Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
- le titre vient du roman de Fred Vargas
Mon petit blabla avant de commencer : Pfiou, j'espère que vous êtes encore là et que le chapitre précédent ne vous a pas fait fuir ! En tout cas, merci à Musing-and-Music pour sa longue review (non, je ne connais pas Here Dead We Lie mais j'y jetterai sûrement un oeil !). Ce chapitre est le dernier de cet arc et probablement de cette année, à cause des fêtes de fin d'année. J'en profite donc pour vous souhaitez des très belles fêtes et le meilleur pour 2022 !
Précédemment dans La Pièce Vide : La nouvelle fait rapidement le tour de Centrale : Selim détient Hawkeye et compte bien, sous le couvert de l'insurrection, la brûler sur place publique. Tous laissent instantanément tomber ce qu'ils font pour se précipiter et essayer de sauver Riza, mais Roy arrive trop tard...
Sans feu ni lieu
Les balles continuaient à pleuvoir autour de lui et par un curieux hasard, personne ne s'était encore précipité sur lui. Peu importe. Le corps de Riza était toujours dans ses bras et Mustang ne pouvait pas quitter des yeux son visage. Son propre corps s'était arrêté, figé, et tout ce qu'il pouvait faire était de continuer à respirer, difficilement. Une énième larme dévala sa joue et s'écrasa sur le visage de Hawkeye. Par réflexe, il essuya doucement sa joue.
"Tu l'aimes, non ?"
Il y avait tant de choses qu'il aurait voulu lui dire. Tant de chose qu'il aurait voulu faire. La prendre dans ses bras, la serrer contre lui et respirer son parfum. Maintenant qu'elle était dans ses bras, Riza n'était plus là.
Des pieds atterrirent dans son dos mais il était incapable de bouger.
"Généralissime, il faut partir !"
Des mains se posèrent sur son épaule et par réflexe, il se dégagea. Pas maintenant, pas alors que son corps était encore chaud. Il ne pouvait pas partir et tout le temps passé à la serrer dans ses bras ne suffirait jamais.
"Oh mon dieu, s'exclama une voix féminine."
Les deux mains revinrent à charge et l'obligèrent à se tourner.
"Généralissime, je sais que c'est dur, mais nous devons partir. Tout de suite."
Ross. Ross qui lisait le vide dans ses yeux et affichait une expression désolée qui lui donnait envie de crier. Mais tout autour d'eux, des voitures, des murs explosaient.
"Je ne peux pas, finit par souffler Mustang.
- Il le faut.
- Je ne peux pas la laisser ici."
Le regard de Ross, plein de pitié, passa sur le corps de Riza, toujours dans ses bras.
"Je suis désolée, mais nous n'avons pas le choix.
- Nous devons partir maintenant !" insista l'homme derrière elle.
Le coéquipier de Ross tentait de les couvrir face aux tirs, veillait à ce que les rangs ennemis ne se referment pas sur eux, mais les balles, les cris fusaient de façon chaotique. Quelque part, quelque chose détona et Mustang sentit le sol vibrer sous lui.
"Je ne peux pas...
- C'est le colonel Hawkeye ?"
D'autres personnes les avaient rejoints. Des personnes que Mustang était incapable de reconnaître, des visages choqués et horrifiés par la scène mais qui une fraction après redevenaient impassibles. Était-ce donc cela d'être soldat ? Ne plus pouvoir pleurer et s'émouvoir de la perte des siens ? De devoir servir et se battre encore et encore ?
"Il y a des soldats sur ces toits-là, indiqua le binôme de Ross. Impossible de les déloger d'ici.
- Colt ?
- J'y suis."
Le mur de renforts s'organisait derrière eux et Maria Ross renforça sa poigne sur ses épaules.
"Je sais que c'est dur et je sais qu'elle comptait pour vous, mais nous ne pouvons pas rester ici, insista-t-elle en plongeant son regard intransigeant dans le sien. Je suis désolée.
- Je ne peux pas la laisser ici."
Le monde commençait à redevenir net, son champ de vision à s'élargir, mais sa voix aussi devait plus ferme. Il raffermit sa prise son le corps de Riza.
"Je pars avec elle ou je reste ici".
Ross s'apprêtait à répondre lorsqu'un tir atteignit son binôme qui s'effondra par terre.
"Breguet !
- C'est fini pour lui, déclara Broche en forçant la soldate blonde à se baisser. On décolle maintenant !"
Mustang retira sa veste et l'enroula autour du corps de Riza.
"Donnez-la à Broche, décida Ross.
- Non, je peux...
- Vous n'êtes pas en état et même si cela avait été le cas, Broche s'en tirera mieux, coupa-t-elle."
Déjà le sergent se tournait vers lui, sans chercher à discuter. Mustang serra les mâchoires mais il avait ce qu'il voulait : ils ne partiraient pas sans Riza. C'était déjà plus que ce pour ce dénommé Breguet.
La soldate blonde qui maniait la carabine essuya des larmes rageuses et dégaina une arme de poing.
"Maintenant, on court, déclara Ross."
Caché derrière l'estrade, Mustang n'avait pas pris la pleine mesure de la situation. La foule qui s'était amassée au pied du bûcher essayait maintenant de fuir par les ruelles encombrées, tandis que les tirs fusaient dans tous les sens. Civils contre soldats mais également soldats contre soldats. Quelque chose avait brûlé et obscurcissait l'air d'une fumée noire et irritante. Le petit groupe progressait par à-coups, incapables de voir à plus d'un mètre de distance, mais ils avançaient, tour à tour esquivant les tirs ou se mettant à courir.
"Par-là !"
Finalement, ils parvinrent à se mêler à la foule paniquée. Dans la marée humaine, Mustang tenta de localiser la chevelure blonde de Broche mais Ross attrapa son bras d'une poigne ferme : il n'était pas question de le perdre dans la masse. Elle le traîna sur plusieurs rues avant de le pousser dans un passage. Plus calme, plus à couvert. Mustang se laissa porter par le reste de l'équipe. Remonter des allées, guetter le moindre signe de poursuivants et finalement arriver le hangar où quelques jours plutôt ils avaient rencontrés Panaya ainsi que les frères Elric. Une pluie fine avait commencé à tomber, martelant la tôle.
"Et maintenant ? demanda Colt."
Breda entrouvrit la porte et aperçut le visage défait de Ross. Une partie des troupes était arrivée au point de ralliement, songea-t-il avec soulagement. Il poussa franchement la porte, Fuery sur ses talons.
Ross et Broche discutaient à voix basse, l'air grave, et s'égayèrent à peine en le voyant.
"Qu'est-ce qui s'est... ?"
Mais la soldate lui désigna un coin du hangar et Breda vacilla un instant lorsqu'il suivit son regard. Mustang était assis sur une caisse, tête baissée et coudes plantés sur les genoux, le regard si vide qu'il ressemblait davantage à une coquille vide qu'au Flame Alchemist. Et à côté de lui, un corps, qui ne pouvait être que celui de Hawkeye. Une veste avait été délicatement posée sur son torse et son visage mais les membres noircis et les tissus à vif restaient visibles. L'odeur était insoutenable.
"Le reste de l'équipe ? demanda Breda.
- Colt monte la garde à l'étage supérieur. Et Breguet..."
Mais la soldate secoua la tête sans terminer sa phrase. Deux pertes. Restait encore à attendre Smith et Falman.
Pour la première fois, Breda se rendit compte du vide de l'entrepôt. Il n'y avait rien à regarder, rien à fixer pour ne pas croiser le regard hanté de Mustang, éviter de regarder le corps calciné de Hawkeye. Hawkeye qui leur avait toujours semblé indestructible.
Au même titre que les frères Elric ou Mustang, la soldate avait toujours dégagé une force tranquille. La certitude que rien ne pouvait l'atteindre, la tuer. A ses côtés, Fuery était incapable d'arracher son regard interdit de la silhouette de Riza. Le major avait toujours eu cette relation spéciale avec leur lieutenant d'autrefois.
"Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment est-ce que tout ça a pu se produire ? demanda Breda, détournant les yeux pour ne pas pleurer."
Les regards convergèrent vers Roy mais celui-ci ne réagit pas, comme imperméable à toute cette situation. Breda fronça les sourcils et s'apprêta à répéter lorsque la porte coulissa une dernière fois dévoilant Falman et Smith, talonné de près par deux menues silhouettes : Alphonse dans un piteux état, soutenu par Edward, capuche sombre rabattue sur la tête.
"Smith ? Falman ? Vous allez bien ? Vous avez trouvé les frères Elric ?"
Sa voix vibrait de soulagement. Les derniers membres étaient arrivés. Et mieux, ils avaient trouvé les frères. Mais Smith secoua la tête : "Où sont Colt et Breguet ?
- Elle monte la garde, a l'étage, indiqua Ross. Breguet... n'a pas survécu aux événements."
Le soldat blond serra la mâchoire : "Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Nous ne savons pas plus de choses que vous, répondit prudemment Breda. Nous avons appris la nouvelle via la radio, en voyant toute l'agitation dans les rues.
- Mais Mustang..."
Smith attendait des réponses. Il avait perdu des coéquipiers, dû affronter une foule déchaînée. Mais Mustang ne semblait même pas les avoir entendus arriver et ne leur prêtait aucune attention.
"Qu'est-ce que...
- Hawkeye est morte, le coupa Breda. Laisse-le tranquille.
- Breguet aussi est mort, rétorqua Smith. Panaya aussi et on ne sait toujours pas comment.
- Il lui faut du temps.
- On a pas de temps ! s'exclama le blond. La moitié de la ville est à nos trousses, je ne sais pas si tu as remarqué, Breda !"
Malgré les éclats de voix, Mustang n'avait toujours pas réagi et sa passivité ne semblait qu'ajouter à la fureur de son subordonné.
"Il ne peut pas jouer à ça. Il ne peut pas jouer les victimes choquées, insista Smith. Panaya est morte et on ne sait toujours pas comment. Breguet a été tué pendant qu'il essayait de sortir son cul de cette situation, alors la moindre des choses serait de nous fournir un minimum d'explications !
- Smith, souviens-toi à qui tu parles.
- J'ai pas le temps ces conneries, Breda !"
En deux enjambées, Smith rejoignit Mustang et lui empoigna l'épaule.
"Je vous parle, connard !"
Mais Mustang ne lui opposa pas davantage de résistance qu'une poupée de chiffon. Et Breda sentit son cœur se serrer.
"Arrête, Smith."
Il ne savait pas. Il ne pouvait pas savoir ce que Hawkeye avait représenté pour Mustang. Falman, Fuery, Havoc et lui s'étaient toujours demandé sans avoir jamais osé poser la question. Qu'il y avait-il entre leur colonel et leur lieutenant ? Quelle était la nature de leur relation ? Ils avaient fait Ishbal ensemble, oui, mais la guerre à elle seule n'expliquait pas cette alchimie entre eux. Leur façon de se comprendre sans parler. D'anticiper les mouvements de l'autre, sans un mot, sans un regard. Ils n'avaient jamais demandé mais ils savaient tous à l'époque.
"Je n'arrive pas à y croire, cracha Smith, dégoûté."
Mustang ne réagissait toujours pas et Smith le laissa retomber, écœuré.
"Vous nous devez des explications à tous", intervint à son tour Alphonse.
Le jeune homme était visiblement mal en point - les combats de la journée ? des blessures antérieures ? Son frère l'avait assis contre des caisses mais restait délibérément en retrait, la capuche toujours rabattue sur la tête, préférant fixer le sol plutôt que de se tourner vers eux. Un miracle que le Fullmetal lui-même ne lui ait pas sauté à la gorge, nota distraitement Breda.
"Vous devez faire quelque chose. Vous ne pouvez pas nous laisser nous débrouiller seuls. Pas après tout ce qui s'est passé."
Mais le Flame Alchemist semblait à peine plus l'avoir entendu.
"Vous ne savez pas ce qui s'est produit dans cette salle", plaida à nouveau Alphonse avant que sa voix ne se mette à trembler.
Sous leurs regards intrigués, il se tourna vers son frère.
Lentement, Edward fit glisser la capuche de la cape vert sombre. Et lorsqu'il aperçut son visage, Breda sentit son cœur louper un battement.
"Selim a bien réussi à inoculer la pierre, articula Alphonse. Mais pas à Winry. A Edward."
Les pertes étaient lourdes - une soixantaine de blessés, treize morts - et la situation, incompréhensible.
Remington se laissa tomber sur sa chaise et soupira, avant d'attraper le rapport provisoire. Depuis l'annonce de Stevenson, son corps était tendu par une anxiété constante qui refusait de le quitter et pour cause : il avait dû déployer de nouvelles troupes, dissiper la foule et faire évacuer les blessés et ce dans le chaos le plus total. Deux voitures avaient explosé. Aucun blessé n'était à déplorer de cet incident mais l'explosion et la fumée n'avaient fait qu'ajouter à la confusion et la panique.
Soixante-quatre blessés, treize morts. Et l'ancienne assistante du généralissime, immolée sur place publique.
Personne ne comprenait comment cela avait pu se passer. Pas un soldat présent sur place, pas un officier du QG, pas même Archer et Braun. Personne ne savait pas comment l'armée avait pu laisser les émeutiers faire feu sur le généralissime et brûler le colonel Hawkeye sur un bûcher. Un putain de bûcher. Et l'armée n'avait rien fait. Elle s'était contentée de regarder et Remington se sentait malade rien qu'à y penser. Pas étonnant que son corps soit incapable de détendre après cela.
Il cherchait un début d'explication - n'importe quoi, des indices - dans le rapport qui lui permette de comprendre, lorsqu'un toussotement lui fit relever la tête. Bien sûr qu'elle était revenue.
"Ce n'est pas le bon moment, soupira Remington.
- ça ne l'est jamais, répliqua Evans en s'asseyant en face de lui. Mais notre conversation de ce matin doit se terminer, non ?
- Je ne suis pas certain d'avoir le choix.
- Ne jouez pas à la victime. Cela ne vous va pas. Surtout quand vous avez conclu une alliance dans le dos de Mustang."
Remington serra les dents mais s'efforça de l'ignorer. Evans restait une civile. Elle ne savait pas de quoi elle parlait, elle ne connaissait pas l'armée.
"Vous savez ce que je ne comprends pas ? demanda la jeune femme tranquillement. En cas de disparition du généralissime, vous étiez assuré de prendre sa place. Et c'est ce qui s'est produit. Pourquoi alors le trahir ? Pour des personnes qui ne vous auraient jamais laissé le poste ?"
Mais Remington n'avait aucune réponse à lui fournir car lui-même ne savait pas. Les souvenirs de sa rencontre avec Hakuro étaient flous et imprécis. Il se revoyait encore suivre Jeffrey, rentrer dans ce restaurant et s'asseoir en face de Hakuro. Mais que lui avait-il dit sinon vouloir conclure une alliance avec lui ? Que s'était-il passé dans sa tête pour qu'il décide de s'allier à la Faction ? Evans avait raison : cela n'avait aucun sens, même pour lui. Et jusqu'à récemment, Remington ne s'était même pas posé la question de savoir pourquoi.
Evans le fixait d'un air patient mais déterminé. Elle ne s'en irait pas à moins d'avoir une réponse. Une réponse satisfaisante.
"Je n'ai pas à vous rendre compte de quoi que ce soit, lâcha-t-il d'une voix qu'il espérait froide."
Encore une fois, la nausée revenait. C'était peut-être la fatigue de ces derniers jours, l'angoisse de la journée, le dégoût de l'armée. Mais Remington sentait son estomac se tordre encore et dut faire appel à toute sa volonté pour ne rien laisser paraître. Il attrapa le premier dossier à traiter, sur son bureau, relut vaguement le compte-rendu avant de le signer. Toutefois, l'ancienne journaliste n'avait pas abandonné.
"Vous vous êtes alliés à son ennemi, à cette faction de l'armée, fit observer Evans.
- Les apparences peuvent êtres trompeuses.
- Vous voudriez me faire croire que Mustang vous a demandé de les infiltrer ?"
Remington ne répondit pas et se contenta d'attraper le second dossier.
"Je ne suis pas l'ennemi, fit remarquer Evans. Je pensais que vous l'aviez compris. Même si nos méthodes diffèrent, je me bats pour la même chose que vous. Dans les grandes lignes"
Le colonel lui lança un regard sarcastique. Mais intérieurement, il devait admettre qu'elle avait vu juste : malgré leurs différences, Remington appréciait Evans. Il reconnaissait son sens de la justice, son implication dans son travail et sa pugnacité. Et elle était encore l'une des rares personnes à ne pas lui être hostile actuellement. Mais il ne pouvait pas tout lui confier.
"Comment savez-vous tout cela ? lui demanda-t-il néanmoins."
Evans ne pouvait pas simplement avoir déduit tout cela de la conversation avec Jeffrey. Remington n'était même pas certain de ce que l'ancienne journaliste avait pu entendre, mais certainement pas l'entièreté de leur discussion. L'ancienne journaliste ne s'était pas trouvée à portée d'oreille toute la durée de leur conversation, il en était certain.
Audra l'évalua du regard un instant, avant de finalement avouer : "Mustang. Il savait que vous étiez un traître. Il me l'a dit
- Je ne suis pas un traître", rétorqua Remington.
Mais lui-même devait admettre que sa position n'avait aucun sens. Il ne pouvait pas conclure un accord avec Hakuro et ensuite prétendre être loyal à Mustang. Tout ceci n'avait aucun sens, mais les vertiges revenaient et l'empêchaient de réfléchir rationnellement.
"Alors pourquoi ? souffla Audra."
Il n'en avait aucune idée. Malgré tous ses désaccords avec Mustang, malgré tout le mépris qu'il pouvait avoir pour ses idéaux naïfs, le généralissime avait fait de lui son second dans ce gouvernement, lui avait confié la gestion du corps des armées. Et Remington ne pouvait que constater l'ineptie d'un gouvernement dirigé par cette Faction. Ce mouvement n'était motivé que par la soif de pouvoir par les égos corrompus de l'aristocratie militaire. Ils ne portaient aucun projet, aucune vision et ne perpétrait ce système de répression que pour maintenir leur pouvoir. Et aussi idéaliste que pouvait être Mustang, celui-ci avait le mérite de vouloir faire évoluer le pays vers un objectif. Remington ne savait pas pourquoi il avait un jour accepté de parler à des imbéciles pareils.
La voix de la jeune femme semblait résonner étrangement à ses oreilles et le regard intransigeant d'Evans ne le lâchait pas. Il secoua la tête. Ce n'était pas la moment.
"Pourquoi ?" répéta la jeune femme.
Mais Remington se borna à essayer de ranger la pile de dossiers qui s'entassaient sur son bureau, pour retrouver un semblant de contenance. Il n'avait aucun compte à lui rendre. Evans pouvait rester aussi longtemps qu'elle le souhaitait dans son bureau, lui n'avait aucune obligation envers elle. Mais sa main maladroite laissa échapper l'un des dossiers dont le contenu se déversa. Et parmi les feuilles, les photos d'Estes.
Son malaise s'accentua à la vue du corps ensanglanté. Son cœur se mit à battre à tout rompre à ses oreilles et Remington devait faire un effort pour ne pas rendre le contenu de son estomac une deuxième fois.
"La prochaine fois que des opposants à Mustang vous contacteront, vous allez accepter et collaborer avec eux. Et vous essaierez de vous faire une place parmi eux."
La voix lui revenait, distordue dans sa mémoire, mais un frisson le parcourt. Une voix glaciale. A qui appartenait-elle ?
"Remington ? Vous ne pouvez pas simplement m'ignorer et espérer que que je m'en aille", s'exclama Evans.
Mais Remington ne l'entendait que de loin. Qui lui avait donné cet ordre et qu'avait-il fait après cela ?
La réponse lui vint avec un deuxième haut-le-cœur. Remington plongea la tête la première dans sa poubelle de bureau. Il avait dissimulé un indice essentiel à l'enquête. Pourquoi ?
Une minuscule silhouette se détachait dans son esprit et le fit frissonner.
Avec un raclement de chaise, Evans se leva et quitta son bureau. Lorsque son estomac termina de se retourner complètement, il vit la bouteille d'eau que la jeune femme lui tenait.
"Je ne vais pas vous lâcher simplement parce que vous êtes malade.
- J'imagine que non, articula Remington entre ses dents."
Néanmoins, l'ancienne journaliste eut la grâce d'attendre que ses haut-le-cœur se calment et que Remington se rassoit sur sa chaise.
"Pourquoi ?
- je ne sais pas, soupira-t-il"
Mais il savait. Les souvenirs commençaient à émerger, brumeux, dans sa tête. La silhouette d'un enfant, une voix froide qui résonnait comme dans un tunnel. Et les ordres auxquels il avait obéi. Remington frissonna à nouveau, sous le regard suspicieux d'Evans.
"Vous ne savez pas ?" répéta-t-elle en haussant un sourcil incrédule.
Il secoua la tête.
"Je ne vous crois pas, répondit Audra. Vous mentez. Encore une fois. Je crois que vous savez très bien pourquoi vous avez fait cela mais vous ne voulez pas me le dire.
- Vous n'avez pas idée... grommela-t-il.
- Idée de quoi ?
- De ce qui existe dans ce monde."
Les mots étaient venus sans qu'il ne se l'explique. Qu'existait-il dans ce monde ? Qu'avait-il vu au juste ?
Ce ne pouvait être qu'un rêve, des restes d'un vieux cauchemar. Mais au fond de lui, Remington savait qu'il n'avait rien imaginé. Un petit garçon lui avait donné l'ordre de trahir Mustang et de s'allier à Hakuro, puis de lui apporter Hakuro. Cela n'avait aucun sens, était complètement improbable, mais Remington n'avait pas rêvé. Un petit garçon lui avait donné l'ordre de trahir Mustang et Remington l'avait fait. Un petit garçon minuscule, qui ressemblait à s'y méprendre à feu Selim Bradley.
"Colonel ?"
Remington soupira et lui raconta tout.
Le tatouage de l'ouroborous était apparu sur le visage du Fullmetal, la marque fine empiétant sur son front et débordant sur sa paupière gauche, mais ce n'était pas là l'élément le plus choquant. Le plus frappant résidait dans l'absence totale d'émotion sur le visage du jeune homme. Celui que Mustang avait toujours connu en colère, révolté, ou au contraire joyeux et plein d'espoir, affichait désormais un air impassible et un regard vide.
Alphonse semblait sur le point de fondre en larmes ou de s'effondrer, tout simplement. Il scrutait leurs visages un à un, dans l'espoir que quelqu'un, n'importe qui comprenne l'ampleur de la perte qu'il avait subi : Selim avait tué Winry dans ce souterrain et transformé son frère en homonculus.
"Que s'est-il passé ?" murmura finalement Mustang.
Le choc de la révélation l'avait brusquement fait revenir à lui-même.
Malgré tous leurs différents, Roy avait toujours respecté le Fullmetal, admiré son génie et sa persévérance. Il n'aurait pas été surpris si la moitié de leurs échanges houleux n'avaient été que de la comédie pour le jeune homme. Lui en tout cas n'avait jamais eu que du respect et même une sorte d'affection pour sa jeune recrue.
"Je ne sais pas, répondit Alphonse en secouant la tête. Nous étions dans ce souterrain et j'imagine qu'Edward a dû s'interposer entre Winry et Selim. Et la pierre a du...
- Attendez, coupa Smith. Reprenez du début. Que s'est-il passé dans ce souterrain ? Comment est-ce que Selim a-t-il pu..."
Alphonse leva les yeux vers Mustang, comme s'il attendait une réponse de sa part et le Flame Alchemist soupira. Il ne pouvait pas tout leur raconter. Pas sans savoir s'il pouvait leur faire confiance.
"Que savez-vous ? demanda-t-il à Breda. Etes-vous au courant que...
- Selim s'est servi de nous ? Oui. Il y a deux jours, Smith et Broche ont croisé Panaya et les frères Elric. A ce moment-là, Panaya leur a dit que nous étions compris. Que Selim pouvait manipuler la mémoire, créer de faux souvenirs...
- Que s'est-il passé après...
- Qu'avez-vous fait avec cette information ?" coupa Mustang et le regard que lui adressa Breda lui indiquait qu'il comprenait : l'équipe était-elle toujours sous le contrôle de Selim ?
"Sur ordre de Selim, je tenais un carnet dans lequel j'ai consigné beaucoup de nos conversations.
- Votre calepin noir ?
- Précisément, acquiesça Breda avec un hochement de tête. Et revoir toutes ses notes m'a permis de me souvenir de tout. Tous les ordres que Selim a pu me donner, tout ce que j'ai fait sous son contrôle...
- Et les autres ?"
D'après Panaya, toute l'équipe avait été compromise.
L'espion jeta un regard circulaire dans la pièce avant de finalement répondre : "Les autres ne se souviennent pas. Même après que je leur ai tout raconté. Alors pour pouvoir vous rejoindre, nous avons fait des binômes.
- Des binômes ?
- Une personne compromise et une personne sûre. En cas de doute, faire feu sans hésiter."
Breda et son équipe n'avaient pas fait dans la demi-mesure.
"C'est bon ? Vous avez fini avec vos questions ? demanda Smith, excédé. Nous ne sommes pas stupides au point d'être sortis sans mettre en œuvre un minimum de précautions.
- Et je ne suis pas suffisamment stupide pour tout raconter au premier venu, rétorqua Mustang."
Mais il n'était pas en colère. Il ne trouvait plus la force en lui, ce feu qui lui permettait de s'énerver, de crier. Roy se sentait vide, incroyablement vide et seule la douleur d'Alphonse l'avait empêché de s'enfermer dans sa propre peine. Il passa une main sur son visage fatigué. Par où commencer ? Ce jour lui semblait déjà tellement lointain. Mais il reprit les événements dans l'ordre. L'appel de Scar, le retard de Panaya et leur départ pour la maison des Bradley.
"Vous n'étiez plus là, lorsque nous sommes finalement arrivés au Quartier général, confirma Alphonse. Et nous avons fini par comprendre que vous étiez parti chez les Bradley.
- Selim avait Marcoh", acquiesça Mustang.
Le regard fixe du Fullmetal lui mettait les nerfs à vif. Il n'y avait rien. Aucune émotion, aucune lueur dans ses yeux et rien de tout cela ne ressemblait à Edward Elric. Ce regard vide lui donnait envie de se lever et de frapper le jeune homme - l'homonculus ? - pour tenter d'apercevoir quelque chose, quoi que ce soit au fond de ses yeux dorés. Mais Mustang se força à détourner les yeux et reprendre.
"Nous ne pouvions pas attendre que Marcoh crée la pierre. Alors nous sommes partis chez les Bradley et nous y avons trouvé Hakuro.
- Que faisait-il là-bas ? demanda Breda. Nous avons trouvé son corps dans le souterrain mais..."
Mustang laissa échapper un rire sinistre : "Hakuro est à la tête de la faction."
Toutes les têtes s'étaient relevées, abasourdies.
"A la tête de la faction ? répéta Breda.
- Le détournement de train, l'explosion de West City, énuméra Roy. Il m'a confié avoir fortement collaboré avec le FLO. Ah et les articles de journaux aussi, c'était lui.
- L'enfoiré.
- ça ne nous explique toujours pas ce qu'il faisait chez les Bradley, fit remarquer Colt."
Quelque part, pendant qu'il parlait, Broche avait permuté avec Colt pour la relever de son tour de garde. Et la soldate semblait tout aussi implacable que Smith était furieux.
"Il était sous les ordres de Selim. Il a parlé pour nous retarder, j'imagine. Apparemment, nous sommes arrivés au milieu des préparatifs de Selim. Il a continué de parler jusqu'à ce que Selim arrive avec son otage.
- Winry ? demanda Breda."
Mustang hocha la tête sans un mot. L'équipe avait dû trouver le corps dans le souterrain et la plupart savait ce qu'elle représentait aux yeux des frères Elric. L'unique lien vers leur passé mais également la promesse d'un futur. Mais si les yeux d'Alphonse se brouillèrent, encore une fois aucune émotion ne sembla affecter le Fullmetal.
"Il l'avait manipulée, expliqua Roy. Et à la moindre tentative de notre part, elle se tirait elle-même une balle dans le crâne. Nous n'avons rien pu faire, sinon lui obéir. Il nous a emmenés dans le souterrain et nous avons dû regarder Marcoh créer la pierre.
- A partir de quoi ?
- Quatre soldats que nous n'avons pas reconnus.
- Mais il a dû recréer une pierre en utilisant les habitants du quartier, fit remarquer Breda d'une voix sombre. Nous avons vu les maisons vides, l'immense cercle de transmutation. Comment a-t-il utilisé la première pierre ?
- Winry. Il comptait se venger en l'inoculant à Winry. Devant témoins"
La plupart d'entre eux n'imaginaient sans doute pas la torture qu'aurait dû endurer les frères. Mais ces derniers avaient vu Ling Yao souffrir devant leurs yeux et manquer d'en mourir.
"Mais avant cela, Panaya et les frères Elric sont arrivés.
- On réfléchissait sur la manière d'intervenir sans risquer la vie de Winry. On avait remarqué que votre comportement n'était pas... normal. Mais avant qu'on ne puisse faire quoi que ce soit, Hakuro nous a trouvés...
- Il se tenait caché, devant la porte. Plaqué contre le mur. Vous n'auriez pas pu le savoir.
- Ils avaient Winry, alors on n'a pas eu d'autre choix que..."
Sa voix se brisa avant de pouvoir terminer sa phrase mais Mustang la compléta pour lui : "Que d'obéïr. Au moindre geste, Winry se tuait elle-même."
Il inspira, repoussant les images qui lui revenaient en tête. Le coup de feu, le corps de Panaya qui s'effondrait et son regard vide.
"Selim a donné l'ordre à Haruko de tuer Panaya et il a tenté d'inoculer la pierre à Winry. Il voulait en faire un homonculus pour torturer les frères Elric. Se venger d'eux. Winry a réussi à se défaire une fraction de seconde de son emprise et cela nous a permis d'intervenir. Mais les choses ont dérapé et le souterrain s'est effondré sur nous.
- Mais vous avez réussi à vous en sortir, fit observer Breda. Que s'est-il passé ?"
Mustang jeta un regard incertain vers Alphonse : "Quelqu'un criait.
- Edward. Je l'ai dégagé des décombres après avoir trouvé Winry et compris qu'elle était déjà morte. Il continuait de hurler et je pensais que quelque chose lui avait broyé un os. Je l'ai traîné jusqu'à l'extérieur et nous sommes restés dans le faux local technique.
- Tu étais blessé ? devina Smith.
- Un bloc de béton m'est tombé dessus à un moment, acquiesça Alphonse. Le bras gauche, l'épaule, la clavicule et les premières côtes. Tous broyés. Je me suis soigné grâce à l'alchimie médicale et ensuite j'ai perdu connaissance. Ou peut-être dans l'autre sens, je ne sais plus."
Mais personne ne chercha à obtenir davantage de détails sur ce point. Réussir à traîner son frère jusqu'à la surface puis s'administrer seul les soins relevait du miracle ou du génie. Peut-être un peu des deux.
"Et après ? demanda prudemment Mustang.
- Après, je me suis réveillé et Edward était déjà... comme ça. Il me regardait sans rien dire et pendant longtemps je n'ai pas pu bouger."
Une première larme roula sur sa joue et fut suivie d'une seconde.
"Ce n'était plus lui. J'étais terriblement faible et il se contentait de me regarder. Je lui ai dit pour Winry et il n'a pas eu la moindre réaction, articula Alphonse entre deux hoquets. Edward aimait Winry plus que tout. On aimait tous les deux Winry plus que tout. Et il n'avait pas eu la moindre réaction."
Mustang jeta un œil vers le Fullmetal ou ce qu'il en restait : son visage restait impassible, comme si Alphonse parlait de quelqu'un d'autre que lui. Et le mention de Winry ne l'avait pas davantage ému. Vidé de toutes les émotions qui constituaient Edward Elric, celui qui se trouvait là, n'en était qu'une pâle copie, une coquille sans âme.
"Est-ce que tu peux parler, Fullmetal ?"
L'homonculus releva la tête vers lui, comme surpris de le voir lui adresser la parole, avant de murmurer un simple : "Oui."
Rien d'autre. Rien de semblable au changement de personnalité du prince Ling Yao.
"Quel homonculus es-tu ?"
Ils avaient réussi à réunir suffisamment de noms pour déduire que les sept péchés capitaux émergeaient des pierres et le manque de réaction d'Edward pouvait d'emblée écarter la colère ou l'avarice. Mais le Fullmetal se contenta d'hausser les épaules, peu intéressé.
Mustang échangea un regard avec Breda qui secoua la tête. Plus tard.
"Qu'avez-vous fait après que tu aies repris connaissance ? demanda doucement le soldat.
- On vous a attendu. On s'est dit que vous reviendriez à un moment ou un autre autre. Après cela, nous avons suivi Falman et Smith.
- Jusqu'à la place de l'horloge", compléta ce dernier en fixant Mustang à nouveau et Roy ne put s'empêcher de se raidir.
Penser encore une fois à tout ce qui les avait conduits jusqu'à cette place, repasser le film des événements dans sa tête. Tout était trop frais dans sa tête, à vif dans sa mémoire et sa chair. Mais les hommes attendaient une réponse.
Qu'avaient-ils fait après être sortis du souterrain ? Le refuge dans la maison vide, la fuite paniquée des habitants du quartier et cet instant où il avait fait jour en pleine nuit. Encore une fois, ils étaient arrivés trop tard, n'avaient rien pu faire pour empêcher Selim de commettre des atrocités.
Et après ? Retourner dans le souterrain et identifier les corps. Remonter à la surface et entendre le fiasco de l'opération de Remington. Et tirer leurs propres conclusions : arrêter Selim était plus important que tout.
"Vous n'avez pas songé à chercher les frères Elric ou nous contacter."
Cela tenait plus de la constations que de la question mais Mustang expliqua malgré tout d'une voix lasse : "Il existait encore la possibilité que Selim ne se soit pas encore inoculé la pierre mais nous devions agir vite et nous ne pouvions pas nous mettre à la recherche des frères Elric. Et quant à vous, nous ne savions pas dans quelle mesure vous étiez fiables."
Breda hocha la tête : "J'imagine que vous n'avez pas réussi à l'attraper ?
- Non, nous passions en revue toutes les propriétés de Bradley mais nous avons rencontré... un léger contretemps."
Son ancien subordonné haussa un sourcil et Mustang passa une main fatigué sur son visage : à ce stade, il pouvait difficilement continuer à cacher ce fait. Sans compter que le réseau de la pègre pouvait constituer un avantage de poids s'ils devaient se battre contre toute l'armée de Selim.
"Ma sœur a jugé utile d'envoyer ses hommes nous chercher.
- Vous avez une sœur ?
- Elle a envoyé ses hommes ?
- Sœur adoptive, précisa Mustang en se raidissant. Amanda."
Breda fronça les sourcils : "Amanda comme dans... ?
- Oui."
Mustang carra les épaules, sentant le poids des regards abasourdis de l'équipe. Et seul Alphonse ne comprenait pas;
"Qui est Amanda ?
- La criminelle la plus recherchée du pays, commenta Breda d'un ton sombre. Reine de la pègre régnant sur Centrale."
Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent : "Votre sœur est une criminelle ?
- Sœur adoptive, répéta Mustang. C'est une très longue histoire mais ce n'est pas celle qui nous intéresse ici.
- On peut quand même questionner son intérêt à prendre part à cette histoire, fit remarquer Smith.
- Motivation personnelle uniquement.
- Et vous en êtes sûr parce que ?
- Parce qu'il s'agit de ma sœur, rétorqua Mustang d'un ton ferme. Je suis totalement certain de son engagement dans cette affaire. Elle nous a trouvé, fourni un abri et assuré de l'aide. Et compte tenu de la capacité de Selim à recruter de l'aide, la force de frappe d'Amanda n'est pas négligeable.
- A condition qu'elle ne soit pas retournée contre nous.
- Comme ce qui vous est arrivé, fit remarquer Mustang."
Smith contracta la mâchoire mais hocha la tête en signe de capitulation et Mustang poursuivit.
"La rencontre avec les hommes d'Amanda nous a suffisamment retardés pour que notre plan devienne totalement irréaliste. Nous avons donc essayé de retrouver Mme Bradley et les frères Elric. Sans succès, visiblement.
- Pourquoi Mme Bradley ? demanda Colt.
- Parce qu'il s'agit de son point faible le plus probable et parce qu'elle ne se trouvait déjà plus dans la maison, le jour où... Selim nous a fait descendre dans le souterrain.
- C'est à peu près ce qu'on s'est dit, également, acquiesça la soldate. Et puis nous ignorons ce que Selim compte faire à terme. J'imagine que la vengeance est d'actualité, mais après cela ?
- Il a parlé de se venger, confirma Mustang en jetant un regard à Edward, toujours indifférent à la conversation. Mais nous ne savons pas ce qu'il compte faire après. Pour le moment, les hommes d'Amanda tentent de localiser Mme Bradley.
- Et comment vous êtes-vous retrouvés ... ?"
L'odeur des flammes et le hurlement de Riza. Encore une fois, Mustang avait l'impression de sentir le feu ramper sous sa peau.
Il serra ses mains l'une contre l'autre jusqu'à faire blanchir ses jointures.
"Nous avons laissé des messages codés à l'intention des frères Elric, sur les panneaux que nous utilisions pour le Jour Promis, et nous avons trouvé un message de Grace Hugues. Je lui avais donné ce moyen de me contacter discrètement, si besoin.
- Pourquoi ?
- Raisons personnelles, déclara Mustang en secouant la tête. Les Hughes habitaient la même rue que les Bradley mais je leur avais demandé de partir, ce matin-là. La possibilité qu'elles aient pu réchapper à tout cela existait, même si elle était infime. C'est probablement un piège mais nous devions aller vérifier." Il inspira profondément avant de poursuivre : "Le colonel Hawkeye a décidé d'y aller seule, avec un homme qu'Amanda qui était avec nous.
- Et vous avez accepté ? s'indigna Smith. Sans vous, les chances de vaincre Selim diminuaient drastiquement.
- Je n'ai pas exactement eu le choix, rétorqua Mustang. Lorsque j'ai repris connaissance, ils étaient déjà partis. Le temps que j'arrive sur les lieux du rendez-vous, Selim était déjà parti. Il a laissé Bobby, l'homme d'Amanda, vivant mais à peine, pour qu'il puisse me dire que Hawkeye était avec lui. Je n'ai eu le temps que de me précipiter vers la place. Vous connaissez le reste."
Breda hocha la tête : "Selim a tout fait pour que le plus de monde possible soit au courant. La radio, la presse, tout le monde savait. Mais la place était déjà noire de monde lorsque nous sommes arrivés et..."
Et ils n'avaient rien pu faire. Aucun d'entre eux ici présent n'avait réussi à faire quoi que ce soit.
"Les soldats présents sur place étaient contrôlés par Selim, murmura Colt. Ils étaient tous présents et aucun n'a levé le moindre petit doigt pour le colonel. Lorsque le généralissime est apparu, ils ont fait feu sur lui.
- La faction...
- Même la faction n'aurait pas laissé se produire une chose aussi horrible, coupa-t-elle en secouant la tête. Et une partie des troupes semblait chercher à neutraliser les protestataires. Les soldats se tiraient dessus les uns sur les autres. Sans les explosions et la fumée, on n'aurait jamais réussi à s'enfuir. J'imagine que c'était vous ? ajouta Colt en se tournant vers Alphonse."
Le jeune homme hocha faiblement la tête.
"Que se passe-t-il maintenant ? demanda Colt."
Tous les yeux étaient rivés sur lui, mais Mustang ne pouvait pas répondre à cette question. Il ne savait pas quoi dire, il ne pouvait pas prendre cette décision. Roy se battait depuis trop longtemps. Une vie entière à lutter et tout cela pour quoi ? Le pays sombrait dans la guerre civile, dans une situation encore plus cauchemardesque qu'elle ne l'était sous Bradley. Il était fatigué de lutter. Fatigué de décider, commander, ordonner à des hommes de mourir pour lui. Encore et encore. Hawkeye l'avait suivi dans la poursuite de cet objectif et Selim s'était assuré qu'elle meure dans d'atroces souffrances, sous ses yeux.
Il était sur le point de le dire. Demander à Breda de reprendre le commandement parce que lui n'en était plus capable. Mais Alphonse se leva brusquement, l'agrippa par le col de sa chemise et le poussa contre le mur avec une telle force que la caisse se renversa à ses pieds. Mais le jeune homme n'y prêta aucune attention.
"Vous n'êtes pas le seul à avoir perdu quelqu'un. Vous ne pouvez pas abandonner et vous apitoyez sur votre sort. Pas après ce qui est arrivé à Hawkeye. Pas après ce qui est arrivé à Panaya, à Winry et à mon frère, gronda l'adolescent. Vous êtes responsable de cette situation. Vous avez laissé la situation se dégrader à ce point. Forcé Selim à se venger. Placé ces hommes à ces positions et vous les avez laissé mourir pour vous. Vous n'avez pas le droit de baisser les bras. Il a tué Grace et Elysia, Panaya, Hawkeye et Winry. Et vous allez le laisser s'en tirer ?"
Chaque nom était un coup de couteau supplémentaire en pleine poitrine. Ce n'était que des mots lancés avec la force du désespoir, la douleur d'avoir perdu des êtres chers, mais chaque mot était un nouveau souffle sur ces braises qui sommeillaient en lui. Mustang s'était déjà lancé une fois à corps perdu dans la recherche du meurtrier de Maes. Il avait laissé la vengeance le consumer de l'intérieur, lentement mais sûrement. Et il s'était juré de ne plus jamais céder à ces pulsions. Mais Hawkeye n'était plus là pour l'arrêter. Et après tout à quoi bon ? Jamais il ne retournerait au Quartier Général, jamais il ne continuerait après cela. Riza était tout ce que Roy avait toujours voulu. La femme de sa vie. Il lui devait au moins cela.
"Si vous laissez s'en sortir alors vous n'êtes rien de plus qu'un..."
Avant qu'Alphonse ne puisse terminer sa phrase, Mustang attrapa son poignet et son regard interrompit le jeune homme. Breda fit un mouvement pour s'interposer mais Roy se contenta, doucement mais fermement, de se dégager de sa poigne.
"Ce soir, nous enterrons nos morts. Demain, nous nous battons à nouveau."
A suivre...
Bon, je pense que vous avez vu venir la transformation d'Edward de loin et de très loin, étant donné tous les indices que j'avais laissé, et cette transformation constitue la partie 2 du prompt donné par Shirenai : "Edward devient un homonculus". Par contre, soyez rassurés, je ne respecterai pas la troisième et dernière partie du prompt qui était : "du Roy / Edward-homonculus". Oui, car pour pousser Roy dans les bras d'Edward, il fallait nécessairement que Riza meure (il n'y avait aucune autre façon pour moi d'écrire ce rapprochement), mais entre temps, 10 ans ont passé et je ne me sens absolument pas capable d'écrire une romance impliquant un vieux de 28-29 ans et un adolescent de 18 ans (sans compter que j'aime beaucoup trop le Royai x))
En tout cas, n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce dernier chapitre (pauvre Alphonse qui en bave également énormément...) ! A plus :)
