Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers :

- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.

- "Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie"

Mon petit blabla avant de commencer : Avec un peu de retard sur le planning, voici le chapitre 37 ! Merci à Musing-and-Music pour sa review. Oui, malheureusement, Mustang n'est pas au top mentalement. A voir comment cela évoluera par la suite fufufu. Il est possible que je fasse une pause suite à ce chapitre car je suis en train d'écrire la dernière section de la fanfiction (la fin approche à grands pas !) et j'ai besoin de m'arrêter, relire et corriger pour m'assurer que la fin sera à la hauteur de l'intrigue. Mais pas d'inquiétude : je suis actuellement en congé maternité et mon objectif est de boucler l'histoire avant d'accoucher parce que je pense que je risque d'être très occupée après ^^; L'objectif est donc de tout boucler rapidement. En attendant, j'espère en tout cas que ce chapitre vous plaira

Précédemment dans La Pièce Vide : Mustang et Breda proposent un plan à Amanda afin d'attirer Selim dans leur piège. La pègre accepte d'y participer mais les convainc de se servir de la rébellion afin de détourner l'attention de l'armée. Mustang n'y est pas favorable car ce plan risque de déchaîner les foudres de l'armée, mais Amanda lui fait remarquer qu'ils n'ont pas le choix s'ils espèrent vaincre Selim. Mustang et Breda se séparent en deux équipes : l'une en charge de remettre la main sur la planque du district Sud, l'autre pour retrouver Mary Bradley, qu'ils supposent cachée chez le Dr. Ploetz. Mais sur leur route, les soldats découvrent que l'armée compte bien prendre des mesures contre le district Nord et que Selim n'a pas laissé sa mère sans protection...


La nuit du tombeau

Ils se glissèrent hors de la forêt à la nuit tombée.

De part et d'autre de la route, les terrains vagues étaient envahis d'herbes folles qui avaient poussé jusqu'à hauteur d'homme et le vent de ce début d'hiver générait vagues après vagues sur cette mer de verdure inattendue, leur permettant de s'y dissimuler. Breda se fit distraitement la réflexion, qu'ils devraient tout raser avant d'affronter Selim. Pas question que l'homonculus ne se faufile dans la végétation et ne les prenne par surprise.

Colt leva un doigt et désigna la fenêtre Est du grenier. L'extrémité d'un canon dépassait de l'encadrement de la fenêtre. A peine suffisant pour être remarqué, à moins de rechercher spécifiquement ce détail. Mais la soldate avait justement fouillé la façade des yeux à la recherche de ce détail en particulier. Après tout, eux-mêmes avaient longtemps utilisé cette fenêtre comme poste de guet. Et par conséquent, ils en connaissaient d'autant mieux les angles morts.

Sur un signe de Breda, ils s'engagèrent, à moitié-courbés, sur un sentier de terre masqué par les herbes folles et contournèrent la maison. Le soldat scruta du regard la façade mais il ne distinguait aucun autre point de surveillance et un geste de Colt le lui confirma. Toujours aussi prudemment, ils se déployèrent autour du bâtiment, à la recherche d'indices sur le nombre d'occupants. Breda en distinguait trois dans ce qui avait un jour été le séjour de la maison. Éparpillés dans la pièce, discutant avec décontraction. L'image même de soldats au repos.

Peu de temps après, Fuery revint dans un bruissement d'herbes.

"Deux dans la chambre du fond.

- Avec celui du grenier, ça fait six. Une escouade.

- Un bon nombre, suggéra le sous-lieutenant.

- D'autres pourraient être cachés dans la cave ou le grenier, fit remarquer Breda, pour la forme."

Fuery haussa les épaules : ce n'était pas quelque chose qu'ils pouvaient vérifier, à moins de vouloir attendre vingt-quatre heures, voir comment la répartition des rôles se faisait avec la relève. Seulement, ils n'avaient pas vingt-quatre heures à attendre. Ils allaient devoir agir avec les informations qu'ils avaient entre les mains.

Breda secoua la tête. Il n'aimait pas cela et aurait préféré avoir davantage d'informations mais ils n'y pouvaient rien. Il leva le poing et attendit que le reste de l'équipe lui confirme leur statut d'un hochement de tête. Puis Breda donna le signal de l'assaut. Simultanément, les vitres du séjour volèrent en éclat, sous l'impact des balles de Colt et de Broche.

Ils n'avaient pas le temps d'attendre et ne pouvaient pas faire de prisonniers.


Les paroles de Vernet l'avaient poursuivi toute la journée, trottant à l'arrière de son esprit, sans qu'il ne puisse s'en débarrasser. Et par-dessus tout cela, le sentiment qu'il avait oublié quelque chose d'important, quelque chose de vital et ce n'était pas la première fois.

"Vous allez bien ?"

La journaliste se tenait une fois de plus dans l'encadrement du bureau provisoire qu'on lui avait attribué. Appuyée contre le chambranle, le visage las et fatigué.

"Autant que possible, marmonna Remington."

L'offensive avait commencé et elle ne réjouissait pour autant pas Remington. Il avait assisté au lancement des opérations avant de laisser Braun et Walden en charge de la supervision. Les combats dureraient vraisemblablement toute la nuit et sa présence n'était pas nécessaire. Pas que Remington ait particulièrement tenu à suivre les combats.

L'ancienne journaliste se laissa tomber sur la chaise en face de son bureau et soupira.

"Je ne sais plus quoi faire.

- Ce n'est pas comme si vous pouviez faire quoi que ce soit, fit remarquer Remington."

La jeune femme grimaça.

"Merci.

- Je ne voulais pas vous offenser. Mais je pensais que vous partiriez après la décision qui a été prise.

- Moi aussi, admit Evans. Je ne sais pas ce que je fais toujours là. Visiblement, rien de ce que nous avons tenté n'a servi à quoi que ce soit.

- Manifestement.

- Et vous, que faites-vous encore ici ?"

A son tour, Remington haussa les épaules.

"Je ne peux juste pas partir.

- Alors que tout s'effondre ? Que l'armée manque à sa parole ?

- Je ne sais pas. Je ne peux juste pas."

A ce stade, lui-même ne comprenait pas ce qui le retenait de quitter les rangs. Le pays sombrait dans la guerre civile et Remington était certain de ne pas être du bon côté des combats. Peu importe ce qu'il avait pu soutenir à Mustang pendant des mois. La révélation du tunnel avait tout changé, remis toute la situation en perspective. Cependant quelque chose au fond de lui l'empêchait d'abandonner son poste. Quelque chose de puissant et le sentiment d'avoir oublié des informations importantes.

"Je suis tellement fatiguée. Ces dernières journées me paraissent si floues. Je serais incapable de dire ce que j'ai fait.

- Enchaîné les réunions ? déblayer les décombres de mes deux anciens bureaux ?"

Mais ils avaient forcément dû faire autre chose. "Avez-vous pu suivre la piste ? Je vous ai vu discuter avec Reynes."

Seulement Remington n'avait pas la moindre idée de ce dont parlait Vernet.

"Avons-nous parlé d'une piste évoquée par Reynes ?"

Evans fronça les sourcils : "A quel sujet ?

- Je ne sais pas."

Le froncement de sourcil s'accentua.

"J'ai été blessé à la tête, je ne me souviens pas de tout."

Il détestait le fait de devoir se réfugier derrière une prétendue faiblesse physique mais c'était toujours mieux que d'expliquer l'origine de cette demande.

"Je ne me souviens pas d'avoir discuté de Reynes avec vous. Mais vous en avez probablement discuté avec lui. Est-ce que vous lui avez posé la question ? ça resterait le plus simple."

Remington avait essayé. Mais le soldat ne se souvenait de rien. Et cela commençait à faire beaucoup d'oublis autour de lui. ça ou alors Vernet s'était totalement trompée. Impossible à dire.

Il haussa les épaules et la jeune femme soupira.

"je vous l'ai dit : trop de choses se sont passées ces derniers jours. J'ai l'impression de me souvenir de la moitié de mes journées, à peine."

Lui, Reynes, Evans. Cela commençait à faire beaucoup.

"Vous avez aussi le sentiment d'avoir oublié quelque chose.

- Quelque chose d'important, acquiesça l'ancienne journaliste en se massant les tempes. Je déteste cette sensation.

- D'avoir sur la réponse sur le bout de la langue et de ne pas réussir à le dire ?"

Evans leva un sourcil et lui adressa un sourire : "Hé bien ? D'humeur bavarde ce soir ?

- Pas vraiment. Je remarque simplement que les trous de mémoire sont fréquents ici. Vous, moi, Reynes.

- Avec les récents événements, cela n'a rien d'étonnant.

- Les récents événements surviennent depuis plus de trois mois, rétorqua Remington d'un ton amer. Si nous ne sommes pas capables de nous souvenir d'informations importantes, nous n'avons rien à faire ici."

La jeune femme resta silencieuse un instant. Remington le savait, son ton avait été plus sec que nécessaire, mais davantage par frustration envers lui-même que par colère à l'encontre de la jeune femme.

"C'est la deuxième fois que vous...

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, coupa Remington. Mais j'ai l'impression que nous parlons de la même chose.

- C'est-à-dire ?

- De ces trous de mémoire. Nous oublions la moitié de nos journées et ce n'est pas normal.

- Je vous l'ai dit, entre votre blessure et les derniers événements...

- D'accord pour moi, mais quelle votre explication ? A quand remonte la dernière fois que vous avez autant perdu le fil de vos journées ?"

Evans semblait déconcertée par la question et ouvrit la bouche plusieurs fois pour la refermer sans savoir quoi dire.

"Jamais, en conclut Remington. Car ce n'est pas normal. Ces pertes de mémoires ne sont pas normales. Ni chez moi, ni chez vous, ni chez Reynes.

- Et vous pensez savoir ce que c'est ?

- Non.

- Alors pourquoi...

- Parce que je sais que ce n'est pas la première fois que cela m'arrive, s'agaça le soldat.

- D'accord, d'accord, admit Evans. Nous allons partir du principe que ces pertes de mémoire ne sont pas normales. Que souhaitez-vous faire dans ce cas ?

- Comprendre ce que nous avons fait de ces heures dont nous ne nous souvenons pas ? Voir si quelqu'un peut nous expliquer ce que nous avons fait ?

- Vous voulez retracer nos dernières heures."

Evans semblait comprendre son besoin et hochait gravement la tête.

"Est-ce que vous aussi vous avez l'impression que quelque chose ne va pas ?

- Non. Je pense que tout va bien."

"Tout va bien". Si Evans le vit frissonner à ses paroles, elle n'en montra néanmoins pas le moindre signe.

"Mais si cela peut vous aider, pourquoi pas. Ce n'est pas comme si vous avions autre chose à faire ici."


L'homme se jeta sur lui sans prévenir et Mustang se détourna de justesse, dans un équilibre précaire.

"Qu'est-ce que c'est que ça !"

C'était à peine plus qu'un cadavre. Le visage émacié, un corps squelettique qui ne semblait plus qu'avoir la peau sur les os et toujours en boucle les mêmes paroles : "Tuer les intrus."

L'homme à terre était à peine capable de se relever et Smith se contenta de le repousser de sa botte.

"Ils n'ont aucune force, constata-t-il avec dégoût.

- Mais il y en a de plus en plus, prévint Ross."

Et partout où il se tournait, Mustang ne pouvait que voir affluer cette armée de squelettes.

"Par-là ! ordonna-t-il."

Ils ne pouvaient pas rester sur place et devaient garder en tête leur objectif : retrouver Mary Bradley.

"Qu'est-ce que c'est que ça ? répéta Smith.

- Selim, répondit Roy, d'une voix rauque. J'imagine qu'il a dû utiliser les habitants. Pas pour faire une pierre, mais pour leur ordonner de protéger sa mère.

- Ils doivent tuer tous les intrus.

- Et j'imagine que dans l'ordre, Selim n'a pas pensé à leur préciser de se nourrir pour rester en vie."

Cette idée semblait encore plus effroyable que l'utilisation de vies humaines dans la pierre philosophale. Les habitants en étaient réduits à de simples marionnettes, incapables de se nourrir, alors qu'ils étaient encore conscients de ce qui leur arrivait. En tout cas, Breda était resté conscient.

L'idée de tirer ou même de frapper ces silhouettes émaciées ne leur vint pas à l'esprit. Smith se contenta d'écarter d'un geste de l'épaule cette masse qui fondait sur eux. Ils avaient beau de ne pas être forts, ne pas être rapides, leur nombre constituait le réel problème.

"Il y en a partout, indiqua Ross d'une voix tendue."

Plus ils se rapprochaient du numéro 26, plus leur nombre grossissait. Combien y en avait-il ? Cent ? Deux cents ? Une belle foule qui affluait vers eux, de toutes les directions. Ils pouvaient faire feu, mais ces habitants étaient innocents. Ils n'avaient rien fait de mal, si ce n'est tomber sous le contrôle de Selim, et ils n'avaient pas le choix. Sans compter qu'ils n'auraient pas suffisamment de balles pour se débarrasser de tous.

"Il faudrait arriver à tous les mettre par terre d'un coup. Une idée serait la bienvenue, monsieur le président.

- Une seconde, répliqua Mustang."

Ils déboulèrent au pas de course dans la rue principale et le nombre d'habitants les fit frémir. Combien de personnes avaient pu vivre dans cette cité ? Selim avait dû mobiliser tout le quartier.

A présent, il ne s'agissait plus d'un murmure, mais d'un grondement inquiétant, repris en chœur. "Tuer les intrus".

"Quand ? demanda Smith.

- Maintenant."

Mustang joignit ses mains et les posa sur le goudron. La lumière du cercle de transmutation illumina brièvement son visage tandis que le sol commençait à engloutir les innombrables jambes qui se dirigeaient vers eux. L'alchimiste ne s'arrêta que lorsque tous furent pris à la taille. Et malgré leur immobilité, tous continuaient à gesticuler dans leur direction, les mêmes mots sur leurs lèvres. "Tuer les intrus".

"Quel sort horrible, commenta Ross à mi-voix. On ne peut pas les laisser comme cela.

- Que voulez-vous faire ? les tuer ? demanda le Fullmetal."

Les soldats se retournèrent vers lui d'un bloc.

"Non. Bien sûr que non.

- Si vous les laissez là, vous les condamnez à mourir de faim, expliqua l'homonculus. Il serait plus charitable de les tuer directement.

- Ne fais pas semblant de savoir ce qui signifie le comportement charitable, répliqua Smith en secouant la tête.

- Parce que vous avez réellement le temps d'essayer de leur faire reprendre conscience ?"

Non, ils n'avaient pas ce temps. Et pour autant, ils ne pouvaient pas laisser ces personnes dans une telle situation. Mustang pouvait distinguer des hommes, des femmes, des enfants et même des personnes âgées. Seulement leur nombre était tel qu'ils ne pouvaient pas tenter de les faire revenir à eux. Ils ne connaissaient même pas leurs noms, ne savaient pas qui ils étaient.

"Mary Bradley d'abord, rappela Roy d'une voix rauque. Le reste, après."

Le Fullmetal lui lança un regard dubitatif, mais Mustang l'ignora et se dirigea d'un pas décidé vers leur destination.

Il y avait quelque chose de profondément morbide à traverser cette foule qui tentait de les attraper, alors que leurs jambes étaient prises dans le goudron. Ils n'avaient aucune chance de mettre la fin sur les militaires, mais cela ne les empêchait pas d'essayer, désespérément. Ces hommes et ces femmes étaient à peine plus que les corps artificiels créés par Bradley, à la seule différence près qu'ils ne cessaient de répéter la même chose en boucle.

Ross soupira.

"Je n'arrive pas à croire qu'il ait fait cela.

- Pourquoi ? demanda le Fullmetal. Il avait besoin de protéger sa mère et il ne pouvait pas rester. Il a pris des mesures en conséquence. Au moins nous avons la preuve que Selim tient à sa mère."

Une bien maigre consolation. La soldate fit un effort pour ne pas relever le pragmatisme cruel de cette réponse.

"Il devait malgré tout prévoir de revenir. Si ces marionnettes n'ont pas suffisamment conscience d'eux-mêmes pour penser à se nourrir, alors cette défense n'était pas censée durer très longtemps.

- A supposer que Selim en ait eu conscience.

- Espérons en tout cas qu'on ne retrouvera pas la veuve Bradley dans le même état, déclara Smith.

- Il ne peut pas avoir infligé le même sort à sa mère.

- Comment se serait-il alors assuré qu'elle ne s'échappe pas ?"

La situation soulevait énormément de questions : comment Selim pouvait-il être sûre que sa mère ne s'enfuirait pas ? comment assurait-il le ravitaillement en nourriture ? Ils ne pouvaient qu'espérer qu'au moins, Mary Bradley était toujours en vie car sans cela, leur plan tombait à l'eau. Roy y avait songé mais il préférait ne pas soulever l'hypothèse. Et ils ne gagneraient rien à se torturer l'esprit si près du but.

"Rien ne sert de spéculer, trancha-t-il d'un ton laconique. Nous sommes bientôt arrivés. Nous verrons de nous-même."

Au tournant suivant, ils débouchaient sur l'allée où devait se trouver le numéro 26. Mustang balaya la rue des yeux avant de repérer le bon numéro mais une silhouette attira son attention. Un autre homme, immobile.

"Une autre marionnette ? souffla Smith.

- Possible."

Mais celui-là ne semblait pas vouloir se diriger vers eux. Il les attendait patiemment, devant la maison, et semblait moins frêle, moins décharné, sous ses vêtements. Sur leurs gardes, les soldats s'approchèrent néanmoins, jusqu'à ce que Mustang ne finisse par reconnaître son visage.

"Je suis content de vous revoir, docteur."


L'assaut se passa vite et bien. L'avantage d'avoir à la fois Colt et Alphonse dans son équipe.

Les soldats de la Faction eurent à peine le temps de réagir. Lorsque les deux premiers tombèrent sous leurs tirs, leurs coéquipiers eurent à peine le temps de sortir de les rejoindre pour être pris pour cibles à leur tour ou capturés par une main de pierre géante.

"Nous avions dit "pas d'otages", fit remarquer Breda en contemplant les deux silhouettes bâillonnées à ses pieds.

- Vous avez dit "pas d'otages", rétorqua Alphonse. Mais vous n'avez jamais eu d'autorité sur moi."

Le soldat soupira : "Et que suis-je censé faire d'eux, maintenant ?

- Ils sont innocents, ils ne méritaient pas...

- Là n'est pas la question, Alphonse. Mais est-ce qu'allons-nous faire d'eux ? Les garder ici pour leur permettre d'être pris entre deux feux lorsque Selim s'attaquera à nous ? Les renvoyer dans les rangs de la Faction pour qu'ils puissent les renseigner sur notre localisation ?

- Ils pourraient retrouver leurs esprits, rétorqua le jeune homme, et décider de nous aider. C'est ce que Panaya pensait lorsqu'elle travaillait à faire revenir la mémoire de mon frère."

Breda sentit l'habituel pincement de culpabilité dans son ventre et sourit : même ses tentatives de manipulation restaient bien naïves.

"Tu n'as aucune preuve que ces hommes ne suivent pas la Faction par pure conviction.

- Quand bien même...

- Tu as jusqu'au lever du jour, le coupa Breda. Trouve une solution pour qu'ils ne soient pas pris entre deux feux et qu'ils ne contrarient pas nos plans en information la Faction trop tôt de notre présence. Colt peut t'aider.

- Est-ce qu'il n'est pas dans notre intérêt justement que la Faction soit au courant de notre présence ? fit remarquer l'adolescent.

- Ce n'est pas ce qui est prévu. Nous collons au plan"

Sa voix était inflexible et le cadet des frères Elric haussa les épaules avant de se tourner vers ses captifs.

"C'est mieux que rien. Il est possible de survive vingt-quatre à quarante-huit heures sans boire ni manger."

Il saisit l'un des deux soldats à la mine renfrognée par le bras pour le redresser et se dirigea vers la sortie. Le second n'opposa pas plus de résistance à Colt lorsqu'elle l'attrapa et le poussa vers la sortie. Après tout, le jeune homme avait raison : les attacher quelque part dans la forêt était une bien meilleure perspective qu'une balle dans le crâne. Breda suivit les étranges binômes s'éloigner dans la nuit.

"Tu penses que ça va le faire, Breda ? lui demanda Fuery, en haussant un sourcil."

L'alchimiste disposait de peu de temps. Six heures, tout au plus. Mais à sa décharge, il avait assumé sa responsabilité jusqu'au bout : il avait choisi de sauver les vies de ces soldats et devait maintenant trouver une solution pour que cette décision ne leur nuise pas.

"Colt est avec lui pour vérifier que son plan reste raisonnable", expliqua Breda.

Il n'avait pas demandé à sa coéquipière de se joindre à l'opération par pure bonté de cœur mais surtout en guise d'assurance. Intérieurement, Breda grimaça : avait-il un jour été aussi naïf et optimiste qu'Alphonse ? à quel moment ses années de service l'avaient-elles rendu aussi dur et insensible ?

"En attendant, on a du boulot. Broche ? Votre épaule ?

- Une simple éraflure, indiqua le soldat. Rien de majeur."

Lors de l'assaut, une balle l'avait effleuré, mais à peine.

Breda hocha la tête : "La nuit va être longue. On commence par faire le tri de ce qu'ils ont laissé sur place ou nous. Tout ce qui est inutile va dehors."

Cela incluait également les corps.


Le visage du docteur Marcoh le fit tressaillir, une nouvelle fois.

Il y avait ses cicatrices qui épaississaient son visage, son regard vide, posé sur eux mais cette fois, il y avait également cette hostilité qui émanait de lui et toujours, ces mêmes paroles. "Tuer les intrus"

"Méfiez-vous, prévint Mustang. Marcoh a beau être un médecin, il sait également se défendre.

- Quelles sont vos instructions ? demanda Smith.

- Si possible, nous l'immobilisons sans le tuer".

Mustang appuya sa phrase d'un regard vers le Fullmetal. Étant donné sa vitesse inhumaine, aucun d'entre eux ne pourrait l'empêcher de tuer le médecin s'il lui en prenait l'envie. Mais l'homonculus se contenta de hausser les épaules d'un air indifférent, les mains dans les poches. Apparemment, ce combat-là ne l'intéressait pas.

Mustang serra les poings puis s'avança.

Il y avait encore l'espoir, le maigre espoir, de pouvoir ramener Marcoh à lui. Jamais le docteur ne se serait plié de sa propre volonté aux ordres de l'homonculus et quelque part en lui, cette conviction devait encore exister. Si Gabrielle avait réussi à restaurer les souvenirs du Fullmetal, prévenir sa propre équipe du danger, alors c'était également possible avec Marcoh.

Mais tandis qu'ils s'approchaient de du médecin, l'assurance de Mustang s'effritait. Combien de temps Marcoh avait-il passé entre les mains de Selim ? Combien d'ordres contradictoires, combien de souvenirs inventés suffisaient à rendre fou un homme ? Comme une bête sauvage, le docteur semblait se hérisser à leur approche, se préparer au combat. Il ne leur laissa pas le temps de parler et fonça directement vers eux.

Marcoh n'était pas une de ces marionnettes à moitié mortes de faim. Il avait réussi à se nourrir, peut-être que Selim lui en avait spécifiquement donné l'ordre, mais le médecin était en forme et avait conservé, dans une certaine mesure, la maîtrise de son esprit.

Il plaqua sa main sur le goudron et en fit jaillir des stalagmites aux bords effilés.

"Le cercle est dessiné sur le dos de sa main droite ! cria Mustang."

Les soldats évitèrent tant bien que mal les dents de scie qui les obligèrent à plonger sur le côté et s'éloigner de leur cible, mais Mustang opposa sa propre alchimie à celle de Marcoh. Il posa ses mains sur le pylône qui manqua de lui arracher un bras et dériva leur trajectoire hors de celle de son équipe. Ils n'avaient besoin que d'un instant de répit. D'un claquement de doigt, il força le docteur à se réfugier derrière un mur de pierres.

Le premier à s'approcher du docteur fut Smith. Il fonça à toute allure en direction de l'alchimiste de cristal et lui saisit les poignets. Un instant plus tard, Marcoh parvint à projeter le soldat au sol, mais au lieu de s'écraser sur le dos, Smith parvint à profiter de l'élan pour se redresser d'un même mouvement.

"Plus de cercle, cria le soldat avant de se remettre en garde face au médecin."

Ross et Mustang étaient encore trop loin et les lames effilées des pylônes ralentissaient leur progression - comment diable Smith s'était-il débrouillé pour se rapprocher du médecin aussi vite ? - mais le soldat parvenait à tenir tête à Marcoh.

Celui-ci se tourna d'un bond à l'approche de Mustang et lui asséna un crochet furieux.

"Docteur Marcoh, c'est Mustang. Arrêtez de vous battre contre moi !"

Mustang para le coup et tenta d'immobiliser le médecin mais celui-ci restait plus fort et plus imposant physiquement. Et le président avait passé trop de temps derrière un bureau. Il ne parvint qu'à dévier le coup et sentit son épaule protester.

"Marcoh, je sais que vous êtes toujours là, à l'intérieur."

Si sa voix avait un quelconque effet sur son ancien collègue, celui-ci n'en montra rien et se contenta de lui porter un énième coup.

"Faites un effort ! cria-t-il, agacé."

Mais toujours aucune réaction.

D'un signe de tête, Mustang fit signe à ses coéquipiers d'intervenir. Il ne leur fallut qu'un croche-pied bien placé et Smith se laissa tomber sur le dos du médecin.

"Marcoh, je sais que vous êtes toujours là, à l'intérieur, reprit l'alchimiste d'une voix essoufflée. J'ai besoin que vous fassiez un effort pour revenir à vous-même."

Toutefois le docteur continuait de se débattre, alors qu'il n'avait aucune chance d'échapper à la prise du soldat, et toujours les mêmes mots. "Tuer les intrus."

"Votre voix n'a pas l'air de beaucoup l'atteindre, fit remarquer Ross d'une voix tendue. Une idée de la façon dont nous pourrions nous y prendre ?

- Aucune. Si ce n'est la douleur"

Et l'option ne lui plaisait pas beaucoup. Mais ce n'est pas comme s'ils avaient réellement le choix.

Toute l'équipe avait réfléchi à une solution pour Mary Bradley mais Mustang avait prévu de la ramener dans le district Sud avec ou contre son gré. Là, ils auraient eu le temps de la convaincre, de la ramener à la réalité. Mais ils ne pouvaient pas s'accorder le luxe d'emporter Marcoh avec eux, pas s'il s'évertuait à leur échapper et se battre contre eux. Un affrontement au mauvais moment pouvait compromettre toutes leurs chances face à Selim. Non, s'ils voulaient ramener le docteur avec eux, celui-ci devait retrouver la pleine possession de ses moyens immédiatement.

"Le bras, suggéra Smith d'une voix sombre."

Mustang hocha la tête et le soldat s'exécuta, le visage impassible. L'os céda avec un craquement sinistre et Marcoh s'immobilisa un instant, sous leurs yeux attentifs. Mais une seconde plus tard, les grognements furieux reprirent de plus belle.

"La douleur n'était peut-être pas suffisante, suggéra froidement le Fullmetal."

Mustang se tourna vers lui d'un bond. Les mots, scandalisés, se bousculaient dans sa tête et son attitude nonchalante ne fit que rajouter de l'huile sur le feu. Ils venaient de briser sciemment le bras du docteur. Ils n'allaient quand même pas le torturer sans avoir la moindre garantie que cela ne fonctionne.

"Personne ne te demande ton avis, déclara-t-il d'un ton sec. Merci pour ton aide, d'ailleurs."

L'homonculus n'avait pas levé le petit doigt pour les aider alors que sa vitesse inhumaine aurait été un atout de taille dans la bataille.

"Vous vous débrouillés très bien sans moi, rétorqua-t-il."

Mustang sentait la colère bouillonner en lui mais il n'avait pas le temps. Pas ici, pas maintenant. Leur priorité restait Mary Bradley et le docteur Marcoh, dans une moindre mesure. Si la douleur n'avait pas fonctionné, il ne leur restait pas beaucoup de choix. L'alchimiste de flamme s'agenouilla près de son ancien camarade.

"Marcoh, c'est Mustang, répéta-t-il. Je sais que vous êtes toujours là, que vous n'avez jamais voulu aider Selim et que vous n'avez jamais voulu aider tout ça. Vous n'êtes pas condamnés à vous plier à sa volonté. Vous pouvez vous battre. Je sais que vous êtes plus fort que cela. Plus fort que les ordres qu'il vous impose. Plus fort que lui. Vous pouvez vous libérer de son emprise. Winry nous a montré à tous que c'était possible, ajouta-t-il d'une voix rauque."

Mais Winry était alors sur le point de mourir. Elle avançait vers sa propre mort et avait refusé de se plier aux règles du jeu sordide de l'homonculus. Malgré toute son amertume et tous ses regrets, Mustang se raccrocha à ses souvenirs de la jeune fille.

"Vous connaissiez Winry, Marcoh. Vous saviez qu'elle était la fille des Rockbell, les médecins civils qui sont morts à Ishbal. Vous les admiriez eux et vous admiriez leur fille. Vous l'avez vue face à Scar, face aux frères Elric. Vous avez vu sa détermination, son courage et sa compassion. Je sais que vous ne vouliez pas faire ça. Vous ne vouliez pas jouer un rôle dans sa mort. Et moi non plus."

Si les circonstances avaient été différentes, s'il avait pu, Mustang aurait versé quelques larmes pour elle. Il aurait pleuré pour cette enfant qu'il avait rencontrée il y a tant d'années auparavant, pour cette jeune fille pleine de bravoure qui avait accompagné les frères Elric. Pour toute l'innocence que les frères avaient perdu au cours des dernières années. Et il savait que le docteur Marcoh lui aussi aurait rendu hommage à la jeune fille. Ses grognements erratiques semblaient s'être calmés et d'un signe de la tête, Ross l'encouragea à poursuivre.

"Marcoh s'il y a bien une personne pour qui vous devez vous battre, c'est Winry. Elle s'est battue jusqu'au bout pour ne pas être un pion de Selim et vous... nous le lui devons également."

Un instant s'écoula avant que le docteur ne s'immobilise une seconde.

"Tuez-moi."

Mustang se figea : "Marcoh ?

- Tuez-moi, articula l'alchimiste, plongeant ses yeux sombres dans les siens."

Il n'y avait aucun doute possible. Marcoh avait repris possession de ses moyens et s'était montré très clair. Mais aussi vite qu'il était apparu, le docteur disparut en lui-même et recommença à se débattre. Mustang se tourna vers Ross qui hocha la tête.

"J'ai entendu la même chose."

Mais l'alchimiste de flamme refusait de s'y résoudre.

"Marcoh, vous pouvez faire plus que cela. Vous devez vous battre contre Selim, contre ses ordres. Vous venez de le faire, vous pouvez encore le faire !"

Seulement s'il y avait un changement dans le comportement du médecin, c'était pour le pire. Le docteur grognait d'autant plus, se débattait d'autant plus, arrachant une grimace à Smith.

"Il l'a peut-être dit car il se savait incapable de se battre, déclara froidement le Fullmetal."

Avant même d'en avoir conscience, Mustang attrapa l'homonculus par le col.

"Tais-toi, gronda Roy. Tu n'as aucun droit, tu ne peux absolument... Comment peux-tu oser dire cela, Fullmetal ? Tu es incapable d'éprouver le moindre sentiment, la moindre empathie envers ton frère et tu penses être capable d'interpréter les paroles du docteur ?"

Le sang bouillonnait dans ses veines et Roy entendait son cœur tambouriner à ses oreilles. Sa rage n'en était que décuplée en voyant le visage inexpressif du Fullmetal. Celui-ci aurait pu esquiver son geste, s'il l'avait voulu. Avec sa vitesse, il avait largement eu le temps de voir sa main arriver, mais il s'était laissé faire. Et le savoir ne rendait Mustang que plus fou.

"Monsieur le président, haleta Smith, je ne crois pas que nous ayons le temps pour cela."

Le soldat avait raison, bien sûr qu'il avait raison. Mais en ce moment précis, Mustang n'avait qu'une seule envie : passer sa colère à coup de poings sur l'homonculus. Néanmoins, leur objectif était Mary Bradley. Avec une profonde inspiration, il s'obligea à relâcher le Fullmetal qui ne faisait toujours pas mine de vouloir se défaire de sa poigne.

"Je crois que nous n'avons pas le choix, déclara-t-il finalement."

Marcoh se débattait toujours comme un animal sauvage, sous le poids de Smith, et celui-ci commençait à se fatiguer. Peut-être que le Fullmetal avait raison. Peut-être que le docteur savait qu'il n'avait plus la force de se battre, plus la force de revenir à lui. Et ils n'avaient plus le temps.

"Est-ce que vous voulez que je...

- Je vais le faire, déclara Mustang."

Marcoh et lui avaient combattu ensemble à Ishbal, avaient commis les pires des atrocités ensemble et avaient cherché la rédemption en s'opposant aux homonculus. Il ne pouvait que lui rendre ce dernier hommage.

Mustang prit l'arme que lui tendait Ross et colla le canon contre le crâne du médecin.

"Au revoir, docteur."


"Ne traînons pas, déclara Smith en se relevant."

Le coup de feu avait résonné loin dans la nuit et d'autres marionnettes de Selim ne tarderaient pas à se diriger vers eux.

Mustang se releva et rendit son arme à Ross. Le visage de Smith reflétait toute l'amertume et le dégoût face à l'exécution de Marcoh et celui de la soldate s'était figée dans un masque impassible, sûrement pour ne pas risquer de se révéler. Son propre regard ne devait pas être beaucoup mieux, mais Mustang se força à se concentrer sur l'adresse : 26 Feather Branch court.

La maison était similaire à toutes ses voisines mais l'architecture de Centrale n'avait jamais brillé par son originalité, dessinée par des militaires qui aimaient l'ordre, la régularité et la répétition. Les lumières y étaient allumées, signe que malgré le raffut et le coup de feu, les habitants les y attendaient.

Mustang haussa les épaules à l'attention de ses coéquipiers et se contenta de grimper les marches du perron pour sonner à la porte, une approche curieusement civilisée pour le contexte, mais Smith et Ross compensaient en se tenant à l'affût, sur leurs gardes. Seul le Fullmetal paraissait complètement détaché et détendu. Comme s'il ne venait pas d'assister à la mise à mort du docteur Marcoh.

Ils attendirent un certain moment avant que finalement, le plancher ne finisse pas craquer de l'autre côté de la porte. Celle-ci s'ouvrit sur le visage émacié d'un vieillard. Ploetz. Même si ses rides s'étaient creusées par rapport à sa photo de service, aucun doute n'était permis. L'ancien scientifique leur adressa un sourire mauvais.

"Messieurs et madame, nous vous attendions."

Puis il s'effaça pour les laisser entrer.

Ce n'était qu'un vieil homme, à peine suffisamment en forme pour tenir sur son déambulateur. Un vieil homme qui se traînait plus qu'il ne marchait d'une pièce à l'autre. Mais il y avait quelque chose de malsain dans son sourire, son comportement et son assurance. Comme s'il ne craignait absolument pas que Mustang ne l'attaque dans son dos, que les militaires ne se jettent sur lui pour l'immobiliser. Un petit rien dans l'air qui hérissait l'alchimiste. Celui-ci fit un signe de tête à Smith et Ross, puis s'avança avec prudence dans la maison.

Des toiles d'araignées pendaient du plafond, des traces de caoutchouc sur les murs témoignaient de l'incapacité de son occupant à prendre soin du logement mais...

"Pas de poussière sur les meubles, fit remarquer Smith à voix basse.

- Il a eu de l'aide, récemment, acquiesça Mustang."

Et cette aide était assise sur un fauteuil du séjour, le regard perdu sur les pages d'un livre qu'elle ne semblait même pas voir.

"Mary Bradley."

Le vieillard se mit à rire doucement.

"Elle ne répond plus à ce nom, ces derniers jours. Du moins, plus vraiment."

Mary semblait trop absorbée dans sa lecture pour remarquer leur entrée et Mustang l'aurait peut-être crue si ses yeux parcouraient les pages au lieu de fixer un point entre les pages.

"Que lui avez-vous fait ?

- Moi ? Rien du tout.

- Et Selim ?"

Un sourire cruel étira les lèvres du vieillard.

"Vous savez ce que j'aime avec leur espèce ? C'est leur capacité d'évolution. Ils ne cessent jamais de vous surprendre. Nous les avons créés, nous pensions tout connaître d'eux et voilà qu'ils parviennent encore à nous surprendre.

- Vous n'avez rien créé du tout, corrigea Mustang. L'homonculus originel est né bien avant vous, bien avant la naissance de ce pays et il a créé Selim. Vous n'avez rien fait du tout. Vous n'avez été que sa marionnette.

- Mais j'ai créé King Bradley. Et ce sont mes essais qui ont permis la création de ce nouvel homonculus qu'est Selim.

- Et vous en êtes fier ? s'exclama Smith, incrédule.

- Il y a des choses que vous ne serez jamais capables de comprendre, vous les militaires, rétorqua Ploetz avec mépris. Vous n'existez que pour tuer, détruire. Nous scientifiques, nous créons. Nous donnons la vie.

- Une vie qui n'a que pour ultime objectif de tous nous tuer.

- Nous ne pouvons pas contrôler indéfiniment les actions de nos enfants."

Smith émit un grognement de dédain.

"Il a perdu l'esprit. Il est totalement fou.

- Selim n'y est peut-être pas pour rien là-dedans, fit remarquer Ross."

Une folle lueur brillait dans les yeux de l'ancien scientifique et un sourire fixe traversait son visage. Il n'y avait aucun doute, aucune remise en question sur le visage de Ploetz. Une lueur de fanatisme éclairait son visage.

"A mon avis, il était totalement fou bien avant que Selim ne revienne, murmura Mustang. Mais ce n'est pas lui, notre objectif."

Avec un dernier coup d'oeil vers Ploetz, Maria Ross s'avança vers Mme Bradley et lui prit doucement le livre des mains.

"Mme Bradley, je suis le lieutenant Maria Ross. Est-ce que vous m'entendez ?"

Mais aucune réponse, aucune réaction ne vint.

Le sourire de Ploetz s'élargit.

"Elle ne peut pas vous répondre, je vous l'ai déjà dit.

- Mme Bradley, est-ce que vous m'entendez ?" insista Ross.

La soldate s'était agenouillée devant son interlocutrice et tentait tant bien que mal de croiser son regard.

"Est-ce que vous vous souvenez de votre prénom ? Vous vous appelez Mary. Mary Bradley. Est-ce que vous pouvez me serrer la main si vous m'entendez, Mary.

- Il y a toujours l'option de l'emmener avec nous, murmura Smith. Elle ne doit pas peser bien lourd.

- Avec tous les habitants qui rôdent autour ? fit remarquer Mustang. C'est mieux si elle peut venir avec nous sur ses deux jambes.

- On aura peut-être pas le choix."

Ross se retourna vers eux et haussa les épaules. Toujours aucune réaction. L'ancienne première dame ne semblait toujours pas réagir à son prénom.

"Est-ce que vous vous souvenez de Selim, Mme Bradley ? demanda Mustang."

Il leur restait cette carte à jouer. Après tout, elle avait menti aux militaires, tout risqué pour protéger son fils. Son fils qui l'avait lui-même enfermée ici et fait dieu-sait-quoi. Au début, sa question ne sembla pas avoir plus d'impact que les autres posées par Ross. Mustang s'apprêtait à poursuivre mais la soldate l'arrêta d'un geste de la main. Et lentement, comme un train alourdi par sa cargaison qui entre en gare, la lumière revint petit à petit dans le regard de Mary Bradley.

"Selim, murmura-t-elle.

- Votre fils, Selim, acquiesça Ross. Est-ce que vous vous souvenez de lui ?"

Le livre manqua de tomber des mains tremblantes de Mme Bradley qui se prit la tête entre les mains.

"Tout est si flou, si confus.

- Vous devez vous concentrer, Mme Bradley. Concentrez-vous sur ma voix."

Un gémissement s'échappa des lèvres de la veuve.

"Je ne sais même pas qui vous êtes. Je ne sais pas qui il est ou même qui je suis.

- Vous êtes Mary Bradley, la veuve de King Bradley, ancienne première dame d'Amestris.

- Et mère de Selim Bradley, ajouta Mustang d'une voix grave."

Après tout, Selim était le nom qui l'avait tirée de sa léthargie.

Mais Mary se contenta de frisonner puis de relever la tête vers lui. Même si son regard restait flou et embrumé, une lueur l'animait maintenant et une grimace sur son visage traduisait l'effort qu'elle réalisait pour se souvenir à nouveau.

"Je ne me souviens de rien. Je ne sais plus qui croire. Je...

- Respirez, Mme Bradley"

Mais la veuve avait le regard rivé sur Mustang comme si son visage pouvait être la clé et quelque part l'alchimiste espérait. Il pouvait la forcer à les suivre, comme l'avait suggéré Smith, mais la convaincre restait le plus rapide. Et pour la convaincre, ils avaient besoin qu'elle se souvienne de quelque chose. N'importe quoi.

"Je ne vous aime pas, souffla-t-elle finalement.

- C'est bien possible.

- Vous nous avez enfermés, mon fils et moi.

- Et quoi d'autre ? la questionna-t-il d'une voix dure.

- Vous ne nous voulez pas du bien."

Mustang hocha la tête. C'était un début. Même si elle n'était pas encore capable de leur raconter la façon dont elle avait atterri ici, sa mémoire ne semblait pas totalement irrécupérable.

"Vous allez devoir me suivre, Mme Bradley, déclara-t-il fermement.

- Pourquoi ?"

Tout son corps s'était tendu. Mary Bradley ressemblait à une bête aux aguets, un animal qu'on avait affamé, enfermé et qui n'avait pas vu la lumière du jour, respiré l'air frais depuis trop longtemps.

"Est-ce que vous savez qui est cet homme ? lui demanda Mustang en désignant Ploetz d'un geste de la tête.

- Il dit qu'il est mon père.

- L'est-il réellement ?

- Je n'en sais rien."

Mustang sentait le désespoir dans sa voix mais il était incapable de se sentir désolé pour elle. Mary Bradley était à l'origine de tout ceci. Sans ses mensonges, sans ses tromperies, rien de tout cela ne serait arrivé. Gabrielle, Riza et Falman seraient toujours en vie. Le Fullmetal ne serait pas dans un tel état. L'alchimiste avait besoin d'elle, peu importe l'état dans lequel elle était.

"Que croyez-vous ? Que vous dit votre instinct ? demanda Ross d'une voix douce.

- Que je ne peux faire confiance à aucun de vous."

Et pour une fois, son instinct ne la trompait pas.

"Mme Bradley, vous êtes retenue prisonnière ici. Vous avez dû vous en rendre compte. Cet homme ne vous veut pas du bien. Il vous retient simplement ici car Selim Bradley lui en a donné l'ordre.

- Selim ne veut que me protéger, protesta Mary d'une voix faible.

- Et que veut-il faire d'autre ?

- Il veut...

- Nous tuer, se venger, mettre Central City à feu et à sang, déclara Smith d'une voix dure avant que la vieille dame ne puisse répondre. Nous n'avons plus le temps, nous devrions partir. Qu'elle soit d'accord ou non."

Mais Ross lui adressa un regard de reproches.

"Mme Bradley, vous savez que vous ne pouvez pas rester ici. Vous savez que cet homme ne veut vous pas du bien.

- Et vous ? demanda-t-elle directement à Mustang.

- Moi c'est à votre fils que j'en veux."

Roy n'avait aucun intérêt à mentir et à vrai dire, il n'en avait plus la force.

"Smith a raison. Votre fils veut nous tuer, quitte à tuer toute personne sur son chemin s'il le faut. Il a déjà tué plusieurs de nos coéquipiers et je ferai tout pour l'arrêter. Y compris me servir de vous comme appât."

Et dans ces conditions, comment pouvait-elle le suivre ? Comment pouvait-elle lui faire confiance ? Le visage crispé de Maria Ross lui indiquait tout ce que la soldate pensait : avec ces réponses pleines de franchise, Mustang venait d'enterrer toute espoir que Mary Bradley les suive de sa propre volonté.

La vieille dame secoua la tête : "Selim n'est qu'un enfant. C'est un bon garçon. Il ne ferait jamais ça.

- Et pourtant, il vous a menti, manipulée, il a fait usage de ses pouvoirs sur vous.

- Non."

Mais son visage indiquait que Mustang avait touché un point sensible. Lentement, des souvenirs remontaient à la surface et ils étaient loin d'être plaisants.

"Il a déjà fait usage de ses pouvoirs sur vous et vous le saviez.

- Il avait promis, souffla Mary d'une voix faible. Il m'avait promis de ne jamais..."

A nouveau, elle se prit la tête entre ses mains et gémit.

Peut-être qu'un autre jour, dans d'autres circonstances, Mustang aurait compati à sa souffrance, son désespoir, mais pas ce jour-là.

"Nous n'avons plus de temps à perdre, Mme Bradley. Allez-vous nous suivre ou rester prisonnière ici ?"

Après ce qui sembla être une éternité, la veuve de Bradley releva la tête vers lui.

"Je ne le fais pas parce que je vous fais confiance. Uniquement car je veux voir mon fils."

A suivre...


Il y a du bon et du mauvais dans ce chapitre... Pauvre Docteur Marcoh mais je pense qu'à ce stade vous vous doutiez de son sort ^^; Et Edward qui se montre encore plus horrible à chaque chapitre haha...

Dites moi ce que vous avez pensé de ce chapitre ! :)