Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
- le titre vient d'un roman génial de Lisa Gardner
Mon petit blabla avant de commencer : J'ai énormément fait traîner les choses pour éviter de publier ce chapitre car ça m'a fait mal de l'écrire et ça me fait mal de le mettre en ligne. Et je pense que certains d'entre vous me détesteront après cela. Malgré tout, j'espère que vous apprécierez le chapitre et merci à Musing-and-Music pour sa fidèle review :)
Précédemment dans La Pièce Vide : L'équipe Breda est secouée par l'annonce de la mort de Panaya, mais rapidement, ils se remettent sur la piste des frères Elric. Mary revient à elle dans une maison inconnue, sans aucun souvenir de sa propre identité et ne sait pas si elle doit croire cet homme qui lui affirme être son père. A Centrale, les combats éclatent dans les rues. Après avoir découvert un message de Grace et Elysia, Bobby, Mustang et Hawkeye trouvent refuge dans un local abandonné pour s'y réfugier. Hawkeye s'oppose farouchement à ce que Mustang se rende sur le lieu de rendez-vous et à la fin de la nuit, prend la décision de s'y rendre sans Mustang. Mais lorsqu'elle croise Selim, Hawkeye ne parvient pas à s'opposer à lui...
A même la peau
L'ensemble des généraux de brigade et généraux de division de Centrale était présent dans la salle. Une douzaine d'officiers, assis sur plusieurs rangées concentriques, autour de la table de réunion. Sur cette table, Remington avait fait installer quatre postes téléphoniques, un pour chacun des généraux de région dont huit sous-officiers avaient la charge de rapporter les propos. A quatorze heures, la totalité de l'état-major était donc réunie pour désigner le successeur de Mustang.
"Etant donné le contexte actuel et l'impossibilité de faire élire un nouveau généralissime, les généraux Braun et Archer ont proposé de faire appliquer la version précédente du règlement militaire, commença Remington d'un ton raide. Celui-ci stipule que le président doit être désigné par le corps des généraux de Centrale et de régions. Y a-t-il des voix opposées à cette décision ?"
Personne ne se risqua à intervenir. Il y avait d'un côté les partisans de Walden et de l'autre, tous les généraux qui avaient été évincés la première fois. Mais tous étaient conscients des enjeux de ce vote.
Rapidement, Remington enchaîna : "Cette décision est donc validée à l'unanimité. Des personnes souhaitent-elles proposer leur candidature au poste de généralissime ?"
Quelques regards furent échangés au sein de l'assemblée mais personne ne fut surpris lorsque la main de Walden se leva tranquillement. Même sans connaître l'existence de la Faction, l'état-major avait pris conscience de la ligne de fracture qui les séparait en deux camps : ceux qui étaient toujours loyaux à Mustang, malgré leurs réserves, leurs hésitations, et ceux qui n'attendaient que le retour au pouvoir de l'aristocratie militaire. Ces derniers ne bougèrent pas davantage : personne d'autre de l'organisation ne se risquerait à faire concurrence à Walden. Malgré la disparition d'Hakuro, la Faction avait avancé ses pions. Et tous faisaient bloc derrière le général.
L'autre camp avait les yeux rivés sur Remington. Sa candidature était attendue et légitime. Après tout, Mustang lui-même l'avait désigné pour ce poste, en ayant pleinement connaissance de ce qui se passerait en son absence. Mais Remington était également trop jeune, trop inexpérimenté face à Walden et avait le poids du gouvernement Mustang sur lui. Archer et Braun le fixaient de ce regard perçant et suffisant : la Faction attendait qu'il se couche. Il n'y avait pas d'autres alternatives, pas d'autres choix possibles. S'il ne voulait pas d'ennuis, Remington se tairait et se contenterait d'animer la réunion comme il le faisait.
Ce dernier retint un rictus agacé. La Faction était tellement confiante : s'imaginaient-ils que Jeffrey avait réussi à le convaincre ? Qu'il n'était qu'un chien à la botte d'Hakuro ? Mais avant qu'il ne puisse réagir, l'un des deux officiers en ligne avec Armstrong intervint.
"Les généraux de Centrale sont donc à ce point pathétiques ? A se disputer autour d'un morceau d'os alors que les combats sont toujours en cours dans les rues de Centrale ?"
Le sergent était rouge de confusion mais répétait avec fidélité les propos du général de division Armstrong.
"La procédure est pourtant claire et rien ne justifie que nous gaspillons un instant de plus à cette question. Le successeur de Mustang en cas d'absence a été défini par lui-même : le colonel Remington."
Celui-ci fronça : après son coup d'éclat aux côtés de Mustang deux ans auparavant, le colonel n'aurait pas été surpris qu'Armstrong propose sa propre candidature, si ce n'est celle de Grumman. Et une partie de l'état-major semblait être de cet avis, puisque des murmures agités s'élevèrent dans les rangs.
"Le colonel Remington n'a pas soumis sa candidature, réagit Braun après un instant de retard.
- Hé bien je la soumets à sa place.
- Ce n'est pas ce que prévoit le règlement.
- Général Braun, n'avez-vous donc rien d'autre à faire que de perdre votre temps à des futilités administrative ? Centrale est à feu et nous devons prendre les bonnes décisions pour régler cette situation au plus vite.
- C'est vrai. Nous devons choisir la personne qui sera la plus à même de mettre fin à cette situation, intervint Archer, plus calmement. Le gouvernement Mustang nous a mis dans cette situation. Je ne crois pas qu'il soit sage de continuer avec le colonel Remington. Mais peut-être celui-ci a-t-il son mot à ajouter à tout cela ?"
L'ensemble des regards se tournèrent vers lui. L'attente dans les yeux d'Archer et Braun était claire : Remington se coucherait sans faire de vague, comme il était censé le faire. Mais une lassitude profonde s'empara de lui. Ces hommes, peu importe leur années de services dans les rangs, ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. Cette faction de l'armée voulait restaurer l'autorité de l'armée, sa force, mais dans quel but ? Bradley et les gouvernements précédents n'avaient mis en place ce système autoritaire que dans le but de tous les sacrifier. Et eux étaient prêts à perpétrer ce fonctionnement dans le seul but de conserver leurs miettes de prestige, de pouvoir, quitte à sacrifier une bonne partie de la population civile et risquer l'effondrement du pays.
La nuit avait été dédiée aux affrontements. Presque dans tous les arrondissements de la capitale, l'armée avait lâché ses troupes face aux protestataires et pourtant très peu de terrain reconquis. Le décompte des soldats blessés s'allongeait, sans toutefois parvenir à un résultat. Remington n'était pas aveugle : la voie armée empruntée par la Faction n'était ni efficace ni efficiente. Ces hommes-là n'étaient pas plus capables que Mustang de ramener l'ordre dans le pays. Ils agissaient uniquement par égo et cela le rebutait encore davantage que l'idéalisme naïf du généralissime.
"Le président Mustang m'a désigné à ce poste, en ayant pleinement conscience que je serais amené à le remplacer, au moins temporairement, s'il venait à disparaître. J'ai accepté ce poste en toute connaissance de cause et assumé ce rôle jusqu'à aujourd'hui. Si l'état-major souhaite que je poursuive ces fonctions, je ne reculerai pas devant mes responsabilités."
Braun le fusilla du regard.
"Alors l'affaire est réglée : le colonel Remington accepte de proposer sa candidature, intervint Grumman via son intermédiaire. Si personne d'autre ne souhaite se porter volontaire, nous allons donc pouvoir procéder au vote."
Des regards furieux lui étaient toujours adressés mais Remington les ignora. Le décompte des voix avait commencé. A haute voix, il dénombra les mains levées pour Walden. Sept plus un vote en région. Pas suffisant. Les généraux dans la salle échangèrent un regard : d'une courte tête, la candidature de Remington devrait l'emporter, à moins que certains ne s'abstiennent.
"Ceux pour la candidature du colonel Remington ? demanda Archer d'un ton raide"
Sept mains dans la salle et trois votes en région.
"8 contre 10. Le vote est en faveur du colonel Remington."
Un silence plana quelques instants dans la pièce avant que Walden et Braus ne se lèvent de concert, la mâchoire serrée et la démarche raide. Quelques regards noirs supplémentaires lui furent adressés mais Remington ne leur prêta aucune attention, occupé à serrer les mains des généraux qui soutenaient encore Mustang.
Les choses évoluaient vite, trop vite. Deux jours auparavant, il fulminait encore contre l'inaction de Mustang et maintenant, il prenait sa place. Et Remington était déjà épuisé. Entre les émeutes et l'armée au bord de la dissolution, il avait besoin de calme. Une migraine commençait à poindre et il avait besoin d'air frais. La Faction ne tarderait pas à le rattraper et il préférait avoir l'esprit clair à ce moment-là.
Il prétexta un point urgent avec Northrop pour sortir et se dirigea vers la cour intérieure. Les protestations devant les grilles du Quartier général s'étaient calmées, uniquement parce qu'elles n'en avaient repris que plus fort, en centre-ville. Mais même avec cela, Remington n'avait pas eu l'occasion de sortir, de rentrer chez lui ou même de faire une nuit complète depuis la publication de l'article. Et avec cette nouvelle responsabilité, il était bon pour ne plus revoir la lumière du jour, songea-t-il avec sarcasme. Il passa une main sur son visage fatigué et inspira profondément l'air frais, s'adossant lourdement contre un muret en pierre. Il lui fallait un responsable des affaires internes et de la sécurité intérieure pour le remplacer. Quelqu'un de confiance. Quelqu'un qui puisse l'aider. Mais un Jeffrey passablement irrité le tira de ses réflexions. Comme attendu.
"A quoi est-ce que vous jouez ?"
Le sergent fulminait devant lui. Braun et Archer n'avaient visiblement pas été longs à lui rapporter les nouvelles et le sous-officier le fusillait à présent du regard.
"Je ne vois pas de quoi vous voulez parler."
La migraine qui lui enserrait le crâne ne diminuait pas. Au contraire, Remington la sentait plus forte à chaque seconde et avec elle, une vague de nausée. Restait à espérer qu'il ne paraissait pas aussi malade qu'il se sentait.
"Nous avions un marché, siffla Jeffrey entre ses dents.
- J'ai un marché avec Haruko.
- Ne jouez pas sur les mots, Remington. Ce marché tient toujours."
Mais les paroles de Jeffrey étaient maintenant vides de sens : que comptait-il faire face au généralissime par intérim ? De quoi pouvait-il le menacer maintenant que Remington disposerait d'une garde personnelle ? Le jeune homme dut s'en rendre compte puisqu'il se renfrogna : "Tout ceci n'est pas fini. Vous entendrez parler de nous et vous vous plierez à nos décisions.
- C'est cela."
Furieux, le sergent le bouscula d'un coup d'épaule et s'en alla. Tant mieux. Maintenant les toilettes.
Remington se décolla avec difficulté du muret et rentra dans le bâtiment. Mais Jeffrey n'était pas le seul à venir le chercher dans cette cour intérieure.
"Pas vous.
- Si, moi."
Il continua son chemin sans s'arrêter, mais sans grand étonnement, Evans lui emboîta le pas, jusqu'à le suivre dans les toilettes.
"Vous ne pouvez pas venir ici.
- Je vais me gêner.
- Ce n'est pas le moment.
- Ce ne sera jamais le moment, rétorqua Evans, alors autant en discuter maintenant : j'ai entendu ce que cet officier vous a dit."
Remington soupira.
"Alors c'est ce qui s'est passé ? Vous avez conclu un accord avec des opposants politiques de Mustang ? Et maintenant que vous avez l'opportunité de devenir généralissime, même par intérim, c'est eux que vous trahissez ?
- Ne parlez pas de choses que vous ne comprenez pas", marmonna-t-il entre ses dents.
La nausée se faisait de plus en plus forte et la sueur commençait à perler sur son front. Remington avait besoin qu'Evans s'en aille maintenant. Mais la jeune femme insista, insensible à son malaise : "Alors expliquez-moi. Quelle était l'idée derrière tout cela ? Pour quelle raison avez-vous trahi Mustang ?
- Tout ceci ne vous regarde pas.
- Cela ne me regarde pas ? s'exclama Audra, incrédule. J'ai passé les six derniers mois à essayer de convaincre la population que ce gouvernement était fiable, qu'il était digne de confiance et qu'il agissait dans l'intérêt de tous. Vous avez passé un marché avec ceux qui ont tenté de saboter tout ce travail et vous me dites que cela ne me regarde pas ? Pourquoi ? Pourquoi les avez-vous tous trahis ?"
L'ancienne journaliste aurait sans doute pu continuer à lui crier dessus si Remington n'avait pas plongé la tête la première dans une cabine. La nausée s'empara de lui et lui retourna l'estomac.
Que lui arrivait-il ? Le colonel tremblait sans pouvoir s'arrêter et recrachait bile et tripes sans pouvoir s'arrêter. Sa vue se couvrit d'étoiles et il sentit ses jambes arrêter de le porter. Puis aussi soudainement qu'elle était arrivée, la nausée se retira. Qu'est-ce que c'était ce que cela ?
La main tremblante, il attrapa du papier pour s'essuyer et actionna la chasse d'eau. Malgré ce qu'elle avait pu voir, Evans n'était pas moins déterminée, pas moins furieuse contre lui. Elle l'attendait, bras fermement croisés, décidée à ne pas le laisser s'échapper.
"Un peu tard pour se sentir coupable, commenta-t-elle d'une voix rêche.
- Pour l'amour de Dieu, craqua Remington, je vous promets que vous aurez tout le temps de me harceler plus tard, mais ce n'est pas le bon moment."
Sa propre voix sonnait étrangement à ses oreilles et le hérissa. Mais cet aveu de faiblesse sembla légèrement adoucir la jeune femme : "Dites-moi simplement pourquoi.
- Je n'en sais rien."
C'était la stricte vérité. La triste vérité peut-être ? Remington ne savait pas pourquoi il avait accepté l'offre de Hakuro, pourquoi il avait dissimulé cette preuve à Mustang. Douter de lui était une chose. Pactiser avec les personnes prêtes à tout, y compris participer à des attentats, pour leur propre pouvoir en était une autre. Il ne savait pas ce qui l'avait pris. Audra fronça les sourcils mais avant qu'elle ne puisse répondre, la porte s'ouvrit brusquement sur Stevenson : "Le colonel Hawkeye a été localisée.
- Quoi ?"
Le regard du sergent, intrigué, passa entre Evans et lui mais ne fit aucun commentaire.
"Elle est entre les mains des émeutiers."
Une douleur sourde lui vrillait la tempe et son épaule gauche l'élançait à nouveau. Mustang fronça les sourcils, encore à moitié inconscient, puis les souvenirs lui revinrent. Le message de Grace, son désaccord avec Hawkeye et puis l'arme de Hawkeye qui s'abattait sur sa tête.
"Merde."
Il ouvrit les yeux et ce simple mouvement fit jaillir des éclairs de douleur dans son crâne. Il inspira profondément. Il n'avait pas le temps pour cela, pas le temps d'être prudent.
Hawkeye l'avait attaché. Pieds et poings liés et bien sûr, les poignets suffisamment distants pour qu'il songe à se libérer par l'alchimie. Il se tortilla quelques secondes et grimaça. La jeune femme n'y était pas allée de main morte. Il était solidement arrimé aux tuyaux qui parcouraient le mur et Roy avait beau tirer, les nœuds ne bougeaient pas d'un pouce. Aucun jeu ne lui permettrait de dégager ses poignets. Riza l'avait fait exprès.
"Merde, merde, merde !"
Le bout de ciel qu'il apercevait à travers l'étroite ouverture était à présent d'un bleu vif. Mustang ne savait pas combien de temps il était resté inconscient mais une bonne heure, au moins, s'était écoulée. Il n'avait pas de temps à perdre et devait se dégager au plus vite.
Heureusement, cette remise était en piteux état et chacun de ses mouvements laissait un sillon dans l'épais tapis de poussière qui recouvrait le plancher. Du bout de la botte, il traça aussi vite qu'il le put un cercle. Quelques secondes plus tard, la corde rugueuse retombait en un tas inerte sur le sol et il se releva, le souffle court sous l'effort.
Hawkeye avait décidé d'y aller sans lui et la seule chose qui rassurait Roy était de savoir que Bobby l'avait probablement accompagnée. Mais les deux ne feraient pas le poids si Selim se trouvait sur place.
"Vous allez devoir apprendre, un jour."
Mustang jura encore une fois. 9h43 à sa montre. Il pouvait encore la rejoindre.
Comme indiqué par l'homme de main d'Amanda, les rues ne manquaient pas d'activité. Entre ceux qui consolidaient les barricades et ceux qui s'occupaient des morts et des blessés, personne ne fit attention à Mustang, lorsque casquette bien enfoncée sur le crâne, il remonta les rues au pas de course. Le quartier portait les stigmates des affrontements mais pour le moment, ce chaos lui convenait bien.
Hawkeye n'allait sans doute pas se précipiter au numéro 37. Elle commencerait probablement par inspecter le quartier, les alentours, repérer discrètement les lieux et même les surveiller quelques temps, afin de vérifier si l'endroit était vide ou non. Ensuite, tout dépendrait de la situation : si Grace et Elysia se trouvaient là-bas, elle n'aurait pas d'autre choix que d'y aller. Sans sa carabine et face à homonculus, elle pouvait difficilement se poster à distance.
Mustang était tellement perdu dans ses pensées qu'il en avait oublié le reste du monde.
"Hé toi."
La main s'abattit sans ménagement sur son épaule et Roy dut refreiner son instinct pour ne pas attraper le poignet et frapper le nouveau venu. Celui-ci dut lire son intention puisqu'il le relâcha promptement et s'éloigna, l'air renfrogné.
"Je n'irais pas là-bas, si j'étais toi", grogna-t-il. Un pantalon élimé, une veste fatiguée, et la poussière recouvrant son visage. Un des hommes qui s'affairaient depuis l'aube. "L'armée a mis en place un barrage. M'est avis qu'ils n'hésiteront pas à te tirer dessus. Mais tu fais ce que tu veux."
Les barrages militaires. Il avait totalement oublié.
"Merci, souffla Mustang."
Mais l'homme s'était déjà éloigné.
"Vous perdez de vue l'essentiel."
Mustang passa une main sur son visage qui se couvrait déjà de sueur. Il ne pouvait pas continuer comme cela, il ne pouvait pas foncer dans le tas sans réfléchir. Il avait manqué de courir droit dans un barrage militaire et Remington avait sans doute laissé des instructions dans l'éventualité où les soldats retrouveraient le généralissime. Il devait s'arrêter et réfléchir.
Que ferait Hawkeye une fois sur place ? Que Roy pouvait-il faire pour l'aider sans envenimer la situation ?
Il fit volte-face et se mit à chercher une plaque d'égouts.
Si Selim n'était pas déjà sur place, Hawkeye se cacherait probablement à l'intérieur du bâtiment, prête à l'abattre dès qu'il se montrerait. Si en revanche il y était déjà, les choses se compliqueraient. Mais à une heure du rendez-vous, le premier scénario était encore probable. Dans ce cas, Mustang ne pourrait pas simplement rentrer dans le bâtiment. Déjà pour ne pas risquer que son assistante ne lui tire dessus. Il devrait se poster à proximité d'une entrée et se préparer à soit attraper Grace et Elysia, soit attaquer Selim à revers.
Il repéra une bouche d'égout dans une ruelle adjacente et entreprit d'en déloger la plaque, malgré les protestations de son épaule.
La cloche de l'église se mit à sonner dix heures. Il pouvait encore arriver à temps.
Mustang se laissa retomber avec un grognement dans le souterrain malodorant. Son corps était rouillé, raide après cette nuit passée dans la remise et affaibli par tant de mois d'inactivité derrière un bureau. S'ils survivaient à tout cela, il s'assurerait que plus jamais il ne laisserait son corps s'émousser à ce point-là.
Il remonta trois blocs avant d'estimer qu'il était suffisamment loin du barrage militaire et remonta à la surface.
10h23. Il devait accélérer.
Coven Street ne fut pas difficile à trouver, étant donné la manie de l'armée de numéroter et organiser par ordre alphabétique le nom des rues. En revanche, les poils de sa nuque se hérissèrent dès qu'il posa un pied dans le quartier. Un quartier ouvrier, comme tous ceux qui existaient dans la ville. Des maisons de briques rouges qui s'alignaient de manière ordonnée de chaque côté de la route et de sinistres entrepôts qui fermaient l'horizon. Mais surtout, personne.
Personne aux fenêtres, dans les rues. Pas un son, sinon l'écho de ses pas. Le sinistre souvenir de cette nuit dans le quartier des Bradley.
Mustang inspira calmement et se força à se calmer. Les maisons montraient des signes évidents d'abandon : fenêtres obstruées par des planches, habitations en ruine. La désertification de cet endroit avait commencé depuis un moment et n'avait sûrement rien à voir avec Selim. Il devait rester calme et concentré. Si l'homonculus n'était pas encore présent, il arriverait sûrement par l'arrière. La porte d'entrée était beaucoup trop exposée.
Mustang se faufila entre deux maisons et commença doucement à se rapprocher du numéro trente-sept, à l'affût du moindre signe d'activité. Une petite cabane à outils lui fournissait un point d'observation parfait pour observer la maison. Quatre planches branlantes prêtes à s'effondrer et rien d'autre de plus que deux pelles et un tas d'ordures dans un coin. Roy s'y faufila rapidement et frotta la vitre trouble de sa manche dans l'espoir d'y voir un peu plus clair.
Le numéro 37 était à l'image de ses voisins : calme et inhabité, les murs miteux et les fenêtres noircies de poussière et de cendres. En plissant les yeux, Roy remarqua le carreau cassé de la porte arrière. Hawkeye ? ou quelqu'un d'autre ? Il jeta à nouveau un regard vers sa montre : 10h46.
Il avait enfilé ses gants et malgré la sueur qui dégoulinait dans son dos, Mustang était prêt. Son cœur s'était calmé, le rythme de ses pensées également. Au moment où il apercevrait Selim, il le tuerait directement. Sans hésiter, sans vaciller. Il le tuerait pour Gabrielle, pour Winry, pour Grace et Elysia. Il n'avait plus qu'à attendre, patiemment. Au moment où Selim apparaîtrait, il le tuerait pour sauver les Hugues.
Les minutes s'écoulèrent doucement.
Une à une, jusqu'à dépasser onze heures.
A onze heures dix, le doute commença à germer : cela n'avait pas de sens pour Selim d'être en retard et les planques n'étaient pas son genre non plus. Il était l'homonculus de l'orgueil. S'il devait venir, Selim s'approcherait sans se cacher et passerait par la force brute plutôt que de recourir à la ruse. Alors où était-il ? Mustang se releva doucement et poussa la porte de la cabane. Si l'homonculus était passé par la porte d'entrée, Roy aurait pu ne pas le remarquer, mais il n'avait détecté aucun signe d'activité dans la maison.
Il poussa doucement la porte arrière de la maison, déjà entrouverte, et grimaça lorsque ses bottes firent crisser les éclats de verres sous ses pieds. La maison était beaucoup trop calme. Les sens en alerte, il progressa avec prudence dans la maison. Cuisine miteuse, abandonnée depuis des années. Il contournait la chaise renversée, pour atteindre la pièce suivante, lorsqu'il l'aperçut.
"Bobby !"
Il abandonna toute discrétion pour se précipiter vers l'homme à terre. Celui-ci inspira brusquement et fut pris d'une quinte de toux, mais il était conscient. Bobby agrippa le bras de Mustang.
"Calme-toi", ordonna Roy en inspectant sa blessure : une coupure nette qui traversait le torse de l'homme et dont le sang s'écoulait encore en un flot régulier. Pas mortelle, du moins pas si Mustang l'amenait rapidement à un médecin.
"Elle est avec lui, articula difficilement Bobby.
- Hawkeye ?
- Il m'a laissé en vie pour que je te le dise. Elle est avec lui, insista l'homme avant d'être pris par une nouvelle quinte de toux.
- Où ?"
Bobby leva une main ensanglantée pour désigner le mur du fond. Mustang enflamma un tas de déchets empilé dans un coin et sentit son cœur se décrocher à la vue des lettres sanglantes.
"Place de l'horloge. Viens vite ou elle brûle."
"Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? s'exclama Remington.
- La rumeur se répand à une vitesse folle, monsieur : le colonel Hawkeye aurait été capturé par les émeutiers et ils comptent..."
Le sergent hésitait à finir sa phrase et Remington leva les yeux au ciel.
Stevenson était venu le trouver aux toilettes alors qu'il n'était pas au meilleur de sa forme. Il ne pouvait pas hésiter maintenant. Soit l'affaire était urgente, soit le sergent allait passer de longs mois à récurer les sanitaires.
"Quoi ? le pressa Remington.
- Ils comptent brûler le colonel Hawkeye, avoua finalement Stevenson. Sur un bûcher."
Remington resta bouche bée un instant.
"La brûler ?
- Sur la place de l'horloge astronomique.
- ça n'a aucun sens."
Ces gens avaient perdu la tête. Ce n'était pas une façon de mettre à mort un ennemi. Même l'armée n'avait pas recours à des méthodes aussi barbares, même pendant la guerre...
"Ça en a, intervint Evans, livide. Brûler le bras droit du Flame Alchemist. Celui qui a carbonisé des centaines de personnes à Ishbal."
La journaliste semblait à son tour sur le point de vomir et Remington ne lui jetait pas la pierre.
Ce n'était pas possible. Même avec toutes ces révélations, ces articles dans la presse, la population ne pouvait pas vouloir commettre un acte aussi barbare.
"Monsieur ? demanda Stevenson."
Remington se remit brusquement en marche, manquant de bousculer le sergent qui, après une fraction de seconde, lui emboîta le pas. Il devait retrouver Braun et Archer.
"Il y a des troupes sur cette place, pointa-t-il d'une voix sèche. Que disent-elles ?
- Elles ne répondent pas, monsieur.
- Comment ça, elles ne répondent pas ?
- Aucun retour radio. On sait qu'ils reçoivent mais les chefs d'escouades ne répondent pas.
- Les troupes les plus proches ? Envoyez-les sur place mettre fin à cette situation absurde."
Stevenson déglutit, encore plus hésitant, et Remington sentit un cri de frustration enfler dans sa poitrine.
"Personne dans un rayon d'un kilomètre autour de la place ne répond, monsieur."
Breda avait vu juste : les frères Elric s'étaient trouvés dans le faux local technique à un moment ou un autre. Une énorme flaque de sang avait séché au sol et recouvrait un bon mètre carré. Une trace partielle de semelle indiquait que la personne s'était relevée et était partie.
"Impressionnant, commenta Falman d'un ton détaché. La blessure ne devait pas être belle à voir.
- Est-ce que l'un d'entre eux connait l'alchimie médicale ? demanda Smith en pointant un motif au sol."
Pas besoin d'être un génie pour comprendre que ce dessin tracé dans le sang était un cercle de transmutation.
"Ça ne m'étonnerait pas d'eux.
- Alors l'un d'entre eux est blessé, remonte se réfugier ici et se soigne.
- Je pencherais pour un scénario où les deux remontent, déclara Falma en secouant la tête. Vu la quantité de sang perdue, j'imagine mal le blessé se soigner seul."
Smith hocha la tête. Il y avait quoi ? un bon litre de sang ? Sans compter la douleur qui avait probablement dû accompagner la blessure. La victime avait largement de quoi perdre conscience.
"Un sûr, le deuxième probable mais pas confirmé.
- Où sont-ils partis après cela ? pourquoi ne pas être resté sur place ?
- Ils ont dû avoir besoin de nourriture, hasarda Smith. ça fait quatre jours. Si l'un d'entre eux était blessé, ils ont dû avoir besoin d'eau, de nourriture.
- Mais s'ils cherchaient à nous contacter, ils seraient restés.
- Ils n'avaient pas à aller bien loin pour trouver ce dont ils avaient besoin."
Falman acquiesça sans un mot : après tout, avec autant de maisons vides et des frigos pleins aux alentours, les deux frères n'avaient pas dû beaucoup s'éloigner. Smith ressortit du local, pas mécontent de s'éloigner de l'odeur du sang : "Où sont-ils passés ?"
Il y avait une bonne cinquantaine de maisons dans le quartier mais les fouiller prendrait un temps fou. Un temps qu'ils n'avaient pas.
"La maison des Bradley, suggéra Falman."
Smith fronça les sourcils : "On y est déjà allés.
- Quand ?"
La veille, lorsqu'ils avaient retrouvé le corps de Panaya.
"Peut-être que les frères Elric étaient toujours dans le local à ce moment-là ? Ils sont peut-être restés inconscients à un moment."
Smith haussa un sourcil dubitatif mais Falman insista.
"En allant chez les Bradley, ils augmentent les chances de croiser l'un de vous. Beaucoup plus que d'attendre dans n'importe quelle maison.
- J'imagine qu'il faut bien commencer quelque part."
Sans échanger davantage, Falman et lui se mirent en route, sur leurs gardes.
Le quartier semblait avoir été mis sous cloche, pris dans une chape de béton. Même le chant des oiseaux leur semblait distordu et le silence anormal leur mettait les nerfs en vrac. Pas de rires d'enfants, pas d'échos de discussions. La maison des Bradley leur sembla d'autant plus sinistre. A son approche, Smith dégaina : peu importe ce qu'ils trouveraient à l'intérieur, il ne comptait pas laisser une nouvelle opportunité à Selim de le manipuler encore une fois. Et derrière lui, Falman l'imita.
Mais la maison n'avait pas changé depuis leur dernier passage. Entrée, séjour, cuisine, rien ne semblait avoir été déplacé ou dérangé et seul le tic discret de l'horloge - onze heures - brisait le silence. Smith s'apprêtait à laisser tomber et faire demi-tour lorsqu'un bruit sourd à l'étage les fit sursauter. Puis un deuxième.
"Pas une chute ou une erreur, souffla Falman."
Le choc se répétait, de façon irrégulière, mais l'auteur voulait visiblement attirer leur attention.
Smith redressa son arme et monta les escaliers à pas de loup. La chambre de Mary, rien. Celle de Selim, rien. La salle de bain, rien. Le son provenait du le bureau de Bradley. Smith échangea un regard avec Falman puis poussa doucement la porte.
"Tu as l'air salement amoché, constata-t-il en baissant son arme."
Alphonse lui adressa un sourire fatigué. Le jeune homme était avachi sur le siège de Bradley, le teint pâle et une fine couche de sueur sur son front.
"Je vous ai vu arriver", déclara-t-il en désignant la fenêtre.
Falman se précipita sur l'adolescent et commença à l'ausculter, du mieux qu'il pouvait.
"C'est toi qui as perdu tout ce sang, dans le local ?"
Mais Alphonse secoua la tête et s'efforça de se redresser : "Est-ce que vous avez écouté la radio ?
- La radio ?
- Est-ce que vous avez entendu les dernières nouvelles ?
- On était occupés à te chercher, marmonna Smith."
Un poste était posé sur le bureau de Bradley et visiblement, l'adolescent n'avait eu que cette occupation en attendant d'être retrouvé.
"Ils ont le colonel Hawkeye.
- Quoi ?
- Les rebelles. Ils ont annoncé à la radio que les rebelles avaient le colonel Hawkeye.
- Ce n'est pas possible", déclara Falman, fronçant les sourcils.
Mais déjà, Smith tendait la main pour allumer le poste et les premiers mots leur glacèrent le sang : "capture revendiquée. Un bûcher serait en train d'être construit sur la place de l'horloge.
- Un bûcher ? répéta Falman d'une voix blanche.
- Attendez, l'interrompit Smith.
- Les rebelles menacent d'allumer ce bûcher si le généralissime ne se livre pas immédiatement. Ils demandent la comparution du président devant un tribunal populaire en charge de juger de ses crimes de guerre. Le président Mustang a jusqu'à midi pour se livrer aux forces rebelles. La place de l'horloge est déjà...
- Vous n'avez pas le temps, intervint Alphonse."
L'adolescent était faible, mais il se relevait déjà et la détermination brillait dans ses yeux.
"Vous devez aller secourir le colonel Hawkeye. Vous ne pouvez pas..."
L'idée était tout simplement horrifiante. Smith se redressa, prêt à partir. Alphonse pouvait attendre ici encore un peu mais pas le colonel Hawkeye. Cependant, Falman fronça les sourcils : "Alphonse, où est ton frère ?"
Les yeux de l'adolescent s'assombrirent immédiatement et Smith se raidit : le Fullmetal n'avait pas survécu ? L'idée lui semblait inconcevable et contraire à tout ce que tout le monde avait pu dire d'eux. Les frères Elric résistaient, survivaient. C'est ce qu'ils faisaient de mieux.
"Alphonse ? insista Falman à voix basse. Est-ce que ton frère est mort ?
- Il n'est pas... commença Alphonse lorsqu'un craquement dans le couloir les fit sursauter."
Smith se retourna d'un bond et manqua de lâcher son arme.
"Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?"
Ils avaient laissé tomber immédiatement ce qu'ils étaient en train de faire.
Les rebelles avaient capturé Hawkeye et, sans capitulation de Mustang, ils comptaient la mettre sur ce bûcher immense qu'ils avaient construit au centre de la place. Breda ne comprenait pas comment une telle chose avait pu se produire. Il avait l'impression d'avoir devant lui le chapitre d'un livre qui ne faisait aucun sens avec les pages précédentes, comme si deux chapitres avaient été arrachés. Mais qu'il comprenne ou non la situation n'avait aucune importance.
Colt sortit sa carabine du placard et jeta pêle-mêle les munitions dans un sac sombre : "L'horloge elle-même. Si je peux m'installer dedans, je serai en mesure de couvrir toute la place.
- Tu fais feu sur tous ceux qui s'approchent avec une torche. C'est ta priorité, acquiesça Breda. Broche, vous allez avec elle. Ils n'ont pas dû laisser l'entrée sans surveillance.
- Et nous ? demanda Fuery."
Breda serra les dents. Ils n'étaient que quatre. Smith et Falman, Breguet et Ross n'étaient pas revenus de leurs tâches. Que pouvaient-ils faire à eux quatre ?
"On attrape le colonel dès qu'on la voit. Dès qu'ils l'approcheront de ce bûcher. Colt, tu nous couvriras."
C'était mieux que rien et c'était en tout cas le mieux qu'il puisse faire pour le moment.
Les trois autres soldats hochèrent la tête et sortirent. Tant pis pour la discrétion, tant pis pour les précautions. Ils devaient intervenir au plus vite. Ils dévalèrent les escaliers, prêts à remonter à toute allure l'avenue jusqu'à la place. L'appartement des Armstrong était idéalement situé. A cinq minutes à peine de la place. Une foule impressionnante était présente dans les rues et ils durent slalomer entre les badauds mais ils y étaient presque. Breda établit une nouvelle fois le contact visuel avec chacun des membres de son équipe : ils savaient ce qu'ils devaient faire. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas laisser Hawkeye sur cette place.
Breda se lança dans le dernier tournant mais s'arrêta net et toute l'équipe derrière lui. Les rues étaient entièrement bouchées. Noires de monde. Des civils qui faisaient bloc les uns contre les autres, pressés d'atteindre l'estrade et assister à ce spectacle morbide.
"Merde, souffla Breda."
Il tenta tant bien que mal de jouer du coude, pousser pour avancer mais la foule était trop compacte. Il sentit l'angoisse lui étreindre l'estomac. Colt croisa son regard et Breda y lut la même certitude : elle n'attendrait jamais le clocher à temps.
L'ambiance était électrique, tendue par une excitation morbide. Le bras droit du généralissime avait été capturé par les rebelles et ceux-ci étaient déterminés à faire payer au président ses crimes de guerre.
Mustang ne croyait absolument pas une seconde à cette histoire : Selim avait capturé Hawkeye, Selim lui avait laissé un message sur le mur de cette maison en ruine, les rebelles n'y étaient pour rien là-dedans. En revanche, ils fournissaient une belle histoire à raconter à la radio, un narratif plausible pour couvrir le désir de vengeance de l'homonculus. Et Roy mettrait sa main à couper que Selim avait aligné ses pions tout autour de la place de l'horloge pour lui mettre la main dessus, dès que l'alchimiste pointerait le bout de son nez.
Mustang s'était précipité hors de Coven Street, laissant Bobby sur place après que celui-ci avait confirmé : il n'avait pas de temps à perdre s'il souhaitait sauver Hawkeye. Le soldat avait traversé la moitié de la ville, presque en courant, sans faire attention à rester discret, mais cela n'avait plus aucune importance. La foule, attirée par la promesse morbide de sang et de vengeance, était sortie dans les rues et plus Mustang se rapprochait de l'horloge astronomique, plus il sentait cette excitation se répandre dans l'air.
"...pensent qu'ils peuvent tout faire ? que jamais personne ne s'opposera à eux ? Hé bien ils ont tort. Aujourd'hui est la fin de l'impunité de l'armée. Aujourd'hui, nous commençons à rendre coup pour coup et cela commence avec le généralissime !"
Quelqu'un criait, invectivait la foule qui l'acclamait en retour, mais Mustang n'avait pas le temps de les écouter. Se faufilant parmi la masse compacte, il faisait de son mieux pour avancer. Mais lorsqu'il tourna pour finalement déboucher sur la place, la vue de l'immense bûcher construit au centre lui glaça le sang. Ça et la foule compacte qui le séparait de l'édifice.
Il n'arriverait jamais à atteindre l'estrade.
"Merde, merde, merde."
Des hommes finissaient d'apporter fagots de bois, palettes et carton. Même à cette distance, Mustang pouvait sentir l'odeur de l'essence qui était arrosée sur le bûcher. Celui-ci avait été installé sur l'estrade qui servait habituellement aux annonces gouvernementales et spectacles occasionnels. Au milieu, Hawkeye était ligotée à un tronc, visiblement consciente, même si elle ne se débattait pas. Selim, encore une fois ?
A sa vue, le cœur de Mustang accéléra. Il joua des coudes, tenta de pousser, mais beaucoup trop de monde se pressait vers le bûcher et il n'arrivait pas à se rapprocher. Ses pensées se bousculaient dans son crâne sans pour autant faire émerger le moindre embryon de plan pour tenter de sauver Hawkeye. Avec l'alchimie, il pouvait ériger un mur de pierre pour isoler le bûcher du reste du monde, des torches qui feraient leur apparition. Mais pour cela, Mustang avait besoin de se rapprocher. Il était beaucoup trop loin. Une erreur et il risquait de broyer la jeune femme.
Cinq cent mètres.
"Tout son mandat n'est basé sur rien d'autre que le mensonge ! La main tendue vers les Ishbal ? Une pathétique tentative de réparer le carnage qu'il a commis pendant la guerre. Les travaux de rénovation de l'infrastructure ? L'armée voulait tout simplement dissimuler ses erreurs !"
Il jura à nouveau. A longue distance, il n'y avait jamais eu que son alchimie des flammes. Il n'avait jamais compté sur autre chose d'autre pour se défendre ou attaquer. Même après avoir vu la porte. Jamais il ne lui était venu à l'esprit de s'entraîner à la manipulation de manière à longue distance. Pourquoi ?
Quatre cent cinquante mètres.
Lentement mais sûrement. A deux cent mètres, il pourrait agir. Et ensuite quoi ? La place était cernée par émeutiers et par des soldats qui ne tentaient même pas d'empêcher tout cela. Comment s'en sortiraient-ils après ?
La panique faisait trembler son corps, brouillait ses pensées. Il n'y avait plus que la peur à présent. Brûlante et paralysante. Une peur que Mustang n'avait jamais connue auparavant, pas même à Ishbal, pas même contre Père.
"Et aujourd'hui, nous avons son bras-droit et où est le généralissime ? S'est-il livré aux forces rebelles comme nous l'avons demandé ? S'est-il rendu à nous pour épargner son assistante ? Où est le président Mustang ?"
Les passants étaient trop fascinés, trop pris dans le discours pour le remarquer et quelque part dans la bousculade, sa casquette tomba.
Quatre cent mètres.
Il continua de pousser pour se frayer un chemin. Mais soudainement, il sentit la foule retenir son souffle de manière collective : les torches avaient fait leur apparition.
Mustang sentit son cœur se décrocher de sa poitrine. Puis par réflexe, il claqua des doigts.
Pas pour allumer un feu mais pour l'éteindre. Réduire la concentration d'oxygène pour éteindre immédiatement toutes les flammes.
Les torches s'éteignirent en même temps, frappées par un éclair de lumière. Et tout autour de lui, le silence était tombé.
"Le généralissime !"
L'instant d'après, une pluie de balles s'abattait sur lui. Mustang transmuta un dôme de pierre de justesse mais il entendit des civils s'écrouler derrière lui. Ces enfoirés avaient fait feu sur la foule. Il devait bouger. Roy s'accroupit et fit jaillir de terre des piliers qui l'emportèrent au-dessus de la foule. Et sans prêter attention aux protestations de son épaule, de son corps épuisé, il s'élança. Créer colonne après colonne, s'élancer dans les airs et en même temps, surveiller les torches qui ne cessaient d'être apportées et les éteindre.
Mais il ne faisait que déplacer l'oxygène. Celui-ci ne se volatilisait pas par magie. A la moindre étincelle… Il ne devait pas y penser.
Trois cent mètres. Sauter, atterrir et claquer des doigts.
Son corps était épuisé. Malgré l'adrénaline qui courait dans ses veines, Mustang sentait ses muscles tirer, ses articulations grincer à chaque saut. Il suffirait d'une seule erreur, d'un seul bond mal calculé pour basculer mais Hawkeye comptait sur lui.
Deux cent mètres.
Et pendant une fraction de seconde, le temps s'étira pour ralentir. Roy aperçut du coin de l'œil la torche être lancée du toit d'un immeuble et tomber là où Hawkeye se tenait.
Trop tard.
La concentration d'oxygène généra presque une explosion. Un feu d'une intensité si forte que Mustang fut projeté en arrière et dégringola de son pilier. L'instant d'après, un hurlement lui glaçait le sang. Le hurlement d'Hawkeye.
Tout son corps se raidit, malgré lui, et Mustang avait envie de se boucher les oreilles, de fuir ce cri de douleur inhumain. L'odeur des flammes, de la chair calcinée le ramena tout droit à Ishbal. Mais même à Ishbal il n'avait pas entendu pareille souffrance. La chaleur de ce brasier n'était pas suffisante pour tuer sur le coup et Hawkeye souffrait terriblement.
Une pluie de balles s'abattit autour de lui. Par réflexe, Mustang roula sur le côté et la douleur dans ses côtes le ramena à lui. Il pouvait encore sauver Hawkeye. Il se redressa et s'élança. A nouveau, un claquement de doigt. Le brasier s'éteignit immédiatement et Mustang se sentit inspirer sans respirer : plus d'oxygène. Il devait faire vite.
Peu importe les balles qui pleuvaient autour de lui, peu importe les fagots qui fumaient encore, Mustang se précipita vers elle. Il pouvait sentir la chaleur du bûcher brûler la semelle de ses bottes et menacer d'embraser son pantalon, mais elle était la seule chose qui comptait à présent. La corde qui la retenait céda immédiatement et Hawkeye s'effondra dans ses bras.
"Colonel ?
- Ne parlez pas."
Il ne voulait pas voir, pas constater. Pour le moment, il se contenterait de la soulever dans ses bras et de la faire descendre de ce tas de bois qui menaçait à tout instant de reprendre feu. Il la serra contre lui.
"Je savais que vous viendriez, déclara-t-elle d'une voix rauque.
- Shhh"
Avec la jeune femme dans ses bras, il ne parvint pas à aller bien loin, mais peu importe. L'arrière de l'estrade leur offrait un répit, un abri à l'abri des balles qui continuaient de fuser dans l'air, et Mustang l'allongea à même la pierre, conscient de ses mains qui tremblaient. Et les larmes ne tardèrent pas à envahir son champ de vision.
Il était arrivé trop tard. Le visage de Hawkeye était à présent couvert de suie et son corps avait subi des dégâts irréparables. Sa poitrine se soulevait de manière irrégulière tandis qu'elle essayait de respirer. Mustang pouvait voir les chairs à vifs sous la peau noire et calcinée jusqu'à mi-poitrine. Il avait vu trop de victimes, fait trop de victimes pour croire qu'elle s'en sortirait. La douleur rendrait fou son cœur, le faisant accélérer jusqu'à ce que celui-ci ne puisse plus suivre. Et sa précieuse Hawkeye s'éteindrait.
"Ne vous inquiétez pas, articula-t-elle lentement. Je n'ai pas mal."
Mustang laissa échapper un rire, à moitié étranglé. Même dans ces conditions, elle pensait à lui.
"Est ce que vous êtes sérieusement en train d'essayer de me rassurer ?
- Votre visage fait peur à voir."
L'ombre d'un sourire passa furtivement sur son visage, avant d'être emporté par une grimace de douleur.
"Vous n'auriez jamais dû faire ça. Pas pour moi.
- J'avais promis, non ?"
Promis de le protéger, promis de veiller à ce qu'il ne dévie pas du droit chemin. Mais jamais il n'avait été question de se sacrifier pour lui. Avant qu'il ne puisse répondre, une larme lui échappa et dévala sa joue pour atterrir sur le visage de son assistante.
"Il pleut encore ?"
Ce jour sur la tombe de Maes. Cette seule fois où elle l'avait vu pleurer. Il esquissa un sourire tremblant.
"Il pleut, confirma-t-il d'un ton rauque.
- Un peu de pluie ne peut pas me faire plus de mal."
Il secoua la tête et essuya la joue de Riza, emportant la larme dans un sillage de suie : "Ne vous épuisez pas, colonel
- Pourquoi ? Je n'en ai plus pour très longtemps"
Riza savait, bien sûr qu'elle savait. Elle ne semblait pas souffrir et c'était déjà en soi un mauvais signe. Et puis, elle avait vu déjà trop de grands brûlés pour penser pouvoir s'en sortir. Mais le cœur de Mustang se serra en entendant la vérité
"Ne vous inquiétez pas, articula-t-elle, le souffle court. Vous êtes là. C'est tout ce dont j'ai besoin."
Une deuxième larme - ou peut-être la troisième ? la quatrième ? - s'écrasa sur sa joue. Il caressa doucement ses cheveux : "Je ne vais nulle part.
- Serrez-moi contre vous.
- C'est ce que je fais."
Son bras était passé autour de ses épaules, l'autre main caressait ses cheveux, sa joue, tout ce qu'il pouvait encore rester d'elle. Leurs visages s'étaient rapprochés et se trouvaient maintenant à une quinzaine de centimètres l'un de l'autre. Tellement plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été. A cet instant, elle était tout ce qu'il voyait et lui tout ce qu'elle voyait. Et c'était tout ce qui importait.
"Vous allez devoir apprendre à continuer sans moi, souffla-t-elle avec effort.
- Ne dites pas ça.
- Vous allez devoir.
- Je… Je ne sais pas comment je ferai sans toi."
Ce n'était que la vérité. Il ne pouvait pas continuer sans elle. Pas quand elle avait été constamment à ses côtés toutes ces années. Pas quand elle avait été sa raison de renoncer à la folie.
Il se força à maintenir son sourire, pour elle, à travers les larmes. Presque coller son front au sien pour qu'elle ne puisse plus voir la fumée, le bûcher, les balles qui volaient autour d'eux.
"Si je pouvais faire n'importe quoi pour...
- Shhh, l'interrompit-elle cette fois."
Encore une fois elle savait. Sans qu'il n'ait besoin de le dire, sans qu'il n'ait besoin de terminer. Il avait déjà refusé de ramener Maes, déjà refusé de la ramener elle, mais les conditions étaient différentes cette fois. Elle ne pouvait pas la quitter maintenant. Mais encore une fois, Hawkeye refusait.
"Tu es là. C'est tout ce dont j'ai besoin."
Roy resserra sa prise autour de ses épaules, ignorant la sensation que quelque chose, lentement, lui arrachait le cœur, le lacérait et le piétinait.
"Je ne vais nulle part."
Sourire.
"J'aurais dû… je n'ai jamais voulu que tu…
- ça n'a pas d'importance, articula-t-elle."
Continuer à sourire alors que la souffrance écrasait sa poitrine, l'empêchait de respirer.
"Je pensais que nous aurions le temps.
- Nous l'avons eu"
Continuer à sourire alors que son champ de vision se remplissait de larmes et lui donnait l'impression de se noyer.
"Je ne regrette rien, souffla-t-elle"
Continuer à sourire alors que la vie quittait les yeux de Hawkeye.
Roy ferma les yeux et serra son corps contre lui.
Il suffoquait, étouffait. Il n'y avait plus rien sinon cette envie immense d'hurler, de lutter, mais contre quoi ? Il n'y avait plus que le vide dévorant, ce gouffre immense en lui qui menaçait de l'engloutir. Il aurait voulu nier la réalité. Nier ces derniers jours, nier ne serait-ce que cette dernière journée, cette dernière heure. Croire que s'il rouvrait les yeux, Riza lui sourirait et le repousserait, amusée. Mais même le visage enfoui dans son cou, il savait. Sa poitrine ne se soulevait plus contre la sienne et sous ses doigts, son cœur ne battait plus.
La réalité était là entre ses bras et il n'avait nulle part où se cacher.
Après ce qui lui sembla être une éternité, Roy inspira une dernière fois son parfum. Il força chacun de ses muscles crispés à la relâcher.
Et une dernière fois, il l'embrassa.
à suivre...
Voilà... Première partie du prompt lancé par Shirenai : "Selim redevient un homonculus et décide de se venger de Mustang en tuant Hawkeye."
Si cela peut vous rassurer sur mon humanité, j'ai moi-même pleuré en écrivant ce chapitre et je n'ai même pas les mots pour vous dire ce que je ressens à l'idée d'avoir écrit ce chapitre (alors pourquoi l'avoir fait ? lol). Si vous voulez pleurer encore un peu plus, les adieux entre Riza et Roy ont été énormément inspirés par la mort d'Eponine et la chanson "Little Fall of Rain" des Misérables ("And you will keep me safe, and you will me close. The rain will make the flowers grow").
J'espère qu'en tout cas, ce chapitre vous a "plu". N'hésitez pas à me laisser une petite review
