Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers :

- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.

- "Ma seule étoile est morte et mon luth constellé porte le soleil noir de ma mélancolie"

Mon petit blabla avant de commencer : Hello, hello, nouveau chapitre avec un peu plus d'action :) Merci à Musing-and-Music pour sa review (Mary n'a certes rien demandé mais elle n'est pas totalement innocente dans l'histoire : si elle avait alerté l'armée...). J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira :)

Précédemment dans La Pièce Vide : Avec l'aide d'Amanda et Bobby, l'équipe Mustang fait le point sur la situation et Colt les oriente sur une nouvelle piste : un ancien de l'armée hébergerait Mary Bradley. La décision d'envoyer Mustang, les frères Elric et Smith au Quartier Général pour récupérer les dossiers confidentiels concernant l'expérience de la création de King Bradley est alors prise. Malheureusement, ils tombent sur Remington qui, sous le contrôle de Selim, alerte le reste des troupes...


Soleil noir

Smith s'élança vers Remington mais le coup était déjà parti. Le colonel esquiva ses mouvements avec une surprenante agilité, pour un officier de bureau, et Mustang dut refréner sa nervosité. Dans son dos, les frères Elric avaient jailli du passage.

"Cette cloison, leur indiqua-t-il. Les cartons dont la référence commence par 65"

Au même moment, les portes du bureau s'ouvrirent avec fracas.

"Monsieur le président !"

Smith battit en retraite et laissa Mustang ériger un mur entre les soldats et eux.

"Combien ?"

La cloison était trop fine pour les retenir suffisamment mais il ne pouvait pas faire mieux, au risque de faire s'effondrer la salle. Déjà, ils entendaient des coups qui ne tarderaient pas à entamer la paroi.

"Six, grommela Smith en renversant le bureau présidentiel."

Mustang l'aida à positionner la table.

"On essaie de ne pas les tuer, rappela-t-il en se mettant en position."

Au troisième coup, la cloison céda. Mustang claqua des doigts et une gerbe de flamme jaillit à travers l'ouverture créée, empêchant les soldats d'avancer.

"Président Mustang, rendez-vous !"

Smith atteignit ce soldat à la cuisse et celui-ci s'effondra avec un cri.

"Pour quelle raison exactement pensent-ils que vous devriez vous rendre ? grommela l'homme."

Mais Mustang ne prit pas la peine de répondre.

"Fini ? cria-t-il aux frères Elric.

- Presque !"

Au cours des années, l'armée avait accumulé un nombre effarant de dossiers confidentiels dont la nature pouvait potentiellement faire basculer le pays dans le chaos. A l'époque, Mustang et Hawkeye n'y avaient pas songé outre mesure et s'étaient contentés de tous les empiler pêle-mêle dans ce recoin obscur. Mais maintenant, les retrouver rapidement relevait d'une autre paire de manche, même avec la vitesse fulgurante d'Edward.

L'arrivée d'une nouvelle escouade ramena l'attention de Mustang sur leurs assaillants. Il fit jaillir un nouveau mur de feu qui fit reculer les soldats de quelques pas, mais quelques balles traversèrent les flammes et les forcèrent Smith et lui à se réfugier derrière le meuble. Smith laissa tomber un chargeur vide et en attrapa un nouveau dans son dos.

"Ils n'ont pas l'air de vouloir venir nous chercher, fit remarquer le soldat en fronçant les sourcils."

Il avait raison : s'ils avaient voulu les capturer, les militaires auraient pu. Après tout, ils n'étaient que deux opposants et l'armée disposait d'équipements ignifugés, de quoi faire face à l'alchimiste de flamme. Alors qu'attendaient-ils ?

Mustang essuya la sueur qui commençait à perler sur son front et claqua à nouveau ses doigts. Tant pis si la Faction tentait de gagner du temps. Eux aussi et le plus important allait être de savoir qui des deux camps atteindrait son but en premier.

"Alphonse ?

- Presque !"

A travers la cacophonie des tirs, Mustang n'entendit pas la nouvelle arrivée. In extremis, il plongea sur le côté, lorsque des tentacules sombres jaillirent et tranchèrent le bureau en deux : Selim était arrivé.

"Smith ? cria Mustang en érigeant un nouveau mur entre la porte et eux."

Le soldat avait esquivé mais ne s'en était pas tiré indemne : une tâche ensanglantée commençait se répandre sur sa chemise. Néanmoins, l'homme secoua la tête et releva un pouce. Rien d'incapacitant. Mustang se précipita vers les fenêtres et leur fit descendre de leurs carreaux. Il les agrégea, les modela en deux blocs compacts et en jeta un dans la direction de Smith : ces fenêtres étaient censées résister aux balles. Allaient-elles résister à Selim Bradley ?

L'alchimiste eut à peine le temps de se remettre en position que le mur artificiel s'effondra dans un grondement et à travers la fumée, il distingua la silhouette de Selim. Il claqua ses doigts sans hésiter. Les tentacules de Selim franchirent sans problème ses flammes mais furent arrêtées par son bouclier improvisé. Celui-ci grinça mais ne céda pas. Mustang s'autorisa un petit sourire.

Il claqua ses doigts une nouvelle fois et l'intensité de ses flammes monta d'un cran.

Jusque-là, il attaquait pour faire reculer les soldats. Ceux-ci n'étaient peut-être pas maîtres de leurs décisions, ils n'avaient peut-être pas connaissance de toute la situation. Toutefois Mustang n'avait pas besoin de se retenir face à Selim et la disparition de fenêtres créait un appel d'air d'autant plus important. A travers les flammes, il voyait la petite silhouette brûler puis se reconstituer. Encore et encore. Et tant qu'il mourrait, l'homonculus ne pouvait pas les attaquer.

Cette résistance aux flammes ne sembla pas perturber les soldats en face d'eux et ceux-ci continuèrent de les mitrailler. Remington, en particulier, semblait déterminé à vider ses chargeurs sur eux. Quelques balles passèrent dangereusement près d'eux mais encore une fois, leurs boucliers improvisés s'avéraient efficaces. Smith ripostait du mieux qu'il pouvait. Cuisses, pieds, bras. Ce n'était pas facile, d'autant plus qu'il ne visait pas pour tuer, mais quelques soldats s'effondrèrent, immédiatement remplacés par des autres.

"Fini !"

Le fracas des tirs et des flammes était tels qu'ils manquèrent de louper le signal d'Alphonse : les frères avaient enfin terminé. Ceux-ci se glissèrent en premier dans le passage. Mustang attendit que Smith fit de même, couvrant tant bien que mal le repli de son coéquipier. Une déflagration particulièrement forte engloutit la silhouette de Selim, mais ils avaient besoin de plus que cela, s'ils voulaient fuir.

L'alchimiste posa sa main une dernière fois au sol et le plafond s'effondra sur leurs adversaires.


Lorsqu'ils arrivèrent chez Amanda, le soleil était bien haut dans le ciel.

Breda tendit un bras que Mustang s'empressa d'attraper pour se hisser à la surface. Il déposa son carton sur le plancher avec un soupir.

"Tout s'est bien passé ? demanda le soldat roux.

- Si on veut. Nous avons croisé Selim et Remington."

Le chemin retour n'avait pas été des plus aisés. Après avoir fait s'effondrer le bureau, l'équipe avait foncé dans le tunnel, sans réfléchir, sans attendre de voir s'ils étaient poursuivis ou non : Selim était au courant et il n'allait pas tarder à se lancer à leurs trousses. Ils avaient couru jusqu'à manquer de trébucher sur la pile de cartons laissés par les frères Elric environ à mi-chemin. Après cela, il avait fallu revenir chez Amanda, chargés, et toujours sans attirer l'attention.

"Personne n'est blessé ? demanda Breda.

- Moi, indiqua Smith. Mais c'est superficiel. Une égratignure."

Toutefois, sa chemise trempée de sang suggérait autre chose.

"Va te soigner, maintenant, ordonna Breda avant de se tourner vers Mustang. Et la voix de Selim ?

- On ne l'a pas entendu avec tout le fracas."

Breda haussa un sourcil.

"Nous nous sommes retrouvés face à Remington, puis à deux escouades venues lui prêter main forte, expliqua Mustang. Avec le bruit de leurs tirs, la voix de Selim était complètement couverte. Nous ne savons même pas s'il a essayé de parler ou de prendre contrôle de nous. Et après cela, je me suis assuré qu'il ne pouvait pas parler.

- Une chance.

- Est-ce que vous avez pu revenir avec tous les dossiers ?" demanda en Colt en attrapant l'un des cartons.

La soldate passa une main sur le couvercle pour le débarrasser de l'épaisse couche de poussière.

"On a pris tous ceux dont le numéro de référence commence par 65, répondit Alphonse.

- Et il n'y en avait pas d'autres ? insista-t-elle."

Mustang aussi s'était posé la question : ils auraient l'air fin à devoir revenir chercher des dossiers manquants. Mais le son de leurs poursuivants sur leurs talons ne leur avait pas laissé le temps de vérifier. Ils s'étaient remis à courir, avant que la Faction ne les rattrape.

"Il y en a six.

- C'est le nombre dont je me souvenais, mais il y aurait pu en avoir plus, répondit Mustang en secouant la tête."

Hawkeye était celle qui prêtait attention aux détails. Celle qui se souvenait des choses importantes.

"Je sais, mais on a rien retrouvé d'autre, affirma Alphonse. On a vérifié les autres cartons aussi.

- Alors en principe, nous avons tous les dossiers, conclut Colt avant de tourner les talons vers la chambre.

- Broche et Ross ? demanda Mustang.

- Toujours pas revenus, indiqua Fuery d'une voix inquiète."

Amanda n'avait pas donné de détails sur la nature du ménage qui était à prévoir dans la planque qu'elle leur destinait, mais aucun d'entre eux n'avait réellement envie de savoir. Ross et Broche l'avaient suivie sans s'y opposer car s'ils souhaitaient disposer d'un abri, ils n'étaient pas en mesure de protester. Et personne n'avait la moindre idée du temps que cette tâche leur prendrait.

"Au moins ils échappent à la corvée des recherches, marmonna Mustang."

Breda hocha la tête avant de suivre Colt dans la chambre exiguë, le reste de l'équipe sur les talons. Mais Roy lui-même esquiva cette tâche, prétextant devoir se rafraîchir dans la salle de bain. Et parce qu'il avait été le généralissime, les soldats n'eurent sans doute pas le cœur de le rappeler à l'ordre. Seule Hawkeye n'avait jamais manqué de le faire.

Après s'être débarrassé de ce mélange de sueur et de poussière qui collait à sa peau, l'alchimiste se dirigea vers la cuisine avec l'idée de manger. S'il ne participait pas à l'effort d'investigations, au moins il pouvait se préparer pour la suite, ce qui impliquait de reprendre des forces. Cependant il grimaça lorsqu'il constata avec un instant de retard, qu'il n'était pas seul dans la pièce : le Fullmetal, assis dans un coin, fixait le vide. Une jambe repliée contre lui et le coude posé dessus, une jambe pliée par terre, il semblait attendre que le temps s'écoule.

La première réaction de Mustang fut de faire demi-tour - il n'avait définitivement pas envie de lui parler - mais la voix de l'homonuculus l'arrêta : "Ne partez pas à cause de moi.

- Qu'est-ce qui te fait croire que c'était le cas ?" répondit Mustang par pur esprit de contradiction.

C'était après tout exactement ce qu'il s'apprêtait à faire et l'homonculus lui jeta un regard moqueur.

"Vous n'êtes pas resté aider le reste de l'équipe avec les recherches.

- Manifestement.

- Pourquoi ?"

Mustang retint la réplique - en quoi est-ce que cela t'intéresse ? - sur le bout de sa langue. Autrefois le Fullmetal n'aurait pas hésité à le traiter de fainéant et de tire-au-flanc, ce qui n'était pas faux dans l'absolu, mais c'était la première fois que l'homonculus lui adressait la parole sans l'insulter, sans traiter avec mépris tout ce qu'il faisait. Et Roy ne pouvait pas s'empêcher de songer que peut-être, sous tout ce verni d'indifférence, Edward Elric était toujours là.

"J'ai déjà lu tous ces dossiers, expliqua lentement Mustang. Je sais déjà ce qu'ils contiennent. Comptes rendus d'expérimentation, d'autopsies parfois, mais aussi synthèses du renseignement, décisions tactiques qui ont conduit à massacrer la population locale. Rien que je n'ai envie de lire à nouveau.

- Alors vous laissez le sale boulot aux autres.

- Oui."

Mustang fouilla dans les placards jusqu'à trouver des barres de céréales, observant discrètement l'homonculus du coin de l'œil. Ils n'avaient jamais reparlé de cet uppercut qu'il lui avait donné et le Fullmetal s'était conduit comme si rien ne s'était produit. Après tout, ce n'était pas la première fois que l'alchimiste de flamme posait les mains sur le jeune homme, mais celui-ci lui avait toujours rendu coup pour coup. Et rarement avait-il autant cherché à pousser Mustang à bout.

"Tu fais exprès de te comporter de cette manière, déclara-t-il calmement.

- De quelle manière ?

- Comme si rien ne t'atteignait, comme si tu méprisais tout ce que nous faisons.

- C'est le cas, rétorqua l'homonculus.

- Peut-être, mais tu fais exprès de nous le montrer. Chaque occasion que tu peux trouver, tu mets un point d'honneur à nous montrer que tu t'en fiches."

L'homonculus se releva sans un mot et haussa les épaules : "Je ne vois pas ce qui vous fait dire ça.

- Si tu trouvais nos actions aussi vaines, pourquoi mettre autant d'ardeur à nous le signifier ?"

Le Fullmetal s'appuya contre le chambranle de la porte de derrière et resta silencieux un instant, les yeux dans le vide. Pour la première fois, les paroles de Mustang semblaient avoir eu un effet sur lui. Le soldat ne savait pas encore lequel et s'efforçait d'attendre patiemment, avalant sa barre de céréale pour se donner contenance.

"Que ressentez-vous pour le major Hawkeye ? Pour sa mort ? demanda soudain l'homonculus."

Si la brûlure dans sa poitrine était familière, la question, en revanche, prit Mustang par surprise.

"Si c'est encore de la provocation, prévint-il d'une voix sèche, elle n'est pas la bienvenue.

- Oh, vous avez été parfaitement clair sur ce point. Percutant, railla Edward. Mais la question est sérieuse : comment vous sentez-vous, suite à sa mort ?"

L'homonculus faisait des efforts dans sa direction, Mustang se devait d'y répondre. Pour la personne qu'il avait été. Peu importe que le sujet le touche en plein cœur, peu importe qu'aucune blessure ne puisse lui faire davantage de mal.

"Dévasté. Je pourrais m'écrouler ici, sur place, et être incapable de me relever, si je m'autorisais à penser à elle plus de deux secondes d'affilée."

Sa voix était contrôlée, ses phrases sèches, mais Mustang lui livrait là, la vérité.

"Vous n'avez pas envie de vous venger ? Vous étiez fou de rage pour Maes Hughes. Prêt à torturer et tuer jusqu'à trouver son meurtrier.

- J'aurais aimé."

Roy reposa sa barre de céréale, à moitié entamée. Il savait que sa voix s'était fêlée, était devenue un peu plus rauque, un peu plus basse. En parler lui donner l'impression d'appuyer sur une plaie encore ouverte, mais que pouvait-il faire d'autre ? Et au moins, le Fullmetal n'affichait pas cet air de pitié qu'il lisait sur le visage d'Amanda.

"J'étais tellement furieux après la mort de Maes, tellement révolté. J'ai cherché son meurtrier pendant des mois et cette rage m'a permis de ne pas penser au fait que Maes avait disparu. Mais je ne ressens rien cette fois-ci. J'aurais préféré parce que ce serait sûrement plus facilement de me lever, de chercher un moyen de combattre Selim et d'être obsédé par ce combat. Ça me permettrait au moins d'oublier cette sensation de vide. Ce creux qui me dévore. J'ai l'impression qu'il y a un puits sans fond en moi qui s'étend. Chaque minute, chaque seconde. Et si je ne fais pas attention, il suffirait d'une seconde pour tomber dedans et ne plus jamais pouvoir me relever."

Les larmes étaient revenues, perlant au coin de ses yeux, et Mustang les essuya rapidement. Par chance le Fullmetal fixait toujours l'extérieur d'un air lointain, imperméable à ce qu'il venait de lui dire.

"Pourquoi est-ce que tu me demandes tout ça, Edward ?"

L'homonculus répondit si bas que Mustang faillit ne pas saisir ses mots.

"Parce que je ne ressens rien, pour Winry."

Cela ne pouvait pas être la totalité de la réponse. Pas après ce que lui-même venait de lui confier. Alors Mustang attendit patiemment, les mains crispées sur le plan de travail.

"Je sais que je l'aimais. Que nous nous connaissions depuis toujours et que nous devions nous marier. Mais je ne ressens rien à l'idée de sa mort. Et je ne ressens rien de façon général, sinon un ennui profond.

- Une des conséquences de la pierre. Mais Edward Elric est toujours présent et une fois qu'on t'aura enlevé la pierre...

- Cela ne fonctionne pas comme ça, coupa brusquement l'homonculus. Vous faites référence au témoignage de Ling Yao ? Lorsqu'il racontait qu'il était toujours conscient des événements mais incapable de reprendre le contrôle ? Qu'il pouvait parler à cette nouvelle conscience en lui ?"

Mustang hocha la tête.

"Ce n'est pas le cas ici. Il n'y a pas d'Edward Elric en train de crier dans ma tête. Pas de conscience autre que la mienne. Je suis seul dans ce corps.

- Nous n'avons qu'un seul cas connu. Les choses peuvent être différentes."

Mais l'homonculus secoua la tête : "J'ai repris conscience un long moment avant Alphonse, dans le local technique où nous avons émergé. Et je l'ai regardé longtemps se vider de son sang. Ses blessures étaient terribles et le côté droit de son torse ressemblait à une bouillie immonde. C'est mon frère et au lieu de me m'inquiéter, de chercher à l'aide, je me suis contenté de le regarder mourir.

- Mais Alphonse n'est pas mort. La pierre...

- ça aurait peut-être été mieux pour lui.

- Pardon ?"

Même avec la pierre, même en sachant que l'homonculus ne raisonnait plus du tout de la même façon, cette phrase était difficile à avaler. Mustang les avait vu lutter pendant deux ans pour essayer de retrouver leurs corps. Il avait vu Edward se lancer dans une course folle, se montrer totalement déraisonnable et inconscient, se précipiter au-devant du danger pour son frère. Il avait sacrifié son bras droit pour lui, pour l'amour de dieu. Le lien qui unissait les deux frères était censé être indestructible.

Le Fullmetal lui adressa un sourire cynique : "Je vous l'ai dit : je ne ressens rien. Et parce que je suis son frère, Alphonse ne peut pas m'abandonner ou s'empêcher d'espérer. Et vous savez que Selim fera tout pour ne pas reprendre cette pierre.

- C'est possible. Mais nous ne comptons pas lui laisser le choix", répondit Mustang.

Mais même à ses oreilles, sa voix manquait cruellement d'assurance.

"Et quand bien même il refuserait, Alphonse et moi sommes en mesure d'épuiser ta pierre."

L'homonculus leva un sourcil dubitatif.

"Vous comptez sur le fait qu'Alphonse devrait me tuer encore et encore pour me faire revenir à mon état "normal" ? Vous avez le cœur bien froid, colonel.

- Je le ferai si Alphonse ne peut pas le faire, rétorqua Mustang."

Et c'était vrai. S'il pouvait sauver le Fullmetal de cette manière, alors il le lui devait bien. Mais l'homonculus secoua la tête.

"C'est inutile. Je vous l'ai déjà dit : Edward Elric n'existe plus. Sa conscience n'est plus là.

- Tu n'entends plus sa conscience. Ce n'est pas la même chose.

- Et vous êtes prêts à tenter votre chance uniquement à cause du cas de Ling Yao ? Vous ne savez pas quelles peuvent être les interactions entre la pierre et l'esprit. Dans quelle mesure ils ont pu fusionner. Et vous ne risquerez pas un nouveau Selim."

Cette fois, Mustang resta silencieux, parce que l'homonculus avait touché juste. Il avait beau être déterminé à tout faire pour sauver le Fullmetal, le doute avait fait plus qu'effleurer son esprit : Ling Yao avait beau réussi à revenir à son état normal, ils n'avaient aucune garantie que la même chose se produise une nouvelle fois.

"Je ne suis pas complètement stupide et je sais à quoi vous pensez. Vous ne pouvez pas autoriser un deuxième homonculus à se promener dehors en liberté. Pas après ce qui s'est passé avec Selim. Vous avez beau dire que vous ferez tout en votre pouvoir pour sauver Edward Elric, quitte à le tuer vous-même jusqu'à ce que cette pierre s'épuise, vous n'avez aucune assurance qu'en fin de compte, vous retrouverez votre précieux petit alchimiste. Au moindre doute, vous serez obligé de mettre fin à cette vie, peu importe la conscience qui habite ce corps. Et ce jour-là, il vaudra mieux pour Alphonse qu'il ne soit pas trop attaché à moi, conclut froidement l'homonculus. S'il me déteste ou ne veut plus rien à faire avec moi, ce sera peut-être plus simple pour lui."


Mustang lui avait échappé. Encore une fois.

L'homonculus fulminait.

Sa fuite sur la place de l'horloge pouvait s'expliquer : le lieu était immense et bondé et l'armée était venue se mêler à l'affaire. Qu'il leur file entre les doigts dans les égouts, encore admissible. Mais qu'il leur échappe au sein même du Quartier Général était inexcusable. La partie aurait dû se terminer au moment même où Selim était arrivé sur les lieux et la seule raison pour laquelle il n'avait pas pu soumettre Mustang et ses hommes à sa volonté était Remington.

Selim serra les poings de rage, face à l'officier, mais il savait qu'il ne pouvait rien changer aux faits. Le colonel était tout simplement trop résistant. Ou peut-être qu'à force de s'échapper de son emprise, il avait construit une immunité naturelle. Et l'ordre donné - tout faire pour capturer Mustang - était beaucoup trop faible, beaucoup trop sujet à interprétation. Remington n'avait fait qu'en profiter. Le soldat ne pouvait pas désobéir à la directive - capturer Mustang - mais par son excès de zèle, il s'était débrouillé pour faire obstacle à Selim. En tirant à tout va, il avait créé un boucan qui avait masqué toute tentative de l'homonculus. Et ensuite, l'alchimiste de feu avait pu prendre les choses en main.

"La prochaine fois que tu rencontreras Mustang, siffla Selim, tu me préviendras et ensuite tu partiras."

Le soldat hocha la tête, l'air absent et l'homonculus put à nouveau sentir sa résistance. La fuite de Mustang, la révélation concernant Bradley avaient fait trop de dégâts sur l'homme et la consigne restait encore une fois trop floue et trop vague. Mais Selim n'y pouvait rien, constata-t-il avec amertume. Et bien que tentant, s'en prendre à l'homme n'y changerait rien. Il avait encore besoin de celui-ci, surtout s'il restait à la tête du pays.

Non, la seule chose qu'il pouvait encore faire était de mettre la main sur les complices de Mustang. Ceux qui l'avaient aidé par trois fois à lui échapper. Père et eux avaient sous-estimé une fois la portée du réseau de Mustang dans la ville. Il ne commettrait pas cette erreur une seconde fois, même si cela impliquait de raser la moitié de la ville.


A son retour, Amanda les fit déménager au pas de course : la pègre avait libéré une maison à leur usage et leurs habitants n'en auraient plus besoin. L'air fermé de Ross et Broche tendait à indiquer qu'Amanda n'avait pas joué qu'un rôle mineur dans leur disparition mais Breda et Mustang ne se risquèrent pas à poser la question. Après tout, ce n'était pas comme s'ils avaient réellement le choix. A la place, ils firent signe aux soldats de lever le camp et en un tour de main, ils étaient dans la maison des McCarthy, une odeur poignante de javel les prenant à la gorge.

Amanda avait été prévenante : cartons de vivres, quelques affaires qui leur permettrait de se débarrasser de cette odeur d'égouts. Elle leur laissa même deux véhicules sombres qui pourraient très bien se fondre dans la masse et l'attira à l'écart tandis que les soldats se dispersaient dans les différentes pièces, occupés à inspecter les lieux, organiser les vivres et les recherches.

"Comment est-ce que tu te sens ?"

Ils n'avaient fait que se croiser ces derniers jours, parler boutique pour ne pas avoir à parler d'eux. Quelque part il était inévitable que sa sœur veuille discuter avec lui mais Roy aurait préféré qu'elle s'abstienne. Pas déjà. Pas deux fois dans la même journée. C'était titiller bien plus qu'il n'était prêt à le faire, le monstre de douleur en lui.

"Comme ça pourrait aller. Comment va Bobby ?

- Ne cherche pas à détourner la conversation, rétorqua Amanda avec un sourire triste. Je sais que tu l'aimais. Si cela peut se réconforter, sache que nous avons retrouvé les coupables."

Mustang serra la mâchoire, trop conscient de ce qui allait suivre : "Tu n'avais pas à faire ça.

- Si, je le devais. Les coupables étaient des nôtres.

- Des vôtres, répéta-t-il sans comprendre.

- Tu avais raison, lorsque tu as dit que mes hommes étaient infiltrés. Depuis le début, nous soutenons cette rébellion. Et ce jour-là, sur la place, une partie des hommes était des miens."

Il ne voulait pas se souvenir, ne pas se rappeler de ce qui s'était passé mais les mots d'Amanda l'y ramenaient malgré lui.

"Qu'as-tu fait ?"

ll n'avait prêté aucune espèce d'attention aux visages sur places, trop obnubilé par le bûcher gigantesque et la frêle silhouette de Riza au centre. Il ne savait pas qui avait participé mais ces hommes...

"Ils étaient innocents, murmura-t-il. Sous l'emprise de Selim. Ils n'avaient pas le choix que d'obéir.

- Certains ont résisté, opposa Amanda. Et je devais arrêter cette infiltration dans mon réseau.

- Tu n'as aucune assurance de l'avoir arrêté. Et ces hommes... tu n'aurais pas dû.

- Ne me fais pas croire que ce n'est pas ce que tu voulais, Roy. Ils sont responsables de la mort de cette femme, de cette mort atroce. Ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient et je n'ai fait que ce que tu rêvais de faire."

Roy secoua la tête. Il n'avait jamais pensé à ces hommes. Pas une seconde. Le seul coupable avait toujours été Selim et Mustang n'arrivait plus à intégrer ce qu'elle lui disait. Elle avait financé cette rébellion depuis le début. Et elle venait d'exécuter froidement des hommes. Amanda était sa sœur et peut-être qu'à cause de cela, il avait oublié que la pègre ne restait que la pègre. Qu'à frayer avec le crime organisé, il finirait forcément par se salir les mains.

Roy ne pouvait pas la regarder, affronter son regard. Hawkeye avait détesté l'idée de s'allier à sa sœur. Il y avait une raison, même s'il ne pouvait l'admettre à voix haute. Mais avant qu'aucun des deux ne puisse répondre, Breda toqua à la porte.

"On a du nouveau.

- Vous avez trouvé quelque chose ? demanda Mustang."

L'arrivée de Breda tombait à pic et il le suivit jusque dans le séjour, sans accorder un seul regard à Amanda.

"Trois personnes qui pourraient avoir aidé Selim."

Colt avait de nouveau organisé les dossiers en piles, répartis sur la table à manger autour de laquelle le reste de l'équipe s'était installée.

"Qui ?

- Des scientifiques proches du siècle d'âge, répondit la soldate en lui tendant trois portes documents. Avec un peu de chance, l'un d'entre eux est encore en vie."

Mustang baissa les yeux sur les photos en noir et blanc.

Ces hommes avaient travaillé des années sur l'éducation du Führer avant d'inoculer la pierre à Bradley, avant de quitter les rangs aux âges très respectables de soixante-dix-sept, soixante-dix-huit et quatre-vingt-six ans, quelque part entre les années quatre-vingt-dix et 1910. Leurs dossiers du personnel n'indiquaient pas la cause de la mort mais en cas de mort naturelle, celle-ci était rarement indiquée.

"Sommes-nous certains que ce sont les seuls candidats potentiels ?

- Tous les autres sont morts, acquiesça Breda. Nous avons vérifié leurs dossiers et nous y avons bien trouvé les procès-verbaux indiquant les circonstances du décès. Incident, pour la plupart."

Assassinat, en d'autres termes.

"Ces trois-là sont presque centenaires, fit remarquer Colt. Pas étonnant que vous ayez supposé qu'ils étaient morts.

- Il faudrait vérifier s'ils sont toujours en vie, suggéra Mustang. Est-ce qu'on a leurs dernières adresses ?

- Uniquement celle renseignée dans leur dossier.

- Alors nous n'avons plus qu'à espérer qu'ils n'ont pas non plus déménagé."

Mais cette éventualité semblait peu probable : d'après leurs dossiers, ces hommes étaient issus de la vieille aristocratie militaire. Les adresses renseignées renvoyaient à des quartiers huppés du district Est. Avec les troubles qui avaient secoué la capitale récemment, il n'était pas impossible qu'ils aient quitté ces appartements.

"Alors que faisons-nous maintenant ? demanda Smith. Une visite à chacun d'entre eux en espérant trouver le bon rapidement ?"

Même en temps normal, Mustang se serait montré réticent et cette fois d'autant plus : la chance ne durait pas éternellement. Ils avaient échappé à Selim trois fois. Sur la place de l'horloge, dans les égouts, lorsqu'il avait fallu se rendre chez Amanda et le jour-même au Quartier Général. Plus ils se confrontaient à l'homonculus, plus celui-ci s'impatientaient et moins ils avaient de probabilités d'en ressortir indemnes. Trois destinations différentes soit dans le pire des cas, trois voyages infructueux. Ils ne pouvaient pas se permettre d'être aussi imprudents.

"Le département juridique pourrait nous dire si ces hommes sont décédés ou ont déménagés.

- Vous voulez retourner au QG ?" répéta Breda d'un ton dubitatif.

Mais Mustang secoua la tête : "Pas besoin. Nous avons une personne à l'intérieur : Schiezka."


Le bureau présidentiel avait explosé. Un problème lié à une conduite de gaz avait manqué de les ensevelir vivants, lui ainsi que deux escouades de soldats.

"Est-ce que vous allez bien ? demanda Evans."

La jeune femme avait accouru à l'infirmerie sitôt la nouvelle propagée au sein du Quartier Général et par-dessus l'épaule de l'infirmier occupé à lui suturer l'arcade sourcilière, Remington pouvait voir son visage pâle et son expression alarmée. Il secoua la tête, arrachant une grimace ennuyée au soignant.

"Restez immobile, s'il-vous-plaît, monsieur le président."

Par une chance incroyable, aucun d'entre eux n'avait sérieusement été blessé, du moins, pas en raison de l'effondrement et le soldat n'arrivait pas à comprendre. Le plafond au-dessus du bureau s'était effondré sur la pièce et la moitié de la surface était couverte de débris de plâtre et de béton. En tombant, Remington s'était ouvert l'arcade sourcilière et si le saignement avait été impressionnant, cette blessure était totalement bénigne. Une chance immense que le plafond ait cédé devant eux et non pas directement au-dessus de leurs têtes.

"Que s'est-il passé ?

- Une conduite de gaz, apparemment.

- Une conduite de gaz passait au-dessus du bureau du généralissime ? demanda Evans avec incrédulité."

Cela n'avait aucun sens et il le savait. Aucun tuyau ne pouvait passez au-dessous ou en-dessous du bureau présidentiel pour des raisons évidentes de sécurité. Et quand bien même. Cela n'expliquait pas les impacts et la suie dans les murs, les soldats blessés par balle. Comment une explosion de gaz aurait-elle pu faire ce genre de blessures ?

"C'est la deuxième fois que le bureau où vous vous trouvez est détruit, fit remarquer Evans. D'abord le votre puis celui de Mustang. Étrange coïncidence, vous ne trouvez pas ?"

Possible, mais Remington avait l'esprit trop embrumé pour essayer de comprendre. Son esprit ne cessait de revenir en boucle sur cet incident. Il se trouvait dans la pièce au moment des faits, il se souvenait de l'effondrement, de s'être jeté à terre, les bras couvrant sa tête mais que s'était-il passé avant cela ?

L'infirmier coupa le fil chirurgical d'un geste brusque.

"C'est fini pour le moment. Nous vous recommandons toutefois de garder la zone sèche et d'éviter tout effort les prochaines vingt-quatre heures. A part ça, vous pouvez partir."

Remington acquiesça sans un mot et sauta à bas du lit.

"Que s'est-il réellement passé, colonel ? chuchota Evans, sitôt l'infirmier hors de portée.

- Je ne sais pas, admit le soldat d'un ton fatigué."

Il enfila sa veste et grimaça en étirant ses muscles raidis. La jeune femme semblait avoir repris son comportement habituel, à la limite du harcèlement.

"J'ai parlé à Northrop, vu des soldats blessés. Tout ceci ne fait aucun sens.

- Je sais bien.

- Pourquoi deux escouades étaient-elles présentes dans le bureau avec vous ? insista l'ancienne journaliste.

- J'imagine que je les avais appelées, grommela Remington en se frottant le front de sa main.

- Pour quelle raison ?

- Je ne sais pas si vous êtes au courant mais un plafond m'est tombé dessus, rétorqua-t-il agacé. Pardonnez-moi si je ne me souviens pas parfaitement de tout.

- Un effondrement qui n'a, par miracle, fait aucun mort, aucun blessé grave.

- Que voulez-vous que je vous dise ? soupira finalement Remington."

Il était épuisé, la tête lui tournait et le martèlement à ses tempes annonçait très probablement une migraine. Evans grimaça de compassion avant de simplement secouer la tête.

"Je n'ai simplement pas l'impression qu'il s'agisse d'une coïncidence. D'abord votre bureau, puis celui de Mustang ? En moins de deux jours ? Des explosions de gaz à chaque fois ? Vous ne me le cacheriez pas, si quelqu'un en voulait à votre vie ? demanda la jeune femme, à moitié sérieuse."

Remington voulut répliquer. Bien sûr que non, personne n'en voulait à sa vie. Les probabilités étaient faibles mais deux explosions de gaz... Mais comment avait été détruit son bureau ? ce n'était pas dans une explosion.

Le soldat se figea un instant, sous le regard interrogateur de l'ancienne journaliste. Il avait oublié quelque chose d'important, une information terriblement cruciale dont la vie de certains pouvait dépendre. Mais il ne se souvenait plus. Et quelque part en lui, Remington savait que ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait.


La jeune femme manqua de lâcher le combiné, ou peut-être l'avait-elle réellement fait, car Mustang entendit un bruit sourd suivi d'un juron.

"Monsieur le président ?"

La stupéfaction perçait dans sa voix qui tremblait légèrement.

"C'est moi."

Par chance, ces derniers jours avaient créé un chaos tel que la jeune femme était chez elle tôt en cette fin d'après-midi, à supposer qu'elle ait même été travailler aux Archives. Mustang et Breda avaient attendu dans leur nouvelle planque comme des lions en cage avant de s'éclipser et se faufiler dans une cabine téléphonique à distance respectable. Et maintenant l'alchimiste devait faire vite pendant que son subordonné faisait le guet.

"Tout le monde vous cherche, monsieur... Oh, le colonel Hawkeye, je suis tellement désolée."

Mustang pouvait aisément voir la jeune femme se troubler et retenir avec efforts ces larmes.

"Ce qui lui est arrivé est tellement horrible.

- Je sais, répondit Mustang d'une voix calme. Mais je ne peux pas rester très longtemps avec vous. On ne sait jamais si ces lignes sont sûres. J'ai besoin d'un service de votre part, Schiezka.

- Lequel ?"

Pas un doute, pas une hésitation. Roy ne pouvait espérer que cette confiance qu'elle lui accordait était sincère et non pas le produit d'un ordre de Selim.

"Cet ordre est confidentiel, vous ne devez en parler à personne, qu'il s'agisse de votre officier supérieur ou non. Même Remington...

- Vous êtes mon supérieur, monsieur, coupa Schiezka d'une voix timide.

- Pas depuis que j'ai déserté, répondit Mustang avec un sourire. J'ai besoin que vous me trouviez les dernières informations liées à trois noms. Dernière adresse connue, certificat de décès si les personnes ne sont plus en vie. Est-ce que c'est possible pour vous ?

- Quels sont les noms ?"

Mustang les lui dicta dès que la jeune femme lui en donna le feu vert.

"Quand avez-vous besoin du résultat ?

- Quand pensez-vous pouvoir me les donner ?

- Demain, répondit la jeune femme d'une voix sûre. Demain, même heure.

- Alors je vous rappelle demain à la même heure. Je ne peux pas vous donner un mode de contact.

- Non, j'imagine que vous vous cachez..."

La jeune femme était brillante. Et elle commençait sans doute à avoir l'habitude.

"Schiezka, je vous répète que personne ne peut être au courant, insista-t-il néanmoins. Et si quelqu'un s'intéresse à vous, vous ne m'avez jamais connu, jamais parlé directement, vous n'étiez que la protégée du général de brigade Hughes. Est-ce que vous m'avez compris ?

- Oui, je..."

La jeune femme retint sa respiration un instant, choisissant ses mots avec soin.

"Est-ce qu'ils sont de retour ?

- Je ne peux pas vous le dire."

Pour sa propre sécurité, Schiezka ne pouvait rien changer à son comportement habituel. Le service qu'elle s'apprêtait à lui rendre était suffisamment risqué, elle ne pouvait pas de surcroît apparaître sur ses gardes. Et s'il se débrouillait correctement, la jeune femme n'aurait jamais à s'en soucier.

"Est-ce que vous comptez venger le colonel Hawkeye ?"

Sa respiration se bloqua un instant avant que Mustang ne puisse répondre.

"Elle ne méritait pas ça. Personne ne méritait ça..."

Sa voix se brisa avant qu'elle ne puisse terminer sa phrase.

"Non, répondit doucement Mustang.

- Que s'est-il passé, généralissime ?

- Je ne peux pas vous le dire.

- Est-ce que vous allez la venger ? Vous devez la venger."

Jusqu'alors, Mustang n'avait jamais réalisé que Schiezka appréciait réellement Hawkeye. Après tout, elles n'avaient pas eu beaucoup d'interactions, elles n'avaient même jamais travaillé ensemble. Et la solidarité féminine, même au sein de l'armée, n'expliquait pas tout. Néanmoins à travers ses larmes, Mustang percevait également la colère et l'indignation dans la voix de l'archiviste. Et cette fois, rien qu'une fois, il aurait voulu ressentir la même colère, la même haine le dévorer, à la place de puits sans fin de tristesse. Mais il n'y avait rien.

"Je sais, répondit-il simplement."

A suivre...


Enfin un petit aperçu de ce qui se passe dans la tête d'Edward ! Est-il finalement si méchant que cela ? Mon cœur est partagé... Et bien sûr, ces révélations se font au détriment de Roy (vous croyiez réellement que j'allais arrêter de taper sur ses blessures ?)

Bref, n'hésitez pas à me laisser une petite review pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre :)