s'éloigner de la rue principale, les combats s'étaient déjà trop étendus. Bobby pila net au coin de la rue, évitant au dernier moment un tir qui fit exploser le mur à trente centimètres à peine de son visage.

"Demi-tour !"

Mustang s'engouffra dans une ruelle minuscule, permettant à peine à un homme adulte de passer de face. Le fracas des combats retentissait tout autour d'eux et Roy ne pouvait que deviner ce qui était en train de se passer : Remington avait décidé de sonner la fin de la partie. L'insurrection civile avait déjà trop duré et l'armée y mettait fin de la seule façon qu'elle connaissait : avec violence.


"Colonel !"

Audra ne s'embarrassa pas de toquer. Elle ouvrit directement la porte du bureau pour tomber sur un Remington à l'air sombre, en pleine conversation avec Stevenson.

"Laissez-nous, sergent."

Le militaire se tourna vers elle, résigné. Il s'attendait à sa venue, réalisa la jeune femme, sans pour autant se départir de sa colère.

"Les combats. Ce qui se passe en ce moment-même dans le centre-ville... Comment avez-vous pu autoriser cela ?"

Elle venait d'avoir l'information. Un ancien collègue lui avait demandé de confirmer : l'armée avait-elle réellement décidé d'ouvrir le feu sur les civils ? venait-elle de lancer une gigantesque opération de répression ? En ce moment même, des combats avaient lieu dans les rues de la capitale et si elle tendait l'oreille, Audra pouvait elle-même entendre les coups de feu et les explosions.

"Je n'ai rien autorisé, corrigea Remington d'un ton raide.

- Mais vous n'avez rien fait pour empêcher cela."

Le militaire ne fit aucun geste pour nier, se contentant de la fixer, et son air presque désabusé la révolta d'autant plus.

"Vous ne pouvez pas rester les bras croisés !

- Que suis-je censé faire ?

- Je ne sais pas, s'exclama-t-elle. Rappeler ces hommes ? donner des consignes inverses ? En l'absence de Mustang, vous êtes...

- Vous ne comprenez pas, coupa-t-il d'un air sombre. Des civils ont tenté de prendre contrôle d'un entrepôt militaire. Et pas n'importe lequel : un entrepôt qui contenait armures et armement. Leurs intentions sont très claires : ces émeutiers se préparent à un conflit armé avec nous.

- Alors la seule solution est de tous les tuer ?"

Plus personne n'avait d'illusion sur l'objectif des troupes déployées dans les rues : il ne s'agissait pas de retrouver les instigateurs de cet événements mais bel et bien de réprimer toute velléité de soulèvement. La nuit serait sanglante et l'armée ne s'arrêterait pas avant d'avoir repris le contrôle des quartiers barricadés.

"A qui pensez-vous vous adresser exactement, Mlle Evans ? demanda Remington avec colère. Pensez-vous réellement qu'il est possible pour moi de retenir ces hommes, après une tentative de saisie d'armes ? Sur quelle base pensez-vous que je puisse empêcher ce qui est en train de se passer actuellement ?

- Il y a sûrement d'autres...

- Les hommes en charge de la surveillance de ce site ont été débordés. Ils ont tenu comme ils ont pu face à l'assaut, jusqu'à l'arrivée des renforts. Et après des mois, voire des années à encaisser les coups sous le régime Mustang, vous ne pouvez pas leur en vouloir d'avoir voulu rendre les coups pour une fois.

- Même au risque de tuer des civils qui n'ont pas pris part à cette action ?"

Remington secoua la tête : "Je ne peux rien faire pour eux. Ces émeutiers ne récoltent que ce qu'ils sèment."


Avec une rapidité et une efficacité surprenante, Bobby trouva un local désaffecté : un commerce fermé, peut-être abandonné, dont il fractura la serrure sans une seconde d'hésitation. Le trio s'y engouffra rapidement, pressé de se mettre à l'abri des tirs de balle qui fusaient dans la confusion la plus totale.

"Qu'est-ce que c'est que ce bordel !"

Ce n'était pas une question. Tous les trois savaient ce qui s'était produit devant leurs yeux : l'armée avait décidé de reprendre le contrôle de ces quartiers barricadés, peu importe le coût, et la population civile ne comptait pas se laisser faire.

"Il vaudrait mieux monter", suggéra Hawkeye.

Ils étaient entrés par la porte de derrière mais la grande vitrine de la devanture les laissait exposés. Même avec le rideau de fer baissé, ils n'étaient pas à l'abri qu'une balle perdue ou pire, une grenade, ne fasse voler en éclat la vitre. Sans un mot, ils grimpèrent l'étroit escalier qui les conduisit dans une remise poussiéreuse, dont le plafond bas ne leur permettaient de se déplacer que courbés.

"On va devoir attendre ici que ça se calme dehors", grogna Bobby en se laissant lourdement tomber contre un mur de cartons.

Une mince ouverture donnait sur la rue arrière et Hawkeye s'y pencha, tentant d'évaluer l'ampleur des troubles : "ça pourrait bien durer toute la nuit.

- Alors on reste ici toute la nuit."

Mustang s'installa à son tour contre le mur de briques froid. Dans sa main, le message présumément laissé par Grâce. Il n'avait aucun souvenir de l'avoir arraché mais il était heureux de l'avoir fait.

"Roy, je suis en sécurité avec Elysia, mais j'ai besoin de ton aide. Je t'attendrai au 37, Coven Street, District Nord. Mercredi à 11h. Grâce"

Malgré toutes les lettres que Maes l'avait forcé à lire, Roy ne se souvenait absolument pas de l'écriture de la jeune femme et était bien incapable de se prononcer sur l'authenticité du mot. Il fixait les grandes lettres effilées, les mots légèrement penchés sur la droite comme si la réponse allait apparaître devant ses yeux, mais il ne reconnaissait la veuve de son ami nulle part, pas qu'il ait fait de grands efforts pour la connaître. Lorsqu'il releva les yeux, Mustang constata que Hawkeye l'observait avec une hésitation qui ne lui ressemblait pas.

"Dites ce que vous avez à dire, colonel, soupira-t-il."

La jeune femme hésita une fraction de seconde.

"Je sais que vous voudriez que Grâce et Elysia soient en vie. Moi aussi. Mais vous devez garder en tête que le risque qu'il s'agisse d'un piège existe également.

- Je sais."

Bobby les observait avec une attention prudente qui l'énerva davantage.

"Mais je ne peux pas ignorer ce message, poursuivit Roy d'un ton raide.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit.

- S'il existe la moindre chance pour qu'elles soient en vie, je dois y aller. Même si Grâce est manipulée par Selim, je dois y aller."

Hawkeye ferma les yeux un bref instant et Mustang sut immédiatement ce à quoi elle pensait.

"Vous ne pouvez pas prendre cette décision à ma place, gronda-t-il.

- Mais quelles sont les probabilités ?

- Nous les avons prévenues le matin, même. Plus de douze heures avant. Elles auraient eu tout le temps de partir.

- A supposer qu'elles soient partie au moment-même où la conversation s'est terminée. Mais ce n'est pas ce que Grâce vous a dit.

- Douze heures, répéta Roy d'un ton buté. Elle aurait pu changer d'avis."

Mais la jeune femme se contenta de secouer la tête : "Nous avons vu les lits. Les draps défaits.

- Mais nous n'avons aucune certitude."

Et tant qu'il y avait ne serait-ce qu'une once d'espoir, Mustang était obligé d'y croire, parce qu'il l'avait promis à Maes. Riza le savait.

"Et à supposer qu'elles soient en vie toutes les deux, que se passera-t-il ? demanda-t-elle d'une voix rauque. Selim les manipule. Qu'allez-vous faire ? vous laissez sagement vous faire tuer lorsque Grâce pointera le canon de son arme sur la tempe de sa fille ? Ou les regarder mourir sans rien faire ?

- Nous aviserons à ce moment-là, répondit-il, mâchoires serrées.

- Comme nous avons avisé pour Panaya ?"

Le coup le laissa bouche bée un instant.

"Allez vous faire foutre, colonel."

Les mots étaient sortis, furieux, sans qu'il ne puisse les en empêcher et à vrai dire, Mustang n'était pas sûr d'avoir envie de les retenir. Mais Hawkeye n'était pas impressionnée par sa colère.

"Selim a dit vouloir se venger de vous et vous ne savez pas jusqu'où il sera prêt à aller, ni quelle forme sa vengeance prendra. Il a fait venir Winry jusqu'ici pour la tuer devant les yeux du Fullmetal.

- Alors votre solution est de ne rien faire ? s'écria-t-il.

- Bien sûr que non, rétorqua-t-elle sur le même ton. Mais vous avez en tête l'idée d'y aller vous-même. Vous voulez encore une fois foncer tête baissée et risquer votre vie comme si elle ne valait rien. Vous perdez de vue l'important !

- Et qu'est-ce qui est si important que cela ?

- L'important est qu'Alphonse et vous restiez en vie. Cela n'a aucune importance si Edward ou moi mourrons. Aucune espèce d'importance si l'équipe Breda est décimée. Car les deux seules personnes capables d'arrêter Selim sont Alphonse et vous !"

Elle avait débité sa tirade presque sans respirer et ses yeux lui lançaient des regards furieux.

Tout au fond de lui, Mustang savait qu'elle avait raison. Mais Hawkeye ne pouvait pas le protéger de indéfiniment. Il était un soldat au même titre qu'elle, un alchimiste d'état. Et ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'ils affrontaient les homonculus. Mais c'était la première fois que leur objectif était de tuer toutes les personnes auxquelles il tenait, chuchota une petite voix dans sa tête. Et que ferait-il sans Hawkeye ?

Sa colère était retombée comme un soufflé et Mustang détourna les yeux.

"Vous exagérez, colonel. Sans Alphonse ni moi, il restera toujours Scar. Armstrong. Ou même Curtis."

Tout Flame Alchemist qu'il était, Mustang n'était pas irremplaçable. Riza secoua la tête mais avant qu'elle ne dise quoi que ce soit, Bobby s'éclaircit bruyamment la gorge.

"En tout cas, nous ne pouvons pas bouger pour le moment. A quelle heure est ce rendez-vous ?

- Onze heures.

- Alors cela nous laisse plus de douze heures pour y réfléchir calmement."


La déclaration de Smith les avait laissés silencieux.

"Tu ne peux pas décider ça, juste sous le coup de la colère, par envie de vengeance, déclara Breda en secouant la tête.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit.

- ça y ressemble fortement. On ne peut pas foncer tête baissée alors que la situation est chaotique. Entre la faction et tout ce qui se passe dehors...

- Selim est redevenu un homonculus, rappela Smith d'un ton sombre. La dernière fois que ça s'est passé, ils ont essayé de sacrifier le pays entier. Qui sait ce qu'il prévoit de faire cette fois ?

- Quel est votre plan ?"

Colt et Smith échangèrent un regard avant que le soldat ne soupire : "Retrouver les frères Elric, Mustang et Hawkeye.

- C'est un objectif, pas un plan d'action.

- Alors on va rester là sans rien faire ? Mustang et Hawkeye ne nous contacteront jamais parce qu'ils ne peuvent pas nous faire confiance. On est obligés d'aller à eux.

- Comment ? tu prévois de ratisser toute la ville en espérant tomber sur eux ?"

Smith leva les yeux au ciel mais Breda était obligé de jouer son rôle. Il était le chef de cette équipe et leur vie était de sa responsabilité. Il ne pouvait pas autoriser des actions irréfléchies qui les conduiraient à leur mort.

"Le plan d'action est certainement à affiner, intervint Falman, mais une des questions soulevées est intéressante : que Selim prévoit-il de faire ?"

L'ensemble des regards convergèrent vers l'officier du Nord qui poursuivit : "Il est redevenu un homonculus, mais pour quoi faire ?

- J'imagine que se venger de Mustang serait un bon début.

- Et le corps de Winry suggère qu'il prévoyait sûrement de s'en prendre aux frères Elric, compléta Fuery.

- Mais après cela ? Cela reste des actions à court terme. Mais que prévoit-il de faire à long terme ? Rester tout seul dans son coin ?"

Trop concentrés à essayer de redonner du sens à leurs souvenirs, à retrouver Mustang, Hawkeye et Panaya, ils n'avaient pas réfléchi à cet aspect-là.

"La dernière fois, leur objectif était de libérer Père de ses restrictions de mouvement.

- Mais il a été vaincu par les frères Elric, fit remarquer Smith.

- Recréer un autre Père ? suggéra Fuery."

Breda secoua la tête, peu convaincu : tenter de ramener ce père à la vie impliquerait de sacrifier un pays entier. Dans le seul but d'avoir des semblables ? Que prévoyaient-ils de faire initialement après le Jour Promis ?

"Il y a quand même un détail qui me tracasse, intervint Colt. Qu'est-il arrivé à Mme Bradley ?

- La maison était vide, tout comme le reste du quartier, rappela Breda en haussant un sourcil. A priori tous les habitants ont été sacrifiés.

- Mais avons-nous la certitude que Mme Bradley a bien fait partie des sacrifices ?

- Tu en doutes ?"

La soldate haussa les épaules : "Si on y réfléchit, ça me paraît étrange que Selim choisisse de sacrifier sa mère alors qu'il lui a été restitué parce qu'il tenait à elle.

- A voir jusqu'où s'étend son attachement pour elle, nuança Smith. Si Mme Bradley n'a rien remarqué d'anormal ces derniers mois, je parle d'enlèvements, alors soit elle est complice, soit elle a été manipulée, comme tous les autres."

Breda se tapota la jambe, pensif : "Et à supporter qu'elle soit toujours en vie, alors quoi ?

- Où est-elle maintenant ? Et quelle place occupe-t-elle dans les projets de Selim ? Est-ce qu'il va se contenter de la laisser à l'abri quelque part ? La regarder vieillir et ensuite mourir alors que lui est immortel ou presque ?

- Il ne peut pas tenter de la transformer en homonculus, intervint Breguet.

- Pourquoi pas ?

- Parce que cette méthode n'est pas infaillible. Sur la trentaine de cobayes, une quinzaine est morte avant que Bradley ne survive à l'injection de la pierre.

- Il a donc deux choix : tenter de la transformer au risque de la tuer, ou la regarder mourir de vieillesse.

- A supposer qu'elle soit toujours en vie et qu'il tienne réellement à elle, rappela Smith."

Colt roula les yeux.

"Je ne trouve pas l'hypothèse si improbable que cela, commenta Fuery. Le Fullmetal est entré dans son esprit, il y a deux ans. Il ne l'aurait pas rendu à Mme Bradley s'il n'avait pas été convaincu qu'elle ne risquait rien."

Mais à l'époque le jeune homme avait également été convaincu que Selim ne chercherait pas à se venger. Pas l'idée la plus inspirée qu'il ait eue.

"En tout cas, cela ne répond pas à la question initiale, rappela Falman. Quel est l'objectif de Selim derrière tout cela ? Après s'être vengé, que compte-t-il faire ?"

Breda secoua la tête : malgré tout cela, ils n'étaient pas plus avancés.

"Si Mme Bradley est en vie, ce plan l'inclut très certainement, déclara-t-il néanmoins. Cela nous fait un premier objectif : confirmer que Mme Bradley est en vie et la retrouver. J'imagine que si nous mettons la main sur elle, son fils ne devrait pas tarder à nous rattraper.

- Et ensuite quoi ? On l'affronte nous-même sachant qu'il peut nous laver le cerveau ? demanda Smith.

- Il nous faut un alchimiste pour lui faire face. Mustang ne nous recontactera sûrement pas mais le Fullmetal et son frère étaient à Centrale jusqu'à peu. Ils étaient avec Panaya ce jour-là et savent que nous avons, a minima, conscience du problème.

- Mais comment les retrouve-t-on ? S'ils n'ont pas envie d'être retrouvés...

- Mais est-ce que justement, ils n'auraient pas envie d'être retrouvés ? l'interrompit Colt."

Breda fronça les sourcils : "Développe.

- Smith les a croisés avec Panaya. On peut supposer qu'ils savent ce qui s'est passé dans la salle souterraine. Mais on part du principe qu'ils sont à la poursuite de Selim et ne veulent pas de notre aide, mais est-ce qu'au contraire, ils n'auraient pas intérêt à trouver le plus d'alliés possibles pour vaincre Selim ?

- Pas s'ils ne nous font pas confiance.

- C'était le cas, avant, mais Panaya nous a mis au courant. Ça change la donne, vous ne croyez pas ?"

Smith hocha lentement la tête : "Et puis, l'ancienne équipe Mustang a déjà eu à faire face aux homonculus. Cela ferait sens de chercher à se rapprocher de vous.

- Oui, enfin on ne les a pas directement affrontés non plus, corrigea Fuery.

- Mais vous savez ce dont ils sont capables. C'est déjà plus que ce nous.

- On peut donc partir de l'idée que les frères Elric chercheraient à nous contacter, recentra Breda, mais qu'ils ne savent pas forcément comment nous contacter, voire ils se cachent de Selim.

- Le plus logique pour eux serait de nous guetter à un endroit où ils sont sûrs de nous voir apparaître."

La réponse était tellement évidente.

"La maison des Bradley, souffla Breda.

- Quoi ?

- Ils nous attendent chez les Bradley ou dans le quartier, répéta-t-il avec agacement".

La réponse était évidente et pourtant il n'y avait pas pensé avant que Smith ne suggère l'idée. Selim manigançait quelque chose et Panaya était morte dans ce souterrain. Les deux frères attendaient sûrement dans le coin.

"Attends, boss, on y est déjà allés et on a vu personne. Personne ne nous a approchés.

- A supposer qu'ils aient été en état de vous contacter. Mais ils pourraient être blessés, ils auraient pu être inconscients au moment où vous vous êtes rendus là-bas.

- En tout cas, ça ne coûte rien de s'en assurer, intervint Falman. Nous pourrons penser à d'autres lieux si l'intuition de Breda n'est pas fondée."

Mais celui-ci en aurait mis sa main à couper : les frères Elric étaient toujours dans le quartier.

"On va s'organiser de la façon suivante, trancha Breda. Chacun des membres de l'équipe Breda sera en tandem avec une personne saine, qui n'est pas sous le contrôle de Selim. Deux duos vont partir à la recherche des Bradley. Les deux autres vont enquêter sur la disparition de Mme Bradley : si Selim l'a mise en sécurité avant, il doit y avoir des traces. A-t-elle pris le train pour sortir de Centrale ? Dans tous les cas, Falman, Fuery, Ross et Broche, vous avez le rôle de vous assurer que nous ne portons pas atteinte à notre objectif. Au moindre doute, vous faites feu. De préférence pour nous neutraliser. Nous tuer s'il le faut. Mais en aucun cas, vous ne devez hésiter. Est-ce que c'est bien compris ?"

Smith s'était peut-être montré trop enthousiaste à vouloir sacrifier leur vie mais l'idée de tirer dans la cuisse d'un collègue était largement acceptable. Tous acquiescèrent sans hésitation. Ils devaient retrouver les frères Elric avant coûte que coûte.


Son livre lui échappa des mains pour venir s'écraser sur le carrelage froid et le son la ramena à elle.

Mary Bradley regarda tout autour d'elle. Elle était assise dans un fauteuil, dans une pièce qui lui semblait familière mais elle n'aurait su dire où. Un canapé, une table basse. Plus loin, une table à manger autour de laquelle quatre chaises étaient sagement rangées. A sa gauche, une fenêtre qui laissait entrevoir le ciel étoilé, derrière les fins voilages. Où se trouvait-elle ? Mary avait la réponse sur le bout de la langue et pourtant, elle était incapable de répondre. La lampe à sa droite projetait une lumière jaune qui peinait à éclairer la pièce et toutes ces ombres lui paraissaient à présent incertaines. Que faisait-elle à cet endroit ?

Ces derniers jours, peut-être semaines, s'étaient déroulée dans un flou le plus total. Son esprit n'avait cessé de dériver, perdant pied avec la réalité, et Mary n'était pas certaine de ce qui s'était produit, de ce qui avait relevé du domaine des rêves. Une petite voix lui chuchotait que tout allait bien et qu'elle ne devait pas s'inquiéter. Mais elle ne se souvenait de rien, comment pouvait-elle ne pas s'inquiéter ? Elle avait l'impression de ne plus avoir aucune prise sur son esprit, sa mémoire, et cette inquiétude lui était familière. Ce n'était pas la première fois qu'elle se posait toutes ces questions, elle le savait.

La main tremblante, elle ramassa son livre puis le reposa sur la table basse. Elle était seule dans cette maison - appartement ? Aucun son ne lui parvenait et le couloir qui se dessinait à se droite plongeait dans l'obscurité. Elle était probablement seule et personne ne pouvait répondre à son inquiétude. Que faisait-elle à cet endroit ? Il ne tenait à elle que de le découvrir.

Inspirant profondément pour se donner du courage, elle se releva, frissonna au contact du carrelage froid, et s'approcha de la fenêtre. Derrière les voilages blancs, celle-ci ne lui révéla pas grand-chose : une rue tout à fait banale, des maisons qui se dessinaient plus loin, dans la nuit, mais aucune lumière n'était visible sinon celle de l'éclairage public. En se penchant contre la vitre, Mary put néanmoins constater qu'elle se trouvait au rez-de-chaussée d'une maison.

Y avait-il des indices sur place qui pouvaient lui indiquer où elle se trouvait ?

Elle commença à examiner le reste de la pièce. Aucune photo dans le séjour- salle à manger mais beaucoup de livres : des livres de cuisine, des romans, mais surtout des livres de médecine et d'alchimie. Pas des livres qui lui appartenaient. Une feuille volante, coincée entre deux volumes sur l'anatomie humaine, attira son attention. Elle la délogea avec soin pour constater qu'il s'agissait d'une photographie, en noir et blanc. Dans la pénombre, elle plissa les yeux : un jeune homme, de peut-être 15 ou 16 ans, les cheveux et les yeux sombres. Son visage lui était familier et il ne lui fallut qu'une fraction de seconde avant de se souvenir : King Bradley.

"Vous êtes toujours debout ? Des difficultés à dormir ?"

La voix la fit sursauter et et Mary manqua de laisser s'échapper la photographie. Un vieillard se tenait dans l'encadrement de la porte. Le visage émacié et la silhouette si frêle que le premier coup de vent aurait pu l'emporter. Mary n'avait pas la moindre idée de l'identité de cette personne. Elle ne l'avait jamais vue, jamais rencontrée. Rien dans son expression pleine de commisération ne résonnait en elle et cette confusion devait être peinte sur son visage puisque son interlocuteur soupira.

"Je sais que ce n'est pas de votre faute, mais aucun enfant ne devrait infliger cela à son père.

- "Père" ?

- Combien de fois allez-vous encore oublier, Mary ?"

Elle ouvrit puis ferma la bouche sans pouvoir émettre le moindre son. Ce vieil homme était son père ? Mais Mary ne reconnaissait aucun de ses traits. Ni les yeux, enfoncés dans leurs orbites, ni le menton fuyant. Des cheveux blancs clairsemés laissaient entrevoir la peau terne et flétrie de son crâne. Mais rien qui ne lui rappelle son propre visage.

"Retournez vous coucher, mon enfant, poursuivit-il sans prêter attention à sa confusion. Il est tard.

- Mais où sommes-nous ?

- Nous discuterons de cela demain, déclara-t-il d'un ton ferme. Mais avant que vous n'oubliez encore une fois."


Les affrontements semblaient s'être calmés. Depuis quelques heures, ils n'entendaient plus rien. Plus de tirs, plus de détonations, sinon quelques-uns au loin. Au travers de l'étroite lucarne, ils pouvaient voir le ciel s'éclaircir et Bobby était parti seul, prendre la température, les laissant seuls dans la réserve poussiéreuse. Mustang avait tenté de se reposer durant la nuit. Mais entre le bruit des combats et la possibilité que Grâce et Elysia soient toujours en vie, le sommeil lui avait échappé. Et à en juger par le son de sa respiration, Hawkeye n'avait pas beaucoup plus réussi que lui.

"Pour ce que ça vaut, je suis désolée d'avoir utilisé la mort de Panaya comme cela."

Sa voix manqua de le faire sursauter. Mustang tourna la tête vers sa silhouette sombre assise dans la pénombre et lui adressa un sourire qu'elle ne pouvait probablement pas voir.

"Ce n'est pas grave."

Le lui rappeler était sûrement l'une des choses les plus blessantes que Riza pouvait faire actuellement. De temps à autres, le son et les images revenaient le hanter. La détonation, le corps qui s'effondre et le regard vide. Mais si Riza savait où appuyer pour lui faire mal, elle le faisait rarement à mauvais escient. Cette femme avait juré de le protéger au péril de sa propre vie et tout ce qu'elle avait toujours fait allait dans ce sens.

"Je sais que sa mort vous a affecté.

- Elles le font toutes.

- Mais nous sommes rarement obligés d'y assister sans pouvoir rien faire."

Et encore une fois, Hawkeye visait juste.

Gabrielle et lui n'avait pas partagé une grande histoire d'amour, loin de là. Ils n'avaient été que deux adultes consentants qui avaient cherché à profiter de la vie ensemble, deux, trois fois. Et puis ils s'étaient séparés sans bruit, retrouvant l'un et l'autre le cours de leur vie. Il n'y avait rien de spécial à retenir de cette histoire. Mais Mustang l'avait entraînée dans cette affaire et Gabrielle avait été tuée devant ses yeux, sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit. Il n'avait pas pu crier, ne s'était pas précipité pour tenter de dévier le coup, n'avait même pas tenté de la venger. Il s'était contenté d'assister à sa mort et c'était bien cette impuissance qui le hantait.

"Ce n'est rien, répéta-t-il. Mais vous vous trompez sur un point."

Il n'avait pas besoin de voir son visage pour savoir que Hawkeye haussait un sourcil.

"Votre mort aurait de l'importance. Vous ne pouvez pas dire qu'elle ne signifierait rien.

- Vous savez ce que je voulais dire.

- Elle aurait de l'importance pour moi, poursuivit-il malgré tout. Parce que je ne saurais pas comment continuer sans vous."

Riza lui adressa un sourire triste, que Roy devina plus qu'il ne vit, avant de finalement répondre : "Mais vous allez devoir apprendre, un jour."

Mustang fronça les sourcils mais avant qu'il ne puisse réagir - que voulait-elle dire par là ? - Bobby réapparut dans l'encadrement de la porte : "Le quartier est bouclé."

Mustang soupira puis se releva, étirant ses muscles raidis par l'immobilité.

"Comment ça ?

- Les protestataires ne s'en sont pas si mal tirés que ça, au final. Ils ont réussi à repousser l'armée ou peut-être qu'elle a choisi de se retirer. Mais pour l'instant, le quartier est relativement sûr : les habitants sont occupés à fortifier leurs barricades. Par contre, l'armée a encerclé le quartier. On ne pourra pas sortir.

- Par les égouts ? suggéra Hawkeye. Ils n'auront peut-être pas immédiatement pensé à surveiller les bouches d'égout.

- A vous de me dire, répondit Bobby en haussant les épaules.

- Ce n'est pas une procédure standard, confirma Mustang. Les égouts restent une possibilité et ils ne peuvent pas y envoyer beaucoup d'homme donc ça sera toujours plus simple de s'y frayer un chemin.

- Et s'ils ont pensé aux égouts ?

- L'alchimie ?"

Mais Hawkeye secoua la tête : "Autant signaler votre présence avec un panneau lumineux.

- Je ne suis pas le seul alchimiste de la ville, quand même.

- Mais vous êtes le seul à être poursuivi par Selim. On ne peut que compter sur les égouts, en espérant ne pas avoir à faire à trop de soldats en-dessous."

Mustang hocha la tête : ils n'avaient pas de temps à perdre à débattre sur ce point. S'ils ne pouvaient pas s'enfuir par la voie souterraine, ils aviseraient plus tard. Sa montre d'alchimiste indiquait 7h12. Soit quatre heures avant le rendez-vous fixé par Grâce.

"On ferait mieux de partir maintenant, si on veut avoir le temps d'inspecter les lieux avant le rendez-vous. Impossible de repasser chez Amanda avant, on y va directement."

A son grand soulagement, Bobby et Hawkeye acquiescèrent.

"Mais vous n'allez pas faire partie de l'opération, monsieur."

Mustang se tourna vers Hawkeye, prêt à protester, à temps pour voir la crosse de son arme s'abattre sur sa tempe. Il s'effondra.


"Je devine que mon absence ne vous a pas permis de vous mettre d'accord, constata Bobby d'un ton sobre.

- Il n'aurait jamais changé d'avis sur ce point, déclara Hawkeye en rangeant son arme.

- Et maintenant quoi ?

- J'ai trouvé de la corde dans ce carton. Je vais l'attacher et vous laisser tous les deux ici."

Bobby haussa un sourcil : "Vous comptez y aller seule ?

- Je serai prudente.

- Excusez-moi mais c'est tout aussi stupide que de l'emmener lui, voire davantage."

Hawkeye s'interrompit alors qu'elle attachait les poignets de Mustang dans son dos, et lui lança un regard étonné : "Que suggérez-vous ?

- A minima, il faudrait que je vienne avec vous. Mais vous ne pouvez pas y aller seule."

Riza y avait songé. L'homme de main d'Amanda savait visiblement se comporter sur un champ de bataille et constituerait sûrement un atout si les choses dérapaient. Elle pouvait lire dans ses yeux sombres que même s'il n'était pas particulièrement enthousiaste, au moins il n'était pas effrayé par l'idée de devoir affronter un homonculus. Ne restait qu'un obstacle.

"Votre rôle n'est-il pas d'assurer la sécurité de Mustang ? Amanda ne serait pas très heureuse à l'idée que vous l'abandonniez ici.

- Premièrement, Amanda ne décide pas pour moi de ce que je fais ou non. Deuxièmement, elle n'est pas dotée d'un cœur de pierre, contrairement à ce que vous semblez croire.

- Elle a donc un cœur", ironisa Hawkeye.

Bobby leva les yeux aux ciels mais Riza n'y prêta pas plus d'attention. Avec un léger grognement, elle traîna le corps inerte de Mustang près des tuyaux qui parcouraient les murs et commença à l'y attacher.

"Alors que décidez-vous ?

- Je viens avec vous, déclara-t-il. Il ne m'a pas l'air spécialement en danger ici et j'imagine qu'il pourra se défaire des liens rapidement, si besoin ?

- Tout dépendra de sa motivation."

Mustang était pieds et poings liés et Hawkeye avait fait attention à lier ses poignets de manière à ce qu'il ne puisse pas les joindre. Mais elle savait également Roy capable de se libérer si besoin. Il était tout à fait capable de prendre soin de lui-même. Elle hésita quelques instants à pousser quelques cartons pour dissimuler son corps mais abandonna rapidement l'idée : s'ils voulaient arriver à Coven Street et inspecter les lieux avant que Selim n'arrive, ils devaient se presser.

Comme indiqué par Bobby, les rues étaient calmes mais pas vides. De nombreux habitants étaient affairés à desceller des pavés et consolider les barricades, tandis que femmes et enfants tentaient de secourir les blessés, identifier leurs morts. Cette nuit d'affrontements avait laissé des traces aussi bien sur les murs que sur le visage des habitants. Les mines étaient sombres, les regards graves et Riza pouvait entendre des cris et pleurs se mêler au son lointain des combats qui se poursuivaient ailleurs dans la capitale. Et partout, l'odeur cuivrée du sang qui se mêlait à celle de la poudre qui semblait recouvrir les rues d'une chape de plomb. La soldate avait déjà vu ces scènes à Ishbal et ne pensait pas les revoir à Centrale.

Personne ne fit attention à eux lorsqu'ils remontèrent l'avenue. Et plus ils s'éloignaient de l'artère principale, moins ils rencontraient de monde.

"Le barrage militaire se trouve à deux rues d'ici, indiqua Bobby.

- Alors on passe sous terre maintenant."

Sans attendre de répondre, Hawkeye fouilla rue du regard avant de localiser la bouche d'égout. Elle dégagea la lourde plaque en fonte et grimaça lorsque l'odeur d'humidité et de moisissure la frappa au visage.

"Vous allez savoir vous diriger, là-dessous ?"

C'était la première fois que l'homme d'Amanda semblait douter de son plan. Manifestement il n'avait aucune envie d'y descendre.

"Les tunnels suivent le plan des rues et sont numérotés en conséquence, expliqua-t-elle en hochant la tête. ça ne change pas réellement de la surface.

- A part l'odeur."

La remarque lui arracha un sourire.

"Je descends en premier."

S'ils avaient considéré les égouts comme un moyen de quitter le quartier, les soldats n'y avaient en tout cas pas mis en place de surveillance. Hawkeye n'entendait que l'écho de leurs pas et l'écoulement des eaux usées de la ville. Ils avancèrent prudemment, s'arrêtant régulièrement pour vérifier que personne d'autres n'était dans ces tunnels, et après ce qui sembla être une éternité, ils purent enfin émerger.

Coven Street se situait dans une zone industrielle, ou presque. Des maisons de briques branlantes étaient alignées les unes contre les autres, leurs fenêtres noircies comme deux yeux sombres les fixant. Derrière elles, des hangars sinistres, au bord de l'effondrement. Hawkeye réprima un frisson lorsqu'une église sonna huit heures trente.

"Par ici, l'appela Bobby, en indiquant une pancarte qui menaçait de détacher."

La ruelle serpentait entre plusieurs bâtiments en ruine et le numéro trente-sept les amena au fond d'un cul-de-sac. Hawkeye retint Bobby d'une main lorsqu'elle localisa l'emplacement en question.

"On commence par faire un tour."

Ils avaient deux heures et demie d'avance mais s'agissant de Selim, la soldate ne voulait rien laisser au hasard. Ils inspectèrent les abords de la maison avec prudence sans rien remarquer de suspect - une bâtisse en brique rouge comme toutes ses voisines, dont l'état n'était pas meilleur - puis l'observèrent à couvert un long moment avant de finalement pouvoir conclure qu'il n'y avait aucune activité dans le bâtiment. Pas que le quartier soit très vivant de toute façon.

"On entre par l'entrée de derrière et on vérifie qu'il n'y a personne. Ensuite, on trouve une planque et on attend. Dès que Selim entre dans mon champ de vision, je lui tirerai dessus. Vous pouvez aussi, mais votre objectif premier est d'attraper Grace et Elysia et de partir le plus vite possible.

- Le plus vite possible ? demanda Bobby.

- Les balles ne le tueront pas. Elles ne pourront que le ralentir.

- Alors c'est votre plan ? le ralentir pendant que j'embarque femme et enfant ?

- Vous avez un autre plan ?" demanda Hawkeye.

L'homme de main d'Amanda secoua la tête : "Vous décidez"

L'église sonna à nouveau la demie, lorsqu'ils quittèrent leur perchoir. Malgré la fraîcheur du matin, Hawkeye était couverte de transpiration, de cette sueur froide de concentration. Elle savait que ce rendez-vous était un piège. Que les Hughes soient en vie ou non, il s'agissait d'un piège et la jeune femme ne commettrait pas l'erreur de sous-estimer Selim encore une fois. Elle ferait feu sur lui dès que possible, sans la moindre hésitation.

La porte de derrière était verrouillée. D'un coup de coude bien placé, Hawkeye brisa un carreau avant d'introduire précautionneusement une main et de déverrouiller de l'intérieur. Le battant s'ouvrit avec un léger grincement. Après un regard pour Bobby, Riza entra la première, arme en joue, prête à tirer au premier mouvement.

La cuisine était sombre et abandonnée depuis longtemps : une épaisse couche de poussière tapissait le sol et le plan de travail. La petite table avait rouillé sur place tandis que l'une des deux chaises s'était effondrée. L'autre gisait simplement à terre, renversée. Ils traversèrent précautionneusement la pièce, veillant à ne pas faire davantage de bruit que nécessaire, mais les bris de glace crissaient sous leurs chaussures. Ils balayèrent le rez-de-chaussée - placard, vide, cabinet de toilette, vide et sinistré - pour finalement finir dans les vestiges du séjour.

La pièce avait vraisemblablement été squattée pendant un temps. Des détritus jonchaient le sol et les murs, noircis par la fumée, étaient grignotés par la moisissure. Riza plissa le nez de dégout. Quiconque s'était trouvé ici était parti depuis un moment. Il n'y avait aucune trace récente d'activité, si ce n'est les souris affolées qui s'enfuyaient derrière les cloisons, et encore moins des traces de Grace et d'Elysia. Bobby haussa les épaules lorsque Hawkeye croisa son regard.

"Ne reste plus qu'à attendre ici. Si Selim arrive, je m'en charge et vous...

- Je m'occupe des civils, acquiesça l'homme de main d'Amanda."

Ils avaient presque relâché leur attention lorsqu'un son cristallin leur parvint.

"Qu'est-ce que...

- La cuisine !"

Les bris de glace. Quelqu'un s'approchait. Hawkeye fit volte-face, prête à tirer, mais avant de pouvoir l'apercevoir, une voix froide lui parvint : "Stop. Ne bougez plus."

Sans qu'elle ne puisse s'y opposer, son corps s'arrêta de lui-même. Ses pieds restèrent inertes sur le sol, ses bras immobiles, tendus devant elle et à sa grande horreur, Riza s'aperçut que sa cage thoracique refusait même de se soulever.

Son corps s'était complètement et entièrement immobilisé.

"Je ne peux pas croire que vous tombiez encore une fois dans le panneau, colonel."

Selim avança jusqu'à se tenir dans leur champ de vision et leur adressa un sourire qui lui fit froid dans le dos. Il était seul. Pas de Grâce, pas d'Elysia. Seul, avec cette expression de malveillance pure qu'elle aurait reconnue n'importe où : Pride. Selim était redevenu un homonculus. Il s'était inoculé la pierre philosophale et avait regagné toute sa puissance.

Hawkeye aurait voulu crier. De colère, de rage. Mais son corps refusait de lui obéir et refusait même de respirer. Avec une panique croissante, elle se débattit en elle-même. Une inspiration. Une seule, pour ne pas suffoquer, coincée à l'intérieur d'elle-même.

Le sourire de Selim s'élargit : "C'est effrayant, n'est-ce pas ? Sentir votre corps vous trahir comme cela ?"

Winry avait réussi à lui échapper. Edward aussi. Riza n'était pas condamnée à lui obéir. Elle rassembla toute sa volonté et tenta de résister, malgré la panique qui hurlait à ses oreilles. Un seul geste suffirait. Un geste de la main pour tirer sur l'homonculus qui se trouvait dans sa ligne de mire. Mais rien.

Son corps, pétrifié, ne réagissait plus et déjà des points noirs envahissaient son champ de vision. L'instant d'après, son corps s'effondra et elle entendit Selim rire, tandis qu'elle perdait conscience.

A suivre...


Oui, je suis une personne horrible. J'ai décidé que :

- Jamais Mary Bradley ne serait tranquille. Sa vie est un cauchemar perpétuel

- Jamais Mustang et Hawkeye ne se diront les choses franchement : d'abord le presque aveu à Amanda, dans le chapitre précédent, ensuite ce "je ne saurais pas comment continuer sans vous", et maintenant, cette décision d'Hawkeye ? Aucun des deux ne se lancera dans une déclaration d'amour enflammée dans mes fanfic

- Je continuerai à torturer Mustang et les frères Elric jusqu'au bout.

Le bon côté des choses c'est que dans 2 chapitres, je vous révèle le prompt qui m'a initialement été lancé et vous comprendrez que je n'ai jamais eu le choix (ou pas).

N'hésitez pas à me laisser une petite review (même si c'est pour me dire que je suis horrible x))