Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
- le titre vient d'un poème que vous ne tarderez pas à deviner :)
Mon petit blabla avant de commencer : Hello, j'espère que vous allez tous bien et que certains d'entre vous arrivent à passer entre les gouttes du Covid ! De mon côté, je l'ai finalement attrapé, après avoir réussi à l'esquiver pendant deux ans ^^; mais c'est quelque part un bien pour un mal car cela m'a permis de me poser un peu et de me forcer à réfléchir sur la suite. En tout cas, un grand merci à Musing-and-Music et j'espère que le chapitre 32 vous plaira à tous :)
Précédemment dans La Pièce Vide : L'ancienne équipe Mustang rend hommage à Hawkeye avant de se remettre à la tâche : leur objectif est de rejoindre Amanda, affronter Selim et faire revenir Edward à son état normal. Cette décision n'est pas sans rencontrer de résistance, que ce soit de la part de l'équipe de Breda ou même du Fullmetal, mais Mustang insiste : ils le doivent à l'alchimiste d'acier. De son côté, Remington, toujours sous le choc des derniers événements, essaie de rassembler les soutiens de Mustang et de retrouver ce dernier. Reynes se manifeste alors et lui indique la piste de Knox.
Le Veuf
Les combats avaient repris et duré une bonne partie de la journée précédente. Si Selim avait lancé des hommes à leur poursuite, ceux-ci n'étaient en tout cas pas parvenus à la retrouver. Mais après plus de vingt-quatre heures passés au même endroit, ils devaient maintenant partir. Contrairement à Alphonse, les soldats semblaient frais et dispo. Ils avaient mis à profit ces vingt-quatre heures pour récupérer, se concentrer sur les événements à venir. L'adolescent lui semblait plus fragile que jamais. Pâle, prêt à s'envoler au moindre coup de vent. Mais Alphonse lui adressa un regard déterminé malgré tout : il n'avait pas d'autre choix que de suivre le reste de la troupe.
Breda tira délicatement la porte du hangar, laquelle s'ouvrit avec un chuintement qui fit grimacer Smith. Ils pouvaient entendre les tirs, les cris au loin, signe que les combats étaient toujours en cours, mais les rues autour d'eux étaient encore silencieuses. Trop pour que leur sortie n'attire pas l'attention pour quiconque les cherchait.
"Égouts", déclara Mustang et personne ne chercha à protester.
La voie souterraine restait encore le moyen le plus rapide et le plus prudent de se déplacer. Mais les conduits ne faisaient qu'amplifier le son des combats et alors qu'ils se rapprochaient du centre-ville, il devenait de plus en plus difficile de distinguer les bruits provenant des égouts de ceux de la surface. Breda ouvrait la marche, suivi de Falman, et s'arrêtait fréquemment aux intersections pour s'assurer que la voie était libre. Venaient ensuite Mustang et Fuery, en charge du trajet, Colt, Smith et les frères Elric, force de frappe de l'équipe au cas où la troupe tomberait sur un obstacle. Ross et Broche fermaient la marche et surveillaient leurs arrières.
Pour l'instant, le groupe progressait bien. Moins vite que ce que Mustang aurait souhaité, mais ils devaient être prudents. Entre la Faction, les pions de Selim et même le reste de l'armée qui le recherchait, ils ne pouvaient pas s'accorder le luxe de foncer tête baissée. La veille, Breda et Fuery avaient défini leur route avec soin et l'ensemble des soldats l'avait mémorisée, déroulant encore et encore chaque étape dans leur tête. A présent, ils étaient concentrés sur chaque son, chaque mouvement et le fracas des combats qui s'intensifiait au-dessus de leur tête, ne faisait rien pour alléger la tension ambiante.
Bientôt, Breda fit signe de s'arrêter.
"C'est ici qu'on remonte, indiqua Fuery d'un ton anxieux."
Le dédale des égouts n'était pas exactement identique au réseau routier à la surface et certains passages, à moins de procéder à de longs détours, ne pouvaient pas être traversés sous terre. En l'occurrence, s'ils souhaitaient rejoindre la maison d'Amanda avant le milieu d'après-midi, refaire surface était obligatoire.
Mustang hocha la tête.
"Cette plaque nous fait sortir dans un cul-de-sac, rappela-t-il une dernière fois. Nous nous tournons à droite pour tomber sur Maple Alley. Une centaine de mètres à remonter et puis il faudra traverser Argyle Street. L'idée est de foncer et rester le plus possible à couvert. Plus vite nous traversons, plus vite nous serons de retour sous terre. Et avec un peu de chance, personne ne nous remarquera."
Colt fit la grimace : une troupe aussi éclectique ? même sans uniforme, il n'était pas difficile de deviner qu'ils ne faisaient rien de légal. Mais étant donné le chaos à la surface, les témoins éventuels pouvaient encore croire à des protestataires fuyant les combats ou s'y préparant et choisiraient de ne pas les observer de trop près.
Le reste de la troupe acquiesça et lorsque le regard de Mustang passa sur lui, le Fullmetal planta son regard scrutateur dans le sien avant de lentement hocher la tête. Réprimant le frisson qui lui parcourait le dos, Roy se tourna vers Breda et donna le signal de départ.
Celui-ci se hissa sans effort à l'échelle et la remonta pour coller son oreille à la plaque en fonte. Il adressa au reste de la troupe un bref signe - pas de bruit - avant de pousser la bouche d'égout et s'y glisser. Mustang laissa Falman grimper quelques barreaux avant de la suivre, ignorant son épaule qui protestait encore des mauvais traitements subis les jours précédents.
L'odeur de poudre s'était répandue dans les rues et fit grimacer Mustang lorsqu'il arriva à la surface. Mais comme prévue, la ruelle était sombre et vide à l'exception de quelques rats, trop occupés à fouiller dans la pile de déchets pour remarquer leur arrivée. Roy plissa le nez face à l'odeur et ne fut pas le seul. Il rejoignit Breda et Falman, à l'angle de la rue.
"Quelques personnes par-là, souffla Falman en désignant sa gauche.
- Pas des militaires, je pense, indiqua Breda. Mais il vaudrait mieux qu'ils ne nous voient pas.
- Les bennes pourraient nous fournir un couvert", suggéra Mustang, heureux pour la première fois que les éboueurs aient cessé leur activité, aux premiers signes d'affrontements.
Breda acquiesça et un regard par-dessus son épaule lui indiqua que Ross et Broche avaient remis la plaque d'égout en place. Mustang leur fit signe d'avancer et la troupe se remit en marche, penchée pour ne pas être visible derrière la rangée d'ordures.
Remonter Maple street ne posa aucun problème. Les civils semblaient s'être barricadés chez eux : toutes les fenêtres qui donnaient sur la rue avaient été fermées, barrées avec des tissus et les planches en bois que les habitants avaient pu trouver. Bonne idée pour ne pas risquer d'être victime d'une balle perdue. Et en l'occurrence, cela permettait également à leur équipe de progresser sans être épiés. Traverser pour rejoindre Argyle Street ne semblait pas poser de problème non plus, jusqu'à ce qu'une main froide ne se pose sur l'épaule de Mustang.
"Un sniper à la fenêtre."
La voix froide du Fullmetal le fit frissonner. Mais en suivant son regard, Roy distingua le bout d'un canon qui dépassait d'une fenêtre entrouverte. Un détail qu'il n'aurait jamais pu remarquer, que Colt elle-même pas n'avait pas aperçu, mais un détail crucial.
"Civil ou militaire ? souffla Falman.
- Impossible de se prononcer à cette distance.
- En tout cas de cette position, ils n'auront pas de mal à nous avoir comme des petits lapins, jugea Colt. Que fait-on ?
- On traverse, répondit Mustang."
Ils ne pouvaient pas se laisser arrêter par un obstacle aussi ridicule. Et sans témoin dans la rue, il n'y avait personne pour révéler sa position. D'un geste presque négligent, Mustang claqua des doigts et le bruit d'une explosion leur parvint. Ils traversèrent rapidement, profitant de la fumée épaisse qui enfumait le tireur et rapidement, ils furent à nouveau sous terre, en sécurité. Plus qu'une heure de trajet, une nouvelle remontée à la surface et une demi-heure à courir dans les égouts et ils seraient chez Amanda.
Mustang jeta un regard circulaire à l'équipe. Malgré la tension, les soldats ne donnaient pas l'impression d'avoir fait plus qu'une promenade au parc et semblaient suffisamment frais pour continuer quelques heures à la même cadence. En revanche, Roy distinguait clairement les gouttes de sueur perler sur le front d'Alphonse. L'adolescent semblait essoufflé et fatigué mais il lui fit néanmoins signe de poursuivre. Derrière lui, son frère aîné le fixait à nouveau d'un regard froid. Mustang se tourna vers Breda qui se remit en marche.
Le bruit des combats s'intensifiait à la surface, passant d'un brouhaha indistinct au fracas des balles tirées, des boucliers lancés à pleine vitesse sur les armes improvisées par la foule. Le martèlement constant des bottes renforcées au-dessus d'eux pesait d'autant plus sur leurs nerfs. Il fallait sans cesse s'arrêter, vérifier qu'ils étaient seuls dans le labyrinthe des égouts, tendre l'oreille pour être sûrs que ce qu'ils entendaient n'était que le son de leurs propres pas. Et entre chaque pause, se hâter d'autant plus. Bientôt, Mustang sentit la sueur froide couler dans son dos et un coup d'œil vers Colt lui confirma qu'il n'était pas le seul, épuisé par la tension continuelle et l'effort physique. Il s'essuya le front et poursuivit néanmoins. Ils ne pouvaient pas ralentir la cadence.
"Alphonse ? chuchota Breda.
- Il suit, acquiesça Mustang."
Ils s'étaient à nouveau arrêtés et le jeune homme semblait difficilement reprendre son souffle, sous le regard compatissant des soldats. Falman lui tendit sa gourde et Alphonse la saisit avec reconnaissance. Dans son dos, le Fullmetal fixait encore Mustang. Visiblement, même sous forme d'homonculus, Edward n'oubliait pas de le regarder avec un mélange de méfiance et dégoût.
L'ignorant de son mieux, Mustang se tourna vers Fuery pour confirmer l'itinéraire : cette bouche d'égout donnait sur une venelle particulièrement étroite. Entrée facile mais passage à la surface plus compliqué en raison des nombreuses rues à franchir avant de pouvoir redescendre sous terre. Leur objectif se situait à deux cents mètres de leur point d'entrée à vol d'oiseau. L'équipe hocha la tête de concert et Breda grimpa à nouveau à l'échelle.
Breda se hissa à la surface en premier, Falman et Mustang à sa suite. Mais le sous-lieutenant du nord était à peine sorti de la bouche qu'une voix résonna.
"Nous vous attendions, messieurs."
Le premier coup résonna et le corps de Falman dégringola de l'échelle pour s'effondrer sur Mustang, l'entraînant dans sa chute.
Remington devait être présent mais il ne pouvait rien faire.
Les généraux rattachés à la sécurité intérieure étaient réunis dans un bureau. Depuis son élection, Remington n'avait pas eu le temps de former un nouveau cabinet et s'était contenté de renouveler Vernet, Tzanck à leur postes, et en attendant de trouver son propre remplaçant, il continuait de traiter avec les généraux de Centrale. Quoi que le semblant d'organisation n'avait plus tellement d'importance étant donné que Cochrane avait décidé de contacter Archer directement.
"Depuis quand ?
- Ce matin. A West City et un peu partout dans la région, marmonna Archer entre ses dents.
- Qu'a décidé Cochrane ?
- Il nous a remonté les faits mais a dû raccrocher rapidement. La cellule de crise de l'Ouest a été réunie."
Et c'était tout ce que Centrale pouvait faire. En d'autres temps, Remington aurait pu décider d'envoyer des troupes en renfort, mais celles de la capitale étaient déjà occupées à essayer de ramener l'ordre dans la ville.
"Les troupes sont trop peu nombreuses pour assurer l'ordre dans West City. Elles sont déjà réparties sur le territoire.
- Des renforts du Nord ou du Sud ?"
Ravier et Armstrong avaient accepté d'envoyer des renforts une fois. Ils accepteraient peut-être de renvoyer leurs hommes là-bas.
"On peut demander, acquiesça Braus.
- Tout ceci ne sera jamais arrivé si nous avions fait des émeutiers de Centrale un exemple, s'exclama Archer. Si nous avions écrasé cette mascarade dès le début.
- Pourtant, voir la cheffe de cabinet du président brûler en place public n'a pas eu l'air de vous déranger, rétorqua Remington d'un ton agacé."
Archer manqua de s'étrangler : "Comment osez-vous... ? C'est scandaleux...
- Tout ce que je vois, général, coupa-t-il sèchement, c'est que les troupes sur place n'ont pas réagi en voyant le bûcher être construit, ni le colonel Hawkeye y être brûlée vive. Sauf erreur de ma part, ces troupes sont sous votre commandement. Avant de vouloir prétendre dicter une conduite à ce gouvernement, je commencerais par balayer devant ma porte.
- Colonel Remington !"
Cette fois la protestation venait du général Zimmer. Un soutien modéré de Mustang. Et sa réaction reflétait le choc collectif. Non, Remington n'était pas Mustang. Il ne faisait pas preuve du même tact, de la même diplomatie. Mais Remington n'avait pas le temps. Il avait une crise à résoudre et si ces hommes avaient des difficultés d'ego, ce n'était pas à lui de les régler pour eux.
"Avoir été voté généralissime par intérim ne vous donne pas tous les droits.
- Ce n'est pourtant pas ce qui est écrit dans le règlement intérieur.
- La loyauté des troupes ne saurait...
- Nous n'avons pas le temps pour cela, soupira Remington. Général Braus, vous êtes promu à la sécurité intérieure et à la coordination régionale. Je compte sur vous pour contactez Armstrong et Ravier. Tenez-moi au courant. En attendant, je veux un résumé de la situation à Centrale."
Avec réluctance, Archer et Braun s'exécutèrent : les combats poursuivaient. Dans les districts Nord et Est, principalement. Depuis deux jours, les troupes tentaient sans succès d'isoler les combattants.
"Ils sont organisés et équipés.
- Plus organisés que nos troupes ?
- Ils utilisent des armes de catégorie militaire, pointa Archer. Ils n'ont pas pu improviser ce genre de choses, trouver ces armes aussi facilement. Ces émeutes étaient prévues depuis longtemps.
- Que comptez-vous faire ? demanda Remington.
- Vous n'avez pas autorisé l'utilisation de l'artillerie lourde alors le recours aux chars d'assaut n'est pas possible.
- Mais encore ?"
Ils ne pouvaient décemment pas envisager l'utilisation de machines de guerre en plein centre-ville. Mais Archer haussa les épaules et Braun intervint avant que Remington ne perde encore plus patience.
"Certains quartiers sont plus fragiles que d'autres. Les barricades sont placées de façon stratégique et intelligente dans le district Nord. Je pense qu'ils pourraient même durer en situation de siège. Mais pas tous. Nous pourrons nous atteler à démanteler les quartiers les uns après les autres. Nous concentrer sur les plus fragiles et laisser les autres s'épuiser."
Remington hocha la tête : ils ne pouvaient pas continuer à affronter ces civils, jour après jour jusqu'à mettre fin à ce mouvement. S'attaquer à chaque bastion individuellement prendrait du temps, mais il s'agissait du moyen le plus efficient de traiter le problème.
"Reste le problème des quartiers Nord, prévint Archer. Ces quartiers pourraient tenir un état de siège.
- Même en ce qui concerne la nourriture ? les munitions ?
- Il n'était pas prévu que des civiles accèdent à des fusils d'assaut. Alors je ne les sous-estimerais pas.
- Nous nous préoccuperons du problème lorsque celui-ci se présentera."
Archer afficha un rictus méprisant : "Vous êtes tout aussi naïf que Mustang. Voilà pourquoi nous en sommes-là aujourd'hui.
- Général Archer, s'exclama Zimmer.
- Non, si le... président Remington s'autorise à être franc avec nous, je ne vois pas pour quelle raison nous nous en abstiendrions. Les derniers quartiers seront les plus difficiles à démanteler. Ces hommes ne capituleront pas, peu importe le dispositif déployé en face. Ils sont convaincus d'être dans leur bon droit. Ils ne s'arrêteront qu'une fois morts."
Le corps de Falman s'effondra sur lui et sous le choc, Mustang lâcha les barreaux de l'échelle. Il atterrit lourdement sur le béton, le poids de son coéquipier pesant sur lui.
"Falman ? Falman, répondez !
- Putain de merde."
Une silhouette passa au-dessus de lui et grimpa rapidement à l'échelle pour apporter son aide à Breda, seul face leurs assaillants. Mustang repoussa Falman,avec un juron et se dégagea : "Falman ?"
Mais le tir était propre et avait atteint le sous-lieutenant à la tête. Falman n'était plus en état de se relever.
"Merde, merde, merde."
Il remonta l'échelle à toute vitesse. Colt avait réussi à s'extraire du sous-terrain et faisait feu aux côtés de Breda. Smith laissa passer deux tirs pour d'émerger à son tour et Mustang s'agrippa aux deux derniers barreaux. Un coup d'œil rapide lui révéla la ruelle : étroite, encombrée par des bennes à ordures derrière lesquelles Breda et Colt s'étaient abrités. Malgré l'obstacle, leurs assaillants - deux ou trois, tout au plus - parvenaient à faire feu sur la bouche d'égouts. Mustang se hissa à la surface et posa ses mains sur le béton. L'instant d'après un mur s'érigeait entre les tireurs et eux.
"Falman ? demanda Breda."
Mustang secoua la tête.
"Ils ne vont pas tarder à faire le tour, boss, alerta Colt en tendant une main à Alphonse.
- On le laisse ici. Ou alors..."
Mustang n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase. Alors qu'Edward venait d'émerger, un tir l'atteignit au bras. Des tireurs arrivaient de l'autre côté.
"A couvert !"
D'un claquement de doigts, Mustang enflamma l'air. Pas suffisamment pour créer une explosion mais la flamme vint lécher les murs, faisant reculer leurs assaillants.
"Fuery, de quel côté ?
- De leur côté, indiqua l'adjudant."
Mustang grogna et augmenta l'intensité et la portée des flammes. Leurs adversaires reculèrent un peu plus et quelques balles vinrent se perdre dans le mur de feu, Mais ils ne pouvaient pas avancer comme cela. Trop lent, trop voyant.
"A trois, préparez-vous à tirer.
- On tue ou on immobilise ? demanda Smith."
Mustang serra les dents. Il aurait préféré ne pas le faire, mais avec Alphonse hors d'état de se battre et Falman mort, ils auraient du mal à les maîtriser en combat rapproché.
"Edward peut les désarmer, intervint Alphonse.
- Sans les tuer ?"
La chaleur commençait à augmenter dangereusement, mais c'était surtout la déplétion d'oxygène qui l'inquiétait. L'air deviendrait rapidement irrespirable maintenant qu'ils s'étaient enfermés dans un cul-de-sac.
"Nii-san ?"
L'homonculus hocha vaguement la tête et c'était plus que suffisant pour Mustang.
"A trois."
Il fit disparaître le mur de flammes et le Fullmetal bondit, plus rapide que Roy ne l'avait jamais vu faire, plus rapide que ce que ses yeux étaient capables de suivre. Mais en une fraction de seconde, les quatre soldats gisaient au sol, inconscients.
"Qu'est-ce que... murmura Colt, bouche bée.
- On a pas le temps, déclara Breda, à l'arrière. On avance. Il pourrait y en avoir d'autres à proximité."
Des soldats qui obéissaient strictement aux ordres de Remington, ou des pions de Selim. Peut-être les deux. Mustang ne voulait pas savoir.
Les soldats se mirent en formation, laissant les frères Elric au milieu. Cette fois, ils avaient plus de distance à parcourir avant de retrouver les égouts. Et cette fois, ils ne pouvaient pas passer inaperçus.
"Là-bas !"
Une pluie de balles s'abattit sur eux mais Alphonse créa in extremis un mur de béton. La place grouillait de soldats. Ils étaient cernés et en infériorité numérique. Mustang fit exploser les véhicules à proximité. Ceux-ci se retournèrent dans un grondement assourdissant et d'un autre geste, l'alchimiste du feu s'attaqua aux pneus. Le caoutchouc s'embrasa d'un coup et une fumée noire et opaque commença à remplir l'air.
"Courez !"
Colt et Smith tentaient de couvrir Fuery, tandis que celui-ci les guidait à travers le dédale des rues de l'ancienne ville, mais le quartier était cerné. Breda s'écroula avec un grognement. Il était touché à la cuisse et déjà, une tâche ensanglantée fleurissait sur son pantalon. Mustang l'attrapa par l'épaule et le força à se relever.
"Ça va, marmonna le soldat entre ses dents."
Ils ripostaient du mieux qu'ils pouvaient, mais les soldats tiraient pour les tuer. Pas pour les faire prisonnier. De temps à autre, Mustang apercevait le Fullmetal asséner des coups mais la plupart du temps, il ne voyait qu'un éclair sombre se déplacer dans les airs, au mieux.
"Alphonse, un mur ! s'exclama Fuery après un virage à droite."
Mustang eut à peine le temps de pousser Breda dans la ruelle qu'un mur de trois mètres vint en sceller l'accès. Pour la première fois depuis qu'ils étaient remontés à la surface, ils purent reprendre leur souffle.
"Blessés ? demanda Mustang en se relevant.
- Que moi, je crois."
Breda avait été atteint à la cuisse gauche, mais heureusement, la balle n'avait fait qu'érafler le muscle. Une bonne chose. Déjà le soldat, déchirait un pan de sa chemise pour arrêter l'hémorragie. Mustang jeta un regard circulaire, vérifiant l'état des troupes. Tous allaient bien.
"On continue. Fuery, la direction, ordonna Mustang."
Son corps tremblait, de fatigue, de faim et de tension et un point de côté lui perçait le flanc droit. Le reste de l'équipe ne devait sûrement pas avoir meilleure allure, mais ils ne pouvaient pas s'arrêter. Ils avaient une minute, maximum, avant que d'autres soldats ne débarquent ou ne fassent sauter le mur de pierre.
"Ce n'est plus très loin, promit le soldat du Sud."
Mais cette course-poursuite leur avait fait prendre un détour et le quartier grouillait de soldats. Leur salut tenait seulement aux ruelles, trop étroites et sinueuses pour permettre à l'armée de les localiser et les poursuivre efficacement. Ça et les quelques murs que Mustang et Alphonse firent apparaître pour bloquer le passage. Mais avec confiance, Fuery les mena jusqu'à la prochaine plaque d'égouts et l'alchimiste de feu s'y glissa avec soulagement. La prochaine fois qu'ils réémergeraient, ils seraient chez Amanda.
Il lui avait fallu du temps. Du temps pour s'éclaircir l'esprit, avoir de nouveau les idées claires.
Mary avait commencé par guetter. Essayer de se faire une idée globale de l'organisation des journées, si tant est qu'elle fût régulière. Elle avait découvert sa chambre. Une pièce aux murs ternes et sans grand intérêt sinon un bureau, dont le tiroir contenait un exemplaire usé d'un pièce de théâtre vieillotte. Et avec le crayon, trouvé dans le séjour, elle avait commencé à noter.
Le vieillard se levait généralement aux alentours de sept heures et déjeunait à peine. Mais ensuite, il ne faisait rien, agrippé à son déambulateur. Rien sinon la surveiller constamment, la garder dans son champs de vision alors que Mary perdait le fil du temps à fixer les pages d'un livre - de quoi parlait-il ? - ou regarder même le vide. Elle s'occupait généralement des repas, lorsqu'elle était suffisamment prise dans ses rêveries. A chaque fois qu'elle revenait à elle, Mary oubliait, trop occupée à comprendre où elle se trouvait. Le vieil homme devait lui rappeler de les préparer. Chaque début d'après-midi, il s'écroulait ensuite, une heure voire une heure et demie, ses membres épuisés par la station debout. Et l'après-midi se déroulait exactement de la même façon que la matinée.
Comment étaient-ils approvisionnés ? Qui se chargeait de ramener la nourriture ? Mary ne se souvenait pas d'avoir croisé qui que ce soit dans cette maison mais quelqu'un devait bien les approvisionner. Et qui était responsable de son état ? Elle pouvait définitivement exclure la nourriture comme étant à l'origine de la brume qui envahissait ses pensées, car la drogue aurait dû affecter le vieil homme également. Mais Mary était la seule dans cet état. A chaque fois qu'elle revenait à elle, les yeux perçants du vieillard la suivaient. Il n'y avait rien de brumeux, rien de lointain qu'elle ne reconnaisse dans son regard. Alors pourquoi elle ? Que lui arrivait-il ?
Ce jour-là, Mary émergea vers la fin du repas. Elle était en train de manger des asperges et sa main se mit en trembler brièvement.
"Est-ce que tout va bien, très chère ?"
Elle sentait le poids de son regard sur elle, le calcul et l'analyse dans ses yeux. Mary déglutit puis se força à manger le contenu de sa fourchette.
"Tout va bien."
Elle se retint de regarder autour d'elle, de vérifier l'heure à l'horloge. Ses gestes étaient scrutés, ses mimiques également alors elle baissa les yeux sur le contenu de son assiette - poulet, asperges et purée de pommes de terre. Le repas passa avec une lenteur qui manqua de la rendre folle, les secondes tiquant les unes après les autres. Mais après un quart d'heure de torture, le vieil homme se leva.
"Très chère, je vous laisse."
Et Mary n'osa pas lever les yeux. Devait-il répondre ? Lui dire quoi que ce soit ? Un faux pas de sa part et son geôlier se méfierait, refuserait de la quitter. Et elle avait besoin que celui-ci parte. Mais son manque de réaction ne sembla pas donner lieu à quelque réaction de la part de son "père" qui se contenta de tourner les talons. Lorsque la porte de la chambre se referma avec un claquement, Mary soupira.
Elle se laissa retomber contre le dossier de sa chaise, mais elle avait besoin de manger. Si les repas n'étaient pas en cause dans son état, alors elle avait besoin de continuer à prendre des forces. Malgré le nœud dans son ventre, elle se força à tout finir, puis abandonna l'assiette dans un évier terne. Combien de temps attendre maintenant ? elle avait devant elle une heure de liberté mais combien de temps fallait-il au vieil homme pour s'endormir ? Elle jeta un coup d'œil vers l'horloge : midi quarante-cinq. Elle devait prendre sur elle, s'endurcir et se forcer à faire preuve de rigueur. Attendre, encore un peu. Par pure habitude, mais également pour s'occuper - tout plutôt qu'attendre que les minutes s'écoulent - elle fit la vaisselle.
Il n'y avait que le son de l'eau qui coulait, le tintement des assiettes les unes contre les autres pour rompre ce silence assourdissant. Midi cinquante-trois lorsqu'elle posa la dernière assiette dans l'égouttoir. Était-ce suffisant ? Mais Mary ne se sentait pas capable d'attendre beaucoup plus. Aussi discrètement que possible, elle se dirigea vers la porte, prête à se faire arrêter à tout moment. Par qui ? D'une main tremblante, elle actionna la poignée et l'instant d'après, elle était à l'extérieur.
Le quartier était un quartier résidentiel des plus classiques. De nombreuses petites maisons identiques - murs en crépis blanc, toits recouverts de tuiles couleur argile et des volets bleus - réparties à distances égale de part et d'autre de la rue. Une uniformité qui s'étendait à perte de vue. Mais encore une fois, un détail frappa Mary : elle était seule. Il n'y avait personne dans la rue et elle n'entendait pas le moindre son sinon celui du vent. Un frisson lui parcourut le dos avant qu'elle ne se force à avancer. Il y avait forcément du monde.
Elle descendit la rue, peu certaine de savoir ce qu'elle cherchait. Essayait-elle de fuir ? de trouver de l'aide ? de joindre quelqu'un ? Mary n'en avait aucune idée et la perspective de devoir expliquer sa situation lui sembla d'autant plus effrayante. Elle ne savait plus qui elle était, ce qu'elle faisait ici. Mais si son "père" lui disait la vérité alors les gens du quartier seraient bien capables de le lui confirmer, non ? Elle n'était pas allée bien loin lorsque Mary décida d'aller toquer directement à une porte. Si elle comptait s'en remettre à un inconnu, autant ne pas tarder. Le gravier crissa sous ses pas lorsqu'elle remonta l'allée. D'une main tremblante, elle toqua contre la porte et attendit.
Personne, pas un son à l'intérieur de la maison. Mais s'il s'agissait d'un jour de semaine, les habitants pouvaient très bien être au travail, les enfants à l'école. Cela ne voulait rien dire. Malgré le sentiment d'horreur qui se diffusait dans son être, cette absence de réponse ne voulait rien dire. Mary redescendit les marches du perron pour se diriger vers la maison suivante. Encore une fois, elle toqua les trois mêmes coups rythmiques. Et toujours aucune réponse.
"Oh ma chère, j'ai bien peur que vous ne vous fatiguiez pour rien."
"Vous entendez ? demanda Colt."
Breda et Mustang hochèrent la tête de concert : ils n'étaient plus seuls. Quelque part dans le boyau, un sergent aboyait des ordres et son escouade remontait les égouts à toute allure.
"Courrez, déclara simplement Mustang."
Mais rapidement, il fut clair qu'il y avait plus d'une équipe à leurs trousses. Plusieurs pelotons, descendus à plusieurs intersections majeures. Mustang jura silencieusement mais la mine concentrée de Fuery lui indiqua que le sous-lieutenant avait déjà compris. Dans son dos, il entendit Colt dégainer une deuxième arme. Son cœur se serra au son du cliquetis. Riza.
Et maintenant Falman également.
Fuery les mena adroitement dans ces tunnels. Contournant les soldats à leur trousse autant que possible, sans trop les retarder. Mais la confrontation était inévitable.
"Baissez-vous !"
Breda et Fuery obéirent sans hésiter et Mustang fit jaillir un mur de flammes. Leurs assaillants reculèrent et les tirs de Colt à leurs pieds les obligèrent à se réfugier plus loin, dans un tournant. Une erreur, puisque Mustang en profita pour les emmurer. Malgré Selim, malgré Hawkeye et Falman, il continuait à préserver leurs vies autant que possible et répéta l'opération plusieurs fois, avec l'aide de Colt et d'Alphonse. Mais cette tactique rendit l'air vite irrespirable. Entre la chaleur et la concentration de dioxyde de carbone, Roy se mit à haleter.
Breda les força à encore accélérer, indifférent à leur état de fatigue. Soutenant Fuery, il les obligea à courir, sauter par-dessus des canaux secondaires, plonger derrière des poutres de soubassement, jusqu'à ce que finalement, ils ne s'arrêtent devant un cul-de-sac. Là où les conduits d'évacuation se déversaient dans un canal d'évacuation.
"C'est ici, indiqua Fuery, hors-d'haleine."
Mustang hocha la tête. Leur course folle furieuse leur avait permis de distancer leurs poursuivants et pour le moment ils n'entendaient plus de bruit sinon le sifflement de leurs respirations hachées. Une bonne chose car il était prévu que l'alchimiste de flamme remonte seul à la surface. Mustang jeta un regard à l'équipe et Breda hocha la tête.
"Nous saurons nous en sortir. Mais vous devez faire vite."
Roy posa ses mains sur la paroi humide pour transmuter un passage. L'instant d'après, il émergeait du parquet dans l'entrée de la maison d'Amanda, deux armes braquées sur lui.
"Je viens voir Amanda, déclara-t-il simplement, les bras levés.
- Sans rire ? rétorqua un homme en noir. Et tu es qui pour venir comme ça ici ?"
Son interlocuteur ne l'avait sans doute pas encore reconnu - ou peut-être qu'il n'avait simplement aucun respect pour lui - et pour une fois, Mustang aurait souhaité le contraire. Il jeta un regard au deuxième comparse mais il ne reconnaissait aucun des deux hommes. Pas de chance. Mais au moins, il avait eu le bon sens de faire attendre le reste de l'équipe dans le tunnel.
"Bobby me connait, déclara calmement Roy. S'il est là, il peut en attester.
- Je m'en fous, ducon. Si tu veux rentrer, tu toques à la porte, comme tout le monde. Je vais pas aller déranger Bobby pour un connard comme toi.
- Est-ce qu'on irait pas chercher... ?
- Que se passe-t-il ici ? intervint un nouvel arrivant."
Mustang tourna la tête dans sa direction et soupira de soulagement. Il connaissait celui-là. Le nouveau venu avait monté la garde devant leur porte, la première nuit que Hawkeye et lui avaient passée ici. L'homme sembla le reconnaître et fit signe aux autres de baisser leurs armes, non sans un avertissement : "Au premier geste déplacé, on hésitera pas.
- ça me va. Est-ce que je peux voir Amanda ?
- Tu vas attendre ici, rétorqua l'homme."
Néanmoins, il se dirigea vers le séjour et revint quelques minutes plus tard.
"Essaie quoi que ce soit et tu meurs"
Roy retint une grimace amusée - les hommes d'Amanda aimaient vraiment les menaces - et essuya la sueur qui ruisselait sur son front.
Sa sœur n'était pas seule dans le séjour. Un individu repliait ce qui semblait être une carte de la ville, tandis qu'un autre échangeait à voix basse avec la jeune femme. Mais tous deux s'interrompirent en les voyant et quittèrent la pièce sous le regard froid d'Amanda. La porte se referma dans son dos avec un claquement.
"Que s'est-il passé ?"
Sans hésiter un instant, Amanda fit un pas en avant pour le serrer contre elle et Roy ferma les yeux, avant de se dégager.
"Bobby ? demanda-t-il simplement.
- On l'a récupéré juste à temps. Blessé. Mais il survivra.
- Je suis désolé de l'avoir laissé seul mais je n'ai pas eu d'autre choix... Hawkeye...
- Que s'est-il passé ? répéta Amanda."
Mustang déglutit difficilement. A l'évidence, elle savait déjà. Il y avait sûrement les bulletins radios, peut-être même des articles de presse publiés. Et Roy n'était pas encore prêt à le dire à haute voix.
"Un piège. Hawkeye et Bobby ont décidé d'y aller sans moi. Selim a laissé Bobby pour me prévenir et je... je suis arrivé trop tard. Mais d'autres subordonnés m'ont rejoint. Nous avons besoin de ton aide.
- Pour quoi ?
- Un refuge ? Un endroit sûr où rester ?
- Combien êtes-vous ?
- Neuf", répondit Mustang, ignorant la douleur dans sa poitrine.
Onze, moins Hawkeye et Falman. Neuf actuellement.
"Et où sont-ils ?
- Sous nos pieds."
Sa sœur haussa brièvement un sourcil mais la surprise laissa rapidement place à la réflexion. Amanda secoua la tête.
"Je ne peux pas vous garder ici. Je peux vous trouver un endroit mais il me faudra un peu de temps.
- Je sais. Mais on ne peut pas rester dehors. Pas avoir la moitié de la ville à nos trousses.
- Amène-les", accepta Amanda et sa réponse fit déferler en lui une vague de soulagement.
Toutefois, il la retint par le bras.
"Amanda, tes hommes ne peuvent pas savoir.
- Excuse-moi ?
- Tes hommes ne peuvent pas savoir que nous sommes ici, répéta Roy avec urgence. Ceux qui nous ont vus ne peuvent pas repartir d'ici, sans quoi nous mourrons tous demain.
- Qu'est-ce que tu insinues exactement ?"
Le ton restait froid mais dans ses yeux, Mustang devinait que le sous-entendu ne lui plaisait pas. La pègre n'aimait pas les taupes, encore moins lorsqu'elles jouaient contre elle. Mais il n'avait pas le temps de lui expliquer maintenant. Pas lorsque des soldats fouillaient les souterrains à la recherche de son équipe.
"Fais-moi confiance, plaida-t-il."
Amanda hésita une seconde - il avait été son frère, bien avant d'être le généralissime - avant d'acquiescer d'un geste sec.
"Tu me dois des explications."
Alors ils en étaient réduits à cela. Planifier le massacre en règle des civils dans les rues de Centrale.
Remington n'avait jamais été qualifié de tolérant, et surtout pas envers la population civile. Les lois étaient là pour être appliquées et respectées. Si ces hommes décidaient d'enfreindre les règles alors l'armée était là pour les sanctionner. La loi était dure mais nul n'était censé l'ignorer. Seulement cette fois-ci, l'éventualité d'appliquer la loi stricto sensu lui laissait un goût amer dans la bouche.
Le président Bradley les avait trahis, et une bonne partie de l'état-major l'y avait aidé. Nul doute là-dessus. Mustang avait tenté de couvrir l'affaire comme il avait pu, à tort ou à raison - mais à son humble avis, le nouveau généralissime n'aurait jamais dû ouvrir la boîte de Pandore qu'était la presse - avant que tout le scandale ne soit révélé. Remington comprenait l'outrage, le sentiment de trahison. Après tout, ils avaient tous manqué de servir de sacrifices. Et il savait aussi que ce sentiment était partagé au sein des rangs, en témoigne la passivité des soldats face au drame sur la place de l'horloge. Alors ouvrir le feu sur les protestataires n'était certainement pas une partie de plaisir. Et à son humble avis, une partie de l'armée n'était pas loin de les rejoindre.
Remington regagna son bureau, harassé. Il était tard, il avait passé la journée à tenter de refréner les ardeurs des vieux généraux de Centrale, ceux-là même qui n'avaient pas dû mettre le pied sur le champ de bataille depuis des années. Et en parallèle, il ne pouvait rien faire pour l'Ouest. Le colonel avait contacté Cochrane qui organisait tant bien que mal la riposte : loin de se contenter de résister à l'instar des émeutiers de Centrale, ceux de l'Ouest ciblaient activement les points de ravitaillement, tentaient de saisir les entrepôts d'armes de l'armée. Et étant donné l'état des troupes, celles-ci étaient submergées. Une journée particulièrement affreuse.
Remington poussa violemment la porte de son bureau et une fraction de seconde avant que sa main n'atteigne l'interrupteur, il aperçut la silhouette sombre qui se découpait devant la fenêtre. Une silhouette minuscule, enfantine dont la vue hérissa tous les poils de son corps. Sans réfléchir, Remington lâcha ce qu'il tenait dans ses bras pour attraper son arme et fit feu.
Le réflexe lui vint sans même qu'il n'eut le temps de réfléchir. Et à sa grande surprise, son visiteur ne tomba pas raide mort au sol. Les balles ne semblèrent simplement pas l'atteindre, comme arrêtées à mi-parcours par un obstacle qu'il ne voyait pas. Par réflexe, il roula au sol, se réfugiant hors de portée, dans le couloir, tandis qu'une... chose se propageait à toute vitesse pour l'atteindre. Mais Remington ne voyait pas quoi. Un animal ? une arme ? Rien de ce qu'il ne connaissait n'était capable de se mouvoir ainsi. Il fit feu sans y penser.
"Colonel Remington ?"
De l'autre côté du couloir, des bruits de course et des éclats de voix.
"Un intrus, dans mon bureau, leur cria Remington avant de prudemment jeter un œil dans la pièce."
La petite silhouette s'était déplacée vers lui et un nouveau frisson lui parcourut le dos.
Etant donné la taille, il s'agissait forcément d'un enfant, mais que ferait un enfant à cet endroit ? N'importe quel gamin se serait mis à hurler et pleurer au moment même où Remington avait fait feu. N'importe quel gamin serait tombé raide mort. A la place, celui-ci lança un nouveau projectile qui démolit le mur derrière lequel le soldat s'était réfugié. L'impact projeta Remington vers l'arrière, tandis que le souvenir d'un visage enfantin au sourire cruel lui traversa la tête. Ce n'était pas le moment.
Remington se releva et esquiva l'attaque suivante qui creusa un impact là où son bras se trouvait une seconde auparavant. Mais quelle arme utilisait-il ? Il ne comprenait toujours pas quel projectile lui permettait de faire des dégâts pareils.
"Remington ? lui cria Northrop. Evans, vous restez, là !"
Parfait, Evans était également présente. Ils avaient en plus une civile dans les pattes alors qu'ils étaient sous attaque.
Prudemment, Remington recula dans le couloir, l'arme redressée devant lui. Il aperçut un mouvement, dans l'ouverture creusée dans le mur, et fit feu. Dans le couloir, les tirs résonnaient d'autant plus, faisant un boucan assourdissant.
"Description ? demanda Northrop, enfin arrivé à ses côtés.
- J'en ai pas la moindre idée, marmonna Remington.
- Pardon ?"
Mais son visiteur lui épargna la réponse et avança dans la lumière du couloir. Un enfant. Un simple enfant, qui ne lui arrivait même pas à la taille.
Instinctivement, Remington fit feu à nouveau, alors qu'Evans, derrière eux, criait. Mais encore une fois, une masse sombre s'interposa entre les balles et l'enfant. Une masse noire que Remington ne parvenait pas à identifier et qui se dirigea à toute vitesse vers eux, dans ce couloir où aucun d'entre eux n'avait la possibilité d'esquiver.
Les deux hommes se jetèrent en arrière, évitant comme ils le pouvaient cette ombre mais Remington sentit le coup l'atteindre à l'avant-bras droit. La douleur aiguë d'une blessure et le sang qui commença à imbiber sa manche. Northrop de son côté était atteint au flanc et grimaçait en relevant son arme.
"On s'en va", hurla le général, à travers la cacophonie des tirs.
Remington tira deux trois balles puis fit volte, face, sans attendre de voir s'il avait touché sa cible. Evans était restée pétrifiée au milieu du couloir. Il l'attrapa sans ménagement et la tira derrière lui, avant qu'elle ne réagisse et ne se mette à courir à son tour. Northrop était sur leurs talons et couvrait tant bien que mal leurs arrières.
Tout ce vacarme avait attiré l'attention. Rapidement ils rencontrèrent une équipe de la sécurité qui se déploya autour d'eux.
"Général, colonel, que se passe-t-il ? demanda un sergent".
Mais son visiteur ne semblait pas les avoir poursuivis jusque-là. Le couloir restait désert et Remington n'apercevait plus rien. Malgré tout, son instinct lui disait de ne pas rester immobile sur le palier. De continuer à fuir. Il se força à inspirer profondément. Pour calmer son corps.
"Une attaque. Un seul ennemi, répondit Northrop.
- Description ?"
Mais Northrop se contenta de jeter un regard interrogateur à Remington. Ils avaient tous les trois vu la même chose et pourtant aucun d'eux ne parvenait à apporter une explication.
"Vous avez tiré sur un enfant ? s'exclama Evans d'une voix tremblante, à moitié choquée et perplexe.
- Un enfant qui a survécu, précisa Northrop en secouant la tête.
- Et ces tentacules noirs ? Qu'est-ce que c'était ?"
Ce n'était pas des tentacules noires. Plutôt une ombre tranchante qui prenait racine à ses pieds.
A nouveau, l'image d'un visage froid et le souvenir d'une conversation dans une ruelle se superposèrent à ce qu'il voyait.
"J'avais besoin de discuter avec toi, Remington. Parle-moi de ce détournement de train."
"Généralissime ?"
La voix inquiète de Northrop le ramena à lui. Remington fronça les sourcils.
"Nous devons aller voir Knox. Tout de suite."
A suivre...
Remington a eu chaaaaud ! Je dois avouer que lorsque j'ai inventé ce personnage, je ne pensais pas du tout qu'il prendrait autant d'ampleur. En tout cas, je suis contente qu'il vous plaise au final car ses aventures sont loin d'être finies :)
Le pauvre Falman nous a quitté mais dans mon scénario initial il devait mourir bieeeen avant, donc je dirais qu'il a quand même eu une belle vie dans cette fanfic x))
En tout cas, n'hésitez pas à me laisser une petite review pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre :) A dans deux semaines !
