Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
- le titre vient d'un poème que vous ne tarderez pas à deviner :)
Mon petit blabla avant de commencer : Hello tout le monde, j'espère que vous avez passé de très bonnes fêtes de fin d'année et que vous allez bien. La Pièce Vide revient en cette année 2022 avec un nouveau chapitre un peu plus calme que les précédents. Merci à tous ceux qui continuent de lire (même en silence) et à Musing-and-Music pour ses fidèles reviews ! J'espère que ce chapitre vous plaira :)
Précédemment dans La Pièce Vide : L'ensemble des troupes parvient à se retrouver après avoir été témoins des terribles événements, place de l'horloge, mais Mustang découvre que Winry n'a pas été la seule victime de Selim lors de leur dernière confrontation : le Fullmetal en s'interposant entre la jeune fille et Selim est devenu à son tour un homonculus. Alphonse l'oblige alors à réagir et sortir de son état de choc...
Le ténébreux
Il avait été déraisonnable, une dernière fois. Et personne au sein de l'équipe ne chercha à l'en dissuader. Au contraire, Falman, Breda et Fuery l'accompagnèrent, pour rendre une dernière fois hommage à Hawkeye.
Ils étaient sortis au milieu de la nuit, attendant que la pluie et les troubles se calment. Ils s'étaient faufilés dans les ruelles, guettant les ombres et les cris à chaque coin de rue. Et lorsqu'ils arrivèrent, le ciel avait commencé à pâlir. Aucun d'entre eux n'avait bronché à l'annonce de l'adresse, même si Mustang n'était pas certain que les autres membres de l'équipe savaient ce dont il s'agissait. Ils l'avaient peut-être suivi à l'aveugle, lui avaient fait confiance une dernière fois. Néanmoins, face à la bâtisse abandonnée et aux herbes folles qui avaient envahi le jardin, Fuery avait grimacé.
"Est-ce que vous êtes sûr ?
- Certain", avait déclaré Mustang en poussant le portail en fer rouillé.
Celui-ci avait pivoté dans un grincement et après une seconde d'hésitation, le reste de l'équipe l'avait suivi.
La maison des Hawkeyes. Celle dont Riza avait hérité à la mort de son père et celle où elle n'avait jamais remis les pieds après l'enterrement de Berthold.
La terre gorgée d'eau se tassa sous ses pas et Mustang dut faire appel à toute sa concentration pour ne pas trébucher, le corps de Riza dans les bras. Il avait tenu à la porter lui-même, pour ce dernier voyage, et ni l'odeur ni la vue ne l'en avait dissuadé.
Le jardin portait des signes évidents de négligence. La pelouse avait poussé sans aucune restriction, leur arrivant quasiment à hauteur de genou et des fruits pourris pendaient aux branches des arbres, picorés par les oiseaux et rongés par les vers. Néanmoins, un fin sentier était dégagé, signe que quelqu'un était venu régulièrement, et contournait la maison pour directement accéder au fond du terrain. Dans la pénombre, une silhouette rectangulaire se détachait.
"Une tombe ici ?"
Aussi délicatement que possible, Mustang déposa le corps sur l'herbe et souffla. Son épaule le faisait souffrir. C'était un geste inconsidéré sachant qu'il lui faudrait se battre par la suite. Mais il y avait des choses sur lesquelles il ne pouvait transiger.
"Sa mère, acquiesça Roy.
- La mère du colonel ? répéta Falman. Sa famille n'a voulu l'enterrer dans un cimetière ? La ville n'a pas pu autoriser...
- Son père ne se souciait pas réellement de ce qui était autorisé ou pas. Je ne suis même pas certain que sa mort ait été rendue officielle."
La porte de la petite cabane céda avec un bruit inquiétant mais Mustang y retrouva rapidement deux pelles en piteux état, le manche en bois rongé par l'humidité et la rouille attaquant le métal. Breda leva un sourcil interrogateur : il ne comptait pas quand même creuser la tombe à la main ?
"Et son père ? demanda Fuery, en jetant un regard inquiet vers la bâtisse.
- Dans le cimetière Ouest de Centrale. Hawkeye ne le voulait pas à côté de sa mère."
Les hommes en apprenaient certainement davantage que tout ce qu'ils avaient pu savoir sur Riza au cours de leurs années de service ensemble, mais Mustang n'était plus en état de maintenir les apparences. Mentir et prétendre qu'elle n'était rien d'autre que son fidèle bras droit demandait bien plus que ce qu'il n'était capable de faire en ce moment.
"Comment est-ce que vous savez tout cela ? demanda doucement Breda."
Après un instant d'hésitation et un regard aux alentours - le feuillage des arbres était encore suffisamment épais pour leur fournir un couvert. Personne ne verrait les éclairs de lumière se dégager - Mustang joignit les paumes de main et s'accroupit pour creuser le sol.
"Berthold Hawkeye était mon maître. Il m'a appris l'alchimie"
Il ne s'arrêta pas pour observer la réaction des trois hommes.
Il y avait le corps à descendre et la tombe à reboucher. Et tellement de choses à faire après cela. Aucun d'entre eux ne continua à l'interroger. Peut-être que simplement, le temps des questions était passé. Breda, Falman et Fuery l'aidèrent à descendre délicatement dans la fosse, le corps, toujours enroulé dans la veste trop grande de Mustang et un drap qu'ils avaient pu trouver dans le hangar. Ils contemplèrent la silhouette si menue dans ce linceul blanc, en silence.
Difficile de croire que cette forme recroquevillée avait un jour été capable de tous les réduire au silence d'un seul regard, de leur tenir tête à tous en combat rapproché et de faire mouche à des distances qui en aurait fait pâlir plus d'un. Difficile de croire que l'inébranlable colonel Hawkeye était morte.
Mustang avait toujours autant envie de serrer son corps contre lui, se cramponner à elle une dernière fois et peut-être même pleurer, une dernière fois. Il autorisa cette sensation de vide immense le prendre, le déposséder de tous ses moyens et lui rappeler tous ces souvenirs qu'il avait chéris. Une jeune Riza en train de lui verser un thé, souriant timidement alors qu'ils attendaient tous les deux Berthold. Une mèche blonde qui s'échappait de la pince et que le lieutenant Hawkeye repoussait avec agacement. La lueur amusée dans ses yeux tandis qu'il débitait une énième bêtise pour distraire les troupes un soir d'astreinte particulièrement long. Et puis il commença à compter jusqu'à trois dans sa tête.
Ils avaient encore des choses à faire. Une chose en particulier pour rendre Riza fière. Après, il pourrait s'effondrer.
A la fin du décompte, il attrapa l'une des pelles. Ce n'était pas raisonnable, pas avec ce qui les attendait après, et ce n'était certainement pas la façon d'en finir au plus vite. Mais Mustang avait l'impression que c'était la seule façon de lui rendre hommage correctement. Et c'était la dernière fois qu'il s'autorisait à être déraisonnable.
Sans un mot, Breda attrapa la seconde pelle et l'aida à recouvrir le corps de terre. Plus tard, Falman posa une main sur son épaule pour le relayer.
Eux aussi avaient perdu Hawkeye.
A leur retour à la planque, le ciel avait considérablement pâli.
Broche montait la garde depuis l'étage supérieur et le reste des soldats avait essayé de trouver le sommeil ou au moins de se reposer, éparpillés dans le hangar. La pluie leur avait permis de récolter de quoi se désaltérer et pour l'instant, leurs principaux besoins étaient assurés. La faim viendrait plus tard.
Après la maison des Hawkeye, les quatre hommes avaient fait un détour par Coven Street pour secourir Bobby mais à leur arrivée, les lieux étaient vides. Mustang ne pouvait qu'espérer que d'une façon ou d'une autre, l'homme avait pu rejoindre Amanda.
Ces deux sorties l'avaient épuisé. Sa tête était lourde du manque de sommeil et son épaule gauche le tirait à nouveau mais Mustang n'avait pas le temps de se reposer. Du moins pas tout de suite. Il trouva les frères Elric dans un recoin du hangar et s'avança d'un pas décidé vers eux. Alphonse se redressa à son approche.
"Alors c'est fait ?"
Mustang hocha la tête.
"Tes blessures ?
- Soignées depuis quelques jours. Mais l'effort et ensuite la course vers la place de l'horloge... tout ça a épuisé mon corps. Ça devrait aller mieux dans quelques jours."
Mustang acquiesça à nouveau. Le gamin était résistant, comme son frère, et s'il avait survécu à l'explosion, réussi à se soigner seul alors il était probablement sorti d'affaire. Mais Alphonse évitait soigneusement son regard et Roy eut envie de laisser échapper un petit rire : avec toutes ces années à contempler une armure, Roy n'avait jamais remarqué à quel point les deux frères se ressemblaient, tant sur le plan physique que dans leur attitude.
"Écoutez, à propos de ce qui s'est passé hier soir, marmonna l'adolescent. Je suis désolé de m'être comporté de cette manière".
Pas tant que cela, finalement.
"Laisse tomber, Alphonse. Je ne suis pas là pour ça."
L'adolescent haussa un sourcil interrogateur.
"Je suis ici au sujet du Fullmetal."
Edward était à proximité, à portée d'oreille, et Mustang avait parlé suffisamment fort pour attirer son attention mais l'homonculus n'eut aucune réaction. Assis sur le sol nu, il se contentait de fixer le béton, la capuche de sa cape rabattue sur sa tête.
"J'ai besoin de savoir qui il est et si je peux lui faire confiance."
Autrefois, le Fullmetal aurait bondi de sa chaise, se serait indigné d'entendre parler de lui comme s'il n'était pas présent ou concerné, mais l'homonculus ne fit pas mine de s'en soucier.
"Vous pouvez. Il reste mon frère malgré tout.
- Ce n'est pas suffisant, Alphonse. Les homonculus ont comploté contre nous, tenté de nous tuer. J'ai besoin de plus d'assurance. Qui est-il ? Et pourquoi est-il toujours avec toi ?
- Je ne sais pas qui il est, soupira le jeune homme après une fraction de seconde. Je n'ai noté aucun changement de personnalité aussi frappant que chez Ling Yao. Edward n'est pas en Wrath, Greed...
- Tu supposes que ce système se perpétue, coupa Mustang. Mais rien ne nous dit que c'est le cas."
Alphonse lui adressa un regard interrogateur.
"Toutes les pierres venaient de ce Père, non ? Est-ce qu'il a lui-même orienté leurs personnalités pour créer sa petite armée ? Ou est-ce que la pierre est réellement à l'origine de tout cela ?
- Je ne sais pas, répondit l'adolescent avec un haussement d'épaule."
Mais ils ne savaient presque rien des homonculus. Ils avaient à l'époque été trop concentrés à les faire disparaître de la surface de la terre.
"Il est juste... vide, poursuivit Alphonse. Vide d'émotions, de réactions. Comme s'il n'y avait plus personne dans sa tête. Il se souvient de tout. Il sait qui je suis, ce que nous faisons là, mais il n'a plus aucune émotion. Il n'a même pas réagi lorsque je lui ai dit pour Winry."
Sa voix se brisa sur les derniers mots et Mustang détourna le regard un instant. Il se souvenait de la fureur de vivre qui caractérisait le Fullmetal mais encore mieux de sa volonté de protéger ceux auxquels il tenait. Grace, Elysia, Winry. Jamais Edward ne serait resté de marbre face à cette nouvelle. Et la pilule devait être encore plus difficile à avaler pour Alphonse qui avait tout autant aimé la mécanicienne.
"Qu'en est-il de ses capacités ? Des changements notables ?
- La vitesse, répondit Alphonse d'une voix rauque. Il bouge plus vite que ce que j'ai jamais vu. Plus vite que ce que l'œil humain est capable de suivre. C'est comme ça que nous avons pu faire exploser des véhicules à plusieurs endroits différents.
- Autre chose ?"
Roy se faisait l'effet d'un tyran. Demandant des réponses, là où il n'y en avait pas, interrogeant sans pitié, lorsque tous ne voulaient plus que fuir la réalité. Mais l'adolescent ne sembla pas s'en formaliser et se contenta de secouer la tête. Mustang se tourna vers son frère.
"J'ai besoin de te parler, Fullmetal."
L'ancien alchimiste ne daigna relever la tête que lorsque Mustang fut devant lui.
"Pourquoi es-tu ici ?"
Le hangar était parfaitement calme lorsqu'ils étaient revenus, mais Mustang était parfaitement conscient que toutes les paires d'yeux et d'oreilles s'étaient braquées sur eux, ne ratant pas une miette de l'échange. Mais tant mieux. Les soldats avaient le droit d'écouter. Si Mustang avait besoin de savoir s'il pouvait faire confiance à l'homonculus, il en était de même pour les autres. Et jusqu'à présent, l'homonculus ne leur avait donné aucune raison. Celui-ci leva un regard désintéressé vers lui.
"Parce qu'Alphonse me l'a demandé.
- Uniquement ?
- C'est une raison comme une autre.
- Pas suffisante, Fullmetal."
Si Alphonse semblait s'inquiéter de la tournure des échanges, l'homonculus ne parut pas le moins impressionné. Mais quand Roy avait-il réussi à avoir ne serait-ce qu'une once de contrôle sur le Fullmetal ?
"Tous les précédents homonculus ont tenté de nous tuer, continua l'alchimiste d'une voix froide. Qu'est-ce qui nous dit que tu ne vas pas chercher à nous trahir au pire moment ? Te joindre à l'ennemi ?
- Je n'ai aucun intérêt à le faire.
- Non ?"
Pour la première fois, un semblant d'émotion sembla passer dans ses yeux dorés. L'ombre d'une exaspération que Mustang avait l'habitude de voir sur le visage du jeune homme. Le Fullmetal soupira.
"Tout ce que vous faites est si vain. Je ne sais pas si vous vous rendez compte.
- Quoi donc ? nous battre contre Selim ?
- Tout, répéta l'homonculus. Vous efforts pour changer ce pays, l'armée. Vos actions sont insignifiantes et ne pourront jamais changer le cours de la vie. Car à l'échelle de cette planète, vous n'êtes rien. Les hommes naissent, prétendent accomplir de grandes choses mais finissent par mourir dans l'oubli général. Et vous n'y ferez pas exception."
Du coin de l'œil, Mustang voyait Alphonse se tendre, son visage se durcir et il comprenait : ce discours ne ressemblait au rien au Fullmetal. Pas un instant, pas un moment celui-ci n'avait songé à abandonner, baisser les bras. Il avait toujours été près à se battre envers et contre tout pour ce qu'il croyait être juste. La personne qui se tenait devant Roy lui ressemblait, parlait comme lui, bougeait comme lui, mais ce n'était pas le Fullmetal. Il sentit le dégoût le submerger.
"Tu ne réponds toujours pas à ma question, rétorqua le Flame Alchemist d'une voix calme. Pourquoi rester ici ? Pourquoi ne pas te joindre à Selim ?
- Je vous l'ai déjà dit : rien de ce que nous faisons, lui comme nous, n'a d'importance. Selim ne fait que perdre son temps et je n'ai aucunement l'intention de perdre le mien avec lui."
L'aube se levait à peine mais ils étaient déjà prêts. Vernet, Tzanck, Northrop et lui avaient réuni les rares officiers qui soutenaient encore Mustang, ceux en qui ils avaient une confiance absolue. Ils avaient dû agir de façon discrète, pour ne pas attirer trop d'attention et au final, une petite douzaine de soldats de tout rang étaient réunis dans une ancienne salle de réunion, près du service de maintenance, une de celles qui ne servaient plus réellement. Le sergent Stevenson ferma la porte au signe de tête de Remington.
"J'imagine que vous savez tous à peu près la raison pour laquelle nous sommes ici, alors j'irai droit au but : l'intégrité de l'armée est menacée. Les événements d'hier ont été pour le moins... choquants.
- Scandaleux, corrigea le général de division Walker. Barbare.
- Et l'implication d'une partie de l'armée est irréfutable, poursuivit Remington. Le matin même, le contact radio a été perdu aux alentours de 9h avec les troupes stationnées sur la place et à proximité. L'envoi des secours a permis de confirmer visuellement leur implication dans cette... exécution. Nombre de soldats confirment également les tirs en direction du généralissime.
- Alors la présence de Mustang est certaine ? demanda Tzanck.
- D'après les émeutiers eux-mêmes. Mais l'utilisation de l'alchimie et la description physique ne laissent que peu de place au doute."
Un murmure se répandit dans l'assemblée.
"Et le colonel Hawkeye ?
- Aucun corps n'a été retrouvé. Mais encore une fois, les probabilités ne sont pas en sa faveur.
- Pourquoi le président n'a-t-il pas cherché à obtenir du renfort des troupes ? s'exclama Braus, scandalisée. Pourquoi a-t-il fui depuis... la parution de cet article ?
- Tout porte à croire que le généralissime avait conscience de cette frange dissidente dans les rangs, déclara Remington. Nous ne savons pas qui ni comment mais il n'est pas improbable que quelqu'un l'ait renseigné avant la fuite de l'article et jugeant que sa vie était en danger, le président aura fui.
- Il aurait dû venir à nous, grommela Walker. C'est la première fois de mémoire d'homme qu'un généralissime déserte.
- Son implication dans les événements d'hier suggère que le président n'a pas simplement déserté, corrigea Vernet. Il est toujours impliqué dans les événements actuels. Mais pas de façon visible pour nous.
- A qui la faute ?"
Quelques protestations s'élevèrent dans l'assemblée.
"Le président n'a aucune obligation de partager...
- Personne aujourd'hui ne peut expliquer...
- Si nous vous avons tous réunis ici, coupa Remington d'une voix forte, c'est que nous croyons en votre loyauté au généralissime."
Il s'arrêta, le temps de regarder chacun dans les yeux, et personne n'osa protester.
"Nous croyons tous ici que l'absence du président s'explique très certainement. Qu'il n'a pas abandonné l'armée. Et que tant que cela n'est pas confirmé, il reste le généralissime, poursuivit-t-il en insistant sur le dernier mot. Si vous n'êtes pas d'accord avec ces dernières déclarations, vous pouvez encore sortir d'ici."
Pendant un instant, personne ne bougea dans la salle.
"Je suis surprise de vous entendre déclarer Mustang généralissime étant donné que vous venez d'être élu généralissime par intérim."
Evans.
Remington aurait pu le prévoir.
Depuis le fond de la salle, elle avait prononcé ces mots d'une voix calme mais forte et maintenant l'ensemble des regards convergeaient vers elle.
Le colonel Braus manqua de s'étouffer : "Comment osez-vous remettre en cause la loyauté du colonel Remington ? Vous ne devriez même pas être ici, madame. Votre place...
- La présence de Mlle Evans ici fait suite à ma demande et sa remarque est tout à fait légitime, l'interrompit calmement Remington. Et pour vous répondre, il en va de la stabilité du pays et de la pérennité de l'armée de revoir le président reprendre sa place. Plus vite les choses reprendront un cours normal et plus vite nous pourrons mettre fin à tous ces agissements scandaleux. L'armée ne peut exister qu'unie et nous ne pouvons pas tolérer l'existence d'une branche qui s'adonnerait à des actes aussi barbares."
Quelques têtes acquiescèrent mais le regard d'Evans flamboya de plus belle. Elle était mieux placée que quiconque ici pour déceler le mensonge dans sa voix. Sa soudaine loyauté tenait surtout à un élan de culpabilité qu'à une réelle croyance en Mustang. Mais pour ce que cela valait, Remington croyait réellement que seule la stabilité à la tête du gouvernement pourrait arranger la situation. Son petit discours avait en tout cas achevé de convaincre l'assemblée et personne ne fit de mouvement en direction de la sortie.
Northrop hocha la tête et poursuivit : "Ces échanges devront donc rester confidentiels. Nous ne savons pas qui au sein de l'armée est impliquée dans cette frange séditieuse mais il n'est pas déraisonnable de soupçonner tous les partisans de la tentative de prise de pouvoir sauvage.
- Soit. Mais quel est notre objectif ? demanda Walker. Tenter de contacter Mustang et le convaincre de nous faire confiance ? Nous impliquer dans ses projets ?
- Encore faudrait-il pouvoir le contacter, fit remarquer Braus. Ce n'est pas la première fois que le généralissime décide de fausser compagnie à l'armée et celle-ci n'a pas été en mesure de l'arrêter.
- A-t-on la moindre idée de ce qu'il tente de faire ?"
Remington secoua la tête : "Aucune piste. Néanmoins, le généralissime n'agit sûrement pas seul. Il avait des partisans la première fois, il n'est pas improbable qu'il les ait de nouveau contactés.
- Les généraux Armstrong et Grumman ?
- C'est probable. Vernet et moi nous chargerons de sonder les généraux, déclara Remington. En attendant, nous devons également tenter de refréner le reste de l'armée dans ses opérations meurtrières. Essayer d'identifier tous les soldats qui étaient présents hier sur cette place et n'ont rien fait pour sauver le colonel Hawkeye.
- Et identifier les partisans potentiels de cette frange de l'armée, compléta Walker.
- En attendant, tout ceci doit rester confidentiel, répéta Northrop d'une vois sombre. A moins que l'un d'entre vous ne tienne à finir sur un bûcher."
Les officiers se dispersèrent rapidement après cela, sous le regard satisfait de Remington. Il avait à présent des alliés, des ennemis contre lesquels se battre officiellement et son objectif était de nouveau clair. Evans lui adressa un petit sourire.
"Vous avez fait exprès de poser cette question, marmonna Remington. Vous espériez que cette petite déclaration d'intention permette de rallier l'assemblée.
- Vous vous en êtes très bien sortis, commenta-t-elle avec un regard narquois."
Le soldat s'apprêtait à rétorquer mais un officier vint à leur rencontre.
"Sous-lieutenant Reynes", se présenta-t-il.
Et son salut formel réconforta brièvement Remington.
"Rompez. Quelque chose à ajouter, sous-lieutenant ?
- Je pense que votre suggestion de contacter les anciens alliés du généralissime est bonne, monsieur, mais je pense que d'autres personnes que les généraux Armstrong et Grumman devraient également contactées."
Remington leva un sourcil : "Qui ça ?
- L'ancienne équipe de Mustang. Ceux qui l'ont aidé à prendre Centrale il y a deux ans."
Le colonel retint un rire dédaigneux : rechercher les anciens subordonnés de Mustang relevait de l'évidence.
"Autre chose à ajouter ?
- Avant que tout cela ne se produise, le généralissime m'a confié la charge des travaux du tunnel."
Et cette phrase suffit à retenir son attention.
"Alors c'était vous."
Le sous-lieutenant acquiesça : "Je pensais que vous seriez intéressé."
Et Remington l'était. Mais ce bout de couloir n'était certainement pas l'endroit pour discuter.
"Dans mon bureau, indiqua-t-il sèchement."
Une fois la porte refermée derrière eux, il fit signe à Reynes de parler.
"Le généralissime m'a confié la charge des travaux de remblayage il y a un an environ. Il ne m'a pas informé de son utilisation exacte, uniquement du fait que ce tunnel avait été creusé dans le but de créer la pierre philosophale."
C'était déjà plus que ce que la quasi-totalité du pays savait.
"De mes échanges avec le généralissime, j'ai également pu deviner que le danger du tunnel ne venait pas uniquement de son utilisation potentielle. Il y a un mois environ, des événements se sont produits sur le chantier de Lior : des bruits qui perturbaient les ouvriers. Ces bruits se font finalement avérés être le produit d'une farce d'enfants. Mais le sujet a suffisamment inquiété le généralissime pour y envoyer des hommes de façon officieuse.
- Des hommes ?
- Une femme pour être précis. Le sous-lieutenant Gabrielle Panaya ?"
Cela ne lui évoquait rien mais ce n'était pas étonnant. Remington fit signe à Stevenson de noter le nom pour lui.
"Y-a-t-il un rapport ?
- Officiel, oui. Mais son nom n'y figure pas. Le caractère officieux de sa mission m'a conduit à reporter directement au président qui m'a confirmé son identifié.
- Donc vous suggérez de contacter cette femme.
- Pas que. Je suis convaincu monsieur, que la disparition du président est liée au tunnel. Il y avait d'autres éléments, d'autres informations mais le généralissime a toujours refusé de me les communiquer.
- Très bien. Votre suggestion est donc ici basée sur une intuition de votre part, sous-lieutenant ?"
Mais le soldat ne se démonta pas pour autant : "J'en suis convaincu, monsieur. Quelle autre raison aurait pu pousser le généralissime à abandonner le pays ? Il faudrait une urgence vitale et nationale. Cela ne peut être que ce tunnel et celui-ci ne s'est pas creusé en un jour.
- Venez-en aux faits, sous-lieutenant.
- Les articles n'ont pas uniquement pointé Mustang du doigt, monsieur. D'autres noms ont été cités : les docteurs Knox et Marcoh. Pourquoi les mettre dans la lumière alors que le colonel Hawkeye devait avoir un nombre de victimes tout aussi impressionnant que celui du généralissime ?
- Vous pensez que les dénoncer était délibéré.
- Peut-être. En tout cas, Knox exerce toujours à Centrale et ce, depuis la guerre. Il n'est pas improbable de penser que depuis Ishbal, le généralissime et lui aient continué à échanger discrètement.
Remington secoua la tête : le lien entre Knox, Marcoh et cette disparition était plus que ténu. Mais au point où ils en étaient, ils ne perdaient rien à confirmer.
Puisque plus personne dans le hangar ne feignait le sommeil ou la somnolence à présent, autant en profiter. Breda sonna le rassemblement général, puis Mustang se lança dans un résumé succinct des dernières heures - les rues calmes, leur dernier hommage à Hawkeye et l'absence du corps de Bobby à Coven Street. Il exposa ensuite le plan discuté avec le reste de l'équipe Mustang : leur regroupement était une bonne chose. Plus de ressources, plus de forces et plus de chances de réussir. Et en prime, ils pouvaient bénéficier d'un coup de main de la pègre.
"Nous retournons vers Amanda. Son réseau pourrait nous aider à retrouver Mme Bradley, trouver une planque, l'espace de quelques jours.
- Est-ce que vous tenez réellement à impliquer la pègre dedans ? demanda Ross avec un léger froncement de sourcil. Les événements d'hier nous ont déjà montré qu'une partie des protestataires étaient sous l'emprise de Selim. Leurs armes leur ont sûrement été fournies par le marché noir donc autant dire que Selim sera bientôt aux commandes du crime organisé également.
- Je sais, acquiesça Mustang. Mais Amanda n'a probablement pas révélé notre lien de parenté à beaucoup de ses hommes et s'est gardée de révéler notre présence chez elle la dernière fois. Nous allons lui demander de restreindre le nombre de personnes au courant de notre présence, pour limiter les risques de fuite, et ne solliciterons son aide que pour retrouver Mary Bradley. Le reste sera à notre charge : la retrouver, la ramener dans le lieu de notre choix et affronter Selim. D'autres questions ?"
Une drôle d'expression passa sur le visage de Ross mais elle n'insista pas davantage. Les soldats avaient sans doute du mal à se faire à l'idée qu'Amanda était sa sœur mais aucun autre n'osa s'opposer à sa décision.
"Et que faisons-nous de lui ? demanda Colt, en désignant le Fullmetal d'un geste de la tête."
La jeune femme avait parlé d'une voix calme mais son expression indiquait clairement qu'elle ne lui accordait aucune confiance.
"Le Fullmetal reste avec nous, répondit simplement Mustang."
Colt leva un sourcil dubitatif mais Smith intervint avant : "Pour quelle raison ? Il nous a clairement fait comprendre qu'il n'était pas de notre côté. Que ce soit d'un côté ou de l'autre, ce type n'a aucun intérêt dans ce conflit et sera très probablement un poids mort.
- Tu as combattu avec lui, tempéra Breda. Tu sais quel avantage il peut être sur le champ de bataille.
- Pas si on ne peut pas lui faire confiance. Pas s'il...
- Même si nous ne pouvons pas lui faire confiance, nous sommes obligés de le garder avec nous, coupa Mustang. Avant que Selim ne lui inocule la pierre, le Fullmetal était un être humain. En lui retirant la pierre, il peut le redevenir."
Sa déclaration laissa place à un silence à la fois surpris et méfiant.
Breda, Falman et Fuery n'avaient pas été longs à convaincre : les frères Elric avaient fait tellement pour les sauver la première fois. Ils le lui devaient. Et si Mustang disait que l'opération était possible, aussi minimes que soient les chances de réussite, alors ils lui faisaient confiance. Mais ce n'était pas le cas de tous.
"Est-ce que ça s'est déjà produit par le passé ? demanda Ross d'un ton hésitant.
- Un homonculus peut s'attribuer la pierre d'un autre, expliqua Alphonse. Selim a absorbé celle de Gluttony devant nous et Père, celle de Ling Yao. Gluttony est mort mais il a été créé directement à partir d'une pierre. Ling Yao était initialement un être humain. Il a pu survivre.
- Alors nous avons un seul cas d'application.
- Une réussite, insista le jeune homme.
- Et votre plan, une fois qu'on aura retrouvé Selim est de l'obliger à reprendre celle d'Edward ? résuma Colt."
Mustang acquiesça mais la soldate se contenta de secouer la tête : "Suis-je la seule ici à penser que les chances de réussite sont minces ? Très minces ? Nous n'avons aucune assurance qu'Edward survivra à cette opération, encore faut-il que Selim coopère, ce qu'il n'aurait aucun intérêt à faire.
- Nous ne comptons pas le lui demander gentiment, rétorqua Roy avec agacement. Le but est de l'acculer, l'y obliger en épuisant sa propre pierre, pour le forcer à recourir à celle du Fullmetal."
Mais même avec cette explication, les hommes de Breda semblaient dubitatifs, au mieux. Et Mustang lui-même devait admettre que les chances de réussite étaient minces mais il s'agissait d'Edward Elric, bon sang !
"Vous avez tous lu les rapports, vous savez tous que sans lui, personne ne serait ici, aujourd'hui. Il est celui qui a vaincu Père, celui qui l'a empêché de sacrifier la totalité du pays. Nous le lui devons.
- S'il avait été blessé, malade, oui, sans aucune hésitation, répondit Smith d'un ton sombre. Mais nous avons tous entendu ce qu'il avait à dire : il ne reste que parce que son frère le lui a demandé mais nous n'avons aucune assurance qu'il ne s'en ira pas au pire moment, ou même qu'il ne nous trahisse pas.
- Smith...
- Laisse-moi parler, Breda. Panaya et Breguet sont morts dans cette affaire. Et tu nous demandes de nous battre à ses côtés, de risquer nos vies pour lui alors que les nôtres sont insignifiantes à ses yeux ? Tu ne peux pas nous demander ça. Tu ne peux pas nous demander d'être prêts à mourir pour lui alors que lui ne le fera jamais pour nous."
Le visage d'Alphonse s'était figé dans une expression illisible, mais Mustang ne pouvait que deviner : sans l'armée, ses chances de réussites n'en étaient que d'autant plus diminuées. Alphonse parviendrait à extraire la pierre de son frère, un jour. Mais sans aide, cela pouvait prendre des mois, des années, et devoir vivre avec une pâle imitation de son frère, supporter seul ce fardeau serait une torture permanente.
"Non, je ne peux pas vous le demander ou même vous l'ordonner, concéda Breda. L'armée n'existe plus, ou en tout cas nous n'en faisons plus partie. Mais Falman, Fuery et moi avons pris notre décision. Nous avons fait notre choix et ce n'est pas un ordre du généralissime. Nous allons aider le Fullmetal, parce que nous le devons à Edward. Et je pense que tout le monde ici a le choix ?"
Mustang fixa tour à tour chacun des soldats présents dans la salle et Broche fit la grimace.
"Mustang et Edward nous ont aidé lorsque les homonculus ont voulu faire exécuter Ross...
- Bien sûr que nous participons, coupa sa binôme. Sans compter que Selim ne s'arrêtera pas à nos meurtres. Qui sait ce qu'il compte faire après ? Et puis, nous avons plus de chances avec le Fullmetal que sans lui."
Ne restaient plus que Colt et Smith, derniers rescapés de l'équipe Breda.
"C'est votre choix, déclara simplement Mustang. Vous pouvez partir d'ici, personne ne vous en voudra."
Les deux soldats semblaient atterrés et échangèrent un regard dépité.
Mais Smith soupira et lança un regard peu amène à son chef d'équipe : "Uniquement pour toi, Breda. J'espère que tu le sais."
Les jours étaient encore écoulés sans qu'elle ne s'en aperçoive, perdus dans ce brouillard, cette brume sans odeur ni saveur. A la manière des rêves qui s'évaporent au réveil. Mary ne savait pas quelle était la date. Elle ne savait pas non plus dire combien de jours avaient défilé depuis la dernière fois où elle s'était sentie elle-même, avait eu les idées suffisamment claires pour se demander où elle se trouvait.
Encore une fois, elle se trouvait dans le séjour, cette fois debout face à la fenêtre. Elle inspira profondément, se força à se concentrer. Et les souvenirs lui revinrent, péniblement et de façon distordue. Elle se trouvait dans une maison de banlieue, dans un quartier beaucoup trop calme pour être proche du centre-ville. Et plus important, elle se trouvait avec ... son père ?
Cette simple pensée la fit frissonner. Pourquoi ? tout le monde avait un père, elle-même devait bien en avoir un alors pourquoi tout chez ce vieil homme la mettait elle aussi mal à l'aise ? Il ne pouvait pourtant pas lui fait grand mal. Ce vieillard - soixante-dix ou quatre-vingt ans peut-être ? - marchait difficilement avec un déambulateur. Mais tout dans sa façon de la regarder constamment, de l'épier presque, et de la suivre la remplissait d'effroi. Au-dessus du reflet de son épaule, elle distinguait sa silhouette décharnée dans son dos. Il attendait, guettait sa réaction. Pourquoi ?
Mary ne connaissait pas son nom. Elle avait scruté son visage encore et encore à la recherche d'un signe, d'une émotion, un vague sentiment de familiarité ou de déjà-vu. N'importe quoi qui indiquait qu'elle avait déjà rencontré cet homme au moins une fois dans sa vie, mais rien. Et lui ne cessait de répéter qu'elle oubliait. Que sa mémoire n'était pas fiable. Bien sûr qu'elle n'était pas fiable. Mary se souvenait à peine de son propre prénom et n'avait aucune idée de son identité : où habitait-elle ? Qu'était-il arrivé à sa mère ? Avait-elle eu un mari ? des enfants ? Sa vie n'était pas censée défiler devant elle sans qu'elle ne s'en rende compte, les jours agglomérés dans une masse informe. Mais elle était également certaine de ne pas connaître ce vieillard. Qui qu'il soit, elle ne l'avait jamais rencontré, ne l'avait jamais vu avant ces derniers jours. Cette certitude-là était ancrée en elle.
"Il est presque temps de déjeuner, très chère, lui déclara-t-il d'une voix presque chevrotante."
Et pour la première fois, l'idée lui traversa l'esprit : était-elle droguée à son insu ?
Stevenson toqua doucement à sa porte et Remington lui fit signe d'entrer.
Le sergent semblait éreinté, mais rien de surprenant après les derniers événements. Stevenson faisait partie des rares subordonnés qui faisaient à la fois preuve de loyauté et de jugeote. Trop de jeunes gens s'enrôlaient dans les rangs en espérant que toutes les décisions seraient prises à leur place et pour partie des troupes, c'était vrai. Mais avec ce genre de mentalité, difficile d'évoluer dans les rangs. Identifier des subordonnés de confiance en devenait un vrai casse-tête, pour Remington.
"Des nouvelles ?
- Comme prévu, déclara le soldat en lui tendant, une feuille imprimée. Falman et Fuery sont déclarés déserteurs à leurs postes respectifs.
- Ils sont encore partis au secours de Mustang. Breda et l'autre ?
- Pas de mouvement du côté de Havoc : il semble avoir définitivement quitté le service actif et serait toujours dans l'épicerie familiale.
- Il avait été blessé ?"
Stevenson hocha la tête : "Apparemment, il ne peut toujours pas marcher sur de longues distances. Toujours en rééducation.
- Impossible pour lui de se déplacer, donc.
- Pour autant, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas en contact avec eux.
- Surveillez ses communications, ordonna Remington. Avec un peu de chance..."
Ce n'était pas son genre de s'en remettre à la chance. Remington aimait les enquêtes rondement menées. Les raisonnements logiques que l'on pouvait confirmer ou infirmer à l'aide de preuves. Mais pour retrouver un généralissime en fuite, il n'était pas certain que cela soit suffisant.
Stevenson ne releva pas et se contenta de poursuivre : "Pour ce qui est de Breda, le major avait déjà quitté les rangs depuis un moment.
- Combien de temps ?
- Un an. Peu après l'arrivée au pouvoir de Mustang.
- Et que fait-il aujourd'hui ?
- C'est là que les choses deviennent intéressantes, monsieur : aucune activité connue."
Remington leva un sourcil dubitatif : "Pas pratique pour survivre.
- Non, en effet. Et coïncidence ou pas, mais ce sous-lieutenant Panaya dont le sous-lieutenant Reynes a parlé, a également quitté les rangs, moins de trois ans après avoir été diplômée de l'école de guerre.
- Courte carrière.
- Courte carrière qui s'est arrêtée au même moment ou presque que celle de Breda.
- Alors elle serait partie avec lui, déclara Remington en se laissant aller contre le siège de son fauteuil. Vous pensez que Breda a quitté les rangs officiels pour aider Mustang de façon officieuse.
- Pourquoi pas ? tous les gouvernements ont toujours eu recours à de l'aide plus ou moins officielle."
Remington hocha la tête : "Plus que probable. On peut donc partir sur l'hypothèse que ces trois-là ont rejoint leur ancien colonel et trament effectivement quelque chose en coulisses. Mais comment ont-ils pu le contacter ? Où se réunissent-ils ?
- Nous essayons de dresser la liste des lieux qui pourraient leur être liés. Location, propriété..."
Stevenson avançait de façon méthodique et il avançait bien. Mais il ne faisait que lui confirmer là que ce dont ils se doutaient déjà.
"Autre chose ?
- J'ai voulu éprouver la théorie du sous-lieutenant Reynes, monsieur." Une lueur triomphale s'était allumée dans son regard. "Le docteur Marcoh a quitté les rangs depuis la guerre d'Ishbal et l'armée a perdu sa trace jusqu'à la réinstitution du peuple Ishbal dans le Sud.
- Il aide là-bas en tant que médecin, confirma Remington. Mais vous ne m'apprenez rien ici.
- Rien de surprenant, convint Stevenson. En revanche, le parcours du docteur Knox est d'autant plus intéressant. Après la guerre, Knox a quitté le service de médecine pour rejoindre celui de la morgue. Il exerce là-bas depuis la fin de la guerre et ses états de service nous indiquent que cet homme est l'homme le plus régulier au monde. Mêmes gardes semaines après semaines et ce depuis la fin de la guerre. Pas de permissions, pas de congés.
- Même pour maladie ? demanda Remington en fronçant les sourcils.
- Une seule fois, il y a un peu plus de deux ans. Mais à part cela, le même emploi du temps chaque semaine depuis la fin de la guerre. Si ce n'est une modification survenue il y a un an et demi.
- Un an et demi ? Soit depuis l'élection de Mustang.
- Sacré coïncidence, non ?
- C'est le cas de le dire.
- Depuis un an et demi, Knox participe à un projet de recherche qui l'emmène hors de la morgue tous les premiers lundis du mois. Ce projet de recherche, sur le chimérisme, est rattaché au laboratoire numéro deux de Centrale. Mais les dossiers de ce même laboratoire indiquent que le projet a été abandonné, il y a un an"
Le sous-officier avait énoncé ces faits lentement, pour ménager le suspense, et affichait un air victorieux. Mais il avait de quoi. Remington lui adressa un bref sourire.
"Que fait donc ce cher docteur depuis un an ? Avez-vous...
- Retrouvé l'ordre d'affectation ? compléta Stevenson. Tout à fait. Signé par le colonel Hawkeye, avec le tampon du généralissime."
Le sergent fit glisser l'ordre en question sur son bureau.
"Le sous-lieutenant Reynes avait donc raison. Knox travaille toujours avec Mustang.
- S'il a raison concernant Knox, pourrait-il avoir raison concernant le tunnel ?
- Une bonne question à poser au docteur Knox."
Remington jeta un coup d'œil à l'horloge : onze heures quarante-trois.
"A quelle heure le docteur Knox prend-il son service ?
- Dans douze minutes.
- Allez me cherchez le sous-lieutenant Reynes. Rendez-vous dans..."
Mais avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, Vernet fit irruption dans le bureau : "L'Ouest. Vous devez venir."
La générale avait visiblement couru le prévenir et un frisson d'appréhension parcourut Remington. Il ne pouvait s'agir d'une bonne nouvelle.
"Encore un incident ?"
Vernet secoua la tête : "Un soulèvement. La population civile a décidé d'imiter les protestataires de Centrale. Des barricades ont été érigées et cette fois, ils ont réussi à mettre la main sur un des dépôts de l'armée."
Remington laissa échapper un juron. Knox allait devoir attendre.
A suivre...
Je ne pouvais pas écrire ce chapitre sans que l'équipe Mustang ne rende hommage une dernière fois à Hawkeye et ça a été l'occasion également de disséminer toutes les petites idées que je me suis faites sur l'enfance de Riza (un jour, ça serait bien que j'écrive tout ça dans un recueil consolidé ? haha). En tout cas, j'espère que l'image vous a touchée. En tout cas, j'imagine très bien les quatre hommes réunis en silence devant sa tombe...
La transformation d'Edward a également été délicate à écrire alors n'hésitez pas à me laisser votre avis que ce soit maintenant ou dans les prochains chapitres.
Et pour finir sur un fun fact : le chimérisme existe bien. Il s'agit d'un phénomène qui peut se produire dans les cas de greffe, si j'ai bien compris. Je suis tombée sur le sujet un peu par hasard et ça m'a beaucoup fait rire. Je vous laisse décider si le projet en question portait sur la recherche médicale ou... la recherche version Tucker.
N'hésitez pas à me laisser une petite review :)
