Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.
- "Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé. Le Prince d'Aquitaine à la Tour Abolie"
Mon petit blabla avant de commencer : Quoi ? Un chapitre posté à l'heure, en week-end ? Oui, cette fois j'ai anticipé le fait que je n'allais pas avoir le temps. Vous voilà donc avec le chapitre 34 ! Promis, moins de larmes dans celui-ci (bien sûr que je suis sadique. Renoncer et Hésiter ne vous l'avait pas déjà appris ?). Mais j'espère qu'il vous plaira malgré tout :) Merci à Musing-and-Music pour sa review ^^
Précédemment dans La Pièce Vide : Malgré la perte de Falman, l'équipe parvient à rallier la maison d'Amanda qui leur offre l'asile pour la nuit. Mustang est alors obligé pour la première fois de se confronter à ses souvenirs de Riza. De leur côté, Remington, Audra et Reynes confrontent Knox. Tant bien que mal, ils parviennent à obtenir la vérité du légiste et contactent Armstrong dans l'espoir de pouvoir joindre Mustang. Malheureusement, Selim ne tarde pas à reprendre le contrôle sur eux...
La Tour Abolie
Le matin les trouva plus reposés, pour la plupart.
Malgré la réticence de Roy à dormir, il n'avait pas tardé à sombrer dans un sommeil erratique, entrecoupé de cauchemars remplis de flammes et de cris. Et lorsqu'il n'avait plus supporté ces réveils en sursaut, l'alchimiste était descendu chercher de quoi se nourrir dans la cuisine, vide, aux petites heures du matin. Mais l'un dans l'autre, cette nuit était la plus reposante de toutes celles qu'il avait eue depuis des semaines.
Dans la chambre du rez-de-chaussée, la plupart des soldats somnolaient encore, appuyés contre une cloison ou roulés en boule dans un coin. Même s'ils n'avaient jamais servi au front, les semaines de formation à l'académie les avaient habitués à grappiller le sommeil quand ils le pouvaient, peu importe les conditions. Alphonse avait fait de même, sans doute épuisé par ces derniers jours. Seuls le Fullmetal et Fuery étaient éveillés et ouvrirent les yeux à son approche.
"C'est plein, ici, marmonna Mustang en évitant le regard de l'homonculus.
- Tout le monde n'a pas la chance de connaître la maîtresse des lieux, répondit Fuery avec un sourire amusé.
- Je ne suis pas certain que s'entasser avec moi…
- Je sais, coupa le sous-lieutenant."
Tous comprenaient. Après tout, Mustang avait été le seul à se précipiter sur le bûcher, détacher Hawkeye et la serrer dans ses bras. Les autres étaient présents sur place mais pris dans la foule, ce n'était pas la même chose. Pas la même chose d'entendre ses hurlements d'aussi prêt et porter sur lui l'odeur de chair brûlée. Le sous-lieutenant eut la délicatesse de ne pas développer davantage et s'étira tant bien que mal dans l'espace restreint dont il disposait.
"Que se passe-t-il maintenant ? demanda-t-il
- Nous attendons Amanda, je suppose. Nous n'avons pas réellement réussi à discuter hier soir. J'imagine qu'elle reviendra très vite vers nous. Elle-même doit avoir des questions.
- Tout à fait, acquiesça une voix dans son dos."
Du bout du couloir, Amanda arrivait, flanquée d'une personne que Mustang n'espérait plus voir.
"Bobby ?
- Pas encore mort, confirma le malfrat, d'une voix grinçante.
- Content de voir ça."
L'homme de main d'Amanda lui adressa une grimace ressemblant à s'y méprendre à un sourire. Il tenait à peine sur ses jambes, plus pâle que jamais, et Roy devinait sous sa chemise des bandages qui épaississaient son tronc et raidissaient sa démarche. Mais Bobby marchait seul, sans aide et c'était déjà un bon signe.
"Dans le séjour", indiqua simplement sa sœur, avant d'entraîner Bobby à sa suite.
Le court échange avait suffi à réveiller l'ensemble des soldats, à des degrés divers, et Smith, Colt et Ross fixaient déjà Mustang avec impatience. Breda fronça les sourcils : "Ce n'est peut-être pas le moment de tous y aller.
- Au point où nous en sommes, nous pouvons tous aussi bien, déclara Mustang en haussant les épaules."
Au moins ils n'auraient pas à tout leur répéter.
Il n'y avait pas suffisamment de chaises, dans la pièce, et les soldats laissèrent Mustang et Breda s'installer en face d'Amanda, se contentant de s'éparpiller dans la pièce. Amanda leva un sourcil interrogateur face au débarquement soudain mais s'abstint de tout commentaire. Bobby, en revanche, leur lança un regard revêche.
"Qui sont tous ces gens ?" grommela-t-il.
L'homme était lourdement appuyé sur les accoudoirs de sa chaise, signe qu'il n'allait pas aussi bien qu'il voulait le faire croire.
"Mes anciens subordonnés, présenta Mustang avant de rapidement donner les noms.
- Que des personnes ayant été sous le contrôle de Selim, si je comprends bien.
- Pour partie, uniquement, rectifia Breda. Ross, Broche et Fuery n'ont jamais approché Selim.
- Et lui ? Charmant tatouage"
Mustang grimaça intérieurement. Il aurait préféré garder dans l'ombre l'état du Fullmetal mais même sous la capuche, son visage restait visible et l'homme de main d'Amanda n'avait pas tardé à le remarqué.
"Les frères Elric ne sont pas ressortis de cette cave aussi indemnes qu'on pouvait l'espérer. Un petit cadeau de Selim.
- Que s'est-il passé ? demanda Amanda."
Visiblement, ils n'allaient pas y couper. Retenant un soupir, Mustang leur livra les faits et les deux criminels échangèrent un regard peu amène, à la fin de son récit.
"Est-il fiable ? demanda simplement Amanda.
- Fiable ou pas, nous n'avons pas le choix. Nous devons obliger Selim à reprendre sa pierre. Mais jusqu'à présent, le Fullmetal ne nous a donné aucune raison de douter de lui."
Malgré tous ses commentaires dont ils se seraient bien passés.
Bobby secoua la tête avec un grognement, mais Breda détourna la conversation : "Je crois que Mustang vous a demandé de l'aide pour retrouver Mme Bradley. Avez-vous pu avancer sur ce sujet ?"
Ce fut au tour d'Amanda de plisser le nez, visiblement agacée : "Non. Aucune trace. Mes hommes cherchent mais elle semble s'être volatilisée. Aucune trace d'elle à la gare, en tout cas.
- Si elle a quitté son domicile en voiture, impossible de la retrouver, fit observer Smith, par-dessus l'épaule de Breda.
- Quelle voiture ? objecta Colt. Elle n'en possède pas et n'a jamais eu le permis de conduire. Je vois mal Selim s'installer au volant.
- Il n'aurait pas eu beaucoup de mal à convaincre quelqu'un."
Bobby haussa les épaules, avant de grimacer : "C'est également une hypothèse que nous avons pris en compte. Mais si c'est le cas, la retrouver va être sacrément plus compliqué. Plus de témoin au sein du quartier, si j'ai bien suivi, et si elle est partie en voiture, Mme Bradley pourrait se trouver n'importe où dans le pays à l'heure actuelle.
- Mme Bradley dispose-t-elle d'alliés qui auraient pu l'aider ? demanda Amanda."
Mustang secoua la tête.
"Elle n'en a pas. Tous les autres homonculus sont morts. J'ai vu les corps de Lust et Envy disparaître. Père a absorbé la pierre de Ling Yao devant les troupes du Nord, les deux Armstrong ont vu Sloth mourir devant eux
- Et nous avons vu le corps de Bradley, compléta Alphonse. Quant à Gluttony, Selim l'a tué devant nous.
- Et qu'en est-il des êtres humains, impliqués dans ce complot ?
- Morts lors du Jour Promis, pour la plupart, indiqua Mustang. Ces idiots ont été massacrés par leur propre armée d'humains artificiels. Et ensuite nous avons fait le ménage lors des procès ont suivis. La peine de mort a été appliquée.
- Alors ils sont tous décédés ?
- Tous les partisans connus, confirma-t-il.
- A l'exception d'Haruko, grommela Smith.
- Haruko ne savait rien des homonculus et du Jour Promis. Ce n'était qu'un intrigant avide de pouvoir."
Le soldat s'apprêtait à répliquer mais Breda le fit taire d'un regard : "Quoi qu'il en soit, nous sommes presque certains que personne n'aurait pu les aider de leur plein gré.
- Personne au sein de l'armée, fit remarquer Amanda.
- Tous les partisans faisaient partie de l'armée, expliqua Mustang. Les homonculus contrôlaient l'armée. Ils auraient gardé tous les participants dans les rangs pour pouvoir les surveiller. Et se débarrasser d'eux plus facilement.
- Et les civils ? demanda soudain Colt."
Mustang haussa un sourcil : "Il n'y avait pas de civils impliqués dans ces dossiers.
- Mais y a-t-il eu des militaires qui ont pu retourner à la vie civile ? Ou est-ce qu'ils ont tous servi jusqu'à leur mort ?"
La question avait de quoi surprendre car jusqu'à ce que Mustang ne fasse changer la loi, c'était à peu près ce qui se passait : les soldats mourraient au front, lors d'une des nombreuses guerres décidées par le gouvernement. S'ils avaient la chance d'y survivre et de grimper dans les rangs, ils pouvaient aspirer à un poste de bureau et continuaient à servir aussi longtemps que possible. Grumman en était l'exemple parfait. Seul l'incapacité, la démence ou la maladie pouvait conduire à leur décharge. Mais bien souvent, les soldats décédaient au front avant et la date de décharge figurant dans les rares dossiers pouvait aussi bien signifier "sénilité".
"Nous n'avons pas vérifié l'état des soldats qui ont été excusés, si c'est ce que vous demandez, répondit lentement Mustang.
- Vous ne l'avez pas fait ? répéta Amanda, l'air dubitatif.
- Non. Ces hommes sont relativement rares et étaient déjà bien âgés lorsque King Bradley a été créé. Je serais surpris qu'ils soient toujours en vie."
Mais maintenant qu'il raisonnait à voix haute, Mustang entendait les failles de son raisonnement. Seulement à l'époque, le risque que ces hommes ne représentent un danger était minime, voire inexistant. Il serra le poing, agacé de sa propre négligence.
"Cette hypothèse reste donc possible, conclut Colt.
- Où sont les dossiers qui permettent d'identifier ces personnes ? demanda Amanda. J'imagine que tu ne connais pas tous les noms par cœur."
Un sourire ironique étira les lèvres de Mustang.
"Les dossiers sont dans mon bureau. Au Quartier Général."
"Généralissime,
- Colonel."
Remington haussa un sourcil à sa vue et Northrop se renfrogna. Il avait une sale tête, il le savait. Après leur rencontre... inattendue et sa blessure, le colonel avait passé une bonne partie de la nuit à passer le parc du Quartier Général au peigne fin, sans succès. A à en juger par son air pâle, le président par intérim ne devait pas avoir dormi plus que lui.
"Des nouvelles ? demanda-t-il.
- Non. Aucune trace, aucun indice. Nous ne savons même pas par où il est passé.
- Les soldats n'ont rien vu ?
- Rien à signaler. Mais moi-même je ne suis pas certain de ce que j'ai vu."
Une silhouette minuscule qui ne pouvait appartenir qu'à un enfant. Mais ces choses qui les avaient attaqués ? Northrop n'avait jamais rien vu de tel.
Remington devait sans doute sentir sa curiosité puisqu'il lui adressa un signe de tête : les murs avaient des oreilles. Ils ne pouvaient pas discuter au détour d'un couloir. Northrop lui emboîta le pas. L'attaque et la destruction des lieux les avaient obligés à déménager le bureau de Remington. Et quelque part, cela plaisait davantage au chef de la sécurité : des fenêtres moins exposées, un périmètre de sécurité plus grand et surtout, la possibilité de placer une équipe digne de ce nom. Le placard que le généralissime s'était borné à occuper ne permettait même pas d'y placer un planton. Autant s'asseoir sur les genoux de Remington directement, sinon. Celui-ci ne semblait pas tout à fait à l'aise avec le changement de décors et referma avec une grimace, les lourdes portes en bois derrière eux.
"Qu'a dit Knox ? attaqua directement Northrop. A-t-il pu vous apprendre quelque chose ?
- Rien. Il n'était au courant de rien."
Northrop fronça les sourcils : "Vous aviez des raisons de croire qu'il était en lien avec le président Mustang, pourtant.
- Effectivement, mais cela s'est avéré être une fausse piste", expliqua calmement Remington.
Celui-ci ne semblait pas plus énervé ou frustré que cela pour quelqu'un qui, la veille, semblait si pressé de rendre visite au médecin à son domicile. Ce détachement paraissait invraisemblable à Northrop mais le généralissime poursuivit.
"Il semblerait que le président Mustang avait bien des choses à cacher. Mais Knox n'a rien pu nous apprendre.
- Alors j'imagine que tout repose sur la recherche de ... l'individu, répondit prudemment le chef de la sécurité. Nous cherchons vraisemblablement un enfant, compte tenu de sa taille. Vous l'avez vu de plus près que moi. Avez-vous pu voir la couleur de ses cheveux ? ses yeux ? un détail en particulier ?"
Mais Remington secoua la tête : "Ce ne sera pas nécessaire, colonel.
- Pardon ?"
Avec un geste, le président lui désigna les fauteuils du bureau.
"Il se trouve juste ici."
Il fallut une seconde entière à Northrop avant de comprendre et de se tourner vers l'endroit indiqué. L'enfant était si frêle, si menu, dépassant à peine du dossier qu'il ne l'avait pas remarqué. Instinctivement, le soldat porta la main à son arme mais une voix froide résonna dans sa tête : "Ne bouge plus."
Et sans comprendre ce qui lui arrivait, Northrop sentit son corps s'immobiliser.
Cette fois, Selim ne comptait laisser aucune chance à Remington. Visiblement, il avait sous-estimé l'attachement du soldat à l'armée. Les motivations personnelles des gens pouvaient surprendre. Qui aurait cru que le bon fonctionnement, le fonctionnement intègre et loyal du corps militaire pouvaient autant compter ? Mais cette fois, le président n'aurait aucune chance.
Après avoir immobilisé les quatre comparses la veille, Selim était allé toquer à la porte du docteur Knox, son vieil ami. Celui-ci n'avait hésité qu'une fraction de seconde avant de s'effacer obligeamment et les laisser entrer. Pas qu'il ait eu réellement le choix. La pierre semblait amplifier ses pouvoirs et c'était tant mieux. Cela lui avait permis de passer une bonne partie de la soirée à questionner Remington et comprendre comment celui-ci avait pu se défaire de son emprise.
Cette fois, Selim ne prenait aucun risque. Audra Evans, Jonathan Reynes, et maintenant Northrop. Toutes les personnes susceptibles de remuer ses souvenirs étaient maintenant également sous son contrôle. Ne restait plus que Jeffrey et la boucle était bouclée.
"Je reviens tout de suite, annonça-t-il avec un sourire satisfait".
"Le Quartier Général ? répéta Colt d'un ton incrédule. Là où nous attend la moitié de la Faction ?
- Pourquoi dans ton bureau ? demanda Amanda.
- C'était une façon d'avoir les dossiers dans une pièce sécurisée, à proximité. Pas de porte ni de fenêtre. A part Hawkeye et moi, personne d'autre n'était au courant.
- Comment y accédiez-vous ?
- Alchimie."
Sa sœur hocha la tête : "Alors en principe, personne d'autre n'y aurait eu accès."
Cette nouvelle piste changeait la donne et l'air de la pièce semblait maintenant électrisé. Les soldats semblaient impatients de s'y ruer. Même Bobby s'était redressé sur sa chaise.
"Avec l'entrée dérobée, cela veut dire qu'on n'a plus besoin de traverser la moitié du Quartier Général, fit remarquer Smith. On peut entrer, prendre et ressortir.
- Une entrée dérobée ? demanda Fuery.
- Nous avons construit un passage pour que Breda puisse aller et venir sans être remarqué, expliqua Mustang. Et pour partir en cas de problème.
- Mais cela ne signifie pas pour autant qu'on pourra y aller sans croiser qui que ce soit, fit remarquer Breda. Ils ont dû vous remplacer depuis ? Le bureau n'est certainement pas vide."
Mustang hocha la tête : "Remington a automatiquement été nommé généralissime suite à ma disparition et ce, jusqu'aux prochaines élections.
- Alors il occupe probablement les lieux. Et il fait partie de la Faction.
- Mais il ne travaille pas la nuit, fit remarquer Bobby. En tout cas j'espère pour lui."
Amanda secoua la tête : "Attendre douze heures supplémentaires retarderait considérablement les recherches. Si tu peux envoyer des hommes récupérer des dossiers, autant le faire tout de suite.
- Je peux envoyer des hommes, mais ils ne pourront pas récupérer les fichiers sans moi.
- Ils pourront très bien démolir un mur sans toi.
- Pas celui-là, répondit Mustang en secouant la tête. Nous nous sommes assurés que cette pièce resterait inviolable. Sans l'alchimie, casser la cloison sera long, fatiguant et très bruyant. Croyez-moi. Vous avez besoin d'un alchimiste.
- Il y a un autre alchimiste, ici, fit remarquer Colt."
Les regards se tournèrent de concert vers Alphonse. Le jeune homme s'était assis sur l'une des chaises qui entouraient la table à manger. Il était encore pâle, même si en meilleur état que les jours précédents. Une nuit de repos et un bon repas tendaient à avoir cet effet-là. Mais même encore, Mustang n'était pas optimiste.
"Je suis en état d'y aller, indiqua le jeune homme.
- Alphonse devrait se reposer, s'opposa Mustang. Vous l'avez dit : la moitié de la Faction nous attend et le bureau ne sera probablement pas vide.
- Je peux me battre.
- A quel prix ? Tu devrais te reposer pour récupérer pleinement. Une fois que nous aurons ces dossiers, d'autres batailles seront à prévoir et nous avons besoin que tu sois au meilleur de ta forme s'il faut se battre contre Selim.
- Risquer votre vie est trop dangereux, insista Breda. Selim a déjà réussi à se venger des frères. Il a tué Winry, transformé Edward en homonculus et manqué de tuer Alphonse. Vous êtes le prochain sur la liste, Mustang.
- Il a déjà pris ce qui m'était le plus cher. Il ne peut pas faire pire.
- Il peut te tuer, argua Amanda.
- C'est ce qui arrivera si on n'arrive pas à mettre la main sur ces dossiers."
Il ne pouvait pas rester caché indéfiniment. Même si la mission était dangereuse, Roy ne pouvait pas demander aux membres restants de l'équipe d'y aller à sa place. Hawkeye avait tenté de le protéger. Et comme prévu, la situation avait dérapé.
"Pour une fois, je suis d'accord avec Mustang, intervint Bobby. Enfin, en partie. Je pense qu'Alphonse et lui devraient tous les deux y aller. Si des combats sont à des prévoir, mieux vaut deux alchimistes plutôt qu'un.
- Ce serait risquer tous nos eux dans le même panier, fit remarquer Breda.
- Mais en restant isolés, ils ont tendance à voir leurs camarades mourir."
L'argument était fondé, même s'il ne leur plaisait pas. Mustang s'efforça de l'ignorer, pour mieux se concentrer sur leur objectif.
"Deux alchimistes, dans ce cas. Edward aussi, puisqu'il semble pouvoir aider en cas de combat.
- Le Fullmetal n'est pas fiable, protesta Breda. Il ne...
- Vous pouvez passer du temps à essayer de contester mes choix, coupa Mustang, mais vous savez que c'est la meilleure option que nous avons. Risquée, mais c'est la meilleure. Alphonse, Edward, Smith et moi pour récupérer ces dossiers."
Ledit soldat haussa un sourcil : "Pourquoi moi ?
- Force de frappe, répondit simplement l'alchimiste.
- Et les autres ? demanda Breda avec impatience.
- Ils restent ici pour trouver une solution à un autre problème : si nous retrouvons Mme Bradley, que faisons-nous d'elle ? Et surtout : où voulons-nous affronter Selim ? dans quelles conditions ?
- Vous voulez que je trouve le moyen de rendre notre plan faisable, résuma-t-il."
Mustang hocha la tête. Après tout, Breda avait toujours été son tacticien. Même lorsque toute l'équipe était stationnée à l'Est, le soldat roux avait été le cerveau de l'équipe, celui qui faisait attention aux détails et peaufinait les stratégies de Mustang jusqu'à les mener à la réussite. Du démantèlement d'un réseau de trafiquants jusqu'à la fuite de Ross deux ans auparavant. Si Roy définissait la stratégie, Breda était celui qui trouvait la façon de la mettre en pratique.
"Cela fait quand même beaucoup de personnes pour trouver la suite du plan.
- Oh ne vous inquiétez pas, intervint Amanda, d'une voix faussement légère. J'ai également des projets pour vous : je vous ai trouvé un logement."
Les soldats se tournèrent vers elle avec surprise.
"Une maison, dans le district Nord. Isolée et inhabitée pour le moment. Vous devriez y être tranquilles.
- Et en quoi aurez-vous besoin de nous ? demanda Ross, d'une voix hésitant.
- Du ménage est à prévoir, avant d'emménager, prévint la jeune femme avec un sourire qui leur fit froid dans le dos à tous."
Ce ménage n'était sûrement pas quelque chose que l'armée aurait approuvé d'ordinaire.
Mary devait ressortir. Elle n'avait pas le choix.
A travers la brume, elle se souvenait encore de la conversation et de la silhouette des toutes maisons qui se découpaient à peine sur le ciel d'un noir d'encre. Le vieillard lui avait dit que personne ne pourrait l'aider, que ces maisons étaient toutes vides, mais ce n'était pas possible. Les habitants n'avaient pas pu s'envoler, disparaître comme par magie. Quelqu'un devait être en mesure de l'aider.
Son "père" ne semblait pas inquiet que Mary sorte à nouveau. Une bonne chose. Il continuait à maintenir sa petite routine, la surveiller du coin de l'œil, la suivre constamment dans toutes les pièces de la maison, sans rien y changer. Tout en lui la hérissait. Son regard calculateur, son sourire édenté et sa voix insupportable. Mais désormais, elle n'avait plus à cacher son dégoût ni même le fait qu'elle le fuyait. Et ce jour-là, elle profita d'une absence aux toilettes pour s'éclipser et claquer la porte dans son dos.
L'air du matin était frais et la faisait frissonner. Mary n'était pas équipée pour cette sortie. Elle n'avait dans sa chambre que le minimum requis : deux - trois tenues, à peine un pull et aucun manteau. Suffisamment de sous-vêtements pour durer une semaine, pas plus. Un signe, selon elle, qu'il ne s'agissait pas de son lieu de vie habituel. Quelle personne pouvait vivre avec aussi peu d'affaires ? Elle frotta ses bras, essayant de se réchauffer et descendit la rue aussi vite qu'elle le put. La dernière fois, elle n'avait trouvé personne dans la maison en face, peut-être qu'en s'éloignant elle parviendrait à croiser du monde ? Elle contourna les bâtiments qui étaient restés sombres la veille et avança dans le quartier. Encore une fois, elle n'entendit pas un son. Pas de rire d'enfant, d'éclat de voix. Rien sinon le son du vent qui faisait bruisser les feuilles tombantes.
Arrivée à l'intersection, elle ne reconnut pas davantage les lieux. A perte de vue, des maisons semblables en tout point et nulle part des signes de vie. Sans perdre de temps, elle s'engagea à gauche et se dirigea vers la première maison.
A nouveau, elle eut beau toquer, sonner, appeler, personne ne lui répondit. Avec un soupira, elle poussa la porte, qui céda immédiatement : celle-ci n'avait pas été verrouillée. Personne ne laissait sa porte d'entrée déverrouillée. Pas à moins d'être présent.
"Est-ce qu'il y a quelqu'un ? appela-t-elle du perron."
Mais toujours aucune réponse.
Mary n'avait pas de temps à perdre. Bientôt, le vieillard la rattraperait et encore une fois, par un tour de magie qu'elle ne comprenait toujours pas, il la plongerait dans cet état rêveur et malléable contre lequel elle ne pouvait pas lutter. Elle devait trouver ses réponses avant qu'il ne puisse la rejoindre.
Non sans appréhension, elle entra, laissant la porte grande ouverte derrière elle. Une odeur de moisissure la frappa immédiatement et la fit tousser. Une odeur de décomposition, comme si les habitants avaient oublié de sortir leurs poubelles depuis jour, non, depuis des semaines. Mary fit la grimace et continua à appeler : "Est-ce qu'il y a quelqu'un ?"
Mais rien sinon un bourdonnement sourd ne lui répondit. Elle se dirigea vers le bourdonnement et nota les différentes traces de vie laissées dans les pièces : les chaussures renversées dans l'entrée, un journal récent posé sur la table basse, et sur la table à manger, trois assiettes à moitié vides autour desquelles volait une nuée de mouches. Voilà pour le bourdonnement.
"Que vous est-il arrivé ?"
Quel événement avait poussé les habitants à laisser leurs maisons aussi précipitamment ?
L'odeur de décomposition se faisait plus forte, à mesure qu'elle progressait vers la table à manger, mais les assiettes n'étaient pas à l'origine de cette puanteur. Quelque chose d'autre pourrissait dans cette maison et Mary n'était plus très loin. Elle plaqua sa main sur son nez, dans l'espoir d'atténuer l'infection. En vain. Elle poussa la porte de la cuisine et plaqua une main sur sa bouche pour étouffer un cri.
Les trois habitants de la maison étaient allongés sur le sol carrelé. Les yeux grands ouverts, fixant le plafond. Le teint creusé et cireux. Morts depuis quelques jours, au moins. Mary sentit ses genoux faiblir et elle s'agrippa au chambranle de la porte pour ne pas tomber. Ces personnes étaient décédées, le visage tordu dans une grimace de souffrance. Elle avait envie de vomir.
Distraitement, elle nota des pas dans son dos. Sûrement le vieillard qui tentait de la rattraper.
"Est-ce que vous savez ce qui leur est arrivé ?"
Elle inspira lentement par la bouche, pour combattre la nausée, et se retourna. Mais ce n'était son "Père" qui se tenait dans son dos.
Mary avait devant elle un homme hirsute. Manteau couleur sable, déchiré par endroit et moucheté des tâches sombres terriblement suspectes. Mais ses yeux furent immédiatement attirés vers son visage, terriblement abîmé, barré de cicatrices. Et plus que tout, ses yeux noirs, sans fond et sans vie. Des yeux noirs qui la fixaient sans la voir.
Cette fois, Mary se mit à hurler.
Après cette réunion stratégique, les effectifs n'avaient pas tardé à s'éparpiller : Ross et Broche avaient suivi Amanda et Bobby. Breda, Fuery et Colt s'étaient établis dans la chambre qui leur était dévolue et Smith, Edward et Alphonse n'attendaient que le signe du départ. Ou presque.
"Pour ce que ça vaut, je ne lui fais pas confiance, déclara Smith avec hostilité.
- Mon frère n'est pas un danger, déclara Alphonse.
- Mais on ne peut pas lui faire confiance.
- Il nous a aidés hier, fit remarquer Mustang.
- Uniquement parce que son cul était aussi dans la ligne de mire, rétorqua Smith.
- Est-ce que ce n'est pas pour précisément ce genre de cas que vous m'emmenez avec vous ? Pour vous sauver le cul en cas de grabuge ?"
La voix et le ton étaient similaires en tout point à ceux du Fullmetal. De quoi leur faire froid dans le dos. Mais au lieu de trouver l'habituel mélange de défiance et de provocation dans son attitude, ils ne voyaient qu'un désintérêt poli. Une question pragmatique et terre à terre. Smith secoua la tête, dégoûté, et se détourna.
"Prêts ? demanda Mustang pour détourner l'attention."
Les deux hommes acquiescèrent de concert et Mustang put à nouveau ouvrir la voie des égouts.
Les souterrains étaient de nouveau redevenus calmes. Les soldats avaient probablement dû remonter après les avoir poursuivis sans succès. Mustang se laissa tomber au sol, avec une grimace, l'onde de choc résonnant jusque dans son épaule. Alphonse et Smith descendirent à peu près avec autant de grâce et seul le Fullmetal parvint à se réceptionner comme si les trois mètres et demie n'étaient qu'une simple formalité. Une autre raison pour Smith de jeter un regard suspicieux vers l'homonculus, mais Roy n'avait pas le temps pour ces futilités.
Sans un mot, il se hâta dans la direction du Quartier Général et le reste de l'équipe n'eut d'autre choix que de suivre. Encore une fois, la plus grande partie du trajet put se faire sous terre et même s'ils étaient prudents, ils avançaient vite. Apparemment, Selim avait renoncé à l'idée d'envoyer des troupes patrouiller régulièrement dans les égouts. Toutefois, après près de vingt minutes de marche, leur chance s'épuisa et ils durent remonter à la surface.
"Sur quel type de terrain va-t-on atterrir ? demanda Alphonse.
- Une ruelle calme, en principe, répondit Mustang."
Il avait passé une demi-heure avec Fuery, cartes à l'appui, à identifier tous les chemins possibles pour trouver le plus sûr.
"Nous allons remonter derrière un bar qui n'est plus en activité aujourd'hui alors nous ne devrions pas rencontrer qui que ce soit."
Cette fois, Mustang monta l'échelle en premier et colla son oreille aussi près qu'il le put de la plaque en fonte. Mais comme prévu, pas un son ne lui parvenait. Il jeta un dernier coup d'œil au reste de l'équipe pour s'assurer qu'ils étaient prêts, puis poussa la bouche d'égout.
La ruelle en question n'était pas simplement déserte. Le terme "en ruines" aurait été plus approprié. Mustang inhala une bouffée de poussière qui le fit tousser et sentit ses mains s'enfoncer dans un tapis de débris avant de trouver le sol.
"Faites attention où vous mettez les mains, grommela-t-il. Bris de verre."
L'alchimiste parvint à ne pas s'écorcher les mains en se rétablissant, mais étant donné l'état de la venelle, un avertissement ne coûtait rien : le bar derrière lequel ils émergeaient avait littéralement explosé, ne laissant plus que sur place quelques murs de pierre noircis par les flammes. Ceux-ci lui arrivaient à peine à hauteur du genou et les fenêtres n'étaient plus qu'un ancien souvenir. Quant à l'intérieur du bar, Mustang ne préférait pas regarder.
Smith fut le dernier à remonter. Il jeta un œil à l'enseigne qui gisait à terre.
"Le Memphis. Un bar, hein ?"
Mustang se contenta de hausser les épaules. Au moins, depuis l'établissement, il connait son chemin vers le Quartier Général sur le bout des doigts. Sans compter que les bâtiments, collés les uns aux autres et déserts en ces temps troublés, leur offrait un couvert des plus appréciables.
L'alchimiste les entraîna à travers le dédale des ruelles sordides - encore plus à la lumière du jour - et ils ne furent pas longs à entendre le brouhaha indistinct des combats qui avaient commencé mais n'avaient pas encore atteint leur apogée. Fort heureusement, la démonstration de force de l'armée ces derniers jours avaient au moins permis de faire évacuer les alentours du Quartier Général. Les soldats avaient érigé un barrage afin de contrôler les allées et venues deux blocs autour du site, mais le périmètre n'était pas suffisant pour empêcher l'accès au passage dérobé. Deux rues avant le point de contrôle, Mustang fit coulisser le panneau.
Comme celui de la maison des Bradley, le tunnel qui les conduisit jusqu'à son ancien bureau n'était pas très large, pas très haut. A peine suffisamment pour laisser passer un homme adulte de profil, et suffisamment petit pour passer inaperçu à tous ceux qui se seraient amusés à comparer la taille des pièces du Quartier Général à la superficie globale des bâtiments. Toutefois, ce passage-là, au lieu d'être droit et direct, les fit monter puis descendre des escaliers, les tourner plusieurs fois jusqu'à en perdre le sens de l'orientation. Mustang avait parcouru ce chemin tellement de fois avec Hawkeye qu'il aurait pu le faire les yeux bandés et auparavant, ni le président, ni son assistante ne s'embarrassaient d'allumer une lampe. Mais les frères Elric n'étaient pas habitués et Smith ne l'avait jamais emprunté. Pour éviter tout accident qui aurait pu attirer une attention non désirée depuis l'autre côté de la cloison, Mustang alluma deux lampes d'un claquement de doigts et en tendit une à Alphonse.
Une fois derrière le panneau qui menait au bureau présidentiel, Mustang s'arrêta et jeta un coup d'œil au reste de l'équipe. Malgré l'étroitesse des lieux, il parvenait à apercevoir les visages de chacun. Smith et Alphonse étaient concentrés tandis qu'Edward entre les deux le regardait d'un air lugubre et passablement désintéressé. Ils avaient convenu de la tactique avant de quitter le domicile d'Amanda. Le bureau présidentiel n'était pas un carré parfait : en cas d'attaque par la fenêtre pour par la porte, le président devait pouvoir se mettre à l'abri. Aussi des renfoncements stratégiquement placés avaient été prévus pour fournir une retraite suffisante et depuis l'entrée du passage dérobé, il n'était pas possible d'avoir une vue complète sur l'intérieur du bureau. Ainsi, ils se déploieraient en éventail, dans la pièce, et vérifiaient chacun leur secteur. En cas de mauvaise rencontre, Alphonse et Edward se chargeraient de récupérer les dossiers tandis que Mustang et Smith détourneraient l'attention. Et si tout allait bien, ils auraient besoin de quinze minutes, même pas, pour ressortir de là. Mais pour le moment, aucun son ne filtrait.
A peine 7h30, indiquait la montre de Roy. Toutefois, celui-ci n'était pas stupide au point de croire que le QG ne fourmillait pas déjà d'une activité fiévreuse.
D'un geste fluide, il fit coulisser la cloison et se glissa rapidement dans l'ouverture.
Personne assis au bureau présidentiel. Personne dans le recoin gauche.
Smith s'était positionné dans son dos, balayant le renfoncement opposé. Mais Mustang n'eut pas besoin de se tourner pour comprendre que le soldat était tombé sur quelqu'un.
"Je vous attendais, monsieur le président."
Roy connaissait cette voix.
"Des idées concernant les pistes que nous pourrions creuser ? demanda Colt."
Breda répondit par un grognement.
Les membres de la pègre les avaient encore parqués dans la chambre du rez-de-chaussée. Même si une bonne partie des effectifs avait quitté la maison, la pièce n'en restait pas moins suffocante. Il n'y avait qu'un unique lit, taille enfant, que les soldats avaient repoussé contre le mur pour libérer de l'espace. Dans un coin, Fuery s'était assis sur l'unique chaise, face à un bureau minuscule, tandis que Colt et Breda avaient préféré rester par terre. Le chef d'équipe se frotta les yeux.
"Si je me souviens bien, vaincre Selim la première fois leur avait déjà donné du fil à retordre.
- Ils avaient dû l'enfermer dans le noir complet, acquiesça Fuery. Dans un dôme créé par Hohenheim.
- On ne peut pas faire ça puisqu'on cherche à le détruire. Et on ne peut pas se battre dans le noir complet.
- Ensuite le Fullmetal a pénétré son esprit pour le détruire de l'intérieur.
- Comment ? demanda Colt.
- On ne sait pas : Edward n'a jamais été capable de vraiment l'expliquer. Et personne n'a trop insisté car on pensait qu'on n'aurait plus à faire à eux.
- Grossière erreur, grommela Breda."
Colt n'avait jamais vu son chef d'équipe aussi lugubre. Il y avait de quoi : la moitié de leur escouade avait péri et un de ses anciens coéquipiers aussi. Mais Breda avait toujours réussi à se concentrer sur l'objectif peu importe les difficultés rencontrées. Résoudre le problème d'abord, se lamenter après. Et le voir à ce point atteint ébranlait la jeune femme.
"Alors on ne peut pas s'inspirer de la façon dont le Fullmetal a procédé la fois précédente mais nous devons recréer un terrain favorable pour combattre cet homonculus, reprit-elle. Il faut trouver une façon de l'empêcher de manipuler les ombres et de placer les gens sous son contrôle.
- Pour les ombres, ça semble faisable : si on ne peut pas l'enfermer dans le noir, on peut créer un environnement sans ombre, suggéra Fuery. Mais pour la voix...
- Si Mustang et les frères Elric vont se battre contre lui, ils risquent d'avoir besoin de se parler.
- Donc impossible de leur faire se boucher les oreilles à tous.
- Ce ne serait pas raisonnable sur un champ de bataille, acquiesça Breda en secouant la tête."
La motivation était au plus bas et s'amenuisa encore davantage lorsque Fuery demanda à voix basse : "Que se passera-t-il si nous échouons à obliger Selim à absorber la pierre ? Le Fullmetal restera un homonculus."
Plus que la loyauté de ce dernier, c'était bien leur capacité à le restaurer à son état normal qui posait question. Le président avait été véhément sur leur obligation d'essayer et à part Smith, personne ne remettait réellement en cause cet objectif : il s'agissait du Fullmetal. Il avait réussi à vaincre Père et il les avait tous sauvés d'une mort certaine. Personne ne le niait. D'autant plus que sa version homonculus semblait bizarrement indifférente à tous les événements, toutes les morts qui survenaient autour d'eux. Sa trahison pour Selim ne semblait pas vraisemblable, faute de motivation. Mais que se passerait-il s'ils échouaient ?
"Mustang devra le tuer de ses propres mains, répondit Breda d'un air lugubre.
- Le tuer ? Sans chercher à...
- Nous sommes dans cette situation parce que nous nous sommes montrés cléments envers Selim Bradley, coupa le soldat. Mustang ne laissera pas cette situation se produire une deuxième fois, même s'il doit lui-même tuer le Fullmetal.
- Et Alphonse ? demanda Colt après un instant de réflexion. Il ne laissera pas son frère être tué si facilement. C'est la seule famille qui lui reste au monde."
Mais son chef d'équipe secoua la tête : "Sa seule famille qu'il n'arrive pas à le regarder dans les yeux. Je ne sais pas si le voir mort plutôt qu'indifférent à la mort de Winry serait préférable ou non, pour lui. Au moins, il pourrait le pleurer, faire son deuil. Là il doit vivre avec une pâle et cruelle imitation de son frère."
Et même pour des yeux extérieurs, des personnes qui ne connaissaient pas le jeune homme, voir Edward se comporter avec si peu d'humanité était difficile. Il y avait ce regard vide de sentiment à soutenir, ces remarques sur la futilité de leurs actions mais pire encore, sur l'inutilité de leurs sentiments. Aucun d'entre eux n'avait manqué de remarquer qu'Alphonse se raidissait à chacune de ces remarques, comme si celles-ci étaient un coup de poing en plein ventre. Devoir supporter cela après avoir connu le Fullmetal devait être une torture constante.
"Alors tu penses qu'il laissera Mustang faire ?
- Au moins il n'aura pas à le faire, lui."
Ce scénario semblait d'autant plus cruel et inhumain. Fuery baissa les yeux sur le plateau du bureau, comme désolé d'avoir évoqué le sujet. Breda resta silencieux un instant avant de finalement se lever et soupirer.
"Au boulot. Nous devons trouver les meilleures conditions pour que Mustang et les frères puissent se battre contre Selim. Qu'au moins nous ayons une chance de faire revenir le Fullmetal à son état normal. J'ai pensé à ce problème de communication."
"Remington, salut Mustang d'un ton calme."
Pour le moment, les frères Elric étaient encore dissimulés dans le passage et Remington ne pouvait pas les distinguer de sa place. Celui-ci se contenta de refermer le dossier sur lequel il travaillait pour se lever. Smith le suivit du bout de son canon.
"Nous vous avons cherché, déclara simplement le soldat.
- Oui, comme une bonne partie du pays, si j'ai bien suivi.
- Vous avez disparu si soudainement cette nuit-là. Nous nous sommes demandé avec Mlle Evans si vous saviez. Si vous saviez et aviez pris la fuite de façon délibérée."
Le discours était inhabituel pour l'homme. Remington était irritant, oui, car il était arrogant, agressif et plein de condescendance. Mais il était également redoutablement efficace parce qu'allergique à toute forme de bavardage inutile. Déblatérer de la sorte ne lui ressemblait pas et il était évident que l'homme cherchait à gagner du temps.
Smith lui jeta un regard pressant : ce n'était pas le moment de le laisser rameuter le reste de la Faction. Si Remington donnait l'alerte, ils se retrouveraient pris au piège et pour le moment, Alphonse pouvait encore agir et prendre l'officier par surprise. Du coin de l'œil, Mustang le vit s'agiter, dans l'attente d'un signe de sa part. Mais l'alchimiste de flamme secoua imperceptiblement la tête : le colonel ne semblait pas dans son état habituel et plus il y réfléchissait plus il était probable que Remington soit sous l'influence de Selim. Et cette influence pouvait être contrée. En tout cas ils ne perdaient rien à essayer, d'autant plus qu'il ne s'agissait pas n'importe quel soldat de l'armée, mais le généralissime par intérim.
Et puis, c'était l'occasion d'en apprendre davantage et peut-être essayer d'estimer l'ampleur de la traîtrise. Depuis quand Remington était-il aux côtés de la Faction ? Depuis le début ?
"Notre objectif premier n'était pas de fuir, répondit-il. Seulement un sujet plus urgent a été porté à notre connaissance."
Une étrange expression troubla le visage du colonel et l'espace d'un instant, Mustang eut l'impression que celui-ci luttait pour parler.
"Selim Bradley."
Ce n'était pas une question, à peine plus qu'une affirmation, articulée avec difficulté dans la bouche de l'officier. Celui-ci affichait une expression qui n'avait rien de naturel et Mustang sentit le doute se transformer au fond de lui : Selim le manipulait. Depuis quand ?
"Depuis quand savez-vous, colonel Remington ?"
Remington l'avait trahi en faveur de la Faction et Selim en avait pris le contrôle par le biais de Hakuro, mais dans quel ordre les événements s'étaient-ils passés ? Remington était-il maître de lui-même lorsqu'il avait décidé de se rapprocher des troupes séditieuses ? S'il était innocent, alors l'officier pouvait encore les aider, de l'intérieur. Freiner l'offensive contre la population civile. Peut-être même brouiller les pistes pour leur donner un moment de répit.
Mais l'officier se contenta de hausser les épaules, cette expression sinistre toujours sur le visage. Insensible à l'arme braquée sur lui, il avança vers le bureau d'Hawkeye. Smith lui lança un regard urgent : c'était maintenant ou jamais.
"Depuis quand savez-vous, colonel ?"
Sans un mot, Remington ouvrit le premier tiroir du bureau pour en ressortir une arme. Mais au lieu de la pointer vers eux, il la dirigea vers le plafond et tira.
Les renforts arrivaient.
A suivre...
Bon, Roy, le moment était peut-être mal choisi pour être aussi optimiste quant à Remington...
En ce qui concerne Mary, j'ai beaucoup de peine pour ce personnage que je fais souffrir jusqu'au bout. Vraiment, je ne lui épargne rien ! Le fils psychopathe, la perte de mémoire et maintenant, les cadavres :) Bref, n'hésitez pas à me faire part de vos hypothèses à son sujet dans une petite review :) J'espère que ce chapitre aura attisé votre curiosité
