Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.
- "Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie"
Mon petit blabla avant de commencer : Et nous revoilà pour un nouveau chapitre ! Celui-ci est un peu plus long, à force de réécritures, et j'espère que vous l'aimerez (promis, il ne sera pas aussi difficile que les précédents). Merci à Musing-and-Musing pour sa review et tous ceux qui continuent de lire silencieusement :)
Précédemment dans La Pièce Vide : Mustang, Smith et les frères Elric font face à Selim et parviennent à s'en tirer sans trop de dégâts cette fois. Ils retournent à la planque fournie par Amanda, pour finalement découvrir que trois des scientifiques ayant participé aux expérimentations sur King Bradley sont toujours en vie. Mustang demande à Schiezka d'enquête pour lui et celle-ci lui demande de venger Hawkeye. Dans le même temps, le Fullmetal tente de convaincre l'alchimiste de flamme qu'Edward Elric a disparu et que Roy n'aura d'autre choix que de mettre fin à sa vie, peu importe l'issue due combat avec Selim...
Toi qui m'as consolé
La situation ne s'était pas arrangée, loin de là. Les combats se poursuivaient, sans répit ni pitié, et le nombre de morts et de blessés de chaque côté ne cessait de grandir. Du moins, Remington le supposait car du côté militaire, c'était le cas. Le président par intérim écouta d'un air sombre Braun terminer son compte-rendu impitoyable : des voitures incendiées, les pavés utilisés comme projectiles et un arsenal plus fourni que l'armée n'aurait pu imaginer.
"La pègre finance ce conflit, pointa Braun d'un air accusateur.
- A l'évidence.
- Nous ne parviendrons jamais à pacifier ces quartiers si nous continuons de la sorte. Il est temps de sortir l'ensemble des moyens dont l'armée dispose."
Remington savait très bien ce qu'évoquait Braun : l'artillerie lourde, les canons, les véhicules blindés n'avaient pas encore été déployés et face aux pertes qui commençaient à s'accumuler, sa décision de ne pas y recourir devenait de plus en plus incompréhensible. Sans compter l'arsenal ultime... mais personne n'était encore prêt à l'évoquer.
Le reste de la salle semblait être suspendue à ses lèvres, dans l'attente de sa décision. Une partie de lui-même savait qu'il s'agissait d'une mauvaise idée : si Remington laissait l'armée faire étalage de sa puissance, alors cela reviendrait à raser ces quartiers. Mais une voix lui chuchotait également : s'il n'arrivait pas à mettre la main sur les coupables, autant écraser toute opposition. Il ne pouvait pas perdre son temps à courir après un fantôme.
Ces pensées lui semblaient bizarrement étrangères à son esprit. Mais qui d'autre que lui aurait pu y songer ? Alors sans prêter davantage attention à cette sensation d'irréalité, Remington donna son accord. Les barricades du district Nord devaient être détruites, même si cela impliquer de raser ces zones.
Les officiers plièrent rapidement bagage après cette décision. Seule Vernet s'attarda, sous prétexte de ramasser le contenu du classeur, maladroitement renversé sous sa table. Remington attrapa quelques feuilles et les lui tendit.
"Des nouvelles ? souffla le général.
- Non, aucune."
Pas besoin de préciser celui dont il était question. Le nom de Mustang restait encore sur toutes les lèvres. Hostiles ou alliées.
"Croyez-vous que cette décision était bien sage ? Celle de raser le district Nord ?
- Nous n'avons guère le choix, répondit Remington d'un ton amer."
Quelle que soit sa décision, il devrait faire face aux personnes de l'avis contraire et si Braun et Walden se montraient suffisamment condescendants pour être irritants, la bienveillance de Vernet n'en était pas moins insupportable. A croire que Remington ne se souciait jamais des vies qui subissaient les conséquences de ses décisions.
La soldate se releva et haussa les épaules : "C'est juste qu'à sa place, je me serais précisément réfugiée à cet endroit. L'ennemi de mon ennemi est mon ami.
- Vous pensez qu'il se trouve...
- Pas vous ? demanda-t-elle surprise. Il n'a pas pu disparaître de Centrale sans avoir d'alliés. Surtout pas avec la moitié de la ville à sa recherche."
Remington secoua la tête : "Les émeutiers étaient impliqués dans le meurtre du colonel Hawkeye.
- Tous ? Ou juste une partie ? Il n'en est pas moins que les quartiers auxquels l'armée n'a pas accès restent les plus sécurisés pour lui."
L'idée faisait sens mais Remington ne pouvait pas y croire : les protestataires étaient impliqués dans le meurtre du colonel Hawkeye. Jamais Mustang ne se serait tourné vers eux. Malgré tout, la possibilité de porter préjudice à l'alchimiste était suffisante pour le mettre mal à l'aise. Heureusement pour lui, Vernet décida de changer de sujet.
"Qu'en est-il de votre piste ?
- Ma piste ?
- J'ai vu le sous-lieutenant Reynes discuter avec vous, précisa Vernet. Avez-vous pu suivre la piste indiquée ?"
Remington fronça les sourcils. Cette partie-là en revanche nécessitait davantage d'explications. Et cerise sur le gâteau, ses points de suture commençaient à tirer.
"De quoi parlez-vous ?
- Reynes est venu vous voir après notre réunion... confidentielle, développa la générale d'un air hésitant. Je vous ai vu discuter. J'imagine qu'il a également dû vous faire part de sa piste.
- Concernant ?"
Vernet haussa un sourcil : "Les docteurs Marcoh et Knox."
Un vertige saisit Remington qui attrapa le dossier d'un siège pour se stabiliser et Vernet lui lança un regard inquiet. Il n'avait jamais parlé avec le sous-lieutenant Reynes et encore moins de ces personnes-là. Elle avait dû confondre. Mais la soldate secoua lentement la tête, inquiète de l'entendre tenir ce genre de propos.
"Peut-être que votre blessure à la tête..."
Des chocs à la tête auraient pu modifier sa mémoire. Toutefois Remington avait l'impression qu'il ne s'agissait pas de la première fois que cela lui arrivait. Une désagréable sensation de déjà-vu et de malaise commençait à se diffuser dans son corps. Il avait déjà était dans cette situation auparavant.
"Je vois trois points critiques dans votre plan, commenta Amanda."
Ils étaient tous réunis pour une nouvelle réunion stratégique. Mustang et Breda, face aux deux comparses. Le reste des soldats installé autour d'eux. Le séjour des McCarthy semblait avoir rétréci d'un coup, mais personne n'y prêtait attention, tous concentrés sur le plan que Breda venait de présenter : attirer Selim dans la planque du district Sud, en utilisant Mary Bradley comme appât, et l'y affronter, moyennant quelques ajustements apportés au terrain. Ce lieu constituait l'arène parfaite pour le combattre : éloignée de toute habitation, dotée d'une vue claire et dégagée sur les alentours et connue de l'homonculus. Et face à un adversaire de sa puissance, ils ne pouvaient pas planifier davantage que cela, au risque de se retrouver bloqués dans des détails lorsque Selim arriverait. Néanmoins, tout plan avait ses faiblesses.
"Premièrement, le ravitaillement, énuméra la jeune femme. Vous avez quoi ? deux fusils ? trois armes de poing ? Suffisant pour se faufiler dans Centrale mais ridicule si vous prévoyez un affrontement frontal. Sans compter la nourriture. Mais j'imagine que nous sommes là pour cela ?"
Mustang hocha la tête. Il aurait préféré laisser la pègre loin de tout cela pour plusieurs raisons. Moins il y aurait de personnes au courant de leur plans, moins il y aurait de risques de fuite. Sans compter les récentes révélations de sa sœur sur des pratiques que Roy était loin d'approuver. Mais il devait être réaliste : sans les ressources logistiques d'Amanda, ils ne seraient pas en capacité de durer très longtemps et qui sait combien de temps Selim allait mettre avant de venir les trouver. Qu'il vienne alors que tous les militaires soient affaiblis par la faim serait le pire des scénarios.
"Nous pouvons assurer le transport des marchandises depuis Centrale. D'ailleurs c'est préférable pour éviter que trop de monde ne soit au courant de ce plan. Mais nous avons besoin de vous pour nous approvisionner.
- De quoi parlons-nous ? demanda Bobby. Fusils ? Grenades ? Explosifs ?
- D'un peu de tout. Et des vivres également. Nous vous avons fait une liste de suggestions, indiqua Breda d'une voix sombre, tout en faisant glisser une feuille de papier sur la table."
Le malfrat s'en saisit et fronça les sourcils.
"La plupart peut être rassemblé rapidement, estima-t-il. De toute façon, j'imagine qu'il vous faudra une première livraison le jour-même. Et puis un ravitaillement plus tard."
Aucun des soldats n'était particulièrement heureux d'avoir recours à la pègre, surtout pas pour un trafic d'armes contre lequel l'armée s'était efforcée de lutter. Mais ils n'avaient pas le choix. Mustang hocha la tête, sans tenir compte de l'air légèrement narquois de Bobby, signe que celui-ci se rétablissait.
"Deuxième point critique, poursuivit Amanda, le délai de réalisation. Vous ne pouvez pas réellement vous résoudre à attendre que Selim daigne se rendre compte de la disparition de sa mère et vienne la chercher.
- Non, plus le temps passe et plus Selim devient puissant, confirma Breda. Il va accroître son influence sur l'état-major jusqu'à avoir la totalité des forces armées sous son pouvoir et à ce moment-là, il sera trop tard pour le combattre. Nous devons le faire venir à nous et pour cela, nous avons besoin...
- De notre aide, encore une fois."
Mustang hocha la tête et fit glisser un pli vers sa sœur.
"Nous avons besoin de temps pour parfaire notre plan, nous reposer et guérir. Nous avons plusieurs blessés mais trois jours nous semblent être un bon compromis. A ce moment-là, nous souhaiterions que vous diffusiez sur une fréquence radio un message de notre part.
- Message classique, commenta Amanda en tendant le morceau de papier à son acolyte. Pas de préférences concernant la fréquence ?
- Il suffira que l'une des stations radio en parle pour que les autres reprennent le message.
- Mais ?"
Il y avait forcément une contrepartie, une contrainte quelque part.
"Mais tu ne pourras pas confier cette tâche à l'un de tes hommes, précisa Mustang. Ce point constitue un élément central de notre plan. Si Selim vient à en prendre connaissance trop tôt, cela risquerait de compromettre nos chances. Cela doit rester entre nous.
- De manière assez évidente, commenta Bobby en déchirant le message. Néanmoins, vous courez le risque que les personnes actuellement en charge de surveiller Mary Bradley n'alertent Selim avant que ce délai ne soit écoulé.
- Nous nous chargerons de leurs cas."
Amanda leva un sourcil face à ce commentaire et Mustang grimaça intérieurement. Non, se dire qu'ils n'avaient pas le choix n'arrangeait rien et oui, il aurait préféré ne pas avoir recours à cela. Mais ils avaient un objectif et ils ne pouvaient plus se permettre de faire des compromis. Fort heureusement, sa sœur ne fit pas de commentaire.
"Dernier point : l'équilibre des forces. Vous n'êtes que neuf, tandis que Selim dispose d'une armée. Qu'est-ce qui l'empêche de venir avec la totalité des troupes de Centrale ? Vous seriez complètement oblitérés.
- Ce n'est pas son style, pointa Mustang. Il veut se venger de nous, nous faire souffrir. Selim voudra nous tuer lui-même.
- D'accord. Un autre argument qui ne reposerait pas sur de la psychologie de bas étage ?"
Mustang grimaça.
"Les forces rebelles dans Centrale ? suggéra Breda. L'armée est toujours occupée à démanteler les différents quartiers de résistance. Même si Selim contrôle l'état-major, rediriger toutes les forces contre nous semble irréaliste.
- Cela ne l'empêcherait pas de mobiliser des troupes conséquentes malgré tout."
Non, ils n'avaient aucune assurance que Selim ne débarquerait pas avec la force de frappe du gouvernement. Mais ils n'étaient pas totalement démunis non plus.
"Nous n'avons pas choisi ce lieu d'affrontement par hasard : le terrain est dégagé et nous sommes deux alchimistes. Nous sommes capables de faire face...
- Pas si vous combattez Selim en même temps.
- Mais nous n'avons pas le choix, fit remarquer Mustang. Nous pouvons nous préparer au mieux, planifier ce qui peut l'être mais la réalité de la situation ne changera pas."
Breda et lui avaient retourné le problème dans tous les sens dans leur tête. Quoi qu'il arrive, ils ne pouvaient pas se permettre de mobiliser d'autres personnes : ils ne pouvaient pas se permettre d'attendre qu'Armstrong ou Grumman envoient des renforts. Déjà parce que le convoi ne passerait pas inaperçu et que Selim y ferait sans doute barrage, ensuite parce qu'il devrait contourner les combats de la capitale et que chaque jour qui passait permettait à Selim d'accroître son contrôle sur l'armée.
"Encore une fois, nous pouvons vous aider, pointa Amanda.
- De quoi est-ce que tu parles ?"
Impliquer la pègre plus qu'elle ne l'était actuellement était hors de question. Elle était déjà infiltrée par Selim depuis un moment et malgré tout ce qu'Amanda avait pu dire, celui-ci devait certainement encore y avoir des pions.
"Tu sais que nous travaillons avec les rebelles depuis le début. Et nous savons ce qui nous attend. Peu importe votre combat contre Selim, peu importe l'issue, le gouvernement ne tardera pas à lancer la totalité de ses forces contre la population civile. L'armée voudra écraser cette rébellion quoi qu'il arrive.
- Et donc ?
- Autant faire d'une pierre deux coups : les obliger à nous combattre maintenant et détourner l'attention de vous."
La proposition avait du sens et la seule raison pour laquelle Breda n'avait pas proposé d'utiliser le mouvement protestataire était qu'ils n'avaient aucun moyen de se coordonner avec eux. Mais Amanda venait de leur offrir la solution...
"Dans quelle mesure avez-vous une influence sur la rébellion ? demanda Breda.
- Nous mettons à disposition combattants, armes et ressources logistiques et stratégique, rétorqua Bobby. Nous faisons partie de ce mouvement depuis le début.
- Alors vous prévoyiez de renverser le gouvernement Mustang depuis le début ? Depuis la parution des premiers articles ? Les disputes de famille prennent une autre ampleur, chez vous, railla Smith.
- Cela n'a aucun rapport. La colère grondait déjà depuis longtemps, bien avant que Roy n'atteigne le siège de généralissime, répondit Amanda avec un haussement d'épaule. Ce n'était qu'une question de temps avant que la population ne se soulève"
Mustang grimaça. Ils en revenaient toujours au même débat. Sa sœur n'avait jamais cru en ses chances de réussite, mais ce n'était pas le moment d'y songer ou d'en discuter. Leur objectif premier était de vaincre Selim.
"Vous êtes donc certains de pouvoir nous garantir une mobilisation des forces armées ? recentra Breda. En l'espace de trois jours ?
- Cinq, déclara Amanda après avoir échangé un regard avec Bobby. Au cinquième jour, nous serons en mesure de vous assurer une diversion suffisante.
- Attendre cinq jours augmente les risques, opposa Roy. Remington pourrait faire venir des renforts. Selim pourrait décider de rendre une visite surprise à sa mère et découvrir sa disparition.
- Nous avons besoin de temps pour convaincre les protestataires.
- Alors vous n'avez aucune assurance qu'ils vous suivent dans cette décision ? pointa l'alchimiste."
Sa sœur lui jeta un regard agacé.
"Nous ne sommes pas l'armée. Il ne suffit pas d'un ordre pour que ces hommes acceptent de marcher vers leur mort. Nous aurons besoin de les convaincre et plus nous disposons de temps pour les convaincre, plus votre plan a des chances de fonctionner.
- Les soulèvements des autres régions nous assurent au moins que d'autres corps régionaux ne viendront pas à l'aide de Centrale, insista Bobby. Donc nous pouvons nous charger d'alimenter le conflit et, le cinquième jour, créer un événement suffisamment important pour mobiliser toute l'attention."
Amanda hocha la tête mais Mustang n'était pas d'accord.
"Si vous continuez à alimenter le conflit, alors vous risquez de déclencher une riposte d'une violence que vous n'avez pas anticipé : Remington sonnera le rassemblement des alchimistes d'état. Ils ne sont que quelques-uns à Centrale mais cinq jours seront suffisants pour faire venir tous ceux des régions.
- Nous en sommes conscients.
- Mais vous n'avez pas idée de la force de frappe que ces alchimistes déploieront, rétorqua Mustang. Nous parlons d'un nouvel Ishbal. Si Remington les convoque, c'est qu'il sera prêt à raser la ville.
- Alors la seule solution est de capituler ? demanda calmement Amanda. Accepter que l'armée reprenne le contrôle de ce pays et continue d'écraser ses habitants par des conflits injustifiés ? Un pouvoir économique mal distribué ?"
Bien sûr que non et Mustang était devenu généralissime pour cette raison. Mais Amanda parlait là de provoquer des affrontements qui risquaient de conduire à bien plus de morts que ce qu'elle n'était prête. Ou peut-être pas, chuchota une voix à son oreille.
"Ce que nous vous proposons, ce sont des les perspectives bien meilleures que celles vous aviez cinq minutes auparavant.
- Mais c'est terriblement dangereux pour vous, pour tous les civils, insista Mustang en secouant la tête.
- Nous ne sommes pas...
- Une fois les alchimistes d'état déployés, l'armée rasera cette ville.
- Peut-être que nous sommes préparés à cette éventualité, rétorqua Bobby.
- Et les autres habitants de cette ville ? Ceux qui n'ont pas pris part aux combats ?"
Les deux comparses échangèrent un regard sinistre.
"Ne sous-estimez pas l'impact de toutes les révélations qui ont été faites depuis la chute de Bradley, répondit simplement Amanda. Ce ne sont pas uniquement les dernières révélations faites dans la presse qui ont instillé des idées de rébellion. Elles n'ont fait que mettre le feu aux poudres. L'affrontement était inévitable. Depuis que vous avez renversé Bradley, ce n'était une question de temps avant que nous ne nous soulevions."
Mustang se pinça l'arête du nez, un goût amer dans la bouche.
Ce que les deux lui disaient là, c'était que ce n'était pas simplement Selim qui avait précipité le pays dans le chaos, mais lui. Que tout ce qu'il avait tenté pour changer le gouvernement n'avait été qu'inutile au mieux, préjudiciable au pire. Qu'en révélant les scandales du gouvernement Bradley, il n'avait fait qu'attiser le feu de la colère des habitants et qu'il n'avait rien changé, rien amélioré. Qu'il n'avait été que le plus récent d'une longue lignée de présidents motivés par les intérêts de l'armée uniquement.
"Alors peu importe les pertes, vous êtes prêts à tout, résuma-t-il d'une voix sombre.
- Espérons simplement que Selim n'aura pas le temps de convoquer les alchimistes d'état, répondit Bobby."
Mustang secoua la tête, dubitatif. Mais au final, son opinion importait peu. Si son dernier objectif avant de disparaître anonymement dans la foule était de combattre Selim, alors il devait se concentrer sur son objectif et sur leur plan. Ces deux-là étaient suffisamment obstinés pour agir quoi qu'il leur dise. Et de façon objective, la proposition d'Amanda leur offrait de bien meilleures chances de réussites.
"Alors faisons comme cela, accepta Breda. Smith, Ross, le Fullmetal et Mustang iront chercher Mme Bradley dès que Schiezka nous donnera des nouvelles. Colt, Alphonse, Broche, Fuery et moi nous occuperons de régler les derniers détails concernant la planque et dès demain, nous viendrons chercher la première... livraison. Au jour quatre, nous aurons besoin d'un nouveau ravitaillement. Et au cinquième jour, nous guetterons votre message à l'intention de Selim."
Amanda et Bobby hochèrent la tête de concert et sur signe de Mustang, les soldats commencèrent à s'éparpiller.
"Tu n'aimes pas cette décision, déclara sa sœur, une fois Bobby sorti.
- Non. Je n'ai pas besoin de t'expliquer pourquoi.
- Mais je n'ai pas non plus besoin de t'expliquer que nous n'avons pas le choix. Tu as essayé la méthode douce. Nous essayons la méthode forte."
Roy lui jeta un regard désabusé : Amanda n'avait jamais cru à une autre façon que la violence et la force, pour atteindre ses objectifs.
"S'ils déploiement les alchimistes d'état, toutes les personnes présentes au sein de ces quartiers mourront. Ils feront une chasse impitoyable aux protestataires. Tu as de fortes chances de ne pas en réchapper.
- Toi non, plus rétorqua sa sœur. Quel est ton objectif, en affrontant Selim ?
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?"
L'objectif était évident. Débarrasser ce pays du dernier homonculus encore en vie, l'empêcher de détruire d'autres vies.
"Que comptes-tu faire après l'avoir affronté ?
- Tu m'as déjà posé la question et je ne savais pas. Je ne sais toujours pas."
Les choses n'avaient fait qu'empirer après ce jour-là et non, Mustang n'avait pas davantage réfléchi. Ils devaient vaincre Selim. Le reste viendrait après.
"Tu n'as aucun intention de survivre à ces combats, je me trompe ? demanda calmement Amanda. Tu comptes te jeter dans la bataille et atteindre ton objectif quoi qu'il arrive et quelles en soient les conséquences pour toi. Et tu m'as demandé de garder un œil sur toute cette liste de personnes - Havoc, Mme Christmas, les filles - pour mieux te précipiter au combat.
- J'ai fait l'erreur de sous-estimer les homonculus une fois. De nombreuses personnes en ont payé le prix. Je ne commettrai pas cette erreur une seconde fois. Selim Bradley doit mourir.
- Peu importe les conséquences ?
- Peu importe les conséquences, acquiesça-t-il."
Amanda avait peut-être raison. Peut-être qu'il n'espérait pas survivre à ces combats. Mais ce n'était pas comme s'il avait encore des choses auxquelles revenir après. Selim avait tué Riza. Il avait détruit le travail de toute une vie et emporté avec lui tout espoir que la situation s'apaise dans la paix. Alors que lui restait-il ?
"Il reste nous, déclara doucement Amanda. Lorsque tout sera fini, tu pourrais me rejoindre. Je ne parle pas de participer… aux activités. Mais on pourrait partir loin, n'importe où, et tu pourrais recommencer depuis le début."
Recommencer quelque part où il ne serait pas recherché par la moitié du pays, quelque part où il ne serait pas connu pour avoir commis un génocide, des crimes de guerre et pour avoir cherché à dissimuler un complot d'état. Mustang sourit. Même pour elle - surtout venant d'elle - la proposition était naïve. Recommencer leur vie n'effacerait pas les crimes et les pertes. Le passé ne s'évanouirait pas subitement, une fois de nouveaux papiers en main. Ils avaient tous les deux beaucoup trop de sang sur les mains pour y croire. Et recommencer pour faire quoi ?
"Promets-moi, qu'au moins tu y réfléchiras, insista-telle. A un après."
Et il y avait en elle tellement de cette jeune fille dont il se souvenait que Roy n'eut pas le cœur de refuser. Sans un mot, il hocha la tête.
Schiezka avait été efficace. Au deuxième appel, elle lui avait apporté les réponses sur un plateau d'or : parmi les trois scientifiques, seul un était toujours en vie. Frédéric Ploetz, 93 ans. Le docteur avait changé d'adresse un an et demi auparavant, pour sortir des beaux quartiers de la capitale et s'installer dans une des nouvelles résidences - Feather Branch Court - qui poussaient comme des champignons en périphérie du district Est.
"Il avait cherché à disparaître au moment des procès Bradley, commenta Smith."
Mustang hocha la tête : "C'est ce que j'aurais fait à sa place. J'aurais cherché à me faire oublier et éviter que les voisins ne me reconnaissent, voire me dénoncent.
- Il y a eu des cas ? demanda Ross en haussant un sourcil.
- Quelques-uns, admit Roy. "Tel colonel était un partisan de Bradley. Il ne cache pas son dégoût à votre nomination." mais ce n'était pas nécessairement les personnes qui nous intéressaient."
La soldate grimaça, visiblement mal à l'aise avec la tournure qu'avaient pris les événements.
"En tout cas, cela ne nous laisse qu'une seule destination à vérifier. Un seul voyage. Des risques plus faibles, commenta Mustang. Est-ce que vous êtes prêts à partir ?"
La voiture avait déjà été chargée - moins de vivres, plus d'armes que dans la voiture de l'équipe Breda - et personne dans la rue ne leur prêta attention lorsqu'ils sortirent de la maison. Mustang se glissa sur le siège passager, laissant Smith s'installer derrière le volant. Ross semblait peu à l'aise, en compagnie du Fullmetal sur la banquette arrière mais ne fit aucun commentaire. L'homonculus restait calme, impassible depuis leur précédente conversation et il n'y avait aucune raison pour l'alchimiste de flamme d'intervenir. La soldate allait devoir s'habituer à sa présence, aussi déconcertante soit-elle.
Les routes étaient désertes. Leur destination les emmenait loin du centre-ville et loin des zones de conflit mais malgré tout, très peu de voitures circulaient. Et Mustang en comprit rapidement la raison, lorsqu'ils furent arrêtés à un barrage routier militaire.
Merde.
Mustang se tassa sur son siège et pencha la casquette pour couvrir son visage. L'obscurité jouerait sûrement en sa faveur, mais il s'avéra que l'officier n'en avait que faire.
"Vous allez devoir faire demi-tour, messieurs."
Le ton du soldat était implacable. Celui-ci ne cherchait pas à identifier les passagers dans le véhicule ou à savoir ce que contenait le coffre - deux fusils, trois armes de poing et beaucoup de munitions, cachés dans la trappe de la roue de secours. Le barrage routier militaire avait simplement vocation à empêcher les civils de partir.
"Ecoutez, on veut pas d'ennui, déclara Smith d'un ton volontairement soumis. C'est juste qu'avec tous ces problèmes, je voudrais juste rejoindre ma sœur qui habite dans le district Est.
- Pas mon problème, rétorqua le soldat d'un air désintéressé. Vous faites demi-tour et rentrez chez vous.
- Je peux vous donner l'adresse de ma sœur, si vous le voulez. Vous pourrez vérifier que...
- Pas. Mon. Problème. Faites demi-tour.
- Très bien, renonça Smith."
Il ne servait à rien d'insister et le soldat fit docilement faire demi-tour au véhicule.
"Un peu plus loin, peut-être ? suggéra Ross.
- On peut toujours essayer."
Mais deux kilomètres plus loin, ils furent également arrêtés, avec le même résultat.
"Il va falloir y aller à pied, marmonna Mustang.
- Aussi loin ?
- Nous n'avons pas le choix."
Smith coupa le contact et laissa la voiture, dans une ruelle vide, à proximité de la maison des McCarthy. Il ne servait à rien de revenir dans la planque.
"Il se passe quelque chose, grommela Smith en emportant avec lui toutes les minutions que son sac de sport noir pouvait contenir. Ils ne regardent même pas qui est à l'intérieur de la voiture.
- Remington va autoriser l'usage de la force, déclara sombrement Mustang.
- Ce n'était pas déjà le cas ? demanda Ross en haussant un sourcil. Ils ont ouvert le feu sur la population civile. Fusils d'assaut, grenade…
- Mais ils n'avaient jusqu'alors pas encore utilisé les canons et les blindés.
- Alors vous pensez qu'ils se sont décidés ?"
Mustang referma le coffre : "S'ils ne prennent même plus la peine de nous traquer c'est qu'ils ne comptent pas faire dans la dentelle. Raser l'ensemble du quartier dans l'espoir de tomber à un moment ou un autre sur nous, ce ne serait pas la première fois que cette tactique sera utilisée par l'armée.
- Alors que faisons-nous maintenant ? demanda Smith. Nous y allons à pieds ? On risque de mettre du temps.
- Uniquement le temps de dépasser les barrages militaires. Après, on pourrait réquisitionner un véhicule."
Smith leva un sourcil : "Réquisitionner ?
- Voler, admit Mustang avec une grimace. Ça doit pouvoir se faire non ?
- ça doit être dans mes cordes, acquiesça le soldat. J'espère simplement que les autres n'ont pas eu de problème."
Mustang haussa les épaules - les autres étaient tout à fait compétents pour se sortir d'une situation délicate - et essaya de ne pas penser au fait qu'Amanda resterait dans le district Nord pour se battre aux côtés de la rébellion.
"C'est calme, fit remarquer Colt.
- J'ai vu.
- Et tu penses aussi qu'il se prépare quelque chose ?
- Très possible."
Breda n'aimait pas cela. Ils avaient réussi à quitter le district Nord sans trop d'ennuis. Les protestataires les avaient laissés passer, sous leur regards désapprobateurs, mais n'avaient rien tenté, trop occupés à préparer les combats à venir, prendre soin de leurs blessés et consolider ce qui pouvait l'être. En s'éloignant du cœur des combats, ils avaient ensuite été arrêtés à quelques barrages militaires. Étrangement, ceux-ci n'avaient pas insisté sur leur alibi - ils fuyaient les troubles de la capitale - et les avaient laissés passer sans réellement fouiller le véhicule.
A présent, l'équipe restreinte continuait son trajet vers le Sud et l'absence de trafic pesait sur les nerfs de Breda. Tout était trop calme, trop vide, même considérant les combats qui se déroulaient dans la capitale.
"Les rebelles doivent préparer quelque chose, déclara Colt d'un ton soucieux. Ou ils savent que quelque chose va se produire."
Personne ne répondit. Peu importe ce qui allait se produire. Ce n'était plus de leur ressort. Ils avaient une mission, une seule : rejoindre la planque du district Sud et mettre en place leur plan pour maximiser leurs chances de vaincre Selim, et ils feraient mieux de se concentrer dessus. Malgré tout, la tension remplissait l'habitacle de la voiture et Breda pouvait voir l'inquiétude sur chacun des visages, miroir de sa propre angoisse.
Depuis quelques jours, un sentiment de catastrophe imminente ne cessait de le tirailler. ça et la culpabilité immense. Breda n'avait pas su résister à Selim. Il n'avait pas réussi à lui faire face, lui échapper, s'opposer à lui. Il avait failli en tant que première ligne de défense. Et tant avaient été tués à cause de lui. Panaya, Breguet, Falman, Hawkeye, sans compter tous ces civils morts dans l'unique but de créer la pierre. Il avait failli et n'était même pas certain de pouvoir faire face à Selim encore une fois.
Mustang lui avait dit de ne pas y penser comme cela. Qu'ils partageaient tous cette culpabilité. Que le principal responsable restait Selim. Mais tous les deux savaient que ce n'était pas une question de choix. La culpabilité était insidieuse. Elle les grignotait petit à petit, les rongeait de l'intérieur à la moindre occasion - un moment d'absence, un minute de sommeil - et Breda pouvait lire sur le visage de l'alchimiste que peu importe ce qu'il prétendait, il s'attribuait toute la responsabilité de la mort d'Hawkeye. Seulement tous deux savaient également une chose : Mustang et lui pourraient se laisser terrasser par la culpabilité mais uniquement après avoir vaincu Selim. En attendant, ils avaient encore un objectif à atteindre.
L'absence de trafic sur les routes eut au moins l'avantage de leur permettre de rallier rapidement le district Sud. Le soleil était encore haut dans le ciel lorsque Breda commença à ralentir.
Ils ne pouvaient pas simplement remonter l'allée de la maison et garer la voiture devant dans le cas où la Faction les attendrait toujours à l'intérieur. L'éventualité était faible mais elle existait et après toutes les pertes qu'ils avaient essuyées, Breda n'était pas près à prendre le moindre risque.
Ils firent un large détour pour contourner la zone et passer à travers les bois. Là, ils laissèrent la voiture. Il n'y avait que peu de constructions aux alentours, mais la désertification relative des lieux avait justement permis à la nature de pousser à son bon vouloir.
"Celui-ci ? suggéra Breda."
Colt leva les yeux et hocha la tête. Elle passa son fusil à lunette dans son dos et attrapa l'équipement que lui tendait Broche.
"L'arbre est haut. Vous vous sentez de faire l'escalade ?
- Il est un peu tard pour se poser la question, fit remarquer la soldate en enfonçant son crampon dans l'écorce de l'arbre. Mais oui, ça ne devrait pas poser de problème. De toute manière, vous me reverrez bientôt si ce n'est pas le cas."
Breda secoua la tête face à son expression amusée et reporta son attention sur les alentours. Les arbres leur fournissaient le couvert espéré et personne ne devait les avoir vu approcher mais on n'était jamais trop prudent. Broche se retourna également, tandis qu'Alphonse, le plus à même de sauver Colt d'une chute fatale, continuait de suivre la jeune femme du regard. Mais rapidement, la petite équipe entendit le sifflement convenu : la planque n'était pas vide.
Breda fit la moue. Ce n'était pas l'idéal, mais ils n'avaient pas le choix. Ils attendraient la tombée du jour pour s'approcher.
Le plan avait été plus facile à concevoir qu'à mettre en place. Même s'ils avaient abandonné toute charge non critique, ne prenant que le nécessaire - les armes - ils se rendirent vite compte qu'ils n'étaient pas seuls dans les égouts : Selim avait cette fois veillé à détacher des soldats sous terre pour les empêcher de quitter le district Nord.
Mustang fit signe à l'équipe de s'arrêter derrière lui. Il voyait distinctement la plaque indiquant la prochaine intersection mais il entendait également des pas résonner dans le tunnel humide. Vu le nombre de patrouilles, ils ne pouvaient pas se battre sans attirer des renforts et ils ne pouvaient pas s'offrir le luxe de combattre tout ce petit monde.
"Je pourrais me glisser dans leur dos, souffla le Fullmetal. Jamais ils ne se comprendront ce qui les a frappé.
- Combien de temps avant qu'ils ne se réveillent et ne donnent l'alerte ?
- Ils pourraient ne jamais se réveiller, alors."
Mustang lui lança un regard désapprobateur.
"Rien de mieux que des cadavres pour mettre tout le monde en alerte."
L'homonculus était sur le point de répondre, sûrement quelque chose à propos de la dissimulation des corps - ce qui n'aurait rien changé au problème, car l'absence de réponse radio aurait également donné l'alerte - mais Smith leur fit signe de se taire. Les pas passaient tout près d'eux.
"Cette odeur de rat moisi. J'en peux plus !
- Quelqu'un a dû faire quelque chose pour que Trell nous file cette affectation !
- Ou peut-être qu'il a encore des soucis avec sa femme ?
- Je n'y suis pour rien cette fois, répondit l'un des deux soldats avant d'éclater d'un rire gras."
Mustang leva un sourcil mais s'abstint de tout commentaire. Visiblement, personne n'avait pris le temps d'expliquer leur tâche aux soldats affectés à cette patrouille, sans quoi ceux-ci auraient peut-être été un peu plus concentrés, mais l'alchimiste n'allait pas se plaindre. Une fois les voix des soldats réduites à des échos inintelligibles, l'escouade enjamba le canal de ruissellement et s'engagea dans l'intersection.
Ils durent s'arrêter fréquemment et progresser avec encore plus de précautions que d'ordinaire. Il sembla à Mustang qu'une éternité s'était écoulée lorsqu'il fit à nouveau signe de s'arrêter.
"Cela fait un moment que nous n'avons plus rencontré grand monde. Je pense que nous avons dû dépasser les barrages.
- Je pense aussi, acquiesça Ross. Reste à voir où nous pouvons remonter à la surface."
Smith dégaina le plan que Fuery leur avait laissé et tenta de les situer, à la lueur de l'allumette qu'il venait de craquer.
"Ici ? suggéra-t-il. ça semble être une petite ruelle assez déserte.
- Espérons."
Sur le papier, ils ne pouvaient être sûrs de rien et ils n'avaient à présent pas la mémoire encyclopédique de Falman, ni les connaissances terrain de Fuery. Smith le guida à travers quelques tunnels avant de désigner l'échelle de la main.
"Je passe en premier, annonça-t-il avant de fourrer la carte dans sa poche arrière."
Mustang fit signe à Ross de laisser passer le Fullmetal après Smith mais heureusement pour eux, aucune mauvaise surprise ne les attendait à la surface. L'air de la nuit était calme, presque immobile. Si le district Nord avait fourmillé d'activité ces derniers jours, la nuit semblait presque figée à ce moment-là et Mustang ne put refréner un frisson.
"Ne traînons pas ici, déclara-t-il."
Smith fit son choix parmi les quelques véhicules laissés en stationnement dans la rue. Mustang transmuta aussi discrètement que possible un crochet métallique à son attention et d'un geste plus naturel que Roy n'aurait pu le croire, le soldat força la portière d'une fourgonnette. L'instant d'après, les deux hommes attachaient leur ceinture, tandis que Ross et le Fullmetal s'installaient aussi confortablement que possible à l'arrière. Smith eut à peine le temps de démarrer que le premier coup de canon retentit.
"Qu'est-ce que c'est que ça ? s'exclama Ross."
Mais déjà, un second coup faisait trembler le sol et le bruit des fusillades se faisait entendre au loin.
"L'offensive en question, marmonna Mustang.
- Ils ont sortis les blindés, acquiesça Smith en accélérant."
Il était temps de mettre le plus de distance entre eux et le district Nord.
Le sol vibrait, au rythme des coups, et dans leur dos, Mustang distinguait la lueur des ogives qui disparaissaient au loin. Remington ne s'était jamais montré tolérant envers la population civile mais Roy n'arrivait pas à l'imaginer sortir l'armement de guerre face aux habitants de Centrale. La capitale ne s'en relèverait pas indemne et savoir sa sœur au cœur de ces combats n'arrangeait rien. Mustang serra la mâchoire et s'efforça de ne pas penser à Amanda. Il devait de se concentrer sur leur objectif : retrouver Mary Bradley.
"Les routes sont calmes", commenta Smith, tandis que la voiture filait sur la route périphérique.
Ils conduisaient depuis peu mais n'avaient croisé qu'un ou deux véhicules. L'heure n'était pas si avancée que cela et en temps normal, même fluide, le trafic aurait été plus chargé que cela.
"Si l'armée a mis en place le même genre de barrage dans tous les districts, cela pourrait expliquer pourquoi tous les habitants sont restés chez eux.
- Vous pensez qu'ils prévoient la même chose dans tous les districts ? demanda Ross d'un ton inquiet.
- Je n'espère pas. Mais la situation dans le district Nord a toujours été la plus difficile à gérer, répondit Mustang avec un haussement d'épaule. Ils vont peut-être commencer par là ce soir, et voir comment les choses évoluent.
- Espérons d'abord ne pas croiser de barrage, déclara Smith d'un ton pragmatique."
Mais la chance fut de leur côté toute cette partie du trajet et après quelques dizaines de kilomètres, Mustang se détendit. Il n'y avait personne sur les routes, personne sur leurs traces et personne pour les arrêter. Rallier le district Est ne fut qu'une simple formalité et bientôt, le soldat arrêta la voiture à l'entrée d'une résidence sécurisée. Le type de ville à l'intérieur de la ville, pour tous les habitants aisés, soucieux de leur sécurité. Le quartier était protégé par des murs d'enceinte immaculés et dont les entrées et sorties étaient contrôlées par des vigiles présents jours et nuits. Mais en l'occurrence, leur cerbère manquait à l'appel.
"Où est passé le gardien ?" demanda Mustang en fronçant les sourcils.
Il n'y avait personne au poste de surveillance, personne pour leur demander à qui ils venaient rendre visite et pour ouvrir la barrière. Mais Smith se contenta de hausser les épaules. Il n'y avait pas d'erreur sur l'adresse. Ils étaient au bon endroit. Et si l'absence du vigile était étonnante, elle pouvait jouer en leur faveur.
Mustang leur fit signe de descendre : mieux valait encore abandonner leur véhicule à l'entrée et se déplacer à pied - plus discret.
"Il n'y a pas l'air d'avoir grand-monde à l'intérieur, fit remarquer Ross en contournant la barrière de sécurité. Toutes les lumières sont éteintes.
- Ils ont pu avoir fui, suggéra Smith.
- Tous ensembles ? Difficile à croire."
Déjà, Mustang repérait les signes que les habitants n'étaient pas sortis de leur maison de façon habituelle : certaines portes, certaines fenêtres avaient été laissées entrouvertes. Il pouvait voir du linge, laissé à sécher sur les pelouses, des jouets d'enfants éparpillés dans les allées. Il avait déjà vu cette scène. Il connaissait déjà ce silence inhumain et cette angoisse rampante sous sa peau.
"Selim a encore utilisé les habitants du quartier pour créer une pierre."
Maria Ross fit une grimace mais s'efforça de contrôler le volume de sa voix : "Encore une ? Dans quel but ?
- Est-ce qu'il a réellement besoin d'un objectif précis ? demanda Smith. Même s'il n'a rien en tête, il pourrait s'agir pour lui d'avoir davantage de puissance de feu. Il a été contraint de fabriquer sa propre pierre dans l'urgence, la dernière fois, si je comprends bien.
- C'est possible. Ou alors il a réellement décidé de transformer Mary Bradley en homonculus.
- Alors on doit se tenir prêt, conclut Smith d'un ton lugubre."
Ross hocha la tête et resserra le poing sur son arme.
Ils progressaient lentement mais prudemment vers le numéro 26 du Feather Branch Court. Ce n'était pas le moment de faire une bêtise dans leur préoccupation. Surtout pas s'ils risquaient de tomber sur un nouvel homonculus dont ils ignoraient tout. Seul le Fullmetal semblait relativement détendu, l'avantage d'être doté d'une vitesse inhumaine. Et sa vue ne semblait également que mieux se porter, puisqu'il fut le premier à remarquer la silhouette.
"Là-bas", indiqua l'homonculus. Et Mustang dut plisser les yeux pour distinguer la frêle silhouette qui titubait, sous la lumière du lampadaire.
Ils étaient encore trop loin pour voir avec précision à qui ils avaient à faire, mais quelque chose dans la démarche de l'individu n'allait pas. Son pas semblait trop inégal, trop branlant pour renvoyer une impression de normalité. Un peu comme si cette personne titubait, ivre ou abrutie de sommeil.
"Il y a un au moins un survivant, murmura Ross. Il devrait pouvoir nous dire ce qui se passe.
- Avec un peu de chance, oui" rétorqua Smith d'un ton sarcastique.
Mais plus ils s'approchaient, plus les soldats constataient que cette personne n'était pas dans son état normal. La surprise se peignit en premier sur le visage du Fullmetal. Ensuite, Mustang aperçut le visage de cet homme : totalement décharné, comme s'il n'avait pas mangé depuis des jours. Mais surtout, le regard vide. Qui les fixait mais sans les voir.
Mustang sentit la main de Smith se poser sur son épaule pour lui faire signe de s'arrêter.
"Monsieur ? Est-ce que vous m'entendez ? appela doucement l'alchimiste de flamme. Nous faisons partie de l'armée, monsieur, vous n'avez rien à craindre."
Il n'avait aucune raison de cacher leur identité. Surtout pas face à un homme aussi hagard. Mais celui-ci ne répondit pas et se contenta de se rapprocher d'eux de son pas chancelant.
"Il y en a d'autres, indiqua la Fullmetal.
- Beaucoup d'autres, compléta Ross d'une voix blanche."
D'autres silhouettes se découpaient à présent sous la lumière jaunes des lampadaires et partout, cette même démarche titubante.
"Monsieur ? Est-ce que vous m'entendez ?"
Mustang pouvait voir ses lèvres desséchées bouger mais pas un son n'en sortait. Smith leva son arme, lorsque l'individu fut à moins de cinq mètres, mais Roy écarta le canon de son arme.
"Monsieur ? appela-t-il une dernière fois."
Il entendait à présent le râle qui s'échappait de ses lèvres. Le soupir rauque de sa respiration. Mustang lut sur ses lèvres ce que l'inconnu répétait en boucle depuis le début, en même temps qu'il entendit sa voix rauque : "Tuer les intrus."
L'instant d'après, l'homme se jetait sur lui.
A suivre...
Hihihi, j'ai quelque chose à vous avouer : après les histoires d'amour impossibles, ma grande passion, ce sont les zombies :) Je ne dis pas qu'il s'agit de zombies mais j'espère bien recréer l'ambiance des films de zombies dans le prochain chapitre 3
Sinon, Amanda et Bobby prennent davantage d'ampleur que ce que j'avais prévu initialement mais je trouve que ce n'est pas plus mal, au final : ils me permettent de développer l'intrigue dans le bon sens et Amanda a ce don pour appuyer là où ça fait mal chez Roy... J'espère que ce chapitre vous aura plu ! N'hésitez pas à me laisser une petite review
