Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers :

- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.

Précédemment dans La Pièce Vide : Les assauts rebelles vont commencer. Amanda et Bobby déplacent Remington et Evans. Ceux-ci, sans comprendre les enjeux du conflit, tentent de s'échapper. Dans la lutte, Bobby meurt et Audra parvient à s'enfuir, tandis que dans un dernier geste désespéré, Amanda décide de venger son homme de main. Sa capture par les forces armées ne tarde pas à être annoncée à la radio. Mais s'ils entendent la nouvelle, Mustang et ses hommes ne peuvent rien faire : Selim vient de faire son apparition...

"Zig et zig et zig, la mort en cadence

Frappant une tombe avec son talon"


Mort en cadence

Il ne fallut qu'un appel pour réveiller toute la maison. Et en un instant, tous furent sur le branle-bas de combat.

"Combien d'hommes ? demanda Mustang.

- Nombre indéfini pour le moment mais un certain nombre malgré tout. Cinq camions, pour le moment à l'arrêt. Selim Bradley est présent et à découvert. Il se montre bien visible pour nous dire qu'il est là."

Colt fit signe à Smith de s'écarter et son coéquipier lui laissa la place, toujours occupé à énumérer à Mustang ce qu'il avait vu. Mais la soldate avait besoin de constater par elle-même.

L'obscurité ne permettait pas de distinguer grand chose, sinon une masse indéfinie qui grouillait au loin, sur la ligne d'horizon. Les phares des camions n'avaient pas bougé, signe que les véhicules stationnaient, et dans leur halo se découpait une forme facilement reconnaissable : celle de Selim. Le message était clair. L'homonculus tenait à annoncer sa présence. Il était sûr de lui, sûr de sa puissance de frappe et cherchait à les intimider.

Mustang marmonna quelque chose que Colt ne saisit pas et fit signe à tous de le suivre dans les escaliers. Les autres les attendaient en bas, tous prêts.

"La présence de Selim est confirmée, annonça l'alchimiste de flamme d'un air grave. Il n'est pas venu seul mais avec des renforts. Dans l'obscurité, difficile d'estimer l'effectif derrière lui.

- Aucune nouvelle de Fuery ? demanda Broche.

- Aucune. Nous partons donc sur l'hypothèse que les rebelles n'ont pas lancé leur attaque."

Le pire cas de figure.

"ça nous fait un homme en moins, murmura Ross.

- Et nous ferons sans", déclara simplement Mustang parce qu'il n'y avait pas d'autre réponse. "Nous ne pouvons qu'espérer que Fuery est sain et sauf de l'autre côté des lignes ennemies."

La situation était loin d'être optimale mais c'était un risque que Breda et lui avaient pris en envoyant Fuery.

"Le plan va changer, puisqu'il n'est désormais plus possible de poster deux personnes à chaque endroit, déclara Breda. Je vais rester ici avec Smith et Colt. Broche et Ross, vous vous dispersez sur chaque avant-poste. Votre impact n'en sera que plus limité, alors concentrez-vous sur les cibles prioritaires : les véhicules, les hommes qui transporteront de l'artillerie lourde si possible. Votre objectif sera de les affaiblir sans attirer l'attention sur vous."

Le duo hocha la tête d'un air grave : la stratégie initiale prévoyait deux hommes dans la maison, deux à chacun des deux abris prévus dans la forêt afin d'attaquer les forces de Selim sur trois fronts. Mais avec l'absence de Fuery, ils ne pouvaient plus maintenir ce plan. La maison deviendrait le front principal et les positions latérales, seules et isolées, étaient d'autant plus risquées. Néanmoins, Broche et Ross acquiescèrent sans un mot et se contentèrent de rabattre leurs capuches. Si Selim était venu avec des véhicules, alors ils n'avaient plus beaucoup de temps pour rallier ces points. Dix minutes, tout au plus, avant que la bataille ne commence.

Smith, Alphonse et Mustang connaissaient également leurs positions et se rassemblèrent sans un mot. Seule Mary Bradley semblait perdue au milieu d'eux. Elle avait sans doute écouté une partie de leur plan et les instructions de Mustang à son égard avaient été claires : la veuve était leur appât mais sa mort n'était pas nécessaire. Elle devait donc s'enfermer dans sa chambre pour éviter d'être prise au milieu des combats. Seulement maintenant que ceux-ci étaient imminents, la civile était paniquée et perdue.

"Dans votre chambre, indiqua Colt en lui saisissant le poignet. Vous vous enfermez, vous fermez les volets et vous n'en ressortez que lorsque quelqu'un viendra vous chercher. Soit nous, soit votre fils."

Mary ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, incapable de parler, mais ils n'avaient pas le temps.

"Dans votre chambre, répéta la soldate. Croyez-moi, vous ne voulez pas être prise au milieu de tout ça."

Et sans perdre davantage de temps, elle poussa la veuve en direction de la porte puis gravit les escaliers en courant pour rejoindre ses coéquipiers, déjà en position.

Les fenêtres du grenier offraient une vue à trois-cent-soixante degré sur l'extérieur de la maison, mais grâce aux talents d'alchimiste d'Alphonse, des meurtrières avaient été ajoutées aux endroits stratégiques et les murs de la pièce avaient été renforcés pour les abriter davantage face aux tirs ennemis. Leur position était cruciale : ils devaient absolument retenir les soldats pour que Mustang et les frères Elric se concentrent sur l'homonculus.

Colt attrapa son arme et vérifia une dernière fois sa réserve d'armes et de munitions ; merci Amanda.

"Du nouveau ?

- Les véhicules sont en mouvement, indiqua Smith. Ils devraient arriver dans le périmètre extérieur dans dix minutes.

- Alors on a dix minutes d'attente, murmura la soldate."

Dix minutes insupportables, bien plus que les cinq jours qui s'étaient écoulés avec une lenteur épouvantable.

La vue de cette silhouette enfantine dans sa lunette avait déclenché en elle une nervosité que Colt n'avait jamais ressentie. Un niveau d'adrénaline qui faisait battre son cœur à ses oreilles et transpirer ses mains.

Cette attente différait de toutes les autres car la soldate n'avait jamais été au front. Elle n'avait jamais connu ce mélange de peur et d'excitation à l'orée de la bataille. Elle n'avait jamais connu que la somnolence des surveillances interminables, l'adrénaline des filatures. L'imminence du combat était tout autre et la masse grouillante et informe de l'infanterie ne faisait que rajouter à cette tension. Impossible d'estimer le nombre de leurs assaillants, impossible de savoir précisément ce à quoi ils faisaient face.

A côté d'elle, Smith semblait plus renfrogné que d'habitude et seul Breda parvenait à garder son calme. La soldate soupira doucement par la bouche et se força à reporter son attention sur la file de véhicule qui serpentait sur la route en terre battue.

"Cinq minutes, annonça Breda. Vous avez les cibles en vue ?

- Oui."

Malgré l'obscurité, celles-ci étaient clairement visibles, illuminées par les phares des camions à l'approche. Les petits voyants plantés dans le sol indiquaient avec précision la zone de tir. Colt positionna son doigt sur la gâchette et s'efforça de calmer les battements de son cœur. Ils s'étaient préparés, ils avaient prévu les pires scénarios et leurs variantes et Breda avait pensé leur tactique jusque dans les moindres détails. Si un plan avait une chance de fonctionner et de les garder en vie, c'était bien celui-là.

"Une minute, déclara Breda."

Colt braqua son arme sur la cible. Cette première salve était décisive et ils ne pouvaient pas se permettre d'échouer.

"Attendez, murmura Breda. Attendez. Maintenant."

D'un même geste, Smith et elle firent feu et une fraction de seconde plus tard, les charges enterrées de part et d'autre de la route explosèrent. La bataille commençait.

Les explosions projetèrent en l'air les deux premiers camions qui atterrirent dans un fracas assourdissant. Une fumée épaisse vint obstruer leur vision et pendant un instant l'énormité de ce qu'ils avaient faits les frappa : ils venaient probablement de tuer des soldats qui n'étaient pas là de leur propre volonté. Des soldats sous l'emprise de Selim qui n'avaient pas d'autre choix que d'obéir.

Colt déglutit et refoula la culpabilité qui l'envahissait. A ce stade, ils ne pouvaient pas non plus se permettre la moindre clémence. C'était ces soldats ou eux.

Les deux véhicules, en travers de la route, entravaient la progression des camions derrière eux. Toutefois, les travaux d'aplanissement de Mustang leur permettaient également de passer à travers champs. Les trois camions restants commencèrent à contourner les habitacles fumants, exactement comme ce que Breda avait prévu.

"Prêts ? demanda le chef d'équipe."

Colt braqua son arme sur les nouvelles cibles et attendit le signal. Lorsqu'ils tirèrent à nouveau, les trois derniers véhicules furent soufflés par l'explosion et promptement mis hors d'état de service. Premier problème réglé. Maintenant le deuxième. A travers la fumée, ils distinguaient des silhouettes chancelantes se dégager des décombres.

Les soldats étaient visiblement sous les ordres de Selim. Personne de sain d'esprit n'aurait jamais continuer à progresser ainsi, pas après avoir subi des dégâts pareils. Des combattants normaux auraient cherché à s'abriter, se replier pour repenser leur stratégie face à ce terrain visiblement miné, mais pas eux. Ces hommes continuaient à avancer de front, titubant et trébuchant. Colt sentit un frisson sinistre lui remonter le dos.

"On reste concentrés, rappela Breda."

Tout se passait comme prévu pour le moment. Smith et elle avaient mis hors d'état de nuire les plus gros véhicules. Ceux-ci faisaient désormais obstacle à la progression de cette masse de soldats à pied. L'infanterie n'avait d'autre choix que de rompre les formations et s'avancer vers eux au compte-goutte.

"Retenez les tirs jusqu'à ce qu'ils soient à portée. Nous allons devoir économiser nos munitions."

Colt hocha la tête. Elle avait confiance en Breda pour les garder en vie, peu importe le nombre qui pouvait déferler sur eux. Malheureusement, le plan ne dépendait pas que d'eux.

"Quelqu'un a vu Selim ? demanda Smith.

- Ce n'est pas notre problème, rétorqua Breda.

- Non, mais j'aimerais autant savoir où il se trouve. Surtout si le Fullmetal ne joue pas son rôle.

- Tu t'inquiètes pour rien, le rassura Colt. Il est juste là."

Edward était sorti sur le perron de la maison et semblait si détendu qu'on aurait dit qu'il attendait sur le quai d'une gare. Malgré tous les doutes qu'ils avaient pu nourrir à son égard, Colt ne pouvait que se sentir soulagée à sa vue.

"Espérons qu'il fasse son job.

- Concentrez-vous, les rappela à l'ordre Breda. Dans dix secondes."

Et le chef d'équipe se lança dans un décompte qui se perdit dans les battements de cœur qui résonnaient aux oreilles de Colt. Au signal convenu, la soldate fit feu sur les rangs de ceux qui, il n'y avait pas si longtemps, avaient été ses camarades. Et aucun d'entre eux ne vit le Fullmetal disparaître sous leurs yeux.


Sa vitesse était telle qu'aucun des deux ne le vit partir et encore moins réapparaître devant eux. Mais Mustang était prêt et concentré. Au moment où Selim apparut dans son champ de vision, il claqua des doigts et un mur de flammes vint engloutir la silhouette frêle de l'homonculus.

Celui-ci n'eut pas le temps de crier. Le brasier était trop intense. Même depuis sa position, Mustang sentit la chaleur des flammes lui lécher le visage.

Une odeur de chair brûlée se répandit dans la pièce et l'alchimiste grimaça.

A sa droite, Alphonse scella promptement l'entrée de la fosse, puis fit remonter son frère avant de faire disparaître toute sortie également.

"Dehors ? demanda Mustang.

- Le champ de bataille, répondit le Fullmetal d'un ton laconique."

Roy s'abstint de toute remarque et reporta son attention au centre de l'arène.

Celle-ci avait été aménagée par le cadet des frères Elric à leur arrivée dans la planque. Une fosse gigantesque, profonde de quinze mètres, là où se trouvait autrefois la cave. Il n'existait aucune façon d'en remonter, sinon l'alchimie. Quatre projecteurs éclairaient d'une lumière crue son centre, réduisant au maximum l'ombre de l'homonculus. Et les deux alchimistes se tenaient en hauteur, dans une position idéale pour attaquer à distance sans entrer en contact avec lui. Ne restait alors qu'à alterner leurs attaques sans répit, sans donner la moindre occasion à Selim de parler.

Ce plan était simple, presque trop, mais à un contre trois, Selim ne pouvait pas gagner. Tout ce qu'ils avaient à faire était de ne pas relâcher leur attention, de ne pas fournir la moindre occasion à l'homonculus de prendre l'ascendant.

Le monde extérieur, Amanda, Breda, tous devaient disparaître en attendant.

Si cela fonctionnait, épuiser la pierre n'était alors qu'une formalité et Edward n'aurait qu'à sauter dans l'arène le moment venu et pour le moment, le Fullmetal se tenait silencieusement à côté de son frère, la fournaise projetant des ombres inquiétantes sur son visage.

A travers les flammes, Mustang voyait le corps de l'homonculus se reconstituer. Un peu avant qu'il ne soit à nouveau indemne, il fit signe à Alphonse et un pic de béton embrocha Selim Bradley, le réduisant au silence avant même qu'il ne puisse être en mesure de parler.

"Parfait. On continue comme ça."

L'adolescent hocha la tête sans un mot.

Il y avait quelque chose de sinistre, de morbide, à regarder ce corps continuer de bouger, malgré le bloc de béton enfoncé dans son crâne. Comme une marionnette sordide, Selim se défit de la prise et son visage commença à se reconstituer alors que ses blessures qui auraient suffi à tuer n'importe qui. N'importe qui d'humain. Mais ce n'était pas la première fois qu'ils voyaient des homonculus à l'œuvre.

D'un geste presque mécanique, Mustang claqua à nouveau des doigts.

"Tout va bien, Alphonse ?"

L'air s'était réchauffé d'un coup, dans le souterrain. Mustang sentait la sueur perler sur son front. Entre la chaleur et l'odeur, l'air était devenu presque irrespirable. Mais l'alchimiste savait que ce n'était pas la seule raison pour laquelle Alphonse était aussi tendu : à cette température-là, les corps ne se contentaient pas de brûler. Certains os et cavités explosaient sous la pression et même s'il n'avait pas le temps de parler, Selim n'en restait pas moins silencieux.

Mustang avait déjà eu l'occasion de s'habituer à ce chant macabre à Ishbal, mais le visage de l'adolescent était livide.

"ça va aller, le rassura Alphonse.

- Cette étape va durer longtemps, espérons-le. Nous allons devoir tenir dans la durée.

- Je sais, murmura-t-il tandis qu'il transmutait à nouveau un pylône de béton."

Le plan de Breda était simple, car même les plans les plus complexes pouvaient échouer. Mais leur tactique leur demandait de faire preuve de patience et de résilience. Lorsque Selim commencerait à guérir de ses blessures moins vite alors l'étape deux, la plus délicate, commencerait. Mais en attendant, ils ne pouvaient qu'attendre et contempler le spectacle sinistre sous leurs yeux.

Alphonse fit une grimace dégoûtée, lorsqu'à nouveau Selim se détacha à niveau du pylône.


Les forces n'étaient pas en leur faveur, mais les événements se déroulaient bien.

Après les explosifs, ils étaient passés aux grenades pour empêcher les formations de se recréer et désorganiser les troupes. Ils alternaient : faire feu sur les assaillants qui arrivaient à portée de tirer, puis lancer de grenades à nouveau. Jusque-là, l'armée n'avait que peu riposté et les renforts ajoutés aux murs par Alphonse avaient tenus.

"Ross et Broche ont atteint leur poste, déclara Smith.

- J'ai vu."

Les deux tireurs étaient discrets mais efficaces. Grâce à eux, l'armée n'était pas parvenue à déployer leurs canons. Les porteurs étaient abattus avant de pouvoir les mettre en place et les flancs de la formation étaient subrepticement écrémés. Du bon travail pour deux personnes uniquement. Néanmoins Colt savait que si leurs adversaires n'avaient pas contre-attaqué et n'avaient pas attaqué Ross et Broche, c'était principalement parce que ces soldats suivaient aveuglément les ordres de Selim, sans avoir la moindre marge de manœuvre pour, par exemple, mettre en place une stratégie de riposte.

"Quelle putain de tâche, jura Colt tout bas."

Leurs adversaires n'étaient qu'une armée de marionnettes sans cervelle. Les balles pleuvaient de tous les côtés mais au lieu de se mettre à couvert, les soldats avançaient inexorablement vers eux, une floquée d'oiseaux désorganisés, sans chef ni directives. Une floquée d'oiseaux qui n'attendaient que d'être abattus. Leur tâche avait beau être facilitée, elle n'en était pas moins sinistre : Colt avait essayé quelques fois de viser les cuisses plutôt que tuer. Mais ses cibles se contentaient de se relever comme si de rien n'était et continuaient d'avancer en boitant. Ils n'avaient donc pas d'autre choix que de les exécuter.

"Ils se comportent exactement de la même façon qu'à Featherbranch Court, commenta Smith d'un ton amer. Ils n'ont plus aucune volonté, aucun instinct de préservation. Ils vont se contenter de se traîner jusqu'ici, peu importe les blessures. Ils n'ont même pas l'air d'avoir de se demander d'où viennent ces tirs sur les flancs. Ou même ne serait-ce que d'avoir remarqué.

- C'est une bonne chose, pointa Breda. Sinon Ross et Broche n'auraient pas eu la moindre chance. En cas de riposte, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes alors continuez de prier pour que ces soldats continuent de se comporter comme s'ils étaient incapables de réfléchir. Colt, grenade."

La jeune femme en saisit une dans son dos puis sentit l'effroi la gagner lorsqu'elle releva la tête de sa lunette de tir.

Elle avait beau éliminer ses cibles avec efficacité, ce qu'elle avait fait n'était qu'une simple goutte d'eau dans l'océan. La masse des soldats semblait sans fin et continuait d'affluer sur eux, marchant sur les corps de leurs camarades.

La sueur froide se mit à couler dans son dos. A ce rythme-là, ils pourraient se battre jusqu'à l'aube sans rien changer à la situation. Et ils seraient à court de munitions bien avant. Breda avait dû le réaliser également. Colt lança sa grenade avant de se tourner vers son chef d'équipe.

"On continue comme ce qu'on a fait jusqu'à présent, répéta-t-il d'un ton calme. On les élimine un par un.

- Et au niveau des balles ? marmonna Smith"

Lui aussi avait vu cette masse informe et grouillante face à eux, cet océan de soldats qui affluait sans répit. Les explosifs et les pertes qu'ils avaient infligées ne représentaient rien face au nombre de leurs assaillants.

"Concentrez-vous sur la situation actuelle, ordonna Breda. La suite du plan est de mon ressort. Pas du votre. N'anticipez pas une situation qui ne s'est pas encore produite."

Peut-être, mais il était quand même difficile d'ignorer la situation globale.

Colt plissa les yeux pour distinguer les soldats, derrière la fumée dégagée par sa grenade. Ils pouvaient à peine tenir sur leurs jambes. Nul doute que sans le contrôle imposé par Selim, ces hommes se seraient effondrés en hurlant. Sous la lueur de la pleine lune, la soldate distinguait des membres arrachés, le sang jaillir à flot. Des marionnettes impuissantes, mais pas inconscientes de leurs faits et gestes. Des victimes condamnées à se laisser mourir sur ordre.

Quelques balles se fichèrent dans le mur à côté d'elle et ramena Colt à ses esprits. Il ne lui fallut pas longtemps avant de localiser le tireur, l'un des rares encore suffisamment en forme pour penser à utiliser son arme. Elle le mit hors d'état de nuire d'un tir précis à la tête. Puis elle se força à inspirer lentement pour ne pas laisser la panique la gagner.

Ils avaient tous un rôle à jouer et ils ne pouvaient pas faillir. Sinon, Mustang et Alphonse n'auraient pas la moindre chance de venir à bout de Selim. Breda était en charge du plan, de trouver des solutions. Elle devait tenir le plus longtemps possible face à cette armée. Et cela commençait par se débarrasser de chaque soldat qu'elle apercevait dans sa lunette. Un à la fois. Il n'y avait pas d'autre manière de faire. Il les avait gardés en vie jusqu'à présent et ne les avait jamais laissés tomber. Il trouverait un moyen de les sortir de cette situation. Elle devait croire en lui, sans quoi il ne lui restait plus qu'à prendre ses jambes à son cou.

Rapidement, Colt perdit la notion du temps. Difficile de garder la tête froide lorsque tout son univers se réduisait à ce qu'elle voyait à travers sa lunette de tir. Une heure ou quatre auraient pu passer. Et la soldate s'efforçait de ne pas regarder au-delà de la ligne de front pour ne pas sentir son courage fléchir à nouveau. Mais au bout d'un certain temps, la tentation fut trop grande et elle dévia de sa cible un instant. Un instant pour que sa gorge ne s'assèche.

"Breda, alerta-t-elle d'une voix tremblante."

Mais son chef l'avait vu. Le visage dur, les yeux fixés sur ce point à l'horizon, il s'efforçait de trouver une solution et Colt pouvait voir les rouages tourner à toute allure dans son crâne.

"Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Smith"

Le souffle court, elle braqua sa lunette sur la petite cible mouvante pour confirmer son intuition. Elle ne s'était pas trompée.

"Un char d'assaut.

- Merde, jura Smith.

- Continue de surveiller le front ! ordonna Breda.

- Un char, Breda ? S'il arrive à moins de cent mètres nous sommes morts, rétorqua le soldat."

Mais Breda savait bien. Ils le savaient tous. Ce char n'était pas venu sans munitions et une seule de ses têtes d'ogives pouvait les tuer. Eux n'avaient à leurs dispositions que des fusils et des grenades. Pas de quoi riposter.

"Merde, merde, merde, jura Colt."

Si ce char s'approchait, alors ils mourraient tous.


Mary avait peur. Comme toute personne sensée dans ce genre de situation, elle craignait pour sa vie.

La maison était sous assaut. Elle entendait la pluie de tirs et surtout les explosions. Bombes, grenades, elle n'aurait su dire, mais l'impact des explosions faisaient trembler les murs de la maison et elle avait l'impression qu'à chaque instant, celle-ci pouvait s'effondrer sur elle. Ross et Colt, les deux soldates, lui avaient garanti que non. Qu'elle était en sécurité dans cette chambre, que Fuery et Alphonse avaient judicieusement renforcé la structure du bâtiment pour précisément faire face à ce genre de situation. La maison résisterait aux balles, aux explosions, aux affrontements. Mais difficile d'y croire lorsque les combats semblaient se dérouler sur le perron même.

Tout son corps tremblait, recouvert d'une fine couche de sueur froide. Une réaction normale, probablement, mais Mary était tellement habituée à cet état de terreur qu'elle le remarquait à peine. Son corps savait mais son esprit n'était presque plus là, trop concentré sur une information : son fils était quelque part sur le champ de bataille. Peut-être pris entre les tirs. Peut-être en train de se battre contre Mustang et les frères Elric.

Mary savait que cela n'avait aucun sens. Elle ne pouvait pas encore et toujours se soucier de lui, craindre pour sa sûreté. Pas après tout ce qu'il avait fait et pas après tout ce que les militaires avaient fait. Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Son fils, celui qui avait eu besoin de tenir sa main pendant si longtemps pour s'endormir, était quelque part ici, et faisait face à des militaires décidés à lui ôter la vie. Il avait beau lui avoir menti, l'avoir trahie, et l'avoir abandonnée, Mary ne pouvait pas s'en empêcher.

Elle posa la main sur la poignée de la porte.

Si elle avait ne serait-ce qu'une chance de le raisonner, de le sauver, ne devait-elle pas essayer ?

Scène 6 - Colt, Smith et Breda, face au tank

"Nous devons absolument l'arrêter.

- Je sais.

- Dis-moi que tu as un plan, Breda, souffla Colt."

Amanda avait pu leur livrer des armes. Principalement ces fusils et les munitions qui allaient avec. Breda avait également demandé des explosifs et des grenades, parce qu'on n'était jamais trop prudents et la pègre lui en avait fourni, autant que possible. Mais les rebelles étaient en guerre eux aussi et il y avait une limite à ce que quatre soldats pouvaient ramener discrètement dans le district Sud. En l'occurrence, ils avaient épuisé leur réserve d'explosifs ou presque.

"Il reste deux bombes enterrées dans les champs, indiqua Breda, mais elles se trouvent beaucoup trop près. Si nous attendons que le char arrive jusque-là, il aura tiré avant."

La concentration durcissait son visage. Breda leur parlait comme s'ils n'étaient pas là, il réfléchissait à haute voix.

Colt fit de son mieux pour ne pas laisser la panique la gagner mais elle pouvait lire la même peur dans les yeux de Smith. Si Breda ne trouvait pas une solution rapidement, ils étaient condamnés. Eux, les alchimistes dans la cave et tous ceux qui oseraient se mettre en travers de Selim Bradley.

"Mais nous avons toujours des grenades, marmonna le stratégiste.

- Pourquoi faire ? demanda Smith."

La portée des grenades était encore plus courte car ils devaient les lancer. Sans compter qu'elles ne suffiraient pas à arrêter un char. Ils en étaient tous conscients et leur chef d'équipe ne répondait plus.

"Breda ? A quoi est-ce que tu penses ? demanda nerveusement Colt."

La soldate continuait à faire feu. Indépendamment de leur conversation, le front continuait de progresser et le char également. Ils n'avaient pas de temps et ce silence durait depuis trop longtemps.

"Breda, parle-nous."

A son grand soulagement, le soldat rompit enfin le silence.

"Nous avons des grenades. Une personne va aller les coller sous les roues de ce char d'assaut.

- Qu'est-ce que tu racontes ?"

Colt lança un regard de détresse à Smith. Breda devait avoir perdu l'esprit ou craqué face à la pression, pour proposer ce genre de plan. Mais elle ne rencontra qu'un regard pensif de son coéquipier.

"C'est la seule solution, poursuivit Breda en se levant. Deux grenades directement sous les roues de ce tank, avant qu'il ne soit à portée de tir. C'est la seule façon de le faire dévier de son chemin."

Colt le dévisagea comme s'il avait perdu l'esprit.

"Ce tank se trouve derrière les lignes.

- J'ai remarqué.

- Il faudrait que l'un de nous se faufile sur le champ de bataille, résuma-t-elle, d'un ton incrédule. Et à supposer qu'il survive, coller les grenades sous les roues du char et se dépêcher de revenir ?

- Les deux autres se chargeront de le couvrir.

- Même avec ça, c'est du suicide.

- Il n'y a pas d'autre solution."

Colt ouvrit puis ferma la bouche plusieurs fois sans parvenir à émettre un son, puis se tourna vers son coéquipier. Mais Smith restait résolument impassible et la jeune femme eut le sentiment d'être totalement dépassée. Cette solution n'avait aucun sens : la personne désignée pour cette mission n'avait quasiment aucune chance de survie, même avec les deux autres en charge de la couvrir. Il y avait des centaines de soldats ennemis entre le char et eux. Mille, mille cinq cent au bas mot. Mille cinq cent marionnettes incapables de ressentir la douleur, prêtes à tout pour les arrêter. C'était de la pure folie.

Smith soupira finalement et hocha la tête.

"C'est la seule solution."

Colt avait l'impression de tomber du haut d'une falaise. De quoi parlaient-ils tous les deux ? Ils avaient complètement perdu l'esprit. Ils ne pouvaient pas être sérieux. Elle tenta de réfléchir calmement pour comprendre comment cette idée pouvait être leur seul choix. Mais son esprit paralysé par le stress et parasité par ces ennemis qui avançaient toujours inexorablement vers eux.

"Vous vous foutez de moi."

Mais Breda était on-ne-peut-plus sérieux. L'air décidé, Il attrapa deux grenades dans la réserve derrière lui.

"Qu'est-ce que tu fais ? l'interpella Smith.

- Il faut que quelqu'un y aille. Alors j'y vais.

- Certainement pas."

Colt sentit sa gorge se serrer. Elle était la meilleure tireuse parmi les trois et ils le savaient tous. Sa place était dans ce grenier parce que personne d'autre qu'elle n'était à même de les couvrir. Ne restaient que Breda et Smith pour cette mission suicide et ses deux coéquipiers étaient sur le point de se disputer l'honneur de mourir sur le champ de bataille. Même si elle l'avait voulu, Colt ne pouvait pas se proposer d'y aller pour leur donner une chance de survivre.

"Avec ta blessure ? pas la moindre chance.

- C'est une mission suicide, rappela Breda.

- Je sais et avec ta blessure tu as encore moins de chances de sortir de cette maison, courir un mille mètres sous le feu ennemi, esquiver un char d'assaut et revenir."

Ce n'était que la pure vérité, ils le savaient tous. Avec une blessure à la cuisse, les probabilités de survie de Breda étaient plus que faibles.

"Toi aussi tu es blessé, fit-il remarquer.

- Au bras, pas à la jambe.

- Je ne peux pas te demander de risquer ta vie.

- Je suis déjà en train de la risquer, rétorqua Smith en se levant. Depuis un petit moment."

Il laissa tomber son fusil et attrapa deux armes de poing qu'il rangea dans son holster, avant de se tourner vers elle.

"Colt, je compte sur toi."

La soldate secoua la tête. Il ne pouvait pas lui demander cela. Le couvrir alors qu'il courrait vers une mort certaine. Mais Smith était déterminé.

"Colt, je compte sur toi, répéta-t-il d'un ton féroce."

Elle voulait objecter, refuser. Mais soit il se sacrifiait pour eux, soit ils mourraient tous ensemble dans ce grenier.

"Je sais, finit-elle par souffler. Je sais. Bien sûr que tu peux compter sur moi."

Smith hocha la tête avant de se diriger vers Breda.

"Est-ce que tu es certain de vouloir y aller ?

- Est-ce que tu es certain que c'est la seule solution ? rétorqua-t-il en tendant la main."

Breda réfléchissait à toute allure une fois encore. Il aurait donné sa vie sans réfléchir mais demander à un coéquipier de le faire était une autre chose. Colt pouvait voir les rouages de son esprit s'activer furieusement et l'espace d'un instant, elle se mit à prier pour qu'il y ait une autre porte de sortie. N'importe laquelle. Mais le soldat roux secoua la tête.

"Alors, j'y vais, conclut Smith."

Sûr de lui, il tendit une main dans laquelle Breda déposa les deux grenades.

"Le mieux serait d'éviter de remonter la route. Rester hors champs de vision du char aussi longtemps que tu le peux."

Les dernières consignes que Breda ne pouvait s'empêcher de donner, même si Smith savait déjà tout cela.

"Ok

- Abrite-toi dans le fossé après avoir dégoupillé les grenades."

- Ok

- Si tu les places au dernier moment sur la route, il ne pourra pas l'éviter.

- C'est ce que je me disais, acquiesça Smith. Autre chose ?"

Il se tourna vers Colt qui sentit sa gorge se serrer.

"Passé les trois cents mètres, nous ne pourrons plus te couvrir."

Trois cents mètres, c'était la portée de son fusil. Passé cette distance, elle ne pourrait qu'assister aux efforts de son coéquipier et l'idée même lui semblait insoutenable.

"Je sais."

Il n'y avait rien d'autre à ajouter. Rien d'autre à dire avant que Smith ne soit seul dans cette mêlée.

"Essaie de rester en vie, souffla Breda."

Smith hocha la tête.

"Je compte sur vous", répéta-t-il une dernière fois, avant de tourner les talons.

Colt se retourna vers son fusil et entendit Breda faire de même. Le temps de la peur était passé. Elle ne pouvait plus laisser ses mains trembler ni laisser la panique prendre le contrôle de son corps. Si Smith était prêt à risquer sa vie pour sauver les leurs, alors la soldate devait tout faire pour lui garantir les meilleures chances de survie. Elle inspira et força ses épaules à se détendre, puis se réinstalla derrière sa lunette de tir. Le front des soldats avait continué d'avancer et il était temps de disperser la masse.

Smith émergea sur le perron et attendit une ouverture avant de courir et plonger tête la première dans la mêlée.

"Continue de nous défendre, je me charge de le couvrir, déclara la soldate."

Il s'agissait de son coéquipier et de sa spécialité. Elle ne laisserait rien entraver la progression de Smith. Pas tant qu'il restait à sa portée.

Les premiers rangs de soldats avaient été blessés par les dernières grenades qu'ils avaient pu lancer et Smith n'eut aucun mal à se faufiler entre eux, avant même qu'ils n'aient le temps de brandir leur arme. Colt remonta le canon de son arme le long du chemin, précédant les pas de son coéquipier, et commença à lui ouvrir la voie.

Le clair de lune, les débris toujours en flammes des camions fournissaient tout juste une luminosité suffisante pour distinguer les silhouettes des soldats. Mais Colt n'avait besoin que de cela pour viser juste. La plupart des marionnettes créées par Selim étaient bien incapables de réfléchir par elles-mêmes. Tant que Smith restait loin d'eux, ces soldats l'ignoraient et ne faisaient pas mine de s'en prendre à lui. Mais quelques-uns semblaient garder un minimum de lucidité et c'était de ceux-là qu'elle se méfiait le plus.

Colt plissa les yeux pour les distinguer dans la semi-pénombre.

Viser, tirer et recharger. Recommencer.

L'automatisme des gestes et le bruit familier de son arme l'aidaient à maintenir sa concentration. Ses tirs étaient précis, efficaces. Il suffisait d'une balle pour que leur plan ne tombe à l'eau et que Smith ne meure pour rien. Et elle ne pouvait pas laisser cela se produire.

Viser, tirer et recharger. Recommencer.

"Colt ? demanda Breda.

- Smith continue d'avancer.

- Quelle distance ?

- Sept cent mètres avant qu'il n'atteigne le char."

Sa voix était calme et concentrée malgré la progression lente mais constante du véhicule sur le chemin de terre. Chacun avait son rôle à jouer et Colt remplir le sien pour que ce plan réussisse.

Viser, tirer et recharger. Recommencer.

S'il continuait à cette allure, Smith avait encore possibilité de stopper l'attaque. Le soldat avait eu raison de se proposer à la place de leur chef d'équipe. Le terrain était accidenté, après toutes ces explosions. Colt distinguait sa petite silhouette qui sautait par-dessus les mottes de terre retournées, feintait les soldats ennemis pour mieux les contourner. Jamais Breda n'aurait pu faire cela avec sa jambe blessée.

Viser, tirer et recharger. Recommencer.

"Smith sort de mon périmètre de tir"

Elle avait rempli son rôle. Désormais, Smith ne pouvait plus que compter sur lui-même et les deux armes qu'il avaient prises avec lui. Soit pas grand-chose compte tenu de cette marée d'assaillants.

"Très bien, approuva Breda. Aide-moi sur le front"

La masse des soldats s'était considérablement rapprochée de la planque et Colt grimaça. Elle décrocha son chargeur et le laissa tomber au sol, tandis qu'elle en attrapait un autre. Avec la même concentration, elle se mit à décimer méthodiquement les rangs. Ceux-ci s'approchaient désormais dangereusement de la maison - cent cinquante mètres, tout au plus ? - et avec la même efficacité, Colt fit feu.

"Boss ?"

Breda avait arrêté de tirer. La tentation était trop grande, l'enjeu trop important. Il avait relevé les yeux pour mieux suivre la progression de Smith.

"Il est en bon chemin, indiqua-t-il la voix tendue."

Il y avait cette marée d'assaillants qui se rapprochaient bien trop près d'eux, ce martèlement incessant des bottes sur la terre asséchée. Mais il y avait également leur coéquipier qui risquait sa vie seul sous leurs yeux.

Colt se força à se concentrer. Viser, tirer et recharger. Recommencer.

Smith pouvait faire dérailler ce char mais s'ils laissaient les soldats envahir la maison, alors son coéquipier aurait risqué sa vie pour rien. Breda était incapable de se concentrer sur le front et elle comprenait pourquoi. Alors elle le tiendrait. Elle en était capable. Colt avait simplement besoin de...

"Breda ?

- Il y est presque.

- Le char ?

- Près. Beaucoup trop près"

Colt jura intérieurement. Viser, tirer et recharger. Recommencer. Laisser le monde se réduire à ce qu'elle voyait uniquement à travers sa lunette, peu importe son cœur qui tambourinait dans sa poitrine, peu importe cette voix qui lui hurlait de chercher Smith à travers les champs, peu importe la sirène qui hurlait à ses oreilles.

"Il y est, souffla Breda. Quasiment.

- Le char ?

- Moins d'une minute avant... Merde.

- Comment ça..."

Mais Colt n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Elle releva la tête à temps pour distinguer une étincelle au loin. L'instant d'après, le monde disparaissait dans une gerbe de flammes.


Un coup de tonnerre fit trembler les murs de la maison et Mustang sentit l'onde de choc se répercuter sous ses pieds.

Il n'eut pas le temps de se tourner vers les frères Elric, pas le temps de comprendre ce qui se passait. Un terrible fracas se fit entendre au-dessus de sa tête et Mustang comprit au moment où un bloc de béton se détacha du plafond pour le heurter.

Mêmes conditions, même épaule.

Il grimaça de douleur. L'impact le projeta à genou et il s'agrippa de justesse au muret qui le séparait de la fosse.

La maison avait été attaquée. Pas par de simples balles mais sûrement par un tir de mortier. Peut-être une ogive.

Mais Breda et Alphonse avaient été minutieux dans leurs préparatifs. Même s'ils n'avaient pas pu renforcer la structure de toute la maison, cette pièce devait tenir, résister face à tout ce que l'armée pouvait déployer face à elle. Elle avait été prévue pour rester debout, même sous les d'obus.

Mustang se redressa et plissa les yeux. La poussière enfumait l'air et la lumière crue des projecteurs rendait cette fumée opaque. Il ne distinguait pas grand-chose.

"Alphonse, où est Selim ? cria-t-il."

Le timing était crucial. Leurs attaques devaient absolument se relayer pour ne pas laisser l'opportunité à l'homonculus de parler.

Le cœur battant, l'alchimiste scruta le centre de la fosse, encore enfumé, et lorsqu'il distingua finalement la silhouette de Selim, son cœur s'arrêta.

"Ne bouge plus."

Avec horreur, il sentit son corps se détendre et son bras se baisser.

Le visage encore sanguinolent, les os et les tissus toujours à vifs, l'homonculus avait réussi à parler d'une voix râpeuse.

Une seconde. Une fraction de seconde et il aurait réduit Selim en cendres à nouveau. Mais celui-ci avait été plus rapide et à présent, Mustang devait le regarder compléter sa métamorphose sous ses yeux. Regarder les tissus et les ligaments se réparer à nouveau, les os se ressouder et la peau venir recouvrir ce rictus à peine humain.

Roy avait l'impression d'observer la scène de loin, comme à travers un objectif, et malgré la tension des derniers jours, une voix ne cessait de lui répéter à l'arrière de son crâne que tout allait bien, qu'il pouvait arrêter de s'inquiéter et lâcher prise. Mais il ne pouvait pas. La situation était trop grave.

Où étaient Alphonse et Edward ? Avaient-ils été blessés dans l'explosion ? Le souterrain avait l'air de tenir et aucun gros dommage structurel ne semblait venir fragiliser le bâtiment mais Mustang n'était certain de rien, incapable à présent de ne serait-ce que tourner la tête pour inspecter les murs.

Avec un sourire satisfait, Selim s'avança jusqu'au projecteur le plus proche et le cassa d'un geste sec. Un instant plus tard, il répétait le même traitement au second. A présent, les deux derniers projecteurs lui permettaient de disposer d'une ombre plus sombre que jamais. L'homonculus adressa un sourire qui aurait fait frissonner l'alchimiste de flamme s'il avait pu encore bouger.

"Maintenant, fais-moi remonter, Mustang. Il est temps que les rôles s'inversent."

Avec horreur, Roy sentit ses jambes se fléchir et ses deux mains se joindre avant de se poser contre le béton nu. Un arc de lumière illumina son visage tandis qu'il modifiait la structure du bâtiment et égalisait le niveau du sol.

Fini la fosse, fini les quinze mètres qui les séparaient de Selim et fini les fortifications qui avaient empêché la maison de s'écrouler sous les tirs de mortier. Il fallut un seul ordre à Selim, un seul geste de Mustang pour défaire leur plan si simple et pourtant si efficace.

Selim s'avança vers lui avec un sourire satisfait.

"Maintenant, les frères Elric."

à suivre...


Bon, j'espère que l'attente en valait le coup et que ce chapitre ne vous a pas déçu ! Une chose que je déteste dans pas mal de série (hein, GoT ?), c'est le manque de stratégie dans les batailles. Donc Breda en stratège de génie doit bien avoir un plan de bataille précis. Mais bien sûr, Selim a lui aussi eu tout le temps d'affiner son approche alors fatalement...

Au programme dans le prochain chapitre : Mustang sous contrôle, Colt dans une situation des plus désespérées et Evans plus seule que jamais (hé oui, je tease). N'hésitez pas à me laisser des petits commentaires pour me dire ce que vous avez pensé du chapitre :)